pleur
pleur
n.m. (Surtout au pl.)PLEUR
(pleur) s. m.REMARQUE
- Régnier a fait pleur du féminin ; c'est une faute que rien n'excuse : Quels sanglots, quels soupirs, quelles nouvelles pleurs Noyent de tes beautés les grâces et les fleurs ? Dial. Chlor. et Phil.
HISTORIQUE
- XIIe s. Ses festes tornerent en plor [, Machabées, I, 1]Mis en iert [sera] li royaumes en larmes et en plors [, Sax. XXVII]En veilles e en plur e en mult jeüner, Que l'amur al haut rei peüssiez conquester [, Th. le mart. 81]
- XIIIe s. [je crois Que lor larmes, lor plor, lor criz, Ou David ment et ses escriz, Seront en joie converti [RUTEB., II, 160]
- XIVe s. Helas ! on ne voit pas quel pleur en son cuer porte Fourques li très vaillant, qui son oncle conforte [, Girart de Ross. v. 4129]Et pour ce se leva moult grant plour et moult grant cri par toute la cité [BERCHEURE, f° 111]Pleurs ne sont mie deffendus à celluy qui est triste ou entre les tristes [, Ménagier, I, 9]
- XVe s. Vestemens de pleurs et de dueil [LEFEVRE ST-REMY, Hist. de Charles VI, p. 165, dans LACURNE]S'à nopces vont bailli ou pleur [enterrement] [E. DESCH., Poésies mss. f° 294]
- XVIe s. Si le pleurer pouvoit la tristesse arrester, On devroit, seigneur mien, les larmes acheter ; Et ne se trouveroit rien si cher que le pleur ; Mais les pleurs en effet sont de nulle valeur [DU BELL., VI, 17, recto]Laissant le pleur et tristesse à l'auteur [DES ESSARTZ, Josephe, traduction, prologue.]Ne se peut tenir de jecter avec un profond souspir trois grosses larmes sans pleur [, Alector, p. 142, dans LACURNE]
ÉTYMOLOGIE
- Voy. PLEURER ; prov. plor ; espagn. lloro ; port. choro ; ancien ital. ploro. L'ancienne langue avait aussi ploreis pour signifier l'action de beaucoup de gens qui pleurent.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
- PLEUR. - REM. Ajoutez : La faute de Régnier faisant pleur du féminin se retrouve dans J. J. Rousseau : Les longues pleurs d'un enfant, Ém. I ; et dans Lamartine : Et de ses pleurs de fils non encore épuisées, Jocelyn, 3e époque. Mais ces exemples n'atténuent en rien la faute.
pleur
Au pluriel, il signifie Larmes. Verser des pleurs. Répandre des pleurs. Avoir le visage tout mouillé, tout trempé de pleurs. Les yeux baignés de pleurs. Des pleurs involontaires s'échappèrent de ses yeux, tombèrent de ses yeux. Il m'arracha des pleurs. Je sentais couler mes pleurs.
Fig., Essuyer ses pleurs, Se consoler. Essuyer les pleurs de quelqu'un, Consoler son affliction.
Par exagération, Être tout en pleurs, être noyé de pleurs, fondre en pleurs, Pleurer abondamment.
Fig., Les pleurs de la vigne, La sève qui s'échappe des bourgeons.
Poétiquement, Les pleurs de l'aurore, La rosée.
pleur
Pleur, Fletus, huius fletus, Ploratus.
Esmouvoir à pleur, Ad fletum adducere, Fletum mouere, Lachrymas elicere.
Se donner à pleur, Dedere se lachrymis.