La Terre Bombardée
La Terre Bombardée
La Terre Bombardée
Michel-Alain COMBES
Mise en forme et mise en page : Axel VINCENT-RANDONNIER
AVANT-PROPOS :
PRSENTATION DU LIVRE
Ce livre est la troisime version actualise de LA TERRE BOMBARDE. La premire date de 1982 (il y a 25
ans !) et la deuxime de 1998. La science a normment volu depuis un quart de sicle, et mme depuis sept
ans, et il y a de nouvelles informations prendre en compte quasiment chaque mois. Je n'ai pas voulu cependant
retoucher le canevas que j'avais mis en place en 1998, et celui de cette nouvelle version est identique.
Il y a fort faire, on le voit, avant de faire reconnatre ces deux concepts au rang de thories scientifiques
actuelles (ce qu'elles sont dj, n'en dplaise certains). D'une faon plus moderne et plus scientifique, on peut
donner les dfinitions suivantes :
Catastrophisme : thorie scientifique qui tudie les causes et les consquences astronomiques, gologiques,
cologiques, biologiques, humaines et historiques de cataclysmes de grande ampleur qui ont eu lieu et qui
pourraient encore avoir lieu sur la Terre.
Impactisme : thorie scientifique qui tudie l'ensemble des phnomnes lis l'impact sur les plantes des
astrodes et des comtes, mais aussi plus largement de tous les autres corps et particules venus du cosmos,
ainsi que tous leurs effets annexes. L'impactisme terrestre n'est qu'un cas particulier, celui qui concerne notre
plante.
En fait, ces dfinitions ne sont que des approximations acceptables. Si l'on entre plus dans le dtail, on reconnat
deux sortes de catastrophisme et trois sortes d'impactisme.
On distingue, en toute logique, le catastrophisme d'origine cosmique, d comme son nom l'indique des
cataclysmes dont l'origine est extrieure la Terre, et le catastrophisme d'origine terrestre d des cataclysmes
gnrs par notre plante elle-mme pour des raisons diverses. Ce catastrophisme peut tre cependant
considr comme astronomique dans la mesure o la Terre est une plante parmi d'autres, la fois un "systme"
et une plante vivante que nous privilgions simplement parce qu'elle est "notre" plante et que l'on sait qu'elle
abrite la vie.
L'impactisme se divise en trois composantes diffrentes selon les objets concerns et les effets rsultant de
l'impact :
l'impactisme macroscopique qui concerne les astrodes et les comtes et qui peut avoir des consquences
catastrophistes ;
l'impactisme microscopique qui concerne les mtorites et les mtores et qui n'a pas de consquences
catastrophistes ;
l'impactisme invisible qui concerne les rayonnements divers gnrs par les toiles, dont le Soleil, et appel
impactisme particulaire, et aussi les gaz et les poussires d'origine cosmique qui rencontrent la Terre au cours
de son priple dans le Systme solaire et dans la Galaxie.
Enfin, il faut bien prciser qu'il peut y avoir impactisme sans qu'il y ait catastrophisme, et inversement qu'il peut y
avoir catastrophisme (d'origine terrestre et maintenant d'origine humaine) sans qu'il y ait impactisme. Dans ce
livre, il sera question principalement du catastrophisme comme corollaire de l'impactisme macroscopique.
NEC = Near-Earth Comet, comte priodique avec une priode de rvolution P < 200 ans et q < 1,30 UA.
NEO = Near-Earth Object, objet proche de la Terre. Ce terme gnrique englobe les NEA et les NEC.
PHA = Potentially Hazardous Asteroid, astrode potentiellement dangereux (pour la Terre). Cette catgorie
dobjets concerne les NEA avec H < 22,1 qui ont Dm < 0,050 UA (7,5 MK). La valeur H = 22,0 correspond un
diamtre moyen de 130 mtres pour un objet silicat et peut concerner des objets dans une fourchette de 100
200 mtres selon le type physique et l'albdo. Les objets avec H > 22,0 ne sont pas considrs comme des PHA,
leur nergie tant insuffisante pour causer des dgts "srieux" sur la Terre.
Symboles astronomiques
concernant les lments orbitaux
UA = unit astronomique = 149 597 870 km (149,6 millions de km en chiffres ronds). C'est l'unit de distance,
gale au demi-grand axe de l'orbite de la Terre autour du Soleil, utilise pour exprimer les distances dans le
Systme solaire. 1 anne lumire = 63 241 UA.
a = demi-grand axe d'une orbite. C'est la distance moyenne en UA d'un astre (plante, astrode, comte) au
Soleil.
e = excentricit d'une orbite plantaire. Elle est comprise entre 0 (orbite circulaire) et 1 (orbite parabolique). Une
orbite hyperbolique aurait e > 1,0.
i = inclinaison, en degrs, d'une orbite sur le plan de l'cliptique. Une orbite rtrograde a i compris entre 90 et
180.
q = distance prihlique en UA = plus courte distance au Soleil.
Q = distance aphlique en UA = plus grande distance au Soleil.
P = priode de rvolution d'un astre, en annes.
= argument du prihlie, en degrs.
= longitude du nud ascendant, en degrs.
= longitude du prihlie ( = + ).
autres symboles astronomiques
a.-l. = anne lumire.
Dm = distance minimale d'un astre l'orbite terrestre (ou une autre orbite plantaire) en UA. S'il y a deux
approches possibles, on distingue : Dm1 = approche principale et Dm2 = approche secondaire.
H = magnitude absolue d'un astrode, fonction du diamtre moyen et du type physique.
km/s = kilomtres par seconde, unit de vitesse pour les astres du Systme solaire.
MK = millions de kilomtres, unit commode pour les distances kilomtriques dans le Systme solaire intrieur.
pc = parsec. C'est l'unit de distance correspondant la distance d'un astre dont la parallaxe annuelle serait de
1". 1 parsec = 3,2615 annes lumire = 206 265 UA = 30 900 milliards de km.
Autres symboles scientifiques
Ec = nergie cintique. Celle d'un impact se calcule avec la formule Ec = mv2, ce qui signifie qu'elle est gale
au demi-produit de la masse de l'impacteur par le carr de sa vitesse d'impact.
J = joule. Unit d'nergie utilise dans le systme international (SI) la place de l'erg (qui tait utilis dans
l'ancien systme CGS). 1 joule = 107 ergs = 10 millions d'ergs. 1 calorie = 4,186 joules.
MA = million d'annes.
MT = mgatonne. 1 mgatonne (1 MT) = 1 million de tonnes = 1000 kilotonnes.
TNT = abrviation de trinitrotolune. La mgatonne de TNT (dont l'nergie = 4,21015 J) est l'unit utilise pour
les comparaisons nergtiques avec des vnements terrestres ou d'origine cosmique.
Couverture
Avec ce dessin, qui date de 1857, je fais un clin dil travers le temps tous les auteurs du pass qui ont
travaill sur le sujet de ce livre. Ils sont des centaines avoir cherch comprendre les causes et les
consquences du catastrophisme, et chacun a apport sa pierre cet difice commun et toujours renouvel
quest la connaissance.
Cette illustration, reprise par un grand nombre dauteurs depuis 150 ans, est considre comme un classique du
genre. Cest la partie principale dune carte postale, intitule " Actualits Astrologiques " et sous-titre " Apparition
Foudroyante et Dsastreuse de la Comte du 13 Juin 1857 ", destine ridiculiser certains astronomes de
lpoque qui avaient annonc imprudemment une possible fin du monde cause par la collision dune grande
comte, en fait totalement imaginaire.
De nos jours, on sait que si une comte nest en aucune manire capable de briser notre plante, comme le
suggrait avec un peu dexagration (et dhumour) cette clbre carte postale, elle peut par contre dtruire, au
moins partiellement, la vie quelle abrite. Des comtes, au mme titre que des astrodes, sont associes des
extinctions.
Systme de notes
J'ai regroup la fin de chaque chapitre, sous le titre gnrique de notes :
1. des notes complmentaires sur certains points de dtail qui alourdiraient le texte principal si elles y taient
intgres ;
2. les rfrences des livres, revues et articles que j'ai utiliss pour la rdaction du texte principal et des tableaux,
ainsi que celles des citations ;
3. les rfrences d'autres livres, revues et articles qui peuvent servir de lecture additionnelle pour le lecteur
exigeant qui veut en savoir plus sur certains points particuliers ; il est vident que certains sujets ne sont que
survols ici et que les documents cits permettront d'enrichir trs srieusement les connaissances du lecteur.
Notes de lavant-propos
1. Ph. de La Cotardire, Dictionnaire de l'astronomie (Larousse, 1996). Le lecteur trouvera dans ce livre de
rfrence indispensable de nombreux renseignements sur l'astronomie et son vocabulaire.
2. I. Ridpath (ed.), A dictionary of astronomy (Oxford University Press, 1997). Un autre excellent dictionnaire
collectif dastronomie de plus de 500 pages et qui comprend 4000 entres.
3. J. Hermann, Atlas de l'astronomie (Livre de Poche, La Pochothque, 1995). Atlas trs visuel et assez complet
qui comprend une liste de symboles et d'abrviations concernant l'astronomie.
LES CAUSES........................................................................................................................ 81
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INTRODUCTION :
Les astronomes et les astrophysiciens ont t les tmoins de cataclysmes cosmiques trs divers, comme le
volcanisme hallucinant qui transforme la surface de Io, le satellite de Jupiter, en quelques sicles seulement, la
fameuse explosion de la supernova du 24 fvrier 1987 dans le Grand Nuage de Magellan et enfin, et peut-tre
surtout, la fantastique collision de la vingtaine de fragments de la comte brise Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter en
juillet 1994 (3), qui d'aprs les statisticiens n'avait pas une chance sur cent milliards de se produire. Et pourtant !
La nature n'a que faire des statistiques humaines... Ces trois cataclysmes ont bien montr que nous vivons dans
un Univers violent en permanence, dans lequel le cataclysme est la rgle et non l'exception. Le troisime a
rappel que l'impactisme plantaire est une ralit de toujours et non pas seulement du pass.
Obligatoirement, et en toute logique, les thories catastrophistes, qu'elles soient cosmiques ou terrestres, ont
bnfici d'un regain de faveur, de crdibilit. On connaissait par l'observation les astrodes et les comtes qui
frlent la Terre, on a identifi les cratres qu'ils forment sur notre plante, les astroblmes, grce aux satellites et
sur le terrain par la signature caractristique du mtamorphisme de choc. La Terre elle-mme est une plante
violente en permanence, et on a pu expliciter le volcanisme et les tremblements de terre avec prcision, grce
notamment la tectonique des plaques.
Enfin, la dcennie 1980 a vu une extraordinaire comptition scientifique entre les diffrentes quipes de
chercheurs de diverses spcialits pour rsoudre le fameux problme de l'iridium surabondant dans la fine
couche gologique sparant le crtac du tertiaire (la couche K/T), mis en lumire par les deux Alvarez et leurs
collgues (4). Russite complte et pour tous : astronomes, gologues, volcanologues et aussi palontologues
sont d'accord aujourd'hui pour dire qu'un astrode (ou une comte) s'est cras(e) sur la Terre il y a 65 millions
d'annes. Les dinosaures et l'astroblme mexicain de Chicxulub ont un point commun, totalement
insouponnable jadis : les uns ont t dtruits alors que l'autre a t form par le mme objet. Les consquences
de cette collision cosmique sont normes, presque dmesures, compte tenu du diamtre (10 km environ) de
l'objet responsable, comme je l'expliquerai en dtail aux chapitres 12 et 15.
On le sait depuis toujours : pour exister et tre crdible, une thorie a imprativement besoin de l'appui
d'observations incontestables. La fin du XXe sicle aura t particulirement bnfique pour les catastrophistes
des diffrentes sciences. Tous, chacun dans sa "sphre", ont marqu des points dcisifs. C'est cette histoire que
je raconte dans ce livre. Comprendre ce qui s'est rellement pass chacune des grandes tapes de la Terre et
de la vie qu'elle abrite, c'est la qute sans cesse renouvele des scientifiques. Le catastrophisme, mme s'il n'est
pas seul en cause, s'annonce comme un moteur essentiel de l'volution de la matire et aussi de celle du
monde vivant.
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Kali, pour Clarke, cest lobjet cosmique denvergure qui obligatoirement se retrouvera dans les sicles venir sur
une orbite de collision avec la Terre et la percutera si lhomme nintervient pas. Cest dj lui qui, en 1973, dans
son clbre roman Rendez-vous avec Rama (10), avait imagin la cration dun systme international de
surveillance, nomm Spaceguard, destin reprer tout astrode ou comte sapprochant un peu trop prs de
la Terre ou mme tout vaisseau interstellaire pntrant dans le Systme solaire. Clarke a t entendu et
Spaceguard existe aujourdhui, c'est un rseau de tlescopes automatiques spcialiss dans la dtection dobjets
clestes dangereux, savrant indispensable pour recenser tous les astrodes potentiellement dangereux pour la
Terre, objets dont on ne connat encore que quelques pourcents du total.
Tous ceux qui ont vu Meteor, ou plus rcemment Deep Impact ou Armageddon, les deux grands films parus sur
le mme sujet en 1998, ou qui ont lu Le marteau de Dieu, ou un autre livre du mme genre, se sont pos ces
questions : " Une telle collision est-elle possible dans la ralit ? avec quelles consquences principales ? ".
Depuis le dbut des annes 1950, la thorie de l'impactisme terrestre rpond ces questions. Aujourd'hui, on
sait sans aucune quivoque que la rponse est oui. Cette ventualit est non seulement possible, mais certaine
l'chelle astronomique.
Arthur Clarke, bien connu pour son sens du raccourci, a rsum en une seule phrase la consquence essentielle
du cataclysme dorigine cosmique qui a eu lieu il y a 65 MA et auquel je consacre le chapitre 12 :
" Lhorloge de lvolution remise zro, le compte rebours menant lhomme pouvait
commencer. " (11)
J'tudierai dans ce livre les diffrents aspects et les donnes chiffres du problme, et le lecteur non scientifique,
peu au courant pralablement et sans ides prconues, ne pourra qu'tre tonn par les rsultats de cette
enqute. Une chose est sre : le pire parat beaucoup plus probable quil y a vingt ans. Le marteau de Dieu ne
fait que raconter la ralit de demain.
par des objets cosmiques qui ont effray les Anciens et contribu la mise en place de concepts universels,
comme le Chaos primitif, l'effondrement priodique de la vote cleste et la rupture des "piliers du monde".
Pendant longtemps il fut de bon ton de se gausser de ces fables inventes par des anctres considrs comme
quasi dbiles, avec leur Terre plate et leurs dieux malveillants, mais les choses ont chang. Ce sera l'apanage
des chercheurs de la prochaine gnration d'apporter, sinon un point final, tout au moins une explication
scientifique incontestable sur le pourquoi de certaines de ces lgendes.
On a longtemps cru qu'il ne serait pas possible d'apporter des preuves ce qui s'est rellement pass au cours
de la protohistoire et de l'histoire ancienne. Eh bien si ! Depuis 1982, on commence y voir plus clair. Ces
preuves seront astronomiques mais multiformes, comme je l'expliquerai en dtail dans des chapitres diffrents.
Dans le chapitre 6, je montrerai que beaucoup d'astrodes ont des orbites semblables, qui dnotent
probablement une origine commune pour de nombreux petits objets. Dans le chapitre 7, je parlerai de la comte
P/Encke, une comte priodique courte priode en fin de vie active et de son association avec un important
courant de mtores, celui des bta-Taurides. Je parlerai galement d'objets connus depuis 1977 seulement :
les astrodes extrieurs d'origine comtaire, connus sous le nom gnrique de centaures, et aussi de la
ceinture de Kuiper et du nuage de Oort dont ils sont issus.
Quel rapport entre tous ces objets et les catastrophes cosmiques qui ont eu lieu dans l'Antiquit et la
protohistoire ? C'est l que l'histoire devient extraordinaire, et mme quasiment incroyable. Sans entrer ds
maintenant dans le dtail, que j'apprhenderai au fur et mesure de certains chapitres, il faut rappeler que des
objets de la ceinture de Kuiper, qui peuvent tre soit des comtes, soit des astrodes, soit des objets mixtes
astrodes-comtes, et dont le diamtre peut atteindre plusieurs centaines de kilomtres, sont chasss de cette
ceinture (comprise entre 38 et 100 UA) la suite de perturbations et sont injects dans la partie du Systme
solaire intrieure Neptune, la huitime plante principale. Ils deviennent alors des centaures, comme Chiron ou
Pholus, objets orbite chaotique dont l'esprance de vie sur ce genre d'orbites instables est trs faible l'chelle
astronomique.
Suite de nouvelles perturbations, ils peuvent tre injects dans un deuxime temps sur des orbites courte
priode et trs forte excentricit. Ces gros objets peuvent tre alors briss en une multitude de fragments,
quelques gros, de nombreux moyens, d'innombrables petits et une infinit de poussires,
conscutivement une forte approche Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune, mais peut-tre aussi
conscutivement une trs forte approche Mars, la Terre, Vnus et mme Mercure.
C'est probablement ce qui s'est pass, une poque qui reste dfinir avec une des plantes qui reste elle aussi
dfinir, pour un gros astrode-comte : Hephaistos. Cet objet mixte a gnr aprs fragmentation plusieurs
centaines de comtes, parmi lesquelles P/Encke, des milliers de mini-comtes aujourd'hui teintes (mortes ou en
sommeil pour certaines) et de trs nombreux astrodes associs. Parmi tous ces dbris htroclites par leur
taille, leur forme et leur composition, certains sont dj connus comme Hephaistos (le plus gros objet Apollo
recens avec un diamtre de 10 km, et qui donne logiquement son nom au gniteur de la famille) et Oljato dont
j'aurai souvent reparler, ainsi que l'essaim de poussires des bta-Taurides. Pour rajouter l'extraordinaire, je
signale que de nombreux astronomes pensent que l'objet de la Toungouska (connu maintenant sous le nom
d'Ogdy) tait lui aussi un de ces fragments associs P/Encke, et donc galement leur gniteur commun.
C'est le calcul astronomique, via l'ordinateur, outil et associ indispensable de l'astronome, qui a montr que
P/Encke, Hephaistos, Oljato et beaucoup d'autres NEA connus et dcouvrir ne formaient qu'un seul objet il y
a seulement quelques dizaines de milliers d'annes. Chacun de ces objets aujourd'hui autonomes subit ses
propres perturbations et s'loigne inexorablement des autres, mais l'origine commune ne semble pas faire de
doute. On comprend dj mieux la suite, mme si les points d'ombre restent nombreux pour le moment.
Hephaistos, ou l'un de ses premiers fragments, car la dsintgration a pu avoir lieu en plusieurs tapes
successives (et c'est probablement ce qui s'est pass, vu les diffrences constates dans les inclinaisons et les
excentricits de certains rsidus), est venu dans la proche banlieue de la Terre, peut-tre plusieurs reprises,
avant la dsintgration finale. Il parat vident que plusieurs de ces fragments ont heurt la Terre, car les deux
orbites se coupaient ou taient trs voisines. Encore de nos jours, l'essaim des bta-Taurides coupe la Terre fin
juin et nous distille rgulirement chaque anne une infime partie de sa matire sous forme de mtores, et
parfois comme en 1908, il nous octroie un morceau plus volumineux pour montrer que l'histoire n'est pas
vraiment finie et que nous devons rester vigilants.
Hypothse farfelue que celle de Hephaistos, qui se met lentement mais srement en place ? Sans doute pas.
Plus de cinquante astrodes de la mme famille ont dj t dcouverts, et quand l'tude physique des
diffrents fragments comtaires et plantaires pourra tre entreprise, et certaines anomalies expliques, une
solution acceptable se dgagera d'elle-mme, mettant fin une trs longue priode de "tnbres" (pas
mythologiques ceux-l, mais bien historiques et scientifiques !).
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Une chose est sre en tout cas : l'histoire cosmique des hommes est beaucoup plus complexe qu'on le croyait, et
toutes ces lgendes et ces concepts qui ont toujours paru absurdes mritent d'tre revisits la lumire des
connaissances actuelles, mme s'il ne faut pas leur accorder une importance dmesure.
Comme je l'ai dj dit, notre poque, mme si elle est rvolutionnaire certains gards, n'est qu'un simple jalon
dans la longue histoire des hommes et dans la connaissance qu'ils en ont, et chaque gnration s'appuie sur les
acquis de la prcdente et prpare ceux de la suivante. Une relecture de Snque (4 av. J.-C. 65 apr. J.-C.) et
de ses Questions naturelles (12) me servira de conclusion :
" Soyons satisfaits de ce que l'on a dj dcouvert et permettons nos descendants d'apporter
aussi leur contribution la connaissance de la vrit...
Ne nous tonnons d'ailleurs pas que l'on amne si lentement la lumire ce qui est cach si
profondment...
La gnration qui vient saura beaucoup de choses qui nous sont inconnues. Bien des
dcouvertes sont rserves aux sicles futurs, des ges o tout souvenir de nous sera effac.
Le monde serait une pauvre petite chose, si tous les temps venir n'y trouvaient matire leurs
recherches. "
Ces phrases pleines de sagesse crites par Snque au crpuscule de sa vie, entre les annes 62 et 65 de notre
re, sont toujours d'actualit.
Notes
1. M.-A. Combes, La Terre bombarde (France-Empire, 1982).
2. C. Grimoult, volutionnisme et fixisme en France (CNRS ditions, 1998).
3. L'impact de la vingtaine de fragments de la comte Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter en juillet 1994 a t un
vnement scientifique d'un intrt considrable, l'un des plus importants du XXe sicle. J'en parle en dtail aux
chapitres 4 et 5.
4. Ch. Frankel, La mort des dinosaures : lhypothse cosmique (Masson, 1996).
5. E. North et F. Coen, Meteor (Belfond, 1980). Titre original : Meteor (1979). D'aprs le scnario de S. Mann et E.
North, sur une histoire de E. North.
6. Ces catastrophes prliminaires n'ont pas t choisies au hasard par les scnaristes, except la dernire. Elles
correspondent des cataclysmes ayant eu lieu, ou souponns avoir eu lieu, dans le pass (voir chapitre 19).
7. A.C. Clarke, Le marteau de Dieu (Jai lu, S-F 3973, 1995). Titre original : The hammer of God (1993). Un
remarquable petit livre, lire mme par ceux qui ne sont pas amateurs de science-fiction. Arthur Clarke (1917)
connat parfaitement le sujet et son roman lui permet dassner quelques bonnes vrits qui ne sont pas de
simples lieux communs. Kali est un astrode comtaire orbite rtrograde (et donc trs grande vitesse) qui
redevient actif en pntrant lintrieur de lorbite de Mars. Des forces non gravitationnelles de dernire heure
rendent sa course imprvisible. Clarke sait entretenir le suspense.
8. Le marteau de Dieu, citation p. 4 de couverture.
9. Le marteau de Dieu, citation p. 5.
10. A.C. Clarke, Rendez-vous avec Rama (Robert Laffont, 1975). Titre original : Rendez-vous with Rama (1973).
Un classique de la science-fiction et lun des meilleurs romans dArthur Clarke.
11. Le marteau de Dieu, citation p. 30.
12. Snque, Questions naturelles (Les Belles Lettres, 1930 ; traduction et annotations par P. Oltramare). Cette
dition trs remarquable du livre de Snque fut publie sous le patronage de l'Association Guillaume Bud. Le
livre VII consacr aux comtes (pp. 300-336) est particulirement intressant.
18
Premire partie :
L'VOLUTION DES IDES
CATASTROPHISTES
19
20
CHAPITRE PREMIER :
22
Il semblerait que les gyptiens aient retenu le jour de l'anne du dbut du cataclysme : le 12 Tybi, soit presque
obligatoirement une date correspondant la fin octobre ou au dbut novembre de notre calendrier moderne (5),
si le cataclysme a bien eu lieu au XIIIe sicle avant J.-C. C'est une prcision trs importante que je dtaillerai
quand j'tudierai en dtail l'hypothse Hephaistos.
" C'est le douzime jour du premier mois d'hiver qu'a eu lieu le grand massacre des hommes ;
aussi le calendrier des jours fastes et nfastes note-t-il soigneusement : "Hostile, Hostile, Hostile
est le 12 Tybi, vite de voir une souris en ce jour, car c'est le jour ou R donna l'ordre Sekhmet".
" (6)
23
Et voici que toutes les mers, que tous les fleuves dbordent. De tous cts les vagues pressent
les vagues. Les flots, qui se gonflent en bouillonnant, recouvrent peu peu toutes choses. La
terre s'enfonce dans la mer. L'immense champ de bataille o s'taient affronts les matres de
l'univers cesse d'tre visible.
Tout est fini. Et maintenant tout va recommencer. Des dbris du monde ancien nat un monde
nouveau... "
L'pope cosmologique du Ragnark est particulirement intressante pour qui tudie, comme moi, les
cataclysmes cosmiques de l'Antiquit. Elle est aujourd'hui dfinitivement associe au dernier grand cataclysme
cosmique qu'a subi la Terre et qui a eu lieu la fin du XIIIe sicle av. J.-C., et dont je parlerai en dtail au chapitre
19. Surt, Sekhmet, Typhon, Phaton, Absinthe, Anat et d'autres encore sont les noms diffrents de l'objet
comtaire (ou d'origine comtaire) qui est entr en collision avec la Terre, une poque o de nombreuses
civilisations taient dj bien en place et prospraient, semant tout au long de son parcours la panique, la ruine et
la mort. C'est ce mme cataclysme qui est associ l'Exode des Hbreux et aux dix plaies d'gypte. J'en parlerai
au chapitre 2, sous un clairage assez diffrent : l'clairage biblique.
Mythologie grecque : Typhon et Phaton
Il s'agit de deux lgendes clbres, surtout connues par les textes classiques d'Hsiode (VIIIe sicle) (8) et
d'Ovide (43 av. J.-C. 18 apr. J.-C.) (9). Apparemment, elles n'ont rien voir entre elles et sont toujours traites
sparment dans les livres de mythologie. Mais pourtant, il parat fort probable qu'elles se rapportent toutes deux
au cataclysme de la fin du XIIIe sicle dont j'ai dj beaucoup parl et qui a eu des consquences humaines et
historiques trs srieuses.
Hsiode raconte dans sa Thogonie qu' la suite d'une guerre entre Zeus et les Titans, guerre qui faillit dtruire
l'univers, un monstre flamboyant surmont de cent ttes et baptis Typhon (ou Typhe) fit son apparition dans le
ciel, effrayant les populations. Zeus dut intervenir une nouvelle fois pour sauver le monde.
" ... Alors une uvre sans remde se ft accomplie en ce jour ; alors Typhon et t roi des
mortels et des Immortels, si le pre des dieux et des hommes de son il perant soudain ne l'et
vu. Il tonna sec et fort, et la terre l'entour retentit d'un horrible fracas, et le vaste ciel au-dessus
d'elle, et la mer, et les flots d'Ocan, et le Tartare souterrain, tandis que vacillait le grand Olympe
sous les pieds immortels de son seigneur partant en guerre, et que le sol lui rpondait en
gmissant. Une ardeur rgnait sur la mer allume la fois par les deux adversaires, par le
tonnerre et l'clair comme par le feu jaillissant du monstre, par les vents furieux autant que par la
foudre flamboyante. La terre bouillonnait toute, et le ciel et la mer. De tous cts, de hautes
vagues se ruaient vers le rivage. Un tremblement incoercible commenait : Hads frmissait et
aussi les Titans branls par l'incoercible fracas et la funeste rencontre. Zeus frappa, il embrasa
d'un seul coup la ronde les prodigieuses ttes du monstre effroyable ; et, dompt par le coup
dont il l'avait cingl, Typhon mutil, s'croula, tandis que gmissait l'norme terre. Mais, du
seigneur foudroy, la flamme rejaillit, au fond des pres et noirs vallons de la montagne qui l'avait
vu tomber. Sur un immense espace brlait l'norme terre, exhalant une vapeur prodigieuse ; elle
fondait tout comme l'tain... sous l'clat du feu flamboyant... "
(Thogonie, 836-868)
Pline l'Ancien (23-79) dans le livre II de son Histoire Naturelle (10) , au chapitre " Comtes et prodiges " parle
galement de Typhon. En accord avec tous les autres auteurs "scientifiques" de l'Antiquit, il le considre comme
une comte.
" ... Les peuples d'thiopie et d'gypte connurent une comte terrible, laquelle Typhon, roi de
ce temps-l, donna son nom : d'apparence igne et enroule en forme de spirale, effrayante
mme voir, c'tait moins une toile qu'un vrai nud de flammes. "
(Histoire Naturelle, Livre II, 91, XXIII)
La lgende de Phaton est l'un des meilleurs contes d'Ovide qui en fit une des pices matresses de ses
Mtamorphoses, crites entre les annes 2 et 8 de notre re. Mais cette lgende tait bien antrieure Ovide.
On sait, entre autres, qu'elle fut le sujet d'une tragdie perdue d'Euripide (480-406), crite plus de 400 ans
auparavant.
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Ce texte d'Ovide, version "moderne" de textes plus anciens est trs instructif quand on y lit entre les lignes. Il
nous apprend en fait plusieurs choses, bien qu'il mle parfois le meilleur et le pire. Le pire est sans doute ce qu'il
dit sur l'origine de la couleur noire des thiopiens ! Il nous apprend par contre que le Nil fut mis sec, que la
Libye devint aride, que le niveau de la mer baissa, que tout fut brl, qu'une poussire chaude empoisonna les
aliments et qu'ensuite il y eut une priode de tnbres. Il signale galement que l'Etna " vomit des flammes
dmesures ". On ne peut s'empcher de faire le rapprochement avec ce clbre passage de l'Apocalypse dont
je parle au chapitre 2 :
" ... une toile tait tombe du ciel sur la terre, il lui fut donn la clef du puits de l'abme. Elle
ouvrit le puits de l'abme. Il monta du puits une fume comme d'une grande fournaise et le soleil
et l'air furent obscurcis par la fume du puits... "
On peut se demander la lecture de ce texte, si un fragment de Phaton (qui s'appelait rappelons-le Absinthe
chez les Hbreux et Sekhmet chez les Egyptiens) n'est pas tomb dans la Mditerrane dclenchant par l
mme une ruption de l'Etna. Cette remarque trs intressante pourrait permettre de dater l'vnement (voir le
chapitre 19)
Quoi qu'il en soit, ces deux lgendes de Typhon et Phaton, comme celle du Ragnark, montrent bien comment
partir d'un fait rel marquant, les auteurs de l'Antiquit ont mis sur pied leur mythologie si complique, avec ses
dieux multiples, ses hros innombrables, ses grands thmes, sa cosmologie. Il est probable que, sous le
manteau du mythe, chaque rcit mythologique reprend, transforme et embellit des vnements authentiques dont
la signification relle dpassait souvent l'entendement des peuples de l'poque. Mais une chose est sre, ils
savaient bien quand un cataclysme tait d'origine cosmique. Les bouleversements terrestres qui en rsultaient et
les lourdes pertes en vies humaines taient du concret, pas de l'imaginaire.
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On sait aujourd'hui que ces super-conjonctions des sept astres errants connus des Anciens (le Soleil, la Lune,
Mercure, Vnus, Mars, Jupiter et Saturne) ne sont en aucune faon capables de provoquer les cataclysmes cits
par Brose, mais celui-ci est affirmatif : leur cause est astronomique.
En fait, ds l'Antiquit, certains philosophes savaient pertinemment que la Terre est une plante parmi d'autres.
Clomde (Ier sicle av. J.-C.) enseignait qu' " il y a plus de plantes que l'on en voit " et Dmocrite (460-370) et
plus tard Origne (185-254) que " les mondes prissent par collisions " (15). Les Stociens taient galement
persuads que notre monde trouvera sa destruction finale en heurtant un autre monde.
Ce qu'il faut retenir principalement, c'est que cette notion de cycles cosmiques est universelle. Les peuples des
cinq continents qui avaient une tradition millnaire ont parl de grands bouleversements naturels, qui taient soit
d'origine cosmique, soit purement terrestres selon les cas. Nous avons vu avec les Aztques que ces cycles
s'appelaient gnralement des ges ou des soleils, ou pouvaient avoir un nom particulier chez certains peuples.
Leur nombre tait variable, compris ordinairement entre quatre et dix.
L'universalit de cette notion de cycles cosmiques est la preuve que des catastrophes importantes, pouvant
causer la mort d'une partie apprciable des populations humaines et animales, ont t le lot de toutes les parties
du monde. tonnamment, le langage est le mme dans le Bassin mditerranen, qu'en Amrique centrale, en
Extrme-Orient ou en Polynsie.
Cependant, il faut bien insister sur le fait que, dans la plupart des cas, il s'agissait d'vnements rgionaux qui
n'ont pu semble-t-il concerner l'ensemble de la plante. Les effondrements priodiques du firmament ou les
pluies de feu souvent cits dans les textes et traditions orales des Anciens se rapportent des cataclysmes
cosmiques (certainement la collision de petits astrodes ou de comtes ou de leur explosion dans l'atmosphre)
plus ou moins importants, mais surtout beaucoup plus frquents que ce qu'on croyait jadis.
Pour les 10 000 ans qui ont prcd l're chrtienne, il parat quand mme trs douteux qu'un seul d'entre eux ait
pu avoir des consquences vraiment plantaires, ou qu'il ait pu produire les effets de ce que l'on appelle de nos
jours un hiver dimpact mondial, et plonger ainsi la plante dans l'obscurit pendant des dizaines d'annes.
Comme nous le verrons au chapitre 12, qui traite de la fin des dinosaures et de nombreuses autres espces il y a
65 millions d'annes, un hiver dimpact aurait eu des consquences beaucoup plus graves, notamment en
dtruisant la chane alimentaire. Il n'est pas sr alors que les peuples du Nolithique aient pu seulement survivre.
L'avertissement de Platon
Bien entendu, comme tous les philosophes de l'Antiquit ayant vcu avant et aprs lui, l'illustre Platon (427-347)
avait son ide sur la raison des catastrophes qui dvastaient la Terre de grands intervalles de temps. Quatre
sicles avant notre re, et s'appuyant sur une " science blanchie par le temps ", c'est--dire qui a fait ses preuves
et qui sait de quoi elle parle, il a crit ces phrases lumineuses et inspires dans son Time (16) , qu'il est bon de
rappeler et surtout de mditer :
" ... Vous tes tous jeunes d'esprit ; car vous n'avez dans l'esprit aucune opinion ancienne fonde
sur une vieille tradition et aucune science blanchie par le temps. Et en voici la raison. Il y a eu
souvent et il y aura encore souvent des destructions d'hommes causes de diverses manires,
les plus grandes par le feu et par l'eau, et d'autres moindres par mille autres choses. Par
exemple, ce qu'on raconte aussi chez vous de Phaton, fils du Soleil, qui, ayant un jour attel le
char de son pre et ne pouvant le maintenir dans la voie paternelle, embrasa tout ce qui tait sur
la terre et prit lui-mme frapp de la foudre, a, il est vrai, l'apparence d'une fable ; mais la vrit
qui s'y recle, c'est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre dvient de leur
course et qu'une grande conflagration qui se produit de grands intervalles dtruit ce qui est la
surface de la terre. Alors tous ceux qui habitent dans les montagnes et dans les endroits levs
et arides prissent plutt que ceux qui habitent au bord des fleuves et de la mer ... Quand, au
contraire, les dieux submergent la terre sous les eaux pour la purifier, les habitants des
montagnes, bouviers et ptres, chappent la mort, mais ceux qui rsident dans nos villes sont
emports par les fleuves dans la mer ... "
Time (22b-22d)
Platon avait raison, tout au moins sur le fond, il y a vingt-quatre sicles : des corps clestes dvient de leur
course et viennent frapper la Terre.
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Les rudits de son poque savaient, parce que leurs lointains prdcesseurs, qui en avaient srieusement
souffert dans leur chair, n'avaient pas omis de transmettre le message de gnration en gnration, que les
cataclysmes d'origine cosmique taient une ralit d'hier et de toujours. Mais selon les coles de pense,
les thories taient assez diffrentes. Certains croyaient la destruction totale du monde, et sa rgnration,
d'autres non. Platon tait entre les deux : c'tait un catastrophiste "modr".
28
29
Pour Aristote, le monde est ternel, et tout signe tangible de dprissement doit tre compens par des signes
de rajeunissement d'une intensit comparable. Son monde est en quilibre. Comme il est ternel, il n'a pas t
cr. Il n'a pas besoin d'un dmiurge pour causer une catastrophe.
Pour les Stociens, le monde entier est prissable, et subit des phases alternes de destruction et de
restauration. Eux aussi sont matrialistes. Les manifestations videntes de dcrpitude sont les symptmes d'une
fin prochaine. Mais aprs la conflagration universelle qui rduit tous les lments au feu primitif, le monde
renatra tel qu'il fut prcdemment. Il y a par consquent un ternel retour des tres et aussi des vnements.
C'est la fameuse tirade de Nmsius d'mse (IVe-Ve sicle), un lointain disciple de Platon : " Il y aura de
nouveau un Socrate, un Platon... et cette restauration ne se produira pas une fois, mais plusieurs ". Comme chez
Aristote, en fait, le monde est ternel, mais pour l'cole stocienne, il y a renouvellement, rgnration
priodique. Snque, qui se rfrait volontiers cette cole dont il se sentait proche, expliquait au Ier sicle de
notre re que le monde prit rgulirement et cycliquement par dluge et embrasement.
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Notes
1. En fait, on a dcouvert beaucoup plus tard que la priode de dix-neuf ans qui caractrise le cycle lunaire avait
dj t dcouverte par les Chinois, 1600 ans avant Mton.
2. R. Escarpit, Contes et lgendes du Mexique (Nathan, 1963). Citation p. 10.
3. P. Ravignant et A. Kielce, Cosmogonies. Les grands mythes de Cration du Monde (Le Mail, 1988). Citation p.
110.
4. F. Braunstein et J.-F. Ppin, Les grands mythes fondateurs (Ellipse, 1995). Citation p. 40.
5. Le calendrier gyptien tait bas sur une anne de 365 jours seulement, d'o une drive annuelle de 0,2422
jour par an, 6 jours pour 25 ans, 12 jours pour 50 ans, 18 jours pour 75 ans, etc. Le 12 Tybi de l'anne 1321
avant J.-C. correspondait au 27 novembre de notre calendrier grgorien, le 12 Tybi de 1271 au 15 novembre,
celui de 1221 au 3 novembre et celui de 1196 au 28 octobre. Il reste trouver l'anne exacte du cataclysme pour
ajuster la date exacte. Si 1209 avant J.-C. (soit -1208) est la bonne anne (ce qui n'est pas sr, ce n'est qu'une
approximation 10 ou 20 ans prs qui dpend de la chronologie exacte des pharaons, trs mal connue et
variable selon tous les auteurs), la date de la collision cosmique serait alors voisine du 31 octobre. (On peut
consulter le tableau 19-1 du chapitre 19 qui donne toutes les dates possibles selon diffrents paramtres).
6. F. Guirand et J. Schmidt, Mythes & Mythologie. Histoire et dictionnaire (Larousse, 1996). Cet ouvrage collectif
trs remarquable raconte la mythologie et les mythes du monde entier. Le chapitre 2 (pp. 23-68), d J. Viau,
concerne la mythologie gyptienne. Citation p. 53.
7. Ibid. Le chapitre 8 (pp. 291-338), d E. Tonnelat, concerne la mythologie germanique (Allemagne et pays
scandinaves). L'auteur parle videmment du Crpuscule des dieux qu'il raconte d'une manire dtaille et
homrique (pp. 325-328). On reconnat d'ailleurs dans cette lgende une analogie certaine avec la trs vieille
lgende grecque de Typhon raconte en son temps par Hsiode dans sa Thogonie. Ces deux lgendes
immortalisent un mme phnomne, celui de la collision entre la Terre et un objet comtaire raconte dans le
chapitre 19 et qui se produisit vers -1208.
8. Hsiode, Thogonie (Les Belles Lettres, 1977 ; traduction par P. Mazon). Citation p. 62-63. Hsiode ne
connaissait plus avec prcision les grandes catastrophes qui avaient eu lieu au IIe millnaire. La compression du
temps avait dj jou son rle et sa Thogonie regroupe sous forme de mythes des donnes trs htroclites et
d'poques diffrentes. Cela tendrait prouver que des sources crites sur les grands cataclysmes du pass nont
jamais exist, tout au moins en Grce. Cette hypothse est confirme par le fait que les philosophes grecs plus
tardifs ne parlent jamais de lruption du Santorin avec un minimum de prcision. Seul le bouche oreille permit,
les premiers temps, de perptuer le souvenir de cataclysmes destructeurs.
9. Ovide, Les mtamorphoses (Garnier-Flammarion, 1966 ; traduction par J. Chamonard). Citation p. 70-73.
10. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre II (Les Belles Lettres, 1950 ; traduction par J. Beaujeu). Citation p. 3940.
11. M. Eliade, Le mythe de l'ternel retour (Gallimard, 1969). Mircea Eliade (1907-1986) tait un remarquable
rudit, spcialiste de l'histoire des religions et des mythes. Tout comme l'autre grand spcialiste de ces questions,
Georges Dumzil (1898-1986), il n'a jamais fait le rapprochement entre le mythe, l'histoire et les connaissances
astronomiques disponibles son poque, faute d'une formation scientifique approprie. Dans l'esprit de ces deux
grands chercheurs, le cataclysme est toujours rest un phnomne abstrait, mythique. Pour eux, si le mythe et
l'histoire pouvaient ventuellement fusionner dans certains cas, il n'en tait pas de mme entre le mythe et la
science.
12. A. Barbault, L'astrologie mondiale (Fayard, 1979). Ce livre crit par l'un des astrologues les plus cultivs traite
longuement de la Grande Anne, qui, il ne faut jamais l'oublier, tait avant tout un problme astrologique. La
cyclologie a toujours t l'un des thmes favoris de tous ceux qui prtendent prvoir l'avenir du monde.
13. Snque, Questions naturelles, op. cit., citations pp. 154-155. Le livre troisime dont sont tirs ces deux
extraits s'intitule " Des eaux terrestres ". Lui aussi est trs intressant. Snque tait un avant-gardiste qui aurait
pu clipser Ptolme avec un peu de chance. La face du monde culturel aurait pu en tre totalement change.
14. M. Rutten, La science des Chaldens (PUF, QS 893, 1970).
15. E.M. Antoniadi, La dcouverte du systme hliocentrique du monde en Grce antique, L'Astronomie, 41, pp.
449-458, 1927.
16. Platon, Time (Garnier-Flammarion, 1969 ; traduction par E. Chambry). Classique parmi les classiques, ce
passage du Time a travers les sicles, mais il n'a vraiment pris toute son ampleur et toute sa force que depuis
qu'on a enfin compris et expliqu la ralit de l'impactisme terrestre. Citation p. 405.
17. P. Duhem, Le systme du monde. Histoire des doctrines cosmologiques de Platon Copernic (Hermann, 10
volumes, 1913-1957). Le travail de Pierre Duhem (1861-1916), philosophe, rudit et historien des sciences
restera comme l'un des plus importants du XXe sicle en ce qui concerne l'histoire de l'astronomie. On ne se
31
lasse pas de consulter ces livres d'une grande rudition, documentation incontournable sur l'Antiquit et le Moyen
Age. On peut les consulter (et les tlcharger) en intgralit sur le site de la Bibliothque Nationale.
18. J'tudierai ce cataclysme en dtail au chapitre 18, consacr aux grands cataclysmes terrestres de la
protohistoire et de l'Antiquit. En effet, certains d'entre eux ont toujours interfr avec les cataclysmes cosmiques.
Comme nous le verrons, il a fallu attendre le XXe sicle pour les identifier avec prcision.
19. Le systme du monde, citation p. 70. Il s'agit d'un texte d'Eusbe.
20. Le systme du monde, citation p. 71.
21. Le lecteur intress par cet intressant sujet, que je ne peux que survoler ici, pourra se reporter aux ouvrages
spcialiss, et notamment celui de Duhem, trs explicite et trs dtaill.
22. C. Dumas-Reungoat, La fin du monde. Enqute sur l'origine du mythe (Les belles lettres, 2001). Il faut saluer
la parution de ce livre trs remarquable. Il est paru aprs La menace du ciel, et je n'ai donc pas pu utiliser toutes
les donnes et les textes qu'il contient. La lecture de ce livre est indispensable par tous ceux qui sont intresss
par les cataclysmes du pass, et aussi par la faon dont ils ont t retenus et transmis par les historiens de
l'Antiquit. Derrire le mythe, le cataclysme tait bien rel.
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CHAPITRE 2 :
33
34
" L'an six cent de la vie de No, le deuxime mois, le dix-septime jour du mois, en ce jour-l, se
fendirent toutes les fontaines du grand Abme et s'ouvrirent les cluses des cieux. Il y eut averse
sur la terre quarante jours et quarante nuits...
Les eaux grandirent et s'accrurent beaucoup, beaucoup, au-dessus de la terre et toutes les
hautes montagnes qui existent sous tous les cieux furent recouvertes. Les eaux avaient grandi de
quinze coudes de haut et les montagnes avaient t recouvertes. Alors expira toute chair qui
remue sur la terre : oiseaux, bestiaux, animaux, toute la pullulation qui pullulait sur la terre, ainsi
que tous les hommes. Tout ce qui avait en ses narines une haleine d'esprit de vie, parmi tout ce
qui existait sur la terre ferme, tout mourut. Ainsi furent supprims tous tres qui se trouvaient la
surface du sol depuis les hommes jusqu'aux bestiaux, jusqu'aux reptiles et jusqu'aux oiseaux des
cieux. Ils furent supprims de la terre, il ne resta que No et ceux qui taient avec lui dans l'arche.
Et les eaux grandirent au-dessus de la terre durant cent cinquante jours. "
La Gense date le Dluge en l'an 600 de la vie de No , le patriarche biblique acteur de l'vnement. La
chronologie des divers patriarches bibliques tant connue, tout au moins approximativement, les exgses de la
Bible ont situ en gnral le cataclysme en l'anne 1657 de la cration du monde, que l'on apparente l'anne
2349 avant notre re. Le Dluge biblique serait donc un vnement ayant eu lieu durant le IIIe millnaire, une
priode o plusieurs civilisations avances taient dj en place et furent, sinon les tmoins directs, tout au
moins indirects par les tmoignages qu'ils eurent connatre de leurs voisins.
L'origine de la catastrophe reste bien sr imprcise, plusieurs possibilits acceptables tant en concurrence pour
l'expliquer. Parmi les hypothses possibles, on pense notamment une inondation gante rsultant d'un
sisme important dans le golfe Persique qui aurait entran une transformation des fonds marins (peu profonds),
et l'impact d'un astrode ou d'une comte dans l'ocan Pacifique (l'ocan Oriental des Anciens). J'tudierai
ces hypothses aux chapitres 18 et 19.
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Les catastrophistes actuels sont en mesure de dater avec une bonne prcision ce drame cosmique dont les
rpercussions ont t immenses, mais totalement ignores, tonnamment, par les historiens qui n'aiment pas que
des scientifiques viennent "empiter leurs plates-bandes". Ces historiens, comme d'autres intellectuels, sont
victimes du fameux verrou psychologique que il sera question plusieurs reprises tout au long de ce livre. Mais il
faut savoir que les causes astronomiques du drame ne pouvaient tre apprhendes avec prcision que par
des astronomes.
Pour en revenir aux Plaies d'gypte, que je dtaille dans le tableau 2-1 et que je mets en parallle avec les
flaux de l'Apocalypse, on sait qu'en fait elles correspondent assez bien aux consquences "normales" d'un
impact comtaire, comme je l'expliquerai au chapitre 19.
Tableau 2-1. Plaies d'Egypte et vnements annoncs dans l'Apocalypse
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
A
U
T
R
E
S
Plaies
Sept
Sept
Sept
Sept
d'Egypte
sceaux
trompettes
signes
coupes
eaux changes
grle, feu
dragon rouge
ulcre malin
guerre
en sang
terre brle
mtorites
et pernicieux
pullulation
mtorites
mer de sang
luttes intestines
bte de la mer
des grenouilles
mer de sang
mort des tres marins
pullulation
chute d'Absinthe
feu du ciel
sang dans les fleuves
famine
de la vermine
eaux amres
sur la Terre
et les sources
pullulation
ciel et terre
voix dans le ciel
brlures des hommes
mort et peste
des insectes
obscurcis
tonnerre
par le feu
mort
les victimes
puits de l'abme
supplice du feu
tnbres
du btail
rclament vengence flau des sauterelles
et du soufre
et hommes meurtris
ulcres
montagnes et les
mise mort
nue blanche
asschement
et pustules
changes de place
du tiers des hommes
colre de Dieu
de l'Euphrate
grle
feu sur la Terre
tremblement de terre
tremblement de terre
sept plaies
forte grle
et tonnerre
tremblement de terre
forte grle
invasion
des sauterelles
trois jours
de tnbres
mort des
premiers-ns
la mort des premiers-ns doit s'entendre comme premiers-ns aprs la catastrophe
Plaies et consquences possibles d'un impact comtaire
couleur rouge du fait de la dispersion des poussires comtaires
fleuves contamins et points d'eau inutilisables
non-ramassage des cadavres humains et animaux
scheresse anormale, temprature anormalement leve
empoisonnement et rarfaction des eaux et de la nourriture
pidmies et maladies inhabituelles, brlures
chute de pierres (mtorites) et bruit intense li l'impact
biotope dtruit localement, dplacement de colonies d'insectes
obscurcissement de l'atmosphre aprs l'impact
irradiation et non-viabilit des ftus aprs le cataclysme
comte en forme de "dragon rouge"
chute d'un astrode : Absinthe = Sekhmet
dclenchement de sismes et d'ruptions volcaniques
rgions inhabitables et exode des populations
fleuves asschs
puanteur
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" ... Il advint, comme ils [les Amorrhens] fuyaient devant Isral et qu'ils taient la descente de
Beth-Horon, que Iahv lana des cieux contre eux de grandes pierres jusqu' Azquah et ils en
moururent. Ceux qui moururent par les pierres de grle furent plus nombreux que ceux que les
fils d'Isral turent par l'pe. "
A cette chute de pierres, sans doute importante puisqu'elle frappa l'imagination des peuples de l'Asie mineure qui
en conservrent simultanment dans leurs traditions et leurs crits, est li le fameux pseudo-miracle, dit "miracle
de Josu ", du nom du clbre chef hbreu qui, soi-disant, arrta la course du Soleil dans le ciel. Les versets XII
XIV, suite du prcdent, racontent cet vnement extraordinaire :
" C'est alors, au jour o Iahv livra l'Amorrhen la merci des fils d'Isral, que Josu parla
Iahv et dit, sous les yeux d'Isral : " Soleil, arrte-toi sur Gabaon et, Lune sur la valle d'Ayalon ".
Et le Soleil s'arrta et la Lune stationna, jusqu' ce que la nation se ft venge de ses ennemis.
Est-ce que ceci n'est pas crit dans le Livre du Juste ? : " Le Soleil stationna au milieu des cieux
et il ne se hta point de se coucher, presque un jour entier. Et il n'y eut pas de jour comme celuil ni avant, ni aprs lui. "... "
Les commentateurs de la Bible et les savants objectifs se sont souvent demand quel avait bien pu tre le
phnomne capable de provoquer cette prolongation du jour. La premire rponse satisfaisante fut celle donne
par l'astronome franais Jean Bosler (1878-1973) en 1943 (4). Celui-ci a not que si l'on se reporte au passage
biblique en question, il ne semble pas qu'il y est eu un arrt effectif du Soleil sur la sphre cleste, phnomne
qui eut impliqu une interruption de la rotation terrestre (ce qui est impossible), mais plutt une simple
prolongation du jour ncessaire l'achvement de la victoire de Josu. La Bible raconte qu'auparavant, il y eut
la fameuse chute de pierres qui fit de nombreuses victimes, mais sans voir une relation d'aucune sorte entre les
deux vnements.
D'aprs Bosler, ceux-ci taient lis gntiquement, et il avait raison dans son analyse. En effet, on sait
aujourd'hui que ces chutes de pierres s'accompagnent parfois de nuits claires (comme en 1908 avec
l'vnement de la Toungouska, voir le chapitre 9), c'est--dire d'une prolongation inaccoutume de la dure du
jour, due la diffusion dans la haute atmosphre de poussires solides entranes par l'essaim ou souleves par
la catastrophe.
On pense de nos jours que le "miracle de Josu" a t caus par la dsintgration dans l'atmosphre d'un petit
astrode d'origine comtaire de quelques dizaines de mtres de diamtre, c'est--dire un fragment de noyau de
comte dgaze. Aprs sa rupture totale, ce fragment comtaire, qui se composait probablement de glace, de
gaz gels, de matire mtoritique et de poussires, a provoqu la diffusion de ces poussires dans l'atmosphre.
D'autre part, suite la fragmentation complte de la matire solide sous forme de pierres plus ou moins grosses,
il a t la cause de l'essaim mtoritique qui dcima les ennemis d'Isral.
Un vrai astrode aurait seulement pu causer la chute de pierres clestes, mais pas le "miracle". Inversement,
une importante ruption volcanique, phnomne parfois voqu, aurait pu illuminer l'atmosphre et prolonger la
dure du jour d'une manire acceptable, mais pas causer la chute de pierres. L'explosion dans l'atmosphre d'un
petit noyau comtaire au-dessus de la Jude est le phnomne le plus adquat pour expliquer valablement cet
intressant passage biblique. Passage qui a fait couler beaucoup d'encre depuis plus de 3000 ans, notamment
du ct des religieux qui, pendant des sicles, ont toute force voulu croire l'impossible miracle que constitue
l'arrt rel du Soleil sur sa trajectoire cleste.
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d'une telle catastrophe, il s'inspire de textes plus anciens qui, eux, se rfraient des vnements authentiques
d'un lointain pass.
J'tudierai certaines de ces catastrophes aux chapitres 18 et 19 de ce livre, la lumire des connaissances
actuelles, mais il est intressant de rappeler quelques-unes des citations du prophte, telles qu'elles figurent dans
son Apocalypse.
ouverture du sixime sceau
" ... il se produisit un grand tremblement de terre : le soleil devint noir comme un sac de crin, la
lune devint toute comme du sang, les toiles du ciel tombrent sur la terre, comme les figues
vertes tombent du figuier secou par un grand vent ; le ciel se retira comme un livre qu'on roule ;
toutes les montagnes et les les furent changes de place, et les rois de la terre, les grands, les
chefs, les riches, les puissants, les esclaves et les hommes libres se cachrent dans les grottes
et les rochers des montagnes..."
(Apocalypse, VI, 12, 13, 14, 15)
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esprits tout fait rvolutionnaires pour l'poque essayrent de moderniser la Bible sans la repousser totalement,
proposition totalement incongrue mais rendue ncessaire par le foss qui dj se creusait d'une faon criante
entre la "vrit dogmatique" et la ralit des observations, comme je le montrerai au chapitre suivant.
William Whiston (1667-1752) tait un ecclsiastique (il dbuta comme simple cur), thologien et mathmaticien
anglais, contemporain et ami de Edmond Halley (1656-1742) et de Isaac Newton (1642-1727), qui il succda
la chaire de mathmatiques de Cambridge. Il n'avait que 29 ans en 1696 quand il publia un livre trs remarquable
intitul : A new theory of the Earth (Une nouvelle thorie de la Terre) (7), qui eut un grand retentissement
l'poque et durant le XVIIIe sicle par son approche tout fait nouvelle et surtout quasiment impensable venant
d'un homme d'glise. On peut le considrer comme le premier ouvrage thologico-cosmogonique.
Figure 2-4. William Whiston et son livre A new theory of the Earth
William Whiston (1667-1752) est considr comme tant le premier astronome catastrophiste de l're moderne,
Thomas Burnet (1635-1715), lui, tant le premier gologue catastrophiste. Ecclsiastiques tous les deux, ils
croyaient, la suite de la visite proximit de la Terre des formidables comtes de 1680 et 1682, que ces astres
chevelus qui craient la panique depuis l'Antiquit avaient t utiliss par Dieu pour la Cration de la Terre et le
Dluge biblique, et qu'ils pouvaient avoir encore une influence sur l'histoire de la Terre et sur l'histoire des
hommes, notamment en provoquant l'Apocalypse.
Ds qu'il fut vident, la suite des travaux historiques de Newton sur la gravitation, que les comtes taient des
membres permanents du Systme solaire, au mme titre que les plantes, Whiston fut persuad que Dieu avait
utilis ces composantes du Systme solaire comme instruments pour ses divers desseins. L'une de ces
comtes avait d tre utilise pour la cration du monde et plus tard une autre pour le Dluge. Enfin, Whiston
pensait que Dieu en utilisera une troisime dans l'avenir pour dtruire le monde, quand il jugera que l'heure de
l'Apocalypse a sonn. Il tait d'autre part persuad que les comtes sont des plantes en train de se former et
qu'ainsi toutes les plantes connues sont des anciennes comtes.
Dans son livre, Whiston expliquait ainsi l'origine de la Terre cre par Dieu :
" ... La comte venait de passer en son prihlie fort prs du soleil : son noyau avait contract
une chaleur brlante, c'est la cause de la chaleur centrale, qui subsiste encore aujourd'hui. Il plut
au Souverain Matre de l'univers de faire de cette comte une terre habitable ; il diminua la force
centrifuge ou tangentielle de la comte, son orbite s'inclina vers le soleil, d'extrmement
excentrique qu'elle tait primitivement, elle devenait mdiocrement excentrique ; la comte devint
plante ; sa rvolution autour du soleil fut limite un an... L'atmosphre terrestre, ayant dix
onze fois plus de diamtre que le noyau, tait compose de deux sortes de parties ; l'une
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contenait un petit nombre de particules sches, solides et terreuses, avec une quantit plus petite
encore de particules aqueuses et ariennes ; l'autre tait un fluide dense et pesant : tout cela
tait confusment ml et formait un vrai chaos. Mais aussitt que la terre fut devenue plante,
toutes ses parties s'affaissrent proportionnellement leur gravit spcifique ; ce fluide dense et
pais descendit en premier et environna le noyau. L'air, l'eau, les parties terreuses, encore
mles ensemble, interceptrent pour quelque temps les rayons solaires ; mais enfin la plus
grande partie de la terre et de l'eau s'tant affaisse, comme une crote sur le fluide dense, l'air
devenu moins htrogne permit le passage aux rayons solaires ; la lumire parut d'abord, telle
que nous la voyons lorsque le ciel est couvert de nuages et enfin l'air continuant s'purer, le
soleil se montra... "
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Maintenant, comment cette comte, qui a noy une premire fois le genre humain, pourra-t-elle
nous incendier une seconde rencontre ? Whiston n'est point embarrass : elle arrivera derrire
nous, retardera le mouvement de notre globe, changera son orbite presque circulaire en une
ellipse trs excentrique. " La Terre sera emporte prs du Soleil ; elle y prouvera une chaleur
d'une extrme intensit ; elle entrera en combustion. Enfin, aprs que les saints auront rgn
pendant mille ans sur la Terre rgnre par le feu, et rendue de nouveau habitable par la
volont divine, une dernire comte viendra heurter la Terre, l'orbite terrestre s'allongera
excessivement, et la Terre, redevenue comte, cessera d'tre habitable. "
On ne peut plus dire aprs cela que les comtes ne servent rien ! "
On peut se moquer aujourd'hui de Whiston, qui a certes un peu extrapol avec ses fameuses comtes de la
cration du monde, du Dluge et de l'Apocalypse. Il est considr aujourd'hui, juste titre, comme un rouage
important de l'histoire des ides catastrophistes. Il ne faut pas oublier qu' l'poque de Newton, Halley et Whiston,
la Bible tait encore un livre absolument intouchable. Et elle allait le rester encore quasiment pendant deux
sicles.
Mais, comme je l'ai dj dit plus haut, certains savants clairvoyants, et surtout ceux qui taient en mme temps
thologiens, comme Whiston et aussi Newton (9), avaient bien compris qu'il tait devenu ncessaire de lui donner
un petit ct scientifique capable de sauver des apparences, difficilement acceptables parfois, et ainsi de
sauvegarder sa crdibilit. Les crationnistes scientifiques ne font pas autre chose aujourd'hui, en s'appuyant
sur les dernires dcouvertes de l'astrophysique pour faire perdurer, en le mettant au got du jour, le dogme de la
Cration.
Whiston, qui tait en avance sur son temps, quoi qu'on dise, et qui dsirait surtout "moderniser" la Bible en la
rendant compatible avec des vnements scientifiquement reconnus, allait tre vilipend par tous ceux qui ne
voulaient mme pas penser que cette Bible pt tre en erreur ou trop imprcise sur certains points. On connat la
clbre rprimande de Buffon (1707-1788) qui en 1749, un demi-sicle plus tard, crivit dans son Histoire
naturelle, l'adresse principalement de Whiston (10) :
" Toutes les fois qu'on sera assez tmraire pour vouloir expliquer par des raisons physiques les
vrits thologiques, qu'on se permettra d'interprter dans des vues purement humaines le texte
divin des livres sacrs, et que l'on voudra raisonner sur les volonts du Trs-Haut et sur
l'excution de ses dcrets, on tombera ncessairement dans les tnbres et dans le chaos o est
tomb l'auteur de ce systme. "
On voit que Buffon n'hsitait pas, chaque fois qu'il le pouvait, en chargeant les autres bon compte, montrer sa
(pseudo) loyaut envers le clerg, souvent suspicieux son gard (la Facult de Thologie de la Sorbonne
l'obligea mme se rtracter pour avoir "dpass les bornes" avec sa Thorie de la Terre), pour mieux cacher
ses propres contradictions avec le texte biblique, et notamment l'ge de la Terre qui lui posait ( juste titre) de
gros problmes.
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On voit le niveau de ce genre de littrature ! Sous cette forme, le crationnisme ne cherche pas voluer, il
s'appuie uniquement sur le texte biblique, vrit intangible. Le Dluge est toujours une certitude. Il est sr que
toute dcouverte qui drange est systmatiquement carte et remplace par le leitmotiv " Tous les faits acquis
la science confirment la Bible " (sic !) (12). Plus que les dcouvertes astronomiques d'ailleurs, c'est le problme
de l'volution qui dsespre les crationnistes, comme je l'ai rappel dans l'introduction. Admettre que l'homme
descend du singe est un crve-cur pour eux, une ventualit satanique tout fait inacceptable (13).
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Par la suite, pratiquement chaque science a t mise contribution pour rgnrer quelque peu le dogme
biblique, comme l'a fort bien expliqu le physicien isralien Nathan Aviezer dans son livre Au commencement.
Cration : la Bible et la science (18). Notamment, les difficiles problmes d'volution (incompatibles pour les
crationnistes) ont t trs habilement contourns par les scientifiques de la Cration ( ne pas confondre avec
les crationnistes au sens strict). Pour eux, Homo sapiens descend de son prdcesseur direct, l'homme de
Nandertal, mais il a bnfici " de dons apparus de faon soudaine " qui lui ont permis de " faire preuve
immdiatement d'une inventivit technologique et culturelle extraordinaire ". Pas de problme de filiation
particulier, le singe a t une tape ncessaire voulue et programme par Dieu pour arriver l'homme. Le fait
que Dieu ait t oblig de donner quelques ncessaires coups de pouce depuis l'origine des tres vivants pour
arriver l'homme ne semble pas les dranger.
Ces scientifiques de la Cration ont la voie totalement libre pour rgnrer la religion qui en avait bien besoin.
Tous les problmes de cataclysmes sont assimils trs facilement en liaison avec les thories scientifiques
actuelles. Ainsi la vie terrestre est issue d'une vie extrieure insmine par des molcules biologiques venues de
l'espace (l les fondamentalistes doivent hurler !), l'volution des diffrentes espces et leur monte vers la
complexit sont lies aux impacts cosmiques qui se sont succd au cours des dernires centaines de millions
d'annes sur la Terre (les 6000 ans de l'vque Ussher font dsormais partie du folklore biblique !), enfin le
Dluge a t caus par un impact d'astrode ou de comte, il y a quelques milliers d'annes. La date de 2349
avant J.-C. ( quelques annes prs) pourrait tre confirme par les dcouvertes dendrochronologiques rcentes,
ce qui serait pour la science de la Cration une formidable opportunit pour confirmer sa crdibilit.
Il n'y a pas grand chose ajouter sur ce sujet. Du crationnisme troit, obtus, cul, passiste, les croyants
peuvent, s'ils le dsirent et s'ils se sentent prs franchir le pas, voluer sans problme vers la science de la
Cration, moderne, inventive, tourne sans complexe vers l'avenir. C'est trs bien ainsi, chacun son choix,
mais je rappelle quand mme que science tout court et science de la Cration sont deux approches totalement
diffrentes. Chacun trouvera dans l'une ou/et dans l'autre ce qu'il cherche.
Mais il ne faut pas se le cacher : les crationnistes purs et durs sont loin d'avoir dit leur dernier mot. Il faut lire le
livre du thologien Jacques Arnould : Dieu versus Darwin (19) pour comprendre que foi religieuse et raison
scientifique ne sont pas sur la mme longueur d'onde !
Notes
1. A.-M. Grard, Dictionnaire de la Bible (Robert Laffont, coll. Bouquins, avec la collaboration de A. NordonGrard et P. Tollu, 1989). Ce dictionnaire de 1500 pages, qui contient 2300 entres et plus de 50 000 rfrences,
est un monument d'rudition, somme de vingt ans de travail pour Andr-Marie Grard. Il contient l'essentiel des
connaissances sur le sujet accumules par des gnrations de chercheurs, thologiens ou autres. Un livre
(presque) aussi incontournable que la Bible elle-mme !
2. Le Dluge. La science face au mythe biblique (Les Cahiers de Science & Vie, n 72, dcembre 2002). Ce trs
intressant numro contient 18 articles traitant des diffrents aspects du sujet.
3. La Bible. Ancien Testament (Gallimard, 1956). Cette remarquable dition de la Bibliothque de la Pliade a t
publie sous la direction de E. Dhorme. Introduction par E. Dhorme ; traductions et notes par E. Dhorme, F.
Michali et A. Guillaumont.
4. J. Bosler, Sur une averse de mtorites mentionne dans la Bible, Comptes rendus de l'Acadmie des
Sciences, 216, p. 597, 1943.
5. Le Nouveau Testament (ditions de l'cole, 1957 ; traduction sur le texte grec et annotations par le Pre Buzy).
6. Csaire d'Arles, L'Apocalypse (Descle de Brouwer, 1989 ; traduction par J. Courreau). Ce livre est publi
dans la collection " les Pres dans la foi ", c'est dire qu'il prsente l'Apocalypse en temps que livre religieux.
Csaire d'Arles a vcu autour de l'an 500 de notre re. On voit avec cet auteur que la notion d'apocalypse, nom
commun, relative la prdiction d'vnements de nature physique, telle qu'elle tait admise au temps des Grecs,
a totalement volu et chang de nature pour devenir l'Apocalypse, nom propre, vnement religieux annonc,
vnement unique. Aprs Saint Jean, l'Apocalypse est devenu un livre symbolique et dogmatique tudi par tous
les thologiens.
7. W. Whiston, A new theory of the Earth (1696). Dans La foire aux dinosaures (Seuil, 1993 ; titre original : Bully
for brontosaurus, 1991), Stephen Jay Gould, consacre un essai (le n 25) Whiston, intitul Le parrain de la
catastrophe, dans lequel il entreprend de le rhabiliter.
8. C. Flammarion, Astronomie populaire (1880). Cette dition a t publie en deux tomes. Le livre cinquime
(tome 2) est consacr aux comtes et aux toiles filantes (pp. 193-272). Le passage cit figure pp. 202-203. Dans
ldition refondue de 1955, l'astronome franais Fernand Baldet (1885-1964), qui a rcrit le chapitre "Comtes"
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de l'ouvrage, a conserv le texte de Flammarion (pp. 336-337). Ainsi Whiston et sa comte traversent les sicles.
Et cest tant mieux.
9. I. Newton, Ecrits sur la religion (Gallimard, 1996 ; traduction, prsentation et notes de J.-F. Baillon). Ce livre
prsente l'un des aspects les plus mal connus de l'uvre de Newton : ses crits religieux. Paralllement son
activit scientifique, connue et dissque depuis longtemps, Newton tout au long de sa vie a dvelopp une
rflexion thologique. Ses vues taient proches de celles de Whiston, plus jeune d'un quart de sicle et qui fut
pour lui un aiguillon. Il semble bien que Newton tait favorable l'ide matresse de Whiston : les comtes
"instruments" de Dieu.
10. Buffon, Histoire naturelle. Thorie de la terre (1749). Cette diatribe envers Whiston figure au chapitre Preuves
de la Thorie de la terre, article II : Du systme de M. Whiston.
11. L'homme est-il le produit de l'volution ou de la cration ? (Watchtower Bible and Tract Society of New York,
1969). Titre original : Did man get here by evolution or by creation (1967). Les citations retenues figurent aux
pages 115 et 172. Ce livre s'appuie sur 248 rfrences soigneusement choisies et provenant principalement de la
presse scientifique amricaine.
12. En fait, ces livres procrationnistes retiennent uniquement les informations qui les arrangent, ignorant toutes
les autres. C'est assez logique dans la mesure o ce sont des livres de propagande.
13. D. Lecourt, L'Amrique entre la Bible et Darwin (PUF, 1992). Ce livre paru dans la collection Science, Histoire
et Socit raconte fort bien le renouveau des ides crationnistes en Amrique, li selon Dominique Lecourt "
une contre-offensive du fondamentalisme protestant juge ncessaire pour prendre le dessus sur les idaux
progressistes et libertaires des annes 1960 ". Une lecture passionnante et un peu inquitante quand mme, qui
montre clairement que l'volution des ides est loin d'tre linaire et admise par tous.
14. P.E. Johnson, Le darwinisme en question. Science ou mtaphysique ? (Pierre d'Angle, 1996). Titre original :
Darwin on trial (1991). Ce livre, crit par un juriste amricain spcialis dans les controverses sur l'enseignement
du darwinisme en Amrique, s'efforce de dmontrer que le darwinisme est une "religion" et qu'il ne repose en fait
sur aucune base scientifique srieuse. L'volution darwinienne est la bte noire des crationnistes amricains (il
leur est insupportable que l'homme puisse descendre du singe !), d'autant plus qu'ils ont dcel des faiblesses
dans la thorie plus que centenaire de Darwin.
15. W. Dembski, Intelligent design : The bridge between science and theology (InterVarsity Press, 2002).
16. Dossier " Comment Dieu a cr le monde ", Valeurs Actuelles, n 3030, dcembre 1994.
17. M. Cass, Du vide et de la cration (Odile Jacob, 1993).
18. N. Aviezer, Au commencement. Cration : la Bible et la science (MJR, 1994). Edition originale en langue
anglaise parue en 1990 sous le titre : In the Beginning : Biblical Creation and Science (diteur : Ktav Publishing
House). Un livre magistral et une mine d'or inespre pour les scientifiques de la Cration. Nathan Aviezer est un
physicien isralien trs intress par les problmes scientifiques et religieux qu'il essaie de rconcilier. Il est
devenu un matre penser pour les croyants qui ne veulent pas ignorer les ralits scientifiques.
19. J. Arnould, Dieu versus Darwin (Albin Michel, 2007). Jacques Arnould est un dominicain, thologien et
historien des sciences. Ce livre consacr au crationnisme et aux puissants lobbies qui le soutiennent est soustitr : " Les crationnistes vont-ils triompher de la science ? " Aprs avoir lu ce livre, on peut effectivement se
poser la question.
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CHAPITRE 3 :
LA GRANDE POQUE
DES CATASTROPHISTES
Kepler, Newton et Halley domptent les astres
Avec la disparition de Claude Ptolme (v. 90-168), dernier hritier de la tradition scientifique grecque,
commena une trs longue priode de tnbres, pour ne pas dire d'obscurantisme, domine par une religion
omniprsente et inflexible, et durant laquelle les progrs dans le domaine des ides furent quasi nuls. Les
quelques rares rudits qui survolrent cette poque n'avaient pas la voix assez forte pour se faire entendre !
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Nicolas Copernic (1473-1543), d'abord, qui enleva la Terre du centre du monde pour y installer le Soleil (trs
longtemps aprs Aristarque de Samos). Tycho Brahe (1546-1601), ensuite, qui observa la fameuse supernova
de 1572 et qui montra avec la grande comte de 1577 que les comtes ne faisaient pas partie du monde
sublunaire (trs longtemps aprs Snque). Et surtout, Johannes Kepler (1571-1630), premier gant de la
pense, gnial, complexe et mystique (3) qui mit mal le dogme du mouvement circulaire pour les plantes et
dmontra avec ses trois lois immortelles que les astres du Systme solaire sont lis leur Soleil, autour duquel
ils dcrivent des ellipses. Galile (1564-1642), fondateur de la mcanique moderne et premier utilisateur de la
lunette astronomique dcouvrit, lui, les quatre satellites principaux de Jupiter et les cratres lunaires, qui ds
1610 auraient pu lui permettre de comprendre la ralit de l'impactisme plantaire.
Ces cratres lunaires furent les premiers tmoins de tous ces cataclysmes du pass dont disposrent les
astronomes. En 1647, Johannes Hevelius (1611-1687), brasseur et astronome allemand, publia sa
Slnographie, premire cartographie de la surface lunaire, et en 1668, dans sa Comtographie, il suggra que
les comtes dcrivent des trajectoires paraboliques ou hyperboliques autour du Soleil. Vers la mme poque,
Christiaan Huygens (1629-1695) dcouvrit la vraie nature de l'anneau de Saturne, autre vestige d'un drame
cosmique, issu de la dsintgration d'un satellite s'tant approch trop prs de sa plante mre.
Mais c'est, bien sr, Isaac Newton (1642-1727) , "l'architecte des forces cosmiques", avec ses travaux sur la
gravitation et ses trois lois (le principe d'inertie, la loi d'acclration et la loi d'action-raction) qui fut le point
culminant de cette rvolution des ides entame avec Copernic, puisqu'il fut en mesure de relier la dynamique et
l'astronomie. Ses Principes mathmatiques de la philosophie naturelle, publis en 1687, lui permirent
dfinitivement de dompter les astres, explicitant les trois lois de Kepler d'une faon lumineuse, et de montrer que
les comtes sont bien des composants rguliers du Systme solaire au mme titre que les plantes.
Son contemporain et ami Edmond Halley (1656-1742) se signala principalement par ses travaux sur les comtes.
Dans son Synopsis d'astronomie comtaire, paru en 1705, il indiqua pour la premire fois que les comtes
apparues en 1531, 1607 et 1682 (cette dernire observe par lui) taient trois passages diffrents d'une mme
comte priodique dont il calcula l'orbite et prdit le retour pour 1758. Cette dcouverte essentielle lui permit de
rendre son nom immortel, et "sa" comte, la fameuse entre toutes comte P/Halley, devint un objet d'tude pour
tous les spcialistes ultrieurs.
C'est la mme poque qu'apparut le premier astronome catastrophiste, William Whiston (1667-1752), qui
s'appuya sur les travaux de Newton et Halley. Tout tait dsormais en place pour une nouvelle gnration de
savants dsireux d'tudier d'une manire plus scientifique l'origine de la Terre et ses rapports avec l'Univers
environnant.
Ainsi donc, en un peu plus d'un sicle et demi, grce quelques scientifiques de haute ligne, l'image du monde
fut jamais transforme. La Terre perdit sa place au centre de la Cration, pour ne plus devenir qu'une plante
parmi d'autres, au grand dam des glises, qui comprirent vite que chaque ide vraiment nouvelle reprsentait
une menace pour le pouvoir tabli, en l'occurrence celui de l'omniprsente religion. Chaque fois qu'elles furent en
mesure de le faire, ces glises tentrent de mettre le hol toute forme de dissidence caractrise (4). On
connat surtout la navrante histoire de Giordano Bruno (1548-1600), qui voulut prner travers toute l'Europe
l'infinit de l'Univers et la pluralit des mondes plantaires, et qui fut arrt par l'Inquisition en 1593 et brl vif
sept ans plus tard comme hrtique. Mais d'autres furent menacs, commencer par Galile.
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3e et 4e parties de ses Principes philosophiques parus en 1644. Descartes a surtout eu le mrite d'introduire
l'ide d'volution, progrs fondamental par rapport l'ancien monde ternel qui avait force de loi depuis la fin de
l'Antiquit. Evolution pour lui voulait bien dire que tous les objets de l'Univers naissent, vivent et meurent.
On connat sa thorie et ses clbres tourbillons. Pour lui, la Terre tait un soleil devenu obscur qui avait connu
une volution catastrophiste. Les historiens de la gologie considrent son systme comme tant la premire
thorie de la Terre, laquelle allaient se rfrer, ou s'inspirer, nombre de savants ultrieurs.
Le monde de 6000 ans de larchevque Ussher
Peu de temps aprs la mort de Descartes, se produisit un vnement qui aurait pu rester anecdotique, mais qui
en fait allait prendre une importance considrable. C'est la publication en 1658 du livre The annals of the world
(Les annales du monde) par l'archevque irlandais James Ussher (1581-1656), dans lequel il annonait tout
simplement que Dieu avait cr la Terre le samedi 22 octobre 4004 av. J.-C. huit heures du soir. Ussher tait
parvenu ce rsultat la suite d'une tude complte des dates puises aux diffrentes chronologies de l'Ancien
Testament.
Cette affirmation toute personnelle de Ussher plut l'diteur de la version "King James" de la Bible qui l'insra
comme note marginale dans les ditions ultrieures. Cette circonstance fit accepter la date de 4004 av. J.-C.
comme faisant corps avec le dogme religieux et elle devint quasiment la date "officielle" de la Cration, laquelle
tout le monde, scientifiques y compris, tait oblig de se rfrer sous peine d'tre accus d'hrsie, avec tous les
dsagrments que cela pouvait comporter.
Ds cette poque, les gologues furent donc, eux aussi, obligs de se plier la nouvelle orthodoxie religieuse et
son corollaire difficilement soutenable : faire entrer l'histoire physique du monde en 6000 ans seulement, ce qui
tait vraiment bien court. C'est cette difficult bien inutile qui allait dboucher sur une chronologie courte que
toutes les observations sur le terrain semblaient pourtant contredire. Mais aux XVIIe et XVIIIe sicles, on ne
pouvait luder facilement le dogme de la Cration et les gologues durent faire avec, redoublant d'ingniosit
pour vivre avec ce redoutable "fil la patte" que leur avait pass l'archevque Ussher. Ingniosit tourne par la
suite un peu facilement en drision par des successeurs d'une autre poque, dbarrasss tout jamais d'Ussher
et de son monde de 6000 ans, et devenue " navet, fable, fantaisie dbride, lucubration grotesque, idlatrie
biblique " et autres qualificatifs du mme genre sous la plume d'auteurs imbus de modernisme et toujours
persuads de dtenir LA vrit (en fait leur vrit !).
Bible et science : une difficile cohabitation
C'est le rvrend (un ecclsiastique donc) Thomas Burnet (1635-1715), qui fut le premier de ces gologues
proposer une thorie de la Terre dans son clbre ouvrage en latin et en quatre volumes Telluris theoria sacra
(8) , paru entre 1680 et 1689. Stephen Jay Gould (1941-2002) lui a consacr une partie entire de son livre Aux
racines du temps (9) pour faire connatre son uvre et surtout le rhabiliter. Dans ce livre, Burnet, qui s'inspirait
fortement de Descartes, dont il tait en fait un disciple, essayait de rinterprter l'enseignement de la Bible avec
des arguments rationalistes, notamment le rcit de la Gense. Il proposa une version "scientifique" du Dluge et
devint ainsi le premier des diluvianistes, qui allaient tre vilipends par leurs successeurs qui se considraient
comme plus modernes et qui refusaient "de faire de la science un roman". Pour Burnet, le Dluge fut la fois un
phnomne physique et un chtiment divin, envoy par Dieu pour punir une humanit corrompue.
Burnet fut un vritable novateur et il fit rapidement des mules. Comme je l'ai expliqu au chapitre prcdent, son
compatriote Whiston lui embota le pas, en 1696, avec A new theory of the Earth, en faisant des comtes les
instruments de Dieu. Pour lui, les comtes taient en mesure de tout faire : la Terre elle-mme tait une ancienne
comte, une autre avait caus le Dluge et dans l'avenir (proche pour Whiston) elle dtruira la vie sur la Terre.
Son ide fut reprise souvent par la suite jusqu'au XIXe sicle, principalement par les crationnistes, pour expliquer
le Dluge. On peut mme dire que si on l'expurge des -cts inutiles et de toute la partie religieuse, elle "tient
encore la route", comme je le montrerai tout au long de ce livre.
A la mme poque que Whiston, Gottfried Leibniz (1646-1716) terminait son Protoge (10), qui ne fut publi que
beaucoup plus tard (en 1749). On sait que chez l'illustre philosophe et mathmaticien, les ides du savant, du
mtaphysicien et du thologien taient trois aspects diffrents d'une mme pense. Pour lui, le Crateur a cr le
monde selon un modle cohrent fond sur une harmonie prtablie et notre histoire n'est que le
dveloppement d'un projet divin. Leibniz innovait, dans la mesure o il considrait que toutes les catastrophes
subies par la Terre et l'humanit n'taient pas des actes ngatifs (!), elles s'insraient simplement dans un projet
d'ensemble, obligatoirement positif long terme, puisque voulu et programm par Dieu. L'pisode du Dluge
tait un vnement parmi d'autres, venu son heure quand Dieu l'avait jug ncessaire. On peut rire de Leibniz.
L encore, il n'empche qu'il avait compris bien avant les autres que les catastrophes ne sont pas obligatoirement
ngatives long terme. On ne dit pas autre chose aujourd'hui, trois sicles plus tard, puisque l'on sait que les
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catastrophes sont souvent des forces de cration, dans la mesure o elles peuvent librer des niches
cologiques, et qu'elles sont parfois une source majeure de l'volution des espces.
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Pour finir ce survol sur les thories de la Terre, il faut citer le gologue cossais James Hutton (1726-1797),
considr souvent comme le fondateur de la gologie, et qui posa le premier les bases de l'uniformitarisme. Dans
sa Theory of the Earth, parue en 1788, il montra, preuves l'appui, que la Terre tait une plante vieille. Une
tude sur le terrain durant des annes l'avait confort dans son ide que les causes des vnements du pass
taient les mmes que celles qui agissaient encore de nos jours. Ce concept allait tre repris longtemps aprs et
dvelopp par Lyell. Mais l'poque de Hutton, la majorit des savants n'taient pas encore prts les accepter.
Au contraire, l're du catastrophisme commenait, grce surtout un vnement unique, imprvu, qui allait faire
voluer radicalement les mentalits : l'approche trs serre d'une comte la Terre. Cet vnement est un jalon
important dans l'volution des ides catastrophistes.
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aprs elle, rpandit la terreur dans l'Europe dj consterne par les succs rapides des Turcs qui
venaient de renverser le Bas-Empire ; et le pape Calixte ordonna des prires publiques, dans
lesquelles on conjurait la comte et les Turcs. On tait loin de penser, dans ces temps
d'ignorance, que la nature obit toujours des lois immuables. Suivant que les phnomnes
arrivaient et se succdaient avec rgularit, ou sans ordre apparent, on les faisait dpendre des
causes finales, ou du hasard ; et lorsqu'ils offraient quelque chose d'extraordinaire et semblaient
contrarier l'ordre naturel, on les regardait comme autant de signes de la colre cleste. "
Onze ans aprs le passage de P/Halley, se produisit l'approche record de D/Lexell la Terre. Comme tous les
astronomes de l'poque, Laplace fut trs impressionn par la faiblesse de la distance entre les deux astres, car
on ignorait encore l'poque la faible masse des comtes, en aucune mesure comparable celle des plantes. Il
comprit qu' l'chelle astronomique, des collisions entre la Terre et des comtes taient invitables. Laplace
devint un catastrophiste convaincu, mais en prenant bien soin de considrer le facteur temps comme un
paramtre essentiel :
" Aux frayeurs qu'inspirait alors l'apparition des comtes, a succd la crainte que dans le grand
nombre de celles qui traversent dans tous les sens le systme plantaire, l'une d'elles ne
bouleverse la Terre. Elles passent si rapidement prs de nous, que les effets de leur attraction ne
sont point redouter : ce n'est qu'en choquant la Terre qu'elles peuvent y produire de funestes
ravages. Mais ce choc, quoique possible, est si peu vraisemblable dans le cours d'un sicle ; il
faudrait un hasard si extraordinaire, pour la rencontre de deux corps aussi petits relativement
l'immensit de l'espace dans lequel ils se meuvent, que l'on ne peut concevoir, cet gard,
aucune crainte raisonnable. Cependant, la petite probabilit d'une pareille rencontre peut, en
s'accumulant pendant une longue suite de sicles, devenir trs grande. "
Laplace fut un modle et un inspirateur pour tous les catastrophistes qui allaient suivre, notamment Cuvier et ses
disciples. On ne peut tre plus clair que dans ce texte clbre de Laplace qui fait suite au prcdent :
" Il est facile de se reprsenter les effets de ce choc avec la Terre. L'axe et le mouvement de
rotation changs ; les mers abandonnant leur ancienne position pour se prcipiter vers le nouvel
quateur ; une grande partie des hommes et des animaux, noys par ce dluge universel, ou
dtruits par la violente secousse imprime au globe terrestre ; des espces entires ananties ;
tous les monuments de l'industrie humaine, renverss ; tels sont les dsastres que le choc d'une
comte a d produire, si sa masse a t comparable celle de la Terre. On voit alors pourquoi
l'Ocan a recouvert de hautes montagnes, sur lesquelles il a laiss des marques incontestables
de son sjour ; on voit comment les animaux et les plantes du midi ont pu exister dans les climats
du nord o l'on retrouve leurs dpouilles et leurs empreintes ; enfin, on explique la nouveaut du
monde moral dont les monuments certains ne remontent pas au-del de cinq mille ans. L'espce
humaine rduite un petit nombre d'individus et l'tat le plus dplorable, uniquement occupe
pendant trs longtemps du soin de se conserver, a d perdre entirement le souvenir des
sciences et des arts ; et quand les progrs de la civilisation en ont fait sentir de nouveau les
besoins, il a fallu tout recommencer, comme si les hommes eussent t placs nouvellement sur
la Terre. Quoi qu'il en soit de cette cause assigne par quelques philosophes, ces phnomnes,
je le rpte, on doit tre rassur sur un aussi terrible vnement, pendant le court intervalle de la
vie, d'autant plus qu'il parat que les masses des comtes sont d'une petitesse extrme, et
qu'ainsi leur choc ne produirait que des rvolutions locales. Mais l'homme est tellement dispos
de recevoir l'impression de la crainte, que l'on a vu en 1773 la plus vive frayeur se rpandre dans
Paris, et de l se communiquer dans toute la France, sur la simple annonce d'un mmoire dans
lequel Lalande dterminait celles des comtes observes, qui peuvent le plus approcher de la
Terre ; tant il est vrai que les erreurs, les superstitions, les vaines terreurs et tous les maux
qu'entrane l'ignorance, se reproduiraient promptement, si la lumire des sciences venait
s'teindre. "
Cette approche de D/Lexell, qui reste l'approche record, comme nous le verrons au chapitre consacr aux
comtes, aura t le premier vritable dtonateur sur la ralit possible d'un impactisme et d'un catastrophisme
comtaires, si bien populariss par Laplace, dont l'influence intellectuelle et scientifique tait grande la fin du
XVIIIe sicle. D'autres astronomes contemporains de Laplace, comme Jean Sylvain Bailly (1736-1793) (16) et
Jrme Lalande (1732-1807), partageaient des ides assez identiques aux siennes, mme s'ils taient obligs
de mettre une sourdine leurs opinions exprimes. Comme le rappelle le texte de Laplace ci-dessus, Lalande fut
ouvertement accus de faire peur aux gens et de provoquer la panique par ses crits (!), alors qu'il ne faisait que
publier quelques donnes chiffres bien relles.
54
En cette fin de XVIIIe sicle, priode rvolutionnaire s'il en ft, le "danger extrieur", qui longtemps avait eu une
base purement affective, due essentiellement la peur ancestrale des comtes et un obscurantisme larv mais
omniprsent, prenait forme et consistance (avec la dtermination des causes et des consquences possibles)
grce l'appui de quelques scientifiques de renom.
D'autant plus, comme nous allons le voir, qu'aprs des dcennies de doute, et mme d'une certaine manire de
recul par rapport aux opinions prcdentes, la ralit des chutes de mtorites allait s'imposer d'une manire
irrversible.
55
Heureusement, des voix discordantes se firent jour. Quelques chercheurs un peu plus clairvoyants se
dmarqurent de ce satisfecit gnral de "modernisme" que se dcernaient, un peu facilement, les rudits des
Lumires. Ils voulaient rester, eux, sur le strict terrain de l'observation et de l'analyse scientifique, et ne se
satisfaisaient pas du credo pseudo-scientifique expliquant que la chute de pierres venant du cosmos (et non pas
de l'atmosphre) tait une impossibilit physique.
Le premier, le naturaliste d'origine allemande Pierre-Simon Pallas (1741-1811), qui a donn juste titre son nom
aux pallasites, dcrivit la clbre mtorite, dcouverte en 1749 au sud de Krasnojarsk en Sibrie, et dont la
masse avoisinait les 700 kg. En 1772, il la fit transporter, non sans mal on s'en doute, de Sibrie SaintPtersbourg. Il comprit vite que cette superbe "ponge de fer" comme il l'appela ne pouvait tre que d'origine
cosmique.
Un verrou psychologique difficile briser
En 1794, le physicien allemand Ernst Chladni (1756-1827), aprs avoir examin plusieurs rapports concernant
notamment la pallasite sibrienne et la sidrite argentine de Campo del Cielo, publia en allemand son fameux
petit livre (19), rvolutionnaire pour l'poque, dans lequel il apportait les premires preuves chimiques et
minralogiques du caractre exotique (c'est--dire extraterrestre) des spcimens tudis.
La mme anne, le 16 juin 1794, 19 heures, succdant une violente dtonation dans l'atmosphre, tombait
Sienne en Toscane, une pluie de petites pierres observe par de nombreux tmoins. L encore l'vidence tait
flagrante, mais les scientifiques se bouchrent les yeux.
Quatre ans plus tard, le 19 dcembre 1798, 20 heures, c'tait au tour de la rgion de Bnars, en Inde, d'tre le
point de chute d'une nouvelle pluie de pierres, faisant suite l'apparition d'un brillant mtore et de dtonations
dans l'atmosphre, les trois phases ayant des centaines de tmoins.
En 1802, le jeune chimiste anglais Edward Howard (1774-1816) (20), aprs avoir examin son tour plusieurs
nouveaux objets tombs du ciel (notamment des spcimens de la chute de Bnars) et mis pour la premire fois
en vidence la prsence de chondres (dans ce que l'on appellera plus tard des chondrites), confirma que les
mtorites taient diffrentes chimiquement des pierres terrestres et taient donc d'origine cosmique.
En 1803, trois scientifiques franais, Laplace, Jean-Baptiste Biot (1774-1862) et Simon Poisson (1781-1840),
c'est--dire un ancien, catastrophiste convaincu comme nous l'avons vu, et deux jeunes sans complexes,
conscients qu'il tait plus que l'heure de prendre le train en marche, proposrent une nouvelle hypothse : ces
pierres venues du ciel seraient en fait des jectas de volcans lunaires qui auraient pu chapper l'attraction de
notre satellite. Cette hypothse restrictive eut un certain succs et concurrena l'hypothse purement cosmique
au cours de la premire moiti du XIXe sicle.
Mais malgr toutes ces observations indiscutables et sans cesse renouveles, et le rveil bien tardif de quelquesuns, secous heureusement par la gnration montante, la communaut scientifique dans sa grande majorit
restait hermtique cette "rvolution des ides" indispensable. Le verrou psychologique anti-mtorites aura t
l'un des plus difficiles faire sauter, rsistant prs d'un sicle aux preuves les plus flagrantes, alors que de
nombreuses dcouvertes importantes, comme celles notamment de la septime plante, Uranus, en 1781, par
William Herschel (1738-1822), et de la huitime, Crs, en 1801, par Giuseppe Piazzi (1746-1826) (21), avaient
pourtant montr que le dogme millnaire et intangible des six plantes (les astres errants) n'tait rien d'autre
qu'un mythe et que le ciel tait en fait beaucoup plus complexe que celui prvu par les Anciens.
enquter sur place, suite la chute de pierres, dont l'cho et quelques spcimens taient parvenus trs vite
Paris.
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temps au-dessus de leurs ttes. Dans tout le canton sur lequel ce nuage planait on entendit des
sifflements semblables ceux d'une pierre lance par une fronde, et l'on vit en mme temps
tomber une multitude de masses solides exactement semblables celles que l'on a dsignes
sous le nom de pierres mtoriques...
Les plus grosses pierres sont tombes l'extrmit sud-est du grand axe de l'ellipse, du ct de
Fontenil et de la Vassolerie ; les plus petites sont tombes l'autre extrmit, et les moyennes
entre ces deux points. D'aprs ces considrations prcdemment rapportes, les plus grosses
paratraient tre tombes les premires !
La plus grosse de toutes celles que l'on a trouves pesait 8,5 kg (17 livres ), au moment o elle
tomba ; la plus petite que j'ai vue et que j'ai rapporte avec moi, ne pse que 7 ou 8 grammes
(environ 2 gros) ; cette dernire est donc environ mille fois plus petite que la prcdente. Le
nombre de toutes celles qui sont tombes peut tre valu deux ou trois mois mille...
On en conclura sans le moindre doute que le fait sur lequel ces preuves se runissent est
rellement arriv, et qu'il est tomb des pierres aux environs de L'Aigle le 6 floral an 11... "
Biot terminait ainsi son rapport :
" Je me suis born dans cette relation un simple expos des faits ; j'ai tch de les voir comme
tout autre les aurait vus, et j'ai mis tous mes soins les prsenter avec exactitude. Je laisse la
sagacit des physiciens les nombreuses consquences que l'on en peut dduire, et je
m'estimerai heureux s'ils trouvent que j'ai russi mettre hors de doute un des plus tonnants
phnomnes que les hommes aient jamais observs. "
Biot restait assez prudent dans son rapport. Pour lui, en fait, L'Aigle ne changeait rien, puisqu'il s'tait dj
rcemment reconverti et penchait avec Laplace et Poisson pour une origine lunaire des mtorites. Jeune
acadmicien, il voulait sans doute viter de se mettre dos les autres membres plus anciens, et surtout
beaucoup plus conservateurs, de l'Acadmie des sciences qui, eux, avaient dj fait connatre maintes reprises
leur opinion dfinitive sur le sujet : " Les mtorites ne peuvent pas exister car il n'y a pas de pierres dans le ciel ".
Bon gr, mal gr, tous finirent quand mme par accepter ce qui ne pouvait plus tre ni sans tomber dans le
ridicule : la ralit de la chute de pierres sur la Terre. L'Aigle marque, cet gard, un tournant dcisif.
Je prcise que cette pluie de pierres, somme toute banale, hormis son importance historique et pistmologique
considrable, concernait des chondrites ordinaires de type L6, c'est--dire des pierres qui ne pouvaient tre
diffrencies des pierres terrestres que par des spcialistes. Les pierres du ciel ressemblaient comme des surs
celles qui jonchent notre plante !
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En substance, la thorie de Cuvier dclarait que Dieu avait cr le monde il y a environ 80 000
ans et le peupla d'animaux de la premire cration, principalement des poissons et autres
habitants des mers et nombre d'amphibiens primitifs. Aprs le premier cataclysme, une seconde
cration eut lieu, principalement des reptiles. Mais Dieu n'en fut pas plus satisfait que de la
premire et, aprs un second cataclysme, une troisime cration eut lieu, consacre celle-l aux
mammifres exclusivement. Finalement, un troisime cataclysme, suivi de la cration biblique,
amena l'apparition du premier homme et des divers types de plantes et d'animaux que nous
connaissons aujourd'hui. Ces derniers taient destins rester sous la domination de l'homme
jusqu' ce que Dieu en sa sagesse dcide de rpter l'uvre de liquidation.
Sans presque s'en douter, Cuvier venait d'tablir la thorie des res gologiques et d'ouvrir la
voie aux synthses qui allaient suivre. Cette tche fut acheve peu de temps aprs sa mort par
deux hommes parmi les plus illustres dans l'histoire des sciences naturelles, le gologue Charles
Lyell et le naturaliste Charles Darwin. " (23)
Ainsi Cuvier recensait quatre crations diffrentes, en liaison avec les quatre grandes res gologiques qui
avaient t mises en vidence progressivement par les gologues la suite d'tudes nombreuses sur le terrain.
instant qui a fait prir les animaux et qui a rendu glacial le pays qu'ils habitaient. Cet vnement a
t subit, instantan, sans aucune gradation, et ce qui est si clairement dmontr pour cette
dernire catastrophe ne l'est gure moins pour celles qui l'ont prcde. Les dchirements, les
redressements, les renversements des couches plus anciennes ne laissent pas douter que des
causes subites et violentes ne les aient mises en l'tat o nous les voyons ; et mme la force des
mouvements qu'prouva la masse des eaux est encore atteste par les amas de dbris et de
cailloux rouls qui s'interposent en beaucoup d'endroits entre les couches solides. La vie a donc
t souvent trouble sur cette Terre par des vnements effroyables. Des tres vivants sans
nombre ont t victimes de ces catastrophes : les uns, habitants de la terre sche, se sont vus
engloutis par des dluges ; les autres, qui peuplaient le sein des eaux, ont t mis sec avec le
fond des mers subitement relev ; leurs races mme ont fini pour jamais, et ne laissent dans le
monde que quelques dbris peine reconnaissables pour le naturaliste... "
(Chapitre : Preuves que ces rvolutions ont t subites).
Cuvier n'a jamais voulu varier de sa ligne de conduite, dcide ds la fin de ses tudes. On se doute bien que
cette rigidit intangible masquait mal certaines observations indiscutables contraires sa thorie et on comprend
facilement que le naturaliste Lamarck (1744-1829), son grand rival, adepte du transformisme, qui travaillait, lui,
sur les Invertbrs, finit par l'emporter dans leur combat scientifique qui marqua l'histoire des sciences de la
premire partie du XIXe sicle. Cuvier qui avait en partie raison, sur le volet catastrophisme, s'est fourvoy luimme en imposant paralllement un crationnisme totalement dnu de fondement.
Cette position rigide de Cuvier, son fixisme et le crationnisme qui en dcoule ont fait beaucoup de tort au
catastrophisme, comme je l'ai expliqu dans l'introduction, tel point que le terme mme de catastrophisme, qui
a coll la peau de Cuvier pendant 150 ans, doit passer par une priode de rhabilitation, que les dcouvertes
actuelles, heureusement, vont permettre de raccourcir au minimum.
60
sont bons, ces travaux se suffisent largement eux-mmes. Le cas de ce pauvre d'Orbigny devrait servir
d'exemple.
Tableau 3-1. Classification des terrains de d'Orbigny et "crations" associes
Terrains
Contemporains
Tertiaires
Crtacs
Jurassiques
28
27
26
25
24
23
22
21
20
19
18
17
Etages
Contemporain
Subapennin
Falunien
Parisien
Suessonien
Danien
Snonien
Turonien
Cnomanien
Albien
Aptien
Nocomien
16 Portlandien
15 Kimmridgien
14
13
12
11
10
9
8
7
6
5
4
3
Etages
Corallien
Oxfordien
Callovien
Bathonien
Bajocien
Toarcien
Liasien
Sinmurien
Salifrien
Conchylien
Permien
Carbonifrien
Dvonien
Silurien
Terrains
Jurassiques
Triassiques
Palozoques
Alcide d'Orbigny prconisait une nouvelle "cration" chaque rvolution du globe matrialise par un
nouvel tage stratigraphique
Les "tages" de d'Orbigny n'ont pas tous t conservs dans la classification moderne
Parmi les disciples et successeurs importants de Cuvier, il convient de citer galement le gologue cossais
Roderick Murchison (1792-1871) qui s'intressa particulirement aux dbuts de l'histoire de la vie. Il dcouvrit
que tous les groupes importants taient apparus quasi simultanment au dbut de la priode cambrienne. En
crationniste convaincu, il pensait que c'tait le moment o Dieu avait dcid de peupler la Terre.
61
l'ensemble des vnements gologiques (de la formation du Grand Canyon aux extinctions
massives). Dsormais, ceux qui tudiaient la Terre pouvaient rpudier les agents miraculeux
rendus indispensables par la compression chronologique de la Bible. La dcouverte du temps
profond dans cette thse consacre l'une des grandes victoires de l'observation et de l'objectivit
sur l'ide prconue et l'irrationnel. "
La grande victoire de l'observation dont parle Gould n'tait en fait que celle dont disposaient les chercheurs de
l'poque, c'est--dire une observation extraordinairement parcellaire. Quant aux "agents miraculeux", il suffit de
comparer les quatre astrodes connus l'poque de Lyell : Crs, Pallas, Vesta et Junon circulant sagement
entre Mars et Jupiter avec les centaines de NEA dcouverts chaque anne et qui viennent rgulirement frler la
Terre. C'est aussi cela la relativit du temps. Rejeter le catastrophisme comme Lyell l'a fait (bien lgrement)
pour imposer pour plus d'un sicle un uniformitarisme triomphant, mais qui ne reprsente qu'un aspect d'un
problme beaucoup plus complexe, a fait retarder considrablement la connaissance du monde physique dans
lequel nous vivons (il s'tait pass la mme chose avec le triomphe du gocentrisme de Ptolme qui a clips
pour plus de 1500 ans l'hliocentrisme d'Aristarque de Samos).
Pousser aux oubliettes des donnes qui paraissent errones est aujourd'hui encore chose courante. Mais gare au
retour de bton que ne manqueront pas de nous assner les scientifiques des sicles futurs !
L'irrationnel dont Gould semble accuser les catastrophistes tait en fait l'appui malheureux sur la Bible et la
thologie dont se prvalaient plus ou moins ouvertement certains chercheurs. Mais leur vision d'un monde
discontinu tait bien le reflet d'une ralit objective, malheureusement noye dans un galimatias religieux
(fixisme, crations, etc.) associ l'poque.
Le catastrophisme rcupr par les sectes religieuses
L'abandon progressif, mais irrversible, du catastrophisme par les scientifiques (29), aprs la victoire de Lyell et
de son uniformitarisme, permit l'irrationnel religieux de marquer des points srieux, notamment aux Etats-Unis.
Les sectes fondamentalistes ont toujours t nombreuses dans ce pays, s'appuyant sur le texte biblique "pur et
dur", c'est--dire avec une Cration datant de 6000 ans, le Dluge et une fin du monde venir.
L'une des plus clbres de ces sectes au XIXe sicle fut celle des Millerites (30), du nom de son fondateur et
animateur William Miller (1782-1849) . Celui-ci s'tait persuad que le Christ devait revenir sur Terre en 1843 (!).
Il prcha la fin du monde partir de 1831, lie une comte, reprenant en cela l'ide de Whiston. Il eut de la
chance puisque ds 1833, dans la nuit du 12 au 13 novembre, eut lieu l'extraordinaire averse mtorique des
Lonides (31/32), durant laquelle plus de 200 000 mtores furent dnombrs en quelques heures seulement. Il
prsenta cet inoubliable vnement comme un signe avant-coureur, adress aux hommes par Dieu, du Jour du
Jugement dernier attendu pour dix ans plus tard. En 1843 justement, parut une formidable comte dans le ciel et
qui frla le Soleil (33), la fameuse Grande comte de Mars, qui fut visible l'il nu en plein jour. Miller triomphait
dj (un peu trop vite !), persuad que cette comte tait celle du Jugement dernier. Malheureusement pour lui,
aucun moment cette belle comte ne s'approcha de la Terre. La fin du monde tait encore repousse plus tard !
L'exemple des Millerites montre comment les crationnistes purent rcuprer leur profit une thorie
abandonne par les scientifiques eux-mmes. On comprend mieux pourquoi la notion mme de catastrophisme a
encore si mauvaise presse.
Notes
1. J.-R. Roy, L'astronomie et son histoire (Masson, 1982).
2. L.M. Celnikier, Histoire de l'astronomie (Lavoisier, 1996).
3. J. Kepler, Le secret du monde (Gallimard, 1984 ; traduction et notes de A. Segonds). Il suffit de lire ce livre de
jeunesse de Kepler : le Mysterium cosmographicum, crit en 1595, l'ge de 24 ans, et paru l'anne suivante
Tbingen, pour comprendre son gnie et son anticonformisme. L'histoire des sciences a peu connu de savants
du calibre de Kepler.
4. J. Gapaillard, Et pourtant, elle tourne ! Le mouvement de la Terre (Seuil, 1993).
5. G. Gohau, Histoire de la gologie (La dcouverte, 1987). Un livre trs intressant et instructif qui retrace les
diffrents pisodes de l'histoire de la gologie en remontant l'Antiquit.
6. J. Roger, Pour une histoire des sciences part entire (Albin Michel, 1995 ; texte tabli par C. Blankaert,
avant-propos de M.-L. Roger et postface de J. Gayon).
62
7. La condamnation de Galile par l'Inquisition en 1633 poussa Descartes repousser la publication de sa thorie,
qui ne pouvait que dplaire l'glise. Descartes ne se sentait pas l'me d'un martyr, on le comprend !
8. T. Burnet, Telluris theoria sacra (Thorie sacre de la Terre) (1680-1689). Cet ouvrage en latin fut publi en
quatre volumes. Le premier tait consacr au dluge, le deuxime au paradis originel, le troisime la
consomption du monde par le feu dans les temps venir et le quatrime aux nouveaux cieux et la nouvelle
Terre. En 1691, il parut une version en anglais de cet ouvrage, sous le titre Sacred theory of the Earth.
9. S.J. Gould, Aux racines du temps (Grasset, 1990). Titre original : Time's arrow, time's cycle (1987).
10. G.W. Leibniz, Protogaea (Presses universitaires du Mirail, 1993 ; traduction de B. de Saint-Germain ; dition,
introduction et notes J.-M. Barrande). Cette dition moderne du texte de Leibniz a comme sous-titre : " De
l'aspect primitif de la terre et des traces d'une histoire trs ancienne que renferment les monuments mmes de la
nature ". Ce texte crit en 1690-91 ne fut publi qu'en 1749.
11. C. Cohen, Le destin du mammouth (Seuil, 1994).
12. G. Gohau, Les sciences de la Terre aux XVIIe et XVIIIe sicles. Naissance de la gologie (Albin Michel, 1990).
13. J. Roger, Buffon - Les poques de la nature (Editions du Musum, 1988). Un livre indispensable pour
comprendre les ides de cette poque. La longue introduction de cette dition critique de Jacques Roger est
l'uvre d'un rudit qui a dissqu sans complaisance le travail de Buffon.
14. D.K. Yeomans, Comets. A chronological history of observation, science, myth, and folklore (John Wiley &
Sons, 1991). Le livre de rfrence sur l'histoire des comtes.
15. P.-S. Laplace, Exposition du systme du monde (Fayard, 1984 ; collection Corpus des uvres de philosophie
en langue franaise). Cette rdition du classique de Pierre-Simon Laplace est conforme l'dition de 1835. La
premire dition de ce livre parut en 1796.
16. Jean-Sylvain Bailly (1736-1793), surtout connu comme homme politique, ml de trs prs la Rvolution (je
rappelle qu'il fut le premier maire de Paris et qu'il finit sur l'chafaud), fut aussi un remarquable astronome qui a
crit plusieurs livres sur l'histoire de l'astronomie. Il croyait fermement aux grands cataclysmes du pass
(notamment celui qui aurait dtruit l'Atlantide) et il peut tre considr comme un des grands catastrophistes du
XVIIIe sicle. Cuvier l'avait en grande estime.
17. Texte du philosophe Dominique Lecourt dans l'Introduction (p. 12) du livre du mtoricien franais Michel
Maurette, Chasseurs d'toiles (Hachette - La Villette, 1993).
18. M.H. Hey, Catalogue of meteorites, third edition (British Museum, 1966). Un livre-catalogue trs remarquable
qui dtaille la totalit des chutes de mtorites connues ou souponnes depuis l'origine. Les mises jour
ultrieures n'ont fait que l'actualiser.
19. E.F.F. Chladni, Ueber den Ursprung der von Pallas gefundenen und anderer ihr hnlicher Eisenmassen
(1794). Chladni s'est mis dos le monde scientifique de l'poque avec la publication de ce livre, qui n'tait
pourtant simplement que le reflet de la ralit, dure admettre par beaucoup.
20. J.G. Burke, Cosmic debris. Meteorites in history (University of California Press, 1986).
21. En fait, cette huitime plante, la fameuse plante 28 prvue par la loi de Titius-Bode, baptise Crs, ne
s'avra n'tre qu'un astrode, le premier d'une srie qui n'aura jamais de fin (plus de 300 000 sont connus en
2006). On sait aujourd'hui qu'une plante unique entre Mars et Jupiter n'a jamais pu exister, les perturbations de
la plante gante interdisant une concentration de matire unique. Quelques mini-plantes (des astrodes dits
primaires) ont exist mais toutes, sauf Crs, Pallas et Vesta, ont subi des fracturations svres, desquelles ont
rsult des familles d'astrodes. En 2006, Crs est devenue officiellement une plante naine (dwarf planet en
anglais). On considre aujourd'hui que seulement huit astres du Systme solaire sont des vraies plantes, Pluton
tant galement considre comme une plante naine.
22. J.-B. Biot, Relation d'un voyage fait dans le dpartement de l'Orne, pour constater la ralit d'un mtore
observ l'Aigle le 6 floral an 11 (Mmoires de la classe des sciences, mathmatique et physique, Institut
National de France, pp. 224-266, 1806). La lecture de ce document, tout au moins dans une forme prliminaire,
avait t faite ds 1803 (le 17 juillet) l'Acadmie des sciences. Il semble que Biot n'tait pas trs press de
publier son rapport, qui obligatoirement allait tre diffus dans le monde entier, puisque celui-ci n'a paru imprim
qu'en 1807 seulement.
23. R. Cunningham, Histoire de la Terre (Payot, 1956). Titre original : A guide to Earth history. Citation pp. 72-73.
24. Ce grand classique du catastrophisme est paru, ds 1812, comme introduction au grand ouvrage de Cuvier
sur les ossements fossiles, sous le titre : " Recherches sur les ossements fossiles de quadrupdes. Discours
prliminaire ". Il est paru sous sa forme dfinitive, en 1825 seulement, sous le titre : " Discours sur les rvolutions
de la surface du globe et sur les changements qu'elles ont produits dans le monde animal ". Ces deux versions
distantes de treize ans sont en fait assez diffrentes dans la forme. Sur le fond, elles sont quasiment identiques.
On sait que Cuvier n'a jamais chang dans sa doctrine jusqu' sa mort en 1832.
63
25. Deux rditions franaises rcentes ont trait, l'une de la premire version (1812), l'autre de la version
dfinitive (1825). Ce sont respectivement : 1. G. Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles de quadrupdes.
Discours prliminaire (GF-Flammarion, 1992 ; prsentation, notes et chronologie par P. Pellegrin) et 2. G. Cuvier,
Discours sur les rvolutions de la surface du globe (Christian Bourgois, 1985 ; prface de H. Thomas et postface
de G. Laurent).
26. A. d'Orbigny, Cours lmentaire de palontologie et de gologie stratigraphique (1849-1852).
27. G. Gohau, Histoire de la gologie, op. cit., citation p. 171.
28. S.J. Gould, Aux racines du temps, op. cit., citation p. 20.
29. C. Babin, Autour du catastrophisme (Vuibert - Adapt, 2005). Un excellent petit livre qui dtaille les diffrentes
phases de l'histoire du catastrophisme. On y retrouve tous les principaux noms qui ont laiss leur empreinte dans
cette thorie scientifique, quasiment moribonde dans la seconde partie du XIXe sicle, et laisse inconsidrment
en pture aux catastrophistes religieux.
30. B.E. Schaeffer, Comets that changed the world, Sky and Telescope, pp. 46-51, may 1997.
31. R. Sanderson, The night of raining fire, Sky and Telescope, pp. 30-36, november 1998.
32. M. Littmann, The heavens on fire : the great Leonid meteor storms (Cambridge University Press, 1998). Le
clbre essaim de mtores des Lonides, associ la comte priodique 55P/Tempel-Tuttle, a trouv son
historien avec Mark Littmann (1939), un astronome amricain dj auteur dun remarquable Planets beyond.
Discovering the outer Solar system (John Wiley & Sons, 1988).
33. La Grande Comte de Mars est lie au groupe de Kreutz dont je parle en dtail au chapitre 7. Cette famille de
comtes est particulirement caractristique de la rapide dsintgration d'une comte de grande taille, brise
pour s'tre approche trop prs du Soleil, et qui en quelques millnaires peut gnrer plusieurs dizaines de
milliers de fragments de toute taille. En une dizaine d'annes seulement, la sonde SOHO en a dj repr plus
d'un millier, tous issus de la mme comte mre, connue sous le nom de comte d'Aristote.
64
CHAPITRE 4 :
IMPACTISME ET CATASTROPHISME
AUJOURD'HUI
Dcouvertes importantes durant la traverse du dsert
La monte de l'uniformitarisme a entran le dclin des ides catastrophistes et dbouch pour celles-ci sur une
"traverse du dsert" de plus d'un sicle. Cela ne veut pas dire pour autant que quelques chercheurs isols,
marginaliss souvent, n'aient pas tent d'attirer l'attention sur certaines donnes d'observation inhabituelles et
mme suspectes l'occasion de leurs travaux, montrant parfois des discontinuits imprvues dans l'histoire de la
nature.
continentaux, mme si d'autres cataclysmes, terrestres ou d'origine cosmique, eurent galement des
consquences trs importantes.
La dcouverte d'Eros
Une autre dcouverte essentielle de cette priode intermdiaire fut celle d'Eros (3) le 13 aot 1898 par Gustav
Witt (1866-1946). Essentielle pourquoi ? Il faut savoir que durant tout le XIXe sicle, plus de 400 astrodes furent
dcouverts, d'abord visuellement par les chasseurs d'astrodes, et photographiquement ensuite partir de 1891
(4). Tous circulaient entre Mars et Jupiter avec des demi-grands axes s'talant entre 2,15 et 4,30 UA, avec des
excentricits faibles ou moyennes, mais jamais fortes, ce qui excluait toute forte approche Mars et Jupiter et,
a fortiori, aux autres plantes plus loignes, parmi lesquelles en premier lieu, la Terre.
Or Eros, c'tait tout autre chose, et cette dcouverte totalement inattendue fut donc une grosse surprise pour les
astronomes de l'poque. Pour la premire fois, on se trouvait en prsence d'un astrode ayant une distance
moyenne (a = 1,458 UA) plus faible que celle de Mars (a = 1,524 UA) et une distance prihlique (q = 1,133 UA)
tout fait imprvue et exceptionnelle. Les calculs montrrent, en outre, qu'Eros pouvait s'approcher 0,15 UA
seulement de la Terre, soit 22 millions de km, ce qu'il avait fait en janvier 1894, quatre ans avant sa dcouverte.
L'existence de petits astrodes pouvant s'approcher fortement de la Terre tait une chose impensable pour
toutes les gnrations antrieures d'astronomes. Aucun n'en avait jamais fait tat comme d'une possibilit
srieuse. Pour eux, seules quelques rarissimes comtes taient en mesure de venir frler notre plante. C'est ce
qui explique en grande partie que l'impactisme terrestre n'ait jamais eu beaucoup de succs dans les milieux
scientifiques au XIXe sicle et avant puisque, d'aprs les astronomes eux-mmes, il n'existait pas de corps
clestes, hormis les comtes, capables de heurter les plantes. L'observation des innombrables cratres lunaires,
partir de 1610, aurait d mettre pourtant la puce l'oreille des observateurs, mais l'origine volcanique tait
privilgie l'poque.
Il faut se rappeler aussi que, jusqu'au dbut du XIXe sicle, la communaut scientifique refusait d'admettre la
ralit des chutes de mtorites sur la Terre. Il fallut que la "pluie de pierres" de L'Aigle, le 26 avril 1803, ait des
centaines de tmoins oculaires pour que l'vidence soit enfin admise (5). On comprend mieux ainsi limportance
de la dcouverte d'un objet comme Eros, qui est un jalon aussi capital que l'approche de D/Lexell en 1770 dans
l'histoire de l'impactisme terrestre.
66
67
L'impactisme plantaire prenait un nouveau dpart avec cette constatation remarquable : Apollo frle les orbites
de trois plantes (celles de Vnus 0,002 et 0,06 UA, de la Terre 0,02 et 0,03 UA et de Mars 0,05 UA).
L'existence d'objets naturels pouvant heurter les diverses plantes tait prouve. L'origine des cratres lunaires
et ceux (souponns seulement l'poque) des autres plantes et satellites s'clairait enfin d'une manire simple
et lumineuse.
En 1936, le record d'Apollo tait largement battu par Adonis, un petit EGA dcouvert par Delporte. Ce nouveau
venu frla la Terre 0,015 UA (2,2 MK) le 7 fvrier 1936. Cette annonce par les astronomes fit sensation
l'poque, confirmant la probabilit d'impacts cosmiques sur les quatre plantes intrieures, car Adonis peut
galement frler trois plantes (Vnus 0,01 et 0,02 UA, la Terre 0,01 et 0,02 UA galement et Mars 0,01 et
0,04 UA).
L'anne suivante allait tre celle de la dcouverte de l'un des plus remarquables EGA connus ce jour : Hermes,
repr le 28 octobre 1937 par Reinmuth. Cet objet passa 0,005 UA (0,75 MK) de notre plante le 30 octobre. Il
tait si rapide dans le ciel (5 l'heure l'instant du rapprochement maximal) que les astronomes ne purent le
suivre. Les calculs indiqurent que son orbite s'approche en fait 0,002 UA (330 000 km), soit une distance
infrieure celle de la Lune. Hermes a galement une seconde approche trs serre son autre nud
(0,003 UA). Il s'agit donc d'un EGA trs intressant qui a t trs longtemps perdu avant d'tre retrouv en 2003.
On sait aujourd'hui qu'il s'agit d'un astrode double.
Ainsi, la fin des annes 1930, le paysage avait radicalement chang dans le domaine des astrodes. Loin de
circuler tous dans l'anneau principal (2,08-3,58 UA), certains objets avaient des orbites beaucoup plus petites (et
des priodes de rvolution beaucoup plus courtes), et pouvaient avoir des approches serres aux plantes
intrieures. Aujourd'hui banale, cette rvlation tait rvolutionnaire. Pourtant, hormis les astronomes, la grande
majorit des scientifiques des autres disciplines n'en saisirent pas immdiatement la porte. Et la guerre mit une
parenthse de prs de dix ans dans la recherche en gnral (except dans le domaine des armes et les
domaines apparents), et dans la recherche astronomique en particulier.
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A partir de cette poque, ce fut une cascade de dcouvertes, mais surtout la mise en vidence fondamentale que
l'Univers est violent. Tout est violence dans l'Univers, n'importe quelle chelle de temps ou de lieu, et les
radioastronomes eurent vite fait de comprendre, comme je l'ai dit dans l'introduction : le cataclysme est la rgle
dans l'Univers, partout, toujours. Cette ralit, tout fait fondamentale car elle conditionne la fois notre
pass et notre avenir, doit tre martele afin d'tre progressivement accepte par le grand public comme une
vrit incontournable. On sait malheureusement que celui-ci ignore souvent tout de l'astronomie, et plus
largement de l'Univers dans lequel il vit, dans lequel il est partie prenante au mme titre que tous les autres objets
qui le compose : il est poussires d'toiles.
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de la plante. Et le pire, c'est que l'on sera bien content de la trouver un jour, dans un avenir peut-tre pas trs
lointain, pour faire ce travail de destruction devenu indispensable.
Les scientifiques ont repris les donns des militaires pour les analyser. En fait, il s'avre que la grande majorit
de ces impacts atmosphriques passent compltement inaperus du sol. Un tel impact ne dure que quelques
secondes, et il a lieu souvent au-dessus d'un ocan ou d'un lieu dsert. Les relevs des militaires ont permis de
faire des statistiques prcises. Chaque anne, donc, furent enregistres en moyenne huit mtorites dont la
puissance tait suprieure 500 tonnes de TNT, pouvant aller jusqu' 15 000 tonnes (30 fois plus). Ces
statistiques concernent les impacts atmosphriques observs, car les militaires l'ont avou (tonnamment), la
cadence du balayage des satellites tait telle, qu'en fait, compte tenu de la brivet du phnomne, seulement un
impact terrestre sur dix a t enregistr. Et en prime on a su que sur les 136 explosions enregistres dans le
domaine infrarouge, seules trois ont pu tre enregistres par le capteur en lumire visible.
Parmi les 136 explosions recenses entre 1975 et 1992, trois ont t particulirement importantes. Une le 15 avril
1988 au-dessus de l'Indonsie (la seule des 136 qui ait t observe sous la forme d'un bolide aussi brillant que
le Soleil pendant une seconde), une autre le 1er octobre 1990 dans l'ouest du Pacifique, et enfin une troisime le
4 octobre 1991 dans l'Atlantique nord. Ces trois explosions concernaient des objets d'une dizaine de mtres de
diamtre moyen. L'arme amricaine a aussi rvl qu'un astrode d'une vingtaine de mtres aurait explos
dans la haute atmosphre le 3 aot 1963 entre l'Afrique du Sud et l'Antarctique, mais cette information tait, elle
aussi, reste secrte jusqu' ce qu'elle soit, comme toutes les autres, "dclasse".
L'arme amricaine s'est auto-proclame, je l'ai dit, responsable de la scurit terrestre. On devine aisment la
suite. Les Chinois et les Russes, avec un minimum de retard quand mme, se sont trouv trs intresss par "
l'ennemi extrieur ". Les Chinois ont mis en route un programme de dtection d'astrodes proches et de
comtes Xinglong (rest en panne et au rsultat trs decevant), et ont prpar eux aussi le matriel (militaire)
pour dtruire un ventuel objet menaant. Les Russes n'ont pas voulu tre en reste et ont recycl leurs armes
pour les pointer ventuellement vers le ciel. L'ennemi extrieur aura t pour tous les militaires des grands pays
une vritable aubaine...
En rsum, cet pisode des "mtorites amricaines" aura t fort utile quand mme pour prouver dfinitivement
que, quasiment chaque semaine, un objet cosmique de dix mtres de diamtre rentre dans l'atmosphre terrestre,
frquence totalement insouponne avant l'existence de satellites espions spcialiss.
L'impactisme microscopique est permanent, quotidien. En principe, il n'a aucune consquence. En principe
seulement, car, comme nous le verrons au chapitre 16, certains astronomes croient que la poussire cosmique
pourrait tre un vecteur privilgi de la panspermie microbienne.
70
s'chelonnant entre quelques centaines de mtres et 4 km pour le fragment majeur, vont heurter
une seule plante en une semaine...
SL9 est en orbite autour de Jupiter depuis sa capture (en non plus en orbite autour du Soleil) et
sa vitesse d'impact est trs importante (60 km/s), le triple de celle que l'on retient en gnral
comme moyenne pour les impacts terrestres. On sait qu'une vitesse triple entrane une nergie
cintique multiplie par 9. L'nergie totale libre par cette vingtaine d'impacts sera trs
importante l'chelle terrestre, mais relativement modeste l'chelle de Jupiter. Comme la
plante gante n'a pas de surface solide accessible, seuls des effets atmosphriques seront
enregistrs et ils ne seront que de courte dure (quelques semaines sans doute).
On ignore la densit exacte des fragments de SL9, mais les chiffres actuellement retenus
(de 0,3 0,5 g/cm3) pourraient tre en de de la ralit. Si l'on retient pour le fragment majeur
les valeurs suivantes : diamtre = 4,0 km, densit = 0,5 et vitesse d'impact = 60 km/s, on obtient
une nergie cintique de 3,021022 joules, soit environ 7 millions de mgatonnes de TNT. Pour la
dizaine de fragments voisins de 1,0 km de diamtre moyen, on obtient pour chacun une nergie
cintique de 4,711020 joules, soit 110 000 MT de TNT. Pour les petits fragments de 500 mtres,
l'nergie tombe 5,891019 joules (14 000 MT) l'unit.
Tous ces chiffres parlent d'eux-mmes : un tel impact multiple sur la Terre et entran la fin de
notre monde, ou tout au moins celle de notre civilisation. Car il ne faut pas se le cacher : un tel
bombardement cosmique sur la Terre, l'poque actuelle, serait imparable. Un seul objet
menaant dtect l'avance, mme volumineux (comme SL9 avant sa fragmentation) pourrait
probablement tre dtruit ou dvi, mais 20 fragments arrivant en mme temps (comme ceux de
SL9 aprs sa fragmentation) n'auraient jamais pu tre intercepts dans leur totalit.
La collision de SL9 sur Jupiter est une chance unique pour les astronomes qui vont l'tudier en
grand dtail. Sur Terre, c'et t l'Apocalypse ! On comprendra mieux aprs coup l'intrt
extrme de cet vnement inattendu pour la comprhension de notre vraie place dans l'univers
cataclysmique dans lequel nous vivons : une place tout fait insignifiante et provisoire, qui peut
tre remise en question sur un coup unique du destin (pas par la volont d'une divinit quelle
qu'elle soit !). Cet impact en direct claire ce qui s'est pass maintes et maintes fois au fil du
temps astronomique sur chacune des plantes. Il explique (s'il en tait encore besoin) de faon
lumineuse les morts en masse quasiment instantanes que des gnrations de catastrophistes
terrestres ont mis progressivement en vidence et cela malgr un environnement intellectuel
souvent hostile. Quelle leon ! "
71
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Spaceguard " sous la responsabilit du spcialiste italien Andrea Carusi, dont la mission est de coordonner les
recherches et les diffrents travaux concernant ce domaine devenu sensible.
LEurope politique a suivi et lAssemble parlementaire du Conseil de lEurope a publi une rsolution n 1080 du
20 mars 1996 sur le sujet (16). En voici quelques extraits :
" tant donn que lexplosion proximit de la Terre dun objet ayant un diamtre d peine
60 mtres peut avoir leffet dune bombe nuclaire de 10 mgatonnes, toute collision avec un
objet de taille suprieure aurait des consquences catastrophiques lchelle de la plante Le
volume considrable dinformations quon a rassembl ces dernires annes sur les collisions
dastrodes et de comtes indique que celles-ci peuvent provoquer des catastrophes
cologiques grande chelle et long terme, entranant parfois la disparition totale despces.
Ces collisions constituent donc une grave menace pour nos civilisations LAssemble incite les
gouvernements des tats membres, ceux qui bnficient dun statut dobservateur, et lAgence
spatiale europenne, favoriser la mise en place et le dveloppement de cette fondation de
veille spatiale, et apporter tout le soutien ncessaire un programme international qui
permette : de dresser un inventaire des objets proches de la Terre aussi complet que possible
et de contribuer llaboration dune stratgie mondiale long terme de raction en cas de
possibilit de collision. "
Ce revirement est vraiment significatif dune prise de conscience dun danger qui parat plus proche depuis la
multiplication des dcouvertes de petits NEA par les tlescopes automatiques. Les programmes
militaro/scientifiques amricains ont clairement montr que le Systme solaire est un vritable billard cosmique et
que la Terre, comme les autres plantes et satellites, est la merci dune collision, mme sil ne sagit que dune
pichenette lchelle terrestre.
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En 1998, lastronome amricain Richard Binzel a propos une nouvelle classification des impacts (18), en trois
parties (tableau 4-1), la premire concernant cinq catgories dimpacteurs avec les dangers potentiels, la
deuxime "lindice de danger" avec six niveaux diffrents et la troisime l'chelle de Turin. En juillet 1999, lUAI
a adopt officiellement cette nouvelle chelle sous l'appellation : The Torino Impact Hazard Scale (en abrg The
Torino Scale ou lchelle de Turin), principalement dans un but de communication vers les mdias et le public,
pour lequel on a ajout de la couleur ! (5 zones de blanc rouge et 11 nombres de 0 10). La zone rouge, cest
limpact ! Le tableau 4-2, lui, permet de connatre les quivalences entre les diffrentes units dnergie. On voit
clairement que les gros impacts dgagent une nergie largement suprieure celle des grands cataclysmes
terrestres.
Tableau 4-1. Classification des impacts de Richard Binzel
Taille de l'objet
0.1 1 milliard
Grand (2 10 km)
1 100 millions
10 000 1 million
1000 10 000
100 10 000
3 1000
1 100
Catgorie
0
1
2
3
4
5
Consquences
physiques
globales
(extinctions de masse)
globales
(extinctions)
rgionales
(danger pour la civilisation)
locales
(consquences svres)
locales
(consquences mineures)
fourchette de temps
moins de 1 en 100 MA
1 en 100 MA 1 en 1 MA
1 en 1 MA 1 en 10 000 ans
1 en 10 000 ans 1 en 100 ans
1 en 100 ans presque certaine
certaine
74
Tableau 4-2. quivalences mgatonnes (MT) de TNT / magnitudes sismiques (Mw) / nergie en joules
MT
0.001
0.010
0.10
1.0
1.5
2.0
5.0
10
50
100
1000
10 000
100 000
Joules
12
4.2x10
13
4.2x10
14
4.2x10
15
4.2x10
15
6.3x10
15
8.4x10
16
2.1x10
16
4.2x10
17
2.1x10
17
4.2x10
18
4.2x10
19
4.2x10
20
4.2x10
1 million
21
4.2x10
22
10 millions
4.2x10
100 millions
4.2x10
1 milliard
Mw
5.0
5.5
6.0
6.5
7.0
7.5
8.0
8.5
9.0
9.5
10.0
10.5
11.0
Joules
12
2.0x10
13
1.1x10
13
6.3x10
14
3.5x10
15
2.0x10
16
1.1x10
16
6.3x10
17
3.5x10
18
2.0x10
19
1.1x10
19
6.3x10
20
3.5x10
21
2.0x10
11.5
22
1.1x10
12.0
6.3x10
22
23
12.5
3.5x10
24
13.0
2.0x10
4.2x10
23
Sismes
sismes journaliers
sismes frquents
grands sismes
trs grands sismes
sismes exceptionnels
Chili, 1960
24
75
retiennent les chiffres suivants : objets > 1 km = 30 10 ; de > 500 m = 125 30 et de > 100 m = 3000 400. Les
comtes actives ne reprsentent donc quune petite partie du total des NEO daprs les statistiques, mais il faut
bien savoir que de nombreux NEA sont dorigine comtaire.
Le nombre dobjets minuscules est impressionnant : 150 millions auraient un diamtre de lordre de 10 mtres, ce
qui est tout fait considrable. Heureusement que, sauf exception, ils natteignent pas le sol. Ceux de 100 mtres
restent extraordinairement nombreux : 320 000. En 1982, dans La Terre bombarde, je donnais le chiffre de
30 000 (10 fois moins) comme nombre total dobjets de plus de 100 mtres franchissant lorbite terrestre.
Ce nombre de 320 000 parat un peu exagr, et certains se demandent sil ne faut pas y voir la "patte" des
militaires qui font le forcing pour imposer leurs vues (la mise au point darmes spcialises pour les dtruire). Car
un objet de 100 mtres qui doit heurter la Terre devra obligatoirement tre dtruit, sous peine de consquences
terrestres inimaginables, surtout si limpact est ocanique (19). Cest vrai que ces objets de 100 mtres sont
extrmement nombreux, mais le chiffre retenu par la NASA est la limite de la provocation.
Les responsables du rseau Spaceguard se donnent un quart de sicle pour dcouvrir 95 % des objets de
100 mtres et plus, sachant quobligatoirement certains passeront travers les mailles de leurs filets. Mais bien
que les dcouvertes sacclrent, on est encore pour le moment trs loin du compte. Ds le dbut des annes
1990, les spcialistes tablaient sur 100 nouveaux NEA chaque anne. Cet objectif optimiste na t dpass
quen 1998 grce au programme LINEAR, mais en 2004 et 2005 ce sont plus de 500 objets nouveaux par an qui
ont t dcouverts par les stations spcialises. Celles-ci sont actuellement au nombre de six, cinq amricaines
et une australienne, aucune europenne, les Europens s'abritant sans trop de complexes derrire le "bouclier"
amricain !
Une chose est sre : la liste des objets connus va devoir tre mise jour en permanence (on en dcouvre plus
de un par jour en moyenne). Mais il faut bien savoir que le bilan ne sera jamais dfinitif, dautant plus quil faut
tabler sur un renouvellement constant comme je l'expliquerai aux chapitres 6 et 7.
76
77
Le cataclysme cosmique est juste bon pour "frissonner" au cinma. J'ai signal dans lintroduction la sortie sur les
crans en 1998 de deux films sur le sujet de limpact : Deep impact et Armageddon (20) , qui ont pris la relve
de Meteor, vieux dj de presque vingt ans. Ainsi les jeunes ont pu, leur tour, assimiler lessentiel : lexistence
de comtes et dastrodes menaants pour la Terre. Ils ont appris que lhomme est capable de venir bout du
danger et que de toute manire il survivra sil y a impact. Conclusion : la menace du ciel ne fait pas vraiment
peur aux Terriens de lan 2000. Seul un impact annonc pourrait crer une panique dont on na mme pas ide.
Notes
1. W. Chorlton et autres, Les priodes glaciaires (Time-Life, 1984). Titre original : Ice Ages (1983).
2. A. Capart et D. Capart, L'homme et les dluges (Hayez, 1986).
3. La dcouverte officielle d'Eros a t attribue, en toute logique, l'astronome allemand Gustav Witt qui le
photographia le samedi 13 aot 1898 l'observatoire Urania de Berlin, puisque c'est lui qui annona le premier la
dcouverte. Mais il faut savoir que Auguste Charlois, Nice, l'avait lui aussi photographi le 13 aot.
Malheureusement pour lui, il remit au mardi 16 l'tude du clich, parce que le 14 aot tait un dimanche et le
lundi 15 un jour fri. Ainsi il fut devanc par Witt pour l'annonce de la dcouverte et perdit le bnfice et le
prestige associs cette dcouverte trs importante.
4. M.-A. Combes, Historique des petites plantes, Ciel et Terre, pp. 393-418, 1975.
5. Ce sujet a t trait au chapitre 3.
6. R. de la Taille, Mtorites, les Amricains lvent le secret, Science et Vie, 919, pp. 44-49, 1994.
7. J. Spencer and J. Mitton (eds), The great comet crash : the impact of comet Shoemaker-Levy 9 on Jupiter
(Cambridge University Press, 1995). Pour (presque) tout savoir sur ce cataclysme unique.
8. M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 9), Observations et Travaux, 38, 1994.
9. T. Gehrels (ed.), Hazards due to comets and asteroids (University of Arizona Press, 1994). Il s'agit d'un
ouvrage collectif de 1300 pages auquel 120 auteurs ont particip. C'est le livre le plus complet jamais crit sur le
sujet. Lecture imprative pour les spcialistes ou pour les lecteurs scientifiques qui veulent avoir une vue (quasi)
exhaustive du problme.
10. J. Gribbin and M. Gribbin, Fire on Earth : doomsday, dinosaurs, and humankind (St Martin's Press, 1996).
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11. V. Clube and B. Napier, The cosmic serpent (Faber & Faber, 1982). Malheureusement, ce livre important n'a
pas t traduit en franais et n'a pu toucher le grand public.
12. V. Clube and B. Napier, The cosmic winter (Blackwell, 1990). Ce livre est paru en franais, en mars 2006,
seize ans aprs la version originale, sous le titre Hiver cosmique, aux ditions Le Jardin des Livres. Il ne pouvait
tre question de l'actualiser. Ainsi donc, il est paru comme un livre "historique" dans la collection Rfrence.
13. D. Steel, Rogue asteroids and doomsday comets (Wiley, 1995). Un livre passionnant crit par un des nocatastrophistes britanniques les plus convaincus, spcialiste des NEA et du Complexe des Taurides de surcrot
(voir les chapitres 6 et 7). Un spcialiste sans complexes, qui sait de quoi il parle et bien dcid "faire le
mnage".
14. D. Morrison, Is the sky falling ?, Skeptical Inquirer, pp. 22-28, may/june 1997. Article crit par un grand
spcialiste des astrodes, mais qui refuse d'aller aussi loin que les no-catastrophistes.
15. NASA, The threat of large Earth-orbit crossing asteroids (U.S Government Printing Office, 1993). Ce
remarquable livre dit par la NASA regroupe plusieurs documents parus sparment, notamment le rapport du
Congrs amricain sur le sujet (mars 1993), celui concernant " The Near-Earth Object interception workshop
" (aot 1992) et le " Spaceguard survey " (janvier 1992). Un document lire pour comprendre que le problme
des NEO est enfin pris au srieux par les autorits amricaines.
16. A.-C. Levasseur-Regourd et Ph. de La Cotardire, Les comtes et les astrodes (Seuil, S117, 1997). Citation
p. 180.
17. D. Morrison (ed.), Spaceguard survey : Report of the NASA international Near-Earth Object detection
workshop (NASA, 1992). Cest le premier document de rfrence sur le sujet dit par la NASA, incontournable
pour tous les spcialistes, qui dfinit de nouveaux concepts et donne les chiffres connatre.
18. G.L. Verschuur, Impact hazards : truth and consequences, Sky and Telescope, 95, 6, pp. 26-34, june 1998.
19. G.L. Verschuur, Impact. The threat of comets and asteroids (Oxford Press, 1996).
20. Deep impact concerne limpact dune comte sur la Terre et Armageddon celui dun norme astrode.
21. F. Warshofsky, Doomsday. The science of catastrophe (Abacus, 1979).
79
80
Deuxime partie :
LES CAUSES
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82
CHAPITRE 5 :
UN UNIVERS CATACLYSMIQUE,
PARTOUT, TOUJOURS
Une naissance cataclysmique : le Big Bang
Aujourd'hui, mme si certains astrophysiciens restent d'un avis contraire, le problme semble rsolu : notre
Univers actuel a eu une naissance cataclysmique. C'est la fameuse explosion initiale : le Big Bang, que l'on se
reprsente d'une manire un peu simpliste comme un gigantesque clair lumineux, accompagn de conditions
extrmes de temprature et de densit. Son ge, par contre, est encore solidement dbattu, mme si l'on donne
comme le plus probable l'ge de 15 milliards d'annes.
L'image d'Epinal du point unique qui explose semble obsolte et les astrophysiciens modernes croient plutt que
l'Univers tait dj infini en tendue. Relisons Hubert Reeves (1), l'un des matres en la matire :
" Aux premiers moments de l'univers, il n'y a ni galaxies, ni toiles, ni plantes, ni molcules, ni
atomes, ni nuclons. La matire se prsente alors comme une grande pure, uniforme, sans
grumeau, sans condensation, sans structure d'aucune sorte. Cette pure est faite de particules
lmentaires. On y rencontre des photons (les grains de lumire), des lectrons (ceux du courant
lectrique) et des quarks.
Le premier chapitre de l'organisation de la matire se passe l, un millionime de seconde aprs
le dbut. Les quarks, trois par trois, se combinent pour donner naissance aux nuclons. C'est le
coup d'envoi de la matire qui se complexifie... "
Comme les astrophysiciens nous l'enseignent, le Big Bang c'est aussi le point de dpart de la complexit, sans
cesse raffirme au fil du temps, une complexit qui est loin d'tre termine et qui finira avec l'Univers lui-mme,
si toutefois il a une fin.
lourds. Au dbut de la Galaxie, ces lments taient absents. Graduellement, et par l'apport
d'une multitude de gnrations d'toiles, leur abondance a pu crotre jusqu' sa valeur prsente.
Plutt que d'un cycle, il faudrait donc parler d'une spirale. Elle se droule depuis plusieurs
milliards d'annes. Elle s'inscrit dans le cadre plus vaste de l'organisation de la matire... "
La mort des toiles massives (plus de 1,4 masse solaire) est diffrente, plus violente. A la place de l'vacuation
lente de matire par bouffes successives, c'est le cataclysme fulgurant de la supernova qui se produit. En
quelques heures seulement, c'est--dire instantanment l'chelle astronomique, l'toile devient plus brillante
que cent millions de soleils, et la temprature atteint plusieurs dizaines de milliards de degrs. Tous les lments
lourds sont fabriqus avant d'tre jects et de rejoindre le milieu interstellaire, et d'tre rutiliss plus ou moins
rapidement par une gnration ultrieure d'toile. " C'est le feu d'artifice de l'volution nuclaire " cher aux
astrophysiciens. En mme temps sont jects les rayons cosmiques qui, eux, traverseront l'Univers, heurtant
continuellement la haute atmosphre terrestre.
Chaque anne dans l'Univers visible se produisent quelques dizaines d'explosions de supernovae. Cela signifie
qu'il s'agit d'un phnomne permanent dans l'espace et dans le temps, dans la mesure o souvent on
enregistre des explosions qui peuvent dater de millions ou mme de milliards d'annes.
Pour conclure, on peut donc affirmer qu'on trouve bien dans le phnomne d'volution cataclysmique des toiles
la preuve que le cataclysme est une force de cration puisqu'il est source d'volution et de complexit.
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Sur les quatre classes de thories cosmologiques, deux concernent des thories catastrophistes, mais elles sont
cependant totalement diffrentes. La premire (la classe 3 du tableau) regroupe quatre thories prnant une
origine cogntique du Soleil et du cortge plantaire, avec pour celui-ci une matire stellaire, altre suite un
chauffage trs forte temprature. C'est l'hypothse classique du Soleil, toile double l'origine, et dont le
compagnon se serait dsintgr et dont la matire aurait partiellement servi former les plantes.
La seconde classe (la classe 4 du tableau) regroupe douze thories prnant une origine diffrente (non
cogntique) avec une matire galement stellaire. C'est la fameuse hypothse de la rencontre fortuite entre
deux toiles qui s'est termine par une collision (hypothse de Buffon) ou plus srement par une quasi-collision.
Dans cette version, entrent en jeu des effets de mare gigantesques qui jectent les couches externes du Soleil
primitif (et ventuellement celles de l'autre toile), la matire jecte se mettant en orbite autour du Soleil, et
servant par la suite former les plantes. Le tableau montre que l'hypothse de la rencontre a eu des partisans
clbres, notamment James Jeans (1877-1946) qui contribua fortement sa promotion dans le premier quart du
XXe sicle.
La formation du Systme solaire n'a pas t catastrophiste
Juges acceptables jusque dans les annes 1960, les deux classes catastrophistes sont aujourd'hui quasiment
limines pour la raison suivante. La dtermination du rapport deutrium (hydrogne lourd) sur hydrogne D/H
dans l'espace interstellaire et dans l'atmosphre de Jupiter s'est rvle essentiellement la mme, alors que dans
la photosphre du Soleil, ce rapport est beaucoup plus faible. Il s'agit l d'un rsultat fondamental qui a des
consquences dcisives.
Pour tous les astrophysiciens, le verdict est sans ambigut : la matire du cortge plantaire est typiquement
interstellaire. Elle est reste inaltre, alors que la matire composant la photosphre a t altre trs
logiquement par des ractions nuclaires dans le Soleil, pour lesquelles des tempratures trs importantes sont
impratives. La classe 1, celle qui regroupe les thories qui considrent que le Soleil et les plantes se sont
formes en mme temps partir du mme nuage interstellaire, apparat aujourd'hui nettement comme la plus
probable, mme si les thories de la classe 2, qui postulent pour une capture du nuage interstellaire par le Soleil
aprs sa naissance, gardent encore des partisans et restent crdibles. Saluons en passant Emmanuel Kant
(1724-1804) et aussi Laplace qui furent les deux premiers envisager cette solution qui s'avre la bonne.
Laplace qui ne croyait pas une formation catastrophiste du Systme solaire (contrairement Buffon), mais
seulement la ralit de catastrophes ultrieures. Deux sicles aprs, on se rend compte de son gnie et de la
puissance de son raisonnement.
Mme si les deux classes de thories catastrophistes n'ont pas t responsables de la formation de notre
Systme solaire (Soleil + plantes), il est clair que ce double mcanisme a t efficient pour la formation d'autres
systmes analogues au ntre, ailleurs, partout dans l'Univers, puisque les toiles doubles, et plus gnralement
multiples, sont innombrables et que les rencontres serres d'toiles sont certaines et frquentes l'chelle
astronomique.
L'histoire de la supernova prsolaire
Comme je l'ai dj dit, le cataclysme, force de cration et de renouvellement de la matire, ne perd jamais
vraiment tous ses droits. Et si la formation du Systme solaire n'a pas t catastrophiste en tant que telle, le
matriau qui la compose a gard les traces d'un fantastique cataclysme qui a prcd de peu cette formation :
l'explosion d'une supernova. Pour prouver cette affirmation, il faut videmment tudier du matriel cosmique
contemporain de la formation du Systme solaire. Celui-ci existe dans nos muses spcialiss : ce sont
principalement les chondrites carbones, mais aussi d'autres constituants comme certains chondres contenus
dans certaines classes de chondrites.
Les mtoriciens ont dcouvert, d'abord dans la fameuse mtorite d'Allende, tombe sur Terre en 1969, et
ensuite dans quelques autres mtorites, que la composition isotopique du magnsium tait anormale par rapport
celle de la Terre, de la Lune et des mtorites classiques (4). La proportion de l'isotope 26 est suprieure ce
qu'elle devrait tre. Ce surplus de magnsium 26 (26Mg) s'explique par un apport d'aluminium 26 (26Al), isotope
radioactif qui se dsintgre en se transformant en 26Mg. Sans entrer dans le dtail technique, il faut savoir que cet
excs est d l'explosion d'une supernova voisine qui aurait inject une partie de son matriau dsintgr dans
le Systme solaire en formation. On sait que la priode de 26Al est de seulement 730 000 ans, et l'explosion et la
formation des premiers grains solides du Systme solaire ne peuvent tre spares que de deux trois millions
d'annes au grand maximum.
On est sr aujourd'hui que la naissance de notre Systme solaire a t quasiment contemporaine de l'explosion
cataclysmique d'une toile voisine massive et qu'il a assimil une partie des produits de sa dsintgration,
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notamment des lments lourds provenant d'une gnration antrieure d'toile. Seules certaines mtorites
gardent la trace indlbile de ce cataclysme gigantesque qui remonte prs de 4,57 milliards d'annes. On se
rend compte ainsi de la valeur inestimable d'une mtorite comme celle d'Allende, appele souvent la "pierre de
Rosette du ciel".
87
Des centaines de simulations ont t effectues, avec des conditions de dpart trs varies, aussi bien en ce qui
concerne le nombre dobjets que la temprature dans le nuage prsolaire. En fait, les conditions initiales ne sont
pas connues avec prcision et ne le seront jamais. Mais de ces simulations se sont dgages quelques donnes
incontournables, avec cette ralit : il ny a plus que huit plantes (et non neuf, car Pluton nest plus considr
comme une plante majeure aujourdhui, mais comme l'un des membres principaux de la ceinture de Kuiper),
mais aussi des millions de plantes secondaires, les KBO (Kuiper Belt Objects) dont le diamtre peut dpasser
les 1000 kilomtres.
Premire tape : le billard cosmique
Deux matres mots simposent pour expliquer lextraordinaire histoire du Systme solaire : collision et accrtion.
La combinaison de ces deux phnomnes a t permanente et tout fait dterminante long terme. Les
premiers millions dannes, la guerre des mondes a t impitoyable. Cest la priode du billard cosmique,
comme lont appele les astronomes, qui a dur environ 500 MA. Certaines simulations (5) indiquent que pour
100 plantodes de 1,21026 g chacun (6), utiliss pour la formation des seules plantes telluriques, il nen existait
dj plus que 22 au bout de 30 MA circulant sur des orbites plus elliptiques, 11 aprs 79 MA, et seulement 6
aprs 150 MA.
La Terre se serait forme en 100 MA environ, partir de la collision et de laccrtion dune multitude de
plantodes plus petits. Car videmment les 100 plantodes de dpart des simulations ne sont quune hypothse
de calcul qui na rien voir avec la ralit, o une quasi-infinit de plantsimales de 1 km environ subsistaient,
vestiges des premiers regroupements des grumeaux de poussires prsolaires.
Les plantes rescapes ont vu leur surface littralement cribles par des impacts quasi permanents et
denvergure trs varie selon le diamtre et la vitesse de limpacteur. Certains objets anciens, comme Callisto le
satellite de Jupiter, ont gard la marque indlbile de cette premire tape, o limpactisme plantaire tait la cl
de la survie ou de la disparition, selon le cas. Car certains impacts importants ont entran la dsintgration de
plantes de masse substantielle, dj diffrencies, mais victimes leur tour de ces collisions destructrices.
On sait que la Lune est une plante recompose, ne d'une collision rasante entre deux corps clestes dj
diffrencis (7) : la Terre initiale et une plante autonome de la taille de Mars (voir le chapitre 15 pour les dtails).
Ce cataclysme cosmique, de trs grande envergure, n'a cependant t qu'un parmi beaucoup d'autres durant la
phase "guerre des mondes", qui a permis de "faire le mnage" dans le Systme solaire et de ne laisser que les
plantes principales qui ont survcu jusqu' nos jours.
On sait aussi que la formation de Mercure rsulte d'un impact quasi central (et non pas rasant comme dans le cas
du systme Terre-Lune) entre deux proto-plantes respectivement de 0,14 et 0,02 masse terrestre. Cette collision
a entran une augmentation importante du noyau mtallique, et une diminution tout aussi importante du manteau
de silicates. Les consquences de ce cataclysme cosmique, lui aussi d'envergure, sont encore largement
analysables aujourd'hui, notamment la forte densit de Mercure (5,44), incomprhensible si l'on exclut ce
phnomne de fusion de deux noyaux mtalliques prexistants l'impact qui engendra, partir de la matire de
deux proto-plantes diffrencies, une seule plante avec un trs gros noyau mtallique, et qui reprit, elle aussi,
une forme sphrique.
Deuxime tape : l'impactisme plantaire
Si la premire tape a dur moins de 500 MA, une deuxime tape a dur plus de 1000 MA, cest celle de la
cratrisation outrance. Une multitude de fragments de quelques centaines de kilomtres de diamtre taient
encore dans le circuit infernal du billard cosmique, mais leur taille ne leur permettait dj plus de menacer de
destruction les grosses plantes qui avaient russi leur accrtion. Ces fragments devaient se contenter du rle
dimpacteur, avec comme rsultat la formation de cratres dimpact. On en a encore des milliers daperus sur
toutes les plantes et satellites surface solide, et notamment sur la Lune.
On connat d'autres satellites plantaires qui ont t recomposs la suite d'impacts (8), notamment Miranda,
l'extraordinaire satellite n V d'Uranus qui a un diamtre de 380 km. La sonde amricaine Voyager 2 l'a approch
seulement 30 000 km en 1986 et a pris des photos fantastiques de sa surface, d'une prcision incroyable
puisque certains dtails ne dpassent pas 600 mtres. Son relief est apparu d'une complexit extrme, qui ne
peut s'expliquer que s'il s'agit de l'assemblage d'une mosaque de fragments briss et "recolls", peut-tre mme
plusieurs reprises.
Troisime tape : limpactisme rsiduel
Une troisime tape, avec un Systme solaire "nettoy" des quelques plantes vagabondes ayant survcu
jusque-l, mais pas des innombrables scories plus petites, a dbut il y a 3000 MA, avec un impactisme
catastrophique diminu dun facteur 100. Cest la phase rsiduelle (tout est relatif, nous le verrons tout au long de
ce livre) qui existe encore aujourdhui.
Durant ces 3000 MA, les cataclysmes les plus importants furent le fait dobjets extrieurs, venus des deux
rservoirs (dj forms lpoque) que constituent le nuage de Oort et la ceinture de Kuiper. Ces objets (parmi
lesquels dinnombrables comtes actives), perturbs dans un premier temps, virent leur orbite devenir trs
excentrique, ce qui permit leur capture loccasion de leur "plonge" dans le Systme solaire intrieur. Ce
phnomne existe encore lchelle astronomique et durera aussi longtemps que le Systme solaire lui-mme.
permit d'obtenir plus d'un million de clichs exceptionnels. La gographie lunaire n'a depuis plus de secret pour
les astronomes.
90
L'tude dtaille de cette cratrisation (12) a t effectue dans les annes 1970 et a permis d'obtenir quantit de
renseignements fort importants. D'abord celui-ci : la cratrisation mtoritique a toujours exist dans le Systme
solaire, sur la Terre, sur la Lune et sur toutes les plantes. La frquence de cratrisation qui tait maximale entre
4,6 et 4,0 milliards d'annes a ensuite rapidement diminu jusqu' 3 milliards d'annes, et depuis son niveau
semble relativement constant.
Les mers lunaires (au nombre d'une vingtaine) sont de vastes tendues constitues principalement de roches
basaltiques et qui ont t creuses par des impacts gants durant le premier milliard d'annes de la Lune. Les
astronomes ont pu confirmer l'ge des cinq derniers grands bassins crs sur la Lune : mer du Nectar et mer des
Humeurs, 4,2 milliards d'annes, mer des Crises, 4,1 milliards d'annes, mer des Pluies, 3,9 milliards d'annes et
mer Orientale, 3,8 milliards d'annes. Il n'y a eu aucune mer cre aprs cette dernire date, seulement quelques
grands cratres "tardifs". Ce n'est que dans un deuxime temps qu'elles furent envahies par les laves basaltiques
issues des profondeurs de la Lune et gnres par une activit interne (volcanique) qui fut intense, activit qui ne
dura pas longtemps, contrairement ce que les astronomes des gnrations prcdentes croyaient dur comme
fer.
Sur la Lune, il y a eu assez de cratres primaires entre 1 et 10 km de diamtre pour recouvrir la plante entire,
ce qui montre bien l'extraordinaire intensit du bombardement cosmique. Il y a eu galement assez de cratres
de 100 1000 km pour la recouvrir. Une tude trs dtaille des cratres lunaires par tailles a permis de trouver
une loi de cratrisation qui peut se rsumer ainsi : "Le nombre de cratres est en gros proportionnel au carr
inverse de leur diamtre". Cela signifie que pour un nombre donn de cratres de 10 km de diamtre, un quart
d'entre eux auront 20 km ou plus, un neuvime plus de 30 km et un seizime plus de 40 km. Tous les dbris
primaires et secondaires des impacts sont pulvriss sur une profondeur variable qui peut atteindre plusieurs
kilomtres pour les gros impacts. La couche de surface s'appelle le rgolite.
De nombreux cratres lunaires ont plus de 200 km de diamtre, tous ont t forms par des astrodes de 10 km
ou plus. Les quatre grands cratres lunaires rcents de la face visible, facilement reprables, sont Copernic
(93 km, 850 MA), Kepler (32 km, 790 MA), Aristarque (40 km, 150 MA) et Tycho (85 km, 96 MA). Tous les quatre
sont associs des tranes blanches ou rayonnements qui sont des formations superficielles, mais trs
caractristiques et spectaculaires sous certains clairages favorables. On pense qu'elles sont formes par une
accumulation de matriaux lunaires trs fins et d'albdo lev et qu'elles sont appeles "s'effacer"
progressivement sous l'effet du rayonnement cosmique.
Consquences terrestres
On ne doit jamais perdre de vue que les impacts lunaires ont eu leurs quivalents sur Terre, mme s'ils n'existent
plus aujourd'hui. Cependant, sur notre plante, le problme se pose diffremment dans la mesure o
l'atmosphre est un puissant protecteur, surtout pour les petits objets et ceux dont la cohsion est mdiocre. Sur
Terre, le risque de fragmentation et de dsintgration est important, comme nous le verrons au chapitre 10.
L'tude dtaille de la cratrisation lunaire, mais aussi sur Mercure, a permis de dgager cette double vidence,
qu'il est bon de rappeler :
la cratrisation mtoritique a toujours exist, mais ses effets ont t beaucoup plus violents durant les
deux premiers milliards d'annes du Systme solaire, une poque o circulaient entre les grosses plantes
actuelles, d'autres objets primaires (comme la proto-Lune par exemple) que l'on peut assimiler aux gros
astrodes actuels comme Crs, Pallas et Vesta dont le diamtre dpasse 500 km.
la cratrisation mtoritique existe encore de nos jours, un rythme 100 fois infrieur celui qui a prvalu
durant les deux premiers milliards d'annes du Systme solaire. Elle concerne des astrodes secondaires qui
continuent de se fragmenter. Cet miettement permanent produit de petits objets, parmi lesquels les NEA
plantaires, qui sont beaucoup trop insignifiants pour causer des cataclysmes l'chelle du Systme solaire,
mais dont les diamtres correspondent parfaitement avec ceux des cratres observs la surface de toutes les
plantes, y compris les astroblmes terrestres.
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On sait qu'une supernova est le cataclysme le plus nergtique engendr dans l'Univers. C'est aussi la principale
source du renouvellement perptuel de la matire, puisqu'une grande partie de la masse de l'toile est jecte
dans le milieu interstellaire, o elle servira de matriau pour une nouvelle gnration d'toile. Les astrophysiciens
retiennent une valeur de l'ordre de 1045 joules pour l'nergie libre par une supernova, valeur tellement norme
qu'elle n'a pas de relle signification notre chelle humaine, et une vitesse de plusieurs milliers de kilomtres
par seconde pour la matire jecte de l'toile.
La supernova de 1987 dans le Grand Nuage de Magellan
Les astronomes, qui se lamentaient de ne pas avoir de supernova tudier avant la fin du sicle, se sont
rabattus volontiers sur la fameuse SN 1987A (14), supernova dcouverte photographiquement l'observatoire de
Las Campanas, dans les Andes chiliennes, la nuit du 23 au 24 fvrier 1987, par l'astronome canadien Ian
Shelton, dans le Grand Nuage de Magellan. Cette supernova, dont la lumire a voyag pendant prs de
170 000 ans, a t observe avec l'assiduit que l'on devine dans tous les observatoires placs convenablement.
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monstre cosmique, d'environ 200 masses solaires, qui pourrait tre une toile double ou mme multiple, sera
fantastique. Mme 9000 annes lumire, elle sera de loin l'objet le plus brillant du ciel (except le Soleil bien
sr), un phnomne rserv cependant nos lointains descendants (quelques milliers d'annes peut-tre).
Lhypernova de 1997 dans la Grande Ourse
Le 14 dcembre 1997, un nouveau phnomne a t mis en vidence, encore plus violent quune supernova :
lhypernova de la Grande Ourse (15), lie semble-t-il un sursaut gamma dune violence inconnue jusqualors,
lui-mme associ une explosion de deux astres compacts en rotation (trous noirs ou toiles neutrons). En
deux secondes, la rgion incrimine a rayonn autant que le reste de lUnivers, soit une nergie comparable
plusieurs centaines de supernovae explosant en mme temps. On a calcul une nergie de 31046 joules pour
lhypernova de la Grande Ourse, chiffre astronomique qui dpasse de trs loin lentendement humain.
Les consquences de ces explosions stellaires sont encore mal apprcies dans le dtail, mais celles-ci ont
montr combien le cataclysme dans sa globalit tait vari et complexe (16). Et surtout, comme on le savait dj,
il a toujours exist, puisque lhypernova de la Grande Ourse observe en dcembre 1997 est en fait un
cataclysme cosmique qui remonte prs de 12 milliards dannes, cest--dire en gros 3 milliards dannes aprs
le Big Bang et 6,5 milliards dannes avant la formation du Systme solaire. Dj lpoque de lexplosion, trous
noirs et autres objets du mme genre se rencontraient, explosaient, distribuant matire et nergie dans lespace.
La leon est incontournable. Cest celle que de nombreux chercheurs actuels prconisent sans relche : le
cataclysme est la rgle, partout, toujours. Il a toujours redistribu la matire, redistribu lnergie, redistribu
la vie aussi. Il est la cl de la vie terrestre, il est la cl de lvolution. Cest la raison dtre de lUnivers.
Qu'en est-il aujourd'hui du Soleil ? Apparemment son activit permanente reste dans des limites troites qui
permettent la vie terrestre de se dvelopper normalement, seules des contingences locales (inversions
gomagntiques et impacts divers) pouvant poser des problmes srieux. Cest du moins ce quil ressort de
ltude de notre toile sur les quelques sicles o il a t suivi avec une assiduit sans cesse accrue. Les cycles
solaires sont scruts, dissqus, compars les uns aux autres, mais en rgle gnrale leur rgularit rassure.
Je reparlerai plus longuement du Soleil au chapitre 8, consacr l'impactisme invisible, car il reste, malgr tout,
et de trs loin, l'objet cleste le plus dangereux pour la Terre. Ce n'est pas qu'il soit plus violent que les autres
toiles, il est mme beaucoup moins violent que certains de ses voisins proches, mais il est incomparablement
plus proche de nous. On connat les deux chiffres arrondis qui concrtisent cette affirmation : distance SoleilTerre, 8 minutes lumire ; distance Soleil-Proxima Centauri, 4,2 annes lumire.
Paradoxalement, le Soleil risque de savrer de plus en plus dangereux au fur et mesure de la complexit
technologique de nos civilisations, car dj lexprience montre que lhomme est tributaire de ses caprices,
mmes relativement anodins.
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Figure 5-13. La dernire orbite de SL9 entre juillet 1992 et juillet 1994
Cette figure montre la dernire orbite de Shoemaker-Levy 9 autour de Jupiter dont elle tait le satellite depuis la
fin des annes 1920. La rupture eut lieu le 7 juillet 1992 loccasion du passage au prijove. Le passage des
divers fragments lapojove eut lieu entre le 12 et 14 juillet, un an plus tard. Les impacts eurent lieu encore un an
plus tard entre le 16 et le 22 juillet 1994. Ainsi, en deux ans seulement, une comte a volu du corps unique en
une pluie de fragments sur Jupiter. Un vnement exceptionnel. (Daprs P. Chodas et P. Doherty).
A partir de ces lments orbitaux, le pass de la comte put tre tabli de la faon suivante (20). SL9 avait t
capture dans le systme de Jupiter vers 1929, sur une orbite terriblement instable qui ne pouvait donc tre que
trs provisoire, puisque les approches Jupiter avaient lieu tous les deux ans. Le 8 juillet 1992, huit mois
seulement avant la dcouverte, la comte tait passe 1,6 rayon jovien, l'intrieur de la limite de Roche, et,
du fait des effets de mare considrables, elle ne put rsister et se brisa en une vingtaine de fragments. On sait
qu'une telle approche trs serre d'une comte l'intrieur de la limite de Roche d'une plante entrane non
seulement la fracture (21), mais aussi cette remarquable structure des fragments en forme de barre ou de
chapelet. C'est ce qui s'est pass pour SL9, dont le diamtre avant la rupture devait tre de l'ordre de 5 km.
Deux mois aprs la dcouverte de SL9, Brian Marsden annona l'incroyable nouvelle : entre les 16 et 22 juillet
1994, tous les fragments de la comte allaient, les uns aprs les autres, percuter Jupiter trs grande
vitesse, 60 km/s, le triple de la vitesse considre comme moyenne en ce qui concerne les impacts classiques
d'astrodes avec la Terre. Cette vitesse de 60 km/s est gale 216 000 km/heure, plus de la moiti de la
distance Terre-Lune, ce qui est tout fait considrable.
Les astronomes avaient donc plus d'un an pour prparer l'observation des impacts. Cette priode fut l'occasion
de quelques constatations intressantes, puisque l'on vit deux fragments disparatre (J et M) par dsintgration,
et trois autres se ddoubler (G en G1 et G2, P en P1 et P2 et Q en Q1 et Q2). Cette triple rupture montra bien que
ces fragments taient trs friables et qu'une grande partie d'entre eux au moins n'taient pas constitus de
matire solide. On constata aussi que les divers fragments du chapelet s'cartaient rgulirement les uns des
autres, de 150 000 km au moment de leur dcouverte, prs de 5 millions de km avant l'impact, en trs bon
accord avec les simulations qui prvoyaient un tel scnario.
Les impacts
Les astronomes apprhendaient les impacts. D'autant plus que ceux-ci ne pouvaient tre observs en direct,
tant situs juste au bord de l'hmisphre visible, mais du mauvais ct. Seules les consquences des impacts
pouvaient tre observes un quart d'heure seulement aprs qu'ils aient eu lieu, mais elles furent spectaculaires,
au-del mme de ce qui tait espr.
Ces impacts successifs furent un vritable show cosmique, extraordinaire, inoubliable pour tous ceux qui en ont
t les tmoins. Ds le 16 juillet 1994, 20 h 11 temps universel, avec l'impact du fragment A, on sut que le
spectacle serait une russite incomparable (22). Certains fragments n'eurent pas l'clat attendu (le B par exemple
que l'on attendait plus lumineux), mais d'autres furent trs remarquables. Le 17 juillet, le fragment G1,
apparemment le fragment majeur, dgagea une nergie considrable. Son impact causa la formation d'un
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champignon de gaz de plus de 2000 km de hauteur et une tache noire de 25 000 km de diamtre. Plusieurs de
ces taches qui se succdrent la suite des diffrents impacts laissrent des traces visibles plusieurs semaines
dans de bonnes conditions et encore dcelables au cours des mois suivants. Mais Jupiter finit par "digrer" ces
impacts multiples, somme toute insignifiants son chelle, et la "surface" traditionnelle finit par reprendre tous
ses droits. De trs nombreux clichs sont l pour tmoigner de cet vnement unique, et les multiples mesures
prises l'occasion de la "semaine de juillet 1994" demandrent plus d'une anne pour tre totalement dchiffres,
analyses et comprises.
4. L'mission lors de l'impact de raies atomiques (Li, Na, K, Ca, Mg et Fe) et molculaires (S2, CS2, CS, H2S,
H2O) a prouv l'htrognit de la composition de la comte, mais les spcialistes ont not une probable
interfrence importante avec l'atmosphre de Jupiter. Il a quand mme t not une trs faible proportion d'eau et
un pourcentage de soufre suprieur celui prvu par les modles. L'absence presque totale d'eau pourrait
s'expliquer par la violence des chocs qui aurait pulvris la glace, principal composant de la comte, mais aussi
dcompos les molcules d'eau qui se seraient recombines trs rapidement pour former d'autres constituants,
principalement des constituants carbons (23).
5. La nature exacte de SL9 a suscit bien des questions : comte ou astrode ? Le fait mme que tous les
fragments avaient leur proche chevelure et leur propre queue semble indiquer une origine comtaire quasi
certaine, ainsi que la fragilit de certains fragments qui se sont littralement volatiliss, consquence d'une
mauvaise cohsion interne.
6. Le diamtre de SL9 avant la fragmentation de 1992 et ceux des fragments ultrieurs n'ont pu tre dtermins
avec une grande prcision. Le diamtre de 5 km pour SL9 avant la fragmentation, invoqu par les meilleurs
spcialistes, semble trs raisonnable. Pour ce qui est de l'ensemble des fragments survivants la fragmentation
(il est sr qu'il y a eu un certain dchet de masse), un diamtre global de 3 ou 4 km parat bien correspondre la
masse de la vingtaine de fragments qui ont effectu un tour supplmentaire autour de Jupiter. Le fragment
majeur, probablement le noyau G (qui s'est scind en G1 et G2, mais celui-ci tait minuscule), atteignait au moins
1,5 km, peut-tre mme 2 km, compte tenu de l'norme nergie qu'il a engendre lors de l'impact. Mais il tait
nettement plus petit que les 4 km primitivement annoncs. Quelques autres fragments pouvaient atteindre 1 km,
les autres taient de taille hectomtrique. S'il en existait encore de plus petits (moins de 100 mtres), ils n'ont pas
t dtects.
7. La densit des fragments tait de l'ordre de 0,2 2,0 g/cm3 au maximum, lgrement variable trs
probablement d'un fragment l'autre selon leur composition exacte. Les spcialistes ont signal qu'avec des
fragments de 0,5 1 km, les masses allaient de 51010 kg 41012 kg. Compte tenu de la vitesse trs importante
(60 km/s), l'nergie cintique tait de l'ordre de 41020 31022 joules, soit l'quivalent de 80 000 6 millions de
mgatonnes de TNT.
solaire, qui peut tre soit fossile, soit quasi contemporain, soit actuel et mme permanent comme le montre
lextraordinaire exemple que constitue Io, le satellite de Jupiter.
Mercure et la Lune, le volcanisme fossile
On connat Mercure par les clichs transmis par la sonde Mariner 10 entre 1973 et 1974. C'est une plante
crible de cratres d'impact qui n'a eu qu'une trs courte vie active et une activit volcanique minime, avant de
disparatre totalement. Les rares traces volcaniques sont quelques plaines lisses, probablement basaltiques,
vestiges d'coulements trs anciens et quelques dmes associs des fissures.
Autre astre dfinitivement mort : la Lune. L'tude des premiers chantillons lunaires, ramasss dans la mer de la
Tranquillit en juillet 1969, tait attendue avec impatience par les spcialistes amricains. Les tests rvlrent
que les chantillons choisis par les astronautes d'Apollo 11 taient des roches volcaniques, avec des ges
compris entre 3,65 et 3,85 milliards d'annes, d'une anciennet comparable celle des plus vieilles roches
terrestres encore accessibles. Les mers lunaires taient donc bien des dpts basaltiques.
La mission suivante, celle d'Apollo 12 en novembre 1969, permit de rcolter d'autres spcimens dans l'ocan des
Temptes. L encore, l'ge des basaltes s'avra trs ancien (de 3,18 3,30 milliards d'annes). La diffrence
d'ge entre les deux sites fut considre comme fondamentale, car elle prouve que les magmas lunaires n'ont
pas t crs instantanment par des impacts gants qui ont creus les bassins, mais qu'ils ont t crs plus
tard en plusieurs vagues chronologiquement et aussi chimiquement nettement diffrencies. On pense que le
volcanisme lunaire s'est tari de lui-mme il y a environ 2,7 milliards d'annes.
Mars et Vnus, le volcanisme quasi contemporain
Mars et Vnus ont eu une activit volcanique trs importante. Celle de Mars a t dtecte par la sonde spatiale
Mariner 9, en novembre 1971, qui a repr quatre volcans gants (baptiss Arsia Mons, Pavonis Mons, Ascraeus
Mons et Olympus Mons) qui pourraient tre assez rcents l'chelle astronomique (de 700 MA pour Arsia Mons,
300 MA pour Pavonis Mons, 100 MA pour Ascraeus Mons et seulement 30 MA pour les couches terminales
d'Olympus Mons). De nombreux autres volcans plus petits existent aussi sur Mars, mais apparemment la plante
rouge n'a pas actuellement de volcanisme actif.
Ce sont les sondes sovitiques Venera 9 et Venera 10 qui obtinrent en 1975 les premires photos noir et blanc
de la surface de Vnus. Mais ce sont les formidables images radar obtenues par la sonde amricaine Magellan,
au dbut des annes 1990, qui permirent d'obtenir une cartographie complte, trs complexe, qui s'est rvle
passionnante. Deux structures impressionnantes, Rhea Mons au nord et Theia Mons au sud, s'avrrent d'une
nature volcanique incontestable, mais aucun volcanisme contemporain n'a pu tre mis en vidence d'une faon
certaine parmi les 141 volcans de plus de 100 km de diamtre recenss. Deux grandes caldras effondres :
Colette (80120 km) et Sacajawea (140280 km) sont des vestiges d'anciens volcans. Sans qu'on puisse la dater
avec certitude, l'activit volcanique de Vnus pourrait tre trs jeune l'chelle astronomique, quasiment
contemporaine mme.
Io et Triton, le volcanisme actuel
C'est en mars 1979 que la sonde Voyager 1 photographia Io, le satellite de Jupiter (le plus proche des satellites
galilens), avec en prime un vnement exceptionnel : une ruption volcanique en direct, et la rvlation que,
contrairement ce qui se passe pour les autres satellites (notamment ceux cribls de cratres d'impact), toutes
les taches rvles sont des traces de volcans actifs. Io, en effet, est le satellite le plus actif que l'on connaisse :
l'activit volcanique incessante transforme la surface de la plante en quelques centaines d'annes seulement.
Du coup, Io, bien qu'il ne soit au sens strict qu'un satellite, fut surnomm la plante-volcan.
Le plus grand de ces volcans a reu le nom de Pl, c'est celui-l mme qui fut photographi par Voyager 1, un
fantastique volcan de 1000 km de diamtre, d'une altitude de 280 km qui jecte sa matire et ses gaz
930 mtres par seconde. Et pourtant, Io a un diamtre (3680 km) de peu suprieur celui de la Lune (3470 km).
Cet astre, tout fait tonnant, symbolise le mieux le cataclysme plantaire parmi tous les objets du Systme
solaire, bien que le mcanisme de l'activit soit diffrent de celui des autres astres activit volcanique. En rgle
gnrale, cette activit est base principalement sur la dsintgration d'atomes radioactifs au sein d'un manteau
minral. Pour Io, l'action principale est l'effet de mare, du fait de sa proximit de Jupiter et de son important
champ de gravit qui entrane un chauffement interne considrable. On a calcul que la chaleur induite par effet
de mare est de l'ordre de 1012 joules par seconde, dix fois plus que la chaleur gnre par la radioactivit lunaire.
On a not aussi la prsence de soufre et de dioxyde de soufre grande chelle et une faible proportion d'autres
gaz. C'est ce soufre qui donne Io son aspect color si spectaculaire.
101
Le cataclysme et le chaos
Lapparition des ordinateurs sophistiqus permettant des calculs dune complexit inoue, hors de porte des
anciens calculateurs, pourtant valeureux souvent, a permis de mettre progressivement en vidence un nouveau
facteur possible de cataclysme : le chaos (27/28).
" Le rve dune certitude cleste a t bris par les limitations des mathmatiques et par
lmergence du chaos dans la mcanique du ciel. " (29)
Outre le fait quil interdit jamais de reconstituer avec prcision le pass des diffrentes plantes et celui des
astrodes, le chaos fait rflchir sur l'incertitude de l'avenir : il est quasiment impossible de prvoir avec prcision
la position des astrodes et des comtes dangereux quelques sicles seulement lavance. Les calculs ne sont
strictement valables que pour un ou deux sicles, ce qui est assez peu.
102
Le chaos, en outre, dqualifie davance toute prvision de collision pour les millnaires venir. Le danger ne peut
tre quantifi que pour le court terme, ce qui est sans doute prfrable dailleurs pour viter la prolifration de
"prophties" genre Nostradamus, car la comte et lastrode vont tre les nouveaux instruments des sectes
apocalyptiques pour justifier leur raison dtre, maintenant que les alignements et conjonctions de plantes sont
totalement discrdits.
J'aurai reparler plusieurs reprises de limportance du chaos dans le Systme solaire dans certains des
chapitres ultrieurs. Cest une donne importante prendre obligatoirement en compte quand on tudie le
cataclysme dorigine cosmique, et mme plus simplement la prsence de lhomme sur la Terre, comme la
brillamment montr lastronome franais Jacques Laskar (30). Mais il faut bien le rappeler : le chaos nest quun
lment parmi dautres.
Pour terminer ce chapitre consacr l'universalit de l'impactisme et du catastrophisme, il faut encore rappeler
ce qui est essentiel : le cataclysme est bien la rgle, ici et ailleurs, partout ; hier, aujourd'hui et demain, toujours.
Il serait donc utopique de croire que la Terre, pour une quelconque raison, ait t (et soit encore) privilgie par
rapport aux autres astres du Systme solaire et d'ailleurs. Il n'y a donc pas lieu de s'tonner de ce cataclysme
universel. Il est la condition sine qua non de l'volution. Sans lui, nous se serions pas l pour en parler et pour
philosopher son sujet.
Notes
1. H. Reeves, Poussires d'toiles (Seuil, PS 100, 1994). Citation pp. 81-82.
2. H. Reeves, op. cit., citation pp.128-129.
3. H. Reeves, L'origine du systme solaire, La Recherche, 60, pp. 808-817, 1975.
4. C. Perron, Mtorites, de Mars et d'ailleurs, L'Astronomie, 111, pp. 146-159, 1997.
5. G. Wetherill, La formation de la Terre par accrtion de plantodes, Pour la Science, 46, pp. 12-23, 1981.
6. La masse totale de ce systme : 1,21028 grammes (1,21026 g 100 plantodes) est gale celle des quatre
plantes intrieures + la Lune. Elle est donc couramment utilise dans les simulations destines expliquer la
formation des plantes telluriques.
7. A.H. Delsemme, J.-C. Pecker et H. Reeves, Pour comprendre lUnivers (Flammarion, Champs 234, 1990).
8. J.K. Beatty and A. Chaikin (eds), The new solar system (Sky Publishing Corporation and Cambridge University
Press, 1990).
9. A. Rkl, Atlas de la Lune (Grnd, 1993).
10. La mission Clementine 1 a t un succs extraordinaire pour l'tude de la Lune. Il faut savoir cependant que
pour les spcialistes des NEA, elle a t aussi synonyme d'chec. Les scientifiques et les ingnieurs de la NASA
avaient en effet programm une mission double. D'abord la mission lunaire, parfaitement russie. Ensuite une
mission vers l'EGA Geographos, l'occasion de sa forte approche de la Terre fin aot 1994 (0,0333 UA, soit 5,0
MK, le 25 aot), qui a t un chec catastrophique, d la dfaillance coupable de l'ordinateur de bord. Voir sur
ce sujet : M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 10), Observations et Travaux, 39, p. 3, 1994.
11. F. Link, La Lune (PUF, QS 1410, 1981).
12. W.K. Hartmann, Cratering in the solar system, Scientific American, 236, pp. 84-99, 1977.
13. Th. Montmerle et N. Prantzos, Soleils clats, les supernovae (Presses du CNRS, 1988).
14. D. Leglu, Supernova (Plon, 1989).
15. S. Jodra, Hypernova, lexplosion qui a secou lUnivers, Ciel et Espace, 338, pp. 62-66, juillet 1998.
16. K.S. Thorne, Trous noirs et distorsions du temps (Flammarion, 1997). Titre original : Black holes and times
warps (1994). Ce gros livre (654 pages) savant est une mine dor sur le sujet.
17. D.H. Levy, The quest for comets (Oxford University Press, 1995). David Levy (1948) est l'un des dcouvreurs
de la comte Shoemaker-Levy 9.
18. Eugene Shoemaker (1928-1997) tait un gologue spcialiste des astroblmes qui s'intressa aux astrodes
qui frlent la Terre ds le dbut des annes 1970. C'tait aussi un astronome catastrophiste qui a rapidement
compris l'importance et le danger constitu par les NEA.
19. Minor Planet Circulars (MPC) nos 23650 et 23651 du 23 juin 1994.
20. P. Drossart, L'impact de la comte P/Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter, L'Astronomie, 108, pp. 110-116, 1994.
103
21. J. Spencer and J. Mitton (eds), The great comet crash : the impact of comet Shoemaker-Levy 9 on Jupiter
(Cambridge University Press, 1995). Un livre collectif (12 auteurs), magnifiquement illustr, qui retrace
parfaitement l'histoire de cette comte exceptionnelle. A lire obligatoirement.
22. P. Drossart, J. Crovisier, E. Lellouch, Y. Leblanc et G.A. Dulk, La collision de la comte P/Shoemaker-Levy 9
et de Jupiter : un bilan scientifique des observations, L'Astronomie, 109, pp. 74-83, 1995.
23. J. Crovisier et Th. Encrenaz, Les comtes, tmoins de la naissance du Systme solaire (Belin-CNRS Editions,
1995).
24. J.K. Beatty, A "comet crash" in 1690 ?, Sky and Telescope, p. 111, april 1997. Cette observation capitale de
Cassini semble indiscutable et prouve la frquence, totalement insouponne auparavant, des impacts de
comtes actives sur les plantes gantes, qui servent de "premier barrage" de protection pour les quatre plantes
intrieures.
25. S.J. OMeara, Schrter and Jupiters dark spots, Sky and Telescope, pp. 98-100, july 1996. Johann Schrter
tait lun des meilleurs observateurs de la fin du XVIIIe sicle et un spcialiste de Jupiter. De nombreux
astronomes modernes ont tendance croire que ses observations de 1785-1786 correspondent bien des
impacts comtaires.
26. C. Frankel, Les volcans du Systme solaire (Armand Colin, 1993).
27. Pour la Science (collectif), Le chaos (HS 6, 1995). Un dossier Pour la Science qui explique les diffrentes (et
nombreuses) implications du chaos dans la science.
28. I. Peterson, Le chaos dans le Systme solaire (Pour la Science, 1995). Titre original : Newton's clock : chaos
in the Solar System (1993).
29. I. Peterson, op. cit., citation p. 5.
30. J. Laskar, La Lune et l'origine de l'homme, Pour la Science, HS 6, Le chaos, pp. 48-54, 1995.
104
CHAPITRE 6 :
105
Ces deux appellations recouvrent des donnes diffrentes : la valeur du prihlie (q < 1,30 UA) pour les premiers
et la distance minimale la Terre (Dm < 0,100 UA) pour les seconds.
On appelle PHA (sigle de Potentially Hazardous Asteroids), les astrodes potentiellement dangereux (pour la
Terre) qui ont une distance minimale l'orbite terrestre < 0,050 UA et H < 22,1 (soit plus de 130 mtres de
diamtre moyen pour un objet silicat de type S, mais avec une fourchette de 100 200 mtres selon le type
physique et l'albdo) . Ce sont eux que lon cherche recenser dune manire quasi exhaustive afin de les
dtruire (ou les dtourner) si le besoin sen faisait vraiment sentir. Les statistiques montrent que 1 NEA sur 5 est
aussi un PHA, ce qui est un pourcentage trs important. On en connat plus de 800 fin 2006.
Trois types diffrents
Depuis 1979, on reconnat trois types diffrents de NEA, appels aussi dans les annes 1980-1990 les objets
AAA (Aten Apollo Amor), terme tomb en dsutude :
le type Aten concerne les NEA qui circulent en moyenne l'intrieur de l'orbite terrestre (a est infrieur 1,000
UA) ;
le type Apollo concerne les NEA qui pntrent l'intrieur de l'orbite terrestre au prihlie (a est suprieur
1,000 UA et q est infrieur 1,000 UA) ;
le type Amor concerne les NEA dont le prihlie se trouve entre 1,000 et 1,30 UA).
La figure 6-1 montre les orbites des trois objets qui donnent leur nom un type de NEA : Aten, Apollo et Amor.
Ce ne sont nullement les plus importants de leur type sur le plan du diamtre.
106
107
a rapidement permis de se rendre compte que le nombre total des astrodes tait quasiment illimit, et que
certains d'entre eux ne restent pas cantonns entre les orbites de Mars et de Jupiter. Au fil des dcennies, on en
dcouvrit certains qui ont des distances moyennes infrieures celle de Mars et mme celle de la Terre.
En 1898, la dcouverte fortuite d'Eros (18), par Gustav Witt (1866-1946), fut une grosse surprise pour les
astronomes de l'poque qui se trouvrent en prsence d'un astrode ayant une distance moyenne (a = 1,458
UA) plus faible que celle de Mars (a = 1,524 UA) et une distance prihlique (q = 1,133 UA) tout fait imprvue
et exceptionnelle. Les calculs montrrent, en outre, qu'Eros pouvait s'approcher 0,15 UA de la Terre, soit 22
millions de km, ce qu'il avait fait en janvier 1894, quatre ans avant sa dcouverte.
Une dcouverte importante mal exploite
J'ai expliqu au chapitre 4 l'importance particulire d'objets comme Apollo, Adonis et Hermes, photographis
dans les annes 1930, et qui tablissaient enfin la preuve que la Terre est constamment frle par des petits
astrodes, et que souvent l'chelle astronomique certains d'entre eux percutent la Terre en dgageant une
nergie considrable. Ce fut une vritable rvlation pour les astronomes, mais malheureusement la guerre brisa
l'lan pour beaucoup plus de dix ans. Limportante dcouverte que constitue la ralit de limpactisme terrestre ne
fut pas exploite par la nouvelle gnration plus attire par lexploration du ciel profond.
En 1947, les premiers programmes d'observations structurs reprirent, et avec eux vinrent une multitude de
dcouvertes dans presque tous les domaines de l'astronomie. Les astrodes, par contre, furent quasiment mis
l'index et devinrent la vermine du ciel. Les dcouvertes chutrent d'une faon durable et l'on fut bien loin
d'atteindre les chiffres d'avant-guerre. Seuls les astrodes vraiment particuliers taient pris en compte dans les
observatoires, et encore pas toujours, si bien que des objets trs intressants furent perdus immdiatement, faute
d'un suivi indispensable.
Ce fut le cas en 1947 avec un objet baptis 1947 XC, observ deux nuits seulement en dcembre et laiss
l'abandon, et donc tout de suite perdu. Il ne fut retrouv accidentellement qu'en 1979 et s'est avr d'un intrt
extraordinaire. C'est le fameux astrode comtaire Oljato, frre jumeau de la comte priodique P/Encke, dont
j'aurai l'occasion de reparler. Il s'approche de l'orbite terrestre 120 000 km seulement et frle aussi Vnus et
Mars.
Dans les annes suivantes, quelques dcouvertes d'objets intressants eurent lieu comme sous-produits d'autres
programmes, notamment celles dIcarus en 1949, de Geographos en 1951 et de Quetzalcoatl en 1953. Plusieurs
de ces nouveaux objets, suivis trop peu de temps, durent attendre de nombreuses annes pour tre redcouverts
et numrots, car, jusqu' la fin des annes 1960, les astrodes n'eurent pas la cote. Seul le remarquable
Palomar-Leiden Survey (PLS) (19) de septembre et octobre 1960 mergea d'une mdiocrit inacceptable.
Le renouveau des annes 1970
Tout changea partir de 1971, avec les premires recherches systmatiques entreprises par Eugene
Shoemaker (1928-1997) et Eleanor Helin Palomar, recherches qui connurent un succs imprvu par son
ampleur. En 1980, on connaissait une soixantaine de NEA, chiffre qui, contre toute attente (mme celle des
spcialistes les plus optimistes), allait passer prs de 150 la fin des annes 1980. En une seule dcennie, le
nombre des objets connus avait largement plus que doubl. L'anne 1989 allait tre extraordinaire avec la
dcouverte dobjets comme Toutatis (20), Xanthus, Asclepius (qui battit le record d'approche de Hermes),
Castalia et Minos.
Spacewatch ou la rvolution des camras CCD
Le dbut des annes 1990 vit enfin la russite (aprs plusieurs annes de ttonnements et d'checs) pour le
tlescope automatique Spacewatch, imagin par Tom Gehrels et mis en station l'observatoire de Kitt Peak.
C'est le dbut des dcouvertes sans support film, ce qui est une rvolution aussi importante que celle qui fit le
bonheur de Wolf et Charlois dans les annes 1890. Les camras CCD enregistrent automatiquement sur
ordinateur les positions d'objets trs faibles, parmi lesquels de nombreux NEA. La russite fut si extraordinaire
pour Gehrels et ses associs, parmi lesquels James Scotti et David Rabinowitz, que plus de 350 objets taient
rpertoris fin 1994. C'est un triplement des dcouvertes qu'ont permis les camras CCD. On a dpass les
500 NEA (chiffre totalement inimaginable vingt ans auparavant) en 1997, un an avant le centenaire de la
dcouverte d'Eros.
Les annes 1995, 1996 et 1997 ont vu la dcouverte de plus de 150 nouveaux NEA (prs de 50 par an en
moyenne), avec lapparition de nouvelles quipes spcialises performantes (NEAT et surtout LINEAR). 1998 a
108
t lanne de lexplosion avec plus de 200 dcouvertes. On est entr alors dans une priode de banalisation, o
seule une dcouverte sortant vraiment de lordinaire, comme celle de 1997 XF11, EGA de taille kilomtrique,
souponn dtre un danger pour la Terre dans un proche avenir, fait encore parler, en dehors du milieu des
initis et des chercheurs spcialiss. Lannonce dune trs forte approche en 2028 pour 1997 XF11 a t le
prtexte dune invraisemblable campagne de presse dont je reparlerai au chapitre 17.
Le dbut des annes 2000 a t rvolutionnaire avec plusieurs centaines de dcouvertes chaque anne (voir la
page NEO de mon site : http://astrosurf.com/macombes/partie%20NEO.html). En 2006, sept observatoires (six
amricains et un australien) se partagent les dcouvertes et on dcouvre plus d'un nouveau NEA par jour en
moyenne. La suite s'annonce impressionnante, tant et si bien que le danger que reprsentent tous ces objets,
dont certains sont rellement menaants lchelle du millnaire, est aujourd'hui pris en compte par les
scientifiques mais aussi par les militaires amricains, comme je l'ai expliqu au chapitre 4.
Dsignations provisoires et noms dfinitifs
La majorit de tous ces NEA est suivie assez rgulirement, mais quelques-uns (surtout les plus petits) observs
au cours d'une approche unique et non retrouvs par la suite sont considrs comme perdus (21). C'est un peu le
revers de la mdaille, on sait qu'une bonne partie des objets recenss ne pourront pas tre suivis en permanence.
Quand les NEA ont t suivis lors de trois apparitions diffrentes, ils sont numrots et reoivent un nom dfinitif,
souvent mythologique. Le problme des noms des astrodes, qui a t longtemps un vrai casse-tte, a t
rsolu par Lutz Schmadel et ses associs avec le Dictionary of minor planet names (22) qui rpertorie les
noms des objets baptiss.
Les NEA qui n'ont t suivis qu'au cours d'une seule approche se contentent d'une dsignation provisoire, forme
du millsime de l'anne et de deux lettres distinctives, avec quand c'est ncessaire un indice additionnel. On
connat donc des NEA qui sont connus sous leur dsignation provisoire (23), comme par exemple 1950 DA,
1979 XB, 1987 SF3, 1994 WR12 et 1997 XF11. Des spcialistes (24) s'occupent spcialement de tous ces petits
astres dont le suivi rgulier demande un travail considrable, heureusement facilit par l'apparition d'ordinateurs
et de logiciels spcialiss capables de calculer rapidement des lments orbitaux et des phmrides fiables.
109
Mtorites associes
chondrites carbones CI et CM
chondrites carbones CV et CO
chondrites H, L, LL ?
chondrites EH, EL
achondrites basaltiques
achondrites riches en olivine ?
pallasites, lodranites, sidrites ?
brachinites
sidrites
aubrites
SNC
mtorites lunaires
Les types S (objets silicats) et C (carbons) sont les principaux, mais on trouve des NEA dans certains autres,
notamment M (mtalliques) et V (objets originaires de Vesta). Les NEA comtaires sont principalement de type C
ou D, mais il semble bien que certains soient de type S, car ils pourraient tre recouverts dune fine couche
silicate. On voit que les choses sont loin dtre simples et les surprises venir nombreuses. On se pose aussi la
question de savoir si certains NEA dorigine comtaire, rcemment injects dans le Systme solaire intrieur,
pourraient tre totalement composs de glace.
Figure 6-3. Comparaison entre les spectres des astrodes et des mtorites
Depuis les annes 1970, on sait que le spectre de certains astrodes est trs proche des mtorites terrestres et
que lorigine est commune. Ainsi le spectre de Vesta et celui des eucrites est similaire, montrant que celles-ci
sont des fragments de lastrode parvenus jusqu nous. (Document The Spaceguard Survey/C. Chapman).
110
Pour tous les objets capturs dans cette lacune, c'est le "dbut de la fin". Leur orbite devient chaotique, du fait
d'un phnomne de rsonance, l'excentricit augmente srieusement et les approches Mars, puis la Terre
deviennent possibles, puis effectives. C'est la phase actuelle pour les deux NEA, qui ne sont rien d'autre
actuellement que des eucrites gantes, capables leur tour de heurter une plante ou de se fragmenter en une
multitude de corps plus petits. Ainsi les eucrites ont une source qui n'est pas prs de se tarir, et une multitude
d'entre elles, filles et petites-filles d'un corps parent unique, Vesta, sillonnent le Systme solaire intrieur pour leur
propre compte sur des orbites qui souvent n'ont plus rien de commun.
La " Liste gnrale des Near-Earth Asteroids " (29), continuellement ractualise (on dcouvre plus de
1 nouveau NEA par jour en moyenne) et forte de plus de 4400 objets fin 2006, comporte une vingtaine de
membres formellement identifis comme tant des clats de Vesta. Mais de nombreux autres objets doivent avoir
une origine identique.
NEA fragments d'astrodes briss
Nous avons vu avec Vesta que des clats peuvent acqurir leur autonomie et devenir eux-mmes des astrodes
et plus tard, ventuellement, des NEA. Mais il y a un deuxime scnario catastrophe. La collision peut tre telle
que l'astrode cible est totalement bris. Des dizaines de milliers de fragments remplacent la plante mre
dsintgre. Certains vont rester groups et former une famille d'astrodes, qui peut comprendre plusieurs
centaines de membres de taille kilomtrique et des milliers de taille hectomtrique.
On connat depuis longtemps de telles familles (30). Ds 1918, Kiyotsugu Hirayama(1874-1943) (1874-1943)
avait mis en vidence les cinq principales, dj bien identifiables son poque : Flora, Maria, Koronis, Eos et
Themis. Chacune de ces familles comporte un nombre variable de membres dont les lments caractristiques,
au nombre de trois (ce sont le demi-grand axe, l'excentricit et l'inclinaison propre), restent l'intrieur d'une
fourchette assez troite. Mais au moment de la dsintgration du corps parent, de nombreux fragments prennent
leur autonomie et deviennent totalement indpendants, et trs rapidement il devient impossible de les rapprocher
des autres membres de la famille.
Bien entendu, on sait que la majorit des NEA sont de tels objets, fragments de corps plus gros briss et mme
souvent rebriss plusieurs reprises, de sorte que la diversit apparente des lments orbitaux ne permet pas
dans la plupart des cas de les rapprocher d'objets frres. Seule une tude physique permet de faire parfois le
rapprochement. En effet, les fragments d'un mme corps parent ont parfois exactement la mme composition, le
mme albdo et un spectre quasi identique. Ainsi on sait que nos mtorites sont souvent issues de quelques
corps parents la composition bien particulire.
Maria. C'est videmment l'tude physique de ces diffrents objets qui avait mis les chercheurs sur la piste. Maria
a a = 2,553 UA, e = 0,07 et i = 14 et les membres de la famille ont des lments voisins de ceux-l. Par contre,
Ganymed a a = 2,660 UA, e = 0,538 et i = 26 tandis qu'Eros a a = 1,458 UA, e = 0,22 et i = 10. Personne ne
croyait vraiment une origine commune possible pour tous ces objets aux orbites actuelles si diffrentes.
Cependant, cette hypothse a t plutt infirme suite l'approche d'Eros par la sonde NEAR qui en a fourni des
photos extraordinaires.
Cet exemple remarquable et imprvu montre comment, partir d'un astrode classique et suite une
dsintgration, on peut obtenir des NEA trs diffrents par leurs orbites, mais dont les caractristiques physiques
initiales restent quasiment les mmes.
Astrodes comtaires et comtes en sommeil
J'ai dit que lon connat plusieurs familles dastrodes, issues de la fragmentation complte dun corps parent,
la suite de collisions importantes. Jusquen 1996, tous les spcialistes taient persuads que ces familles taient
composes dobjets dorigine et de nature plantaire, cest--dire ce quon appelle des vrais astrodes.
Cest la dcouverte de la comte priodique P/Elst-Pizarro en 1996 qui a jet le trouble et le doute. Tout de suite,
les spcialistes du calcul des orbites ont compris que la nouvelle comte faisait partie de la famille Themis, une
grande famille dastrodes. Cest la premire fois que lon se trouvait en prsence dune telle anomalie. Dautant
plus que P/Elst-Pizarro a t retrouve sur des plaques photographiques prises en 1939 (32) sur lesquelles elle
apparat sous un aspect totalement astrodal. De nouvelles observations en 1997 ont montr nouveau un
corps astrodal sans aucune activit comtaire.
Mais sil sagissait dun objet mixte, plutt quune vraie comte, il faut bien comprendre que de nombreux
fragments taient plantaires ds lorigine et nont jamais eu dactivit comtaire. Seuls certains rsidus avaient
une composition telle (principalement base de glace et de gaz gels) quelle fut capable dengendrer une
activit comtaire dassez courte dure, compte tenu du diamtre restreint de la majorit des fragments.
Cette dcouverte trs importante confirme donc que certains astrodes sont des rsidus dgazs danciennes
comtes, et aussi que certaines familles dastrodes sont issues de la fragmentation de comtes formes et
venues dailleurs et non dastrodes primaires forms sur place.
Cest la preuve aussi que des NEA peuvent tre des comtes qui restent longtemps en sommeil et qui, grce
un vnement extrieur fortuit (souvent un petit impact qui perce la couche externe protectrice), redeviennent
provisoirement comtaires, le temps du dgazage redevenu possible, mais presque obligatoirement dgazage
rsiduel, donc de trs courte dure. On en a eu un autre exemple avec lobjet Wilson-Harrington (33), dcouvert
en tant que comte priodique trs courte priode en 1947, et redcouvert comme astrode en 1979, quand le
dgazage de la petite partie de la comte expose au Soleil fut termin.
Un miettement quasi permanent
Un autre phnomne important prendre en considration quand on tudie lorigine des NEA est lmiettement.
Tout redevient poussire, dans lespace comme ailleurs Aussi bien les astrodes comtaires que les vrais
astrodes se fragmentent et smiettent.
On connat plusieurs couples de NEA aux orbites caractristiques trs semblables qui ne se sont spars que
trs rcemment (quelques milliers dannes seulement dans certains cas), sans heurt majeur puisque les
lments orbitaux sont rests les mmes. Seule lorientation dans lespace varie, la dispersion naturelle se faisant
au rythme de quatre degrs par millnaire pour la longitude du nud ascendant et pour largument et la longitude
du prihlie.
Parmi les cas les plus frappants, on peut citer Icarus et Talos, deux astrodes comtaires de taille quivalente,
Adonis et 1995 CS galement dorigine comtaire mais de taille diffrente (1995 CS est un petit fragment
dAdonis qui est devenu autonome), mais aussi Geographos et 1992 SK, deux vrais astrodes rcemment
spars (34), probablement la suite dun choc dans lespace.
114
On pense que la grande majorit des nombreux NEA prsentant de fortes variations dans leur courbe de lumire
sont des vestiges d'objets briss lors de collisions. A tort ou raison, les astronomes croient encore (malgr
P/Halley) que les noyaux comtaires sont peu prs sphriques en rgle gnrale (ce qui entrane des
exceptions) et qu'ils ne prsentent que de minimes variations d'clat.
Le nombre important de comtes actives trs courte priode observes oblige admettre un nombre de NEA
comtaires trs lev, 100 000 de plus de 100 mtres de diamtre moyen d'aprs les chiffres retenus
actuellement (250 000 NEA et 40 % d'origine comtaire). Cependant, il faut signaler que l'on ignore encore la
proportion exacte de comtes ayant un vrai noyau solide (36), capables de survivre sous forme d'astrodes en
vitant la sublimation totale de leurs matriaux (glace et gaz gels notamment), ainsi que la fragmentation,
phnomne assez courant pour les comtes.
Ce problme de la double origine pour les NEA est trs important. Nous verrons que, du fait d'une composition et
d'une densit diffrentes, les consquences ne sont pas les mmes quand la Terre entre en collision avec un vrai
astrode ou un noyau de comte.
116
Parmi les NEA connus, trois seulement dpassent 15 km de diamtre moyen. Il s'agit de Ganymed, de loin le plus
gros, qui a autour de 40 km, d'Eros qui a 23 km de diamtre moyen (avec un grand axe de 33 km) et de Don
Quixote, un astrode comtaire de 20 km environ. Tous les trois sont du type Amor et ne prsentent pas de
danger pour la Terre pour la priode actuelle. Quelques autres objets des types Apollo et Amor ont entre
5 et 10 km. On dcouvre encore actuellement des NEA avec des diamtres de 3 km et plus. Tous ces astrodes,
dont la plupart sont condamns heurter une plante dans lavenir, sont capables de faire des dgts importants
si la cible finale doit tre la Terre.
NEA = 20
NEA = 1500
NEA = 20 000
NEA = 250 000
NEA = 20 000 000
EGA = 10
EGA = 750
EGA = 10 000
EGA = 125 000
EGA = 10 000 000
Ainsi, on voit que pour les objets de 100 mtres, les anciennes estimations ont t multiplies par 4,2, ce qui
dailleurs nest pas norme. Pour les objets les plus brillants, il ny a que trs peu de changements. Cest au
niveau des objets minuscules que la progression est spectaculaire. En fait, pour les NEA dune dizaine de mtres,
117
leur nombre se chiffre en milliards et pour les autres astrodes de lanneau principal, il est quasiment illimit.
Heureusement que latmosphre terrestre est l pour nous protger de cette mitraille cosmique.
Le XXIe sicle va voir la dcouverte de dizaines de milliers de NEA de plus de 100 mtres et devrait permettre de
reprer la quasi-totalit de ceux dont le diamtre avoisine le kilomtre. Par contre, bien que certains spcialistes
semblent y croire, il parat utopique denvisager un recensement quasi complet pour tous les NEA de 500 mtres.
Certains resteront inconnus pour des sicles encore, et il faut savoir aussi que le renouvellement est constant. Il
y aura donc toujours des "nouveaux".
Les objets ayant une TFAP ou une FAP la Terre sont des EGA au sens strict ; ceux qui ont une TFAP et
H < 22,1 sont galement des PHA. Les autres objets sont uniquement des NEA pour la priode actuelle. Mais de
nombreux objets peuvent passer dun statut lautre, au fur et mesure de lvolution des diffrents lments
orbitaux.
Analyse du tableau des approches possibles
Le tableau 6-2 donne les 25 EGA numrots (qui sont tous des PHA) qui ont actuellement (39) les plus fortes
approches lorbite terrestre (appeles approches possibles), mais il faut savoir que de nombreux autres objets
non encore numrots ont des caractristiques identiques et chasseront au fur et mesure de leur numrotation
les derniers objets de cette liste.
Depuis 1970, je surveille la liste des approches possibles pour tous les NEA connus. Lpoque o des objets
comme Apollo (Dm = 0,025 UA) et mme Adonis (Dm = 0,013 UA) figuraient encore dans les dix premiers est
bien loin. Fin 2006, la millime approche tait de 0,022 UA. Aujourdhui pour entrer dans le "top 10", un EGA doit
tre sur une orbite de quasi-collision (40) (Dm < 0,0010 UA, soit 150 000 km, ou 1/1000 dunit astronomique,
cest--dire une distance insignifiante lchelle astronomique).
Certains objets de taille kilomtrique, comme 1994 PC1 et Oljato ou dautres comme Midas, Toutatis et Phaethon
(li limportant essaim mtoritique des Gminides), sannoncent trs dangereux pour la Terre moyen terme
(quelques milliers dannes) et devront peut-tre tre dtruits pour viter une catastrophe dont la civilisation
actuelle ne se remettrait que difficilement.
Je signale encore deux objets remarquables qui sont de temps autre sur une authentique orbite de collision.
1994 GV, un objet dune dizaine de mtres, nest pas trs dangereux (sauf ventuellement au niveau local) du fait
de sa petite taille. Par contre, 1993 VB a un diamtre de 400 mtres et pourrait savrer trs menaant au cours
des sicles prochains. Lui aussi devra peut-tre tre dtruit pour viter une catastrophe qui, si elle ne serait pas
globale, pourrait tre nanmoins trs srieuse.
118
MK
0.030
0.045
0.090
0.090
0.090
0.090
0.194
0.209
0.269
0.314
0.314
0.314
0.404
0.434
0.479
0.479
0.494
0.494
0.539
0.568
0.583
0.823
0.853
0.987
0.987
H
19.2
19.4
16.8
16.9
18.3
18.5
21.1
16.4
15.3
16.8
19.3
15.5
20.4
18.2
18.2
15.5
20.4
20.8
17.5
16.0
18.8
17.0
15.3
16.2
18.6
jour
une
liste
(http://cfa-www.harvard.edu/iau/lists/Closest.html) de toutes les approches relles observes infrieures
0,0100 UA (soit 1,5 MK). Cette liste s'enrichit quasiment chaque mois, mais il s'agit dans la quasi-totalit
d'approches concernant des objets avec H > 25,0, c'est--dire ayant un diamtre infrieur 50 mtres.
Analyse de la liste des approches relles
Cette liste est constamment mise jour. Ainsi lapproche historique de Hermes du 30 octobre 1937
(0,0049 UA = 0,73 MK), qui a t le record absolu durant plus dun demi-sicle, ne figure plus parmi les vingt
approches les plus serres. Dabord battu par Asclepius en mars 1989 (0,0046 UA = 0,69 MK), le record a t
pulvris par 1991 BA, un EGA de moins de 10 mtres de diamtre, en janvier 1991 (0,0011 UA = 0,165 MK).
Deux autres objets de mme calibre lont amlior les annes suivantes : 1993 KA2 en mai 1993
(0,0010 UA = 0,150 MK) et 1994 XM1 en dcembre 1994 (0,0007 UA = 0,105 MK). Depuis, ce record a encore
t amlior deux reprises, d'abord par 2003 SQ222 en septembre 2003 (0,00056 UA = 0,084 MK) et enfin par
2004 FU162 en mars 2004 (0,00009 UA = 0,013 MK). Mais ces approches-record rcentes ont concern des
objets insignifiants, de quelques mtres de diamtre seulement.
Il faut savoir que le 10 aot 1972, le fameux mtore du Montana a frl la surface terrestre 58 km daltitude,
ricochant dans latmosphre terrestre avant de repartir dans lespace. Il sagissait dun NEA dune quinzaine de
mtres qui na pas reu de dsignation provisoire, car il na t observ que durant quelques dizaines de
secondes. Ce record ne sera jamais battu, car il constitue pratiquement lapproche minimale possible. Une
approche infrieure 50 km dboucherait obligatoirement sur une dsintgration ou un impact.
119
Lapproche de 1994 PC1 en janvier 1933 : 0,0075 UA, soit 1,12 MK, est la plus forte approche connue d'un EGA
dun diamtre suprieur au kilomtre au 20e sicle. Il ne fut pas dcouvert pour autant, bien quil ait t un objet
facile lpoque (cette approche a donc t calcule rtroactivement). Cela montre bien que des objets trs
dangereux ont longtemps chapp aux observateurs les plus qualifis. Delporte et Reinmuth, les deux tnors de
cette priode, et tous leurs confrres, ont galement rat Toutatis lanne suivante, ne pouvant pas le distinguer
de la masse des objets anonymes qui ont laiss leur empreinte sur des plaques photographiques.
positions
celle par
sloigne
voit ainsi
000 km,
le prcipiter sur la Terre, lors de son approche suivante en 2036, ce qui est trs peu probable, ou qu'il pourrait
mme se dsintgrer s'il est de constitution comtaire. On ignore encore tout de son origine et de sa
configuration structurale. A l'chelle astronomique, il est clair que ses jours sont compts et que la Terre risque
d'en faire les frais au cours des sicles prochains, si rien n'est fait pas nos successeurs pour le dtourner ou le
dtruire.
Pour la version 1998 de ce livre, j'avais recalcul tous les chiffres concernant les frquences dlimination et
dimpact sur les diffrentes plantes. Les chiffres de 1982 taient bass sur un nombre dobjets recenss
lpoque qui natteignait pas la centaine, alors que ceux de 1998 taient bass sur plus de 700 NEA recenss
(43).
Le tableau 6-4 donne la frquence dlimination individuelle des NEA, tant entendu que leur esprance de vie
reste la mme en moyenne : 10 MA, cest--dire peu de temps lchelle astronomique (on table actuellement
pour 1/40 ou 1/50 de lge du Systme solaire). La part attribue chaque plante est obligatoirement assez
alatoire et varie selon la mthode et les chiffres utiliss, mais certaines constantes mergent. Les quatre
plantes intrieures rcuprent globalement 50 % du total (Mars 15 % (44), la Terre 20 %, Vnus 10 % et
Mercure 5 %). Les 50 % restants se rpartissent de la faon suivante : Soleil 15 %, astrodes, Lune et satellites
5 %, dsintgration et miettement 20 %, expulsion sur une orbite extrieure 10 %.
Tableau 6-4. limination individuelle des gocroiseurs et leur destination
finale (moyennes de plusieurs mthodes de calcul)
% hypothse
% hypothse
haute
basse
Mars
15
7,5
Terre
20
10
Vnus
10
5
Mercure
5
2,5
Soleil
15
25
Autres (plantes, astrodes, satellites)
5
5
Expulsion sur des orbites non NEA
10
20
Dsintgration et/ou miettement
20
25
Dans l'hypothse haute, les quatre plantes reprsentent 50 % du total.
Dans l'hypothse basse, elles reprsentent seulement 25 %.
Pour certains auteurs, la part du Soleil serait suprieure aux chiffres donns ici.
Destination finale
Ces chiffres ne sont videmment que des ordres de grandeur. Lexemple de la comte dAristote (gnitrice du
groupe de Kreutz, voir chapitre 7) laisse penser certains spcialistes que la part du Soleil pourrait tre
nettement plus importante que 15 %. Certaines simulations semblent montrer que la combinaison : attraction du
Soleil + orbite chaotique conduirait pour certains astrodes et comtes lacunaires une collision directe avec
le Soleil (q devenant trs proche de 0,001 UA), ou une dsintgration dans la proche banlieue solaire et la
formation dune poussire cosmique constamment renouvele.
Il est possible que la part du Soleil et celle de lexpulsion aient t sous-estimes, de telle sorte que la Terre ne
serait plus destinataire de 20 % des NEA existants des types Aten et Apollo, mais seulement de 10 % (hypothse
basse). Si tel tait le cas, la frquence dimpact serait diminuer dun facteur 2, mais lhypothse haute parat
quand mme plus probable.
Le problme pos par les NEA minuscules
On entend par astrodes minuscules, ceux qui ont ont H > 22,0 (valeur correspondant un diamtre infrieur
100 ou 200 mtres de diamtre moyen selon le type physique et l'albdo). Il apparat clairement que ceux-ci
doivent tre traits diffremment des autres. Leur nombre est norme : 20 000 000 de NEA et 10 000 000 dEGA
de 50 mtres, un nombre embarrassant pour les spcialistes, mais quil faut prendre obligatoirement en
considration.
Il sagit ni plus ni moins que de la poussire cosmique lchelle astronomique, avec des objets quasiment aussi
nombreux que les grains de sable dune petite plage. Sil nexistait pas de processus de destruction, chaque
dcennie verrait un impact terrestre, ce qui (heureusement) est contraire aux observations depuis deux sicles.
En fait, il existe trois mcanismes de destruction qui entrent en jeu : dsintgration et miettement dans lespace
et destruction dans latmosphre terrestre, mcanismes qui sont beaucoup plus efficients pour les petits objets
que pour ceux qui sont de taille hectomtrique ou kilomtrique, notamment du fait quil sagit trs souvent de
fragments comtaires dont la cohsion structurale est de mauvaise qualit. Une simple approche trs serre
une plante peut dboucher sur une fragmentation svre, voire sur une dsintgration totale.
De plus, il savre que les objets minuscules sont condamns lmiettement quand ils pntrent dans
latmosphre terrestre, et ils ne franchissent que trs rarement la totalit des diffrentes couches atmosphriques.
123
Tous les chiffres que je donne dans cette section sont variables avec le temps, la dsintgration dune comte
(comme celle dAristote, gnitrice du groupe de Kreutz) ou dun centaure (comme Hephaistos) pouvant
ponctuellement, pour quelques centaines de milliers dannes, augmenter srieusement le nombre dobjets dans
lenvironnement immdiat de la Terre. On peut quasiment parler de pollution astronomique. On le voit nettement
encore aujourdhui avec le Complexe des Taurides, vaste courant dobjets minuscules qui circulent sur des
orbites similaires, apparentes un progniteur commun.
La frquence d'limination peut paratre trop forte certains spcialistes. A mon avis, il n'en est rien. On sait que
les NEA se renouvellent sans cesse, notamment la part comtaire, par l'introduction dans le Systme solaire
proche d'objets en provenance de la ceinture de Kuiper ou du nuage de Oort. Des objets mi-plantaires micomtaires souvent, dont la cohsion ne rsiste pas l'approche d'une des grosses plantes (Jupiter surtout,
mais aussi Saturne, Uranus ou Neptune) et qui se fragmentent en une multitude d'objets plus petits. Mais on sait
depuis le dbut des annes 1990 que ces anciens membres de la ceinture de Kuiper, qui passent souvent par le
type intermdiaire de centaure, peuvent dpasser 100 km dans certains cas, et que leurs fragments peuvent
dpasser largement les 10 km. Un diamtre de 3 km ne peut tre considr comme exceptionnel, on l'a vu avec
les fragments de Hephaistos, dont plusieurs dpassent ce diamtre.
Frquence des collisions sur la Terre
Les donnes actuelles laissent penser qu'environ 1 NEA de type Aten et Apollo sur 5 entrera en collision avec
la Terre (en 1982, je donnais 1 objet sur 3, du fait de la sous-estimation de la part revenant au Soleil et
lexpulsion). La combinaison de cette nouvelle information avec celles dont j'ai fait tat plus haut concernant la
frquence d'limination individuelle permet de connatre la frquence des collisions sur la Terre et sur les parties
merges et immerges de notre globe. Le tableau 6-5 donne cette frquence des collisions pour diffrentes
catgories de diamtre.
On peut admettre au vu des donnes actuelles (toujours comme de simples ordres de grandeur), pour des objets
entrant dans l'atmosphre, que, en moyenne :
1 EGA de 100 mtres heurte la Terre tous les 350 ans, les ocans tous les 500 ans et les terres merges tous
les 1200 ans ;
1 EGA de 300 mtres heurte la Terre tous les 3500 ans, les ocans tous les 5000 ans et les terres merges
tous les 12 000 ans ;
1 EGA de 500 mtres heurte la Terre tous les 10 000 ans, les ocans tous les 15 000 ans et les terres
merges tous les 35 000 ans ;
1 EGA de 1 km heurte la Terre tous les 50 000 ans, les ocans tous les 70 000 ans et terres merges tous les
170 000 ans.
Tableau 6-5. Frquence des collisions de gocroiseurs sur la Terre selon leur diamtre
(en annes, objets entrant dans l'atmosphre)
Eliminination Terre avec
Surface terrestre
individuelle
20 %
surface
surface
vie : 10 MA
d'impacts
immerge
merge
1/...
1/...
1/...
1/
50 m
10 000 000
(1)
(5)
(10)
(20)
100 m
150 000
70
500
1200
350
300 m
15 000
700
5000
12 000
3500
500 m
5000
2000
15 000
35 000
10 000
1 km
1000
10 000
70 000
170 000
50 000
5 km
10
1 000 000
7 000 000
17 000 000
5 000 000
Le nombre de gocroiseurs est moiti moindre que le nombre total de NEA
Les gocroiseurs sont les astrodes des types Aten et Apollo
Les objets minuscules (moins de 100 mtres) sont condamns l'miettement
et la dsintgration. Ils ne franchissent que rarement l'atmosphre terrestre
Les chiffres donns ne sont que des ordres de grandeur, variables avec le temps
Diamtre du Nombre de
gocroiseur gocroiseurs
Dans les chapitres suivants, je reviendrai sur ces chiffres quand je parlerai des consquences de l'impactisme. Je
prcise bien qu'il s'agit d'objets entrant dans l'atmosphre, et non ceux qui touchent effectivement le sol, qui
sont videmment moins nombreux, dans la mesure o la fragmentation, et mme la dsintgration, sont chose
courante, surtout pour les petits objets. Heureusement, quand on sait le danger que reprsente un impact
ocanique, comme nous le verrons en dtail au chapitre 13.
124
Tableau 6-6. Energie cintique des EGA selon leur diamtre et leur type physique
(vitesse d'impact : 20 km/s - nergie en joules)
Diamtre
de l'EGA
en km
0,1
0,2
0,3
0,4
0,5
0,6
0,7
0,8
0,9
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
20
30
40
50
EGA carbons
type C
densit 2,5
17
2,6x10
18
2,1x10
18
7,1x10
19
1,7x10
19
3,3x10
19
5,7x10
19
9,0x10
20
1,3x10
20
1,9x10
20
2,6x10
21
2,1x10
21
7,1x10
22
1,7x10
22
3,3x10
22
5,7x10
22
9,0x10
23
1,3x10
23
1,9x10
23
2,6x10
24
2,1x10
24
7,1x10
25
1,7x10
25
3,3x10
EGA silicats
type S
densit 3,5
17
3,7x10
18
2,9x10
18
9,9x10
19
2,3x10
19
4,6x10
19
7,9x10
20
1,3x10
20
1,9x10
20
2,7x10
20
3,7x10
21
2,9x10
21
9,9x10
22
2,3x10
22
4,6x10
22
7,9x10
23
1,3x10
23
1,9x10
20
3,7x10
23
3,7x10
24
2,9x10
24
9,9x10
25
2,3x10
25
4,6x10
EGA mixtes
type S
densit 5,0
17
5,2x10
18
4,2x10
19
1,4x10
19
3,4x10
19
6,5x10
20
1,1x10
20
1,8x10
20
2,7x10
20
3,8x10
20
5,2x10
21
4,2x10
22
1,4x10
22
3,4x10
22
6,5x10
23
1,1x10
23
1,8x10
23
2,7x10
23
3,8x10
23
5,2x10
24
4,2x10
25
1,4x10
25
3,4x10
25
6,5x10
EGA mtalliques
type M
densit 7,8
17
8,2x10
18
6,5x10
19
2,2x10
19
5,2x10
20
1,0x10
20
1,8x10
20
2,8x10
20
4,2x10
20
6,0x10
20
8,2x10
21
6,5x10
22
2,2x10
22
5,2x10
23
1,0x10
23
1,8x10
23
2,8x10
23
4,2x10
23
6,0x10
23
8,2x10
24
6,5x10
25
2,2x10
25
5,2x10
26
1,0x10
125
Ce tableau montre clairement que les EGA ont une nergie cintique loin d'tre ngligeable. Cette nergie, pour
un objet suppos sphrique (car c'est loin d'tre le cas en gnral), augmente d'un facteur 1000 quand le
diamtre augmente d'un facteur 10. Ainsi un EGA de 1 km, comme les astronomes en dcouvrent rgulirement,
de type S, densit 3,5 (arolithe) avec une vitesse d'impact de 20 km/s, a une nergie cintique
Ec = 3,71020 joules. Un astre dix fois plus faible (100 mtres) a une nergie cintique Ec = 3,71017 joules et un
autre dix fois plus gros (10 km) a une nergie cintique Ec = 3,71023 joules. Eros, avec un diamtre moyen
suppos de 24 km et une densit de 4,0 a une nergie cintique Ec = 5,81024 joules, c'est--dire largement
suprieure l'nergie totale libre par tous les grands cataclysmes purement terrestres passs et prsents
connus.
126
127
Figure 6-15. Energie compare et frquence des impacts et des cataclysmes terrestres
La figure de gauche montre lnergie compare des astrodes, des astroblmes et de quelques cataclysmes
terrestres et humains (explosions nuclaires). Les chiffres sont clairs : les grands impacts nont pas dquivalents
terrestres. La frontire des cataclysmes terrestres se trouve la magnitude mw = 9,5 et lnergie Ec = 1020
joules. Les rfrences sont lruption du Tambora en 1815 et le sisme du Chili en 1960 (exceptionnellement
certaines ruptions cataclysmiques, comme celle de Toba il y 75 000 ans, peuvent dpasser largement cette
limite). En gros cest lquivalent dun impact dastrode de 600 mtres. On voit tout le mal que pourrait causer
notre plante et lhumanit limpact dun objet de 2 km de diamtre.
La figure de droite montre dune faon schmatique et approximative la frquence et lnergie de ces grandes
catastrophes. Il est clair que les impacts dastrodes et surtout de comtes sont plus rares et plus nergtiques
que les grands cataclysmes terrestres comme les ruptions volcaniques et les tremblements de terre. Certaines
comtes non priodiques venues du nuage de Oort et de la ceinture de Kuiper peuvent lchelle de 10 MA
dpasser les 1023 joules, surtout si leur orbite est rtrograde et leur vitesse de lordre de 60 km/s.
Mais je rappelle quand mme que les gros impacts (5 km) sont des phnomnes trs rares, puisque le
tableau 6-5 prvoit une telle collision sur la Terre tous les 5 MA, tous les 7 MA dans les parties du globe
immerges et tous les 17 MA seulement sur celles merges. Pas de panique donc... mais prudence, car il faut
compter avec les nouvelles comtes captures rgulirement, qui aprs dsintgration et dgazage, peuvent
gnrer de gros astrodes comtaires.
Autre conclusion trs importante signaler : l'nergie cintique d'un EGA de 600 mtres de diamtre moyen n'est
pas suprieure celle des grands cataclysmes terrestres. Tous les impacts d'EGA de cette taille et les plus petits,
qui sont de loin les plus nombreux, sont donc des vnements trs secondaires sur le plan nergtique et leurs
128
consquences sont mdiocres l'chelle terrestre (je ne parle pas videmment des consquences humaines et
conomiques).
Notes
1. J. Lilensten (et 7 autres auteurs), Le systme solaire revisit (Eyrolles, 2006). Cet ouvrage collectif fait le point
sur nos connaissances actuelles sur le Systme solaire aprs son exploration par des sondes spatiales.
2. K.R. Lang et C.A. Whitney, Vagabonds de l'espace (Springer-Verlag, 1993 ; traduction de M.-A. Heidmann).
Titre original : Wanderers in space (1991).
3. A.H. Delsemme (ed.), Comets Asteroids, Meteorites - Interrelations, evolution and origins (University of Toledo,
1977).
4. T. Gehrels (ed.), Asteroids (University of Arizona Press, 1979) ; R.P. Binzel, T. Gehrels and M. Shapley
Matthews (eds), Asteroids II (University of Arizona Press, 1989) ; W. Bottke, A. Cellino, P. Paolicchi and R.P.
129
Binzel (eds), Asteroids III (University of Arizona Press, 2003). Ce sont les trois gros livres de rfrence sur le
sujet parus dix ans, puis quatorze ans d'intervalle. Ils contiennent plusieurs centaines de contributions et
plusieurs milliers de rfrences sur tous les domaines concernant les astrodes et sont indispensables aux
spcialistes.
5. J.-C. Merlin, Les astrodes (Tessier & Ashpool, 2003). Ce livre est une excellente mise au point sur un sujet
en constante volution, du fait que l'on dcouvre de nouveaux astrodes chaque mois, notamment dans la
Ceinture de Kuiper, zone qui n'tait pas accessible aux instruments des astronomes avant les annes 1990.
6. Collection des Minor Planet Circulars (MPC) 1947-2006. Cette collection qui comporte plusieurs dizaines de
milliers de circulaires est l'outil de base du spcialiste.
7. M.-A. Combes, Deux sicles de dcouvertes d'astrodes, L'Astronomie, 115, pp. 17-28, 2001. Cet article a t
crit pour le numro spcial ASTRODES de la revue L'Astronomie, prpar l'occasion du bicentenaire de la
dcouverte de Crs.
8. L'utilisation de la mthode photographique pour les dcouvertes d'astrodes, partir de 1891
(avec 323 Brucia), par Max Wolf (1863-1932) Heidelberg et Auguste Charlois (1864-1910) Nice, a permis
dans un premier temps un triplement des dcouvertes, avec surtout un effort bien moindre. Elle rendait caduque
du jour au lendemain l'ancienne mthode visuelle des chasseurs d'astrodes.
9. L'utilisation des camras CCD pour la recherche des astrodes, mise au point Kitt Peak par Tom Gehrels,
au dbut des annes 1980, a t une nouvelle rvolution technologique. Elle a entran un dcuplement des
dcouvertes en permettant de recenser des objets beaucoup plus faibles. Le support photographique a
progressivement disparu pour laisser place un enregistrement direct, ou lectronique, des observations.
10. M.-A. Combes, tude sur les magnitudes absolues des astrodes, L'Astronomie, 85, pp. 413-433, 1971. Je
donnais alors le chiffre de 22 millions d'astrodes de plus de 400 mtres de diamtre moyen, en me basant sur
le nombre d'astrodes brillants connus et sur le fait (par analogie avec les toiles brillantes) que les astrodes
sont trois fois plus nombreux chaque fois que l'on augmente d'une magnitude absolue.
11. R. Greeley and R. Batson, The NASA atlas of the Solar system (Cambridge University Press, 1997). Latlas
de rfrence sur le Systme solaire avec une cartographie de tous les objets connus (214 photos, 157 cartes).
12. La NASA utilise deux autres sigles que j'ignore dans ce livre pour viter que le lecteur se perde dans un
jargon qui se complique sans cesse, mais qui a son utilit pour les spcialistes. Ces deux sigles sont les
suivants : 1. Les ECA (pour Earth-Crossing Asteroids), qui sont les astrodes qui croisent lorbite terrestre ; ce
sont les Earth-crossers. 2. Les ECC (pour Earth-Crossing Comets), qui sont les comtes dont la priode est
suprieure 20 ans et qui ont leur prihlie lintrieur de lorbite terrestre (q < 1,000 UA).
13. La valeur originelle de 1,381 UA, correspondant la valeur du prihlie de Mars n'est plus utilise. Cette
valeur de 1,30 UA parat trop forte beaucoup de spcialistes, mais il est trop tard pour faire marche arrire.
Pourtant, une valeur de 1,20 UA serait plus rationnelle.
14. M.-A. Combes, Contribution l'tude des EGA. Etude gnrale sur les astrodes qui s'approchent de la
Terre et sur leurs relations avec l'impactisme terrestre (thse universitaire, Universit Pierre et Marie Curie, Paris
VI, 1979). C'est la premire thse soutenue sur le sujet et qui montre que les EGA et les astroblmes ne sont que
les deux faces d'un mme problme.
15. Ce terme de gocroiseurs correspond aux Earth-crossers de langue anglaise qui regroupent les objets Apollo
et Aten qui franchissent l'orbite terrestre. Compte tenu de sa longueur, il ne peut se substituer aux sigles
spcialiss : AAA, NEA et EGA plus commodes utiliser de faon rptitive.
16. Alain Maury est un astronome franais catastrophiste, aujourd'hui expatri au Chili. Il fut l'instigateur dun
important programme europen de recherche de NEA (baptis ODAS) lObservatoire de la Cte dAzur (OCA),
oprationnel et trs efficace de 1997 1999 (plusieurs centaines d'astrodes sont numrots son nom), mais
abandonn faute de crdits !
17. Classification Combes-Meeus tablie en 1974. Les sous-types sont indispensables pour valuer des orbites
qui peuvent tre de taille trs diffrente.
18. J. Meeus, Eros et son apparition de favorable de 1974-1975, L'Astronomie, 88, pp. 295-304, 1974.
19. C.J. van Houten, I. van Houten-Groeneveld, P. Herget and T. Gehrels, The Palomar-Leiden Survey of faint
minor planets, Astronomy and Astrophysics supplement series, 2, pp. 339-448, 1970. Lhistoire dun survey
unique (le PLS) qui a permis aux poux van Houten, lobservatoire de Leyde aux Pays-Bas, de dcouvrir prs
de 2000 astrodes sur des clichs pris au Mont Palomar par Tom Gehrels. Une formidable russite collective qui
a merg comme un phare dans une priode de grisaille o les astrodes taient considrs comme la vermine
du ciel.
20. M.-A. Combes et J. Meeus, Le retour de Toutatis, LAstronomie, 106, pp. 4-10, dcembre 1992. Lhistoire dun
astrode exceptionnel et particulirement dangereux dans lavenir.
130
21. La liste des objets perdus s'allonge malheureusement. Certains petits objets observs quelques jours
seulement ont peu de chance d'tre robservs dans l'avenir. Par contre, sauf dans de rares cas, un mois
d'observations assure en principe une robservation ultrieure.
22. L.D. Schmadel, Dictionary of minor planet names (Springer Verlag, 1997). Cet ouvrage de rfrence est une
mine d'or pour le spcialiste puisqu'il collationne tous les noms d'astrodes avec leur explication. Il a t reconnu
comme document officiel par l'Union Astronomique Internationale. Depuis 1947, les noms sont officialiss par leur
parution dans les Minor Planet Circulars (MPC). Plus de 12 000 noms sont officiellement reconnus en 2006.
23. Les dsignations provisoires des astrodes, utilises depuis 1925 sous leur forme dfinitive, correspondent
videmment des critres bien prcis. L'anne est celle de la dcouverte, la premire lettre celle de la quinzaine
de la dcouverte (le I et le Z ne sont pas utiliss) et la seconde celle du numro d'ordre dans cette quinzaine (le I
n'est pas utilis). Aprs 25 dcouvertes, on recommence avec l'indice 1, puis avec l'indice 2 et ainsi de suite.
Depuis le dbut des annes 1990, on utilise couramment des indices allant jusqu' 50, ce qui signifie que l'on a
dcouvert 25 + (2550) = 1275 astrodes diffrents dans une seule quinzaine. A partir de 1997, lindice 100 a
mme t dpass plusieurs reprises, avec plus de 2500 nouveaux objets diffrents identifis durant ces
quinzaines, ce qui est considrable.
24. J. Meeus et M.-A. Combes, Les earth-grazers (ou EGA), des petits astres qui frlent la Terre, L'Astronomie,
88, pp. 194-220, 1974 ; supplments dans L'Astronomie sous la signature M.-A. Combes et J. Meeus : srie des
"Nouvelles des earth-grazers" (entre 1975 et 1991) ; supplments dans Observations et Travaux : srie des
"Chroniques des objets AAA (entre 1992 et 1997). Au total plus de 30 articles spcialiss qui relatent
chronologiquement les dcouvertes et l'amlioration des connaissances sur le sujet.
25. M.J. Gaffey and T.B. McCord, Mineralogical and petrological characterizations of asteroid surface materials,
pp. 688-723, in Asteroids, op. cit., 1979.
26. M.J. Gaffey, J.F. Bell and D.P. Cruikshank, Reflectance spectroscopy and asteroid surface mineralogy, pp.
98-127, in Asteroids II, op. cit., 1989.
27. M.-A. Combes, Note sur les EGA plantaires et comtaires, L'Astronomie, 94, pp. 131-137, 1980.
28. M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 18), Observations et Travaux, 47-48, pp. 1-13,
1996. Sur lapproche de 1996 JA1 et lhypothse Vesta, voir pp. 4 7.
29. M.-A. Combes et J. Meeus, Liste gnrale des objets Aten-Apollo-Amor, Observations et Travaux, 29, 1992.
Cette premire liste complte des NEA connus l'poque (fin 1991) comportait 215 objets avec q < 1,381 UA
dcouverts en 94 ans. Aujourd'hui on en dcouvre plus de 500 par an. Le monde des astrodes en gnral, et
celui des NEA en particulier, a totalement chang depuis l'introduction des tlescopes automatiques, notamment
LINEAR qui a dcouvert lui seul plus de 100 000 objets nouveaux en quelques annes.
30. F. Pilcher and J. Meeus, Tables of minor planets (private edition, 1973).
31. F. Gurin, Eros trouve une famille, Ciel et Espace, 330, p. 10, novembre 1997.
32. Cest la rgle immuable. Chaque fois quun NEA ou quune comte est dcouvert, on recherche
systmatiquement avec une phmride rtroactive si le nouvel objet a dj laiss sa trace sur dautres clichs
pris antrieurement dans dautres observatoires. Trs souvent cest le cas, et ainsi le calcul de lorbite dfinitive
est facilit et le processus de numrotation acclr dune manire spectaculaire. Elst-Pizarro a donc t
numrot en octobre 1997 (lanne suivant sa dcouverte) la fois sous le numro de comte 133P/Elst-Pizarro
(dsignation provisoire = 1996 N2), mais aussi sous le numro dastrode 7968 Elst-Pizarro.
33. Wilson-Harrington est considr, lui aussi, la fois comme un astrode (n 4015) et comme une comte
(numro 107P/). Cet objet a donc une double numrotation sous le mme nom.
34. On ne peut que regretter davantage lchec de la mission Clmentine 1 en 1994. Voir ce sujet la note 10 du
chapitre 5. Des clichs de Geographos auraient permis davoir une ide prcise de ce qui sest pass en tudiant
la cratrisation des diffrentes parties de cet astrode, qui a la forme dun cigare de 5,1 km dans sa longueur sur
1,8 km dans sa largeur.
35. H. Morin, Une bataille de boules de glace cosmiques divise les astrophysiciens, Le Monde, p. 14, 3 janvier
1998.
36. Z. Sekanina, A core-model for cometary nuclei and asteroids of possible cometary origin, pp. 423-428, in
Physical studies of minor planets, op. cit., 1971.
37. On calcule le diamtre moyen d (en km) avec la formule suivante : log d = C - (H/5), dans laquelle C est une
constante qui dpend du type physique et de lalbdo, et H la magnitude absolue. On utilise les constantes
suivantes : type D = 4,00 ; type C = 3,90 ou 3,80 ; type M = 3,55 ; type S = 3,50 ; type E = 3,40 et type V = 3,30.
Cette formule donne de trs bonnes approximations. Quand on ignore le type type physique, on utilise la
constante moyenne C = 3,50.
131
38. Voir la rfrence 10. Il est clair que pratiquement tout reste faire pour les NEA de moins de 2 km de
diamtre moyen.
39. Je dis actuellement, car cette distance minimale (Dm) varie constamment, la fois en fonction des
modifications des lments orbitaux caractristiques (de lexcentricit surtout, et donc de la distance prihlique
qui peut tre trs variable pour certains objets selon les poques), mais aussi de lorientation de lorbite dans
lespace.
40. Une orbite de quasi-collision ne veut pas dire obligatoirement collision prochaine, mais simplement que les
orbites de la Terre et celle de lastrode (ou de la comte) sont trs proches lune de lautre, et quil suffit de
perturbations minimes pour que ces deux orbites se croisent rellement, avec collision effective si les deux astres
se prsentent simultanment au point de croisement de leurs orbites.
41. O. de Goursac, Toutatis : une premire cartographie, LAstronomie, 110, pp. 74-75, 1996.
42. M.-A. Combes et J. Meeus, Apophis, l'astrode qui fait peur, L'Astronomie, 119, pp. 488-492, 2005.
43. Il ne faut pas trop se focaliser sur cette frquence dlimination qui nest que le rsultat et lanalyse de
statistiques qui varient sans cesse, mais il sagit dun ordre de grandeur acceptable, ou tout au moins, pour les
sceptiques, dune "ide" des chiffres quil faut connatre.
44. Ces statistiques concernent uniquement les NEA videmment, car Mars est frle par de nombreux autres
objets, dnomms Mars-crossers. Mars est une plante trs menace par les divers corps cosmiques qui
frquentent sa zone orbitale et sa colonisation future devra obligatoirement prendre en compte ce phnomne.
45. B. Booth et F. Fitch, La Terre en colre. Les cataclysmes naturels (Seuil, 1980). Titre original : Earthshock
(1979).
46. H. Kanomari, The energy released in great earthquakes, Journal of Geophysical Research, 82, 20, pp. 29812987, 1977.
47. B.F. Howell, Introduction la gophysique (Masson, 1969).
48. R. Madariaga et G. Perrier, Les tremblements de terre (Presses du CNRS, 1991).
49. Ce livre explique les problmes concernant les magnitudes et donne les formules pour relier les diverses
magnitudes les unes aux autres. J'utilise la formule donne par les auteurs (p. 195) qui relie la magnitude
lnergie : log W = 1,5 Mw + 4,8, dans laquelle W est lnergie exprime en joules et Mw la magnitude base sur
le moment sismique. Comme le disent eux-mmes les auteurs, il sagit dune nergie minimale. En effet, les
chiffres obtenus avec cette formule sont sensiblement infrieurs ceux que je donnais dans La Terre bombarde
en 1982. Peut-tre la formule devra elle tre rvalue.
50. A. Rittmann, Les volcans et leur activit (Masson, 1963). Un vieux livre trs utile pour connatre les grandes
ruptions du pass.
51. Collectif, Les volcans (Time-Life, 1996).
52. Il a t question de ce NEA unique, un monstrueux morceau de fer et de nickel d'environ 3 km de diamtre et
qui fut le cur d'un gros astrode bris par la suite, dans une de nos chroniques crites avec Jean Meeus qui
ont paru dans la revue Observations et Travaux. M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 18),
Observations et Travaux, 47-48, pp. 10-11, 1996. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'un NEA de cette taille, et
surtout mtallique, est sur une orbite de collision avec l'une des quatre plantes intrieures (actuellement Mars).
S'il devait heurter la Terre dans l'avenir (ce qui n'est pas exclu, car les orbites se modifient sensiblement au fil des
millnaires), il ne serait sans doute pas bris lors de sa traverse de l'atmosphre et provoquerait un hiver
d'impact comme notre plante n'en n'a pas connu depuis 700 000 ans.
132
CHAPITRE 7 :
LES COMTES
Un danger connu depuis la nuit des temps
Les comtes sont connues depuis la plus haute Antiquit (1/2). Elles ont toujours t considres avec crainte
par les peuples anciens et ceux du Moyen Age (3), qui les souponnaient, et peut-tre pas toujours tort, nous le
verrons au chapitre 16, d'apporter sur Terre toutes sortes de maladies et notamment la peste.
Leur intrt auprs des foules les plus ignorantes des choses de l'astronomie est toujours venu, bien sr, de leur
aspect spectaculaire et parfois effrayant. Il suffisait, en effet, aux gens de regarder le ciel nocturne avec un
minimum d'attention pour dtecter ces visiteuses indsirables, dont l'clat pouvait souvent tre compar celui
des toiles les plus brillantes.
J'ai dj parl du sujet dans la premire partie, car les comtes, bien plus encore que les astrodes qui sont une
dcouverte rcente (1801 1807 pour les quatre premiers : Crs, Pallas, Vesta et Junon), ont fait fantasmer
toutes les gnrations de scientifiques depuis plus de 2500 ans avec lmergence de la science grecque.
Aristote (384-322) a observ, encore enfant, la fameuse comte qui porte son nom. Il ne la jamais oublie.
Pline l'Ancien (23-79) a rappel lexistence de la terrible comte qui a ravag lgypte et color la mer Rouge.
Beaucoup plus tard, cest William Whiston (1667-1752) qui a fait des comtes linstrument du Dluge et de la fin
du monde venir.
A toutes les poques, les comtes ont fait peur. La comte, cest la peur du cataclysme, cest la peur dun monde
inconnu, cest la peur du monde extrieur, cest la matrialisation de la colre divine. Dans son livre sur le sujet,
Le retour de la comte, Jean-Marie Homet explique fort bien ce phnomne sociologique, quasiment obligatoire
avant l'poque scientifique, et qui a mme survcu bien aprs :
" Les inondations, la scheresse, les orages, les vents, le froid, la chaleur, la mort des
personnages illustres, cest la comte. Les incendies, les tremblements de terre, les raz de
mare, les ouragans, cest la comte. Les guerres, les dfaites, les meurtres, les crimes, les
hrsies, cest la comte. Elle annonce tout, elle informe de tout, elle est la cause de tout. Elle
est la fois la parole et la main de Dieu, courrouc par le comportement des hommes. En effet la
comte est perue comme le signe de la colre divine et une punition ncessaire. " (4)
Il faut avoir lesprit ce parti pris anti-comte (cette peur) venu du fond des ges pour bien comprendre
limportance de la dcouverte fondamentale de Edmond Halley (1656-1742) : les comtes sont des astres
priodiques comme les autres, dont on peut prvoir le retour. Ce fut une vritable rvolution pistmologique,
en 1759, quand la comte annonce par Halley rapparut dans le ciel prs de la position et dans les dlais
annoncs.
133
Progressivement, partir de ce constat sommaire, plusieurs modles ont t proposs pour rpondre aux
observations (5/6), sans jamais perdre de vue que, l comme ailleurs en astronomie, la ralit peut tre multiple
et voluer avec le temps. Ainsi un noyau "nouveau" est trs diffrent dun noyau "us" qui devient
progressivement astrodal (7) quand il a perdu la quasi-totalit de ses lments volatils.
Je vais dire quelques mots sur les principaux modles de noyaux, car selon leur configuration, leur densit et leur
composition, les consquences en cas dimpact peuvent tre diffrentes.
Le conglomrat de glaces. Cest le fameux modle de la boule de neige sale, propos par Fred Whipple
(1906-2004) en 1950. En fait, il sagirait dun mlange de glace deau, de grains de poussire de toutes tailles, de
dioxyde de carbone et dautres gaz gels, avec parfois des molcules plus complexes, comme le formaldhyde et
le cyanoactylne. Selon les spcialistes actuels, les lments volatils nexisteraient pas sous la forme de glace
pure, mais sous celle dhydrates et de clathrates (8).
Lagrgat de flocons. Cest le modle fractal, propos par Bertram Donn en 1985. Des flocons de matire
interplantaire et interstellaire sagglutinent pour former des corps de taille comtaire.
Lamoncellement de dbris primitifs. Cest le modle de lempilage progressif de blocs primordiaux et
htroclites, propos par Paul Weismann en 1986.
Le modle mixte : roches + glace colle. Cest le modle mi-roches/mi-glaces, propos par Tomas Gombosi
et Harry Houpis en 1986 (9), et qui parat le mieux rpondre la majorit des observations. Cest un agglomrat
de particules dorigines diverses, lies entre elles par un "ciment" et qui peuvent retrouver leur autonomie aprs
une fragmentation ou une dsintgration. Des parties de comtes (les roches) nont pas dactivit comtaire,
seules les parties glaces sont soumises la sublimation.
134
135
Lactivit comtaire est trs variable selon lge de la comte, ce qui parat assez logique. Les comtes neuves,
mme minuscules comme C/Sugaino-Saigusa-Fujikawa (diamtre de 800 mtres seulement), ont une activit
maximale pouvant atteindre de 40 prs de 100 % de la surface. P/Halley, comte mi-vie active, avait une
fraction active de 20 % environ son dernier passage, ce qui nest pas ngligeable. Par contre, les comtes
uses, comme P/Schwassmann-Wachmann 1 ou P/Encke, nont plus que 1 ou 2 % de surface active. Les
comtes lagonie (qui sont dj quasi astrodales), comme P/Neujmin 1, P/Tempel 2, P/Arend-Rigaux ou
C/IRAS-Araki-Alcock, ont moins de 1 % de surface active. Ces comtes sont presque des comtes mortes, ou
seulement en sommeil pour certaines, car un impact peut percer parfois la crote protectrice accumule au fil des
passages prs du Soleil et librer provisoirement un rsidu de matires volatiles. Cest ce qui est arriv
P/Elst-Pizarro en 1996, comme je l'ai expliqu au chapitre 6.
Figure 7-4. Lvolution dun noyau comtaire "tout en glace" et " noyau solide"
Dans le modle "tout en glace", la comte na pas de noyau solide et la sublimation est totale. La comte ne
survit pas. Dans le modle " noyau solide", au contraire, le noyau interne survit la sublimation des lments
volatils. Ce noyau devient un astrode comtaire. (Daprs Z. Sekanina).
La sublimation des lments volatils
Au fur et mesure quune comte se rapproche du Soleil, son noyau se rchauffe. Vers 600 MK (soit 4,0 UA), les
glaces sont sujettes la sublimation, librant par l mme une quantit variable de gaz et de poussires. Cest
ainsi que se forme progressivement la chevelure de la comte dont le diamtre peut approcher 100 000 km, et
mme plus dans certains cas.
Dans un deuxime temps, cest la queue qui se forme partir de la chevelure, une queue double, on le sait, lune
dite queue de plasma et lautre dite queue de poussires.
La sublimation des lments volatils (10) est la consquence directe du chauffage du noyau par le Soleil. Ces
lments volatils donnent dabord des molcules mres (du genre HCN, H2O, CO, CO2, CH3OH, H2CO), qui
elles-mmes se dissocient en molcules filles, qui sont des radicaux, des ions et des atomes (du genre CN, H,
OH, O, CO+, C, CO, CH, CH3O). Toute cette matire est libre dans lespace et vient enrichir la poussire
cosmique au sens large.
Quand la sublimation ne peut plus se faire (comtes mortes ou en sommeil), la comte se prsente sous la forme
dun astrode comtaire qui est le stade final avant la dsintgration, ou ventuellement limpact cosmique.
136
approches sont souvent connues avec une grande prcision (toujours avec au moins quatre dcimales) et sont
d'une fiabilit remarquable.
Le tableau 7-1 donne, par ordre chronologique, toutes les approches sres recenses moins de 0,100 UA de la
Terre, ce que l'on considre comme de fortes approches (11). On en compte seulement vingt, ce qui est vraiment
trs peu, et montre bien que les approches serres des comtes actives notre plante sont beaucoup plus
rares que celles des astrodes (astrodes comtaires inclus) qui se chiffrent, elles, par milliers par sicle. On
connat galement douze autres fortes approches possibles antrieures l'anne 1500, que je donne,
uniquement titre d'information, dans la seconde partie du tableau.
Tableau 7-1. Approches relles des comtes la Terre infrieures 0.100 UA
(classes par ordre chronologique)
1. Les 20 approches connues avec prcision
Comtes (dsignation moderne)
Date
UA
1P/ 374 E1 (Halley)
374 avril 1.9
0.0884
1P/ 607 H1 (Halley)
607 avril 19.2
0.0898
1P/ 837 F1 (Halley)
837 avril 10.5
0.0334
55P/ 1366 U1 (Tempel-Tuttle)
1366 octobre 26.4
0.0229
C/ 1556 D1 (Charles Quint)
1556 mars 13.0
0.0835
55P/ 1699 U1 (Tempel-Tuttle)
1699 octobre 27.0
0.0700
C/ 1702 H1 (La Hire)
1702 avril 20.2
0.0437
C/ 1743 C1 (Grischow)
1743 fvrier 8.9
0.0390
1760 janvier 8.2
0.0682
C/ 1760 A1 (Grande comte)
C/ 1763 S1 (Messier)
1763 septembre 23.7
0.0934
D/ 1770 L1 (Lexell)
1770 juillet 1.7
0.0151
C/ 1797 P1 (Bouvard-Herschel)
1797 aot 16.5
0.0879
3D/ 1805 V1 (Biela)
1805 dcembre 9.9
0.0366
C/ 1853 G1 (Schweizer)
1853 avril 29.1
0.0839
C/ 1862 N1 (Schmidt)
1862 juillet 4.6
0.0982
C/ 1864 N1 (Tempel)
1864 aot 8.4
0.0964
7P/ Pons-Winnecke
1927 juin 26.8
0.0394
73P/ 1930 J1 (Schwassmann-Wachmann 3)
1930 mai 31.7
0.0617
C/ 1983 H1 (IRAS-Araki-Alcock)
1983 mai 11.5
0.0312
C/ 1983 J1 (Sugano-Saigusa-Fujikawa)
1983 juin 12.8
0.0628
* les magnitudes maximales (m max) ne sont qu'approximatives
Les noms de comtes en italique sont les noms usuels mais non officiels
2. Les 12 autres approches anciennes possibles
Comtes (dsignation moderne)
Date
UA
C/ 390 Q1
390 aot 18
0.10
C/ 400 F1
400 mars 31
0.08
C/ 568 O1
568 septembre 25
0.09
C/ 1014 C1
1014 fvrier 25
0.04
C/ 1080 P1
1080 aot 5
0.06
C/ 1092 A1
1092 janvier 30
0.10
C/ 1132 T1
1132 octobre 7
0.04
C/ 1345 O1
1345 juillet 31
0.05
C/ 1351 W1
1351 novembre 29
0.05
C/ 1471 Y1
1472 janvier 23
0.07
X/ 1491 B1
1491 fvrier 20
0.01
C/ 1499 Q1
1499 aot 17
0.06
MK
13.22
13.43
5.00
3.43
12.49
10.47
6.54
5.83
10.20
13.97
2.26
13.15
5.48
12.55
14.69
14.42
5.89
9.23
4.52
9.39
m max*
-3
-2
-3.5
2
-1
4
-1.3
1.3
1.6
4.4
-1.3
3.5
0.2
0.3
4.4
4.5
3.5
5.0
1.7
6.0
MK
15.0
12.0
13.5
6.0
9.0
15.0
6.0
7.5
7.5
10.5
1.5
9.0
Obs.
3
4
3
4
3
3
3
3
3
3
Le tableau 7-1 est trs instructif et mrite quelques commentaires d'ordre gnral. Il y a lieu d'abord d'insister sur
la raret de ces fortes approches. On en connat six au XVIIIe sicle, quatre au XIXe et quatre au XXe, en dpit
d'une multitude de dcouvertes. Elles peuvent se produire n'importe quand : aucune entre 1930 et 1983 et deux
coup sur coup en mai et juin 1983. Elles ne concernent pas forcment des objets trs brillants, ainsi les
magnitudes absolues ont vari entre -3,5 (P/Halley en 837) et 6,0 (C/Sugano-Saigusa-Fujikawa en 1983). Seules
P/Halley et P/Tempel-Tuttle figurent plus d'une reprise (respectivement trois et deux fois). Le record des
approches est dj vieux de plus de deux sicles (D/Lexell en 1770).
137
approche seulement 0,0151 UA (2,26 MK) le 1er juillet 1770 et eut une magnitude ngative (-1,3). La
figure 7-2 explique l'histoire complexe de cette comte qui a donn bien du fil retordre aux calculateurs de
l'poque. Elle n'est plus accessible actuellement, du fait d'un prihlie proche de Jupiter, mais elle sera peut-tre
de nouveau observable dans le futur.
139
le 26 juin 1927, 0,0394 UA (5,89 MK), tout en restant cette occasion relativement peu brillante (m = 3,5)
(figure 7-8).
140
Plusieurs de ces comtes longue priode seront captures par les grosses plantes dans l'avenir (surtout par
Jupiter) l'occasion d'approches futures dans le Systme solaire intrieur. Elles verront donc leur priode
diminuer, et leur orbite (quasi) parabolique se transformer progressivement en orbite elliptique moyenne, puis
courte priode.
Comtes courte priode et astrodes comtaires
Les comtes courte priode perdent continuellement de leur matire. De ce fait, elles deviennent rapidement
l'chelle astronomique, et d'autant plus vite que leur priode de rvolution et leur distance prihlique sont faibles
et leur diamtre petit (formule de pik (16)), des objets astrodaux : des astrodes comtaires. Sauf celles,
naturellement, qui disparaissent par dsintgration comme D/Biela, qui n'a pas survcu une premire
fragmentation simple, ou par miettement progressif du fait d'un noyau "solide" faible cohsion, consquence
d'une configuration structurale de mauvaise qualit.
Quand on parle de comtes, il faut donc bien prendre en compte deux pisodes successifs de leur vie, d'abord
une phase active, ensuite une phase astrodale. Ces astrodes comtaires continuent d'avoir de fortes
approches la Terre (et aux autres plantes), en nombre beaucoup plus important que durant leur courte vie de
comte active. On sait en effet depuis longtemps que la phase inactive finale peut tre 1000 fois plus longue que
la phase active initiale.
La liste des objets Aten-Apollo-Amor contenait plus de 700 objets fin 1998 et plus de 4300 en novembre 2006.
Parmi ceux-ci, un nombre trs significatif (le pourcentage de 25 % donn depuis les annes 1970 parat tre un
minimum aujourd'hui qui sera peut-tre largement dpass) concerne des astrodes comtaires. De tels objets
peuvent parfois tre reprs, de trois manires : 1/ par leurs lments orbitaux (excentricit et/ou inclinaison
comtaire) ; 2/ par leur association avec des familles de mtores ; 3/ par leur type physique particulier (D ou C
notamment).
Ainsi on connat des objets trs courte priode (y compris parmi le type Aten dont la priode de rvolution est
infrieure 1 an) qui sont probablement d'anciennes comtes et qui continuent de frler la Terre plus ou moins
pisodiquement. On voit bien qu'en fait la distinction entre astrodes et comtes ne se justifie que par certains
points incontestables (origine, apparence comtaire, constitution physique...), mais une fois le dgazage termin,
les choses deviennent moins videntes. Le problme des approches est un de ces dilemmes. Doit-on considrer
les approches des astrodes comtaires comme des approches d'astrodes ou comme des approches de
comtes ? La rponse n'est pas forcment vidente pour les spcialistes, car ils savent bien que l'impactisme
comtaire et l'impactisme astrodal ont des consquences diffrentes, du fait de la composition des divers objets.
Un astrode ferreux ou rocheux n'a pas les mmes caractristiques qu'une simple boule de glace ou qu'un
pseudo-noyau de particules htroclites plus ou moins bien agglomres.
141
l'une ou l'autre des plantes voisines, et participer leur manire, diffrente de celle des astrodes authentiques,
l'impactisme plantaire.
142
143
144
145
Je vais donner maintenant quelques renseignements sur deux centaures particulirement intressants :
Damocles et Chiron, qui sont assez reprsentatifs, puisque originaires chacun d'un des deux rservoirs de
comtes.
Il est devenu le prototype des "objets venus d'ailleurs" qui peuvent devenir dangereux long terme pour la Terre
(et les autres plantes intrieures) dont on souponnait depuis longtemps l'inclusion possible dans le Systme
solaire proche, mais dont on attendait avec impatience le premier exemplaire. Bien qu'il soit lun des plus petits
"astrodes" extrieurs actuellement connus, son diamtre est de l'ordre de 15 km (H = 13,3, type physique D
probable), ce qui fera de lui le plus gros des objets Apollo, dont le diamtre n'atteint qu'exceptionnellement 10 km.
Avec une vitesse au prihlie qui sera de l'ordre de 40 km/s, il pourrait devenir long terme un objet dangereux
pour la Terre et la vie qu'elle abrite. Mais nous n'en sommes pas encore l !
Damocles a permis de montrer aux astronomes, mais aussi aux autres scientifiques concerns, l'un des
mcanismes d'introduction (et de renouvellement permanent, inluctable l'chelle astronomique) d'anciennes
comtes longue priode dans le Systme solaire intrieur. Ce mcanisme comporte quatre tapes principales :
1. perturbations stellaires qui les chassent du nuage de Oort et en prcipitent certaines dans le Systme solaire
intrieur ;
2. capture de l'une d'entre elles par l'une des grosses plantes (Jupiter principalement, mais aussi Saturne,
Uranus et Neptune) sur une orbite chaotique courte ou moyenne priode ;
3. volution de cette orbite, avec paralllement diminution progressive, puis disparition totale des lments
volatils, et possibilit d'approches serres aux plantes ;
4. impact possible sur une plante avec ventuellement formation de cratre et consquences sur la vie s'il s'agit
de la Terre.
Cet enchanement d'vnements explicite fort bien les "morts en masse" mises en vidence par les spcialistes
des sciences de la vie, et symbolises par la mort des dinosaures, il y a 65 millions d'annes, dont il sera
question au chapitre 12. Damocles permet de montrer une bonne fois pour toutes que ce mcanisme de capture
n'est pas une "vue de l'esprit", et surtout de rappeler que si les comtes et les astrodes "dangereux" n'existent
pas forcment actuellement (et certaines poques en gnral), ils peuvent tre introduits pisodiquement (et
non pas cycliquement) dans le Systme solaire intrieur la suite de perturbations stellaires.
Chiron
Cet objet est le prototype des centaures. Il a t dcouvert en 1977 Palomar par Charles Kowal (21) et
logiquement catalogu comme un astrode, puisqu'il s'tait jusqu'alors toujours montr ponctuel. En effet, on l'a
retrouv sur plusieurs plaques photographiques prises antrieurement, la plus ancienne remontant 1895. Ce
n'est que bien plus tard, en 1988, que l'on commena souponner une activit comtaire, lie un sursaut
anormal de magnitude (son clat doubla quasiment) en relation avec le rapprochement de Chiron vers son
prihlie. Apparemment, le lger rchauffement de la surface a t suffisant pour "rveiller" la grosse boule de
glace et de roches en lthargie sur la plus grande partie de son parcours, et il a bien fallu (re)considrer Chiron
comme une comte.
Cet objet circule sur une orbite instable avec a = 13,74 UA, e = 0,38 et i = 6,9. Sa priode est donc de 51 ans. Il
vient au prihlie 8,54 UA (la dernire fois en fvrier 1996). Tous les calculs montrent que l'orbite est chaotique
et donc obligatoirement rcente. Il a dcroch d'une orbite stable dans la ceinture de Kuiper la suite de
perturbations exceptionnelles, pour suivre provisoirement une orbite de type centaure comme actuellement.
Chiron est le premier spcimen d'une nouvelle population d'objets, beaucoup plus gros que les comtes normales,
et la fois comte et astrode (22) . Des observations dans l'infrarouge ont montr qu'il s'agit d'un objet de
forme grossirement sphrique, mais qui prsente quand mme des variations rgulires de 9 % dans sa courbe
de lumire, avec une priode de rotation de 5,92 heures et un albdo de l'ordre de 0,10, le double de ceux des
objets de type C. Un tel albdo suggre que Chiron est probablement constitu en surface d'un mlange de
roches, de poussires, de gaz gels et aussi de glace. C'est celle-ci qui se sublime et qui provoque les sursauts
d'clat observs. La prsence d'une lgre chevelure de glace et de poussires prouve qu'un mcanisme, que
l'on suppose tre d principalement la sublimation, jecte de la surface de Chiron ses composants les plus
volatils. On a not entre autres la prsence de cyanogne (CN) dans cette chevelure.
Le diamtre de Chiron n'est pas encore connu avec prcision. Il a H = 6,0, mais comme son albdo est nettement
plus lev que celui des objets de type C et D, ce diamtre pourrait tre de l'ordre de 200 km. Ce n'est pas un
diamtre de comte classique, telle qu'on la concevait jusqu'alors, qui sauf rares exceptions, ne dpasse pas
50 km. En fait, toutes les comtes priodiques ont plutt des diamtres de l'ordre de 5 ou 10 km, souvent moins
mme.
147
Chiron fut le premier centaure repr, mais on en connat dj de nombreux autres, tels Pholus et Nessus. Le
XXIe sicle permettra d'en dcouvrir des centaines d'autres.
148
On doit l'astronome allemand Heinrich Kreutz (1854-1907) d'avoir montr que les quatre comtes des annes
1880 avaient des orbites similaires et qu'elles descendaient directement de la comte de 1106, elle-mme
fragment de la comte d'Aristote son 4e passage prs du Soleil. Cette comte de 1106 avait P = 370 ans
environ et a = 51,5 UA environ, donc un demi-grand axe l'intrieur de la ceinture de Kuiper (bien qu'elle n'en
soit pas originaire). C'est lui qui donna son nom ce groupe de comtes, vritables Sun-grazers : le groupe de
Kreutz. Il convient de noter que ce groupe est en fait une vritable famille, puisque tous ses membres ont un
progniteur commun. Kreutz identifia galement les comtes de 1668 et de 1695 comme faisant partie de ce
groupe. A la fin du XIXe sicle, on connaissait donc neuf membres du groupe de Kreutz, fragments de la comte
d'Aristote.
Au cours du XXe sicle, de nombreux nouveaux membres du groupe ont t identifis (25), comtes du Toit
(1945 VII), Pereyra (1963 V), la fameuse comte Ikeya-Seki (1965 VIII) qui atteignit la magnitude -10 et WhiteOrtiz-Bolelli (1970 VI), toutes sur des orbites similaires facilement identifiables. De plus, entre 1979 et 1984, six
comtes non observes de la Terre furent enregistres par le satellite Solwind, faisant partie de la mme famille.
Toutes heurtrent le Soleil qui rcupre souvent une petite partie du monde dont il a la charge.
La gnalogie complte de cette grande famille de comtes a t recherche par Brian Marsden, le spcialiste
bien connu du calcul des orbites et auteur du catalogue gnral des comtes. Il a montr que les comtes du
groupe de Kreutz se rangent aujourd'hui en deux sous-groupes principaux. Il apparat clairement que le
progniteur de tous ces rsidus comtaires est bien la comte de -371, et que la majorit des fragments connus
sont directement issus de la comte de 1106. Celle-ci s'est fragmente depuis en plusieurs morceaux de tailles
ingales, certains de ceux-ci s'tant eux-mmes fragments leur tour. Marsden a montr que les comtes de
1843, 1880, 1882 I et 1887 qui se sont succd en moins d'un demi-sicle sont des fragments de la comte
fantme (non observe mais bien relle) de 1487, qui s'est scinde en au moins quatre gros blocs, notamment la
Grande comte de Septembre 1882 qui a atteint la magnitude -15 et qui tait encore elle-mme une comte d'un
diamtre apprciable.
La comte 1882 II s'est scinde en quatre fragments, celle de 1965 (Ikeya-Seki) en trois fragments. On assiste
donc un vritable miettement progressif. Certains fragments reviendront encore prs du Soleil, d'autres l'ont
dj heurt et n'existent plus, d'autres encore se sont littralement dsintgrs et sont redevenus poussire
cosmique. L'exemple du groupe de Kreutz est extrmement instructif et montre clairement la ralit et
l'importance de ce problme de fragmentation et d'miettement et celui des comtes apparentes, c'est--dire
issues d'un progniteur unique, parfois d'un gros diamtre comme c'tait obligatoirement le cas pour la comte
d'Aristote.
D'o venait-elle : nuage de Oort ou ceinture de Kuiper ? Probablement du nuage de Oort, compte tenu de
l'inclinaison rtrograde de 145 (180 - 145 = 35). Elle semble, ds le dbut, avoir d subir une fragmentation du
fait d'une cohsion physique insuffisante des glaces et des poussires la composant. La comte d'Aristote et ses
innombrables dbris sont uniquement composs de matire fragile et elle s'est quasiment dsintgre en moins
de 2500 ans et quelques passages proximit du Soleil. Il est quasiment certain que d'ici quelques millnaires, il
ne restera rien de la fameuse comte d'Aristote. Tout redevient poussire, parfois une vitesse acclre pour
les comtes, surtout si elles viennent frler le Soleil.
La fragmentation du centaure Hephaistos
Je vais tudier maintenant un autre cas de fragmentation, mais trs diffrent de celui que nous venons de voir qui
concernait une comte de glace venant du nuage de Oort. Hephaistos, lui, tait un objet de plusieurs dizaines de
kilomtres de diamtre au minimum, issu de la ceinture de Kuiper, la fois comte et astrode, qui a
certainement subi l'tape centaure, une tape intermdiaire et trs provisoire de quelques millions d'annes tout
au plus, avant de venir se faire piger dans le Systme solaire intrieur o ses jours en tant qu'objet unique
taient compts. Ce n'est qu' partir du dbut des annes 1990 qu'on a pu saisir les diverses tapes de la vie de
tels objets.
Le tableau 7-2 comprend les objets (avec e > 0,70 (27)) connus ou souponns tre des fragments et rsidus de
ce progniteur dont la capture ne peut excder quelques millions d'annes et la fragmentation initiale quelques
centaines de milliers d'annes, c'est--dire une dure insignifiante l'chelle astronomique. L'miettement se
poursuit encore de nos jours et entrane une dispersion des lments orbitaux, notamment les valeurs des
nuds ascendants, des arguments et longitudes des prihlies qui s'cartent les uns des autres une vitesse de
4 par millnaire (1 tous les 250 ans en moyenne) et qui finiront par prendre toutes les valeurs possibles entre
0 et 360.
Lexistence de deux groupes principaux apparat clairement lexamen du tableau 7-2. Ils sont issus dune
rupture globale rcente, mais on peut aussi mettre en vidence des dislocations ultrieures (lmiettement
permanent). On peut ainsi "reconstituer" des objets intermdiaires qui existaient encore il y a quelques dizaines
de milliers d'annes et mme quelques milliers d'annes pour certains d'entre eux, c'est--dire quelques petites
"secondes" l'chelle astronomique.
150
a
e
q
Q
i
H
GROUPES
Mercure Vnus Terre
1995 CS 1.900 0.769 0.439 3.361 2.6
25.0
0.105
0.038 0.001
28
2101
Adonis 1.874 0.765 0.441 3.307 1.4
18.7
0.114
0.014 0.012
33
1996 FR3 2.166 0.796 0.443 3.889 8.3
16.7
0.134
0.025 0.093
64
1998 FW4 2.498 0.728 0.678 4.317 3.6
19.0
0.371
0.020 0.001
79
1997 GL3 2.287 0.785 0.493 4.081 6.7
20.0
0.199
0.025 0.002
97
1995 FF 2.344 0.713 0.673 4.016 0.7
26.5
0.360
0.007 0.002 109
13 objets / dispersion : 67 (122-189) 17 000 ans
ENCKE
1996 SK 2.428 0.796 0.495 4.361 2.0
17.2
0.177
0.008 0.003 122
4197
1982 TA 2.298 0.773 0.522 4.074 12.2 14.5
0.184
0.054 0.084 129
1991 TB2 2.397 0.836 0.394 4.401 8.6
17.0
0.085
0.126 0.124 132
5025 P-L 2.255 0.723 0.625 3.978 3.4
16.9
0.284
0.030 0.051 137
1993 KA2 2.227 0.775 0.502 3.953 3.2
29.0
0.167
0.000 0.000 141
1998 QS52 2.200 0.859 0.311 4.090 17.7 14.2
0.078
0.058 0.012 143
6063
Jason
2.216 0.764 0.522 3.909 4.8
15.1
0.171
0.015 0.073 147
comte P/Encke
2.209 0.850 0.331 4.087 11.9
0.022
0.140 0.175 161
1998 VD31 2.651 0.803 0.523 4.780 10.2 19.4
0.147
0.022 0.059 161
1997 VM4 2.620 0.813 0.490 4.750 14.1 18.0
0.103
0.062 0.109 170
2201
Oljato
2.176 0.711 0.630 3.723 2.5
15.3
0.237
0.007 0.001 173
5143
Heracles 1.834 0.771 0.419 3.248 9.2
13.9
0.087
0.063 0.064 177
8201
1994 AH2 2.526 0.711 0.729 4.322 9.6
16.5
0.316
0.009 0.108 189
5 objets / dispersion : 40 (215-255) 10 000 ans
HEPHAISTOS
1995 YR1 1.700 0.827 0.294 3.105 3.6
20.5
0.023
0.009 0.016 216
1991 AQ 2.221 0.777 0.495 3.947 3.2
17.0
0.046
0.001 0.020 223
2212
Hephaistos 2.168 0.834 0.362 3.975 11.8 13.9
0.007
0.080 0.125 237
1990 SM 2.125 0.771 0.486 3.764 11.5 16.5
0.103
0.029 0.021 244
comte
2.665 0.848 0.406 4.925 7.9
0.013
0.056 0.129 255
1998 SJ70 2.236 0.705 0.659 3.812 7.4
18.5
0.195
0.057 0.034 268
1998 FR11 2.800 0.710 0.812 4.788 6.6
16.5
0.369
0.101 0.065 288
1995 EK1 2.265 0.776 0.507 4.022 8.8
18.0
0.059
0.056 0.050 292
1983 LC 2.632 0.709 0.765 4.498 1.5
19.0
0.383
0.057 0.024 345
1994 XD 2.359 0.729 0.639 4.080 4.3
19.0
0.256
0.008 0.019 345
est la longitude du prihlie (argument du prihlie + longitude du nud ascendant = )
De nombreux autres objets ont e compris entre 0.60 et 0.70 et i compris entre 0 et 12
et peuvent tre des membres de la famille HEPHAISTOS
Approches Mercure Fortes approches (TFAP + FAP) : 9 (5 + 4)
Approches Vnus
Fortes approches (TFAP + FAP) : 26 (17 + 9)
Approches la Terre Fortes approches (TFAP + FAP) : 23 (15 + 8)
Ce n'est que dans le courant des annes 1980 que les astronomes ont compris que des objets qui paraissaient
diffrents comme P/Encke et Oljato ne formaient en fait qu'un seul objet il y a seulement 9500 ans, c'est--dire
vers -7500 (figure 7-6). Ds 1978, Lubor Kresk (1927-1994) avait envisag une parent entre P/Encke et l'objet
de la Toungouska qui a heurt la Terre le 30 juin 1908. En octobre 1978, peu de temps aprs sa dcouverte par
Ludmila Chernykh, l'astrode 1978 SB (baptis par la suite Hephaistos) attira l'attention des spcialistes du fait
d'lments orbitaux caractristiques (a, e et i ) identiques pratiquement ceux de P/Encke, mais tout de suite se
posa le problme des diamtres. En 1980, sur ce point trs important qui a fait douter les spcialistes sur l'origine
commune aujourd'hui quasiment admise par tous, j'crivais ceci :
" Cette ressemblance frappante des lments orbitaux a fait mettre l'hypothse, par certains
astronomes, que les deux objets seraient deux fragments d'une ancienne comte brise lors d'un
passage prs du Soleil. Mais cela est plus que douteux pour la raison suivante : il se trouve que
le g de 1978 SB est relativement lev (15,2), ce qui correspond un diamtre voisin de 7,2 km
pour un astrode comtaire. Au contraire, le noyau solide (non sublimable) de P/ Encke est
probablement infrieur 1,5 km de diamtre. En bonne logique, P/Encke aurait d brler ses
derniers lments volatils au moins 2000 ou 3000 ans avant 1978 SB et devenir un astrode
avant lui. Or, c'est l'inverse que l'on observe, puisque P/Encke est encore une comte active pour
100 ou 200 ans, alors que 1978 SB ne prsente aucune activit comtaire suspecte et n'est plus
151
sujet aux forces non gravitationnelles qui sont caractristiques des comtes dont le noyau est
encore actif. Il est pratiquement certain que 1978 SB a t inject dans le Systme solaire proche
longtemps avant P/Encke, et donc l'hypothse d'une origine commune pour ces deux objets est
fausse. La similitude des deux orbites, bien que trs frappante, est un argument tout fait
insuffisant pour conclure la fragmentation d'un objet unique. " (28)
Comme quoi la "vrit" d'un jour n'est pas forcment celle du lendemain ! Aujourd'hui, au contraire, la parent
troite entre ces deux objets ne fait plus gure de doute. Reste rsoudre la question : pourquoi P/Encke est-elle
encore une comte active et Hephaistos dj un astrode comtaire ? Il est obligatoire de trouver une solution
satisfaisante ce problme. Les spcialistes dans leur majorit (29) optent maintenant pour l'ide suivante : le
fragment P/Encke qui a prserv certains lments volatils a t en sommeil durant plusieurs millnaires et n'est
de nouveau actif que depuis peu de temps. Il ne se serait "rveill" que quelques dizaines d'annes avant sa
dcouverte au XVIIIe sicle. Il parat impossible en effet qu'il ait t actif en permanence depuis l'Antiquit.
Dcouvert seulement dans les annes 2100, P/Encke aurait t catalogue directement comme un astrode
comme l'est son frre jumeau Oljato, qui a peut-tre lui aussi eu des sursauts comtaires durant les sicles
passs, mais qui semble aujourd'hui dfinitivement "teint" et priv de toute matire encore susceptible de se
sublimer et donc de prsenter un caractre comtaire.
La famille Hephaistos
Une famille mi-comtaire/mi-plantaire
Revenons au tableau 7-2 qui est appel grossir sans cesse ces prochaines annes, puisqu'on dcouvre des
nouveaux membres rgulirement. Un seul de ses composants est une comte active : P/Encke. D/Helfenzrieder
n'est connue que d'aprs son passage de 1766 et qu'elle n'existe plus (tout au moins en tant que comte active).
Son appartenance relle la famille Hephaistos n'est d'ailleurs pas prouve, elle est seulement possible.
152
Tous les autres objets recenss le sont comme astrodes puisqu'ils n'ont plus actuellement d'activit comtaire
perceptible. La plupart sont des astrodes comtaires, c'est--dire qu'ils ont t actifs une certaine priode de
leur vie d'astres indpendants. Quelques-uns, par contre, n'ont peut-tre jamais eu d'activit comtaire et sont de
vrais astrodes. C'est le paradoxe de ces gros objets venus de la ceinture de Kuiper qui ont une composition
htrogne et qui sont la fois des comtes et des astrodes (figure 7-6). Certaines parties sont composes de
glace, capables aprs fragmentation de se sublimer et de prsenter provisoirement une activit de type comtaire,
d'autres parties sont rocheuses et donc astrodales. On retrouve donc cette double composition dans les dbris.
Hephaistos est une famille mixte, mi-comtaire et mi-plantaire.
153
Cela montre bien que le centaure progniteur de la famille Hephaistos tait un gros objet, de plusieurs dizaines
de kilomtres de diamtre au minimum, mais qui pouvait peut-tre atteindre ou dpasser en fait 100 km, comme
c'est le cas pour Chiron, Pholus et quasiment tous les objets connus de la ceinture de Kuiper. Cette ralit
incroyable a t une rvlation pour tous ceux qui se sont penchs sur la menace relle que prsentent les
astrodes et les comtes pour la Terre et l'humanit qu'elle abrite. Plusieurs fois par million d'annes, des
nouveaux objets sont transfrs dans le Systme solaire intrieur et leurs fragments ultrieurs renouvellent le
stock des objets susceptibles de heurter une des plantes ou l'un de leurs satellites dans les quelques millions
d'annes qui suivent ce transfert.
Une fragmentation obligatoirement rcente
La question que l'on se pose est celle-ci : " Depuis quand a commenc la fragmentation de Hephaistos ? " Et
une autre vient immdiatement aprs : " Peut-on dater approximativement la fragmentation des diffrents objets
actuellement recenss ? " Bien sr, il est exclu de rpondre avec prcision ces deux questions puisqu'on ignore
les perturbations gravitationnelles et aussi non gravitationnelles qu'ils ont subi, mais on peut avoir un ordre de
grandeur intressant. Celui-ci se chiffre seulement en dizaines de milliers d'annes pour la premire question, et
en milliers d'annes pour les fragmentations les plus rcentes, comme nous allons le voir.
On ne sait pas quand Hephaistos a t dfinitivement inject dans le Systme solaire intrieur, suite des
perturbations catastrophiques dues l'une des quatre grosses plantes externes (Neptune, Uranus, Saturne ou
Jupiter). Cet vnement peut remonter plus de 100 000 ans. Mais le dbut de la fragmentation a pu tre
sensiblement plus tardif et remonter seulement quelques dizaines de milliers d'annes. On pense quelle doit
tre lie une trs forte approche lune des trois plantes intrieures : Mercure, Vnus ou mme la Terre. En
tout cas, il sagit dun vnement trs rcent lchelle astronomique.
Un dtail intrigue les astronomes : de nombreux fragments peuvent s'approcher trs prs de Mercure (c'est
encore le cas de P/Encke et surtout de Hephaistos notamment), ce qui est assez rare quand mme en gnral
pour les astrodes et les comtes. Cela a-t-il un rapport possible avec la fracture initiale ou est-ce pure
concidence ? En rgle gnrale, les astronomes n'aiment pas trop les concidences, surtout si elles se rptent
de faon anormale. Se pourrait-il que ce soit une approche rasante Mercure qui ait fait exploser Hephaistos et,
en acclrant fortement son mouvement, diminuer d'une manire drastique la priode de rvolution qui est
anormalement faible pour une comte, puisque l'aphlie de P/Encke et celui des autres fragments devenus
astrodaux sont largement infrieurs au demi-grand axe de Jupiter. On sait que les comtes de la famille de
Jupiter ont quasiment toutes leur aphlie l'extrieur de l'orbite de la plante gante. Il s'est donc pass pour
Hephaistos un vnement unique (non encore identifi) qui a permis une rduction trs importante des valeurs
de l'aphlie et du demi-grand axe. Par contre, le prihlie n'aurait pas beaucoup volu. Ce dtail laisse penser
que le cataclysme responsable a eu lieu prs du Soleil.
Une dispersion des lments inexorable
On considre qu'en moyenne la dispersion des longitudes du prihlie s'effectue raison de 4 par millnaire,
soit en gros 1 tous les 250 ans. Donc, pour les 360 de la sphre cleste, le processus complet demande
environ 90 000 ans, pour 180 45 000 ans, et pour 90 22 500 ans. Quand on compare entre eux les chiffres du
tableau 7-2, on a donc une premire indication sur les fractures successives des diffrents fragments. Certains
groupements serrs (moins de 20) pourraient signifier une rupture datant de 5000 ans seulement. Les calculs
ont montr que P/Encke et Oljato dont les prihlies diffrent de seulement 12 formaient encore un seul astre il y
a 9500 ans (soit vers -7500). Mais la dispersion des autres lments orbitaux montre que leur histoire ultrieure
(surtout celle d'Oljato d'ailleurs) a t trs agite, et que Jupiter y a jou un rle prpondrant.
En rgle gnrale, l'esprance de vie de tous ces fragments est trs faible. Vont-ils heurter une des quatre
plantes intrieures, tre expulss ou s'mietter encore ? Je montrerai au chapitre 19 que certains fragments ont
dj probablement heurt la Terre durant la protohistoire et l'Antiquit.
Deux groupes principaux
De l'examen attentif du tableau 7-2, il ressort plusieurs choses importantes signaler. Dabord et surtout, il existe
deux groupes principaux : Encke et Hephaistos.
Hephaistos est un groupe contenant 5 membres retenus avec compris entre 216 et 255, soit une dispersion
de 39. Celle-ci, la vitesse moyenne de 4 par millnaire, a pu s'effectuer en 10 000 ans seulement. Hephaistos
est le fragment majeur. Ce groupe contient aussi plusieurs autres objets importants non retenus ici (car ils ont
e < 0,70), comme 1990 TG1 et Mithra.
154
Encke est le groupe principal qui comprend 13 objets retenus avec compris entre 122 et 189, soit une
dispersion de 67 qui a pu s'accomplir en 17 000 ans. Il a t victime de multiples fragmentations plus rcentes.
Notamment, trois objets : P/Encke, Oljato et Heracles ont leurs regroups en 16, dispersion correspondant
une priode de 4000 ans seulement. Le fragment majeur de ce groupe est Heracles. 1982 TA, Jason et Oljato
sont galement des fragments importants. A noter, paralllement, l'existence dun fragment minuscule, 1993 KA2,
qui ne dpasse pas 10 mtres de diamtre moyen, mais qui a pu tre identifi lors dune trs forte approche la
Terre (30).
Dautres NEA sont isols et nappartiennent pas lun des deux groupes actuellement recenss, mais au fur et
mesure que lon dcouvrira de nouveaux membres de la famille, on pourra probablement mettre en vidence des
parents encore plus rcentes. Ainsi, on sait dj quAdonis et 1995 CS sont deux fragments dun seul NEA
cass il y a moins de 2000 ans (31). Ils sont associs un essaim mtorique issu galement de cette
fragmentation.
Il est important de noter l'existence de nombreux objets de taille hectomtrique et dcamtrique parmi les
fragments dj identifis de Hephaistos. Cela signifie videmment que des milliers d'autres fragments
minuscules restent dcouvrir, vritable mitraille cosmique issue de fragmentations successives, et aussi d'un
miettement qui se poursuivra encore pendant plusieurs milliers ou mme dizaines de milliers d'annes, partir
du moment o le progniteur de base n'tait pas uniquement form de glace, mais aussi de roches plus
rsistantes. Cette mitraille existe encore, principalement sous forme microscopique mais pas uniquement, dans
les diffrents essaims associs aux dbris des principaux fragments, notamment dans le Complexe des Taurides
associ, lui, directement P/Encke.
Des approches suspectes aux plantes
Autres renseignements intressants donns par le tableau 7-2, les distances minimales des diffrents objets aux
orbites de Mercure, Vnus et la Terre. On voit clairement que les trois plantes sont frles par de nombreux
fragments de Hephaistos, mme Mercure. Globalement, Mercure est frle par 9 objets (sur 29), Vnus par 26
et la Terre par 23. Cest beaucoup. Individuellement, il faut savoir que 1993 KA2 (objet de 10 mtres) est sur une
orbite de quasi-collision (Dm < 0,0005 UA) avec Vnus et la Terre et quOljato, 1995 CS et 1998 FW4 ont
Dm = 0,001 UA la Terre, cest--dire une approche possible de l'ordre de 150 000 km, quasiment un cheveu
l'chelle astronomique, puisque la moindre perturbation peut les amener sur une authentique orbite de collision.
Comme nous lavons dj signal, Hephaistos frle lorbite de Mercure (Dm = 0,007 UA) et P/Encke a galement
une TFAP (0,022 UA) la premire plante, suspecte davoir t responsable de la capture initiale du
progniteur de la famille.
Certaines collisions futures paraissent d'ores et dj invitables moyen terme, poursuite d'un processus qui
existe en fait depuis quelques milliers d'annes, et appel se poursuivre encore sur peut-tre plusieurs
centaines de milliers dannes. Lmiettement pourrait en tre seulement une phase intermdiaire, puisque de
nombreux fragments connus et dcouvrir sont incontestablement de taille kilomtrique. Avant que tous ces
fragments soient redevenus poussires, il y aura encore de nombreux impacts et une infinit de mtores
associs aux divers courants mtoriques lis aux rsidus de Hephaistos, notamment le fameux Complexe des
Taurides qui est associ directement P/Encke.
Il faut bien ladmettre, les astronomes britanniques Victor Clube et Bill Napier ont lev un livre fantastique avec
leur hypothse dune comte gante clate dans l'environnement immdiat de la Terre. Cest probablement la
ralit, mais une ralit difficile cerner et qui ne se laisse apprhender que pice par pice.
155
catgories de glaces qu'elle renferme. A 6,5 UA, l'oxyde de carbone (CO) et le cyanogne (CN) se sublimaient
dj en gaz. Vers 5,0 UA, l'eau se transforma massivement en vapeur. Les astronomes purent observer la
dissociation des molcules d'eau (H2O) de la chevelure en radicaux OH et en atomes d'hydrogne, la suite de
leur cassure due au rayonnement ultraviolet du Soleil. Fin septembre 1995, Hale-Bopp fut le sige d'un important
sursaut de dgazage, interprt d'abord comme l'jection d'une partie de la crote qui recouvre le noyau, puis
comme un jet particulirement puissant mis par l'une des zones actives de la comte. L'tude de ce jet sur une
priode de plusieurs mois a permis de calculer avec prcision la priode de rotation du noyau qui est de
11 heures et demie.
156
Saturne, Uranus et Neptune) et mme, mais dans une proportion moindre, la formation de l'atmosphre
terrestre, avec toutes les consquences que cela implique au niveau de la vie comme nous le verrons au chapitre
14.
Hale-Bopp est une comte originaire du nuage de Oort, comme l'indique clairement son inclinaison, quasiment
perpendiculaire au plan de l'cliptique (i = 89,4). Mais elle a dj effectu plusieurs passages prs du Soleil, et
ce n'est donc pas une comte neuve (ce terme est rserv pour les objets qui viennent pour la premire fois dans
le Systme solaire intrieur). Au cours des dernires dizaines de milliers d'annes, son orbite a t
progressivement raccourcie par les perturbations gravitationnelles des grosses plantes. En avril 1996, la comte
s'est approche 0,77 UA de Jupiter, ce qui a encore trs srieusement raccourci sa priode, puisque celle-ci est
passe de 4200 ans 2540 ans. En un seul passage elle a perdu 1660 ans, ce qui est norme.
Le message transmis par Hale-Bopp aux humains a t primordial pour l'amlioration de nos connaissances.
Comme quoi l'avancement de ces connaissances, traques sans relche par des milliers de chercheurs, peut
tre acclr pisodiquement par la venue dans la banlieue solaire d'objets exceptionnels. Dj les astronomes
attendent avec impatience la prochaine grande comte qui enrichira encore la banque des donnes comtaires et
qui permettra un nouveau bond en avant.
Par contre, pour lapproche de 1992, pour laquelle la comte ne sapprochait pas moins de 1,1 UA de la Terre,
les spcialistes, pourtant beaucoup mieux quips que leurs prdcesseurs du sicle dernier, nont dcel que
deux jets : un fort, trs spectaculaire et un faible (36).
De nombreuses observations ont confirm que les noyaux comtaires sont des corps trs htrognes dans
lesquels des rgions trs sombres (albdo 0,02 0,05) ctoient des zones plus brillantes et actives, appeles
parfois plages, souvent trs petites, do sont mis dune faon irrgulire des gaz et des poussires. Les zones
sombres, elles, ne sont jamais actives.
On comprend beaucoup mieux maintenant le principe des comtes en sommeil : les gaz et les poussires ne
peuvent schapper que des plages actives, ceux existant sous les rgions sombres, protgs par une crote
(dabord peu paisse mais qui peut devenir progressivement une vritable carapace) de silicates, peuvent rester
bloqus des milliers dannes. Cest ce qui a d se produire pour P/Encke, redevenue active il y a quelques
sicles seulement, probablement la suite dun impact dans lespace.
Les forces non gravitationnelles sont galement mieux comprises. On sait qu long terme elles sont
obligatoirement phmres, mais on sait aussi qu court terme elles sont pisodiques, cessant ds que la
comte sloigne plusieurs units astronomiques du Soleil. Pour les comtes longue priode, le processus de
dgazage complet doit se poursuivre sur une priode se chiffrant en millions dannes, et non en milliers comme
cest le cas pour les petites comtes courte priode.
Le futur dune comte risque
Limportance des forces non gravitationnelles de P/Swift-Tuttle est compatible avec un noyau solide de lordre de
5 km, ce qui nest pas ngligeable, mme si lon est loin des 40 km de Hale-Bopp, diamtre au demeurant
rarissime pour les comtes connues.
Cest au niveau des apparitions futures que P/Swift-Tuttle trouve son intrt. Marsden a calcul une trs forte
approche pour le mois de juillet 2126, cest--dire lors du prochain passage. Compte tenu de lirrgularit et de
limportance des forces non-gravtiationnelles (?), il est exclu de toute manire de prvoir les circonstances
exactes et prcises de lapproche de 2126. On a parl, prmaturment et imprudemment, dimpact possible, mais
cela est peu vraisemblable. Ce qui est sr cest que cette comte pourrait savrer trs dangereuse au cours des
sicles prochains.
Cela bien sr fait dj fantasmer les prophtes et charlatans de tout poil qui attendent depuis longtemps lobjet
cosmique capable dengendrer le jugement dernier annonc dans lApocalypse. On imagine : une comte de
5 km avec une vitesse de 60 km/s ! Avec une densit de 1,0, cela fait une nergie dimpact de 1,21023 joules,
une superbe fin du monde annonce. Du papier vendre en perspective, des gogos terroriser.
Pour dsamorcer cette pseudo-fin du monde comtaire, je reparlerai de P/Swift-Tuttle au chapitre 17 consacr
aux fausses pistes. En effet, il ne faut pas confondre approche trs serre, et mme orbite de collision, avec
impact obligatoire. Ce nest pas la mme chose. Il est heureux que personne nait prvu, en 1983, lapproche trs
serre de C/IRAS-Araki-Alcock, comte de 6 km de diamtre. et t une panique digne du Moyen Age.
158
les diamtres. Il apparat clairement que certaines comtes peuvent avoir un diamtre sensiblement suprieur
ceux des NEA classiques. Hale-Bopp a un diamtre de 40 km, un astrode comtaire comme Hidalgo frle les
50 km et certains centaures, objets mixtes, dpassent les 100 km. A lchelle astronomique, un impact avec un
objet dun tel diamtre nest nullement invraisemblable. Les grands bassins dimpact sur certaines plantes et
plusieurs gros satellites montrent que de tels impacts ont dj eu lieu.
Tableau 7-3. Energie cintique des comtes selon leur densit
(vitesse d'impact : 30 km/s - nergie en joules)
Diamtre du
densit 0.1 densit 0.5 densit 1.0
densit 2.0
noyau (km)
16
17
17
17
0.1
1.2x10
2.4x10
4.7x10
2.4x10
17
17
18
18
0.2
9.4x10
1.9x10
3.8x10
1.9x10
17
18
18
19
0.3
3.2x10
6.4x10
1.3x10
6.4x10
18
18
19
19
0.4
1.5x10
7.5x10
1.5x10
3.0x10
18
19
19
19
0.5
1.5x10
2.9x10
5.9x10
2.9x10
18
19
19
20
0.6
5.1x10
2.5x10
5.1x10
1.0x10
18
19
19
20
0.7
8.1x10
4.0x10
8.1x10
1.6x10
19
19
20
20
0.8
1.2x10
6.0x10
1.2x10
2.4x10
19
19
20
20
0.9
1.7x10
8.6x10
1.7x10
3.4x10
19
20
20
20
1.0
1.2x10
2.4x10
4.7x10
2.4x10
20
20
21
21
2.0
9.4x10
1.9x10
3.8x10
1.9x10
20
21
21
22
3.0
3.2x10
6.4x10
1.3x10
6.4x10
21
21
22
22
4.0
1.5x10
7.5x10
1.5x10
3.0x10
21
22
22
22
5.0
2.9x10
1.5x10
2.9x10
5.9x10
21
22
22
23
6.0
2.5x10
5.1x10
1.0x10
5.1x10
21
22
22
23
7.0
8.1x10
4.0x10
8.1x10
1.6x10
22
22
23
23
8.0
1.2x10
6.0x10
1.2x10
2.4x10
22
22
23
23
9.0
8.6x10
1.7x10
3.4x10
1.7x10
22
23
23
23
10.0
1.2x10
2.4x10
4.7x10
2.4x10
23
23
24
24
20.0
9.4x10
1.9x10
3.8x10
1.9x10
23
24
24
25
30.0
6.4x10
3.2x10
6.4x10
1.3x10
24
24
25
25
40.0
1.5x10
7.5x10
1.5x10
3.0x10
24
25
25
25
50.0
1.5x10
2.9x10
5.9x10
2.9x10
Pour des comtes orbite rtrograde , on admet une vitesse d'impact
moyenne de 60 km/s, double de celle admise pour les orbites directes
Une vitesse double entrane une nergie cintique multiplie par 4
Une comte de densit 1,0 de 1 km de diamtre a une nergie de 2,41020 joules. Une autre comte de 5 km a
une nergie de 2,91022 joules, que lon peut comparer aux cataclysmes terrestres, aux quivalents mgatonnes
de TNT et aux magnitudes du tableau 4-2.
Quelques consquences dimpacts comtaires sont rappeler. Dabord ceux concernant des comtes actives
sont beaucoup plus rares que ceux des astrodes comtaires. Par contre, ceux-ci dbarrasss des lments
volatils aprs dgazage sont plus denses. Sils sont des fragments rocheux dobjets mixtes, cette densit peut
tre quasiment astrodale : 2,5 et mme 3,5 dans certains cas. Les objets de densit 0,1, 0,5 et mme 1,0 nont
pas la cohsion suffisante pour heurter la surface terrestre, pour eux la dsintgration est quasi certaine.
Enfin, quest-ce qui diffrencie un impact dastrode de celui dune comte ? En quelques mots, on peut dire que
ceux concernant ces dernires ont des vitesses suprieures, des densits plus faibles, des diamtres plus gros,
une frquence plus rare, dbouchent davantage sur une dsintgration et quils enrichissent donc davantage la
matire cosmique de gaz et de poussires.
La Terre subit indiffremment les deux types de collisions depuis plusieurs milliards dannes dj, avec des
consquences que j'tudierai dans la troisime partie de ce livre. Au niveau de la Terre elle-mme, tous les
impacts courants concernant des astres de taille kilomtrique sont de simples pichenettes (37), sans
consquences srieuses. Au niveau de la vie, il en va tout autrement, limpactisme tant lun des moteurs de
lvolution.
159
Notes
1. D.K. Yeomans, Comets. A chronological history of observation, science, myth, and folklore (John Wiley & Sons,
1991).
2. M. Festou, Ph. Vron et J.-C. Ribes, Les comtes, mythes et ralits (Flammarion, 1985).
3. J.-M. Homet, Le retour de la comte (Imago, 1985 ; prface de M. Vovelle).
4. Le retour de la comte, op. cit., citation p. 16.
5. L.L. Wilkening (ed.), Comets (University of Arizona Press, 1982). Le livre de rfrence dans les annes 1980.
6. J. Crovisier et Th. Encrenaz, Les comtes. Tmoins de la naissance du Systme solaire (Belin - CNRS
Editions, 1995 ; prface de R.-M. Bonnet).
7. J.-C. Merlin et M. Verdenet, Les comtes (Tessier & Ashpool, 1995). Un trs bon livre crit par deux
astronomes amateurs franais trs comptents.
8. Dans les hydrates, les molcules deau sont piges dans une structure cristalline, alors que dans les
clathrates, les composants sont pigs dans des cavits situes dans la structure dun autre composant
(exemple : le mthane pig dans la glace deau).
9. T.I. Gombosi and H. Houpis, An icy-glue model of cometary nuclei, Nature, 324, pp. 43-46, 1986.
10. Ph. Rousselot, Les comtes de l'Antiquit l're post-Halley (Broquet, 1996).
11. M.-A. Combes et J. Meeus, Les fortes approches des comtes la Terre, L'Astronomie, 110, pp. 254-261,
1996.
12. G.W. Kronk, Comets : a descriptive catalog (Enslow Publishers, 1984). Ce livre contient les conditions de
dcouverte et la description de plus de 650 comtes depuis lAntiquit jusqu 1982. Un document indispensable
pour avoir des renseignements prcis sur les comtes du pass, qui compile dautres documents plus anciens du
mme type.
13. F. Arago, Les comtes (1858). Le classique dArago qui a t rdit en fac-simil par la librairie Blanchard
en 1986.
14. P. Maffei, La comte de Halley. Une rvolution scientifique (Fayard, 1985). Titre original : La cometa di Halley
(1984). Un livre totalement consacr l'histoire de la comte de Halley, crit par l'astrophysicien italien Paolo
Maffei.
15. C. Sagan et A. Druyan, Comte (Calmann-Lvy, 1985). Titre original : Comet (1985). Un classique
superbement illustr crit loccasion du retour de P/Halley.
16. E.J. pik, Interplanetary encounters. Close-range gravitational interactions (Elsevier, 1976).
17. B.G. Marsden and G.V. Williams, Catalogue of cometary orbits (Minor Planet Center, 1997). C'est le
catalogue "officiel" des orbites comtaires, qui est constamment mis jour. La 16e dition est parue en 2005.
Toutes les comtes, toutes les orbites sont rpertories. Dans la version 2005, on rfrencie 3031 orbites et un
total de 2991 apparitions pour 2221 comtes diffrentes connues la mi-aot 2005. Le Catalogue of cometary
orbits est un document de base absolument indispensable aux spcialistes.
18. E. Everhart, The origin of short-period comets, Astrophysical Letters, 10, pp. 131-135, 1972.
19. M.-A. Combes et J. Meeus, Les astrodes extrieurs Jupiter, L'Astronomie, 109, pp. 84-92, 1995 et
Nouvelles des astrodes extrieurs, L'Astronomie, 110, pp. 228-233, 1996. Les deux premiers articles dtaills
en langue franaise consacrs ces nouveaux objets dj banaliss.
20. M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 7), Observations et Travaux, 36, pp. 33-41, 1993.
Quatre pages de cet article (pp. 37-41) sont consacres Damocles. Une intgration numrique de son
mouvement pour la priode 1800-2154 montre que les lments orbitaux varient trs peu court terme. Par
contre, long terme, il suffirait d'une diminution de 8 de l'inclinaison pour que Damocles devienne un objet de
type Apollo. Un tel objet de 15 km de diamtre, avec une vitesse d'impact de 40 km/s, aurait une nergie
cintique de l'ordre de 2,824 joules et pourrait facilement causer un nouvel hiver d'impact et une extinction de
masse.
21. M.-A. Combes et J. Meeus, Un nouvel astrode exceptionnel : 1977 UB (Chiron), L'Astronomie, 92, pp. 231235, 1978.
22. A. Stern, Chiron : Interloper from the Kuiper disk, Astronomy, 22, august 1994. Stern prfrait le qualificatif de
"disque" plutt que "anneau" ou "ceinture" pour les astrodes transneptuniens, dans la mesure o, en rgle
gnrale, les inclinaisons sont faibles. Les objets forte inclinaison ne sont pas originaires de la rgion et sont
probablement des objets capturs. Mais c'est l'appellation "ceinture de Kuiper " qui s'est impose au fil des
annes et qui est aujourd'hui adopte par les spcialistes.
160
23. Il faut se rappeler qu'Aristote considrait les comtes comme faisant partie du monde sublunaire, c'est--dire
en fait comme des phnomnes atmosphriques. Son opinion eut malheureusement force de loi jusqu' ce que
Tycho Brah, en 1577, prouve le contraire.
24. Cette observation rapporte par Ephorus, historien grec du IVe sicle av. J.-C., contemporain de l'vnement,
est cite par Snque dans ses Questions naturelles. Elle avait trs tonn les Anciens qui ne croyaient pas
possible jusqu'alors la fragmentation d'une comte.
25. Dans leur livre Les comtes (note 7), Jean-Claude Merlin et Michel Verdenet donnent larbre gnalogique
dtaill des comtes du groupe de Kreutz (tableau 4.17, p. 259), partir de la comte dAristote de -371.
26. S. Garro, Activits comtaires, rubrique rgulire de la revue Pulsar, revue malheureusement disparue
aujourd'hui. Les comtes du groupe de Kreutz repres dans les annes 1996-1998 (une trentaine en trois ans)
lont t par le satellite SOHO. Elles ont donc pris logiquement son nom. Dans les annes suivantes, ce sont plus
de 1000 comtes SOHO qui ont t identifies, la grande majorit tant des rsidus minuscules issus de
l'miettement progressif des fragments de la comte d'Aristote.
27. De nombreux autres membres de Hephaistos pourraient avoir vu leur excentricit initiale (voisine de 0,82)
diminuer et se situer actuellement entre 0,60 et 0,70. On connat dans cette gamme dexcentricits des objets de
taille kilomtrique comme 4341 Poseidon (a = 1,84 UA, e = 0,68 et i = 12), 4486 Mithra (a = 2,20 UA, e = 0,66 et
i = 3), 5731 Zeus (a = 2,26 UA, e = 0,65 et i = 12) et 4183 Cuno (a = 1,98 UA, e = 0,64 et i = 7), pour ne parler
que des seuls objets numrots.
28. M.-A. Combes et J. Meeus, Nouvelles des Earth-grazers - 4, L'Astronomie, 96, pp. 187-198, 1982. Depuis la
rdaction de cet article, certaines donnes ont volu (notamment H sest substitu lancienne magnitude
absolue g), mais le fond reste valable. 1978 SB a t baptis Hephaistos et son diamtre est aujourd'hui estim
8 ou 10 km environ. Le diamtre de P/Encke pourrait tre suprieur celui envisag l'poque et atteindre 3 ou
4 km. Il n'en demeure pas moins que Hephaistos est un fragment beaucoup plus gros que P/Encke.
29. Certains spcialistes continuent penser que le problme des diamtres voqu dans lextrait de larticle est
incontournable et que lhypothse ad hoc de la comte en sommeil est spcieuse. Pour eux, la solution serait
autre : deux comtes venant de la ceinture de Kuiper et se prsentant dune manire identique seraient captures
et injectes par Jupiter dans un mme "corridor" sur une orbite courte priode du type Encke ou Hephaistos,
avec a ~ 2,20 UA, e ~ 0,80 et i ~ 5. Ainsi, ces deux objets pourraient bien tre dorigine diffrente et Hephaistos
serait plus ancien et donc dj astrodal, alors que P/Encke, plus rcente, serait encore comtaire. Ce qui m'a
fait chang davis cest la multiplication des dcouvertes ultrieures identiques, caractristiques
incontestablement dune fragmentation quasi contemporaine lchelle astronomique.
30. Il nest pas exclu galement que 1991 BA, un objet de 10 mtres qui a frl la Terre en 1991 fasse partie du
groupe P/Encke. 1991 BA a a = 2,24 UA, e = 0,68, i = 2 et p = 190 et se trouve dj sur une orbite de quasicollision avec la Terre.
31. M.-A. Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 13), Observations et Travaux, 42, pp. 11-17, 1995.
Sur les astrodes jumeaux Adonis et 1995 CS, voir pp. 12 et 13.
32. P. Henajeros, Ladieu la comte, Science et Vie, 957, pp. 90-101, juin 1997.
33. J.-C. Merlin, Lhistoire tumultueuse de la comte P/Swift-Tuttle, LAstronomie, 107, 146-152, 1993.
34. B.G. Marsden, The next return of the comet of the Perseid meteors, Astronomical Journal, 78, 7, pp. 654-662,
1973.
35. Z. Sekanina, Distribution and activity of discrete emissions areas on the nucleus of periodic comet Swift-Tuttle,
Astronomical Journal, 86, 11, pp. 1741-1773, 1981.
36. L. Jorda, J. Lecacheux et F. Colas, Les jets de P/Swift-Tuttle, LAstronomie, 107, pp. 172-173, 1993.
37. On donne souvent comme comparaison imagine, la collision dun moustique avec un gros paquebot pour un
impact dcamtrique. On voit ainsi le rapport rel des masses en prsence.
161
162
CHAPITRE 8 :
L'IMPACTISME INVISIBLE
Dfinitions concernant l'impactisme invisible
Ce chapitre est consacr la troisime forme d'impactisme (avec les formes macroscopique et microscopique),
invisible celui-l, mais bien rel et particulirement sournois, surtout certaines poques quand le bouclier
gomagntique est provisoirement dtruit et ne joue plus, pour plusieurs milliers d'annes, son rle protecteur.
J'ai donn dans l'avant-propos une dfinition de l'impactisme invisible qui regroupe en fait deux impactisme assez
diffrents, mais qui ont la particularit commune de ne pas tre identifiables l'il nu : les particules d'une part
et les poussires et les gaz d'autre part.
Cette dfinition, sous sa forme simple, est la suivante :
" L'impactisme invisible concerne les rayonnements divers gnrs par les toiles, dont le Soleil,
et appel impactisme particulaire, et aussi les gaz et les poussires d'origine cosmique qui
rencontrent la Terre au cours de son priple dans le Systme solaire et dans la Galaxie. "
Certains auteurs refusent de considrer cet impactisme comme un vritable impactisme. C'est une source
diffrente, mais bien relle, de matire et de rayonnements laquelle la Terre est confronte en permanence,
mais d'intensit trs variable, et laquelle la vie s'est parfaitement adapte. Adapte veut dire qu'elle a volu en
fonction des quantits reues et des consquences qui en ont dcoul. En fait, l'impactisme invisible a des
consquences uniquement biologiques et il agit donc d'une manire significative uniquement sur la biosphre
terrestre. C'est la raison pour laquelle, dans La Terre bombarde de 1982, je l'avais intgr dans le chapitre
regroupant " Les consquences biologiques et humaines de l'impactisme ", et non dans celui consacr aux
consquences terrestres.
Comme nous le verrons en dtail dans la partie " Consquences ", aux chapitres 15 et 16, l'impactisme invisible
joue un rle dterminant dans l'volution des espces, car il est l'origine de mutations gntiques et
chromosomiques, irrversibles et parfois explosives. On le considre aujourd'hui comme responsable du "bruit
de fond " des extinctions, bien mis en vidence l'chelle gologique. Paradoxalement, on assimile ce bruit de
fond une volution "gradualiste", on pourrait dire "darwinienne".
L'volution "catastrophiste" concerne plutt, selon les critres actuels, les extinctions de masse (cinq seulement
ont droit ce titre), les extinctions secondaires (une vingtaine) et mineures (une grosse trentaine), qui au total ne
dpassent pas la soixantaine pour les priodes gologiques depuis le Cambrien. Mais je prcise bien que cette
facilit de langage ne doit pas cacher l'essentiel : l'volution due l'impactisme particulaire est bien, elle aussi,
catastrophiste, mais elle est permanente l'chelle gologique, alors que celle due l'impactisme
macroscopique est pisodique, ponctue pour reprendre un terme la mode, et associe aux "vritables"
extinctions.
Dans ce chapitre, j'tudie l'impactisme invisible en tant que cause, au mme titre que les astrodes et les
comtes qui constituent, nous l'avons vu, le volet macroscopique de l'impactisme. Pour bien saisir tout l'intrt et
l'importance de cet impactisme invisible, et aussi pour clairer les lecteurs qui ne sont pas obligatoirement
familiers de la physique et de l'astrophysique, il est utile de rappeler d'abord la dfinition de quelques termes et
concepts usuels que nous allons retrouver dans ce chapitre et dans d'autres chapitres ultrieurs.
Aurore polaire : phnomne atmosphrique qui rsulte du bombardement des molcules de la haute
atmosphre par les rayonnements corpusculaires du Soleil. Elles s'tendent entre 110 et 400 km d'altitude et
peuvent prendre des formes diverses.
Eruption solaire : brusque dcharge d'nergie mise par les rgions actives du Soleil, pouvant atteindre
1025 joules et une vitesse de 1500 km/s environ, et qui se manifeste au niveau terrestre par des orages
magntiques, des aurores polaires et des perturbations dans les communications radiotlgraphiques.
163
Ion : atome ou molcule qui a perdu ou gagn un ou plusieurs lectrons. Une perte dlectron(s) conduit une
charge globale positive : lion est alors appel cation. Un gain dlectron(s) conduit une charge globale
ngative :lion est alors appel anion.
Neutrino : particule de masse nulle et dnue de charge lectrique, mise dans la radioactivit bta en mme
temps que l'lectron. Les neutrinos solaires sont mis par le cur thermonuclaire du Soleil.
Plasma : cest un tat de la matire que lon peut schmatiquement qualifier de gaz ionis. Un plasma est un
milieu globalement neutre (charge lectrique cumule des ions positifs = charge cumule des ions ngatifs +
lectrons) qui peut tre partiellement ionis (mlange dions et datomes ou de molcules neutres) ou totalement
ionis. Son taux dionisation est dautant plus lev que le plasma est port haute temprature. Comme un
plasma contient des espces charges, il est fortement influenc par les champs lectromagntiques.
Rayonnement : ondes et particules associes, assurant un transport d'nergie dans tout l'Univers partir de
sources multiples. On distingue principalement le rayonnement corpusculaire, form essentiellement par des
particules telles que protons, neutrons, lectrons et noyaux, et le rayonnement lectromagntique, associ, lui,
des ondes lectromagntiques ou des photons associs.
Rayons cosmiques : radiations provenant de l'espace intersidral, constitues par des particules animes d'une
trs grande nergie (quelques dizaines de milliards d'lectronvolts) provoquant dans l'atmosphre l'explosion
d'atomes et la formation de gerbes de corpuscules.
Vent solaire : flux de particules charges, principalement des protons et des lectrons, qui s'chappent en
permanence de la couronne solaire dans le Systme solaire jusqu' plusieurs milliards de kilomtres, et dont
certains effets sont assez comparables ceux du vent terrestre. Sa vitesse au voisinage de la Terre varie
normment selon l'activit du Soleil : entre 250 et 850 km/s, ce qui est une vitesse tout fait considrable. Il a
une grande influence sur le champ magntique terrestre.
164
Les ondes visibles ont des longueurs d'onde s'talant de 3000 8000 angstrms (c'est--dire allant de
0,3 0,8 micromtre) : c'est la fentre optique. On dmontre en physique que l'nergie transporte par un photon
(particule de charge nulle associe une onde lectromagntique) est inversement proportionnelle sa longueur
d'onde. Cela signifie que les rayonnements ultraviolet (UV), X et gamma qui suivent le rayonnement visible dans
le spectre lectromagntique ont une longueur d'onde de plus en plus petite et une nergie de plus en plus
leve. Le domaine de l'ultraviolet s'tale de 100 3000 angstrms, celui des rayons X de 0,2 100 angstrms
(leur nergie va de 0,1 50 keV) et celui des rayons gamma concerne les longueurs d'onde infrieure
0,2 angstrm (leur nergie est suprieure 50 keV). Ces trois catgories de rayonnements sont principalement
d'origine solaire, mais proviennent aussi pour une petite part d'objets galactiques.
Toute une gamme htroclite d'objets et de particules totalement insouponns auparavant a pu tre mise en
vidence. Une chose est sre, l'Univers est extrmement violent, mme si l'homme, son chelle et avec sa "vue
basse et slective", ne s'en rend pas compte. Comme je l'ai rappel au chapitre 5, nous vivons bien dans un
Univers cataclysmique, une chelle qui nous dpasse largement.
L'astronomie de la violence
On appelle astronomie de la violence celle concernant les rayonnements X et gamma (5/6). C'est tout fait
justifi. Le dveloppement de la recherche spatiale, partir des annes 1960, a permis d'observer notre Univers
dans des domaines du spectre lectromagntique jusque-l inexplors, pour la bonne raison que notre
atmosphre terrestre est un cran fort efficace pour toute une srie de rayonnements. On sait que c'est grce
cette atmosphre "impermable" (en priode ordinaire) que la vie terrestre est possible (sous sa forme actuelle),
car les photons les plus nergtiques (ultraviolets, rayons X et gamma) sont pigs et n'atteignent pas le sol.
Cette astrophysique des hautes nergies a donc connu un dveloppement prodigieux en moins d'un demi-sicle
et a totalement renouvel notre conception de l'Univers.
165
Deux satellites spcialiss, lallemand ROSAT (RntgenSATellit) (7), lanc en 1990, et lamricain GRO (Gamma
Ray Observatory) (8), baptis par la suite Compton, lanc en 1991, ont permis l'astronomie des rayons X de
faire (dj) sa premire rvolution et ont contribu une multitude de dcouvertes.
L'astronomie gamma, qui est la plus nergtique (aprs celle concernant les rayons cosmiques), concerne des
longueurs d'onde infrieures 0,01 angstrm (alors que la fentre optique s'tale entre 3000 et 8000 angstrms).
Les astrophysiciens des hautes nergies caractrisent plutt les photons gamma par leur nergie, exprime en
kilolectrons-volts (1 keV = 103 eV) ou mme en mgalectrons-volts (1 MeV = 106 eV). Ainsi on observe des
photons galactiques avec une nergie suprieure 50 MeV.
Je l'ai dit, l'astronomie X et gamma, c'est l'astronomie de la violence. C'est la raison pour laquelle ses sources
sont gnralement associes aux phases ultimes, cataclysmiques, de l'volution des toiles massives, comme
les supernovae, les toiles neutrons et mme les trous noirs. On sait, en particulier, que l'explosion des
supernovae contribue la formation d'lments plus lourds que le fer (que la nuclosynthse ordinaire n'est pas
en mesure de produire) qui s'accompagne de l'mission de raies gamma caractristiques des divers lments
nouvellement crs. Ces supernovae sont galement associes des missions violentes de rayons X et radio,
comme c'est le cas pour notre nbuleuse du Crabe, rsidu de la supernova de 1054 observe par les Chinois
dans la constellation du Taureau. On parle aujourdhui dhypernovae.
Le rayonnement gamma se caractrise par des sursauts de trs courte dure (souvent infrieurs une seconde),
des bouffes d'nergie mises de toutes les directions de l'Univers que l'on qualifie souvent de flashs, tellement
leur dure est infime l'chelle du temps astronomique. Ce n'est que dans les annes 1990 que l'on a pu
rellement mettre en vidence une "contrepartie" ces sursauts dans les trois autres domaines du rayonnement :
les domaines visible, infrarouge et X. L'apport d'autres satellites modernes, comme l'amricain Hubble (pour le
visible) et l'italo-nerlandais BeppoSAX (pour les domaines X et gamma), a t dterminant et a complt le
fantastique travail effectu par ROSAT et GRO.
La premire question que se sont pos les astrophysiciens est bien sr celle-ci : " O tous ces phnomnes
prennent-ils naissance : dans la Galaxie ou dans le domaine extragalactique ? ". Plusieurs milliers de sursauts
gamma ont dj t rpertoris par les diffrents satellites spcialiss qui se sont succd. Il semble aujourdhui
indiscutable qu'ils proviennent de toutes les directions de l'Univers, ce qui privilgie l'origine extragalactique,
puisqu'une origine uniquement locale (galactique) devrait dboucher sur une distribution prfrentielle le long de
la Voie Lacte. Cette hypothse extragalactique a de plus en plus de partisans puisquelle rpond mieux aux
observations, mais deux autres "coles" postulent pour une origine principalement galactique.
Certains astrophysiciens dans les annes 1980 penchaient plutt pour un gigantesque halo de matire entourant
notre Galaxie quelque 320 000 annes lumire, qui se serait form la suite de l'jection d'toiles neutron
galactiques. La question associe cette hypothse "galactocentrique" tait donc celle-ci : " Pourquoi n'observet-on pas une concentration de sursauts gamma autour des galaxies voisines, notamment celle d'Andromde qui
est trs proche l'chelle de l'Univers ? ".
Une troisime "cole" tait rsolument progalactique et prnait une origine proche pour les sursauts gamma, car
ceux-ci existent aussi, cela est indniable. Pour la premire fois le 28 fvrier 1997, un sursaut gamma, baptis
GRB 970228 (GRB pour Gamma Ray Burst et les chiffres pour la date concerne), qui a dur 80 secondes et qui
a pu tre localis avec prcision, a t galement enregistr en X. Ds le 3 mars, l'intensit du sursaut avait
diminu d'un facteur 20. En moins d'un mois, la source s'est dplace sur le ciel de quelques millimes de
seconde d'arc. Ce mouvement infime, mais trs important pour la crdibilit des diffrents modles en
concurrence, est compatible avec une toile dense et proche, puisque situe environ 320 annes lumire.
L'origine galactique est donc quasi certaine pour ce sursaut.
Mais cela ne veut pas dire que les autres hypothses doivent tre limines pour autant. Rien n'empche que
plusieurs solutions soient vraies, puisqu'il n'y a aucune raison de croire que les vnements cosmiques de toute
nature soient diffrents dans les diffrentes rgions de l'Univers. Partout, les mmes causes ont les mmes effets.
Simplement, videmment, les vnements galactiques tant les plus proches, ils ont une meilleure chance d'tre
dtects et d'tre privilgis dans les modles des astrophysiciens.
Reste savoir une chose essentielle : pourquoi une telle violence ? L'imagination des scientifiques, surtout des
astrophysiciens, a fait merveille sur ce sujet totalement neuf, et plus d'une centaine d'hypothses ont t
proposes. Diffrents modles rpondent mieux aux observations, critre indispensable pour un minimum de
crdibilit. Parmi ceux-ci, celui de l'toile neutron tient la corde, mme si d'autres restent tout fait possibles.
Une toile neutron est une toile extrmement dense (densit voisine de 100 millions de tonnes par cm3) et de
trs petites dimensions (diamtre de 10 20 km seulement) qui est constitue essentiellement d'un gaz de
166
neutrons. Leur masse est comprise entre 1,5 et 3 masses solaires, insuffisante pour avoir cr un trou noir
(minimum 4 masses solaires et diamtre de 25 km environ). Les toiles neutron sont le rsidu stellaire des
explosions de supernovae et se manifestent sous forme de pulsars. Ces objets cosmiques, dcouverts en 1967,
sont des sources de rayonnement bien connues (surtout dans le domaine radio, mais aussi domaines optique, X
et gamma) qui se caractrisent par des missions trs brves et extrmement rgulires (avec des priodes
comprises entre 1,5 milliseconde et plus de 3 secondes), en relation certaine avec leur rotation
extraordinairement rapide.
Pour les partisans de l'hypothse extragalactique, la production des rayonnements serait lie la coalescence
(fusion) d'toiles neutron, ou bien encore la rencontre entre une toile neutron et un trou noir. L'nergie
dgage serait lie des tremblements du pulsar dus principalement la vitesse de rotation vertigineuse et se
traduirait par l'mission des bouffes de rayonnement observes.
Mais, je le rpte, nous n'en sommes qu'au tout dbut des recherches et bien des surprises attendent les
astrophysiciens. Leurs modles sont toujours bien simplistes compars la ralit et la complexit des
phnomnes cosmiques. Pour le moment, d'aprs tous les spcialistes, les sursauts gamma constituent l'un des
mystres les plus pais de l'Univers. Le XXIe sicle permettra dans ce domaine (comme dans beaucoup d'autres)
des avances, sinon dcisives tout au moins significatives.
Les brillants rsultats obtenus dans cette spcialit de lastronomie de la violence sont loccasion de rappeler tout
le bnfice que les astrophysiciens sont en droit desprer de lapport de futures sondes spcialises. Largent
investi ne lest pas en vain.
167
grande majorit de ces rayons primaires de trs haute nergie rescaps se dsintgre l'occasion de collisions
avec les atomes de l'atmosphre, pour former des gerbes de particules secondaires moins nergtiques. Cellesci, leur tour, en entrant en collision avec d'autres atomes atmosphriques engendrent une troisime gnration
de particules, et ainsi de suite. Il en rsulte que le rayonnement cosmique reu la surface terrestre est en
grande partie compos de produits de dsintgration (11).
En priode ordinaire, on a constat que l'intensit du flux du rayonnement cosmique augmente d'environ 20 %
lorsque l'on passe de l'quateur au ple, cela tant d la forme caractristique de la magntosphre et de
l'paisseur, variable selon les latitudes, des diverses couches atmosphriques. Quoique trs affaiblis en arrivant
au sol, les rayons cosmiques maintiennent depuis toujours la surface de la Terre un taux important de
radioactivit, bien suprieur celui engendr par les activits humaines, mme l'poque actuelle avec la
prolifration des centrales nuclaires. Contrairement la radioactivit haute dose dont j'ai parl et qui est
nfaste, la radioactivit normale, ordinaire, est bnfique la croissance harmonieuse des tres vivants.
L'toile Soleil
Le Soleil (12/13) est le matre absolu du Systme solaire (il reprsente lui tout seul 999/1000 de la masse
totale), bien qu'il soit intrinsquement une toile banale de la Galaxie (type G2 et magnitude absolue + 4,8). En
premire approximation, c'est une sphre de gaz incandescents, d'un rayon de 696 000 km (soit 109 rayons
terrestres) et d'une masse de l'ordre de 21027 tonnes (333 000 masses terrestres en gros), au centre de laquelle
la temprature atteint prs de 15 millions de degrs. Sa densit moyenne est de 1,4 g/cm3 (soit environ un quart
de la densit terrestre). On considre qu'il est constitu en gros de 73 % d'hydrogne, de 25 % d'hlium et de
2 % seulement d'lments plus lourds (parmi lesquels le carbone, l'azote, l'oxygne et le fer). Sa surface nous est
bien connue avec ses diverses manifestations de violence dont certaines ont des rpercussions jusque sur la
Terre.
C'est dans le noyau solaire (le cur nuclaire qui pourrait atteindre jusqu' 20 % du rayon de l'toile), que l'on
souponne d'avoir une densit de l'ordre de 140/160 g/cm3 (soit 100 fois la densit moyenne) qu'a lieu l'essentiel
de la production d'nergie par la classique transformation d'hydrogne en hlium selon deux processus
diffrents : le cycle proton-proton et le cycle carbone-azote. On sait que cette "combustion nuclaire" libre une
fantastique quantit d'nergie, sous une double forme de chaleur et de lumire. Car c'est cela la principale
caractristique du Soleil : c'est une machine fournir de l'nergie. A chaque seconde, on estime qu'environ
600 millions de tonnes d'hydrogne sont "brls", un chiffre tellement norme qu'il ne parle pas vraiment
l'chelle humaine.
Le cheminement de l'nergie produite dans le Soleil a t tudi trs en dtail par les astrophysiciens solaires et
il est bien connu, du moins dans ses grandes lignes.
L'anatomie du Soleil
En partant du centre vers l'extrieur, on se trouve en prsence de six zones, d'une importance trs diffrente. Les
trois premires occupent chacune environ un tiers du rayon solaire, les trois zones externes que sont la
photosphre (la surface du Soleil), la chromosphre et la couronne (l'atmosphre) ne constituant que la partie
visible du Soleil.
Je vais dire quelques mots sur ces six zones, car il est indispensable de savoir le strict minimum sur notre toile,
source numro un de l'impactisme particulaire.
le noyau. Le centre du Soleil est occup par un noyau (ou cur), entre 0 et 0,3 rayon solaire, au sein duquel la
temprature varie de 15 millions de degrs au centre 7 millions l'extrieur. La densit est de l'ordre de
150 g/cm3 et baisse jusqu' 10 g/cm3 la limite du noyau. Evidemment, dans ces conditions extrmes, aucune
combinaison molculaire n'est possible et les atomes sont ioniss. Le plasma central est constitu d'ions
d'hydrogne et d'hlium en agitation thermique permanente. C'est dans ce cur de l'toile qu'a lieu pour
l'essentiel la transformation d'hydrogne en hlium et aussi la production des neutrinos. Il faut aussi savoir que ce
cur est dj appauvri en hydrogne aprs une vie de 4,6 milliards d'annes et que c'est donc entre
0,1 et 0,2 rayon solaire que la production d'nergie est maximale.
la zone radiative. C'est la zone intermdiaire comprise entre 0,3 et 0,7 rayon solaire, de loin la plus massive. La
temprature diminue de l'intrieur vers l'extrieur de 7 1 millions de degrs et la densit de 10 1. Les photons
produits dans le noyau traversent cette large zone en transportant la quasi-totalit de l'nergie solaire vers la
surface, une vitesse trs lente puisqu'on estime quelques millions d'annes le temps ncessaire. Dans le vide
un tel trajet serait effectu par la lumire en peine une seconde.
168
la zone convective. C'est la zone externe comprise entre 0,7 et 0,999 rayon solaire, qui ne reprsente
seulement que 2 % de la masse de l'toile. La temprature diminue de 1 million de degrs 15 000 K et la
densit de 1 g 310-6 g/cm. Son rle principal est d'vacuer vers l'extrieur l'nergie gnre par les deux
zones internes. On pense qu'elle est traverse de "tubes" de champ magntique responsables de l'activit solaire
et de son cycle et qu'elle est le lieu d'un formidable brassage de matire et de rayonnement.
la photosphre. C'est la "surface" du Soleil laquelle on attribue une profondeur de l'ordre de 400 km
seulement. La temprature augmente de l'extrieur (4000 K) vers l'intrieur (8300 K) avec une moyenne de
6000 K environ. La pression et la masse augmentent galement quand on s'enfonce vers l'intrieur. Cette surface
se caractrise par sa structure granule, avec des granules de forme ronde ou polygonale, d'un diamtre pouvant
aller de 200 1800 km, qui sont des bulles de gaz de 200 300 K plus chaudes que la surface. C'est dans cette
zone qu'apparaissent les taches solaires, baromtre de l'activit solaire.
la chromosphre. Cette couche a environ 8000 km d'paisseur, avec une temprature de 5000 K dans la partie
basse et de 20 000 K dans la partie haute. C'est dj l'atmosphre du Soleil, considre comme l'atmosphre
basse, c'est--dire une zone trs inhomogne en temprature et en densit, forme d'une grande varit de
structures diffrentes : spicules, protubrances, facules. Elle est le sige des ruptions solaires, phnomne
important li souvent l'apparition des taches solaires.
la couronne solaire. C'est la partie extrieure de l'atmosphre solaire, zone de transition entre le Soleil luimme et l'espace interplantaire, dont l'aspect varie en fonction de l'activit solaire. En fait, on distingue plusieurs
composantes coronales (K, F, E et T). La caractristique essentielle de la couronne est son extraordinaire
temprature qui peut atteindre plusieurs millions de degrs, c'est--dire prs de 1000 fois plus que la temprature
de la chromosphre.
circulent sous la surface solaire environ 130 km/heure. D'autre part, des phnomnes analogues aux alizs
terrestres ont t aussi reprs prs de l'quateur dans deux ceintures larges de 65 000 km, de part et d'autre de
cet quateur solaire. Ils se traduisent par des bandes gazeuses en interaction qui se dplacent des vitesses
diffrentes et qui ont une dure de vie de 11 ans, comparable et en liaison avec celle du cycle solaire. Ce double
phnomne trs intressant est totalement indiscernable de la Terre et il a fort surpris les spcialistes du Soleil.
Le Soleil et la Terre
Le Soleil est notre toile et il est donc de trs loin l'astre principal du Systme solaire (15/16), puisqu'il
monopolise lui seul 999/1000 de la masse totale. Et pourtant, ce Soleil n'est qu'une toile absolument
insignifiante par rapport aux milliards d'autres qui peuplent la Galaxie. On voit bien le rapport de force de tous les
composants de l'Univers : l'homme n'est rien par rapport la Terre, qui n'est rien par rapport au Soleil, qui n'est
rien par rapport la Galaxie, qui n'est rien par rapport l'Univers dans son ensemble. La Terre n'existe qu'
l'chelle du Systme solaire, dont elle est un lment tout fait mineur, mme si nous, ses habitants, lui
accordons une importance un peu dmesure.
Bien videmment, la vie terrestre est totalement tributaire du Soleil, et elle n'existe qu'en fonction de lui et grce
lui. Nos anctres l'avaient bien compris, eux qui en firent leur premier dieu, celui qui ils devaient tout. Les
astronomes, notamment les spcialistes du Soleil, savent que les sursauts de notre toile peuvent tre
particulirement dangereux en certaines circonstances particulires. Jean Rsch (1915-1999), qui fut mon
directeur de thse, considrait plus dangereux pour la vie l'impactisme particulaire qu'il connaissait bien que
l'impactisme macroscopique dont je m'occupais prioritairement. C'est lui qui m'a pouss travailler sur une
synthse des deux, complmentaires sur le long terme.
Cette vie terrestre ne peut exister que parce que le Soleil est une toile relativement stable, mme si elle a une
activit permanente lgrement variable selon les poques. Certains astronomes (17) considrent que le Soleil
est en fait une toile magntique variable et quasi priodique possdant une rcurrence de 22 annes. D'autres
ont not depuis longtemps (18) que si le Soleil tait une toile trs variable, comme Mira Ceti (la Merveilleuse de
la Baleine) par exemple, dont le dbit d'nergie varie d'un facteur 100 en 330 jours, l'quilibre thermique de la
Terre en serait trs profondment modifi, avec des consquences invitables sur le monde vivant. La biosphre
serait dtruite dans sa quasi-totalit et l'homme, bien sr, n'existerait pas, n'aurait jamais pu exister.
Cette importance dmesure que l'homme s'accorde peut tre battue en brche quand le Soleil pique une petite
colre, ou plus simplement en priode de forte activit solaire. Car, comme toutes les autres toiles comparables,
il gnre toute une gamme de rayonnements qui ont une interactivit avec l'atmosphre terrestre, et donc avec
nous.
Dans le Parisien Libr du 18 fvrier 1980 (19), un trs intressant article concernant la priode d'activit solaire
alors prs de son maximum commenait avec un gros titre accrocheur : " Lorsque le Soleil brle... la Terre
s'enflamme ", suivi du chapeau de prsentation suivant :
" Lorsque le soleil brle, la terre s'enflamme. Pas au sens propre bien sr, mais il est aujourd'hui
dmontr que les priodes d'intense activit solaire comme celle que nous traversons en ce
moment ont des rpercussions sur notre plante, aussi bien sur la vie des plantes que sur celle
des hommes. Or, en notre anne 1980, alors que des crises graves secouent le monde, les
ruptions qui bouleversent la couronne solaire sont les plus importantes que l'on ait jamais
connues. Ceci explique-t-il cela ? On peut se le demander et certains savants en sont persuads,
mme s'ils n'osent pas le dire tout haut. "
Quels sont les rapports exacts entre l'activit solaire et la vie terrestre ? La liaison est indniable, mais quel
niveau ? On connat surtout bien sr le problme des cernes des arbres qui ont permis de reprer les annes
chaudes dans le pass historique et ainsi d'tablir un calendrier climatologique d'une fiabilit incontestable, en
liaison avec le cycle solaire. Autre exemple bien connu : la variabilit de l'atmosphre et la quasi-impossibilit de
prdire le retour de certains satellites qui ont vu leur dure de vie srieusement courte (notamment Skylab 1 en
1979) parce que la haute atmosphre tait nettement plus dense que prvu, anomalie en relation certaine avec
l'activit solaire.
Cette corrlation entre le cycle solaire et les perturbations qui affectent notre globe intrigue, mais jusqu'o peut-on
aller ? Certains mdecins, durant le second semestre de 1979, ont annonc une recrudescence significative des
crises cardiaques et une nervosit trs srieusement accrue chez les jeunes alors que l'activit solaire tait
proche du maximum. Ils voyaient la raison de ces troubles dans les orages magntiques supports par la Terre et
beaucoup plus violents qu'en priode calme. Humains et animaux seraient plus "lectriques" en priode de forte
activit solaire, avec des consquences parfois imprvisibles sur leur comportement psychique. Je reviendrai sur
cet intressant sujet dans la partie " Consquences ", mais nous allons voir maintenant ce qu'il faut savoir des
ruptions solaires et du vent solaire.
171
172
fortes ruptions. Certains protons peuvent possder alors une nergie de dix milliards d'lectrons-volts. Son
extension est troitement contrle par le champ magntique du Soleil.
On estime que la masse jecte sous forme de vent solaire est d'environ une mgatonne par seconde, ce qui est
insignifiant l'chelle du Soleil. Une de ses caractristiques est son extrme irrgularit, lie au fait que l'vasion
de la matire varie considrablement selon la temprature de la haute atmosphre qui est elle-mme directement
commande par l'ensemble des phnomnes de surface constituant l'activit solaire. Ainsi l'intensit du vent
solaire peut varier dans un rapport de 1 50, ce qui est considrable, selon que le Soleil est en priode calme ou
agite, alors que sa vitesse varie dans le mme temps d'un facteur 10 (de 200 2000 km/s).
Une remarque importante a t faite par les spcialistes du Soleil. La temprature de la haute atmosphre n'a
rien voir avec celle de sa surface qui ressort en moyenne 6000 K seulement, valeur typique pour une toile de
type spectral G2. Par contre, c'est en millions de degrs que se mesure la temprature de la haute atmosphre,
ce qui peut paratre incomprhensible pour les non-spcialistes. Cela a des consquences trs importantes sur la
nature de cette atmosphre. Sa composition ressort en gros 87 % d'hydrogne, 12,9 % d'hlium, le reste des
lments se partageant le 0,1 % restant, avec des traces d'oxygne (0,025 %) et d'azote (0,02 %). Compte tenu
de la temprature, ces lments n'existent pas sous la forme d'atomes complets, mais sous la forme d'atomes
ioniss (c'est--dire ayant perdu un ou plusieurs lectrons) et d'lectrons libres. Et surtout, l'atome d'hydrogne
ayant perdu son unique lectron, il se trouve rduit un simple proton.
Ainsi, le vent solaire ne se prsente pas comme un gaz classique, mais comme un plasma qui met
principalement en rayons X. Il s'chappe de la couronne solaire dans toutes les directions et baigne l'ensemble
du Systme solaire jusqu' la fin de sa zone d'influence (appele l'hliosphre) que l'on situe entre 100 et 150
UA.
On comprend donc qu'en priode de crise, quand le vent solaire devient "tempte", le Soleil largue dans l'espace
une quantit norme de matire ionise heureusement canalise au niveau de la Terre par la magntosphre,
notre premier et principal paravent "antiradiations", le second, encore assez efficace pour certains rayonnements,
tant l'atmosphre elle-mme.
Mais nous avons vu plus haut qu'il n'en faut pas beaucoup pour perturber la machine humaine, qui parat bien
fragile, aussi bien au niveau physique que psychique. La technologie aussi, de plus en plus souvent au fur et
mesure qu'elle se dveloppe, va souffrir des caprices du Soleil et les quelques alertes de ces dernires annes
donnent rflchir.
La tempte magntique du 10 janvier 1997
Nous avons eu un excellent exemple de "tempte" magntique le 10 janvier 1997 (23), lorsqu'un gigantesque
nuage magntique solaire est venu frapper la magntosphre terrestre. Et pourtant, il faut le signaler, l'poque
le Soleil tait dans la priode de creux de son cycle d'activit, dans une priode de Soleil calme donc. Cet
vnement, rare par son intensit, a t enregistr par les satellites SOHO et WIND, spcialiss dans l'tude du
Soleil et son environnement. C'tait la premire fois qu'un vnement de cette nature a pu tre suivi ds sa
naissance et pendant son extension et sa propagation dans le Systme solaire, d'o son intrt tout particulier
pour les chercheurs qui en ont dissqu toutes les phases pour affiner leurs modles.
Ce nuage de particules de plusieurs milliards de tonnes de matire a t ject du Soleil le 6 janvier. On pense
que les lignes du champ magntique solaire se sont "dbobines" (selon le terme des spcialistes) et l'nergie
magntique s'est en grande partie transforme en nergie cintique. Le nuage, qui tait en fait une vritable
"bulle de particules", a atteint la Terre quatre jours plus tard, avec une vitesse encore gale 450 km/s, ce qui est
considrable quand on sait l'importance du facteur vitesse dans toute collision. Heureusement que la
magntosphre tait bien en place pour faire son travail de bouclier. Au niveau du sol, seuls des aurores polaires
et des orages magntiques (moins violents d'ailleurs que ceux de 1989 lors du pic de l'activit solaire) furent
enregistrs.
Le diamtre du nuage, qui s'est progressivement dilat en s'loignant du Soleil, tait de 26 MK en nous atteignant,
diamtre l encore considrable. Le choc a t svre avec la magntosphre, et celle-ci s'est, semble-t-il,
srieusement comprime pour amortir l'nergie cintique. Tant et si bien que certains chercheurs se sont
demand si la frontire interne de la magntosphre n'tait pas descendue au-dessous de 36 000 km de la
surface terrestre, distance laquelle gravitent, on le sait, les satellites gostationnaires.
173
La matire interplantaire
Sous ce titre gnrique, on regroupe l'ensemble des gaz et des poussires qui se trouvent entre les plantes et le
Soleil. Le milieu interplantaire est un milieu trs htroclite et trs actif, associant une densit de matire trs
faible une tonnante diversit de composition, diversit due videmment l'origine multiple de ses composants.
Nous allons tudier sommairement ces diffrents composants, mineurs mais bien rels, qui sont en mesure
d'avoir une interaction avec la Terre et de participer l'impactisme invisible, sous forme de poussires dposes
sur la surface terrestre aprs avoir sjourn plus ou moins longtemps dans l'atmosphre.
La lumire zodiacale
Elle apparat comme l'une des manifestations visibles de la matire interplantaire, et est aussi connue sous le
terme de gegenschein ou lumire anti-solaire. Dj connue dans l'Antiquit, elle fut dcrite en 1803 par le
naturaliste allemand Alexander von Humboldt (1769-1859) comme une tache lumineuse faible situe l'oppos
du Soleil. De nombreuses observations ultrieures ont conclu plus prcisment l'existence d'une bande
lumineuse appele le pont zodiacal qui s'tend tout au long de l'cliptique et joint la lumire zodiacale de l'ouest
et de l'est en passant par le gegenschein. Celui-ci rsulte de la diffusion de la lumire solaire par un nuage de
poussires situ environ 1,6 MK de la Terre dans la direction oppose au Soleil o l'attraction combine de la
Terre et du Soleil cre des conditions particulires et pige la matire qui s'y trouve (les astronomes appellent ce
point particulier le point Moulton, du nom de l'astronome qui l'a mis en vidence).
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grosses molcules comportant de 20 200 atomes, jouent probablement un rle essentiel dans toute la physique
et la chimie de la matire interstellaire. On se demande, bien sr, si elles ont jou un rle dans l'apparition de la
vie, la prsence de carbone tant un a priori favorable.
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L'une des premires remarques faites est que le milieu interstellaire est inhomogne, dans la mesure o les
analyses spectroscopiques donnent des rsultats trs diffrents selon la direction observe. Cela signifie que la
grande part de la matire est concentre dans des nuages interstellaires plus ou moins vastes et irrguliers, la
majorit se trouvant dans le plan mdian de la Galaxie. Comme prvu, l'hydrogne est l'lment essentiel, mais
on y trouve galement, en proportions variables selon les nuages, de nombreux autres lments et une quantit
plus ou moins importante de poussire. Les nuages sont plus ou moins ioniss, suivant le flux ultraviolet dispens
par les toiles voisines. On pense que la densit des nuages interstellaires est de l'ordre de 10 10 000
particules par cm3 et que leur temprature ordinaire est voisine de 50 K, c'est--dire une temprature trs froide.
Les dimensions des nuages interstellaires observs sont extrmement variables, allant de 3 ou 4 annes lumire
pour les plus petits plusieurs centaines d'annes lumire pour les plus grands. On se rend donc bien compte
que le Systme solaire peut parfois baigner dans un nuage pendant plusieurs milliers d'annes.
La question que se sont pos les astrophysiciens est donc celle-ci : " Y a-t-il un nuage interstellaire proche de
nous et quand se fera la prochaine rencontre ? ". Hoyle, dans la foule de son travail de pionnier de 1939, a crit
un clbre roman de science-fiction sur le sujet, Le nuage noir (29), dans les annes 1950, mais il semble bien,
en fait, que le Systme solaire (et surtout la Terre) soit l'abri d'une telle mauvaise rencontre pour les quelques
milliers d'annes venir.
Certains astrophysiciens, suite aux observations faites par le satellite Copernicus dans les annes 1970, ont cru
pouvoir indiquer la prsence proche d'un tel nuage interstellaire (30/31). L'hydrogne tant de loin l'lment
principal du milieu interstellaire, on a essay de calculer sa quantit totale intgre le long de lignes de vise
dans diffrentes directions par la trace laisse dans les spectres d'absorption (raies Lyman a). Cette densit
moyenne de l'hydrogne dans la direction d'une dizaine d'toiles proches situes de 1 80 annes lumire est
voisine de 0,02 atome/cm seulement, contre 0,1 atome/cm dans le Systme solaire (soit cinq fois moins).
On considre que l'existence d'un "nuage" devient relle une densit critique de 0,4 atome/cm une distance
de 0,3 anne lumire du Soleil. Les astronomes pour leur (pseudo-) nuage proche privilgient la direction du
Scorpion dans laquelle ils ont dtect la prsence bien relle, elle, d'un grand nuage interstellaire dont la densit
serait de l'ordre de 10 000 atomes par cm3 et l'paisseur de 0,05 parsec.
Hoyle et Lyttleton ont not que lorsqu'un nuage traverse le Systme solaire, il subit une importante attraction
gravitationnelle de la part du Soleil. Celui-ci est alors en mesure de capter sa surface une partie de la matire
opaque du nuage. L'importance de la matire capture crot avec la densit du nuage et dcrot avec la vitesse
relative par rapport au Systme solaire. Ces deux savants ont montr que ce phnomne peut s'accompagner
d'une modification de la luminosit solaire, modeste mais suffisante pour affecter le climat de la Terre.
Certains chercheurs pensent que seuls des nuages trs denses (densit de 100 000 particules/cm3) peuvent
rellement affecter le climat, surtout du fait de l'cran partiel existant entre le Soleil et la Terre. D'autres sont d'un
avis contraire, estimant qu'une densit de 100 1000 particules/cm suffirait faire cran au vent solaire. Cette
fourchette parat quand mme bien faiblarde. On a calcul que pour une densit de 1000 atomes par cm3 et une
vitesse de 20 km/s, conditions considres comme moyennes et nullement exceptionnelles, la Terre balaierait
chaque seconde 1028 (10 milliards de milliards de milliards) d'atomes, runis sous forme de grains de silice ou de
graphite de quelques millimes de millimtre de diamtre. La collecte pourrait atteindre une petite dizaine de
tonnes par an et cela durant plusieurs milliers d'annes. La prsence d'un nuage interstellaire, mme trs tnu,
pourrait (donc a pu dans le pass) modifier l'effet de serre et provoquer un refroidissement sensible de la Terre
avec pour consquence une priode de glaciation.
D'une manire plus globale, les astronomes pensent que trois consquences principales peuvent rsulter de
l'arrive d'un nuage interstellaire dans notre secteur spatial :
une modification de la composition des couches externes du Soleil du fait de l'apport d'lments plus lourds
(enrichis) ;
une modification de l'abondance du deutrium dont le rle est important dans les problmes lis la physique
nuclaire, et donc une modification du rapport D/H (deutrium/hlium) qui a des consquences directes sur la
nature de l'Univers (univers ouvert ou ferm) ;
une modification de la composition des comtes par l'accrtion celles-ci de matire interstellaire.
Mme si l'arrive d'un nuage interstellaire de bonne taille n'est pas l'ordre du jour l'chelle humaine, il ne faut
pas perdre de vue qu'il s'agit d'un phnomne astronomique banal et frquent l'chelle astronomique. Et surtout,
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rien n'empche l'existence de mini-nuages de quelques heures lumire, trop petits pour tre dtects, qui
pourraient s'avrer tout aussi dangereux ( l'chelle humaine) que les gros dont l'action s'value l'chelle
astronomique.
Ces mini-nuages pourraient se prsenter sous la forme de poches de matire et de gaz lis entre eux
dissmines dans toute la Galaxie et devenues autonomes la suite de la scission avec un nuage classique. Ces
mini-nuages qui se situaient obligatoirement la priphrie du nuage interstellaire auraient obtenu leur autonomie
la suite de perturbations stellaires qui les auraient dfinitivement spar du nuage parent.
Quand on rflchit srieusement la question, on se rend compte que de telles poches de gaz et de poussire
autonomes, qui prsentent les mmes caractristiques physiques que leur corps-parent, doivent tre lgion dans
notre Galaxie (et aussi dans les autres). Plus petits et donc plus nombreux, c'est la rgle dans l'Univers, et en
principe indcelables de la Terre, sauf s'ils sont trs proches et relativement denses. C'est la raison pour laquelle
l'hypothse de l'existence d'un mini-nuage proche dans la direction du Scorpion, et peut-tre mme originaire du
grand nuage interstellaire du Scorpion, est loin d'tre absurde.
En fait, le Systme solaire peut tre trs souvent travers par de petits nuages, parfois suffisamment denses pour
diminuer quelque peu la chaleur du Soleil. On est en droit de se demander si quelques variations repres dans
le calendrier climatologique de l'Antiquit, et mme dans un pass plus lointain des mini-glaciations non
totalement expliques dune manire satisfaisante par la thorie de Milankovic, ne relvent pas d'un tel
phnomne.
Ces mini-nuages sont l'un des acteurs de l'impactisme invisible et peuvent jouer pisodiquement un rle
perturbateur au niveau de la biosphre et peut-tre mme, comme nous le verrons, avoir un rle dans le "bruit de
fond" des extinctions et accessoirement dans la panspermie microbienne.
179
mesure o la vitesse des pulsars diminue avec le temps. Ainsi celle du pulsar du Crabe est de 33 tours par
seconde (une impulsion correspond une rotation complte) et elle diminuerait continuellement de 36
milliardimes de seconde par jour. La supernova de Vela est associe une nbuleuse spectaculaire et
tentaculaire, produit de la dispersion de la matire de l'toile originelle. Elle est connue sous le nom de
nbuleuse Gum, du nom de l'astronome australien Colin Gum (1924-1960) qui l'a dcrite le premier avec
prcision. Son extension atteint 35, si bien que les filaments externes pntrent dans la constellation voisine de
la Poupe. On pense qu'elle est apparue environ 9000 ans avant J.-C. et que l'toile mre tait situe environ
1500 annes lumire (distance du pulsar rescap donc). J'en reparlerai dans le chapitre " Fausses pistes ", car
elle a t la base d'une hypothse fantastique base sur des critres historiques troublants.
Les astronomes d'aujourd'hui sont bien conscients que la menace prsente par les supernovae, en fait, dpend
uniquement des rayonnements de courte longueur d'onde (X et gamma) et plus encore des rayons cosmiques
jects par l'toile durant le cataclysme. Il est pratiquement certain qu'une grande partie de ces derniers sont des
sous-produits de l'explosion de supernovae galactiques, mais aussi extragalactiques. Nous avons vu que les
protons sont les constituants essentiels (90 %) des rayons cosmiques. Chacun de ceux-ci peut avoir une nergie
d'une quinzaine de joules et leur nombre, sans tre illimit, est trs impressionnant par son nombre de zros. On
a calcul qu'une supernova explosant 30 annes lumire dtruirait une partie substantielle de la couche
d'ozone, ce qui serait embtant pour les locataires de la biosphre, mais l'explosion d'une supernova si proche
n'arrive que trs rarement l'chelle du million d'annes. En fait, le danger existerait uniquement lors de priodes
d'inversion gomagntique.
Les supernovae ne constituent pas vraiment un danger dans le futur proche de la Terre, dans la mesure o il n'y
a pas d'toiles voisines candidates l'explosion, mme si ce thme est parfois utilis dans des romans de
science-fiction (35). Pour devenir supernova la fin de sa vie, une toile doit avoir une masse suprieure d'au
moins 20 % celle du Soleil, ce qui correspond une luminosit absolue environ dix fois suprieure. Sirius, notre
proche voisine la plus massive, n'est pas un danger avant plusieurs centaines de millions d'annes, mme si sa
masse de 2,2 masses solaires la prdispose devenir un jour (trs lointain) supernova.
Pour avoir une comparaison utile, les astronomes ont calcul que Sirius supernova serait 5000 fois plus
lumineuse que la Pleine Lune, mais elle resterait encore 100 fois moins lumineuse que le Soleil. Une supernova
explosant 30 annes lumire aurait un clat encore gal prs de 300 fois la Pleine Lune. Pour avoir l'clat de
la Pleine Lune, une supernova devrait exploser 500 annes lumire. On voit donc que la prochaine supernova
galactique n'a que peu de chance de briller au firmament autant que la Lune, mais les astronomes s'en
satisferont quel que soit son clat.
Au chapitre 16, je raconterai lhistoire de Geminga, dont on a compris le mcanisme dans les annes 1980,
aprs une longue priode dincertitude, due la difficult de mettre en vidence une contrepartie optique la
source gamma, trs intense, repre en 1972 dans les Gmeaux. Il sagit dune supernova qui a explos
100 annes lumire de la Terre, il y a environ 350 000 ans. Elle pourrait avoir eu une incidence sur l'volution de
certaines espces terrestres.
Pour terminer cette section sur les supernovae, on peut dire qu'elles ne prsentent pas de danger en tant que
telles. Seuls les rayonnements issus de l'explosion, et surtout les rayons cosmiques, pourraient nous causer des
misres, mais uniquement lors d'inversions gomagntiques. Comme je l'ai dit souvent, la magntosphre est
notre bouclier et elle fait fort bien son travail.
Notes
1. Je rappelle que le maxwell (symbole Mx) est l'unit de flux du systme lectromagntique CGS et que le hertz
(symbole Hz) est l'unit de frquence (1 Hz est la frquence d'un phnomne dont la priode est de 1 seconde).
2. Naissance de la radioastronomie (ouvrage collectif), Les Cahiers de la Science, HS 8, 1992.
3. L'astronomie de l'invisible (ouvrage collectif), Sciences et Avenir, HS 33, 1980.
4. H. Breuer, Atlas de la physique (Livre de Poche, coll. La Pochothque, 1997). Titre original : Atlas zur physik
(1987). Une mine de renseignements pour les non-spcialistes.
5. J.-P. Dufour, Sur la trace des phnomnes les plus violents de l'Univers, Le Monde, p. 24, 25 avril 1997.
6. Y. Naz, Les couleurs de l'Univers (Belin, 2005). Un excellent livre de vulgarisation sur les diffrents
rayonnements provenant de l'espace.
7. B. Aschenbach, H.-M. Hahn and J. Trmper, The invisible sky (Verlag, 1998). Ce livre, sous-titr Rosat and the
age of X-astronomy, raconte lhistoire du formidable satellite allemand ROSAT, spcialis dans ltude des
180
sources clestes de rayonnement X qui a permis la dcouverte de plus de 120 000 sources nouvelles. Cest lun
des grands satellites de lastronomie moderne qui a dmontr que lUnivers invisible est incroyablement violent.
8. Cet observatoire spatial, d'un poids de 17 tonnes, est quip de quatre appareils d'observation diffrents,
notamment d'un dtecteur de rayons gamma appel Batse (Burst And Transient Source Experiment) qui s'est
avr exceptionnellement efficace et utile pour le progrs de l'astrophysique.
9. J.-N. Capdevielle, Les rayons cosmiques (PUF, QS 729, 1984).
10. M. Crozon, Quand le ciel nous bombarde : Qu'est-ce que les rayons cosmiques ? (Vuibert, 2005).
11. J. Linsley, Les rayons cosmiques de trs haute nergie, Pour la Science, 11, pp. 61-72, 1978.
12. J.-C. Pecker, Sous l'toile Soleil (Fayard, 1984).
13. P. Lantos, Le Soleil en face (Masson, 1997). Un excellent livre sur le Soleil et sur les rapports Soleil-Terre que
j'utilise comme rfrence principale. On se rend compte sa lecture de l'extrme importance de la
magntosphre terrestre qui sert littralement de paravent pour un grand nombre de radiations particulirement
dangereuses.
14. F. Baudin et S. Koutchmy, La mission SoHO. Vers un nouveau Soleil ?, LAstronomie, 111, pp. 286-311, 1997.
15. Sciences et Avenir (collectif), Soleil. Le destin d'une toile, HS 107, 1996.
16. A. Acker, Astronomie. Introduction (Masson, 1992).
17. R.-M. Bonnet, Le Soleil, toile variable, Revue du Palais de la Dcouverte, 6, 58, pp. 24-43, 1978.
18. A. Boischot, Le Soleil et la Terre (PUF, QS 1233, 1966).
19. F. Lancel, Lorsque le Soleil brle... la Terre s'enflamme, Le Parisien Libr, p. 26, 18 fvrier 1980.
20. P. Lantos, Le Soleil (PUF, QS 230, 1994). Ce livre a remplac dans la collection Que sais-je ? le suivant : R.
Michard, Le Soleil (PUF, QS 230, 1966). Comme le reste, la connaissance du Soleil volue sans cesse, surtout
depuis l're spatiale et l'existence d'observatoires terrestres et spatiaux spcialiss.
21. Le 13 mars 1989, suite une ruption solaire particulirement violente, six millions d'Amricains et de
Canadiens furent privs d'lectricit pendant neuf heures. Tout un rseau d'alimentation lectrique disjoncta du
fait de la dtrioration de transformateurs lie l'orage magntique d'origine solaire. Cet vnement, somme
toute mineur, a montr l'extraordinaire faiblesse d'une civilisation avance comme la ntre, totalement tributaire
de la technologie. Il laisse imaginer la panique qui pourrait suivre un impact important.
22. J.-L. Steinberg et P. Couturier, Le vent solaire, La Recherche, 161, pp. 1494-1502, 1984.
23. P. Barthlmy, Le Soleil frappe la Terre la magntosphre, Le Monde, 1er fvrier 1997.
24. J. Crovisier et Th. Encrenaz, Les comtes. Tmoins de la naissance du Systme solaire (Belin - CNRS
Editions, 1995 ; prface de R.-M. Bonnet).
25. A. Lger, Une nouvelle composante de la matire interstellaire, Science et Vie, HS 170, pp. 108-111, 1990.
26. M. Duquesne, Matire et antimatire (PUF, QS 767, 1982).
27. J.-F. Augereau, Une fontaine d'antimatire s'coule prs de centre de notre Galaxie, Le Monde, p. 21, 2 mai
1997.
28. F. Hoyle and E.A. Lyttleton, Proceedings of the Philosophical Cambridgian Society, 35, p. 405, 1939. Hoyle
avait 24 ans seulement (il tait n en 1915) quand il a eu cette ide du danger que reprsenterait un nuage de
poussires cosmiques qui viendrait s'intercaler entre la Terre et le Soleil.
29. F. Hoyle, Le nuage noir (Dunod, 1962). Titre original : The black cloud (1957). C'est le premier roman de
science-fiction crit par le clbre astrophysicien britannique, partir de son ide de 1939.
30. A. Vidal-Madjar, J. Audouze, P. Bruston et C. Laurent, Un nuage interstellaire la rencontre du systme
solaire, La Recherche, 80, pp. 616-622, 1977.
31. P. Kohler, Les derniers jours du monde (France-Empire, 1980).
32. Th. Montmerle et N. Prantzos, Soleils clats, les supernovae (Presses du CNRS, 1988).
33. J.-P. Luminet, Les trous noirs (Belfond, 1987).
34. D. Leglu, Supernova (Plon, 1989).
35. F. Hoyle et G. Hoyle, Inferno (Denol, 1976). Titre original : The inferno (1973). Dans ce roman, cocrit avec
son fils Geoffroy Hoyle, Fred Hoyle a racont l'histoire d'une supernova qui transforme la Terre en enfer par ses
radiations, un double enfer de chaleur puis de glace. Il est rest gal lui-mme avec cette ide de supernova,
inventif et didactique, sachant mieux que personne les dangers qui peuvent venir du cosmos.
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182
Troisime partie :
LES PREUVES
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184
CHAPITRE 9 :
L'VNEMENT DE LA TOUNGOUSKA
EN 1908
Un vnement exceptionnel s'est produit le 30 juin 1908 (1) en Sibrie centrale (longtemps connu sous
l'appellation inexacte et trompeuse de "mtorite" de la Toungouska (2) et aujourd'hui sous celle de vnement
de la Toungouska) : la collision d'un corps cleste de bonne taille avec la Terre. Ce cataclysme a suscit depuis
presque un sicle d'innombrables hypothses et lucubrations, et il mrite bien que nous lui consacrions un
chapitre entier de ce livre dans la partie " Preuves ".
En effet, cette collision est la meilleure et la plus irrfutable des preuves concernant la ralit actuelle de
l'impactisme terrestre, thorie qui n'est pas seulement une vrit du pass comme ont voulu (et voudraient
encore) le faire croire certains scientifiques (de moins en moins nombreux cela dit), qui ignorent tout ou presque
du volet astronomique du problme.
185
cette catastrophe extraordinaire n'a fait aucune victime humaine connue. Seuls, parat-il, un troupeau de rennes
et probablement quelques autres animaux vivant dans la fort de sapins, au-dessus de laquelle eut lieu
l'explosion, furent anantis par la chaleur ou le feu qui dvasta plusieurs centaines de kilomtres carrs de fort.
187
taient des fondrires naturelles, trs nombreuses dans cette rgion qui, nous l'avons dit, a la particularit d'tre
marcageuse durant la priode chaude et videmment d'tre gele l'hiver.
Autre surprise de taille, et une grosse dception pour les membres de l'expdition, ils ne dcouvrirent aucune
mtorite, exception faite de quelques infimes poussires, et cela malgr un ratissage srieux et mthodique de
la rgion sinistre. Ils durent se rendre l'vidence : contrairement l'opinion premire de Kulik, l'objet cosmique
n'avait pas touch le sol, mme sous forme de petits fragments. Cet objet n'tait donc pas une mtorite, au sens
propre du terme, c'est--dire un objet ferreux ou pierreux qui aurait d laisser au moins quelques fragments
significatifs. Lhypothse de la comte semblait donc simposer, avec une explosion et une dsintgration dans
latmosphre et non un vritable impact.
Les expditions de 1928, 1929-1930 et 1938-1939
Deux autres expditions sur le site eurent lieu en 1928 et en 1929-1930 (8), cette dernire fort importante
puisqu'elle dura plus d'un an. Elles n'apportrent rien de trs nouveau. On creusa plusieurs des dpressions que
Kulik croyait encore tre des cratres mtoritiques, mais sans succs. L'une d'entre elles fut explore trs
soigneusement, jusqu' 34 mtres de profondeur. Devant le rsultat totalement ngatif, il fallut accepter l'origine
naturelle de ces fondrires.
Enfin, en 1938-1939, une couverture photographique arienne trs complte de la rgion fut effectue,
permettant de connatre d'une faon prcise le plan de la rgion touche et de constater les extraordinaires
dgts, encore nettement reconnaissables bien que datant dj de trente ans. Ces photos ont fait le tour du
monde et illustrent encore tous les livres qui parlent en dtail de l'vnement de la Toungouska.
Ces quatre expditions permirent donc d'exclure dfinitivement l'hypothse de l'impact au sol d'un astrode
plantaire. Elles confortrent la majorit des scientifiques dans une nouvelle hypothse assez plausible a priori,
celle de l'explosion dans l'atmosphre du noyau d'une petite comte active. Cette hypothse comtaire fut
propose ds 1930, aprs les premires expditions sur le site, par Francis Whipple (1876-1943) (9) et
confirme en 1933 par Igor Astapovich (1908-1976). Cependant, l'tude de la composition des comtes tait
encore bien peu avance l'poque, et il tait impossible de dmontrer d'une faon certaine que ce type d'objets
clestes est capable de provoquer les divers effets observs pendant et aprs l'explosion.
L'incertitude des savants sur la nature exacte de l'objet responsable de cette catastrophe, frappante pour les
imaginations, surtout aprs la publication de photographies particulirement rvlatrices de la puissance de
l'explosion, allait entraner l'apparition de trs nombreuses hypothses plus ou moins (souvent moins que plus)
plausibles. Nous en dirons quelques mots en conclusion de ce chapitre.
188
189
Valeur probable
16
5x10 J
12.5 MT
16
0.03x10 J
8.5 km
115
20
30 km/s
10 km/s
2 MT
0.5 MT
2 g/cm
80 mtres
Fourchette de valeurs
16
17
10 10 J
10 40 MT
16
0.01 0.05x10 J
5 12 km
104 127
11 60
22 35 km/s
7 20 km/s
1 5 MT
0.1 1 MT
0.5 3 g/cm
50 200 mtres
Toutes ces donnes varient selon les auteurs et ne sont que des ordres de grandeur
Pour la masse, les valeurs ont t fixes dans une trs large fourchette, entre 10 000 et 1 million de tonnes. Mais
l encore, les recherches dans les annes 1960-1970 ont sensiblement clarifi la situation. Une valeur
approximative de 500 000 tonnes pour la masse pratmosphrique semble fort raisonnable et elle est maintenant
gnralement accepte par les spcialistes actuels. Par contre, videmment, le dsaccord a longtemps t total
pour le diamtre de l'objet de la Toungouska, puisqu'il dpend de la densit retenue, trs variable selon la nature
de l'objet, mme si l'on sait de nos jours que les densits les plus faibles envisages ne sont pas crdibles la
lumire des connaissances actuelles, et que seules les densits plantaires (3,0 et suprieures) sont rellement
acceptables.
Une autre certitude, et donc un point d'accord total entre les spcialistes, est que l'objet n'a pas touch le sol et a
explos dans l'atmosphre entre 5 et 10 km d'altitude. Il s'agit donc d'une explosion basse, ce qui est un trs
mauvais point pour l'hypothse comtaire, comme nous le verrons.
Le problme de l'orbite pratmosphrique de l'objet de la Toungouska, particulirement ardu pendant cinquante
ans, s'est un peu clair partir de 1960 avec l'utilisation des ordinateurs pour le calcul des diffrentes
possibilits. Car il ne faut pas oublier l'extrme complexit du problme, compte tenu du fait que les observations
en 1908 n'ont pas excd quelques dizaines de secondes. Tout ce que l'on sait, c'est que l'angle de la trajectoire
du bolide avec la surface terrestre tait de 10 environ seulement, et que la distance angulaire entre le bolide et le
Soleil tait galement fort petite. C'est ce qui explique que l'objet cosmique n'ait pas t observ plus tt : il tait
pratiquement indcelable pour un observateur terrestre (13), perdu dans le rayonnement solaire (figure 9-2).
Les premiers calculs srieux, dans les annes 1930 ont tous montr, tonnamment, que l'orbite du bolide tait
probablement rtrograde et que l'objet devait tre une comte longue priode. Astapovich envisageait une
vitesse gocentrique comprise entre 50 et 60 km/s, et localisait le radiant du bolide vers l'apex de la Terre. Mais
l'ordinateur a remis les choses en place grce des simulations, et de rtrograde, l'orbite la plus probable est
devenue directe, ce qui rend toutes leurs chances aux objets plantaires (qui n'ont jamais d'orbite rtrograde). On
penche actuellement pour une vitesse gocentrique de l'ordre de 30 km/s, qui est celle des objets forte
excentricit, mais qui peut concerner aussi bien une comte qu'un astrode.
190
191
Deuxime constatation retenir, il semble que les savants sovitiques aient eu la preuve que des mutations
soient galement apparues sur plusieurs espces d'insectes qui ont repeupl la rgion sinistre. Ces mutations
(si elles sont relles car l aussi il y a doute) ne peuvent tre lies qu' l'augmentation de la radioactivit locale.
Au fond, ce ne serait pas vraiment une surprise, car on sait depuis longtemps qu'une radioactivit accrue
dbouche presque obligatoirement sur des mutations gntiques parmi la faune et la flore. On ne peut que
regretter vivement le temps perdu entre 1908 et 1927, car une tude pousse immdiatement dans les annes
post-catastrophe aurait permis de lever cette ambigut et ce doute qui svissent aujourd'hui.
Aprs ces points d'accord, nous allons voir les trois hypothses concernant la nature de l'objet de la Toungouska.
Car au-del d'un consensus relatif sur certains points, il ne faut pas se cacher que les raisons de dsaccord entre
les diffrents spcialistes de toutes les disciplines concernes restent profondes, et que l'on ne peut que
difficilement envisager une "thorie" qui aurait l'assentiment de tous. Nous resterons encore longtemps au niveau
des "hypothses", mme si celle du fragment plantaire issu de Hephaistos parat nettement la plus probable.
192
Dans l'hypothse comtaire, il faut admettre un diamtre important pour l'objet de 1908. Pour une masse de 500
000 tonnes, qui est la plus raisonnable, combine avec une densit de 1,0 g/cm3 qui est celle de la glace,
principal constituant des noyaux comtaires actifs, on obtient un diamtre approximatif de 100 mtres pour un
objet sphrique. Mais certains chercheurs ont mis l'ide que la densit du noyau pourrait avoir t trs faible,
largement infrieure 1,0 g/cm3. Dans ce cas, le noyau n'aurait pas t un corps unique, mais plutt un essaim
(ou pseudo-noyau) de particules individuelles plus ou moins soudes entre elles. On cite deux valeurs cet
gard : une densit de 0,25 g/cm3 qui correspond un diamtre de 150 mtres et une densit minimale de 0,001
g/cm3 qui correspond un diamtre "gant" de 600 mtres. Disons tout de suite que seule la densit la plus
forte : 1,0 g/cm3 est plausible. Nous verrons pourquoi.
La possible association P/Encke - Ogdy
Plusieurs astronomes ont essay d'associer l'objet de la Toungouska avec une comte courte priode connue.
Dans les annes 1930, on croyait possible une parent avec la comte P/Pons-Winnecke qui s'est approche
0,039 UA de la Terre le 26 juin 1927, l'une des principales approches du XXe sicle (20), et qui, selon certains,
aurait pu se fractionner il y a quelques sicles en deux ou plusieurs fragments. Mais cette hypothse ne reposait
sur rien de srieux et a t rapidement abandonne. En 1978, Kresk a repris l'ide et a propos une association
gntique extrmement intressante avec la comte priodique P/Encke (21). Cet auteur, spcialiste bien connu
des comtes, des astrodes et aussi des mtores, s'est bas sur une similarit possible entre les deux orbites
et surtout sur la concidence de la date de l'vnement de la Toungouska (30 juin) avec celle de l'averse
mtorique des Bta Taurides, qui a lieu le mme jour et que l'on sait associe P/Encke. Cette brillante
hypothse a pris progressivement de la consistance au cours des annes 1980 (22), mais elle a t vivement
conteste car elle se heurtait de grosses difficults dont je vais parler plus loin.
A l'expos des "forces" de l'hypothse comtaire, on pourrait croire que tout est dit et que le doute n'est plus
permis. Nous allons voir maintenant que tout n'est pas si dfinitif qu'il peut paratre aux non-spcialistes.
193
L'hypothse de l'astrode
Etonnamment, cette hypothse qui avait prvalu en 1908, sous l'appellation de mtorite gante de la
Toungouska, qui a plus ou moins survcu par la suite, est revenue progressivement sur le devant de la scne,
soutenue par des grands spcialistes comme Zdenek Sekanina et Ramachandran Ganapathy. Elle est
aujourd'hui de loin la plus probable (27/28), mme si elle a le dfaut d'expliquer plus difficilement certains effets
constats. La difficult principale dans cette hypothse est de dmontrer que tous les effets enregistrs pendant
et aprs l'explosion peuvent s'expliquer aussi bien que dans le cas de l'hypothse comtaire.
Depuis le dbut des annes 1960, une dizaine de stations scientifiques permanentes ou semi-permanentes,
rparties dans quelques pays, et depuis les annes 1970 l'arme amricaine (longtemps sous le couvert "secret
dfense" pour des raisons de scurit militaire), prennent systmatiquement des photos des boules de feu et des
gros mtores qui entrent dans l'atmosphre. L'analyse des clichs obtenus dans ces stations a clairement
montr que les collisions entre la Terre et des objets cosmiques allant de 100 100 000 tonnes taient beaucoup
plus frquentes que ce qu'on imaginait auparavant. Mais seule une trs faible proportion de ces bombes
cosmiques parvient survivre la traverse de l'atmosphre terrestre, qui s'est avre tre un cran protecteur
trs efficace, notamment les couches infrieures (troposphre et stratosphre).
L'tude soigneuse de milliers de clichs a permis de distinguer trois types diffrents de corps heurtant la Terre.
D'abord, des objets durs, rocheux, que l'on a identifi avec les mtorites pierreuses de nos collections (types H,
L et LL) et qui sont des vestiges d'astrodes briss lors de collisions dans l'espace. Il s'agit de la population dite
plantaire. Ensuite, des objets plus fragiles, semblables aux mtorites carbones (type Cc) et que l'on pense
tre des vestiges comtaires. La "mtorite" de la Toungouska serait l'un d'eux selon certains spcialistes. Enfin,
un troisime groupe concerne deux types de matriaux trs friables : une forme primitive de roches carbones et
des boules de poussires, essaims de particules soudes entre elles. Ces deux groupes concernent la population
dite comtaire. Peu de mtorites mtalliques et de sidrolithes ont t observes par les stations de surveillance,
et l'on pense maintenant que ces deux types de mtorites reprsentent seulement 1 ou 2 % du matriel
cosmique balay journellement par la Terre.
Une dsintgration tardive
Le problme de l'altitude des apparitions et des disparitions des diffrentes boules de feu enregistres sur les
clichs a t particulirement tudi. Une surprise apparat au moment des conclusions. C'est que mme les
grosses roches du groupe plantaire sont pulvrises durant leur traverse de l'atmosphre et que seuls
quelques dbris, atteignant parfois une tonne, touchent le sol. C'est encore nettement plus vident pour le
matriel des deux groupes comtaires qui, dans la plupart des cas, ne parvient pas jusqu' la surface terrestre.
En octobre 1969, une boule de feu a survol la ville d'Ojarks aux Etats-Unis. Elle s'est dsintgre 22 km
d'altitude en donnant lieu deux fortes explosions, qui produisirent des ondes de choc comme en Sibrie. En
dcembre 1974, une boule de feu encore plus grosse, dont la masse a t estime 200 tonnes environ, a
survol la ville de Sumawa en Tchcoslovaquie. Elle s'est totalement dsintgre en trois secondes. Les
principales missions lumineuses eurent lieu entre 73 et 61 km d'altitude. Seul un petit fragment a atteint 55 km,
et aucun dbris n'a touch le sol.
194
Pour l'objet de la Toungouska, il est certain que l'explosion a eu lieu entre 5 et 10 km d'altitude, la plus probable
tant 6 km. A cette altitude, la pression arodynamique est environ trente fois suprieure celle existant une
altitude de 22 km, laquelle se dsintgra la boule de feu d'Ojarks. On voit qu'il y a l un problme srieux. Une
explosion 6 km d'altitude est une explosion basse, incompatible avec l'hypothse d'un noyau de glace envisag
dans le cas d'une comte active. Cette explosion basse est mme difficilement conciliable (mais sans doute pas
impossible) avec l'hypothse de l'EGA comtaire, avec un noyau base de chondrite carbone qui est un
matriau fragile, mais qui parvient quand mme parfois toucher le sol, puisqu'on en connat plusieurs
spcimens dans nos collections de mtorites.
Le verdict de la rsine : un astrode enstatite
C'est ce problme de l'explosion bien tardive, d'autant plus que l'objet de la Toungouska a eu une longue
trajectoire intra-atmosphrique, qui a oblig les spcialistes renvisager l'hypothse, longtemps abandonne,
de la mtorite vritable. Certains ont longtemps pench pour un matriel plantaire, compos de roches
relativement dures (densit de l'ordre de 3,5 g/cm3), comparables celles des chondrites des types LL ou L de
nos collections de mtorites. Le bombardement se serait uniquement produit sous une forme microscopique et
ses vestiges seraient les milliards de globules minuscules qui existent, sous forme de "mitraille" enfouie dans la
zone sinistre de la Sibrie centrale.
195
196
sont trs valables pour des constructions artificielles. Je rappelle quand mme que si Zigel a eu un certain succs
avec les organes de presse, il n'en a eu aucun avec les scientifiques sovitiques.
De lantimatire au trou noir
Cet exemple montre bien que la passion reste vive quand on aborde le sujet de la Toungouska. Il n'est donc pas
tonnant que chaque hypothse vraiment nouvelle, mise par des chercheurs reconnus, bnficie d'une large
publicit. Ce fut le cas pour les deux hypothses suivantes qui mritent qu'on les rappelle rapidement en passant.
Elles ont l'avantage sur beaucoup d'autres d'tre crdibles, mme si leur probabilit reste extrmement faible
(pour ne pas dire quasi nulle).
En 1965, trois scientifiques : C. Cowan, C. Athuri et W. Lilly (34) proposrent leur hypothse de la rencontre de
la Terre avec un fragment d'antimatire, qui se serait annihil lui-mme dans l'atmosphre. L'nergie libre dans
ce genre de collision matire-antimatire est si importante que le fragment d'antimatire n'aurait pas excd
16 grammes (contre 500 000 tonnes dans l'hypothse mtoritique).
Enfin, il faut citer l'hypothse du micro-trou noir, avance en 1973 par A. Jackson et M. Ryan (35). Le micro-trou
noir aurait eu la masse d'un gros astrode (1014 1016 tonnes) et un rayon gomtrique ngligeable (moins d'un
millionime de millimtre). Il aurait travers la Terre de part en part, environ 100 000 km l'heure, et serait
ressorti dans l'Atlantique nord avant de continuer sa course dans l'espace.
Inutile de dire que les trois hypothses ci-dessus, ainsi que toutes les autres dont je n'ai pas parl (il faudrait un
livre entier), souffrent de la comparaison avec celles tudies prcdemment, notamment celle de l'astrode qui
est presque satisfaisante. Toutes ces hypothses marginales prsentent des insuffisances notoires, et leur
probabilit, comme nous l'avons dit, est pratiquement nulle.
L'imagination tant l'un des propres de l'homme en gnral, et du scientifique en particulier, de nouvelles ides
apparatront encore dans l'avenir pour tenter d'expliquer cette catastrophe cosmique, la plus importante du XXe
sicle. Mais ce n'est pas s'avancer beaucoup de dire qu'elles resteront, coup sr, des hypothses marginales.
Notes
1. Cette date du 30 juin 1908 est celle du calendrier international (grgorien), quasiment utilis dans le monde
entier l'poque, sauf en Russie et dans d'autres pays soumis la religion orthodoxe (Grce, Bulgarie,
Yougoslavie). En Russie, on utilisait encore l'poque tsariste le calendrier julien (tabli sous Jules Csar) qui
comportait un dcalage de 13 jours en moins. Pour les Russes de l'poque prsovitique, la catastrophe
197
sibrienne est donc date du 17 juin 1908 (date note dans les pays trangers 17/30 juin, 17 vieux style,
30 nouveau style ou grgorien). Ce n'est que le 1/14 fvrier 1918 que l'URSS adopta le calendrier grgorien. La
Grce s'y soumit en 1923 seulement. On se doute que c'est le poids du clerg qui permit aux pays de religion
orthodoxe de rester si longtemps l'cart d'une (r)volution calendaire tout fait indispensable.
2. J'ai choisi d'utiliser le terme franais de Toungouska plutt que le terme international de Tunguska. Alain
Carion, dans son livre Les mtorites et leurs impacts, et d'autres auteurs ont fait un choix identique, mais le
terme Tunguska reste trs utilis, mme en France.
3. Z. Sekanina, The Tunguska event : no cometary signature in evidence, Astronomical Journal, 88, pp. 13821414, 1983. Article de rfrence crit par un expert des comtes qui rtudie toutes les donnes astronomiques
et physiques sur le mtore de la Toungouska et qui conclut une origine astrodale pour cet objet.
4. R.A. Gallant, Journey to Tunguska, Sky and Telescope, 87, pp. 38-43, june 1994.
5. C. Sagan, Cosmos (Mazarine, 1981). Titre original : Cosmos (1980). Dans ce livre de vulgarisation, associ
une srie d'missions tlvises, Carl Sagan a consacr le chapitre IV, intitul Le paradis et l'enfer (pp. 73-99)
aux cataclysmes d'origine cosmique. Il parle du cataclysme de la Toungouska et publie de nombreux rcits
obtenus, lors de la premire expdition de 1927, de tmoins oculaires proches et souvent victimes eux-mmes du
drame.
6. E.L. Krinov, Giant meteorites (Pergamon Press, 1966). Le premier livre de rfrence pour les impacts de la
Toungouska en 1908 et celle de Sikhote-Alin en 1947.
7. Quelques personnes ont atteint la rgion de la Toungouska avant 1927, mais on ne peut pas parler
d'expdition scientifique. Ds 1910, l'poque tsariste, un certain ngociant russe nomm Susdalev, sans doute
appt par un profit possible (on tait persuad qu'il tait tomb une mtorite l'poque), se rendit sur place,
mais hormis l'ampleur impressionnante des dgts, il ne trouva rien de monnayable et en tout cas aucun
fragment de mtorite.
8. E.L. Krinov, The Tunguska and Sikhote-Alin meteorites dans B.M. Middlehurst and G.P. Kuiper (eds), The
Moon, Meteorites and Comets (University of Chicago Press, 1963). Dans le chapitre 8 de ce gros livre collectif
(pp. 208-234), Krinov raconte d'une manire dtaille les premires expditions sur le site.
9. Ne pas confondre Francis Whipple (1876-1943), astronome britannique qui le premier, en 1930, proposa une
origine comtaire pour l'vnement de la Toungouska et Fred Whipple (1906-2004), astronome amricain
spcialiste de l'tude des comtes. Leurs initiales identiques ont parfois prt confusion.
10. C. Trayner, The Tunguska event, Journal of the British Astronomical Association, 107, 3, pp. 117-130, 1997.
Intressant article de synthse qui comporte une bibliographie d'une centaine de titres.
11. L. Kresk, The Tunguska object : a fragment of Comet Encke ?, Bulletin of the Astronomical Institutes of
Czechoslovakia, 29, 3, pp. 129-134, 1978.
12. A. Ben-Menahem, Source parameters of the siberian explosion of june 30, 1908, from analysis and synthesis
of seismic signals at four stations, Phys. Earth Planet. Int., 11, pp. 1-35, 1975.
13. Ogdy tait obligatoirement un EGA de type Apollo qui sloignait du Soleil et qui donc avait t dans les jours
prcdant limpact noy dans le rayonnement solaire. La gomtrie de son approche la Terre tait telle quil
tait totalement indcelable.
14. V.G. Fesenkov, A study of the Tunguska meteorite fall, Soviet Astronomy, 10, pp. 195-213, 1966. Vassili
Fesenkov (1889-1972) a t l'un des pionniers de l'astrophysique en URSS et un expert en mtorites et en
cosmologie.
15. K. Hindley, Tunguska, la boule de feu du sicle, La Recherche, 112, pp. 717-718, 1980. Dans cet article,
Keith Hindley signale qu'en 1834, l'occasion d'un dranage, on a trouv des traces comparables celles de la
Tougouska dans l'le d'Axholme dans le Lincolnshire (Angleterre). Le cataclysme pourrait remonter quelques
millnaires. Est-il possible qu'il soit associ au cataclysme du 13e sicle avant J.-C., ce qui parat assez
vraisemblable compte tenu de sa localisation gographique, ou l'impact d'un autre fragment de Hephaistos ?
16. Tous les spcialistes, pourvus dordinateurs de plus en plus performants, travaillent sur diffrents modles de
collision, en faisant varier videmment tous les paramtres. Cela donne des rsultats satisfaisants pour lesprit
mais qui restent thoriques. Les rsultats obtenus nont souvent rien voir avec ce qui sest pass
ponctuellement pour une collision donne.
17. Le nombre de Mach qui est utilis pour les vitesses supersoniques n'est pas une unit de vitesse. C'est le
rapport, variable selon le milieu et la temprature, entre la vitesse du mobile et celle du son. La vitesse du son,
dans l'air 0C, est de 331 m/s (1192 km/h). Dans une atmosphre surchauffe, comme dans le cas d'un impact,
cette vitesse augmente (par exemple, dans de lair 500 C, elle est de 557 m/s, soit 2005 km/h). Dans l'eau 8,
la vitesse du son est beaucoup plus leve : 1435 m/s (5166 km/h). On voit qu'une vitesse moyenne d'impact, qui
est de 20 km/s, n'a rien de comparable avec la vitesse du son : elle est prs de 60 fois suprieure.
198
18. B.Y. Levin and V.A. Bronshten, The Tunguska event and the meteors with terminal flares, Meteoritics, 21, pp.
199-215, 1986.
19. J.C. Brown and D. W. Hughes, Tunguska's comet and non-thermal 14C production in the atmosphere, Nature,
268, pp. 512-514, 1977.
20. M.-A. Combes et J. Meeus, Les fortes approches des comtes la Terre, L'Astronomie, 110, pp. 254-261,
1996.
21. En 1982, dans la version originale de La Terre bombarde, j'crivais un peu trop lgrement : " Mais l
encore, ces deux concidences sont tout fait insuffisantes pour prouver une origine commune ". On sait
aujourd'hui que P/Encke est le rsidu (pas forcment le rsidu principal, mme s'il semble tre le dernier encore
actif, donc le seul d'apparence comtaire) d'une grosse comte qui venait il y a quelques dizaines de milliers
d'annes proximit de la Terre. De nombreux petits corps d'apparence astrodale circulent sur des orbites
similaires (voir le chapitre sur les comtes pour plus de dtails).
22. P.A. LaViolette, The cometary breakup hypothesis re-examined, Monthly notices of the Royal astronomical
society, 224, pp. 945-951, 1987.
23. M.-A. Combes, Note sur les EGA plantaires et comtaires, L'Astronomie, 94, pp. 131-137, 1980.
24. E.J. pik, Interplanetary encounters, 1976.
25. Voir le tableau 7-1 qui recense seulement 4 fortes approches (infrieures 0,100 UA) de comtes actives la
Terre pour le XXe sicle. Mme si certaines comtes faibles ont pu tre rates par les astronomes, il est exclu
que les fortes approches aient dpass la dizaine, ce qui est trs peu.
26. Z. Sekanina, A core-model for cometary nuclei and asteroids of possible cometary origin, pp. 423-428, in T.
Gehrels (ed.), Physical studies of minor planets (NASA, SP-267, 1971).
27. J.G. Hills and M.P. Goda, The fragmentation of small asteroids in the atmosphere, Astronomical Journal, 105,
pp. 1114-1144, 1993.
28. G.V. Andreev, Was 1908 Tunguska's event begot by Apollo-type object ?, in C. Lagerkvist and H. Rickman
(eds), Asteroids, Comets, Meteors III, 1987.
29. G. Longo et al., Search for mocroremnants of the Tunguska cosmic body, Planetary and Space Science, 42,
pp. 163-177, 1994.
30. Tunguskas smoking gun ?, Sky and Telescope, p. 14, december 1994.
31. On a recens une cinquantaine d'hypothses diffrentes pour expliquer le cataclysme de la Toungouska,
certaines tant totalement farfelues, quasiment dbiles. Seules une demi-douzaine sont possibles, trois
seulement sont crdibles.
32. L'ingnieur russe Alexandre Kazantzev a propos le premier l'hypothse de l'impact accidentel d'un vaisseau
spatial ds 1946, mais il n'y a pas le dbut de commencement d'une preuve. Cette hypothse n'est ni plus ni
moins qu'un fantasme.
33. Le Parisien Libr, Selon un savant sovitique, un OVNI s'est cras sur la taga en 1908, numro du 30
octobre 1978.
34. C. Cowan, C. Athuri and W. Lilly, Possible anti-matter content of the Tunguska meteor of 1908, Nature, 206,
pp. 861-865, 1965.
35. A.A. Jackson and M.P. Ryan, Was the Tunguska event due to a black hole ?, Nature, 245, pp. 88-89, 1973.
36. Ce sont les savants russes eux-mmes qui demandent que la rgion de la Toungouska soit classe site
protg par l'UNESCO. Ce serait le seul moyen de retrouver encore des traces du cataclysme de 1908 qui
s'effacent inexorablement.
37. Vladimir Svetsov, comme beaucoup de ses confrres, a effectu plusieurs simulations concernant l'entre
dans l'atmosphre du mtore de la Toungouska. Il en a dduit que la fragmentation a dbut dans la haute
atmosphre, et donc que les petits dbris spars rapidement du fragment majeur ont pu viter la dsintgration
totale. D'aprs lui, la dcouverte de petits fragments rescaps est trs possible, probable mme si l'on cherche
au bon endroit.
199
200
CHAPITRE 10 :
Mtorites sacres
A l'oppos de cet usage "utilitaire", certaines pierres mtoritiques anciennes furent leves la dignit de
divinits (4). Cela est d au fait que le phnomne de la chute de pierres clestes tait regard, par des
populations encore bien frustes, comme une manifestation directe des puissances surnaturelles.
Ainsi, d'authentiques pierres du ciel furent adores sous les noms de Cyble ou Mre des Dieux chez les
Phrygiens, de Jupiter Ammon chez les Libyens, mtorite qui fut transporte Rome en 104 avant J.-C. o elle
devint l'objet d'un culte particulier. La plus connue de ces pierres sacres s'appelle Elagabale, du nom de
l'empereur romain Elagabal (Marcus Aurelius Antoninus, 204-222, mort assassin 18 ans seulement par les
prtoriens qui ne pouvaient plus le supporter !) qui la fit amener en grande pompe Rome sur un char tir par
quatre chevaux et qui prtendit en faire la divinit suprme de tout l'Empire romain (5). Cette clbre pierre noire,
ramene des confins du dsert de Syrie, avait environ 90 cm de hauteur et 85 cm de diamtre la base. Une
pice de monnaie de l'poque rappelle cette extravagante histoire.
201
202
Cela montre bien que la chute de pierres clestes tait une chose avre depuis toujours, mme si on la prenait
encore souvent pour un signe de Dieu, ou mme pour un authentique "miracle", mot utilis souvent propos de
la mtorite d'Einsisheim. De nombreux dessins significatifs ont t publis ce sujet tout au long du Moyen Age.
A cette poque pourtant, quelques savants clairs, qui surtout ne voulaient pas nier l'vidence, admettaient
facilement l'origine atmosphrique de ces pierres tombes du ciel, acceptant en cela l'explication assez
tarabiscote donne par Aristote (384-322) , au IVe sicle avant J.-C., dans son Trait du Ciel et dans ses
Mtorologiques.
Namibie (ex-Sud-Ouest africain). Mais il est bien vident que la chute est beaucoup plus ancienne et remonte
probablement plusieurs sicles. Aucune lgende locale ne semble attache cet objet qui a d pourtant, vu sa
masse, provoquer un spectaculaire "feu du ciel" avant de toucher le sol.
La seconde mtorite en importance est la sidrite de Cape York (Groenland), rebaptise depuis Ahnighito,
connue depuis 1818 et qui pse 34 tonnes. Lors de son sjour au Groenland en 1818, le navigateur John Ross
(1777-1856) reut des Esquimaux de la baie du Prince Rgent, o il avait accost, des couteaux lames de fer
et poignes en os. Ces lames s'avrrent avoir t tailles dans un bloc de fer mtoritique. En 1894, un autre
navigateur, Robert Peary (1856-1920), se fit montrer par les autochtones les blocs mtoritiques d'o avaient t
extraites les fameuses lames en question. Il s'agissait alors de trois blocs, dont deux importants d'un poids de 34
et 3 tonnes, et d'un autre plus petit pesant environ 400 kg (un quatrime a t dcouvert depuis (8)). Peary fit
transporter les deux petits fragments New York en 1895, et le gros en 1897. L encore, on ne sait rien de la
date de cette chute multiple, les Esquimaux ne pouvant donner aucun renseignement ce sujet.
La troisime mtorite par ordre de poids dcroissant, toujours une sidrite, est celle de Chingo. Elle a t
dcouverte dans le dsert de Gobi une date inconnue, et pse environ 30 tonnes. Elle a t transporte
Urumchi, ville du nord-ouest de la Chine. La chute pourrait dater du XIXe sicle, car des rcits circulent ce sujet
parmi la population locale. La forme de cette mtorite, grossirement conique avec deux renflements
caractristiques, lui a valu le surnom de chameau d'argent.
On connat encore deux mtorites rpertories de plus de 25 tonnes. Il s'agit de la sidrite de Bacubirito, au
Mexique, connue depuis 1863 et qui pse 27 tonnes et celle de Mbosi, en Tanzanie, connue depuis 1930 et qui
pse 25 tonnes. Pour ces deux chutes, on ignore galement tout des dates relles des impacts qui doivent
remonter quelques sicles.
Plusieurs autres sidrites de plus de 10 tonnes sont connues, mais aucune d'entre elles n'a t observe lors de
sa chute.
204
relativement efficace pour les petits objets, notamment quand la trajectoire l'intrieur de la zone dense de
l'enveloppe atmosphrique dpasse les 100 km. Autre constatation trs importante faite la suite de cette chute :
le total des fragments rcuprs la suite de plusieurs campagnes soignes sur le terrain ne reprsente que le
1/50 environ de la masse pratmosphrique. La trs grande partie de l'objet initial s'est donc littralement
volatilise et n'a mme pas touch le sol.
205
L'intrt, c'est que ce petit astrode s'approcha jusqu' 58 km au-dessus du sol du Montana. Si son altitude avait
t de 10 km infrieure, il aurait frapp la Terre, probablement sur le territoire de l'Alberta. L'nergie d'un tel
impact aurait t de l'ordre de 51014 joules, ce qui est loin d'tre ngligeable l'chelle locale. C'est l'quivalent
d'un sisme de 6,7 ou de plusieurs bombes du type Hiroshima. Cependant, comme pour la chute de Sikhote-Alin,
il est possible (sinon probable) qu'il y aurait eu fracturation de l'objet dans les couches basses de l'atmosphre, et
donc des dgts moindres, sinon inexistants.
Le nombre important d'observations, de films et de photographies pris dans d'excellentes conditions, a permis de
calculer une orbite assez prcise pour cet objet cleste. Il s'agissait d'un minuscule astrode de type Apollo 2
(circulant en moyenne entre l'orbite de Mars et le bord interne de l'anneau principal des astrodes), avec a =
1,66 UA, e = 0,39, q = 1,01 UA, Q = 2,3 UA et i = 15. A la date de la rencontre, le 10 aot 1972, la Terre se
trouvait une distance de 1,014 UA du Soleil et avait une vitesse hliocentrique de 29,4 km/s. L'astrode venait
juste de franchir le plan orbital de la Terre, du nord au sud, et voyageait 34,8 km/s. Il rattrapa la Terre par
derrire, la vitesse initiale de 10,1 km/s, vitesse qui augmenta ensuite jusqu' 15 km/s, du fait de la force
d'attraction de la Terre qui acclra sensiblement son mouvement.
207
mobilisation populaire, organise par le gouvernement chinois et orchestre par plusieurs quipes de professeurs,
de trs nombreux fragments furent rcuprs dans une zone elliptique oriente est-ouest, sur une distance de 1
en longitude, ce qui est assez norme et ne s'tait jamais vu auparavant. Le principal morceau avait un poids de
1,77 tonne, il fut retrouv quelques dizaines de mtres seulement d'un groupe de maisons, aprs avoir creus
un cratre de 2 mtres de diamtre et de 3 mtres de profondeur. Mais en fait, c'est plus de 4 tonnes de matriel
qui furent rcupres. Tous les fragments avaient une crote noirtre fondue par l'chauffement caus par le
frottement atmosphrique. Les analyses ont montr qu'il s'agissait d'une chondrite olivine et bronzite (les plus
riches en ferro-nickel), donc de type H.
Cette chute de Jiling est donc celle qui fut la mieux observe et dont on possde la meilleure documentation de
toute l'histoire des chutes de mtorites. Elle a permis de connatre la plus grosse arolithe recense ce jour.
L'ancien record appartenait l'arolithe de Norton, dans le Kansas (tats-Unis) qui pse 1,08 tonne, et dont la
chute fut observe le 18 fvrier 1948.
208
CHONDRITES CARBONES
CHONDRITES ORDINAIRES
CHONDRITES A ENSTATITE
DIFFRENCIES
MTORITES DE FER
ACHONDRITES
Types
CI
CM
CO
CV
CK
CR
CH
R
LL
L
H
AL
Brachinites
EL
EH
Exemples
Orgueil
Murchison
Ornans
Allende, Axtell
Karounda
Renazzo
ALH85085
Rumuruti
Saint-Mesmin
L'Aigle
Flandreau
Acapulco, Lodran
Brachina
Eagle
Saint-Sauveur
Types
Fers
Fers inclusions
silicates
Pallasites
Msosidrites
Eucrites
Diognites
Howardites
Angrites
Ureilites
SNC
Basaltes et
brches lunaires
Aubrites
Exemples
Staunton, Tamentit
Springwater
Chinguetti
Bouvante
Tatahouine
Le Teilleul
Angra dos Reis
Novo Urei
Chassigny, Zagami
Classiquement, on divise aussi les mtorites en trois grandes classes selon leur composition :
1. les sidrites qui contiennent principalement du fer et du nickel, la densit leve (7,0-7,8).
2. les arolithes (les mtorites pierreuses), la densit beaucoup plus faible (2,5-3,5), composes
principalement de silicates.
3. les sidrolites, contenant en quantits quivalentes des silicates et du fer-nickel, de densit intermdiaire
(5,0-6,0).
Il faut noter ladjonction dun chiffre (de 1 7) aprs la lettre ou les lettres qui indiquent le type chimique. Ce
chiffre correspond au type ptrologique. Ainsi Allende est classe CV3, Murchison CM2, Pultusk H5 et Holbrook
L6.
Pour ce qui est des corps parents, parmi les achondrites, les eucrites sont des vestiges de lastrode Vesta,
comme je l'ai expliqu au chapitre 6, et les sidrites sont des noyaux de gros astrodes diffrencis et briss
ultrieurement. On connat de tels astrodes de fer (type M), comme 1986 DA qui pourrait heurter la Terre dans
lavenir. Les chondrites ordinaires (LL, L et H) sont trs courantes, mais ont peu de corps parents recenss dans
lespace. Cela sexplique sans doute par lexistence dune crote de poussires silicates la surface des
astrodes S. Mais sous cette crote de surface protectrice, de nombreux NEA de type S doivent tre des
chondrites de type LL, L ou H qui subiront encore des fragmentations avant de venir heurter notre plante.
Les SNC (sigle pour le groupe des Shergottites, Nakhlites et Chassignites), elles, sont suspectes dtre dorigine
martienne, et prsentent donc un intrt tout particulier. Ces mtorites auraient t jectes de la plante rouge
la suite dimpacts rasants. Elles sont beaucoup plus jeunes que les mtorites carbones.
210
Comme prvu, il sest avr que cette matire tait principalement de nature carbone, puisque produit de
dcomposition des comtes, mais une partie semble concerner de la poussire interstellaire capture par le
Systme solaire loccasion de la traverse de nuages galactiques. Cette matire micromtoritique est dune
composition quivalente la matire des chondrites carbones, avec notamment une forte teneur en minraux
hydrats, en hydrocarbures, en acides amins (cest--dire une matire composant la matire biologique) et en
hydrocarbures aromatiques polycycliques (les fameux HAP). On sait que lensemble de ces lments organiques
a t regroup sous le nom gnrique de CHON (pour Carbone, Hydrogne, Oxygne et N pour azote).
Lintrt principal des micromtorites est quelles ne sont pas dsintgres en entrant dans latmosphre. Leur
chauffement par friction est insuffisant pour les dtruire, comme cest la rgle pour les particules de taille
millimtrique et suprieure, et ainsi les acides amins quelles renferment, et qui ne se dcomposent qu partir
de 300 degrs, temprature qui nest jamais atteinte, gardent leurs proprits. Simplement, cette poussire
cosmique met plus de temps pour se dposer tranquillement sur le sol et dans les dserts de glace o elle se fait
piger pour des dizaines, ou mme des centaines ou milliers dannes parfois.
Cette poussire cosmique, que lon commence seulement tudier en grand dtail, pourrait avoir eu une
importance capitale pour lapport de la vie sur Terre (20). La panspermie microscopique parat tre une
possibilit trs acceptable et ses supporters sont de plus en plus nombreux, comme nous le verrons au chapitre
14. Car il faut bien comprendre que ce flux actuel de 100 tonnes par jour de poussires cosmiques est totalement
rsiduel par rapport celui qui existait lors de la formation et de la consolidation des plantes. Maurette a calcul
qualors 500 000 micromtorites par mtre carr percutaient la surface terrestre en dix ans. Malgr un
environnement que lon sait hostile, les micromtorites sont tombes partout en masse et donc aussi dans les
bons endroits protgs, capables de gnrer la soupe primitive, et aptes dvelopper la vie, en agissant comme
des "racteurs chimiques chondritiques", comme la expliqu le chimiste franais Andr Brack.
Il semble bien que des tonnes de poussire cosmique soient rcuprables ces prochaines annes en Antarctique
et au Groenland. Les quipes spcialises pourront donc avoir accs des chantillons qui ne sont pas
obligatoirement tous quivalents. Que dcouvrira-t-on dans ces chantillons de poussires cosmiques ?
Probablement des traces de vie indniables, mais aussi peut-tre des traces de panspermie microbienne
annonces par Fred Hoyle et Chandra Wickramasinghe, et dont je parlerai au chapitre 16. Ainsi les
micromtorites, lun des composants mineurs et longtemps sous-estim de la matire cosmique, pourraient en
dfinitive nous apporter des prcisions dcisives sur notre pass.
211
La pluie suivante eut lieu le 22 mars 1808, 6 heures du matin, Stannern en Moravie (Rpublique Tchque).
On recensa de 200 300 fragments, mais seulement 66 furent rcuprs, d'un poids total de 52 kg. Le fragment
majeur pesait 6 kg environ.
Une autre chute notable, celle de Knyahinya en Ukraine, eut lieu le 9 juin 1866 vers 17 heures. Prs de 1000
pierres tombrent dans une petite aire de 31 km. Le poids total des fragments rcuprs avoisinait les 500 kg,
avec un fragment majeur de 293 kg qui fut un temps la plus grosse arolithe connue dont la chute a t observe.
Le 30 janvier 1868 eut lieu l'une des plus importantes pluies de mtorites connues ce jour. Elle est rpertorie
sous le nom de pluie de pierres de Pultusk, mais en fait elle se produisit sur une aire elliptique de 8 km de long et
1,5 km de large, entre Pultusk et Ostralenka, deux petites villes de Pologne. Il tait environ 19 heures, lorsqu'un
splendide mtore fut observ par les tmoins dans le ciel nocturne. Plusieurs dtonations furent entendues, puis
plusieurs milliers de fragments tombrent du ciel provoquant un vrai feu d'artifice. On donne souvent le chiffre de
100 000 pierres diffrentes, mais cela est trs exagr. Les estimations plus raisonnables donnent entre 3000 et
20 000 fragments, avec un nombre de l'ordre de 10 000 comme tant le plus probable. Ce n'est dj pas mal. La
plus grosse pice avait 9 kg seulement et plus de 200 fragments d'un poids suprieur 1 kg furent rcuprs. La
plupart des morceaux ne dpassaient pas quelques grammes. Plus de 200 kg de cette mtorite figurent dans
tous les grands muses spcialiss du monde.
La rgion de Mcs, prs de Cluj en Transylvanie (Roumanie), fut galement tmoin d'une importante pluie,
le 3 fvrier 1882 vers 16 heures. Le nombre de fragments fut estim environ 3000. Le poids total rcupr
atteignait prs de 300 kg et le fragment majeur 56 kg.
Enfin, on peut citer l'une des plus remarquables pluies mtoritiques du XXe sicle qui eut lieu en Arizona, prs
de la ville de Holbrook, le 19 juillet 1912 vers 19h15. L encore, un mtore brillant et des dtonations furent
enregistrs, puis une pluie trs importante car on a estim le nombre de fragments 14 000. Le poids total
rcupr fut de l'ordre de 210 kg, avec un fragment majeur de 6 kg environ et une multitude de petits grains de
quelques grammes seulement.
J'ai parl plus haut des importantes pluies de Sikhote-Alin en 1947, de Jiling en 1976 et d'Allende en 1969. Mais
le nombre de fragments individuels tombs du ciel (et non le nombre de fragments aprs impact qui est
videmment nettement suprieur) n'est pas connu avec prcision. On peut dire simplement que ces trois chutes
furent trs importantes et dpassrent le millier d'units.
212
Visibilit
km/s
plusieurs
Jan 2/3/4
43
Jan 13/15/17
Avr 20/22/23
47
Mai 2/4/7
64
Mai 29/8/17
39
Juin 1/9/15
29
Juin 27/28/5
Juin 23/30/7
31
Juil 20/30/14
41
Juil 29/11/18
60
Oct 9/10/11
24
Oct 17/21/24 66
Oct 20/4/25
30
Nov 14/16/19 72
Nov 15/20/6
20
Dc 2/10/18
Dc 8/13/15
36
Dc 19/22/23 36
283
295
31
44
77
78
97
277
307
138
196
29
48
234
235
78
260
270
168
287
214
84
30
75
1
80
161
20
1
19
6
30
115
35
162
4
163
20
6
26
54
0.71
0.79
0.95
0.91
0.94
0.79
0.69
0.85
0.98
0.96
0.70
0.91
0.83
0.92
0.7
0.8
0.9
0.83
0.97
0.42
0.92
0.49
0.09
0.34
1.01
0.34
0.06
0.94
1.00
0.54
0.35
0.97
0.80
0.46
0.14
0.93
189
244
152
152
175
87
114
175
230
101
325
210
Objet associ
2101 Adonis
2212 Hephaistos
P/Thatcher
P/Halley
1566 Icarus
P/Pons-Winnecke
P/Encke
P/Swift-Tuttle
P/Giacobini-Zinner
P/Halley
P/Encke
P/Tempel-Tuttle
D/Biela
2201 Oljato
3200 Phaethon
P/Tuttle
213
Durant ce balayage permanent, les corpuscules qui sont anims de grandes vitesses entrent en contact avec les
couches suprieures de l'atmosphre et sont ralentis par le frottement. Comme tout mouvement frein est
automatiquement compens par un chauffement, celui-ci entrane "l'allumage" du mtore. Mais cette apparition
est toujours trs courte, sauf exceptions. Elle ne dure qu'une fraction de seconde pour les plus faibles et peut
atteindre quelques secondes (de 3 5 en gnral) pour les mtores brillants. Pour les gros bolides, la dure
d'apparition peut dpasser quelques dizaines de secondes (le mtore du Montana du 10 aot 1972 fut visible
durant 101 secondes, record absolu). En moyenne, pour les mtores brillants, l'altitude de "l'allumage" est de
140 km et celle de "l'extinction" est de 50 km, la trajectoire intra-atmosphrique pouvant dpasser 200 km.
Je rappelle enfin quelques chiffres. On a fix environ 30 millions le nombre de mtores atteignant la magnitude
4 pour toute la Terre et par 24 heures. Pour la magnitude 0, qui est celle des toiles brillantes comme Vga et
Capella, le nombre des mtores visibles par priode de 24 heures est encore norme : 400 000. Pour la
magnitude -3, c'est--dire les bolides, prs de 30 000 units sont thoriquement observables. Mais il est
important de rappeler que tous ces mtores et bolides sont en fait des corpuscules tout fait insignifiants qui ne
dpassent pas (sauf exceptions) quelques milligrammes pour les plus faibles et quelques grammes pour les plus
lumineux.
214
Un autre essaim clbre est celui des Persides dont les averses, plus ou moins intenses, se produisent chaque
anne du 10 au 12 aot. Ce sont elles qui ont reu le nom particulier de larmes de Saint-Laurent, du nom du saint
que l'on fte le 10 aot. Les Persides sont lies la comte 109P/Swift-Tuttle, dont elles sont le produit de la
lente dsintgration. Cette comte priodique a une longue priode de 130 ans (dcouverte en 1862, elle a t
robserve en 1992) et elle essaime depuis longtemps tout au long de son orbite. L'activit des Persides est
connue depuis le Moyen Age et a t note dans les chroniques partir de l'an 865. Les principales averses
eurent lieu en 1779, 1834, 1836 et 1839.
Il faut encore citer un autre essaim, celui des Andromdides ou Bilides, qui a un radiant large et irrgulier et
dont les averses ont lieu du 17 au 27 novembre. Elles sont spcialement intressantes, car elles sont le produit
de la dsintgration de la comte 3D/Biela dont j'ai dj parl au chapitre 7. Aprs sa fracturation en dcembre
1845 en deux composantes principales, sa fin fut trs rapide et prit la forme d'une vritable dsintgration non
observe en direct malheureusement. La surprise pour les observateurs eut lieu le 27 novembre 1872, date
laquelle l'orbite de la comte coupait celle de la Terre. Dans la soire, entre 19 heures et 1 heure du matin, soit
pendant six heures, mais avec un maximum vers 21 heures, une fantastique averse de mtores de toutes tailles
fut observe en Europe. On a valu le nombre total de Bilides 160 000 cette nuit-l, o elles tombrent sans
interruption " gros flocons", comme l'indiqurent des milliers de tmoins berlus et incrdules, partir d'un
radiant proche de l'toile Almak (gamma Andromde).
Treize ans plus tard, le 27 novembre 1885, on assista en Europe une nouvelle averse exceptionnelle, juste
l'instant o la Terre croisait l'orbite de la comte dsintgre. On compta encore prs de 15 000 mtores
l'heure. Par contre, depuis, on n'a rien observ du fait probablement de perturbations plantaires. En remontant
dans le pass, on a not que le radiant proche d'Almak avait dj t observ en 1741, 1798, 1830, 1838 et 1847.
Cela signifie qu'avant sa dsintgration finale, D/Biela perdait dj depuis un certain temps une partie non
ngligeable de sa matire qui s'tait disperse tout au long de l'orbite elliptique.
Parmi les autres essaims moins importants, il faut citer les Draconides ou Giacobinides du 9 octobre qui sont
associes gntiquement la comte 21P/Giacobini-Zinner. Elles ont fourni en 1933 une averse reste clbre,
puisqu'elle fut la plus importante depuis celle de 1885.
215
dboucher moyen terme sur une multitude dessaims mtoriques, dissmins tout autour de la sphre cleste
par le jeu dune dispersion inluctable.
216
Depuis 500 millions d'annes, le poids de la Terre aurait augment de 0,001 %, c'est--dire de seulement
1/100 000, proportion ngligeable par rapport l'augmentation des 4 milliards d'annes prcdentes. Comme on
sait que la masse de notre plante dtermine en partie les diffrents processus gologiques et gophysiques qui
ont lieu en permanence l'intrieur de l'corce terrestre, on en conclut cependant que l'apport de la matire
cosmique, minime mais ininterrompu, fait de la Terre une plante qui poursuit sa formation et qui ne peut que
"prosprer" au dtriment de cette matire cosmique environnante inpuisable et sans cesse renouvele, du fait
que les comtes et les astrodes sont constamment menacs d'miettement. Les astronomes ont calcul que si
la matire mtoritique qui tombe chaque jour sur la Terre ne se mlangeait pas aux roches terrestres existantes,
elle formerait en un million d'annes seulement une couche pouvant dpasser plusieurs centimtres.
La fragmentation est la rgle
Les chutes de mtorites ont galement montr une chose importante : c'est que la fragmentation est la rgle,
mme pour les objets denses (on l'a vu en 1947 avec la sidrite de Sikhote-Alin). Il semble trs improbable, pour
ne pas dire impossible, que les objets ayant une densit infrieure 3,0, c'est--dire tous les essaims, les noyaux
comtaires forms de glace, de gaz gels et de matire mtoritique plus ou moins agglomre, les astrodes
carbons (de types C et D), puissent viter la fracturation et la fragmentation en traversant l'atmosphre. Cela est
plutt rassurant car les pluies de pierres ou la volatilisation complte d'autres objets dans l'atmosphre ont des
consquences moins srieuses que l'impact d'un objet unique ayant travers cette atmosphre sans
ralentissement significatif.
La frquence des collisions d'EGA sur la Terre, note dans le tableau 6-6, et qui concerne des objets entrant
dans l'atmosphre, est donc moins "mortelle" qu'il peut paratre certains, surtout en ce qui concerne les petits
objets. En rgle gnrale, la fragmentation d'un objet unique produit un ou deux gros morceaux, quelques-uns de
taille moyenne et de nombreux petits (on l'a souvent constat lors de pluies mtoritiques). Ainsi, un impact
concernant un EGA de 300 mtres sur la Terre tous les 3500 ans, sur les parties immerges tous les 5000 ans et
sur les parties merges tous les 12 000 ans ne parat pas une estimation excessive, au contraire elle parat bien
modeste. Je rappelle que parmi les NEA, il y a une bonne proportion (40 % selon les donnes actuelles) d'objets
carbons et de noyaux comtaires, qui ont une densit infrieure 3,0 et qui n'ont donc pratiquement aucune
chance d'arriver au sol sans fragmentation. On est donc en droit de se demander si les chiffres ci-dessus ne sont
pas, en fait, nettement infrieurs la ralit, et sil ne faudra pas envisager une rvaluation.
Par contre, les chutes de mtorites sous forme de pluies doivent tre trs frquentes. Et c'est bien ce que l'on
observe, puisqu'on en connat de nombreux exemples rcents. Dans le cas de pluies mtoritiques, il est souvent
impossible de savoir avec prcision quelle tait la masse totale de l'objet original avant son entre dans
l'atmosphre. En effet, on s'est rendu compte qu'une part trs importante (qui peut atteindre 95 % et mme
jusqu' 99 % dans certains cas extrmes) de la masse originale est totalement volatilise et ne touche pas le sol.
Cependant, on peut parfois en faire une estimation correcte d'aprs l'clat du bolide, si l'on a pu calculer son
orbite et donc sa distance relle au moment de l'observation.
L'tude photographique et spectrographique des mtores a clairement montr ce que l'on savait dj :
l'existence d'une double population de poussires cosmiques, l'une d'origine comtaire, l'autre d'origine
astrodale. Je rappelle que toutes ces poussires et petits objets cosmiques, qui circulent en tant que particules
ou essaims autonomes dans le Systme solaire, sont le produit de la dsintgration des noyaux de comtes et de
l'miettement permanent des astrodes. L'existence de cette double population se retrouve, bien sr, une
chelle macroscopique, et l'on sait d'une manire certaine qu'il existe un impactisme plantaire et un impactisme
comtaire, les deux entranant des consquences bien diffrentes.
Des tranes persistantes dans latmosphre
Il faut aussi insister un instant sur une constatation intressante : l'existence de tranes persistantes la suite de
la traverse de l'atmosphre de mtorites importantes et de mtores trs brillants. On l'a vu notamment en
1908, en 1947 et en 1972, o les objets concerns atteignaient ou dpassaient les 1000 tonnes, mais aussi lors
de bien d'autres circonstances. Tous les observateurs ont constat que ces tranes se dformaient au fil des
minutes, du fait de perturbations atmosphriques, et qu'elles prenaient parfois des formes bizarres. Notamment,
la forme du serpent a t note maintes reprises.
Rappelons-nous la lgende de Typhon, dont j'ai parl au chapitre 1, et de nombreuses observations consignes
dans les chroniques du pass concernant la prsence de "serpents" dans le ciel. Il a d s'agir dans la majorit
des cas de tranes persistantes, conscutives des passages de gros mtores l'intrieur de l'atmosphre
terrestre. Les serpents ttes multiples (c'tait notamment le cas de Typhon, le serpent "aux cent ttes") taient
tout simplement des tranes devenues multiples aprs une fragmentation dans l'atmosphre et une lgre
dispersion des objets secondaires ainsi produits.
217
Notes
1. P.-M. Bigot de Morogues, Mmoire historique et physique sur les chutes de pierres tombes la surface de la
Terre diverses poques, 1812. Un vieux livre fort utile que l'on peut consulter la bibliothque du Musum
National d'Histoire Naturelle (le MNHN) qui dtient une multitude de "trsors" du mme genre. La lecture de ce
remarquable document a d tre un vritable camouflet pour tous ceux qui ne voulaient pas croire la chute de
pierres sur la Terre.
2. L. LaPaz, The effects of meteorites upon the Earth (including its inhabitants, atmosphere, and satellites),
Advances in Geophysics, 4, pp. 217-350, 1958.
3. C. Flammarion, Astronomie populaire (1880) et G.C. Flammarion, A. Danjon et autres, Astronomie populaire
Camille Flammarion (Flammarion, 1955). Les deux classiques de la littrature astronomique franaise, spars
de trois quarts de sicle, contiennent une documentation ingale sur l'astronomie du pass. Le livre V de
l'dition de 1955 : Les comtes, mtores et mtorites (pp. 331-404), d Fernand Baldet, est particulirement
intressant.
4. M. Eliade, Trait d'histoire des religions (Payot, 1964).
218
5. R. Turcan, Hliogabale et le sacre du soleil (Albin Michel, 1985). Ce livre tonnant raconte l'histoire de cet
empereur dmentiel et de sa passion sans limite pour la mtorite. On comprend que tout le monde voulut
l'liminer le plus rapidement possible. Il fut assassin 18 ans aprs une courte vie de folie et de dbauche,
jamais renouvele semble-t-il dans toute l'histoire des souverains ultrieurs.
6. E.M. Antoniadi, Uranolithes vnrs, L'Astronomie, 51, pp. 433-436, 1937.
7. Ce document est conserv la bibliothque de Strasbourg. Il est cit par Alain Carion dans son livre Les
mtorites et leurs impacts (Masson, 1997), pp. 103-104.
8. M. Maurette, Chasseurs d'toiles (Hachette-La Villette, 1993).
9. E.L. Krinov, Giant meteorites (Pergamon Press, 1966).
10. B.M. Middlehurst and G.P. Kuiper (eds), The Moon, Meteorites and Comets (University of Chicago Press,
1963). Le chapitre 8, d E.L. Krinov, concerne The Tunguska and Sikhote-Alin meteorites (pp. 208-234).
11. Musum National d'Histoire Naturelle (sous la direction de B. Zanda et M. Rotaru), Les mtorites (Bordas,
1996). C'est le livre paru l'occasion de la magistrale exposition "Mtorites !" prsente (du 22 mai 1996 au 6
janvier 1997) par le MNHN la Grande Galerie de l'Evolution au Jardin des Plantes de Paris, pendant laquelle les
visiteurs pouvaient toucher de leurs mains certaines de ces mtorites (certains le faisaient quasi
religieusement !). Ce livre superbement illustr, crit en collaboration par de nombreux spcialistes, est une
vritable mine de renseignements. Un document indispensable. Le chapitre 11 de ce livre " Des fossiles
galactiques " (pp. 113-121), d Ernst Zinner, explique fort bien le problme des anomalies isotopiques et
lorigine de mtorites comme Allende et Murchison.
12. J.A. Wood, Meteorites (pp. 241-250) dans J.K. Beatty and A. Chaikin (eds), The new solar system (Sky
Publishing Corporation and Cambridge University Press, 1990).
13. L.G. Jacchia, A meteorite that missed the Earth, Sky and Telescope, 48, pp. 4-9, 1974.
14. Une orbite approximative post-approche, calcule la suite des observations daot 1972, avait laiss
esprer un nouveau passage prs de la Terre en aot 1997, 25 ans aprs lapproche record, du bolide du
Montana. En fait, une robservation aurait t quasiment miraculeuse et la tentative de redcouverte a chou. Il
ne faut pas sen tonner, la priode dobservation (101 secondes) tant beaucoup trop courte pour calculer une
orbite suffisamment prcise, surtout aprs les perturbations drastiques subies par le bolide durant sa traverse de
latmosphre terrestre.
15. T. Tsung, The Jiling meteorite, Sky and Telescope, 56, pp. 465-466, june 1978.
16. Dans son livre Chasseurs d'toiles, Michel Maurette raconte (pp. 62-63) que W. Cassidy dut se battre pour
obtenir le financement d'une expdition en Antarctique qu'il avait sollicit ds 1974. Comme trop souvent, les
pesanteurs administratives et le jugement ngatif de "comits de scientifiques" lui mirent des btons dans les
roues. C'est seulement aprs la russite annonce des Japonais qu'il obtint ses crdits. Aujourd'hui les rsultats
obtenus ont rembours plus de 1000 fois les investissements. La bureaucratie a toujours t un frein la
recherche...
17. Ce tableau est bas sur celui paru dans Les mtorites, op. cit., pp. 66-67.
18. D.J. Asher, V. Clube, B. Napier and D.I. Steel, Coherent catastrophism, Vistas in astronomy, 38, pp. 1-27,
1994. Voir aussi le chapitre 8 (pp. 109-136), qui porte le mme titre : Coherent catastrophism du livre de D.I.
Steel (voir la note 24).
19. G. Kurat et M. Maurette, Matire extraterrestre sur la Terre : de lorigine du Systme solaire lorigine de la
vie (Michal Ittah, 1997).
20. D. Bentaleb, La vie venue de lespace, Science et Vie, 966, pp. 55-65, mars 1998.
21. M.H. Hey, Catalogue of meteorites, third edition (British Museum, 1966).
22. G.W. Kronk, Meteor showers, a descriptive catalog (Enslow Publishers, 1988). L'ouvrage de rfrence sur les
essaims de mtores.
23. N. Bone, Meteors (Sky Publishing Corp., 1993).
24. D. Steel, Rogue asteroids and doomsday comets (John Wiley & Sons, 1995). Steel a rtudi en dtail le
Complexe des Taurides, mis en vidence au dbut des annes 1950 par Fred Whipple en collaboration avec
lastronome gyptien Salah El-Din Hamid, confirmant sa ralit et son intrt.
25. J.G. Burke, Cosmic debris. Meteorites in history (University of California Press, 1986).
26. O.R. Norton, Rocks from space (Mountain Press Publishing Company, 1994).
27. A.H. Delsemme (ed.), Comets Asteroids, Meteorites - Interrelations, evolution and origins (University of
Toledo, 1977).
219
220
CHAPITRE 11 :
221
222
223
224
En rgle gnrale, on estime actuellement l'esprance de vie moyenne d'un astroblme terrestre de la faon
suivante :
La premire conclusion importante est qu'il n'existe plus sur Terre aucun astroblme plus ancien que deux
milliards d'annes. Toutes les formations (sans aucun doute trs nombreuses) d'origine cosmique remontant aux
deux premiers milliards d'annes de la Terre ont disparu dfinitivement. Il faut noter cependant que certains point
d'impacts possibles trs anciens, baptiss globalement astrons, reprs par les satellites d'observation de la
Terre la limite de la visibilit, pourraient tre galement des marques de cicatrices causes par des objets
clestes. On en connat une vingtaine, mais ces astrons sont trop vieux pour tre tudis comme des
astroblmes classiques, toute trace de mtamorphisme de choc ayant jamais disparu.
Il faut aussi noter que certains astroblmes de grande taille, relativement jeunes (quelques dizaines de millions
d'annes seulement), sont quasiment indcelables. C'est le cas surtout de formations partiellement maritimes qui
sont envahies par les eaux et combles par une sdimentation la fois marine et fluviale. Un grand astroblme,
comme celui de Chesapeake Bay sur la cte est des tats-unis, large de 90 km et vieux de 35 MA, a t dcel
en 1992 seulement.
touchant le sol, celui-ci connat une dclration exponentielle extrmement rapide, qui s'amortit sous la surface
terrestre une profondeur gale quelques fois son propre diamtre, et qui provoque des ondes de choc trs
puissantes. La pression ainsi cre instantanment peut sans doute atteindre, lors de certains impacts importants,
celle que l'on doit trouver au centre de la Terre (plus de 10 mgabars).
Cette phase de compression des roches dans la zone atteinte par les effets du choc est suivie de deux autres
phnomnes importants : l'coulement hydrodynamique et la dispersion explosive du matriel comprim. Un
impact srieux entrane donc obligatoirement la vaporisation, la fusion, la brchification, le mtamorphisme de
choc et la fracturation d'un volume de roches qui peut tre assez impressionnant. Il convient d'insister sur le fait
que tout se passe trs rapidement : en moins d'une minute tout est fini, le temps que le sol revienne sa pression
normale.
Dans les environs du cratre, on trouve des roches fondues, particulirement des sables de quartz et des verres
de silice : les impactites. Celles-ci sont les roches du cratre transformes physiquement et chimiquement par
les ondes de choc. J'en reparlerai plus pour expliquer ce qui les diffrencie des tectites.
Depuis le dbut des annes 1960, de trs nombreux travaux ont t consacrs la recherche de critres
utilisables pour l'identification possible d'impacts, en l'absence de dbris mtoritiques. Parmi les plus importants
et les plus caractristiques de ces critres d'identification, outre videmment la forme particulire du cratre et
ses rebords saillants, on peut d'abord citer les cnes de pression (les shatter-cones comme les appellent les
spcialistes). Il s'agit de dformations coniques couvertes de stries rayonnantes et branchues qui vont de 1 cm
plus de 12 mtres. Elles sont provoques par l'onde de choc sur les roches et ont leur apex dirig vers la source
de pression. L'avantage c'est que les cnes de pression sont trs reconnaissables, et qu'ils n'existent que comme
consquence d'impacts srieux. Aucun cataclysme terrestre, mme trs nergtique, n'est capable d'en produire.
Il s'agit donc d'un critre significatif, une "marque de fabrique" en quelque sorte.
Dans le domaine gophysique, il faut citer dans le cas de grands cratres, d'importantes anomalies
gravimtriques, correspondant au contraste entre le remplissage du cratre par des brches lors de la retombe
des dbris aprs l'explosion et l'environnement non choqu. Certaines anomalies du champ magntique peuvent
tre galement mises en vidence sur le plan local.
Le mtamorphisme de choc
Mais c'est surtout le mtamorphisme de choc qui a renouvel les critres acceptables d'identification des
impacts mtoritiques. L'existence de trs hautes pressions, pouvant dpasser 1000 kbar, et de trs fortes
tempratures, pouvant dpasser 5000C, entranent obligatoirement de trs nombreuses altrations des
matriaux originaux. Les roches soumises de hautes pressions de choc subissent des dformations
microscopiques que l'on peut mettre en vidence. Les spcialistes ont not des changements de phase l'tat
solide, ainsi deux varits denses de pression du quartz, la coesite (densit 2,93) et la stishovite (densit 4,28)
ont t retrouves dans certains cratres mtoritiques ou leur proximit immdiate. Enfin, les trs fortes
pressions et tempratures entranent une fusion slective ou complte et une vitrification des minraux initiaux.
Seuls les impacts d'objets cosmiques importants peuvent crer ces pressions et tempratures extraordinaires et
leurs sous-produits. On essaie donc de les mettre en vidence dans les cratres d'impact supposs.
A partir de 1957, dans le cadre des explosions nuclaires souterraines, les savants amricains ont cr plusieurs
cratres artificiels, fort ressemblants sur le plan morphologique aux cratres d'impact. Le cratre artificiel le plus
important a t "fabriqu" en juillet 1962, par l'explosion la plus nergtique de la srie, connue sous le nom de
"vnement de Sedan". L'explosion de 100 kilotonnes places 192 mtres de profondeur, dans une zone
d'alluvion du dsert du Nevada, a produit un cratre de 400 mtres de diamtre et d'une profondeur maximale de
110 mtres. L'explosion la plus faible, connue sous le nom de "Danny Boy", en mars 1962, concernait une charge
de 0,4 kilotonne seulement, place 33 mtres de profondeur dans un sol basaltique. Le cratre cr a
86 mtres de diamtre et une profondeur maximale de 29 mtres. Tous ces cratres artificiels ont t tudis en
dtail par les spcialistes des astroblmes, dans le but de comprendre les modifications et les dformations
subies selon la nature du terrain sinistr.
La preuve moderne : les spinelles nicklifres
La preuve imparable de la ralit dimpacts dastrodes et de comtes sur la Terre a t apporte dans les
annes 1980. Outre liridium et les quartz choqus qui sont des marqueurs importants, les spcialistes ont mis en
vidence une nouvelle espce minrale de la famille de la magntite : les magntites nicklifres appeles
spinelles (9/10). Ce sont des minraux trs particuliers dont la formation ncessite la fusion une temprature
suprieure 1300C dun matriel cosmique fortement nickelifre dans une atmosphre riche en oxygne.
Comme toujours durant la traverse de latmosphre grande vitesse, la surface externe de la mtorite
226
schauffe et subit la classique ablation arodynamique. De fines gouttelettes de matire en fusion deviennent
provisoirement autonomes et soxydent rapidement au contact de latmosphre, cristallisant les magntites
nicklifres. Ces agglomrats de cristaux finissent par retomber la surface terrestre et se mlangent alors aux
autres rsidus de limpact.
Les spinelles se prsentent sous la forme de pyramides octadriques pour les monocristaux et sous la forme de
motifs cruciformes ou toils pour les macles (qui sont des assemblages de plusieurs cristaux). Leur taille est
microscopique : de 1 50 micromtres en gnral.
Les chercheurs ont fait cette dcouverte remarquable : leur composition dpend de la pression doxygne, donc
de laltitude laquelle sest effectue loxydation. Les spinelles ne se forment donc pas la surface terrestre et ne
peuvent tre des minraux terrestres comme les autres. Leur prsence signifie une association avec un impact
cosmique, car les spinelles sont des vestiges de la mtorite. Partout donc o lon dcouvrira des spinelles, on
saura quil y a eu un cataclysme dorigine cosmique. Ainsi la prsence de spinelles dans la fameuse couche K/T
riche en iridium a confirm dune faon quasi certaine lhypothse de limpact cosmique au dtriment de
lhypothse volcanique concurrente.
228
Coordonnes gographiques
Latitude
Longitude
5959' N
11800' E
5824' N
2240' E
5758'N
2525' O
5228' N
1654' E
4618' N
13852' E
4607' N
13440' E
3737' N
9905' O
3502' N
11101' O
3148' N
10230' O
2130' N
5028' E
1959' N
7631' E
1918' S
12746' E
2237' S
13512' E
2434' S
13310' E
2728' S
6130' O
2745' S
11705' E
Nombre de
Diamtre du
cratre principal cratres associs
300 m
110 m
7
80 m
100 m
8
53 m
26 m
122
11 m
1220 m
168 m
3
97 m
2
1830 m
875 m
175 m
150 m
15
70 m
20
21 m
Age
(annes)
<7000
4 000
>2000
10 000
<1000
1947
<1000
50 000
<50 000
6000
52 000
<300 000
30 000
<5000
<4000
27 000
Diamtre
initial (km)
24
40
100
25
65
23
20
23
55
25
39
80
32
22
28
40
100
24
24
30
25
54
140
23
60
45
35
30
52
90
22
180
25
40
22
30
140
55
160
Age (MA)
23 1
140
35 5
73 3
idem
3.5 0.5
25 20
77 1
368 1
95 7
115 10
220 10
290 20
idem
38 4
220 30
214 1
15 1
88
<350
65 2
357 15
1850
186 8
600
50 1
66 1
<130
<25
35
58 2
65
<470
250 20
142 1
1685
1970 100
128 5
580
Le XXIe sicle devrait tre dcisif pour l'identification dfinitive de nombreuses autres structures d'origine
cosmique, notamment dans un premier temps par le reprage de formations totalement invisibles du sol, mais
plus ou moins reprables partir des satellites qui observent la Terre. L'tude sur le terrain pose d'autres
problmes, certains pays n'tant pas partisans que des spcialistes trangers viennent tudier de trop prs leurs
possibles astroblmes.
De nombreux autres astroblmes plus petits (entre 2 et 20 km) sont connus. Le nombre total d'astroblmes quasi
certains, de l'ordre actuellement de 170, augmente chaque anne.
230
Diamtre
initial (km)
28
7.5
290
90
20 15
100
1.3
20
52
24
8
24
3.4
3.1
18
7
3.2
2.5
23
0.39
1.3
1.75
1.9
10.5
0.46
13.5
240 ?
1
0.85
1.13
4.5
0.5
1.8
1.2
12.4
5
Age (MA)
38 4
37 2
35.5 1
35.5 1
35.5 1
35 5
<30
25 20
<25
23 1
15 1
idem
idem
12 5
10
63
5
3.7 0.3
3.5 0.5
3.1 0.3
3
<3
2.5 0.5
1.0 0.1
1
0.9 0.1
0.7
0.7
<0.3
0.2
<0.1
<0.1
0.062
0.05
0.012
0.0085
Certains de ces astroblmes restent incertains, mais nanmoins tout fait possibles
(Golfe du Saint-Laurent, Stopfenheim Kuppel, Wilkes Land, Sithylemenkat et Kfels)
A l'examen de ce tableau des astroblmes "rcents" ( l'chelle gologique et astronomique, j'insiste bien sur ce
point), on se rend compte que la Terre a subi quelques gros impacts depuis moins de 40 MA, mme si certains
d'entre eux sont contests pour diverses raisons. Dans l'ordre de la liste, on voit que trois cratres importants
sont recenss -35 MA : le golfe du Saint-Laurent (contest mais fort possible), Chesapeake Bay, un
remarquable astroblme de 90 km de diamtre, trs difficile reprer, mais bien rel (c'est la preuve que certains
astroblmes de grande taille sont eux aussi gomms rapidement par la sdimentation) et Popigai, l'astroblme
sibrien bien connu de 100 km, creus par un astrode de 5 km de diamtre.
232
On peut aussi citer les cratres allemands du Nrdlinger Ries, de Steinheim et de Stopfenheim Kuppel qui
forment un triplet, c'est--dire un ensemble de trois cratres lis gntiquement (14). Ces trois formations de
24 km, 3,5 et 8 km respectivement de diamtre sont voisines et alignes. Cet alignement indique presque
obligatoirement une origine commune, hypothse qui est totalement confirme par le fait que les trois cratres ont
un ge identique : 15 MA. Ils ont t creuss par les fragments d'un EGA morcel en traversant l'atmosphre,
phnomne quand mme moins frquent pour les gros objets que pour les petits, puisque les cratres doubles
(ou triples) de bonne taille sont relativement rares.
233
Ce tableau, obtenu seulement aprs un demi-sicle de recherches, est assez loquent pour plusieurs raisons.
D'abord, il est certain qu'il est bien incomplet et qu'il devra tre mis jour rgulirement. La distribution par
hmisphres, 29 pour l'hmisphre nord et 7 seulement pour l'hmisphre sud, montre bien qu'il y a du pain sur
la planche pour les spcialistes au niveau de la dtection. Ensuite, il ne faut pas perdre de vue que pratiquement
aucun EGA comtaire et de nombreux EGA plantaires qui pntrent dans l'atmosphre terrestre ne participent
pas la cratrisation, du fait de leur dsintgration avant de toucher le sol.
Enfin, on sait que la Terre est une plante essentiellement ocanique, puisque 71 % de sa surface concernent
des ocans et des mers, et il est bien vident que 7 impacts sur 10 ont lieu dans des rgions immerges. On peut
d'ailleurs, semble-t-il, esprer pouvoir identifier dans l'avenir quelques formations marines avec les moyens
modernes d'investigation.
Pour toutes ces raisons, les statistiques actuelles sur les astroblmes rcents sont loin de reflter la frquence
exacte des collisions entre les corps d'origine cosmique et notre plante. Je rappelle ce qui a t dit au chapitre 4
au sujet des mtorites de l'arme amricaine : quasiment chaque mois un objet de 10 mtres de diamtre
moyen entre dans l'atmosphre terrestre.
De toute manire, la conclusion est claire : l'impactisme terrestre existe encore de nos jours l'chelle
astronomique et gologique, mme si ses effets sont moins sensibles l'chelle humaine. Ses consquences ont
toujours t trs importantes comme nous le verrons en dtail dans plusieurs chapitres ultrieurs. La Terre, la
vie, l'volution des espces, l'histoire des hommes ont t tributaires des cataclysmes cosmiques.
234
notamment certaines guirlandes d'les et des fosses ocaniques. Enfin, rappelons l'existence d'une vingtaine
d'astrons, astroblmes la limite de la visibilit et dont il n'est plus possible de vrifier l'origine, toute trace de
mtamorphisme d'impact ayant t limine par le temps.
235
La seule hypothse qui rsiste un examen pouss, et qui est aujourd'hui universellement retenue, est d'ailleurs
de loin la plus simple et la plus logique : les tectites sont des fragments de roches sdimentaires terrestres,
arrachs du sol lors d'importants impacts mtoritiques, fondus sous l'effet du choc et figs sous leur forme
vitreuse la suite du refroidissement brutal qu'ils subissent pendant leur trajet dans l'atmosphre, entre le cratre
d'impact dont ils sont issus et leur site dfinitif.
Certains spcialistes ont eu tendance associer dans un groupe unique les impactites et les tectites. C'est une
erreur et il est ncessaire d'examiner ce qui les diffrencie.
236
Les tectites de Cte-d'Ivoire, connues sous le nom d'ivoirites, ont le mme ge que le lac-cratre de Bosumtwi au
Ghana, soit 1,0 0,1 MA. Les tectites d'Europe centrale, connues sous le nom de moldavites, ont exactement le
mme ge que le cratre allemand de Nrdlinger Ries, soit 15,0 0,5 MA. La parent pour ces deux familles ne
fait pas de doute.
ocan Atlantique,
mer des Carabes
65
Diamtre du NEO
responsable
12 km ?
0.5 km
1.2 km
15 km
4.5 km
1 km
Chicxulub
(180 km)
9 km
(microtectites)
Possibilit de microtectites dans le sud de la Chine et en Belgique vieilles de 365 MA environ
237
Figure 11-11. Les quatre grandes zones de tectites et les cratres parents
On connat quatre grandes familles de tectites que lon relie des cratres parents et dont elles sont issues. 1.
Zone des tectites dAmrique du Nord, vieilles de 35 MA et associes lastroblme de Chesapeake Bay (et
peut-tre aussi au golfe du Saint-Laurent). 2. Zone des moldavites, vieilles de 15 MA et associes au Nrdlinger
Ries. 3. Zone des ivoirites, vieilles de 1 MA et associes au cratre ghanen de Bosumtwi. 4. Grande zone des
australasites, vieilles de 0,7 MA et (probablement) associes au cratre fantme de Wilkes Land situ sous les
glaces de lAntarctique. Les Haitites, vieilles de 65 MA sont des microtectites, associes lastroblme de
Chicxulub. Il faut aussi savoir que plusieurs sries de microtectites ont t recueillies par carottage dans locan
Pacifique et sont dge diffrent, donc dorigine diffrente.
Avant d'tudier les deux dernires familles de tectites, il faut revenir un instant sur cette nigme qui tonne
astronomes et gologues : pourquoi n'y a-t-il que quatre grandes familles de tectites, alors que les astroblmes
existent par centaines, mme si seulement 170 environ sont actuellement recenss de faon certaine ? Le
problme prsente deux aspects : quel est l'ge maximal possible de "survie" des tectites ?, et quelle est l'nergie
minimale ncessaire au moment de l'impact pour qu'il y ait effectivement formation de tectites ?
L'impact dont rsultent les tectites de Cte-d'Ivoire semble avoir t assez anodin (EGA de 500 mtres de
diamtre) et correspond pratiquement au minimum dont nous avons parl : cratre parent de 10 km et nergie
libre de l'ordre de 71019 joules. Donc, thoriquement, tous les astroblmes de plus de 10 km ont t capables
d'engendrer des tectites. Thoriquement seulement, car un cratre rcent (1,1 MA), celui de Zhamanshin en exURSS n'a, lui, t capable que d'engendrer des impactites (les irgizites, considres tort par plusieurs auteurs
comme la cinquime grande famille de tectites).
D'autre part, on sait que les tectites les plus anciennes ont 35 MA. On peut penser que les tectites ne se
conservent pas plus de 50 MA, et il n'y a sans doute rien d'anormal ce que l'on n'en ait pas dcouvert de plus
anciennes. Il est probable que la multiplication des carottages en eau ocanique profonde permettra de dcouvrir
des microtectites anciennes, lies gntiquement d'autres familles que les quatre recenses l'heure actuelle.
Il ne faut pas oublier enfin que plusieurs cratres rcents ont des positions excentres, dans des rgions difficiles
d'accs et peu peuples. Il n'est donc pas tout fait exclu que l'on retrouve un jour des tectites encore inconnues
dans ces rgions dshrites ou dans les ocans.
expliquer la distribution gographique de ces tectites et microtectites qui existent dans le Maine,
au Texas, en Floride, Cuba et dans la mer des Carabes. En fait, le champ de ce groupe vient
d'tre considrablement augment par la dcouverte de microtectites associes dans plusieurs
sites du Pacifique et mme dans l'ocan Indien. Il a pu concerner la moiti de la surface terrestre
et prs de 1000 milliards de tonnes de microtectites ont d tre rparties dans cette surface tout
fait considrable. Bien que l'hypothse du golfe du Saint-Laurent soit toujours conteste, elle
reste trs plausible. Le cratre a totalement t oblitr par l'ge et par la sdimentation trs
importante dans cette rgion et il ne peut tre tudi comme un astroblme classique. Ce qui
cre, videmment, pour le moment, de srieuses difficults pour prouver qu'il s'agit bien d'une
formation d'origine cosmique. Mais ne l'oublions pas : il y a eu obligatoirement un cratre gant
pour engendrer cette masse norme de microtectites et le golfe du Saint-Laurent est le mieux
plac pour avoir t celui-l. "
Les choses se sont la fois claircies et compliques depuis la rdaction de ce texte. claircies, parce que l'on a
dcouvert un cratre qui peut fort bien convenir comme cratre parent : celui de Chesapeake Bay (22/23), et
compliques parce que ce sont aujourdhui quatre grands cratres qui ont une anciennet souponne de 35 MA.
Voyons ce problme de cratrisation multiple.
La dcouverte du grand cratre de Chesapeake Bay (90 km), double du cratre ocanique de Toms Canyon
(20 km), laisse penser que le problme des tectites amricaines est rsolu. Mais celui du golfe du Saint-Laurent
reste entier et lorigine cosmique plausible, et mme probable selon quelques sondages dans le secteur. Le fait
que ces deux grands cratres ne soient pas dcelables selon les critres habituels ne doit pas surprendre. Tous
les astroblmes maritimes et ctiers, on la bien compris avec Chicxulub (voir le chapitre 12), doivent tre traits
en prenant en compte un autre agent, extrmement efficace long terme, quest la sdimentation, qui cache la
vue simple des chercheurs et des satellites le substrat choqu en trs peu de temps (quelques milliers dannes
seulement).
Le problme sest encore compliqu du fait que lastroblme de Popigai, jadis dat 30 MA, a t vieilli et est
dat maintenant de 35 5 MA. Lge mdian est le mme que les trois autres cratres certains ou souponns.
Nous sommes donc en prsence de quatre cratres, dont trois trs grands (d > 80 km) creuss par des objets
clestes dau moins 4 km chacun (et mme beaucoup plus pour celui du golfe du Saint-Laurent), pour la frontire
ocne-Oligocne. Popigai est-il vraiment contemporain des trois autres ? Sa position gographique et la
composition du substrat choqu avaient dj parues rdhibitoires pour une parent avec les tectites dAmrique
du Nord, comme le rappelle lextrait rappel plus haut. Mais par contre on stonnait, juste titre, que Popigai
nait pas produit sa propre famille de tectites.
Il faudra attendre encore pour rsoudre cet irritant problme. Mais maintenant il y a trop-plein dastroblmes pour
expliquer lexistence des bdiasites et des georgites, et aussi la multitude de microtectites associes quon a
trouves dans lAtlantique, mais aussi dans le Pacifique et locan Indien.
En 1976, le gologue amricain John Weihaupt proposa une hypothse sduisante, et apparemment trs
solidement taye : le cratre existerait sous les glaces de l'Antarctique, dans la rgion de Wilkes Land (24/25),
dj souponne d'ailleurs ds la fin des annes 1950 la suite de deux expditions travaillant sparment, l'une
franaise et l'autre amricaine. En effet, la distribution des tectites d'Australasie laissait supposer une origine
antarctique probable. Le cratre fantme, connu maintenant sous le nom de Wilkes Land, serait en fait un cratre
gant de 240 km de diamtre et d'environ 850 mtres de profondeur et serait situ dans une zone montagneuse
haute de 2300 2600 mtres au-dessus du niveau de la mer. Sa position serait centre sur 7130'S et 14000'E,
autant dire dans une rgion difficilement accessible, mais par contre particulirement intressante puisqu'elle
prsente un assemblage inhabituel d'anomalies gologiques et gophysiques. C'est surtout une analyse pousse
des anomalies gravimtriques trs importantes dans cette rgion qui aurait permis a Weihaupt d'obtenir la
confirmation de l'existence du cratre parent des australasites, mais galement une vingtaine d'autres raisons
plus ou moins convaincantes.
Plutt moins que plus, semble-t-il, car les rsultats de Weihaupt ont t trs srieusement critiqus, et aujourd'hui
de nombreux gologues et gophysiciens ne veulent pas entendre parler de cratre antarctique. Ils n'aiment pas
les cratres fantmes et refusent d'y croire. Pourtant seul un cratre situ dans la rgion de Wilkes Land peut
expliquer la distribution des australasites, et il n'y a aucune raison pour que ce continent de glace soit pargn.
Le diamtre retenu par Weihaupt, 240 km, parat colossal premire vue, et il est peut-tre un peu exagr,
mme s'il correspond aux anomalies gravimtriques signales plus haut. Car pour creuser un cratre d'un tel
diamtre, celui de l'EGA responsable aurait d tre de l'ordre de 12 km, la masse voisine de 4,51012 tonnes et
l'nergie cintique de la collision de l'ordre de 91023 joules, si l'on s'en tient aux valeurs moyennes en ce qui
concerne la densit de l'objet et la vitesse d'impact. Seuls trois NEA actuellement connus dpassent ce diamtre
de 12 km (Ganymed, Eros et Don Quixote), aucun d'eux n'tant actuellement de type Apollo et susceptible donc
de croiser l'orbite terrestre. Mais d'un autre ct, il ne faut pas oublier que la zone de distribution en ventail des
australasites (tectites et microtectites) est de l'ordre de 10 000 6000 km, ce qui est considrable (et unique), et
montre bien l'extrme violence de l'impact, si l'impact a t unique.
Les adversaires de l'option antarctique pour le cratre parent sont rests quasiment sans voix jusqu' prsent, en
dehors de leurs critiques. Comme il leur faut trouver un cratre de rechange, un petit cratre la frontire du
Laos a t propos, mais il n'explique pas, loin sen faut, la totalit de la distribution gographique des
australasites, notamment des australites qui nont strictement rien voir avec un impact laotien. Le fond du
problme est bien l : il est impratif dexpliquer le pourquoi de la distribution de toutes les sous-familles
daustralasites.
Reste la possibilit astronomique d'un impact multiple, ou en chapelet (comme Shoemaker-Levy 9 en 1994 sur
Jupiter) qui pourrait peut-tre expliquer la fois la dispersion, l'ge identique des tectites, l'absence de cratre
gant, l'inversion gomagntique et les bouleversements dans la biosphre. Mais la formation mme des tectites
pose alors de srieux problmes. Est-il crdible que plusieurs fragments aient pu engendrer leurs propres tectites,
sachant, comme je l'ai dit, qu'un diamtre de 500 mtres est l'extrme minimum pour qu'il y ait formation de
tectites ? Il faudrait alors penser un objet orbite rtrograde (donc d'origine comtaire) trs grande vitesse
(60 ou mme 70 km/s) au moment de l'impact pour obtenir l'nergie cintique ncessaire. Si le cratre
antarctique nest pas retrouv, cette hypothse pourrait bien tre la bonne.
Mais il se pose alors tout de suite la question : " O sont les cratres de taille kilomtrique, trs rcents, qui ont
gnr les tectites ? ". On en a un seul qui peut correspondre, cest le cratre laotien. Cest trs loin de faire le
compte. Sils avaient exist, ces cratres mtoritiques quaternaires seraient encore visibles. Ou alors il faut
recourir une solution ad hoc assez peu satisfaisante : ils sont aujourdhui sous la mer et combls par la
sdimentation.
Tout reste faire pratiquement concernant le problme crucial des australasites, et il faudra bien que la
communaut scientifique dans son ensemble finisse par sy intresser, mme si le problme est difficile. Cet
vnement majeur de l'histoire terrestre rcente, qui s'est produit, rappelons-le, il y a seulement 700 000 ans, a
eu des consquences trs importantes, et ce titre j'aurai en reparler.
Notes
1. E.A. King, Space geology, an introduction (John Wiley & Sons, 1976).
2. Robert S. Dietz fut un pionnier dans l'tude et la reconnaissance des structures d'impact terrestres et devint
l'un des grands experts de la question. Son nom reste attach celui d'astroblme qu'il a choisi pour dsigner les
cratres mtoritiques fossiles.
3. S. Renault, Les fausses pistes du Meteor Crater, Ciel et Espace, 317, pp. 74-78, 1996.
4. B.M. French and N.M. Short (eds), Shock metamorphism of natural materials (Mono Book Corp., 1968).
240
5. D.J. Roddy, R.O Pepin and R.B. Merrill (eds), Impact and explosion cratering - Planetary and terrestrial
implications (1976).
6. J. Dublin, A la recherche du dieu du feu des Navajoes, L'Astronomie, 46, pp. 94-96, 1932. Un recueil de
lgendes (inventes de toutes pices) sur l'impact du Meteor Crater.
7. G.K. Gilbert and M. Baker, A meteoric crater, Astron. Soc. Pacific Pub., 4, 21, p. 37, 1891. Le premier article
laissant entrevoir une origine probable pour le Meteor Crater.
8. K. Mark, Meteorite craters (University of Arizona Press, 1987).
9. E. Robin et R. Rocchia, La disparition des dinosaures, dans Les dinosaures, Dossiers Pour la Science, HS 1,
pp. 93-94, 1993. On doit beaucoup ric Robin et Robert Rocchia, deux chercheurs franais, qui ont mis en
vidence les spinelles nicklifres sur plusieurs sites dimpact.
10. E. Dransart, Enqute sur lhypothse mtoritique de la crise de la fin du crtac, LAstronomie, 111, pp. 257261, 1997.
11. R.A.F. Grieve, C.A. Wood, J.B. Garvin, G. McLaughlin and J.F. McHone, Astronaut's guide to terrestrial
impact craters (NASA, 1988).
12. P. Hodge, Meteorite craters and impact structures of the Earth (Cambridge University Press, 1994). Le
document le plus rcent par un grand spcialiste amricain.
13. Dans La Terre bombarde de 1982, le tableau correspondant recensait 23 cratres, soit un tiers de moins. Et
il est vident que ce nouveau tableau est loin dtre complet.
14. D. Storzer, W. Gentner and F. Steinbrunn, Stopfenheim Kuppel, Ries Kessel and Steinheim basin : a triplet
cratering event, Earth and planetary science letters, 13, pp. 76-78, 1971.
15. P.J. Cannon, Meteorite impact crater discovered in central Alaska with Landsat imagery, Science, 196, pp.
1322-1323, 1977.
16. W. von Engelhardt, Impact structures in Europe, dans International Geological Congress, 24th session,
section 15 : Planetology, pp. 90-111, 1972. Kfels est contest comme cratre d'origine cosmique, mais les
impactites et mme l'iridium existent bel et bien et nont pas pu tre forms par le seul glissement de terrain
associ au cratre.
17. Th. Monod, Astroblmes et cratres mtoritiques (pp. 287-330) dans Gologie, tome I (La composition de la
Terre) (Gallimard, 1972).
18. R. Gallant, Bombarded Earth (an essay on the geological and biological effects of huge meteorite impacts)
(John Baker, 1964).
19. B.S. Seylik and A.J. Seytmuratovwa, Meteorites structures of Kazakhstan and impact-explosive tectonic,
Iswestia Akademii Nauk Kazakhstan SSR, 1, pp. 62-76, 1975. Il reste beaucoup faire pour identifier plusieurs
astroblmes possibles sur l'immense territoire de l'ex-URSS.
20. C.S. Beals, M.J.S. Innes and J.A. Rottenberg, Fossil meteorite craters (pp. 235-284) dans The Moon,
meteorites and comets (University of Chicago Press, 1963). Dans cet article, les trois auteurs envisageaient dj
une possible origine mtoritique pour le golfe du Saint-Laurent, difficile dmontrer car l'astroblme a t
totalement oblitr par l'rosion et la sdimentation trs importante de la rgion.
21. P.M. Bagnall, The meteorite and tektite collector's handbook (Willmann-Bell, 1991).
22. East coast craters, Sky and Telescope, p. 17, july 1996. Cest cette note qui a annonc lexistence, longtemps
insouponne, dun astroblme associ Chesapeake Bay et lexistence dun autre cratre maritime, situ 90 km
plus lest, Toms Canyon, qui a le mme ge.
23. C.W. Hoag, Chesapeake invader, Princeton University Press, 1999. Ce livre, sous-titr Discovering America's
giant meteorite crater, a t crit par le gologue amricain Wylie Poag qui a tudi en dtail les causes et les
implications de l'impact de la Chesapeake Meteorite comme l'appellent souvent les scientifiques amricains.
24. J.G. Weihaupt, The Wilkes Land anomaly : evidence for a possible hypervelocity impact crater, Journal of
Geophysical Research, 81, 32, pp. 5651-5663, 1976. L'article cl (contest de nos jours) sur la reconnaissance
du cratre fantme de Wilkes Land.
25. I. Rzanov, Les grands cataclysmes de l'histoire de la terre (Mir, 1985).
241
242
CHAPITRE 12 :
243
244
pour une trs grande part, affamant videmment tous les grands animaux et entranant trs rapidement leur
extinction totale. Seuls, les petits animaux de moins de 25 kg, dont les premiers mammifres, auraient pu survivre
en se nourrissant de racines et de graines, peut-tre aussi de rsidus organiques. L'limination de leurs
concurrents directs, les grands "reptiles" de la fin du secondaire, a certainement facilit le dveloppement des
primates rescaps en librant des niches cologiques et ainsi acclr leur monte au premier plan de la chane
biologique. Sans cet important impact d'un corps cosmique, il y a 65 MA, la vie terrestre (faune et flore) ne serait
sans doute pas identique de nos jours celle que nous connaissons. Cette hypothse des Alvarez que certains
chercheurs des sciences de la Terre et de la vie croyaient pouvoir facilement discrditer a, au contraire,
magnifiquement support l'preuve du temps et s'impose aujourd'hui, tout au moins dans ses grandes lignes,
comme incontournable.
D'autres variantes furent proposes au dbut des annes 1980 pour expliquer cette disparition des dinosauriens.
Celle due au gologue catastrophiste suisse Kenneth Hs (9) mettait en cause l'impact d'une comte dans un
ocan. Cette collision aurait provoqu un rchauffement brutal de l'atmosphre fatal la faune gante, tandis que
la destruction du plancton (dment constate galement) et des organismes marins serait due
l'empoisonnement du biotope aquatique par les gaz nocifs librs par la comte, notamment du cyanure et du
gaz carbonique.
Bientt l'importance des recherches multidisciplinaires sur le sujet de la fin du Secondaire allait entraner une
multitude de rsultats, parfois contradictoires. Mais il faut admettre que le problme de l'iridium excdentaire dans
la couche K/T, imagin (en physicien) par Luis Alvarez et tudi sur le terrain (en gologue) par son fils Walter, a
t un dtonateur extraordinaire, le point de dpart d'une nouvelle faon de concevoir l'volution. On a eu la
preuve que le cataclysme peut tre un facteur essentiel de cration et d'volution. Concept rvolutionnaire
qui a fait trembler plusieurs sciences sur leurs bases et qui a galement permis la rhabilitation de celui de
catastrophisme.
Autre dtail important relev par les ocanographes : l'augmentation de prs de dix degrs de la temprature des
eaux de surface dans l'Atlantique sud. Ainsi donc, aprs une courte priode de froid intense, li l'hiver d'impact,
la Terre a subi une importante augmentation de la temprature de sa biosphre, probablement lie un effet de
serre d un excs important de gaz carbonique. Cet excdent s'explique de la manire suivante. Normalement,
ce gaz carbonique est assimil par les plantes marines photosynthtiques. L'extinction massive de celles-ci aurait
dbouch sur une quantit de gaz carbonique largement excdentaire, et ce gaz serait pass dans l'atmosphre
contribuant l'augmentation de l'effet de serre et de la temprature constate.
Cette trs importante augmentation de la temprature, qui aurait peut-tre dur 50 000 ans, pourrait avoir t
responsable de l'extinction d'espces rescapes de l'impact et de l'hiver d'impact qui lui a succd. Les
consquences moyen et long terme du premier cataclysme ont donc probablement contribu elles aussi
l'extinction massive, mais dans un deuxime temps seulement.
Quelques chercheurs, notamment des climatologues, ont tabl sur un chauffement de l'atmosphre terrestre tel
qu'il aurait entran une srie de ractions chimiques, notamment une production anormale d'oxyde d'azote, qui
en se condensant et en se prcipitant aurait form d'importantes pluies acides. Celles-ci auraient pu "lessiver" les
continents, empoisonner certaines chanes alimentaires et priver certains animaux de nourriture.
Ainsi tous les travaux multidisciplinaires ont confirm le scnario de l'impact et des consquences terrestres qui
en ont dcoul. L'extinction se produit bien en ralit sur plusieurs milliers d'annes, et n'est pas instantane.
L'impact cre les conditions de l'extinction mais ne semble pas, lui seul, capable d'liminer la totalit des formes
vivantes de la Terre. Nous verrons que certains ordres du monde animal ont support sans dommages la priode
post-impact pourtant difficile vivre.
246
D'autre part, une autre insuffisance a t note. En effet, au cours de la priode d'implosion d'une toile qui
prcde le phnomne supernova proprement dit, les noyaux des lments lourds du centre de l'toile capturent
des neutrons. Cette association entrane donc la formation de nouvelles espces atomiques, en particulier du
plutonium 244 (Pu-244). Cet lment radioactif est ject dans l'espace et aurait d se trouver pig en quantit
mesurable dans la couche K/T. Or aucune trace de plutonium ne fut repre.
La traverse d'un nuage interstellaire. Certains astronomes ont videmment pens cette hypothse
classique qui privilgie un phnomne plus lent et qui se produit pisodiquement. Dans ce scnario, l'iridium
surabondant et les autres lments sidrophiles rpertoris, tous issus du nuage, se seraient dposs trs
lentement dans la couche K/T au fur et mesure que le Systme solaire (et la Terre) se serait enfonc travers
le nuage cosmique. On table environ sur une priode de 200 000 300 000 ans pour la dure d'une telle
traverse, ce qui peut paratre bien long ceux qui ne sont pas familiers des quantits astronomiques et ignorent
que ces nuages interstellaires sont gigantesques et peuvent atteindre plusieurs centaines d'annes-lumire. A
noter dans l'hypothse du nuage que la collision avec quelques blocs mtoritiques plus gros que de simples
poussires n'est nullement exclu, dans la mesure o l'on sait que l'accrtion est un phnomne normal,
obligatoire mme, dans un nuage de poussires dense. Ces poussires, dans un premier temps, s'agglutinent en
grumeaux qui progressivement prennent de l'importance et peuvent fort bien percuter une plante de passage.
L'intrt dans la version du nuage interstellaire est la slection probable de certaines radiations cosmiques (14).
Ainsi les radiations bleues du spectre solaire auraient t interceptes par les poussires cosmiques et le
phytoplancton n'aurait pu effectuer sa photosynthse. En effet, ces radiations bleues sont les seules pntrer
l'eau des ocans jusqu' 200 mtres environ de profondeur. Le phytoplancton, lment essentiel dans la chane
alimentaire de la vie sous-marine, aurait quasiment disparu entranant avec lui la dcimation de nombreux
consommateurs qui dpendent de lui (ammonites, blemnites, zooplancton...).
Pour expliquer la mort des dinosaures dans cette hypothse du nuage interstellaire, il faut alors envisager un
drglement du mtabolisme de la vitamine D, du fait de la quasi-disparition des radiations ultraviolettes (les UV),
qui aurait dbouch sur des troubles graves au niveau de l'ossification et de la formation de la coquille des ufs.
Plusieurs palontologues ont vu l une alternative crdible l'impact cosmique et ont tent de privilgier cette
hypothse gradualiste. Hypothse crdible peut-tre, mais ne rpondant pas vraiment aux donnes d'observation.
Les hypothses terrestres
La rgression marine. C'tait l'autre hypothse favorite des gradualistes (15) qui voyaient d'un trs mauvais
il le retour des ides catastrophistes dans les sciences de la Terre. On sait que quelques millions d'annes
avant la priode incrimine, la fin du Campanien, il y a 72 MA, le niveau de la mer tait maximal et que, par
opposition, les terres merges taient nettement plus restreintes qu'aujourd'hui. Toute l'Europe (telle qu'on la
connat sous sa forme actuelle) tait un norme plateau continental immerg, prs de 200 mtres de
profondeur. Ce plateau tombait ensuite d'un seul coup vers les fonds marins o la vie tait quasiment inexistante.
Durant tout le Maastrichtien (72-65 MA), dernier tage du Crtac, il se produisit au contraire une rgression
marine continuelle et trs importante, et cela pour des raisons (probablement astronomiques) encore
inexpliques. Les continents regagnrent progressivement du terrain, ce qui entrana une continentalisation de la
vie et aussi une modification globale du climat, avec des ts plus chauds et des hivers plus froids. Cet important
contraste de temprature aurait t fatal aux gros reptiles sang froid, dnus d'un systme de rgulation
thermique. Leur disparition, ainsi que celle des autres espces dcimes, serait due, dans l'hypothse de la
rgression marine, une incapacit de s'adapter la nouvelle donne climatique. Cette hypothse, qui parat bien
lgre pour les catastrophistes, fut vite remplace par une autre hypothse terrestre beaucoup plus solide,
l'hypothse volcanique.
L'hypothse volcanique et les traps du Deccan. En fait, le dilemme concernant la fin du Crtac, ds le
dbut des annes 1980 se rduisit une controverse : impactisme ou volcanisme (16), sachant que les deux sont
trs frquents et peuvent causer l'un et l'autre de nombreux dgts l'chelle de la plante. On a parl d'hiver
d'impact, on pourrait galement parler d'hiver volcanique.
Depuis longtemps, les gologues connaissent les traps (mot nerlandais qui signifie "escaliers"), ces vastes
coules basaltiques qui recouvrent certaines parties du globe et qui sont associes aux "points chauds", c'est-dire l'origine de ces coules. Les traps du Deccan, en Inde, sont particulirement impressionnants et
spectaculaires, et justement ils sont contemporains de la fin du Crtac. Les diverses coules qui se sont
succd, et dont le volume a pu dpasser deux millions de kilomtres cubes, ce qui est tout fait considrable,
ont t dates avec prcision 65 MA ( 2 MA) et chevauchent donc trs prcisment la couche K/T qui indique
avec prcision la fin du Secondaire. Elles ont commenc avant l'impact, elles se sont termines aprs l'impact.
Les deux phnomnes ont t concomitants (17).
247
Cette concidence, plus que troublante, fut trs logiquement exploite par les gologues, mais il n'en demeure
pas moins que les interrogations n'obtinrent pas de rponse vraiment satisfaisante. Ces ruptions, mme
violentes pouvaient-elles expliquer les pics d'iridium dissmins dans le monde entier ? Apparemment, la rponse
est non. Pour ce qui est des extinctions, il est certain que cet vnement terrestre a pu jouer comme phnomne
additionnel. En effet, les chercheurs firent remarquer que l'vnement volcanique du Deccan avait dur au moins
500 000 ans, ce qui tait trs largement suffisant pour crer des conditions dfavorables pour la survie de
certaines espces. Cette affirmation parat fonde, mais il semble exclu que le volcanisme de cet poque ait pu
tre la cause de l'extinction de masse.
Les gophysiciens pour expliquer les raisons de ce volcanisme firent remarquer que la priode incrimine suivait
une trs longue priode durant laquelle le champ magntique terrestre ne s'tait pas invers. Ils prcisrent que
cette tonnante et inhabituelle stabilit pouvait s'expliquer par un ralentissement exceptionnel des mouvements
internes qui agitent le noyau terrestre. Ce ralentissement dboucherait sur une instabilit du manteau, et par suite
sur une anomalie de temprature se traduisant au niveau de la crote terrestre par un volcanisme d'une intensit
inhabituelle, avec les consquences cologiques et biologiques qui obligatoirement en dcoulent. Cette brillante
hypothse (mais pas forcment vraie ponctuellement) paraissait conforte par la formidable mutation que
subissait la tectonique des plaques cette priode, et par le fait qu' la mme poque (-65 MA), l'Inde, vritable
sous-continent, dtache du supercontinent qu'tait le Gondwana, se dirigeait vers l'Asie et se trouvait l'aplomb
d'un point chaud, celui de la Runion, qui est associ aux traps du Deccan.
Les missions d'anhydride carbonique dans les couches suprieures de l'atmosphre auraient emprisonn la
chaleur (effet de serre), l'lvation de la temprature tant suffisante pour stopper le processus de reproduction
des grands reptiles, sans que les animaux de petite taille soient vritablement affects par le phnomne.
L'iridium, dont il faut imprativement expliquer la provenance, serait totalement terrestre et serait issu d'une
couche beaucoup plus profonde que celle des volcans ordinaires. Il trouverait son origine dans les racines
profondes des panaches qui prennent naissance la limite du manteau et du noyau terrestre. Sa remonte vers
la surface aurait ensuite eu lieu par les conduits volcaniques ordinaires et il aurait t expuls en mme temps
que les cendres volcaniques classiques. Sa diffusion dans la couche K/T aurait bien t progressive et aurait eu
le caractre habituel des vnements volcaniques. Seule la substance mme (l'iridium) diffrerait dans la mesure
o son origine, beaucoup plus profonde, est diffrente et exceptionnelle. Seule une anomalie temporaire du
mouvement du noyau terrestre pourrait engendrer un tel phnomne.
L'hypothse volcanique qui a eu, et qui a encore, des partisans convaincus, comme le physicien Vincent
Courtillot (18) en France, a progressivement perdu du terrain, en ce qui concerne tout du moins sa
responsabilit dans l'extinction massive de l'poque. Comme je l'ai dit, en effet, cette remarquable catastrophe
volcanique a dmarr avant l'impact. Les traps du Deccan ont t diviss en huit couches diffrentes. D'aprs les
recherches faites dans les annes 1990, des traces de l'impact auraient t repres dans la troisime couche.
248
La premire leon de cette dcouverte importante tait que l'impact avait t probablement continental et non
maritime, comme on le croyait d'une manire prfrentielle pour une triple raison. D'abord parce qu'on avait pas
retrouv l'astroblme responsable, malgr d'incessantes recherches, ensuite pour des raisons statistiques
videntes : l'impact avait 7 chances sur 10 d'avoir eu lieu en mer, et enfin parce qu'un impact maritime expliquait
mieux certaines extinctions conscutives principalement un empoisonnement des eaux ocaniques. En effet, le
quartz est presque toujours absent des basaltes ocaniques, alors qu'il est trs frquent dans les roches
continentales.
Une autre dcouverte importante fut l'existence d'une poussire de diamants dans la couche K/T. Ces
microdiamants, observables au microscope lectronique, ne dpassaient pas 5 6 nanomtres de diamtre mais
prouvaient, outre bien sr la haute pression indispensable pour les former, la prsence de carbone en grande
quantit sur le site d'impact.
Une nouvelle preuve fut trouve avec la dcouverte de spinelles (une famille d'oxydes mtalliques) dans la
couche K/T. Contrairement aux spinelles habituels, qui sont trs frquents sur Terre, ceux de la couche K/T sont
oxyds et se distinguent par une haute teneur en nickel et en magnsium. Ils ont subi ce qu'on appelle l'ablation
arodynamique, dont nous avons parl pour les mtorites et les tectites. Ils ont donc t forms dans
l'atmosphre avant l'impact, et ont subi leur oxydation une altitude infrieure 20 km, avant de se rpartir un
peu partout au gr des courants atmosphriques probablement trs perturbs durant la priode post-impact et se
sont retrouvs pigs dans de nombreux sites encore identifiables de nos jours, 65 MA plus tard.
Enfin, dans les couches K/T, extraordinairement intressantes et prolifiques pour ceux qui savent les "faire parler",
on signala galement la prsence d'acides amins d'origine extraterrestre (20), ce qui renfora encore la quasicertitude des chercheurs sur la ralit de l'origine cosmique de l'extinction lie ces couches. Ce furent d'abord
deux biochimistes amricains, Meixun Zhao et Jeffrey Bada, qui en tudiant la fameuse couche K/T de Stevns
Klint, au Danemark, dcouvrirent dans des sdiments plusieurs acides amins, en quantit infime mais
mesurable. Deux d'entre eux s'avrrent tre d'origine extraterrestre puisque quasiment inexistants dans la
matire organique terrestre. Cette dcouverte remarquable fut rapidement confirme et amplifie sur d'autres
sites K/T, tant et si bien que plus de 50 acides amins diffrents furent rpertoris, dont une vingtaine qui
n'existent pas sur Terre et qui sont donc obligatoirement d'origine extraterrestre (21).
La recherche du cratre
Pour les gologues qui ne doutaient plus de l'impact, la question principale tait de trouver le cratre associ. Ils
se posrent videmment la question : fait-il partie de la grosse centaine d'astroblmes reprs sur la Terre et
dont beaucoup restent non dats, ou reste-t-il dcouvrir ? Nous avons dit que l'hypothse continentale pour le
cratre tait privilgie depuis la dcouverte de carbone dans les couches K/T. Plus prcisment, divers indices
laissaient supposer un impact sur la crote continentale de l'Amrique du Nord o les quartz choqus sont les
plus nombreux.
Un gros effort fut donc entrepris pour la datation prcise des quelques grands astroblmes pouvant
ventuellement convenir par leur taille et par leur ge. Plusieurs cratres furent successivement proposs
(Manson dans l'Iowa, Kara en Russie et Popigai en Sibrie notamment), mais leur ge suppos ne correspondait
pas aux sacro-saints 65 MA obligatoires.
Les diverses simulations, notamment celles d'Eugene Shoemaker (1928-1997), le gologue-astronome
amricain, laissaient supposer un cratre au moins gal 150 km si l'astrode suppos avait 10 km de diamtre
au moment de l'impact, valeur considre comme minimale pour justifier la formidable quantit d'iridium dispers
tout autour du monde. Le fait mme qu'un astroblme de 150 km relativement rcent l'chelle astronomique,
surtout si on le compare aux deux vieux astroblmes de Sudbury et de Vredefort encore discernables bien que
27 fois plus anciens, obligeait penser que des processus trs importants et trs efficaces de sdimentation et
d'rosion devaient jouer pour entraner la dissimulation rapide d'une structure gante.
Nous allons voir maintenant les tapes essentielles qui ont men la dcouverte du cratre.
En 1985, le gologue nerlandais Jan Smit, procatastrophiste convaincu et trs efficace, attira l'attention sur
l'existence d'une couche exceptionnelle de grs grossiers, de galets argileux et de nodules de carbonates
recouverts de grains plus fins. Ce type de sdiments aurait t dpos trs rapidement la limite d'un
affleurement K/T sur un site de Brazos River, dans l'Etat du Texas, proche du golfe du Mexique (22). Il l'attribua
avec beaucoup d'-propos et de perspicacit l'action d'un tsunami gant li l'impact. La suite allait lui donner
raison. Des tudes complmentaires menes sur ce site par la gologue amricaine Joanne Bourgeois et son
quipe (23) confirmrent le bien-fond de l'ide de Smit. L'quipe amricaine dcrivit cinq affleurements K/T sur
249
le site de Brazos River et annona qu'un tsunami d'impact avait bien eu lieu, et compte tenu de l'amplitude de
100 mtres releve sur le site tudi, elle annona que le lieu d'impact tait distant de moins de 5000 km et
devait tre recherch depuis les ctes du golfe du Mexique jusque dans l'Atlantique. Etant donn que l'impact
terrestre tait privilgi, les ctes du golfe du Mexique devaient pouvoir fournir la solution tant recherche.
La confirmation du tsunami d'impact fut apporte en 1986 par la dcouverte d'une nouvelle couche de grs la
limite K/T, Cuba cette fois. A Hati, c'est le jeune gologue canadien Alan Hildebrand, la recherche du cratre,
qui dcouvrit avec son directeur de thse, le plantologue amricain William Boynton, des jectas d'impact sur la
cte sud de l'le, indniablement lis l'impact et rpartis sur un demi-mtre d'paisseur (24). Hildebrand identifia
parmi eux des tectites atteignant jusqu' 1 cm de diamtre, preuve formelle d'un impact. Compte tenu de
l'paisseur des dpts, le cratre source n'tait plus distant que de 1000 km au maximum.
Il faut savoir qu' la fin du Crtac, la gographie de l'Amrique du Nord et de l'Amrique centrale diffrait
sensiblement de ce qu'elle est actuellement. Les ctes actuelles taient noyes par le niveau des eaux, qui
quoique en diminution, nous l'avons vu quand nous avons parl de l'hypothse de la rgression marine, tait
encore suprieur au niveau actuel. De plus, elles ne se trouvaient pas exactement leur emplacement actuel, la
tectonique des plaques (via notamment la plaque Carabes) ayant jou depuis son office.
Hildebrand et Boynton firent une recherche, d'abord cartographique, des diffrentes structures de la rgion, dans
un rayon de 1000 km autour de l'ancienne position d'Hati, qui pourraient correspondre au cratre attendu. Il en
retinrent deux, d'abord une grande structure de 300 km au large de la Colombie et enfouie sous 2 km de
sdiments qui n'allait donner aucun rsultat positif et qui fut donc abandonne. Ensuite une structure de 200 km
au nord du Yucatan, un peu en dehors de leur champ d'tude initial, mais qui avait t dj tudie en vue d'une
possible utilisation ptrolire et sur laquelle on possdait quelques informations. Cela allait tre le fameux "point
zro" cherch depuis une bonne dizaine d'annes par tous les gologues qui tudiaient la fin du Crtac.
Ce "point zro" c'est l'astroblme de Chicxulub.
250
(a)
(b)
C'tait vraiment une belle victoire pour tous ceux qui pendant plus de dix ans se battirent pour prouver la ralit
de l'hypothse suggre par les Alvarez en 1978, mme si certains tentrent un ultime combat d'arrire-garde en
niant l'vidence et en soutenant encore que Chicxulub n'est rien d'autre qu'une caldera volcanique (28).
Depuis sa reconnaissance dfinitive, la structure de Chicxulub a fait l'objet de nombreuses recherches
complmentaires. Contrairement ce que l'on pourrait croire, cet astroblme est remarquablement conserv,
parce qu'il n'a pas subi les classiques effets de l'rosion, trs sensibles en rgle gnrale en quelques millions
d'annes. Chicxulub, au contraire, du fait que l'impact a eu lieu sur une plate-forme continentale immerge, fut
trs rapidement enfoui sous une chape de sdiments calcaires ctiers de plus de 1000 mtres d'paisseur,
sdiments qui l'enterrrent et le protgrent ainsi d'une destruction invitable. Le revers de la mdaille, on s'en
doute, est sa quasi-invisibilit qui explique d'ailleurs fort bien qu'il ait fallu tant d'annes pour le mettre en
vidence d'une faon certaine.
Chicxulub est un cratre d'impact de 180 km, mi-terrestre, mi-ocanique centr sur la position 21,27N et
89,60W. Sa projection en surface est scinde en deux par la ligne des ctes du nord Yucatan. La moiti sud est
terrestre et partiellement cache sous des marcages, des broussailles et de multiples plantations de cactus,
tandis que la partie nord s'tend sur le plateau continental dans une eau peu profonde et cache par les
sdiments du golfe de Mexique.
L'impact cosmique
Aprs avoir longuement parl de la chasse au cratre et du cratre lui-mme, il nous faut revenir maintenant la
catastrophe, l'impact cosmique.
Que savons-nous de l'impacteur, qui pouvait tre un astrode ou une comte ou mme un objet mixte miastrode/mi-comte ? Son diamtre estim par les Alvarez 10 km est tout fait crdible. Rappelons qu'il avait
252
t envisag en fonction du volume d'iridium contenu dans les diverses couches K/T. Il contenait de nombreux
lments sidrophiles, notamment de l'iridium et de l'osmium. Il contenait aussi des acides amins, c'est--dire de
la matire prbiotique. Ces indices ne sont pas suffisants pour trancher entre les trois alternatives possibles :
comte, astrode, objet mixte, mme si certains scientifiques se sont cru en mesure de trancher pour la premire
ou la deuxime.
L'nergie d'un impact est gale au demi-produit de la masse de l'impacteur par la carr de la vitesse d'impact
(E = 1/2 mv2) et elle est donc un paramtre trs important. On connat la masse approximative du bolide
cosmique estime trs grossirement 1000 milliards de tonnes. La vitesse, elle, est indtermine puisqu'elle a
pu avoir toutes les valeurs possibles entre 10 et 72 km/s selon les lments orbitaux et la gomtrie de
l'approche. On table sur une valeur moyenne de 20 km/s qui, dans le cas prsent, est une grossire
approximation. On voit, d'aprs le tableau des nergies du chapitre 6, qu'en tenant compte d'une densit
moyenne, on peut retenir une nergie d'impact de l'ordre de 1023/1024 joules. C'est grosso modo de 10 100
millions de mgatonnes de TNT, soit de 1000 10 000 fois l'nergie dgage par l'arsenal nuclaire de
l'humanit. Si la vitesse tait suprieure, ce qui est tout fait possible, l'nergie d'impact a pu dpasser
1024 joules. Ces chiffres parlent peu en fait, mais il faut se rappeler que le plus important sisme connu, celui du
Chili en 1960, a libr une nergie de 1020 joules, 10 000 fois infrieure, et de plus comme je l'ai expliqu,
l'nergie l'occasion d'un impact est libre en quelques secondes seulement. On peut donc l'affirmer : l'impact
d'un objet de 10 km sur la Terre est un cataclysme de premire grandeur, heureusement rarissime puisqu'il s'en
produit un en gros tous les 100 millions d'annes.
De multiples simulations, effectues par des chercheurs de diverses disciplines, ont tent de faire comprendre
avec un maximum de prcisions les consquences de l'impact. Bien qu'elles diffrent quelque peu selon le
modle thorique utilis, on a obtenu pour les diffrentes phases de la catastrophe des ordres de grandeur assez
convergents.
Ainsi on a constat que l'objet cosmique n'tait quasiment pas frein durant sa traverse de l'atmosphre et que
la troposphre a t traverse en moins d'une seconde, temps si court que la sublimation due l'chauffement a
juste concern une fine couche l'avant du corps cosmique et que l'arrire de celui-ci a t peu affect. Par
contre, l'atmosphre a t littralement souffle autour du corps cleste, emportant avec elle environ 0,1 % de
l'nergie cintique, soit de 1020 1021 joules selon l'nergie retenue. Le corps cosmique a t totalement volatilis
lors de l'impact, pulvrisant la crote terrestre tout autour du "point zro", l'nergie cintique considrable se
transformant en partie en nergie thermique. On estime que 98 ou 99 % de l'nergie ont t utiliss pour la fonte
et la volatilisation de l'impacteur et de la roche cible, l'jection des dbris et aussi l'impressionnant branlement
sismique, les 1 ou 2 % restants (ce qui reprsente encore de 1021 1022 joules) tant disponibles pour l'ouragan
et le raz-de-mare.
L'impact, on s'en doute, fut fulgurant et terrible, librant en moins d'une seconde une nergie suprieure
1000 ans d'activit sismique. Comme l'impact a eu lieu sur un plateau continental immerg, les 100 ou 200
mtres d'eau ont t souffls quasi instantanment. La matire du cratre, form en moins d'une minute (priode
de compression + priode de relchement), mlange celle de l'objet cosmique, ce qui reprsente une
colossale quantit de dbris divers et choqus, a t projete dans l'atmosphre.
On table aujourd'hui pour un impact oblique. Le bolide venait du sud-est (il survola l'Amrique du Sud avant
l'impact) et se dirigeait vers le nord-ouest. L'astroblme a conserv les traces d'un tel impact avec un angle
incident assez prononc et son empreinte gravimtrique est reste asymtrique. Du coup, les diverses
projections de matriel ont t maximales en Amrique du Nord, o l'on sait que les extinctions ont t plus
nombreuses qu'ailleurs, et aussi dans l'Atlantique nord.
La priode post-catastrophe
On entra tout de suite dans la priode post-impact avec une Terre totalement meurtrie. Une fantastique onde de
choc rayonna la fois dans l'atmosphre, dans l'ocan et sur les continents.
Sur la mer, ce fut un gigantesque raz-de-mare dont certaines traces sont encore dcelables 65 MA plus tard (le
fameux tsunami d'impact dont nous avons parl). Sur la Terre, des sismes atteignirent jusqu' la magnitude 13
sur l'chelle de Richter (1 million de fois suprieure une "classique" magnitude 7) et eurent des rpercussions
jusqu'aux antipodes du point d'impact situ dans l'ocan Indien (ce point est appel le "point zro bis"). Dans
l'atmosphre, l'ouragan dmarra avec une vitesse proche de celle de la vitesse d'impact (entre 10 et 72 km/s) qui
diminua progressivement au fil des minutes, tandis que l'onde de choc se heurtait une masse d'air de section
croissante. Les modles montrent que l'onde de choc avait parcouru plus de 500 km en 10 minutes seulement.
253
Tout de suite aprs l'impact et avec le dploiement de l'onde de choc, la temprature de l'atmosphre a grimp
d'une manire phnomnale, certains chercheurs ont mme parl de "rtissoire". Ds cet instant, une grande
majorit d'animaux ont t tus sur le coup, avant mme de pouvoir se mettre l'abri. Comme l'a
remarquablement dcouvert la chimiste amricaine Wendy Wolbach (29), l'effet "rtissoire" est certainement d
en grande partie un embrasement gnral de la vgtation sur une partie importante de la surface terrestre,
notamment en Amrique du Nord. Elle a en effet relev dans la couche K/T une impressionnante quantit de
carbone de combustion (jusqu' 10 000 fois suprieure la normale). Elle en a conclu que prs de la moiti de la
biomasse terrestre avait brl durant les premiers mois de la priode post-impact. Cette catastrophe cologique,
comme il s'en produit peut-tre seulement une tous les 10 MA, entrana une vritable hcatombe dans le monde
vivant.
Progressivement (en quelques annes probablement), cette chaleur insupportable diminua, pour laisser place
dans un deuxime temps une temprature glaciale, en liaison avec la fameuse "nuit" produite par la diffusion
tout autour de la plante d'un vritable cran de poussires et de suie qui dura, lui aussi, quelques annes ou
mme dizaines d'annes. La chaleur du Soleil ne pouvant plus parvenir au sol, c'est toute la vgtation restante
qui fut soumise l'hiver d'impact, et avec sa disparition les diverses chanes alimentaires ncessaires la survie
d'espces rescapes. Combien d'animaux survivants de la priode prcdente prirent alors ? A coup sr, un
trs grand nombre au niveau des individus furent limins mais, comme nous le verrons dans la section suivante,
ce ne fut pas la mme chose au niveau des espces et des niveaux suprieurs du monde animal. En tout cas,
quelles que furent les conditions de vie (bien difficiles sans doute) durant cette priode post-impact, certains tres
vivants parvinrent survivre, protgs sans doute par des conditions climatiques rgionales ou locales un peu
moins ingrates, et aussi par des particularismes physiologiques favorables (tortues notamment).
Dans un troisime temps, beaucoup plus long, puisqu'on l'estime 50 000 ans, la Terre fut soumise nouveau
un important accroissement de la temprature de l'atmosphre (et de la biosphre) attribu, lui, l'effet de serre
bien connu aujourd'hui, cr principalement par un excs de gaz carbonique. Celui-ci, normalement assimil par
la vgtation terrestre et par les plantes marines photosynthtiques, fut transfr directement l'atmosphre du
fait de la disparition de ses "consommateurs" habituels.
Pour rsumer, la priode post-impact eut trois phases principales bien distinctes :
1. Une courte priode (quelques annes) de chaleur intense, parfois suprieure mme 100C sur certains sites
proches de l'impact et dans les rgions o la vgtation fut soumise un incendie auto-perptuant qui gagna
progressivement des rgions primitivement pargnes.
2. Un hiver sibrien pour toute la plante prive de l'indispensable chaleur solaire qui dura quelques annes ou
dizaines d'annes et durant laquelle une partie de la faune rescape disparut faute de nourriture.
3. Une augmentation progressive de la chaleur due l'effet de serre, conscutif lui un important excs de gaz
carbonique dans l'atmosphre. Cette priode fut beaucoup plus longue que les deux prcdentes et dura peuttre 50 000 ans.
Cet enchanement chaud-froid-chaud fut la cause de l'limination d'innombrables individus qui avaient survcu
l'impact proprement dit.
Le concept d'hiver d'impact, popularis par le drame de la fin du Secondaire, a donn des ides aux scientifiques
qui l'ont adapt ensuite l'hiver nuclaire, qui en est une variante, un cataclysme caus par l'homme lui-mme et
non pas un phnomne somme toute naturel.
quatre ordres diviss en vingt et une familles au total, furent extermins 100%. Par contre, les huit familles de
tortues, apparemment beaucoup plus aptes faire face aux conditions draconiennes de l'environnement, et donc
mieux armes pour la survie, passrent sans dommages (au niveau des familles et non des individus bien sr) la
priode difficile. Les deux ordres de serpents sortirent galement indemnes. Pour les lzards et les crocodiliens,
l'extinction fut seulement partielle, puisque 75 % des familles faisaient encore partie du monde vivant durant le
Tertiaire. Le tableau montre que, globalement, en ce qui concerne les reptiles, l'extinction fut de 55 %.
Tableau 12-1. Extinction des reptiles la fin du Crtac en Amrique du Nord
ORDRES de
REPTILES
(9)
teintes
il y a 65 MA
aprs
65 MA
%
d'extinctions
Remarques
Tortues
8
0
8
0
ordre indemne
Lzards
8
2
6
25
extinction partielle
Serpents
2
0
2
0
ordre indemne
Dinosaures
15
15
0
100
extinction totale
Ptrosaures
2
2
0
100
extinction totale
1
1
0
100
extinction totale
Ichthyosaures
Plsiosaures
3
3
0
100
extinction totale
Eosuchiens
1
0
1
0
ordre indemne
Crocodiliens
4
1
3
25
extinction partielle
Total
44
24
20
55
55 % d'extinctions
L'extinction apparat extraordinairement slective et nullement gnralise
Donnes d'aprs Dale Russell (Pour la Science, n 53, mars 1982)
255
Comme l'ont fort bien expliqu Stephen Jay Gould (30) et David Raup (31), entre autres, seule la malchance a
limin les dinosaures et leurs semblables. Et pourtant, ils dominaient depuis plus de 100 MA le monde vivant.
On a mme postul que le stnonychosaure, dcouvert au Canada en 1967, possdait des facults tonnantes
et que son cerveau tait anormalement dvelopp. D'autres petits dinosaures bipdes carnivores voluaient
d'une manire trs favorable vers l'intelligence.
Quelques palontologues ont remarqu, avec humour, qu'il s'en est fallu de peu ( un impact cosmique et une
catastrophe cologique prs) que le successeur du stnonychosaure soit le matre de la Terre, notre place. On
ne pourra plus jamais prtendre que l'impactisme et le catastrophisme qui lui est associ n'ont pas de
consquence sur l'volution, qui a sans aucun doute un caractre alatoire et donc imprvisible long terme. Le
cataclysme est bien une force de destruction et de cration.
d'une manire satisfaisante les grandes extinctions majeures, dites de masse, qui ont t presque
obligatoirement engendres par des cataclysmes d'origine cosmique, comme le pensait dj Harold Urey la fin
des annes 1960.
Beaucoup de ces mandarins de la gologie et de la palontologie en voulurent Luis Alvarez (un physicien,
arrogant de nature, totalement extrieur ces spcialits qu'il considrait comme des sciences secondaires,
parat-il, surtout la seconde), un ancien lui aussi pourtant, mais ouvert aux ides neuves, d'avoir eu son ide
gniale d'tudier les pics d'iridium dans les couches K/T rparties dans le monde entier. Cette ide, aussi
lumineuse qu'imprvue, allait entraner toute une srie de recherches et de rsultats dcisifs qui conduisirent
une double rvolution de la gologie et de la palontologie.
Maintenant, il est clair que tout retour en arrire est impossible. Une page de l'histoire des sciences est tourne.
Le catastrophisme devra tre enseign, l'interdisciplinarit sera obligatoire pour bien comprendre les multiples
aspects de l'volution deux vitesses : gradualiste et catastrophiste.
Notes
1. Collectif, Dossier : La mtorite, les dinosaures et le plancton, La Recherche, 293, pp. 51-69, 1996. Cet
excellent dossier contient sept articles diffrents et complmentaires : R. Rocchia, Naissance d'une thorie, pp.
53-55 ; J.-C. Doukhan et H. Leroux, La preuve par les quartz, pp. 56-57 ; E. Robin, Le verdict du spinelle, pp. 5860 ; Ph. Claeys, Chicxulub, le cratre idal, pp. 60-62 ; J. Smit, Un pisode tragique : "l'ocan Folamour", pp. 6264 ; E. Buffetaut, Tous les gros animaux disparaissent, pp. 65-67 ; J.D. Archibald, L'impact du retrait des mers, pp.
67-69.
2. Ch. Frankel, La mort des dinosaures : l'hypothse cosmique (Masson, 1996). Un excellent livre bourr
d'informations.
3. D. Russell, Les extinctions massives de la fin du Msozoque, Pour la Science, 53, pp. 44-52, 1982.
4. H.H. Nininger, Cataclysm and evolution, Popular Astronomy, 50, pp. 270-272, 1942. Dans cet article, Harvey
Nininger annonce clairement, pour la premire fois, qu'un impact important pourrait avoir t la cause de
bouleversements gologiques, comme la fin des diffrentes res, et aussi la raison des bouleversements
biologiques associs. Il fait ressortir le catastrophisme de sa tombe, en liant le cataclysme et l'volution. A ce titre,
Nininger est un pionnier important, un peu oubli aujourd'hui, malheureusement.
5. M.W. de Laubenfels, Dinosaur extinction : one more hypothesis, Journal of Paleontology, 30, pp. 207-212,
1956. Dans cet article, De Laubenfels suggre qu'un impact cosmique pourrait tre responsable de la mort des
dinosaures et des autres espces ananties la fin de l're secondaire.
6. H.C. Urey, Cometary collisions and geological periods, Nature, 242, pp. 32-33, 1973. Urey reprend l'ide de
Nininger et lui donne une consistance physique. Il relie clairement les impacts comtaires sur la Terre et les
frontires des res gologiques.
7. De nombreux autres lments "nobles" de la famille du platine ont t reprs dans les couches K/T,
notamment le rhnium, le ruthnium, le palladium, le chrome, ainsi que des lments plus courants comme l'or, le
nickel et le cobalt. Tous prsentent des concentrations anormalement leves.
8. L. Alvarez, W. Alvarez, F. Asaro and H. Michel, Extraterrestrial cause for the Cretaceous-Tertiary extinction,
Science, 208, pp. 1095-1108, 1980. L'article historique sur la question.
9. K.J. Hs, Terrestrial catastrophe caused by cometary impact at the end of Cretaceous, Nature, 285, pp. 201203, 1980.
10. W. Alvarez, La fin tragique des dinosaures (Hachette, 1998). Titre original : T.rex and the crater of doom
(1997). Lhistoire moderne de la fin des dinosaures, vue par lun de ses promoteurs : Walter Alvarez. Ce livre
contient un important systme de notes et de rfrences sur les diffrents pisodes de cette saga scientifique.
Dans son livre, W. Alvarez raconte la dcouverte cruciale de la prsence diridium dans la couche K/T et tout son
travail les annes suivantes. Cest son pre, Luis Alvarez, physicien de grand renom, qui a eu lide dtudier
cette couche qui date de 65 MA et cest lui, gologue de profession, qui le premier la mise en pratique sur le
terrain. Une fois lance, cette ide a t reprise par de nombreuses quipes multidisciplinaires et leur a, en fait,
chapp. Il nempche que le tandem Alvarez, pre et fils, restera comme celui qui a apport la preuve qui
manquait et qui a littralement ressuscit la notion de catastrophisme dorigine cosmique. La science leur doit
beaucoup. Je rappelle quand mme que Walter Alvarez ne croyait pas dans les annes 1980 que Chicxulub
puisse tre le cratre dimpact recherch par tous les spcialistes de la question. Comme beaucoup dautres, il a
t oblig de faire son mea culpa. Il appelle dans son livre Chicxulub "le cratre maudit" (chapitre VI).
11. R. Rocchia, La catastrophe de la fin de l're secondaire, La Recherche, 260, pp.1344-1353, 1993.
12. M.J. Benton, Scientific methodologies in collision : the history of the extinction of the dinosaurs, Evolutionary
Biology, 24, pp. 371-400, 1989.
257
13. D.A. Russell, The enigma of the extinction of the dinosaurs, Annual Revue of the Earth Planetary Sciences, 7,
pp. 163-182, 1979.
14. M. Renard et R. Rocchia, Extinction des espces au Secondaire : la Terre dans un nuage interstellaire ?,
La Recherche, 153, pp. 393-395, 1984.
15. M.J. Benton, Atlas historique des dinosaures (Autrement, 1998). Titre original : Historical atlas of the
dinosaurs (1996). Un livre trs visuel avec de nombreux renseignements sur toute la priode o ils ont vcu. Le
livre est sous-titr : 1000 espces, 160 millions dannes.
16. C. Officer and J. Page, The great dinosaur extinction controversy (Addison-Wesley, 1996). Charles Officer a
t l'un des leaders du courant "volcaniste" et l'un des grands adversaires de l'hypothse cosmique. Il n'a jamais
cru l'importance des impacts dans les processus d'extinction et a mme critiqu le caractre cosmique de
Chicxulub, considrant cette structure comme tant d'origine volcanique.
17. V. Courtillot, What caused the mass extinction : a volcanic eruption, Scientific American, 263, 4, pp. 85-92,
1990.
18. V. Courtillot, La Vie en catastrophes (Fayard, 1995). Dans ce livre sous-titr : Du hasard dans l'volution des
espces, Vincent Courtillot, partisan de l'origine volcanique de la fin du Secondaire, explique fort bien que les
vnements catastrophistes (quelle que soit leur origine, qui peut tre varie et multiforme) peuvent tre la fois
cause de destruction et de renaissance.
19. B.F. Bohor, E.E. Foord, P.J. Modreski and D.M. Triplehorn, Mineralogic evidence for an impact event at the
Cretaceous-Tertiary boundary, Science, 224, pp. 867-869, 1984.
20. M. Zhao and J.L. Bada, Extraterrestrial amino acids in Cretaceous/Tertiary boundary sediments at Stevns
Klint, Denmark, Nature, 339, pp. 463-465, 1989.
21. K. Zahnle and D. Grinspoon, Comet dust as source of amino acids at the Cretaceous/Tertiary boundary,
Nature, 348, pp. 157-160, 1990.
22. J. Smit, A. Montanari, N. Swinburne, W. Alvarez, A.R. Hildebrand, S.V. Margolis, P. Claeys, W. Lowrie and F.
Asaro, Tektite-bearing, deep-water clastic unit at the Cretaceous-Tiertary boundary in northeastern Mexico,
Geology, 20, pp. 99-103, 1992.
23. J. Bourgeois, T.A. Hansen, P.L. Wibertg and E.G. Kauffman, A tsunami deposit at the Cretaceous-Tertiary
boundary in Texas, Science, 241, pp. 567-570, 1988.
24. A.R. Hildebrand and W.V. Boynton, Proximal Cretaceous-Tertiary boundary impact deposits in the Caribbean,
Science, 248, pp. 843-847, 1990.
25. Dans son livre La mort des dinosaures : l'hypothse cosmique, Charles Frankel raconte qu'un article de
vulgarisation parut sur le sujet dans le quotidien de Houston (la ville de la NASA), le Houston Chronicle du 31
dcembre 1981, sous la plume du journaliste Carlos Byar, article qui faisait la liaison indniable entre la mort des
dinosaures et le cratre du Yucatan (Chicxulub) dcouvert par Penfield et Camargo. Cet article prmonitoire ne
fut lu, semble-t-il, par aucun scientifique (pourtant nombreux Houston) et n'eut aucune suite. Il fallut attendre dix
ans pour que Hildebrand et Boynton redcouvrent le cratre. Frankel prcise aussi que Walter Alvarez lui-mme
entendit parler du site du Yucatan, mais comme tant une caldra et donc sans intrt ! C'est Carlos Byar qui mit
en rapport Hildebrand avec Penfield et Camargo qui seront coauteurs du premier article sur le sujet, paru dans la
revue Geology en septembre 1991. Cet article trs important fut dans un premier temps refus par la revue
Science pour une assez sordide raison de rivalit scientifique.
26. A.R. Hildebrand, G.T. Penfield, D.A. Kring, M. Pilkington, A. Camargo, S.G. Jacobsen and W.V. Boynton,
Chicxulub crater : a possible Cretaceous/Tertiary boundary impact crater on the Yucatan peninsula, Mexico,
Geology, 19, pp. 867-871, 1991.
27. Il est certain que plusieurs des astroblmes terrestres possibles dont j'ai parl au chapitre 11 ont un diamtre
suprieur celui de Chicxulub. Pour le moment, on n'a pas encore pu les associer des extinctions, ou tout au
moins la fin d'tages gologiques. L'exemple de Chicxulub est symptomatique de la vitesse laquelle peut
disparatre la vue un astroblme de grande taille.
28. A.A. Meyerhoff, J.B. Lyons and C.B. Officer, Chicxulub structure : a volcanic sequence of the late Cretaceous
age, Geology, 22, pp. 3-4, 1994.
29. W.S. Wolbach, I. Gilmour, E. Anders, C.J. Orth and R.R. Brooks, Global wildfire at Cretaceous-Tertiary
boundary, Nature, 334, pp. 665-669, 1988.
30. S.J. Gould, La foire aux dinosaures (Seuil, 1993). Titre original : Bully for brontosaurus (1991).
31. D.M. Raup, De l'extinction des espces (Gallimard, 1993). Titre original : Extinction. Bad genes or bad luck
(1991).
258
Quatrime partie :
LES CONSQUENCES
259
260
CHAPITRE 13 :
261
ont creus les astroblmes, a elle aussi subi ce bombardement cleste qui a contribu, pour une part non
ngligeable, faonner la gographie de notre plante, telle que nous la connaissons aujourd'hui.
L'origine de la Lune
L'histoire de la formation de la Lune a toujours intrigu les astronomes (8). Ils croyaient enfin avoir dcouvert la
bonne solution dans le courant des annes 1970, quand un nouveau venu imprvu est venu brouiller le schma
savamment construit et amlior par plusieurs gnrations de chercheurs. Ce nouveau venu, d'une importance
incroyablement sous-estime au dpart, c'est le chaos. Nous verrons dans la section suivante les liens troits qui
unissent la Terre et notre satellite. Des liens si troits, si fondamentaux, que nous ne serions pas l pour en parler
si la Lune n'existait pas.
On sait que limpact a eu lieu moins de 50 MA aprs la formation des deux plantes, durant la fameuse guerre
des mondes, mais quelles taient dj toutes les deux diffrencies. Aujourd'hui, prs de 4500 MA aprs leur
association force et particulirement brutale, ces deux astres forment une mme famille cosmique,
tonnamment soude.
Mais auparavant, il faut dire quelques mots sur l'origine de notre satellite. Trois hypothses se sont longtemps
trouves plus ou moins concurrence, hypothses abandonnes en 1976, quand une nouvelle thorie, mieux
labore sur la base de simulations trs pointues prenant en compte une multitude de donnes incontestables,
les a envoyes directement dans l'histoire des sciences.
Les anciennes hypothses
Pendant plusieurs dcennies, trois hypothses se sont partages les faveurs des astronomes, qui n'taient pas
sans savoir cependant qu'aucune d'entre elles tait vraiment satisfaisante, car toutes prsentaient des faiblesses
plus ou moins criardes.
262
1. La Lune sur de la Terre. Dans cette hypothse, les deux objets se sont forms sparment dans la mme
rgion de l'espace. C'est la thorie de l'accrtion simultane, mais elle n'explique pas le dficit de fer dans notre
satellite.
2. La Lune fille de la Terre. Dans cette hypothse, la Lune se serait spare de la Terre par effet centrifuge.
C'est la thorie de la fission qui a le gros dfaut de ne pas expliquer le problme du moment angulaire.
3. La Lune cousine de la Terre. Dans cette hypothse, la Lune forme ailleurs dans le Systme solaire aurait
t capture par la Terre l'occasion d'une forte approche exceptionnelle. C'est la thorie de la capture qui ne
rsout pas le problme de la rarfaction du fer dans notre satellite et qui n'explique pas non plus l'origine du
freinage pour expliquer la capture.
L'hypothse de l'impact rasant avec la Terre
L'exploration de la Lune, partir de 1969, et l'tude des chantillons lunaires ramasss par les astronautes
amricains ont clairement montr que les trois hypothses anciennes sur l'origine de la Lune ne tenaient pas sur
le plan scientifique, et qu'il convenait donc d'en imaginer une autre qui corresponde mieux aux donnes
d'observation. On doit William Hartmann et Donald Davis (en 1975), Alastair Cameron (1925-2005) et William
Ward (en 1976) la nouvelle thorie de l'impact rasant.
Pour ces auteurs, et depuis pour de nombreux autres astronomes qui se sont rallis leur scnario probable, les
choses se sont passes de la manire suivante. Il existait encore plusieurs protoplantes rescapes dans le
Systme solaire intrieur aprs quelques dizaines de millions d'annes. L'une d'entre elles, de masse 0,10 0,15
masse terrestre (c'est--dire une masse voisine de celle de Mars) circulait dans la zone terrestre (1,0 0,1 UA)
sur une orbite quasi circulaire comme celle de la Terre. L'objet, suite des perturbations plantaires, a fini par se
rapprocher de la Terre, faible vitesse, et l'a percute avec un angle presque rasant, de telle manire que la
collision n'a dtach qu'une partie du manteau terrestre et n'a pas atteint le noyau de fer dj form. La chaleur
colossale engendre par l'impact a vaporis toute la matire volatile et concentr les matires rfractaires du
matriau lunaire.
Suite cet impact entre deux corps clestes de masse importante, plus d'une masse lunaire de matire a t
satellise autour de la Terre sur une orbite extrieure la limite de Roche. Ainsi, la matire n'a pas pu former un
anneau permanent (ce qui aurait pu tre le cas, tout au moins temporairement, dans le cas d'une orbite interne
la limite de Roche), mais bien un disque d'accrtion qui s'est progressivement regroup autour du fragment
principal pour former un nouvel objet recompos, la Lune actuelle, form en fait de l'ancienne proto-Lune et d'une
partie de l'ancienne enveloppe externe et du manteau terrestres.
On peut rappeler schmatiquement les six tapes principales de la formation de la Lune :
1. Un impact presque rasant, faible vitesse (quelques km/s) entre deux corps clestes de grande taille dj
diffrencis.
2. Le noyau de la proto-Lune pntre une partie du manteau terrestre, sans toucher le noyau de fer.
3. Une importante quantit de silicates terrestres et le plus gros du matriel de la proto-Lune sont projets dans
l'espace.
4. Une fraction importante du matriel ject est satellise en orbite terrestre l'extrieur de la limite de Roche.
5. Le matriel satellis forme un disque d'accrtion et les diffrents morceaux se regroupent progressivement
autour des fragments principaux.
6. Le fragment principal finit par absorber tous les autres : c'est la Lune. Celle-ci subit son tour un important
bombardement de dbris divers : c'est la cratrisation qui sera trs importante dans un premier temps. La Terre
et la Lune reprennent rapidement une forme quasi sphrique.
Les thoriciens du chaos n'aiment pas trop ces thories sur la formation de la Lune, mme la dernire. Leur
insatisfaction provient principalement de la faible probabilit qu'a un tel vnement de se produire. Mais une
chose est sre : la Lune existe, et pour expliquer sa composition actuelle, l'hypothse de l'impact rasant donne
des rsultats satisfaisants. Et il ne faut jamais oublier que le Systme solaire, tel qu'on le connat aprs 4600 MA
263
d'existence, est le rsultat d'une guerre des mondes qui a engendr un nombre incalculable de collisions qui ne
peuvent tre prises en compte par les simulations, si brillantes soient-elles.
264
qu'une vie sophistique comme la ntre soit capable de rsister de trs importants changements climatiques
quasi permanents l'chelle astronomique.
On voit avec cette histoire de l'existence de la Lune actuelle, issue d'une collision majeure entre une proto-Lune
et la Terre primitive, comment un cataclysme d'envergure peut dboucher terme sur une vie telle que la ntre,
grce la prsence d'un gros satellite stabilisateur. C'est une nouvelle preuve de cette ralit fondamentale que
le cataclysme est source de cration. Sans Lune, pas de vie telle que la ntre, pas d'Homo sapiens.
Laskar conclut son tude avec une remarque trs pessimiste sur l'espoir de trouver une vie extraterrestre
comparable la ntre dans un systme stellaire proche :
" La probabilit d'existence d'une plante de stabilit climatique comparable la ntre dans un
systme plantaire doit sans doute tre revue la baisse de plusieurs ordres de grandeur, et il
faudra en faire de mme pour la probabilit de russite de ce projet [ le projet SETI (Search for
Extra Terrestrial Intelligence) concernant la dtection de messages provenant de civilisations
extraterrestres ] de la NASA. " (12)
Mais de nombreux scientifiques sont moins pessimistes que Laskar. Je montrerai dans les chapitres suivants que
la vie existe partout dans l'Univers. Mais pas obligatoirement une vie comme la ntre.
Pour les thoriciens du chaos dans le Systme solaire, la nature chaotique des plantes intrieures provient de la
prsence de rsonances entre les lents mouvements de prcession des orbites de la Terre et de Mars d'une part,
et entre celles de Mercure, Vnus et Jupiter d'autre part. La plante gante "fait le mnage" jusque dans la
proche banlieue solaire. De ce fait, on ne peut prvoir l'avenir des plantes proches trs long terme. Jacques
Laskar a calcul que les orbites de Vnus et de Mercure pourraient se couper dans un lointain futur et que
Mercure pourrait tre expuls du Systme solaire. Il suggre une autre solution possible : la collision entre
Mercure et Vnus. Ainsi une des huit plantes rescapes de la guerre des mondes, aprs un trs long sursis,
pourrait disparatre. Comme quoi, cause de l'imprvisible chaos, l'impactisme plantaire n'est pas encore fini.
265
266
Perturbations atmosphriques. Elles sont invitables videmment aprs un impact, mme relativement
modeste. Dans un premier temps, on se trouve en prsence d'un effet de souffle qui peut tre impressionnant et
qui drgle le mcanisme normal de l'atmosphre. Des vents de grande intensit et des tornades trs violentes
(atteignant l'chelle F4, 340-410 km/heure, et mme F5, 420-510 km/heure) sont probables. Les courants-jets
ordinaires de l'atmosphre subissent des perturbations et des prcipitations exceptionnelles inondent certaines
rgions. Ces perturbations post-impact sont nombreuses et varies, mais elles ne sont jamais irrversibles,
l'atmosphre reprend aprs une priode plus ou moins longue ses caractristiques et son activit normales.
Pollution atmosphrique. C'est la modification de l'tat physico-chimique de l'atmosphre, notamment au
niveau de la composition de ses lments mineurs. On sait que les cataclysmes terrestres (notamment
volcaniques) et l'activit humaine depuis l'poque industrielle sont responsables d'une pollution atmosphrique
pratiquement ininterrompue de nos jours, avec des consquences diverses : rchauffement de la plante,
corrosion chimique acclre, altration des tissus et des cellules. Bien entendu, un impact, mme d'envergure
locale (comme celui de la Toungouska), engendre une pollution atmosphrique proportionnelle l'nergie
dgage. Les incendies gants qui peuvent suivre un impact doivent participer aussi activement la pollution
atmosphrique et la non-viabilit provisoire des rgions dvastes.
Hiver d'impact. C'est la priode post-catastrophe qui regroupe tous les effets nocifs engendrs par l'impact.
L'opacification de l'atmosphre par les poussires et les suies en suspension, associe une priode de grand
froid pouvant aller jusqu' la glaciation, peut entraner une dcimation de certaines espces et mme dans
certains cas l'extinction pure et simple. Dans un deuxime temps, l'hiver peut laisser la place, suite l'effet de
serre, un rchauffement comme cela s'est produit il y a 65 MA (voir le chapitre 12 sur l'extinction des
dinosaures).
267
Mais les astroblmes plus petits reclent aussi leurs trsors, plus modestes mais loin d'tre ngligeables pour
autant.
Les chercheurs de l'ex-URSS ont not que les grands astroblmes recenss sur leur vaste territoire sont
associs des rserves de gaz naturel, des schistes bitumeux et certains mtaux. Les Sud-Africains
s'intressent particulirement, eux, au Bushveld Complex, vaste rgion de 67 000 km2 que l'on souponne d'avoir
t remodele, il y a environ 2,2 milliards d'annes, la suite de l'impact d'un gros EGA fractionn au dernier
moment en quatre morceaux principaux, l'un d'eux ayant cr l'astroblme voisin de Vredefort (le lger cart dans
les ges supposs n'est pas significatif d'une origine distincte). Ce complexe a t recouvert par des intrusions
magmatiques venues de plusieurs kilomtres de profondeur. Il est aujourd'hui une source majeure de mtaux du
groupe du platine, de chrome et de fer, et constitue une source de profits importants pour les Sud-Africains. Aussi
bizarre que cela puisse paratre, l'Afrique du Sud doit au Bushved Complex une partie de sa prosprit.
Citons encore les Mexicains qui ont vu, dans les annes 1970, augmenter trs srieusement leurs rserves
ptrolires. Cela grce aux dcouvertes effectues, suite des sondages spcialiss par des compagnies
ptrolires, dans le golfe de Campche, que certains souponnent fortement d'tre un gigantesque astroblme
trs ancien, sans aucune parent avec celui de Chicxulub situ dans la mme rgion, mais beaucoup plus rcent
(65 MA). Comme beaucoup d'autres formations gantes similaires en arc de cercle, le golfe de Campche n'est
actuellement considr que comme un astroblme "hypothtique", mais l encore la concidence est frappante,
mme si l'on saisit encore mal le "pourquoi" de l'association astroblme - ptrole.
Ces quelques exemples montrent bien l'importance pratique de ces astroblmes, dont l'existence mme tait
totalement insouponne il y a seulement soixante ans. Ils sont associs dans de nombreux cas des trsors
minralogiques qui sont, c'est le cas de le dire, un don du ciel pour les hommes d'aujourd'hui. Inutile de prciser,
par contre, que lors de leur formation, ces trsors ont occasionn la disparition de milliers de formes vivantes.
Cration d'un ct, destruction de l'autre, c'est la loi premire de la nature.
la sparation Crtac-ocne, il y a 65 MA ;
la sparation ocne-Oligocne, il y a 35 MA ;
la sparation entre le Palolithique infrieur et le Palolithique moyen, il y a 700 000 ans.
Mais des impacts beaucoup moins importants peuvent produire les mmes effets dans certains cas. D'autres,
sans vraiment causer des priodes glaciaires, peuvent entraner de srieux refroidissements sur l'ensemble de la
plante.
268
269
haute atmosphre (22). L'intrt du phnomne est qu'il peut tre caus par les trois catgories d'impacts :
impacts sur les terres merges, impacts ocaniques et explosion dans l'atmosphre d'EGA comtaires ou de
comtes, mme s'il s'agit d'objets relativement modestes. Quand l'nergie libre atteint ou dpasse 1018 joules,
c'est--dire pour des objets partir de 200 mtres, il y a obligatoirement production intense de poussires et de
particules microscopiques qui sont jectes dans la haute atmosphre. Cet arosol entrane une diminution
substantielle de l'insolation de la Terre, et, par consquence, des variations climatiques pouvant dpasser
plusieurs degrs et conduire dans certains cas des priodes glaciaires.
Mais dans ce domaine des variations climatiques, comme dans beaucoup d'autres que j'ai dj tudis, il ne faut
pas perdre de vue que parfois des vnements terrestres, en l'occurrence ici des ruptions volcaniques, peuvent
conduire aux mmes consquences. Il serait donc trs exagr d'attribuer aux gros impacts la paternit de toutes
les grandes variations soudaines dans le domaine climatique. On a l'exemple assez rcent de l'ruption
cataclysmique du Tambora, dans l'le de Sumbawa en Indonsie, en 1815, connue pour tre la plus nergtique
des temps historiques avec son nergie totale libre gale 1020 joules. Au cours de cette ruption, le mont
Tambora perdit 1250 mtres de sa hauteur et jecta prs de 150 km3 de dbris divers, notamment sous forme de
fines poussires et de cendres. C'est une fantastique quantit de particules qui atteignit les hautes couches
atmosphriques et qui fut entrane par la suite vers d'autres latitudes au gr des courants ariens. En 1816,
l'arosol existait encore en si grande quantit que l'ensoleillement fut trs dficitaire, et que cette anne-l fut
appele "l'anne sans t" (23). Elle fut la plus froide que l'on ait connue, avec d'innombrables consquences
humaines et conomiques.
On voit avec cet exemple terrestre, les consquences qu'a pu (et que pourrait encore) entraner une diminution
sensible de l'insolation sur Terre cause par un impact d'envergure. Un refroidissement rapide et important de
notre plante (et quelle qu'en soit la cause : astronomique ou purement terrestre) peut conduire irrversiblement
une poque glaciaire du fait des effets cumulatifs des phnomnes d'accompagnement, notamment la
persistance d'un sol gel sur des rgions entires et l'augmentation du volume des glaciers. Car il ne faut pas
oublier que la neige a un albdo (pouvoir rflecteur) particulirement lev (0,84 en moyenne), ce qui dbouche
sur une rflectivit accrue de la surface terrestre enneige. En clair, cela veut dire que le sol enneig renvoie
dans l'espace la plus grande partie de l'apport calorifique solaire au lieu de l'absorber, et qu'il acclre ainsi luimme l'emprise des glaces ses dpens. Pass un certain seuil critique d'accumulation de neige et de glace,
une glaciation peut devenir autoperptuante.
secondaires sur le plan nergtique qui n'ont aucune consquence srieuse l'chelle plantaire. Sur le plan
humain, cest une autre affaire comme nous allons le voir.
Il n'en est pas de mme si l'EGA dpasse deux kilomtres de diamtre. On peut alors envisager une fissuration
de la crote ocanique avec des consquences autrement cataclysmiques. On sait que cette crote ocanique
est beaucoup moins paisse, et donc plus fragile, que la crote continentale. On sait aussi que les volcans sousmarins sont frquents, et qu'en de multiples endroits le magma affleure la surface terrestre, sous les ocans
comme sous les terres merges.
Si une fissuration de la crote ocanique est effective aprs un impact srieux, le magma sous-jacent est libr et
devient capable de faire localement bouillir la mer. Une fantastique quantit d'eau de mer, dpendant
videmment de la surface de la fissure et des tempratures dgages, peut se transformer en vapeur. Cette
vapeur d'eau se mlange ensuite avec les dbris des roches basaltiques pulvrises par l'impact et avec toutes
sortes de gaz, de poussires, de laves et de cendres jectes la fois par le magma fissural et par les autres
volcans immergs et mergs de la rgion choque. Toute cette matire htroclite s'agglutine pour former de
formidables nuages opaques, qui doivent se rpartir ensuite tout autour de la Terre en quelques jours. Ces
nuages se comportent comme une vritable carapace dans la troposphre et la stratosphre, capable l encore
d'obscurcir le Soleil pendant plusieurs mois, voire mme pendant plusieurs annes. Une consquence presque
certaine est un dluge mondial colossal et ventuellement une priode glaciaire, du fait de l'ensoleillement trs
dficitaire. On parle de nos jours d'hiver d'impact.
Le danger des tsunamis dorigine cosmique
Lautre consquence importante d'un gros impact ocanique est la formation d'un tsunami, vritablement
fantastique celui-l (et sans commune mesure avec les tsunamis "courants" rappels plus haut), puisque pouvant
atteindre plusieurs kilomtres de hauteur. La force de pntration d'une telle vague doit tre prodigieuse, quand
on connat dj celle des tsunamis purement terrestres qui peuvent dpasser trente mtres et pntrer 500 km
l'intrieur des ctes. Certains tsunamis d'origine cosmique doivent tout balayer sur leur passage sur plusieurs
milliers de kilomtres l'intrieur des ctes et peut-tre, dans certains cas, faire le tour de la Terre. Inutile de
parler des destructions qui en dcoulent, chacun de ces extraordinaires tsunamis tant capable de rayer du
monde vivant de nombreuses espces.
Les simulations modernes montrent bien que ce problme des tsunamis dorigine cosmique a t terriblement
sous-estim jusqualors (24/25). Il sagit dun problme assez dlicat car ces simulations donnent des valeurs
parfois diffrentes selon les paramtres utiliss (qui ne peuvent tre que des approximations), mais des ordres de
grandeur se dgagent quil est ncessaire de connatre. Le tableau 13-1 donne quelques chiffres ce sujet, des
chiffres assez inquitants, tant en ce qui concerne la hauteur des vagues engendres que la frquence de cette
catgorie de cataclysme.
Tableau 13-1. Le danger des impacts ocaniques
Hauteur du Frquence
Nombre de
nergie d'impact
Magnitude
tsunami des impacts
gocroiseurs type S = densit 3.5
absolue H
type M = densit 7.8
1000 km
ocaniques
calcul
16
30 mtres
S = 4.6x10 joules
50 mtres
24.0
10 000 000
1/(10)
17
80 mtres
M = 1.0x10 joules
17
80 mtres
S = 3.7x10 joules
100 mtres
22.5
150 000
1/500
17
280
mtres
M = 8.2x10 joules
18
1.0 km
S = 9.9x10 joules
300 mtres
20.0
15 000
1/5 000
19
1.6 km
M = 2.2x10 joules
20
S = 3.7x10 joules
1 km
17.5
1000
+ 5 km
1/70 000
20
M = 8.2x10 joules
22
S = 4.6x10 joules
5 km
14.0
10
+ 10 km
1/7 000 000
23
M = 1.0x10 joules
Le nombre de NEA est le double de celui des gocroiseurs (qui ont q < 1.000 UA) :
5 km = 25 ; 1 km = 2000 ; 300 m = 30 000 ; 100 m = 300 000 ; 50 m = 20 000 000
Les diamtres de la premire colonne correspondent des objets silicats de type S
Les nergies d'impact sont calcules pour une vitesse d'impact de 20 km/s
Diamtre de
l'impacteur
Il apparat quun impact ocanique dun EGA de type S de 50 mtres seulement peut engendrer un tsunami de 30
mtres 1000 km de distance et une sidrite de mme diamtre un tsunami de prs de 80 mtres qui serait tout
fait catastrophique pour les rgions ctires inondes. Mais il y a vite inflation. Un petit EGA de 300 mtres,
271
avec une vitesse dimpact de 20 km/s peut gnrer un tsunami de prs de 1 km de hauteur, ce qui parat presque
incroyable et surtout terriblement dvastateur. Gare au prochain, car il sagit dun vnement qui reste possible
lchelle du millnaire. Si lon monte dans la gamme des impacts ocaniques kilomtriques, les tsunamis gnrs
atteignent plusieurs kilomtres et peuvent dans certains cas faire quasiment le tour de la Terre. Et il ne faut
jamais oublier qu lchelle astronomique ce phnomne est courant.
Nous avons vu dans la partie historique que certains savants du pass, comme Whiston, Buffon, Laplace,
Cuvier et d'Orbigny, considraient le catastrophisme comme l'une des cls de l'histoire ancienne de la Terre. On
sait aujourd'hui qu'ils taient dans le vrai, mme s'ils ont t raills par plusieurs gnrations postrieures de
scientifiques moins perspicaces, mme s'ils n'ont pu faire admettre leurs contemporains (faute de preuves
astronomiques ou gophysiques incontestables leur poque) que la principale raison de ce catastrophisme
trs grande chelle ne peut tre que d'origine cosmique.
J'ai rappel au chapitre 3 les propos de Cuvier concernant les mouvements des eaux ocaniques sur les
continents, et notamment la dernire vague gante qui " par un double mouvement a inond et ensuite remis
sec nos continents actuels... " (26). Quel cataclysme correspond mieux cette vision d'apocalypse qu'un tsunami
gant d'origine cosmique ? A l'vidence aucun.
Outre le tableau 13-1, le lecteur peut consulter le tableau 6-5 qui donne dautres chiffres significatifs quil faut
connatre. Il rappelle que les collisions ocaniques sont la fois frquentes et donc fort dangereuses pour la
Terre, ou tout au moins pour sa couche externe. C'est peut-tre l'une des raisons pour lesquelles le plancher
ocanique est partout trs rcent (moins de 200 MA, c'est--dire moins de 1/20 de l'histoire de la Terre) et se
renouvelle constamment. Les cicatrices ocaniques ont peine le temps de se refermer, que dj de nouveaux
corps clestes les rouvrent. La Terre a toujours t, et reste encore plus de 4 milliards d'annes aprs sa
formation, une plante perptuellement meurtrie. La vie, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, n'en
a eu que plus de mrite pour prendre racine, subsister et se dvelopper sans cesse au sein d'un monde
plantaire somme toute relativement hostile.
Les petits impacts sont des pichenettes lchelle terrestre, mais quand on descend lchelle humaine, il en va
bien sr tout autrement. Ces tsunamis dorigine cosmique pourraient faire des millions de victimes et des dgts
sur le plan conomique impossibles chiffrer.
Un impact ocanique il y a 2,15 millions dannes
La dtection des impacts ocaniques du pass est difficile, et jusqu prsent on na pu reprer que trs peu
dastroblmes sous-marins incontestables, la sdimentation jouant rapidement un rle primordial, comme on la
vu avec lastroblme de Chicxulub, pourtant trs important et relativement rcent. Des anomalies gravimtriques
sont parfois mises en vidence, mais la corrlation avec un impact nest jamais apporte avec certitude.
Cest tout lintrt de la dcouverte dun impact possible (27) dans les annes 1960 par lquipage du navire de
recherche amricain lEltanin, qui tudiait principalement lancienne activit glacire dans le sud de locan
Pacifique, o il effectuait des carottages en eau profonde. Certains chantillons remonts en surface semblaient
concerner des dbris dastrode.
En 1981, le gochimiste amricain Frank Kyte mit en vidence dans certaines de ces carottes ocaniques,
dates prcisment de 2,15 MA, la prsence diridium, quasiment signature dun impact cosmique dimportance,
et postula donc fort logiquement pour une collision dastrode dans la mer de Bellingshausen, prs des ctes
antarctiques, environ 1400 km louest de la pointe de lAmrique du Sud. On donna mme cet astrode
fantme le nom dEltanin, en souvenir du rle essentiel jou par le navire de recherche amricain.
En 1997, des recherches multidisciplinaires ont confirm limpact. Un impact important puisque le diamtre de
lobjet (probablement un vrai astrode) a t valu entre 1 et 4 km et lnergie libre de lordre de 100 000 MT
de TNT. Limpact dans locan a soulev une colonne deau haute de prs de 5 km et le tsunami associ a atteint
lAmrique du Sud et lAntarctique. Un torrent de poussires, de vapeur et dautres dbris sals furent disperss
plusieurs milliers de kilomtres, tant et si bien que les chercheurs ont retrouv la prsence de fossiles
contemporains du cataclysme au sommet des montagnes proches du ple sud.
Kyte et ses associs pensent maintenant que limpact dEltanin a t la cause dune importante priode de
glaciation situe tout de suite aprs la collision, glaciation conscutive un trs important refroidissement,
probablement d un effondrement (plusieurs degrs au moins) de la chaleur reue au niveau du sol. Cest donc
un nouvel exemple, aprs Chicxulub, dun important hiver dimpact d un impact ocanique. Il sera trs
intressant dtudier plus prcisment toutes ses consquences, la fois sur le climat, mais aussi sur la vie de
272
nos malheureux anctres, obligatoirement traumatiss devant un tel cataclysme, surtout par la disparition du
Soleil pendant quelques semaines au moins et par la dgringolade de la temprature. En esprant dautres cas
semblables, peut-tre mme plus rcents encore.
273
274
J'aurai donc revenir sur cet intressant sujet quand je parlerai des consquences biologiques de l'impactisme,
car il faut savoir que ces priodes d'annulation peuvent durer quelques milliers d'annes, priode largement
suffisante pour faire des dgts irrversibles. Car c'est alors que le fameux impactisme particulaire, auquel
certains ne veulent mme pas croire, trouve le moyen de s'exprimer sa manire, invisible certes mais
terriblement efficient : c'est l'un des principaux responsables des mutations gntiques qui permettent une
volution de caractre catastrophiste.
275
certains scientifiques. Albert Einstein (1879-1955) lui mme, qui a crit la prface du livre d'Hapgood, considrait
son ide comme " vraiment remarquable et sduisante ". Cette ide est en gros la suivante. Dans les rgions
polaires, il se forme en permanence un dpt de glace qui a la particularit de ne pas se distribuer d'une faon
symtrique autour du ple. La rotation de la Terre agit sur cette masse glacire asymtrique et met en action une
force centrifuge qui augmente sans cesse et qui transmet une impulsion la lithosphre sous-jacente. Quand elle
atteint un degr limite, cette force centrifuge produit un dplacement de l'corce terrestre (appellation utilise par
Hapgood et qui correspond bien la lithosphre dans son ensemble et pas seulement la crote, qui est
beaucoup moins paisse), dplacement qui se rpercute obligatoirement sur tout le globe et qui entrane les
rgions polaires vers l'quateur. Cette hypothse brillante a t confirme par l'ingnieur amricain Hugh
Auchincloss Brown (1879-1975) dans son livre Cataclysms of the Earth, paru en 1967 (34).
276
collisions importantes. Dans certains cas, en outre, les impacts d'EGA peuvent servir de force d'appoint, ou
d'acclration d'un processus en cours, en fournissant l'nergie complmentaire ncessaire ces dplacements.
Plusieurs auteurs ont mis l'ide que la dernire migration des ples gographiques, due un dplacement de
l'corce terrestre de courte dure, pourrait avoir eu lieu il y a seulement 12 000 ans et contribu ce que certains
appellent l'Apocalypse de l'an -10000 (37). Cette date est une date charnire, d'importance majeure, dans
l'histoire rcente de la Terre et de l'humanit. Elle correspond la fin de la dernire glaciation et au dbut de
l'holocne, elle est contemporaine de cataclysmes plus ou moins obscurs comme la disparition de la dernire
grande vague de mammouths et du changement rapide dans les climats de certaines rgions. Certains auteurs,
spcialistes des "mondes mystrieux du pass", relient cette date cl un hypothtique anantissement de
l'Atlantide de Platon ou de la Terre de M. Car cette poque est aussi, du fait de l'amorce de la dglaciation, le
point de dpart de la monte relativement rapide des eaux ocaniques. Celles-ci ont gagn plus de 150 mtres
en 12 000 ans, entranant l'engloutissement de plusieurs millions de kilomtres carrs de terres pralablement
merges et, par, consquence, des mouvements de population importants, mme si ces populations taient
encore bien primitives et loin d'tre "blouissantes" comme le voudraient les auteurs ci-dessus.
Je parlerai en dtail aux chapitres 18 et 19 de cette srie de catastrophes qui a peut-tre eu comme point de
dpart la collision d'un EGA de 600 mtres de diamtre, celui-l mme qui a creus le cratre alaskaien de
Sithylemenkat, ou un impact ocanique important, d lui un possible impact d'un fragment de l'ancien centaure
Hephaistos.
Mais restons ici dans les gnralits concernant les possibles dplacements de l'corce terrestre en tant que bloc
unique. D'abord, il ne faut surtout pas confondre ce phnomne, qui ne concerne que la couche externe de la
Terre (la lithosphre), avec le basculement complet de celle-ci, cataclysme d'une tout autre ampleur qui
ncessiterait une nergie des milliards de fois plus considrable. Les calculs ont montr qu'un gros astrode de
200 km de diamtre ne serait pas capable de provoquer un changement dans l'axe de rotation de la Terre
suprieur 1 ou 2 degrs seulement. Par contre, il serait plus que suffisant pour provoquer un basculement
complet (180) de la lithosphre sur son substrat plastique qu'est l'asthnosphre. Je rappelle que ce
dplacement global de l'corce n'a rien voir avec la drive des plaques tectoniques qui sont entranes dans
des directions diffrentes les unes par rapport aux autres, cela au rythme de quelques centimtres par an, et qui
finissent par disparatre dans les profondeurs de la Terre par l'intermdiaire des zones de subduction qui
"ancrent" la lithosphre l'intrieur de l'asthnosphre.
Les consquences d'un dplacement de l'corce terrestre, quelle que soit sa cause (qui peut tre aussi bien
terrestre que cosmique), sont videmment multiples et importantes. Les principales sont des modifications dans
les latitudes gographiques, et donc dans les climats, des effets de tension et d'tirement, ou au contraire de
compression et de rtrcissement, du fait de l'aplatissement du globe terrestre et de l'existence du bourrelet
quatorial. Tous ces effets provoquent des fissures et des dchirements dans la lithosphre, accompagns
videmment par un volcanisme sensiblement accru et des sismes trs nombreux et trs violents. De plus, les
eaux des ocans sont prcipites sur les continents, certains de ceux-ci sont submergs dfinitivement, d'autres
sortent des fonds marins la suite exhaussements isostatiques. C'est toute la gographie de la plante qui peut
tre bouleverse.
Quant la faune et la flore, elles subissent des rpercussions de ces calamits naturelles inhabituelles et
certaines espces sont amenes disparatre ou rgresser, sans que l'on puisse pour autant parler
obligatoirement d'extinction massive en rapport avec ce cataclysme progressif, et donc tal dans le temps. Il
peut y avoir probablement drive de la lithosphre, sans qu'il y ait hiver nuclaire, et donc la vie n'est pas
vraiment menace. Elle souffre, mais doit pouvoir s'adapter.
On peut donc conclure en disant que les dplacements de la lithosphre terrestre, qui pourraient atteindre plus de
1000 km (Hapgood donnait 3200 km pour le dernier qui aurait conduit le ple gographique de la baie d'Hudson
en Amrique du Nord son emplacement actuel, mais ce rsultat semble vraiment excessif et en fait assez peu
crdible), soit l'quivalent d'une dizaine de degrs en latitude, sont les cataclysmes globaux les plus importants et
les plus meurtriers que peut encore connatre la Terre l'poque actuelle.
Les basculements autour du noyau
Ce scnario a toujours t considr comme tant de la science-fiction, compte tenu de l'nergie ncessaire pour
permettre un basculement complet. Et pourtant, en 1996, le gophysicien amricain Joseph Kirschvink et ses
collgues du Caltech (Institut de technologie de Californie) ont annonc qu'un tel basculement s'tait dj produit
entre -535 et -520 MA, et qu'il aurait eu un rapport dcisif avec l'explosion biologique du Cambrien (38). Ces
chercheurs n'excluent d'ailleurs nullement que d'autres cataclysmes du mme type se soient passs plusieurs
reprises tout au long de l'histoire gophysique de la Terre.
277
Kirschvink et ses collgues ont sond la surface de notre plante afin de dterminer avec prcision la position
des ples il y a 500 600 MA. Car pour eux et pour beaucoup d'autres gophysiciens, la tectonique des plaques
n'explique que partiellement les migrations des continents connues depuis longtemps. Nombreux sont ceux qui
supposent qu' ce gigantesque ballet permanent, se superposent d'autres mouvements pisodiques globaux et
plus rapides que ce dplacement des plaques qui ne dpasse pas quelques centimtres par an.
Outre les glissements de la crote dont j'ai parl plus haut, Kirschvink et son quipe ont postul pour un vritable
basculement des couches externes. Encore fallait-il apporter, sinon des preuves indiscutables, tout au moins des
arguments convaincants, susceptibles de vrification par d'autres quipes, et donc admissibles par la
communaut scientifique. Ils ont propos le scnario suivant qui, d'aprs eux, tient bien la route.
Un volcan titanesque surgi des entrailles du globe entre un ple et l'quateur crerait une trs srieuse anomalie
de masse, c'est--dire que la rpartition des masses de part et d'autre de l'quateur ne serait plus suffisamment
quilibre pour perdurer. Sous l'effet de la force centrifuge, l'ensemble du globe pivoterait, de telle manire que le
volcan gant se retrouve au niveau de l'quateur. En faisant basculer la Terre vers l'quateur, la force
tangentielle restituerait l'quilibre provisoirement perdu. Contrairement au simple glissement lithosphrique, il
s'agirait d'un basculement de l'ensemble des couches extrieures, savoir la crote (variable autour de 50 km) +
le manteau suprieur (670 km) + le manteau infrieur (2230 km) qui reprsentent eux trois les couches solides
autour du noyau liquide et visqueux (2250 km) et de la graine centrale (1200 km). Ainsi les quelque 2950 km
externes auraient tourn de 90 autour des 3450 km internes en 15 MA seulement, avec une vitesse de quelques
dizaines de centimtres par an, peut-tre dix fois suprieure celle des plaques tectoniques.
Kirschvink et son quipe suggrent que les actuelles Amrique du Sud, Afrique, Inde, Australie et NouvelleZlande, qui allaient former le Gondwana, finissaient de s'assembler selon le processus ordinaire de la tectonique
des plaques, en vigueur probablement depuis la fin de la diffrenciation du matriel constituant notre plante.
Mais cet assemblage de continents aux formes antagonistes ne se serait pas pass en douceur (on s'en doute
quand on voit la formation actuelle de l'Himalaya), et il aurait, au contraire, engendr d'importants cataclysmes,
de confrontations de plaques en collision, au cours desquels une importante anomalie de masse serait
progressivement apparue. Jusqu'au moment o, le point critique ayant t atteint, le fameux basculement de
l'enveloppe solide sur l'enveloppe liquide se serait enclench. Le Gondwana aurait pivot de 90 autour de
l'Australie.
L'quipe amricaine, pour justifier ce scnario, s'est appuye notamment sur des donnes palomagntiques.
Ses membres ont effectu des prlvements et des analyses sur plusieurs sites australiens (sur lesquels on
trouve des sdiments datant du Cambrien et trs bien conservs) et en Amrique du Nord.
Le rsultat du cataclysme prcambrien serait un mouvement gnral pour les anciennes terres merges et un
remodelage complet de la gographie terrestre. Ainsi l'Amrique du Nord et le Groenland seraient passs en
seulement 15 MA de l'ancien ple sud l'quateur. Pour de nombreux gophysiciens "conservateurs",
l'hypothse de l'quipe du Caltech, qui en a surpris plus d'un il faut bien le dire, ne tient pas et n'est qu'une
"interprtation possible" parmi d'autres.
Notons encore que compte tenu des dates retenues (535-520 MA) qui ne prcdent que de peu l'explosion
biologique du Cambrien, les auteurs de l'hypothse ont eu vite fait de faire le rapprochement et de lier les deux
vnements. Ils croient ( juste titre) que les diverses circulations ocaniques sont trs sensibles aux
modifications de la position des continents. De trs srieux changements gophysiques et climatiques auraient
profondment modifi les courants marins et empch la cration d'un cosystme vaste et homogne, peu
propice une diversit biologique. La multiplication d'cosystmes locaux et rgionaux auraient, au contraire,
permis la vie de se diversifier et de prolifrer beaucoup plus rapidement qu'auparavant. Le basculement de la
Terre aurait bel et bien dbouch sur l'explosion du Cambrien.
Cette trs intressante hypothse de Joseph Kirschvink permet de poser une nouvelle question cl, laisse de
ct jusqu' prsent : " Le basculement de la Terre, et non simplement un glissement de la crote, est-il
possible ? ". Les chercheurs qui ont prsent l'hypothse en sont persuads. Se pose donc la question annexe
qui concerne les spcialistes des astrodes et des comtes : " Est-ce qu'un trs gros impact cosmique a pu
aussi faire basculer la Terre au niveau du noyau et non plus de celui de l'asthnosphre magmatique ? ".
On voit que l'quipe de gophysiciens amricains a soulev un srieux livre, totalement imprvu car jug
impossible par les scientifiques qui avaient travaill jusqu'alors sur la question. Surtout que la majorit des
gophysiciens et des gologues ne croient dj pas au possible glissement de la crote sur l'asthnosphre,
vnement qui pourtant demande une nergie sensiblement infrieure. Et je n'ai pas parl du chaos qui pourrait
avoir aussi son mot dire. Les scientifiques du XXIe sicle ne s'ennuieront pas !
278
Notes
1. H. Termier et G. Termier, Histoire de la Terre (PUF, 1979).
2. A. de Cayeux, La science de la Terre (Bordas, 1969).
3. Huit plantes, et non pas neuf, car le systme Pluton-Charon n'est pas en fait une vraie plante double, mais
plutt un systme hybride compos de deux membres de la ceinture de Kuiper, de composition assez diffrente,
qui se sont associs suite un cataclysme cosmique non encore lucid, dans lequel pourrait avoir t
galement impliqu Triton, le gros satellite de Neptune.
En 2006, Pluton a officiellement perdu son statut de plante principale, devenant une plante naine, statut aussi
attribu Crs et Eris (ex 2003 UB33). Plusieurs autres objets, membres de la ceinture de Kuiper, recevront
galement officiellement cette dsignation. Pluton et Eris ont par la mme occasion reu un numro d'astrode :
134340 Pluto et 136199 Eris. Pluto est le nom international de Pluton.
4. J.-P. Poirier, Le noyau de la Terre (Flammarion, Dominos 110, 1996).
5. A. Cailleux, Gologie gnrale. Terre-Lune-Plantes (Masson, 1976).
6. E.R. Harrison, Origin of the Pacific basin : a meteorite impact hypothesis, Nature, 188, pp. 1064-1067, 1960.
7. V.S. Safronov, Sizes of the largest bodies falling onto the planets during their formation, Soviet Astronomy, 9,
pp. 987-991, 1966.
8. A. Khalatbari, Naissance de la Lune : le scnario express, Ciel et Espace, 333, pp. 46-49, 1998.
9. J. Laskar, La stabilit du Systme solaire, Pour la Science, HS 6, Le chaos, pp. 45-47, 1995.
10. J. Laskar, La Lune et l'origine de l'homme, Pour la Science, HS 6, Le chaos, pp. 48-54, 1995.
11. J. Laskar, La Lune et l'origine de l'homme, citation p. 52.
12. J. Laskar, La Lune et l'origine de l'homme, citation p. 54.
13. J'ai voqu ces problmes au chapitre 5, dans la section Une formation agite : la guerre des mondes. Durant
cette priode, les plantes qui ont survcu se sont partiellement appropri la matire environnante et celle
dautres plantes dj formes loccasion de collisions gigantesques qui ont eu des rpercussions sur les
lments orbitaux, mais aussi physiques de la plante rescape.
14. K. Mark, Meteorite craters (University of Arizona Press, 1987).
279
15. J.-C. Duplessy et P. Morel, Gros temps sur la plante (Odile Jacob, 1990).
16. F. Gassmann, Effet de serre, modles et ralits (Georg, 1996). Titre original : Was ist los mit dem treibhaus
Erde (1994).
17. Voir la note 6 de ce chapitre.
18. A. Berger, Le climat de la Terre : un pass pour quel avenir ? (De Boeck-Wesmael, 1992). Un grand
classique pour comprendre le pass du climat terrestre.
19. E. Bernard, Les bases nergtiques de la paloclimatologie thorique et l'volution des climats, Ciel et Terre,
90, 6, pp. 413-454, 1974 ; 91, 1, pp. 41-74 ; 2, pp. 89-118 ; 3, pp. 161-219, 1975.
20. Texte de E. Bernard, extrait de l'article prcdent.
21. M. Milankovic, Canon of insolation and the ice-age problem (Acadmie royale serbe, 1941). C'est le fameux
article sur la thorie astronomique des climats.
22. R.J. Moyer and F. Dachille, Dust from large meteoritic impacts as an agent of climatic change, Meteoritics, 12,
3, p. 321, 1977.
23. H. Stommel et E. Stommel, L'anne sans t (1816), Pour la Science, 22, pp. 46-52, 1979.
24. J.G. Hills and M.P. Goda, The fragmentation of small asteroids in the atmosphere, Astronomical Journal, 105,
pp. 1114-1144, 1993.
25. G.L. Verschuur, Impact. The threat of comets and asteroids (Oxford Press, 1996).
26. Texte cit au chapitre 3, section " Cuvier, catastrophiste et fixiste ".
27. Cette information trs intressante, parue dabord dans la revue Nature du 27 novembre 1997, sous la
signature de F. Kyte et de nombreux coauteurs, a t rpercute dans les deux notes suivantes : 1. An impact on
the weather, Astronomy, pp. 30-32, march 1998 ; 2. Astrode et tsunami gant au Quaternaire, Ciel et Espace, p.
11, fvrier 1998.
28. B.P. Glass and B.C. Heezen, Tektites and geomagnetic reversals, Nature, 214, p. 372, 1967. Billy Glass tait
un jeune chercheur de 26 ans lpoque o il a cosign cet article avec Bruce Heezen, un mandarin amricain
de la gologie qui tait son directeur. Cest lui qui a eu lide remarquable de lier les tectites et les inversions
gomagntiques. Cette hypothse sduisante premire vue est cependant remise en cause aujourdhui,
lnergie dgage par les impacts paraissant beaucoup de gophysiciens nettement insuffisante pour inverser
durablement le champ magntique.
29. B.P. Glass, M.B. Swincki and P.A. Zwart, Ivory coast and north American tektite strewnfiels : size, mass and
correlation with geomagnetic reversals and other earth events, Proceedings of the tenth lunar and planetary
science conference, vol. 3 (planetary interiors and surfaces), pp. 2535-2545, 1979.
30. E.A. King, Space geology, an introduction (John Wiley & Sons, 1976).
31. La drive des continents. La tectonique des plaques (ouvrage collectif) (Pour la Science, 1980).
32. M. Schwarzbach, Wegener, le pre de la drive des continents (Belin, 1985).
33. C. Hapgood, Les mouvements de l'corce terrestre (Payot, 1962). Titre original : Earth's shifting crust (1958).
Prface d'Albert Einstein et introduction l'dition franaise de Yves Rocard. Ce livre contient une trs importante
bibliographie de prs de 480 titres. Hapgood s'appuie sur des calculs du mathmaticien James Campbell pour
montrer que son hypothse est tout fait scientifique et donc plausible. Celui-ci a crit le chapitre XI de son livre,
intitul : Le mcanisme des dplacements de Campbell (pp. 272-299 de la version franaise).
34. H.A. Brown, Cataclysms of the Earth, Twaine Publishers, 1967.
35. P. Kaiser, Le retour des glaciers (Fayard, 1975). Titre original : Die rckkehr der gletscher (1971). Le
mcanisme imagin par l'ingnieur autrichien Peter Kaiser, totalement diffrent de celui de Hapgood, conduit
tonnamment aux mmes rsultats.
36. A.O. Kelly and F. Dachille, Target : Earth (The role of large meteors in Earth science), 1953. Un livre crit par
deux pionniers amricains de l'impactisme terrestre un peu oublis aujourd'hui. La postrit est bien ingrate
parfois avec certains prcurseurs.
37. J.-L. Bernard, Les archives de l'insolite (Livre de poche, 1978).
38. O. Fvre, Le jour o la Terre a bascul, Science et Vie Junior, pp. 22-25, novembre 1997.
39. G. Choubert, Sur les ractions provoques par la chute de grandes mtorites (d'aprs l'tude des cratres
mtoritiques, des impactites et des tectites), Notes du service gologique du Maroc, vol. 38, n 268, pp. 37-114,
1977.
280
CHAPITRE 14 :
281
Conditions initiales
Processus cosmiques
Symtrie totale
fluctuation quantique
Inflation
amplification des fluctuations
Chaleur latente
rchauffement
synthse
des quarks et des
13
Equilibre 10 K
antiquarks
condensation des quarks en p, n, et
12
Equilibre 10 K
msons
11
annihilations matire-antimatire
Equilibre 10 K
10
Equilibre 10
Cintique 10 K
Equilibre 4000 K
10
11
12
13
14
15
Dcouplage matireradiations
Expansion de
l'Univers
Cur des toiles
Distribution des
masses stellaires
Destin des toiles
Bifurcations
dissymtrie des forces
apparition de structures cosmiques
transmission de phase de l'nergie
le rayonnement cre la matire et
l'antimatire
transition de phase vers les particules
formation du rayonnement fossile
refroidissement gnral
synthses C, N, O et mtaux
jection de C, N, O et mtaux
L'importance du tableau 14-1 est pistmologique tout autant que scientifique. La vingtaine d'tapes partir du
Big Bang, bien que d'importance et de dure ingale, semblent conduire inluctablement la vie. Delsemme note,
en effet, que chacune des tapes vers la vie a toujours choisi le chemin le plus facile et celui qui avait le plus de
chance de mener au succs. Il a crit ce sujet :
" Chaque tape vers la vie a toujours choisi le chemin le plus facile et celui qui avait la probabilit
la plus grande de se raliser. Par exemple, les premires molcules prbiotiques, comme l'eau,
l'acide cyanhydrique et le formaldhyde, se sont formes partout dans l'espace interstellaire, au
dpart des atomes les plus abondants fabriqus au cur des toiles. " (9)
Le tableau de Delsemme indique d'une faon synthtique les conditions initiales, les processus cosmiques mis en
uvre et les "bifurcations" ncessaires qui s'enchanent pour dboucher sur une complexification de la matire
partir du Big Bang. On estime que les neuf premires tapes ont demand 300 000 ans seulement, ce qui est
tout fait insignifiant l'chelle de l'Univers. On voit qu'il faut attendre la dixime tape pour la formation des
galaxies et celle des amas de galaxies, et la onzime pour la formation des toiles qui est postrieure pour les
astrophysiciens.
282
Ds la phase "toiles", durant les tapes 12, 13 et 14, il est certain que l'ensemencement de l'espace interstellaire
put commencer, travers deux mcanismes qui ont encore cours aujourd'hui : un processus explosif (novae et
supernovae) et un vent stellaire quasi permanent. Les toiles massives permirent un ensemencement en atomes
lourds du milieu interstellaire. Les astrophysiciens ont calcul qu'un seul milliard d'annes (sur les quinze qu'on
attribue l'Univers) aprs la formation de la Galaxie, la matire de toutes les toiles dont la masse dpassait cinq
masses solaires avait dj rintgr l'espace interstellaire, suite aux explosions dont leurs progniteurs avaient
obligatoirement fait l'objet. On pense que prs d'un demi-milliard d'toiles (ce qui semble tout fait considrable)
subirent ce sort inluctable rsultant des lois incontournables de la physique.
Cet ensemencement, rpt chaque gnration d'toile massive, permit l'enrichissement progressif en
carbone, oxygne et azote, mais aussi en lments plus lourds et en mtaux, de la matire cosmique disponible
ensuite pour un nouveau cycle.
La quinzime tape est dcisive pour l'installation ultrieure de la vie. Grce l'ionisation due aux ultraviolets des
toiles voisines et aux ractions chimiques ions-molcules dans les nuages galactiques, des molcules
organiques apparaissent. C'est le dmarrage de la chimie organique (base sur le carbone) avec toute sa
richesse et sa complexit. Ds la fin de la premire gnration d'toiles, de telles molcules ont t prsentes
dans les immenses nuages regroupant la matire jecte par les supernovae. C'est alors que la complexification
joua pleinement son rle permettant l'association de molcules plus complexes et l'apparition de molcules
prbiotiques.
283
Delsemme place comme terme de sa dix-septime tape, la formation des comtes qui, pour lui, ont eu une
importance dcisive pour l'apparition de la vie terrestre, la cration des biosphres tant ralise la fin de la dixhuitime tape. L'eau liquide est la condition initiale de la dix-neuvime tape qui dbouche sur
l'apparition de la vie proprement dite, tout au moins la vie telle que nous la connaissons, base sur la chimie
du carbone.
Pour Delsemme et d'autres, il semble probable que l'eau des ocans et la grande partie de l'atmosphre terrestre
ont t apportes par des comtes qui ont heurt notre plante en trs grand nombre durant toute la priode
d'accrtion et celle de la formation de la crote qui a dur 500 MA environ. Cette priode a t cruciale et elle
aurait permis l'insmination de molcules prbiotiques prexistantes dans la matire comtaire et issues de la
matire prsolaire.
284
L'ion H3+ est donc l'origine de ractions chimiques qui fabriquent des molcules organiques, la matire
premire du vivant, qui existent en grande quantit dans le milieu interstellaire, et sa dcouverte est un nouvel
argument important concernant l'existence de la vie partout dans l'Univers. Une vie qui se cre en permanence,
qui peut prendre des voies diffrentes selon les "briques" utilises, et qui a toujours bnfici du facteur temps,
lment essentiel et qui est hors de l'entendement humain (notre chelle est l'anne ou le sicle).
Les astrophysiciens se sont demand pourquoi l'espace, que l'on croyait auparavant hostile aux composs
organiques tolre-t-il toutes ces molcules interstellaires et ne les dtruit-il pas. L'explication la plus plausible est
l'existence de poussires dans les nuages interstellaires, sous la forme de grains de silice et de graphite, dont le
diamtre est de l'ordre de 1/10 000 de millimtre. Ces poussires prservent les molcules de la destruction en
interceptant la majeure partie du rayonnement ultraviolet originaire des toiles voisines. Sans la prsence de ces
minuscules poussires, il est probable que ces ultraviolets (trs nergtiques) dissocieraient les molcules.
Une vie plus ancienne et plus intelligente
On peut donc dire aujourd'hui que la vie dans l'Univers grouille, autant ( son chelle bien sr, qui est trs
diffrente de la ntre) que la vie terrestre. Quelle leon et quelles perspectives pour l'avenir !
Notre vie terrestre tant relativement rcente ( l'chelle astronomique), il est certain qu'une vie plus complexe
existe ailleurs, une vie plus intelligente, qui a pu, et qui peut encore, influer son tour sur le cours des
vnements un niveau que l'on peut qualifier de stellaire, comme nous en verrons un aspect la fin de ce
chapitre avec l'hypothse de Francis Crick (1916-2004) sur la panspermie dirige. Nous sommes peut-tre le
rsultat d'une vie importe, remanie sans cesse, amliore long terme, par le double jeu de l'volution. Ce
double jeu complmentaire c'est une volution darwinienne, gradualiste (avec des petites modifications
rgulires et lentes), laquelle se superpose une volution catastrophiste (entranant des macromutations) lie
aux innombrables cataclysmes cosmiques et terrestres qui viennent brouiller d'une manire totalement alatoire
le cours paisible (paisible seulement l'chelle humaine) de la monte inluctable vers la complexit.
Il reste bien sr une question cl que se posent les scientifiques et les philosophes, et que se pose galement
Armand Delsemme dans son livre : Quelle est la signification et le dessein de l'Univers et de la vie ? On ne peut
rpondre videmment une telle question qui rejoint la mtaphysique, comme nous l'avons dj expliqu.
285
Alanine (Ala)
Arginine (Arg)
Asparagine (Asn)
Cystine (Cys)
Glutamine (Gln)
Glycine (Gly)
Histidine (His)
Isoleucine (Ile)
Leucine (Leu)
Lysine (Lys)
Mthionine (Met)
Phnylalanine (Phe)
Proline (Pro)
Srine (Ser)
Thronine (Thr)
Tryptophane (Trp)
Tyrosine (Tyr)
Valine (Val)
ultrieure, la cellule reste unique. Cette volution minimale a survcu jusqu' maintenant, de telle sorte que l'on
retrouve des bactries et des algues bleues identiques ce qu'elles taient il y a trois milliards d'annes.
2. Dans le second processus, qui allait tre le bon, plusieurs coccodes se regroupent dans un sphrode,
l'intrieur duquel chaque coccode de base volue individuellement, pour son propre compte, les divers lments
constitutifs de l'ensemble formant finalement une cellule eucaryote. C'est cette cellule qui ds le dbut de l're
primaire, dans une atmosphre de plus en plus proche de la ntre, s'est littralement impose, se complexifiant
sans cesse, pour finalement dboucher progressivement (le facteur temps est essentiel dans les problmes
d'volution gradualiste) sur l'immense ventail des animaux et vgtaux eucaryotes passs et actuels, et donc
sur un monde animal et vgtal de plus en plus sophistiqu.
Je reparlerai de l'volution au chapitre 15, mais cette fois sous un clairage un peu particulier, en l'occurrence
ses rapports face l'extinction, phnomne dont l'importance a t cruciale.
semences). Selon Arrhenius, les organismes vivants, forms ailleurs, auraient pu effectuer un long voyage
interplantaire, ou mme interstellaire, sous la forme d'une spore bactrienne vhicule par la pousse des
radiations. Il calcula que des spores auraient pu venir de la rgion de l'toile voisine Alpha Centauri (situe
4,35 annes lumire) en 9000 ans seulement.
Il est apparu que cette hypothse, prsente sous cette forme un peu simpliste, ne tenait pas, du fait de la
quantit trop importante de radiations que recevrait cette spore durant son long voyage dans l'espace. Ces
radiations disloqueraient tout matriel organis, constitu de carbone, d'hydrogne, d'azote et d'oxygne.
Cependant, sous une forme approche, c'est--dire le voyage d'organismes vivants l'intrieur de mtorites ou
de comtes, la thorie de la panspermie est beaucoup plus acceptable, pratiquement impossible rfuter, mme
si cela ne signifie en aucune faon que la vie sur Terre est rellement apparue ainsi. En effet, une cellule vivante
enferme dans une mtorite ou une comte pourrait fort bien supporter un long voyage interstellaire, ou un long
sjour dans le Systme solaire, car elle se trouve l'abri des radiations et la basse temprature de l'espace
empche une dtrioration chimique spontane.
Plusieurs versions modernes de la panspermie ont t proposes. Elles sont argumentes et assez
convaincantes. Comme Berzelius et Berthelot le pensaient dj, les mtorites carbones sont bien un vhicule
du transfert de la vie d'un systme un autre, d'une poque une autre. La version comtaire, propose en
1978 par le tandem Fred Hoyle et Chandra Wickramasinghe concerne l'ensemencement de la Terre par des
poussires interstellaires vhicules par des noyaux comtaires.
Les mtorites
Depuis les chutes de mtorites carbones d'Als et d'Orgueil (la France tait le paradis des mtorites avant
d'tre remplace par l'Antarctique !), de nombreuses autres ont eu lieu, certaines s'avrant exceptionnellement
intressantes, notamment les deux chutes de 1969 (l'anne miracle) d'Allende et de Murchison. Le tableau 14-2
donne quelques caractristiques pour les quatre types principaux. Les mtorites des deux types les plus primitifs,
CI et CM, sont particulirement intressantes, car elles contiennent de 2 5 % de carbone et de 5 20 % d'eau.
Comme nous l'avons vu avec celles d'Als et d'Orgueil, elles ont ds le XIXe sicle attir l'attention des
spcialistes, surtout par le fait que le carbone se prsente partiellement sous la forme de composs organiques.
Tableau 14-2. Types et caractristiques des mtorites carbones
Type
ptrologique
Type
minral
CI
Mtorite type
date de la chute
mtorites principales
Ivuna (Tanzanie)
16/12/1938
Orgueil, Tonk, Ivuna
Carbone
(%)
35
Eau
(%)
20
densit
Principaux composants
caractristiques
2.5 2.9
Acides amins
Silicates hydrats associs
de la magntite et des
sulfures
Composs organiques
Pas de chondres visibles
Acides amins
Migh (Ukraine)
18/06/1889
Murchison, Murray
Chondres et dbris
cristalliss d'olivine et de
pyroxne inclus dans une
matrice
Mtorites dont la structure
Ornans (Doubs, France)
et la composition sont
0.2 1
<1
3.4 3.8
3 et 4
CO
11/07/1868
voisines des chondrites
ordinaires
Mtorites dont la structure
Vigarano (Emilie, Italie)
et la composition sont
25
22/01/1910
< 0.2
< 0.04
3.4 3.8
CV
voisines des chondrites
(surtout 3)
Allende, Axtell
ordinaires
Les mtorites carbones de types CI et CM contiennent plus de 5 % d'eau et plus de 2 % de carbone
Certaines contiennent des composs et des acides amins d'origine extraterrestre
2
CM
23
5 18
3.4 3.8
Mais il s'est longtemps pos un problme de contamination terrestre, ce qui fait qu'aucun rsultat d'analyses
concernant des mtorites "anciennes" n'a pu tre accept sans de srieuses rserves avant l'poque actuelle
289
qui permet de faire des tudes extraordinairement sophistiques. Les chondrites carbones sont permables
l'eau et captent donc rapidement des composs organiques terrestres, tels les acides amins du sol. On conoit
donc le doute qu'entranent des rsultats d'analyses positifs concernant la vie extraterrestre dcele dans les
mtorites terrestres.
Or, sur prs de 90 acides amins diffrents, ce qui est considrable, reprs et tudis dans la mtorite de
Murchison, seulement une vingtaine existent sur la Terre. Les 70 autres sont d'origine extraterrestre. Cela est une
preuve quasi irrfutable de l'introduction de matriel prbiotique en permanence sur la Terre.
Ces observations ont t confirmes pour d'autres mtorites carbones contenant, elles aussi, des acides
amins particuliers, notamment celles de Murray (Kentucky) de type CM, et surtout, bien sr, celle de Allende
(Mexique), de type CV (un type moins primitif), tombe la mme anne (le 8 fvrier) que celle de Murchison, et
qui est aujourd'hui considre comme la mtorite connue la plus importante pour la science, d'autant plus que
l'on a pu en rcuprer plus de deux tonnes. Les anomalies isotopiques releves dans certaines inclusions de
cette mtorite ont prouv que plusieurs de ses composants sont antrieurs la formation de la nbuleuse
solaire et ont t crs lors de l'explosion d'une supernova voisine. Les spcialistes ont entre les mains un
matriau qui remonte une gnration antrieure d'toile. Une chance inoue. La mtorite d'Allende a t
baptise "la nouvelle pierre de Rosette" car, comme sa rplique archologique, elle permet un plongeon dans un
temps pass que l'on croyait jamais inaccessible.
Toutes les informations disponibles aujourd'hui indiquent clairement que des substances chimiques prbiotiques
se forment ailleurs que sur la Terre. A toutes les tapes de la formation de notre plante et de son
dveloppement ultrieur, une quantit de matire carbone, qui dpasse l'imagination la plus dbride, souvent
d'origine prsolaire, est entre en collision avec les continents et les ocans. Cette matire trs fragile s'est
rapidement disperse sous forme de poussire pour se mlanger aux matriaux terrestres. Les acides amins
venus d'ailleurs ont fort bien pu s'associer d'autres lments terrestres prbiotiques pour former les premiers
tres vivants.
Ainsi, aujourd'hui, l'origine extraterrestre de la vie est devenue une probabilit qu'il est obligatoire de prendre en
compte. Les mtorites sont un vecteur possible de transfert et de transport de la vie travers les tendues
interstellaires. D'un autre ct, la vie a pu avoir une origine terrestre. Il ne serait pas surprenant que la vrit soit
intermdiaire : la vie terrestre pourrait fort bien tre une vie mixte, mi-terrestre, mi-cosmique.
Avant de laisser les mtorites carbones, je rappelle qu'elles sont souvent apparentes aux astrodes carbons
de types C et D, eux mme considrs comme pouvant tre, dans certains cas, des vestiges de noyaux de
comtes teintes, disloques par fragmentation ou mme seulement par miettement. Elles sont lies galement
une partie de la poussire cosmique que la Terre attire en permanence l'occasion de sa rvolution autour du
Soleil. Je reparlerai de ce problme au chapitre 16 intitul "La vie et la mort viennent du cosmos".
L'hypothse comtaire
La parution, en 1978, du livre de Fred Hoyle (1915-2001) et de Chandra Wickramasinghe (1939), Lifecloud
(paru en franais sous le titre Le nuage de la vie (21)), fit l'effet d'une bombe dans les milieux scientifiques.
291
" Nous affirmerons que le nuage de gaz et de poussire interstellaire au sein duquel naquit notre
systme solaire a continu de rapporter des biomolcules longtemps aprs que se fut acheve la
phase initiale haute temprature de la nbuleuse solaire et de la matire plantaire. De tels
apports de biomolcules fournirent les "briques" qui permirent l'mergence de formes encore plus
complexes, formes qui se transformrent par la suite pour devenir les premires cellules vivantes.
Le site propice l'association des biomolcules en formes plus complexes fera l'objet d'un dbat.
La Terre constituait un site possible, mais elle semble moins favorable que la multitude de corps
plantaires de la taille des comtes qui ont d exister durant les quelques premires centaines de
millions d'annes de l'histoire de notre systme solaire. Il est galement trs probable que la
Terre ait tir tous les matriaux plus ou moins volatils contenus dans l'atmosphre et les ocans
de corps plantaires de ce genre. Nous pensons que la vie arriva finalement sur la Terre comme
une pluie de cellules dj vivantes, originaires des corps de type comtaire. "
Ces deux auteurs bien connus dmontraient dans Lifecloud, avec de nombreux arguments convaincants, que la
vie a trouv son origine dans l'espace et que la vie terrestre est une vie importe. Les premiers, ils reprenaient
dans une version (trs) modernise la thorie de la panspermie d'Arrhnius, prconisant que la Terre a t
fertilise ds les premiers moments de sa formation par des noyaux de type comtaire contenant des organismes
primitifs vivants. Ces cellules vivantes (en fait des molcules biochimiques) seraient issues du nuage de
poussires interstellaires, partir duquel le Soleil, la Terre et les autres plantes se sont forms il y a 4,6 milliards
d'annes. Cela veut dire que les lments vivants ont t l'origine ensemencs sur toutes les plantes du
Systme solaire, mais apparemment seule la Terre a russi d'une faon certaine conserver cette vie, qui n'a
jamais pu se dvelopper ou qui a abandonn (ce serait le cas de Mars), pour des raisons diverses et complexes,
les plantes voisines.
Pour Hoyle et Wickramasinghe, certains grains interstellaires sont vivants. Il s'agirait tout simplement de
bactries recouvertes d'un mince film de carbone (sous forme de carbynes) pour les protger des effets
destructeurs des ultraviolets issus des toiles. Les queues comtaires servent donc d'agents de dispersion de
ces bactries.
Depuis la parution de Lifecloud, de nombreux autres auteurs ont repris l'ide de cette vie terrestre importe,
notamment Armand Delsemme dans son livre Les origines cosmiques de la vie paru en 1994, seize ans plus
tard. En fait, il apparat clairement aujourd'hui de nombreux experts (22) que les comtes sont bien le meilleur
support connu pour le transfert et le transport de la vie d'un systme plantaire un autre. Formes dans les
marges externes de la nbuleuse prsolaire, partir de glace et de roches diverses, et parques depuis quatre
milliards d'annes dans le nuage de Oort, elles peuvent garder pendant des milliards d'annes leurs
caractristiques chimiques et leur intgrit.
A partir des annes 1970, chaque belle comte a t tudie en grand dtail, et de trs nombreuses molcules
mres et filles (produits de dissociation) ont t repres, aussi bien dans le noyau, la chevelure ou la queue. On
s'est rendu compte que les comtes renferment une importante fraction de matire carbone. En 1986,
l'occasion du retour de P/Halley, les sondes spatiales ont trouv 30 % de matire organique dans le noyau
contenant des atomes de carbone (C), d'hydrogne (H), d'oxygne (O) et d'azote (N). Pour cette raison, on a
appel la matire organique des comtes les "CHON". Quelle est leur nature exacte ? Les "poussires"
comtaires se sont avres contenir des grains de mtal ou de graphite de la taille du micromtre, des
poussires de roche (silicates de magnsium), des polysaccharides et des polymres organiques apparents. La
prsence de ces lments primordiaux, ajoute celle de l'eau (sous une forme gele) suggre que des
ractions prbiotiques peuvent avoir lieu dans les comtes malgr les basses tempratures auxquelles elles sont
d'ordinaire confrontes.
Nous avons vu dans le chapitre consacr aux comtes, comment partir d'une orbite entirement situe dans le
nuage de Oort, certaines d'entre elles, suite des perturbations stellaires (principalement le passage d'toiles 1
ou 2 UA du Soleil), quittaient leur orbite initiale pour "plonger" dans le Systme solaire intrieur o leur vie en tant
qu'astre actif tait compte. Une orbite plus courte et plus excentrique, un dgazage inluctable qui limine
progressivement toutes les glaces et composants volatils, et une fin de vie active en quelques millions d'annes
au maximum sont la rgle. Ces comtes peuvent survivre ensuite en tant qu'astrodes principalement carbons
(types C et D). Et leurs ultimes fragments peuvent heurter la Terre sous forme de mtorites carbones, surtout
de types CI et CM. A moins bien sr que ces comtes subissent un impact direct sur une plante, comme la
fameuse comte Shoemaker-Levy 9 de 1994 qui a peut-tre ensemenc Jupiter de molcules prbiotiques ou
vivantes en plusieurs endroits de son atmosphre externe.
La thorie de Hoyle, Wickramasinghe, Delsemme et d'autres, chaque anne plus nombreux, tient
particulirement bien la route. De nombreux chercheurs actuels considrent comme probables ses diverses
292
implications (impacts sur toutes les plantes, ensemencement de molcules prbiotiques partout). Mais il est bien
clair que cette vie n'a pas pu se dvelopper ou se maintenir sur toutes les plantes. Vnus et Mercure n'en ont
probablement jamais eu, Mars en a eu une mais n'a pas pu la garder cause d'un impactisme macroscopique
trop frquent, Europe (le satellite de Jupiter) et surtout Titan (le satellite de Neptune) en ont probablement une,
trs diffrente de la ntre.
La traverse d'un nuage de molcules organiques
On pense aujourd'hui que les immenses nuages disperss entre les toiles peuvent tre galement un possible
support de propagation de la vie. J'en ai dj parl au chapitre 12, car certains chercheurs ont vu en ces nuages
opaques l'une des causes possibles de la mort des dinosaures, ou tout au moins l'un des facteurs de l'extinction
de masse d'il y a 65 MA.
Le Systme solaire, au cours de son priple autour de la Galaxie (qu'il fait en 250 MA environ) pntre parfois
l'intrieur de ces nuages, et cela pour plusieurs milliers d'annes. Si ces nuages interstellaires contiennent des
lments prbiotiques, ou mme carrment vivants dans certains cas, on ne voit pas pourquoi ceux-ci
n'entreraient pas en collision avec la biosphre terrestre. Comme je l'ai expliqu tout au long de ce livre,
l'impactisme n'est pas seulement macroscopique, il est aussi, et peut-tre surtout, particulaire.
Lors de la traverse de ces nuages, la Terre peut tre parfois littralement ensemence par ce nuage de la vie
qui peut, par contre, en d'autres occasions tre aussi un nuage de mort, comme je l'expliquerai au chapitre 16
consacr ces questions.
Ces nuages de gaz et de poussires sont frquents dans le ciel et ils apparaissent sur les clichs des
astronomes sous forme de taches sombres sur le fond des champs d'toiles. La lumire des toiles est plus ou
moins obscurcie lorsqu'elle traverse ces nuages de poussires. On pense, en gnral, que la masse des
poussires pourrait reprsenter environ 2 % de la masse totale des nuages intersidraux, ce qui ne parat pas
norme par rapport celle des gaz, estime 98 %. Mais 2 % dune masse incommensurable, cela fait
beaucoup, on sen doute.
Quelle est la composition de la poussire interstellaire ? Elle est obligatoirement plurielle, mais certains rsultats
laissent penser qu'une partie importante pourrait tre constitue de carbone solide sous forme de graphite. De
telles particules pourraient rsister de trs fortes tempratures et servir de catalyseur pour la formation des
molcules interstellaires, notamment l'hydrogne (H2). Hoyle et Wickramasinghe pensent, eux, que la poussire
interstellaire est en partie constitue de cellulose ou d'un polysaccharide apparent, c'est--dire de molcules
"gantes", qui peuvent au contact d'une atmosphre accueillante (comme l'atmosphre rductrice de la Terre il y
a 4000 MA) participer l'closion de la vie proprement dite.
Poussire cosmique et vie terrestre
J'ai dj parl au chapitre 10, consacr aux preuves de limpactisme, des micromtorites concernes par les
trois hypothses prcdentes, puisquelles sont issues soit de plantes ou de comtes dsintgres, mais
galement de la poussire interstellaire qui na jamais t intgre un corps de taille mtrique, tout au moins en
ce qui concerne notre gnration dtoile.
Ces micromtorites, longtemps ignores (et mme mprises, comme tant quantit ngligeable), ont t
totalement rhabilites par les travaux de Michel Maurette et de ses associs (23/24). En effet, les lments de
base du vivant : le carbone, lhydrogne, loxygne, lazote (constituants des CHON) et aussi le soufre ont t
identifis de manire formelle dans la poussire cosmique recueillie dans les dserts de glace et donc
merveilleusement prserve de toute pollution terrestre.
" De plus, les petites molcules prbiotiques, telles que lacide cyanhydrique (HCN), le
formaldhyde (HCHO) et leau, existent partout dans lespace interstellaire. La chimie de lacide
cyanhydrique dans leau conduit aisment aux acides amins et aux bases azotes (puriques et
pyrimidiques), et celle du formaldhyde est une source de sucres biologiques. De l leur
imputer lorigine de la vie sur Terre, il ny a quun pas. " (25)
Maurette a identifi galement dans certains des chantillons, ramasss par milliers au cours de ses expditions
au Groenland et en Antarctique, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (connus sous le sigle de HAP),
dont certains nont jamais pu tre mis en vidence dans les mtorites elles-mmes. Comme je l'ai dit au chapitre
10, le chimiste franais Andr Brack (26) a conclu que les micromtorites auraient agi comme de minuscules
293
"racteurs chimiques chondritiques". Elles auraient synthtis des molcules organiques au cours de ractions
chimiques catalyses induites par leau liquide ou mme gazeuse.
Cest une nouveaut trs intressante : les micromtorites ont t un lment incontournable de la chimie
prbiotique, notamment quand elles se trouvaient en grand nombre au fond de locan, dans un environnement
prserv, proximit dune source hydrothermale chaude, apte favoriser la synthse des molcules
prbiotiques. Pour Maurette, cette association dans une soupe primitive new look aurait pu dboucher trs
rapidement (en dix ou vingt ans seulement, ce qui est quasiment instantan lchelle astronomique) une vie
mixte, base de la ntre : une vie terrestre dorigine cosmique.
Ce scnario, bien argument, de Maurette et ses associs est facilement acceptable pour les astronomes qui
connaissent lorigine de cette inpuisable matire cosmique, et qui savent quelle a t constamment enrichie au
cours des milliards dannes antrieurs. Par contre, ce scnario est difficilement acceptable par dautres
scientifiques, notamment les palontologues traditionnels, qui parlent de science-fiction. Si bien que les
promoteurs de cette hypothse cosmique (maintes fois propose dans le pass et constamment enrichie des
dcouvertes modernes) doivent faire face, comme toujours, une coalition dadversaires qui sacharnent sur
quelques invitables points faibles (qui seront amliorables ces prochaines annes), et qui ignorent sciemment
ses cts positifs.
294
D'aprs Crick et Orgel, la vie terrestre ne serait pas originaire d'une "soupe primitive" terrestre, mais elle aurait
t expdie in situ par une civilisation lointaine, dans des temps fort reculs, sous forme de bactries congeles.
Nous serions donc, en fait, les descendants d'extraterrestres, origine qui ne fait pas vraiment peur aux
astrophysiciens qui tudient la vie dans le cosmos et ceux qui adressent des messages nos "cousins de
l'espace", en esprant une rponse prochaine (28).
Tableau 14-3. La place de l'homme dans l'Univers
Echelons
Septime
Sixime
Cinquime
Quatrime
Troisime
Deuxime
Premier
Repres
Taille
26
l'Univers visible
1.5x10 m = 15 milliards d'a.l.
24
les amas de galaxies
10 m = 100 millions d'a.l.
20
les galaxies
10 m = 10 000 a.l.
16
le Systme solaire
10 m = 1 a.l.
12
les toiles gantes
10 m = 6.7 UA
8
les plantes
10 m = 100 000 km
4
les montagnes
10 = 10 km
Place de l'homme dans l'Univers
-6
Premier
la cellule
10 m = 1 micromtre
-10
Deuxime
l'atome
10 m = 1 angstrm
-15
Troisime
le noyau de l'atome
10 m = 1 femtomtre
-18
Quatrime
les particules lmentaires
10 m = 0.001 femtomtre
Dernier
la plonge vers 10^-35 m
d'aprs Armand Delsemme, Les origines cosmiques de la vie , 1994
A la lecture du tableau, il est clair que l'homme "n'existe pas" l'chelle de l'Univers
Crick, en physicien (qu'il est aussi, il ne faut jamais l'oublier) et en biologiste essaie de rpondre l'une des
questions philosophiques qui a taraud tant de bons esprits : " D'o venons-nous ? ". Il a repris une vieille ide du
physicien italien Enrico Fermi (1901-1954), qui fut, comme Crick, un scientifique brillant et inventif. Fermi, qui
tait partisan de la pluralit des mondes habits, s'tait persuad qu'une civilisation avance, parvenue au terme
de la matrise de son environnement plantaire, tait oblige d'envisager la conqute du monde extrieur,
voyager dans l'espace et, avec le temps ncessaire (des millions d'annes, des milliards peut-tre), devait avoir
essaim travers toute la Galaxie. Un examen attentif des plantes disponibles et accueillantes devait
obligatoirement, terme, dboucher sur la reconnaissance de la Terre comme un havre possible, avec ses
multiples avantages : abondance de l'eau et de composs organiques, temprature quasi idale pour de
nombreuses formes de vie entre autres. On connat la clbre boutade de Fermi :
" S'il existe quelque part dans la Galaxie des tres intelligents, pourquoi ne sont-ils donc pas
encore ici ? Ils devraient tre dj arrivs. Sont-ils ? "
Pendant plusieurs annes, Crick et Orgel ont travaill sur les multiples aspects de la panspermie dirige. Tous les
deux pensent que des tres intelligents (ils existent quasi obligatoirement dans notre propre Galaxie, sans parler
des autres), dont l'volution serait en avance de quelques centaines de millions d'annes ou mme plus sur la
ntre (c'est l encore une quasi-obligation, ne serait-ce que statistique), auraient ensemenc la Terre en
envoyant dans l'espace des fuses ou autres moyens de transport (voiles solaires...) contenant des microorganismes (spores). Ceux-ci totalement protgs au cours de leur voyage interstellaire auraient pu se
dvelopper sur la Terre primitive, malgr l'obstacle important constitu par l'impactisme, qui fut probablement
assez redoutable durant les deux ou mme trois premiers milliards d'annes du Systme solaire, pour permettre
la vie de s'installer durablement.
A la question que lui ont pose certains de ses dtracteurs concernant la raison qu'auraient eu des cratures
intelligentes d'essaimer dans la Galaxie, Crick a rpondu avec beaucoup de lucidit qu'une civilisation avance
aurait pu entrevoir la menace de se voir totalement ou partiellement anantie par un cataclysme naturel
(explosion d'une toile proche par exemple) et de privilgier la survie, sinon de la civilisation, tout au moins de la
vie. Ne disposant peut-tre pas des moyens de s'enfuir eux-mmes dans l'espace, les membres de la civilisation
auraient choisi d'envoyer les fameux micro-organismes dont Crick pense que nous sommes peut-tre les (trs
lointains) descendants.
Science-fiction que tout cela ? Pas forcment. Crick considre son hypothse comme scientifique, et donc
plausible. Dans son livre, il explique en dtail toutes sortes de scnarios possibles, souvent trs ingnieux,
concernant le transfert de bactries d'une plante une autre. Il rappelle aussi qu'une seule bactrie
295
extraterrestre peut ensemencer une plante strile et qu'elle peut voyager plus de 10 000 ans dans l'espace sans
dommage particulier. Pour un long voyage, Crick postule pour des bactries congeles vivantes que l'on pourrait
placer par milliards dans un espace extrmement rduit (mini-container de quelques centimtres cubes
seulement). La plupart de ces bactries devraient survivre la dconglation et donc prolifrer et se diffuser
rapidement, surtout si elles atterrissent dans un ocan prbiotique.
Crick et Orgel nous ont montr comment la vie peut tre insmine sur Terre partir de l'espace. La rciproque
est vraie, bien sr. Il viendra probablement un jour o se sera l'homme (ou son successeur) d'envisager
srieusement, son tour, l'ensemencement de plantes voisines ou plus lointaines. La conclusion semble
claire : la vie peut tre transfre par une succession de civilisations, d'une toile une autre, quasiment
partout. L'ventualit que nous pourrions tre seuls dans l'Univers parat d'une navet drisoire, face
l'universalit de la vie mise progressivement en vidence par les exobiologistes.
Notes
1. Les quatre forces fondamentales des physiciens sont la gravit (qui sert expliquer les mouvements des corps
clestes), la force lectromagntique (qui sert expliquer l'lectricit, les aimants, l'existence des atomes et des
molcules), la force nuclaire dite forte (qui sert "cimenter" les protons et les neutrons dans le noyau atomique)
et la force nuclaire dite faible qui sert expliquer la radioactivit bta qui transforme les neutrons en protons).
Ces quatre forces, grce leurs actions propres et leurs interactions mutuelles, expliquent la quasi-totalit des
phnomnes observs dans l'Univers.
2. H. Reeves, Poussires d'toiles (Seuil, PS 100, 1994). Un livre remarquable de clart et de prcision qui
explique fort bien les diffrentes tapes d'organisation de la matire, de la particule la vie, via l'tape poussires
d'toiles. Citation p. 21.
3. M.-D. Morch, Origine et volution du code gntique, Revue du Palais de la Dcouverte, 12, 119, pp. 27-49,
1984.
4. J. Trfil, Was the Universe designated for life ?, pp. 54-57, Astronomy, june 1997.
5. S.J. Dick, The biological universe (Cambridge University Press, 1996).
6. E.L. Orgel, Les origines de la vie. Des fossiles aux extra-terrestres (Qubec-Amrique, 1975). Titre original :
The origins of life (1973).
7. R. Jastrow, Des astres, de la vie et des hommes (Seuil, 1972). Titre original : Red giants and white dwarfs
(1971).
8. A. Delsemme, Les origines cosmiques de la vie (Flammarion, 1994). Ce livre est sous-titr : Une histoire de
l'Univers du Big Bang jusqu' l'homme. Il s'agit d'un livre remarquablement intressant et instructif qui me sert de
rfrence. Armand Delsemme, comme quelques autres, est persuad de l'origine cosmique de la vie, et il milite
travers livres et articles pour faire admettre son point de vue soigneusement argument.
9. A. Delsemme, op. cit., p. 314.
10. Y.J. Pendleton and D.P. Cruikshank, Life from the stars, Sky and Telescope, pp. 36-42, march 1994.
11. T.R. Geballe and T. Oka, Nature, 28 november 1996.
12. R. Shapiro, L'origine de la vie (Flammarion, 1994). Titre original : Origins, a skeptic's guide to the creation of
life on Earth (1986).
13. E. Boureau, Au prcambrien : naissance du monde vivant, La Recherche, 68, pp. 541-551, 1976.
14. D. Groves, J. Dunlop et R. Buick, Les premires traces de vie, Pour la Science, 50, pp. 22-35, dcembre
1981.
15. Cette exprience de Stanley Miller, assistant l'poque d'Harold Urey, est reste clbre. Il recra en
laboratoire "l'atmosphre primordiale " probable de la Terre il y a quatre milliards d'annes. Il introduisit dans son
appareillage du mthane, de l'ammoniac, de l'eau et de l'hydrogne au-dessus d'un "ocan" d'eau et soumit sa
mixture des dcharges lectriques tout en chauffant l'eau plus de 80 C. Au bout de quelques jours, la
composition de son "ocan" avait chang et il avait obtenu des acides amins (en particulier, la glycine, l'alanine,
l'acide aspartique et l'acide glutamique). Ce qui montre bien que la Terre peut crer sa propre vie et que l'apport
externe (extraterrestre) n'est pas obligatoire.
16. L. Orgel, Les origines de la vie, op. cit., p. 118.
17. S.J. Gould, L'volution de la vie sur Terre, Pour la Science, 206, pp. 90-98, dcembre 1994.
18. Lucrce, De la nature (Garnier, 1954 ; traduction, introduction et notes de H. Clouard). Titre original : De
natura rerum. Lucrce tait principalement un pote, mais aussi un philosophe. C'est lui qui fit connatre la
doctrine d'Epicure dans le monde romain.
296
19. C.-H. Martin, Le cosmos et la vie (Plante, 1963). Ce livre contient un trs intressant " Dossier Orgueil " (pp.
225-239) avec notamment les comptes rendus de l'Acadmie des sciences et des tmoignages de l'poque.
20. G. Claus and B. Nagy, A microbiological examination of some carbonaceous chondrites, Nature, 192, pp.
594-596, 1961. C'est l'article moderne qui conclut une origine extraterrestre pour certains composs organiques
trouvs dans la mtorite d'Orgueil. Les conclusions de Claus et Nagy, contestes l'poque, ont t confirmes
depuis.
21. F. Hoyle et C. Wickramasinghe, Le nuage de la vie. Les origines de la vie dans l'univers (Albin Michel, 1980).
Titre original : Lifecloud. The origin of life in the universe (1978). Ce livre, controvers sa sortie et critiqu par de
nombreux scientifiques conservateurs, est une contribution essentielle au problme de l'origine extraterrestre de
la vie. A lire pour comprendre l'argumentation complexe de ces deux chercheurs de pointe.
22. P.J. Thomas, C.F. Chyba and C.P. McKay (eds), Comets and the origin and evolution of life (Springer-Verlag,
1997). Ce livre de rfrence crit par plusieurs spcialistes du sujet traite du rle des comtes dans l'origine et
l'volution de la vie.
23. G. Kurat et M. Maurette, Matire extraterrestre sur la Terre : de lorigine du systme solaire lorigine de la
vie (Michal Ittah, 1997).
24. D. Bentaleb, La vie venue de lespace, Science et Vie, 966, pp. 55-65, mars 1998.
25. Texte de Michel Maurette, cit dans larticle prcdent, pp. 60-61.
26. A. Brack et F. Raulin, Lvolution chimique et les origines de la vie (Masson, 1991).
27. F. Crick, La vie vient de l'espace (Hachette, 1982). Titre original : Life itself (1981). Autre livre trs controvers
crit par l'un des plus grands savants du XXe sicle. Une lecture trs enrichissante sur ce qui est peut-tre une
importante ralit de demain.
28. J. Heidmann, Intelligences extra-terrestres (Odile Jacob, 1996).
297
298
CHAPITRE 15 :
EXTINCTIONS ET VOLUTION
Un renouvellement permanent des espces
On estime qu'actuellement cohabitent sur la Terre une quarantaine de millions d'espces diffrentes d'animaux et
de plantes. La faune et la flore terrestres sont donc extraordinairement prolifiques. Parmi les espces vivantes du
monde animal, on en compte prs de 4000 de mammifres rparties en 1000 genres environ (1).
299
" Tout ce qui vit doit mourir. Il ny a pas, il ny a jamais eu despces indestructibles. Estime la
louche, lesprance de vie des espces de grands mammifres ne dpasse pas 8 millions
dannes, celle des mollusques 30 millions dannes. " (3)
Dans son livre, David Raup se pose son tour les deux questions fondamentales qui ont tarabust depuis
longtemps ses prdcesseurs, savoir le pourquoi : " Pourquoi autant d'espces ont-elles pri ? " et le
comment : " Et comment se sont-elles teintes ? " des extinctions. On connat sa dsormais clbre alternative :
Bad genes or bad luck ? (mauvais gnes ou malchance ?). En effet, on se demande pourquoi une espce une
fois solidement installe laisserait si facilement sa place d'autres, si aucun phnomne extrieur ne l'obligeait
disparatre.
C'est l'explication de la mort des dinosauriens dans les annes 1980 qui a t le dclic dans l'esprit des
palontologues, auparavant bien conservateurs dans leur majorit, mme si l'ide d'une mort d'origine cosmique
tait dj dans l'air avant la preuve dfinitive apporte par l'excdent d'iridium dans la couche K/T. On le sait
aujourd'hui d'une manire formelle : l'extinction est un mcanisme de l'volution. Sans un renouvellement
pisodique des espces vivantes, la slection naturelle, qui a sa place dans l'volution, mais qui ne peut tre
seule en cause, n'aurait pas t en mesure d'engendrer la diversit et la complexit du monde vivant actuel que
nous connaissons.
Diversit, complexit sont deux mots cls de l'volution. On peut aussi parler sans problme de renouvellement
permanent. Pour bien comprendre comment on en est arriv l, il faut adjoindre deux notions fondamentales :
extinctions et mutations. Le catastrophisme apparat maintenant comme trs important comme cause de la
diversit et de la monte inexorable, obligatoire long terme, vers la complexit. Et comme je l'ai dit souvent,
notre poque n'est qu'une tape, l'homme n'est qu'un jalon.
Une autre question essentielle que l'on est donc oblig de se poser aujourdhui est celle-ci : " Quel est l'avenir de
la ligne humaine dans ce contexte volutif irrversible ? ". On le sait dj : il est trs sombre, nen dplaise
tous ceux qui croient encore que lhomme est un tre exceptionnel, mme sil est vrai quil peut influer sur son
environnement.
300
301
masse, alors que les radiations sont plutt responsables du "bruit de fond" des extinctions et dont l'chelle est de
l'ordre du million d'annes, chelle comparable, je l'ai dit, celle de l'esprance de vie moyenne d'une espce.
Les causes terrestres et cosmiques de grande envergure peuvent coup sr gnrer le fameux "hiver nuclaire
" (en fait "volcanique" ou "cosmique" selon le cas) dont les simulations modernes par ordinateur montrent qu'il
peut tre trs dangereux pour certaines espces concentres sur des territoires peu tendus. Il est bien vident
que plus une espce est rpandue numriquement et surtout rpartie sur l'ensemble de la plante, plus elle a de
chances de survivre partiellement un cataclysme quasi global au niveau de la Terre. Les rescaps sont aptes
avoir une descendance viable, mais dans certains cas l'espce peut tre dstabilise, affaiblie et condamne
moyen terme.
Ces simulations, bases sur de nombreux paramtres, ont clairement montr que la rgnration des espces
apparat extraordinaire quand on compare deux arbres volutifs, l'un avec extinctions frquentes telles qu'on les
observe, l'autre sans extinction. Dans le premier, de nombreuses espces sont apparues, ont volu, puis la
plupart ont disparu la suite d'extinctions majeures (65 % tous les 100 MA) ou secondaires (30 % tous les
10 MA). Les espces ayant survcu jusqu' nos jours sont rares. Dans le second arbre sans extinction, les
espces ne s'teignent pas, elles voluent : la biodiversit est sept fois suprieure et tend mme vers la
saturation. Par contre, la complexification serait moindre, la slection naturelle jouant son rle fond, sans
remise en cause pisodique comme c'est le cas avec les extinctions de masse ponctuelles. Si cette volution non
catastrophiste tait la rgle sur le long terme, ce qui n'a jamais t le cas, on se rend compte qu'il se poserait
alors rapidement un incontestable problme de cohabitation et d'espace vital. L'extinction serait alors d'une tout
autre nature, lie principalement au "trop-plein" de cratures vivantes, qui se concurrenceraient et s'limineraient
elles-mmes, comme on l'observe parfois quand plusieurs espces rivales cohabitent sur un territoire trop exigu.
Il est clair, comme l'a bien montr S.J. Gould, que sans extinctions massives ds le dbut de l'volution sur la
Terre, la vie actuelle serait totalement diffrente de celle que nous connaissons. Certains genres qui avaient
russi merger d'une faon significative avant d'tre dtruits la fin du Permien auraient russi se maintenir.
L'tude des archives fossiles, notamment les clbres faunes d'Ediacara et de Burgess (10), montre clairement
que d'autres formes de vie parfaitement adaptes l'poque laquelle elles sont apparues prolifraient, mais
qu'elles ont eu la malchance d'tre confrontes un cataclysme destructeur et d'tre dcimes, et mme de
disparatre totalement.
304
245
Trias
Jurassique
Crtac
Palocne
ocne
208
144
65
58
35
Oligocne
24
Astroblmes associs
Lac Acraman (Australie) 160 km
Miocne
Pliocne
5
1.8
Les cinq extinctions de masse sont en gras
Astroblme associ veut dire mme ge approximatif et donc corrlation possible
A noter dabord, comme je l'ai dit plus haut, la relation possible entre la fin du Prcambrien et l'astroblme
australien d'Acraman qui a survcu sous la forme dun grand lac de 160 km, visible de lespace. On est oblig de
penser lui quand on tudie attentivement le cataclysme du Prcambrien, priode bnie de lvolution avec la
305
premire vraie explosion de la vie. Explosion rduite quasiment nant la suite dun impact destructeur.
Lastrode responsable devait avoir 8 km de diamtre, ce qui en fait un trs gros EGA, et lnergie dgage a pu
tre de lordre de 81022 joules, largement suffisante pour engendrer un hiver dimpact, particulirement difficile
supporter pour une vie encore primitive.
La fin de lOrdovicien, premire extinction de masse, date de 440 MA et nest actuellement associe aucun
astroblme, ce qui na rien de surprenant, dautant plus, il faut le rappeler, que toutes les extinctions, quelles
soient de masse ou secondaires, ne sont pas forcment dues des vnements dorigine cosmique. D'autre part,
l'impact destructeur, s'il a exist, a pu tre maritime et donc ne pas laisser de trace apparente.
La deuxime extinction de masse, celle de la fin du Dvonien est date de 367 MA. On la croit associe deux
grands astroblmes, ceux de Siljan, en Sude, de 52 km de diamtre, et de Charlevoix, au Canada, qui a 46 km.
Limpact cosmique ne fait pas de doute cette poque puisque des microtectites, dcouvertes en Chine et en
Belgique, sont associes galement ce cataclysme. La rpartition bizarre des zones de microtectites et des
deux astroblmes possibles postule pour un impact double ou multiple.
La fin du Carbonifre, date de 290 MA, est considre comme une extinction secondaire, du fait du pourcentage,
seulement moyen, despces ananties. On la relie aux fameux astroblmes jumeaux canadiens, les Clearwater
Lakes, formations de 32 et 22 km de diamtre, dge quivalent.
La troisime extinction de masse est celle de la fin du Permien et date de 245 MA. On sait que prs de 90 %
des espces vivantes ont t ananties cette poque. Elle est associe deux grands cratres invisibles
reprs sur le plateau continental des Malouines, dun diamtre de 300 km chacun, et lastroblme brsilien
dAraguinha qui a 40 km. Il pourrait y avoir eu un impact triple de trs grande envergure, puisque lastrode
responsable pourrait avoir approch 20 km de diamtre moyen (en gros celui dEros) avant de se fragmenter en
au moins trois fragments majeurs.
La quatrime extinction de masse est celle de la fin du Trias, date de 208 MA et associe au fameux cratre
canadien de Manicouagan qui a 100 km de diamtre. Selon les critres habituels lastrode tueur devait avoir
environ 5 km, ce qui nest pas extraordinaire, mais les dgts furent terribles puisquils engendrrent une
extinction de masse.
Pour la fin du Jurassique, extinction secondaire date de 144 MA, on a aujourdhui comme coupable possible
lastroblme maritime de Mjolnir dans la mer de Barentz dun diamtre de 40 km. Mais il nest pas exclu que
dautres formations du mme ge viennent se substituer ou complter celle-l.
La fin du Crtac est date de 65 MA. Cest la fameuse extinction des dinosaures dont il a t question au
chapitre 12, associe dune faon certaine lastroblme mexicain de Chicxulub de 180 km de diamtre.
Limpacteur principal avait donc un diamtre de lordre de 9 km, ce qui en fait un trs gros EGA, dautres
fragments plus petits ayant peut-tre complt une uvre de mort, dont lhomme a t le principal bnficiaire,
comme nous le savons maintenant. La libration de niches cologiques par des concurrents, peu disposs
partager la place disponible avec les espces montantes, a t un vnement totalement fortuit et dcisif.
Pour la fin du Palocne, date de 58 MA, les gologues proposent les cratres jumeaux de Kara en Russie qui
ont 65 et 25 km. Il ne sagit que dune extinction secondaire, facilement assimile par une vie rgnre par le
cataclysme prcdent plus ancien de 7 MA.
La fin de locne est date de 35 MA. Cest un tournant pour la vie que les palontologues ont appel "la grande
coupure" (13), mme si elle na engendr quune extinction dite secondaire. Comme nous lavons vu au chapitre
11, pas moins de quatre astroblmes sont voisins de cette date charnire : Chesapeake Bay et Toms Canyon qui
sont probables, le golfe du Saint-Laurent qui est possible, et mme Popigai, en Russie, qui est certain, mais dont
lge nest peut-tre pas en phase avec cette extinction.
Pour la fin de lOligocne, il y a 24 MA, longtemps non associe avec des astroblmes, on est aujourdhui en
prsence de deux possibles : Haughton Dome, au Canada, de 24 km, et surtout Kara-Kul, au Tadjikistan, repr
depuis peu, et dont le diamtre est de 52 km. A noter que Haughton Dome est le plus septentrional des grands
astroblmes connus, et donc que limpact aurait pu avoir lieu dans une rgion glaciaire avec des consquences
peut-tre un peu diffrentes, notamment une dglaciation partielle mais svre compte tenu de la chaleur
dgage en quelques secondes.
306
Pour les autres cratres ultrieurs (tableau 11-3), on ne peut pas vraiment les associer des extinctions de
masse ou mme secondaires, mais lassociation avec la monte des Simiens vers le statut d'Homo sapiens
semble vidente, comme nous allons le voir dans la section suivante.
Enfin, je rappelle ce que j'ai dit dans le chapitre consacr aux astroblmes. On connat de nombreuses formations
anciennes de grande taille qui ont de fortes chances d'tre d'origine cosmique. Le XXIe sicle permettra sans
doute d'en identifier certaines, qui pourront alors complter le tableau 15-1 ou se substituer certains
astroblmes supposs (supposs, car il sera trs difficile d'obtenir les preuves d'une liaison relle avec la fin des
priodes gologiques incrimines, plusieurs dizaines ou mme centaines de millions d'annes aprs les
cataclysmes responsables).
poque savent expliquer parfaitement le "comment" des grands remaniements chromosomiques qui ont conduit,
au fil des millnaires, l'importante diversit des espces de Primates, dfaut de savoir expliquer le "pourquoi".
Les mutations chromosomiques consistent en des cassures et des recollages de morceaux de chromosomes les
uns sur les autres et sont probablement provoques par des radiations. Chaque mutation chromosomique
constitue une barrire gntique irrversible et engendre donc une espce diffrente.
On comprend mieux ainsi la fois l'importance capitale des radiations (obligatoirement d'origine cosmique avant
l're industrielle) dans la thorie de l'volution en gnral, et aussi le nombre incroyablement lev d'espces
diffrentes dans le milieu animal et mme dans celui plus restreint des Primates. Car n'oublions pas que ceux-ci
ne sont qu'un ordre, dpendant de la classe des Mammifres appartenant au rgne animal. Tout ce que je dis
pour les Primates reste valable pour toutes les autres cratures du monde vivant, qu'il soit animal ou vgtal.
Des Prosimiens aux Simiens
Aprs ce court et indispensable intermde gntique, je reviens nos Prosimiens qui vont dominer le monde
entre -65 MA et -35 MA, en se diversifiant en de multiples espces diffrentes. On regroupe celles-ci en quatre
grands groupes (infra-ordres) : les Plsiadapiformes (dont fait partie Purgatorius), les Lmuriformes, les
Lorisiformes et les Tarsiiformes. Certains de ces Prosimiens existent encore de nos jours, mais sous des formes
plus modernes videmment. L'une des caractristiques communes tous ces Prosimiens (fossiles et actuels) est
la mchoire trente-six dents.
C'est vers -35 MA que se produisit un vnement cataclysmique trs important dont j'ai dj abondamment
parl : l'impact d'un EGA de plusieurs km sur la Terre, qui creusa l'astroblme de Chesapeake Bay aux EtatsUnis, d'un diamtre de 90 km, et peut-tre aussi celui, souponn, du golfe du Saint-Laurent au Canada. Il est
certain que cette catastrophe a eu une responsabilit dans les mutations qui ont affect le monde vivant cette
poque. Directement, l'EGA responsable a effac toute vie sur plusieurs milliers de km carrs, mais indirectement
ce fut bien pire. L'association d'un hiver nuclaire qui annihile en quelques semaines une grande partie de la vie
macroscopique, suivi d'une inversion du champ gomagntique, a des effets dsastreux sur le monde vivant. Une
averse ininterrompue de rayons cosmiques durant quelques centaines ou milliers d'annes, accompagne d'une
augmentation sensible de la radioactivit, dbouche obligatoirement sur des mutations.
C'est cette mme poque de -35 MA qu'apparat l'Oligopithque. Certains Prosimiens se transforment la suite
de mutations gntiques favorables et deviennent des Simiens. Avec ceux-ci apparat pour la premire fois la
mchoire trente-deux dents qui est encore la ntre, et qui est considre par tous les palontologues comme
une tape importante dans l'histoire de l'volution. La taille aussi volue, puisque l'Oligopithque est un animal
quadrupde de 30 cm de hauteur.
Dans La Terre bombarde, en 1982, j'crivais ceci (16) :
" La concidence fortuite entre l'impact d'un EGA et l'volution des espces peut tre difficilement
retenue, puisque le mme phnomne va se reproduire cinq millions d'annes plus tard, vers
-30 MA, et plusieurs fois par la suite comme nous allons le voir.
Vers -30 MA, le trs important impact d'un EGA de 5 km de diamtre cra l'astroblme de
Popigai en Sibrie orientale et dclencha un nouvel hiver d'impact et une nouvelle inversion du
champ magntique. Le rsultat sur le plan palontologique fut la diffrenciation des Simiens en
quatre groupes distincts qui sont les souches des grands groupes actuels : l'Aeolopithque qui
semble tre l'anctre des Gibbons et des Siamangs, l'Aegyptopithque qui semble tre l'anctre
des Chimpanzs et des Gorilles, le Propliopithque qui pourrait tre l'anctre de l'homme se
diversifient partir de l'Oligopithque qui, lui, continue son volution sparment et qui semble
tre l'anctre des petits singes (les Cercopithques). "
Aujourdhui, la datation de Popigai est -35 5 MA, et de nombreux gologues ont tent de la prciser davantage.
Force est donc de constater que la corrlation que je donnais comme probable reste dmontrer, sans tre pour
autant totalement exclue. Mais la diffrenciation des Simiens en quatre grands groupes pourrait fort bien avoir eu
une cause autre quastronomique.
Abandonnons les trois autres groupes et occupons-nous uniquement du Propriopithque, l'anctre des
Hominids. Entre -30 MA et -15 MA, il va se redresser et abandonner la fort, o il vivait depuis toujours, pour la
savane. Pour cette priode, rien ne nous autorise associer une quelconque volution un vnement d'origine
cosmique, encore qu'on ne puisse exclure des impacts ocaniques (qui existent dans une proportion de 7 sur 10).
308
309
310
Astroblmes
recenss
VOLUTION
Faits marquants
disparition des Dinosauriens
Chicxulub
domination des Prosimiens
Chesapeake Bay, apparition de l'Oligopithque
(machoire de 32 dents)
Tom's Canyon
Diffrenciation des Simiens en quatre
Popigai
grands groupes
apparition du Propliopithque
Nrdlinger Ries, Ramapithque, notre premier anctre
qui a utilis l'outil
Steinheim
Gigantopithque, voie sans issue de
Karla
l'volution
HOMO HABILIS
Elgygytgyn
hominisation dfinitive
HOMO ERECTUS
Eltanin
dispersion gographique
HOMO ERECTUS "MODERNE"
Wilkes Land
PRSAPIENS
ET DEMAIN ?
FAVORABLES
DFAVORABLES
MUTATIONS CHROMOSOMIQUES
mutations gntiques
irradiation
radiations cosmiques
inversion gomagntique
impact d'astrode
ou de comte
purement terrestre
On a beau se boucher les yeux et ne pas vouloir y croire, il y a bel et bien corrlation entre les impacts d'EGA et
les consquences de l'impactisme particulaire sur l'volution des formes vivantes terrestres. Comme je l'ai dit ds
l'introduction de ce livre : la vie terrestre, sous sa forme actuelle, n'est qu'un sous-produit de l'impactisme terrestre.
Le catastrophisme, mme s'il n'est pas seul en cause, est l'un des moteurs de l'volution.
Et il ne faut pas s'y tromper : l'volution est continuelle, irrversible, imprvisible et explosive, puisqu'elle se
diversifie dans toutes les directions. Cela implique que l'homme actuel n'est qu'un maillon de cette chane
sans fin, qu'il est simplement le "Primate la mode" et pas du tout le "bijou de la Cration", comme l'esprent (le
croient ?) encore les crationnistes fondamentalistes. Nous avons vu au chapitre 2 que leurs confrres plus
311
modernes, qui acceptent le concept de "science de la Cration", sont d'accord avec cette vision des choses et
plaident, d'une manire plus pragmatique, pour un "tre humain volutif " une cadence et selon un schma
prtablis par le Crateur !
A la lumire de tous les arguments fournis dans ce livre, une chose est sre : c'est que l'avenir de l'homme est
sombre sur le plan gntique. Dans trente millions d'annes, peu de chose en fait l'chelle gologique,
puisqu'une telle priode reprsente moins de un pour cent de l'ge du Systme solaire, il sera aussi dmod que
l'est pour nous l'Oligopithque, notre premier anctre qui a eu trente-deux dents. L'homme actuel, il faut le rpter,
est un accident de l'volution. Il est le fruit du cataclysme. Un fruit videmment prissable. Dure leon !
Limportance de la contingence
La contingence est la possibilit, lventualit quune chose ou un vnement arrive ou non, et on loppose
souvent la ncessit. Pour les palontologues, la contingence a un sens plus profond. Ainsi Stephen Jay
Gould, qui a toujours insist sur son importance, a crit ceci :
" Les extinctions de masse prservent ou liminent les espces au hasard, et le rsultat est
contingent, en ce sens quil est dpendant de tout ce qui sest pass auparavant
Lordre actuel na pas t impos par des lois fondamentales (slection naturelle, supriorit
mcanique dans lorganisation anatomique), ni mme par des principes gnraux de niveau
moins lev, touchant lcologie ou la thorie de lvolution. Lordre est largement le produit
de la contingence. " (17)
On le sait depuis longtemps, toutes les espces sont mortelles, y compris la ntre, ce qui nest pas trs rassurant,
mais tout fait inluctable trs long terme. Le cataclysme, sans cesse rpt, pisodique (et surtout pas
priodique, comme lont cru Raup et quelques autres chercheurs non astronomes), contingent, imprvisible, qui
a amen trs progressivement lhomme au sommet de la vie terrestre, appelle aussi obligatoirement son
extinction pour un avenir encore indtermin, mais qui pourrait tre acclr sil devait y avoir un cataclysme
denvergure dans un avenir rapproch.
La leon est dure entendre : il faudra laisser la place dautres, cest la rgle, immuable, intangible,
incontournable. Mais lhomme a quand mme, depuis peu, une chance supplmentaire par rapport aux espces
prcdentes, une chance unique, sil sait la saisir : il pourra prolonger son existence sil accepte de sexpatrier,
comme nous le verrons au chapitre 20. La survie de lhomme long terme passe par limpratif extraterrestre.
Cette possibilit dinfluer pour la premire fois sur son destin, lhomme y accde seulement maintenant. Il aura
fallu 4,6 milliards dannes et une contingence favorable pour nous permettre dinfluer sur notre survie gntique,
pour envisager avec quelques chances de russite une nouvelle tape cosmique. Mais il ne faut pas se leurrer :
nous ne sommes pas les premiers atteindre ce niveau prcosmique dans la Galaxie, et a fortiori ailleurs.
Comme lont montr Francis Crick (1916-2004) et Leslie Orgel, dautres civilisations plus anciennes et plus
intelligentes ont dj atteint depuis longtemps cette tape intermdiaire, et lont mme dpass de beaucoup en
insminant lUnivers pour sauvegarder la vie et la propager, dfaut de sauver des civilisations dtruites par
des cataclysmes cosmiques (explosion de supernova notamment) qui les dpassaient de beaucoup.
Cette chance unique qui est la ntre aujourdhui, sachons la saisir, car elle ne se reproduira pas. La conscience
humaine, fruit dune volution sans cesse diversifie et complexifie, est un vritable cadeau. Je laisserai le
dernier mot de cette section S.J. Gould qui a, plus encore que tous les autres chercheurs, milit pour imposer
l'ide que la vie n'a pas volu d'une manire rgulire et prvisible, mais au contraire que l'volution a rsult
d'une succession d'innombrables vnements fortuits et que nous avons eu vraiment beaucoup de chance :
" Homo sapiens n'est pas arriv sur la Terre - au cours de la dernire seconde, l'chelle des
temps gologiques - en raison d'un progrs biologique ou d'une augmentation de la complexit
neuronale prvue par la thorie de l'volution, mais plutt parce qu'il tait l'aboutissement
contingent et fortuit de milliers d'vnements interdpendants. Chacun d'eux aurait pu se
produire diffremment et mettre l'volution sur un autre chemin o la conscience ne serait pas
apparue. " (18)
On ne peut tre plus clair. Lhomme est laboutissement contingent et fortuit de milliers dvnements
interdpendants. La premire conclusion simpose delle-mme, elle est vidence : la vie et la conscience
extraterrestres ne peuvent tre que trs diffrentes de celles qui sont les ntres. Mais les ingrdients de base
312
sont les mmes, partout, depuis toujours. Le cataclysme est un outil parmi dautres de diversification, et
aussi de complexification (19).
Notes
1. L'chelle taxinomique du monde vivant se compose de deux rgnes : le rgle animal et le rgne vgtal.
Chaque phylum (ou embranchement) est compos de plusieurs classes ; chaque classe est compose de
plusieurs ordres ; chaque ordre est compos de plusieurs familles ; chaque famille est compose de plusieurs
genres ; chaque genre est compos de plusieurs espces ; chaque espce, caractrise par la fameuse "barrire
chromosomique", qui interdit la reproduction non strile entre des espces diffrentes, est compose d'une
multitude d'individus. L'espce est donc dj le sixime niveau de la hirarchie du phylum.
2. D.M. Raup, De l'extinction des espces (Gallimard, 1993). Titre original : Extinction. Bad genes or bad luck
(1991). Un livre essentiel pour comprendre l'extinction et ses divers problmes. David Raup est l'un des grands
spcialistes de l'extinction.
3. Collectif, La thorie de lvolution, Dossier hors-srie n 27, Science et Vie Junior, 1997. A noter surtout le
dernier article : E. Julien, De quoi meurent les espces ?, pp. 106-113, qui recense les causes principales des
extinctions. Trs logiquement, le cataclysme figure en bonne place comme moteur dextinction et donc de
rgnrescence. Texte de Jean-Jacques Jaeger cit p. 107.
4. C. Lyell, Principles of geology (1830-1833). Ouvrage en trois volumes. Voir le livre de S.J. Gould, Aux racines
du temps (Grasset, 1990), pour mieux connatre ce savant anti-catastrophiste qui poussa Cuvier aux oubliettes.
5. C. Darwin, Lorigine des espces (La Dcouverte, 1985). Le classique de Charles Darwin est paru en 1859
sous le titre : On the origin of species by means of natural selection. Darwin a longtemps attendu pour faire
paratre son travail sur lvolution, pour lequel on connat une version prliminaire crite dans les annes 1840.
6. N. Elredge and S.J. Gould, Punctuated equilibria : An alternative to phyletic gradualism (pp. 82-115), dans
T.J.M. Schopf (ed.), Models in Paleobiology (Freeman, Cooper & Co, 1972).
7. Collectif, L'volution, Dossier hors-srie n 14, Pour la Science, 1997. Un hors-srie de 146 pages qui contient
27 articles sur lvolution et ses mcanismes, dans lequel il y a beaucoup apprendre pour les non-spcialistes.
8. V.L. Sharpton and P.D. Ward (eds), Global catastrophes in Earth history (Geological Society of America, 1990).
Ce livre contient les contributions d'un colloque sur l'extinction qui s'est tenu en octobre 1988 Snowbird dans
l'Utah.
9. Il semble bien que la strilit des mles, conscutive une augmentation accrue des radiations cosmiques,
pourrait tre une cause trs efficace de la disparition despces fragilises.
10. S.J. Gould, La vie est belle. Les surprises de l'volution (Seuil, 1991).
11. S.A. Haines, L'holocauste des dinosaures, dans Les grandes catastrophes, Science et Vie, HS 144, 1983.
Citation p. 32.
313
12. D. Russell, Les extinctions massives la fin du Msozoque, Pour la Science, 53, pp. 44-52, 1982. Citation p.
52.
13. J.-L. Hartenberger, La grande coupure, Pour la Science, 67, pp. 26-38, 1983. Cet article est typique des
articles de cette poque. Toutes les consquences sont clairement exposes, mais pas un mot de la cause de
cette grande coupure dj mise en vidence par Cuvier. Tout ce que lon sait cest quil y a eu une trs importante
diminution de la temprature (de lordre de 10 C, ce qui est norme) et une dgradation gnrale du climat. A
noter que les Anglo-Saxons appellent cette grande coupure le Terminal Eocene Event (TEE en abrg). Il ne fait
pas de doute pour les catastrophistes modernes que cet important remaniement terrestre est d un formidable
hiver d'impact.
14. Historia Spcial, Les origines de l'homme, HS 50, novembre-dcembre 1997. Un hors-srie trs intressant
avec 26 articles sur l'origine de l'homme et la Prhistoire.
15. Voir la partie Les mcanismes de lvolution du Dossier pour la Science, Lvolution (note 7).
16. La Terre bombarde, p. 203.
17. Texte de S.J. Gould, cit dans L. de Bonis, Contingence et ncessit dans lhistoire de la vie, Dossier Pour la
Science, Lvolution (note 7), p. 24, 1997.
18. S.J. Gould, L'volution de la vie sur la Terre, Pour la Science, 206, pp. 90-98, 1994.
19. T.X. Thuan, Origines. La nostalgie des commencements, Gallimard, 2006. Dans son livre, Trinh Xuan Thuan
explique que les astrodes ont t un agent trs important de la contingence, notamment l'impact qui a cr la
Lune. Il a crit ceci : "Cette collision de notre plante avec un gros bolide relve du domaine de l'alatoire, de la
contingence : elle n'est pas inscrite de manire fondamentale dans les lois de la nature." (p. 208).
20. R. Leakey et R. Lewin, La 6me extinction (Flammarion, 1997). Titre original : The sixth extinction (1995). En
franais, ce livre est sous-titr : volution et catastrophes. Il met clairement en vidence la menace que lhomme
lui-mme fait peser sur une multitude despces fragiles qui ne survivront pas lindustrialisation de la plante,
notamment la dforestation de rgions jusque-l prserves comme lAmazonie ou lIndonsie.
21. C. Cohen, Le destin du mammouth (Seuil, 1994).
314
CHAPITRE 16 :
LA VIE ET LA MORT
VIENNENT DU COSMOS
Dans ce chapitre, j'tudie plusieurs aspects, quelque peu htroclites, des rapports de la Terre avec la vie et la
mort en provenance du cosmos, dont je n'ai pas encore parl, ou qui ont t seulement survols dans certains
des chapitres prcdents. J'examine aussi quelques hypothses astronomiques qui se rapportent ce vaste sujet.
premire fois depuis quelle est viable par la plus sophistique de ses cratures, qui est devenue un prdateur
menaant, l'homme.
savoir le caractre "vivant" de la Terre, la vrit est intermdiaire entre les deux affirmations extrmes, et il est
donc ncessaire de prciser ce dont il s'agit.
Dans son approche maximaliste (qui a encore quelques supporters acharns, qui ne sont rien d'autres que
d'indcrottables gocentristes), la Terre est une entit volontaire, qui gre elle-mme au gr de ses exigences un
climat et une atmosphre qu'elle s'est confectionns. Lovelock a toujours rpt son credo : " La Terre est vivante
", ce dont personne ne doute d'ailleurs. Il reste savoir quel niveau ! Selon lui, notre plante est un tre vivant
ayant une individualit propre, un super organisme qui s'est forg un environnement sur mesure, un "systme"
auto-rgul dont les lments biologiques interviennent rgulirement pour maintenir une stabilit assurant la
survie.
Les anti-Gaa rpondent, au contraire, qu'il est tout fait impossible que la biosphre, qui n'est qu'une infime
partie de notre globe, puisse commander les phnomnes terrestres. Mais quelques observations passes
semblent contredire partiellement cette rponse premptoire dans la mesure o l'on sait, par exemple, que c'est
grce aux vgtaux marins (des membres de la biosphre) que l'atmosphre primitive rductrice s'est
progressivement enrichie en oxygne pour permettre la vie de s'installer, et surtout de se diversifier et de se
complexifier, il y a deux milliards d'annes.
En fait, le dilemme entre pro et anti-gaens repose sur l'importance de l'impact que peut avoir la vie sur les
conditions qui rgnent sur la Terre. Quasiment tous les scientifiques admettent que la Terre est bien un "systme"
qui a une importante capacit d'auto-organisation et d'auto-rgulation. La Terre et sa biosphre, comme la vie,
ont en temps normal une volution gradualiste, tout fait conforme ce que l'on est en droit attendre dans un
systme non perturb. Mais ds que ce systme est soumis des anomalies de parcours (impact cosmique,
inversion gomagntique, impactisme particulaire, volcanisme important...), les conditions deviennent
provisoirement catastrophistes, et mme parfois carrment mutagnes pour certains de ses composants
vivants.
Les scientifiques ont vite compris que la grosse faiblesse de l'hypothse de Lovelock et de ses adeptes (on peut
parler de disciples pour certains d'entre eux), est de trs mal s'accorder aux grands changements climatiques qui
ont, si souvent l'chelle gologique, affect notre plante. Ainsi, comme l'ont fait remarquer certains adversaires
de l'hypothse :
" Gaa, la desse "thermostat", la puissance rgulatrice garante de l'quilibre global, n'a pas pu
empcher les quatre glaciations du Quaternaire. Or les res glacires n'taient pas dues des
circonstances extrieures, telles qu'une diminution du rayonnement solaire, mais des causes
proprement terrestres qui ont dstabilis notre climat. " (7)
La Terre n'est, en effet, nullement en mesure de faire face aux variations climatiques d'ampleur astronomique
(telles que prvues par Milankovic), qui sont du seul ressort de la mcanique cleste, gigantesque mcanique
dans laquelle la Terre et les autres plantes (mme Jupiter et Saturne) sont des instruments dociles, en aucune
manire capables d'interfrer.
Tant et si bien que, face aux arguments scientifiques et aussi de bon sens de ses nombreux contradicteurs,
Lovelock est pass de l'hypothse maximaliste des annes 1970, qui virent la monte en flche de son
hypothse, une hypothse "basse" (un peu tristounette) pour sauvegarder un minimum de crdibilit dans le
monde scientifique et aussi certains adeptes. Dans sa version haute, l'hypothse Gaa est quasiment religieuse,
donc antiscientifique, mais dans sa version basse (qui existait bien avant Lovelock), elle est acceptable puisque
tout le monde est bien d'accord pour admettre que la Terre est un "systme", et qu'elle prsente donc bien
certaines caractristiques de rgulation interne.
Contrairement ce que prtend Lovelock, c'est la vie qui doit s'adapter la Terre et non l'inverse. Cette Terre qui
existait dj bien avant la vie et qui, n'en doutons pas, lui survivra de beaucoup.
317
Mais le Soleil est bel et bien, malgr tout, les astronomes le savent, une toile lgrement variable, avec tout ce
que cela comporte comme dangers moyen et surtout long terme (8). En priode normale, il est un formidable
et inpuisable fournisseur de rayonnements de toute nature, comme nous l'avons vu au chapitre 8.
Nous allons voir successivement les principaux dangers pouvant provenir de notre toile et les consquences
biologiques qui en dcoulent.
En priode normale (dite de Soleil calme), il n'y a rien de particulier signaler. Les ruptions solaires font partie
de la vie quotidienne de notre toile. Le rayonnement solaire ordinaire maintient l'ionosphre terrestre, couche
situe entre 80 km et 500 km, dans un tat d'ionisation partielle, la magntosphre terrestre intercepte la grande
majorit des rayonnements nocifs. Contrairement ce que croient certains, les lgres variations du
rayonnement solaire n'ont pas d'effet significatif particulier sur la mtorologie, pas plus, semble-t-il que sur le
climat.
Lors de trs fortes ruptions solaires et de l'expulsion d'un vent solaire particulirement nergtique (voir le
chapitre 8), les choses sont un peu diffrentes. De brusques dcharges d'nergie peuvent atteindre 1025 joules et
le plasma, compos de protons, d'lectrons et de noyaux d'hlium, et une vitesse de plus de 1000 km/seconde.
Au niveau de la Terre, cela se traduit par des orages magntiques capables de perturber trs srieusement
l'ionosphre, sans pour autant se rvler rellement dangereux pour la vie.
Au niveau biologique, il a t relev qu'en priode de forte activit solaire, lie au fameux cycle d'environ onze
ans, une corrlation certaine existe entre le nombre de Wolf (nombre de taches) et la croissance des arbres. Cela
signifie une croissance acclre lie l'activit solaire, mais on peut assimiler ce phnomne une volution
gradualiste, tout fait normale, et en aucun cas un phnomne catastrophiste.
Pour atteindre ce niveau quasi catastrophiste, il faudrait une protubrance solaire gante (non encore observe
l'chelle humaine, mais plausible l'chelle gologique) qui projetterait dans l'espace, suite un phnomne
solaire interne particulirement nergtique, un plasma dont l'nergie serait suffisante pour forcer le "paravent"
que constitue la magntosphre et dtruire la couche d'ozone.
On s'est aussi pos la question de savoir, suite quelques observations surprenantes remontant parfois
quelques sicles, si le diamtre du Soleil tait constant et les consquences qui dcouleraient d'une variation, en
plus ou en moins, ce diamtre. Entranerait-elle une augmentation ou une diminution de l'nergie diffuse dans
l'espace, et en consquence une variation de la temprature incidente reue la surface terrestre ? Quelles
consquences biologiques entranerait une variation d'une dizaine de degrs ?
Enfin, il faut signaler que, pour les astrophysiciens pour une fois unanimes, le risque que le Soleil se transforme
un jour en nova n'existe pas et peut tre totalement cart. Son avenir, on le sait depuis longtemps, est une
transformation progressive, dans plusieurs milliards d'annes, en gante rouge, mais d'ici l la vie aura
totalement disparu de la Terre.
Conclusion de cette section : en fait, en priode normale et l'chelle humaine, le Soleil est beaucoup plus un
"ami" qu'un ennemi, ce qui semble assez logique dans la mesure o la vie n'existe que grce lui. La vie
terrestre est entirement acclimate la biosphre, elle-mme infode au Soleil. Tout est en rgle et fonctionne
"comme sur des roulettes". Quelques petites perturbations (petites au niveau terrestre) dans la magntosphre,
l'atmosphre, le climat ne remettent nullement en cause la prennit de la vie et celle de l'volution gradualiste.
La destruction de la couche d'ozone peut, par contre, entraner des dsagrments particuliers comme nous le
verrons plus loin.
Si le Soleil est un "ami" indispensable en priode normale, il en va tout autrement quand, au niveau terrestre (et
l'chelle gologique), le mcanisme se grippe.
318
les premiers Homo, loin de descendre du singe, ou d'un anctre commun (le fameux maillon manquant),
pourraient avoir engendr eux-mmes certaines espces de singes suprieurs qui sont trs proches de nous
gntiquement. On sait, par exemple, que le chimpanz, notre plus proche "cousin", partage avec nous plus de
97 % du mme programme gntique, ce qui indique clairement une "sparation" dfinitive il y a trs peu de
millions d'annes.
Certains auteurs ont parl aussi de snilit et de dbilit acclres, d'autres de gigantisme sans avenir. Le pire,
c'est que les scientifiques sont totalement dsarms face cette catastrophe qui les dpasse de beaucoup, et qui
peut tre, nous l'avons vu, d'origine purement terrestre, mais aussi parfois conscutive un impact srieux d'un
gocroiseur ou d'une comte sur la Terre. Elle est frquente l'chelle astronomique, puisque se produisant en
moyenne tous les 500 000 ans. Cela signifie que dj des millions d'espces terrestres ont eu souffrir de ses
effets depuis l'apparition et la fixation dfinitive de la vie sur Terre.
On se demande vraiment ce que pourrait tre le moyen de parade la prochaine "averse cosmique". Le mieux
serait videmment de capter, au moins partiellement, ce flux cosmique de trs grande nergie et de l'utiliser
justement comme une nouvelle source d'nergie perptuellement disponible. Inutile de dire que la technique
humaine n'en est pas encore l, il s'en faut mme de beaucoup, et que quelques centaines, ou mme milliers
d'annes, ne seront sans doute pas de trop pour mettre au point la thorie adquate. Cela vaut quand mme la
peine d'y penser srieusement, car la survie de l'espce humaine sous sa forme actuelle est peut-tre ce prix.
Par contre, en priode normale comme actuellement, les rayons cosmiques ne sont plus des "rayons de mort",
mais probablement au contraire des "rayons de vie". A petite dose, ils favorisent la croissance des tres vivants.
Leur absence totale dboucherait sans doute sur des effets nocifs, notamment en stoppant ou en retardant tout
dveloppement de la vie. Cette absence serait en tout cas un frein pour la monte inexorable vers une complexit
accrue des formes vivantes, qui est une ncessit au niveau de l'Univers en gnral, comme nous l'avons vu au
chapitre 14.
Le physicien suisse Jakob Eugster (1891-1974), qui fut lun des grands spcialistes des rayons cosmiques, a fait,
ce sujet, dans les annes 1960, ce commentaire qui est probablement exact :
" Lexposition aux rayons cosmiques sur la Terre favorise la croissance. Un bombardement de
particules primaires dans lespace peut provoquer des dgts, spcialement sil est intense et
continu, mais labsence de radiations influence ngativement les organismes vivants en arrtant
ou en retardant tout dveloppement. Peut-tre les rayons cosmiques sont-ils aussi ncessaires
que la lumire. " (14)
On peut esprer une nette amlioration de nos connaissances ce sujet au 21e sicle. Ce sera une trs bonne
chose, car les rayons cosmiques sont un composant de l'Univers prsent partout depuis toujours,
extraordinairement nergtique, et donc trs important, encore bien mal connu dans le dtail.
320
qu'astrodes comtaires dans un deuxime temps, quand les lments volatils et les glaces sont sublims. Leur
rle alors pourrait tre alors surtout ngatif : elles participent un impactisme destructif.
Dans un raccourci, peut-tre un peu facile, on pourrait dire que la vie est apporte par des comtes et supprime
ensuite par des astrodes. Ce scnario pourrait, en particulier, s'tre produit sur Mars, que l'on sait avoir t une
plante vivante, avant que cette vie ne l'abandonne.
Nous allons voir que les choses sont en ralit bien plus complexes dans la section suivante consacre la
panspermie microbienne.
321
phnomne prsentant une analogie singulire avec celui qui fut observ le 1er juillet 1908, aprs l'explosion de la
Toungouska dont j'ai parl au chapitre 9.
Une authentique interaction entre l'atmosphre terrestre et la queue d'une comte s'tait dj produite quaranteneuf ans plus tt, le 29 et le 30 juin 1861, priode durant laquelle la Terre avait travers la queue de la Grande
comte de 1861, visible sur les deux tiers du ciel dans l'hmisphre sud. Ce phnomne remarquable eut, entre
autres, comme tmoin l'astronome franais Emmanuel Liais (1826-1900), alors en mission en Amrique du Sud,
qui crivit ensuite ce propos :
" La rencontre de la Terre par la queue d'une comte n'a rien qui doive effrayer... Aujourd'hui que
nos connaissances en physique nous permettent d'apprcier l'extrme raret du milieu gazeux
qui forme les appendices comtaires, il est certain que, mme quand ces gaz seraient dltres,
la quantit mle l'atmosphre serait trop petite pour nuire aux habitants de notre globe. " (16)
Ce premier passage authentique de la queue d'une comte l'intrieur de l'atmosphre terrestre fut observ
dans l'hmisphre nord (o la comte elle-mme n'tait pas visible) sous la forme d'une bande lumineuse large
de 30 35, dirige exactement suivant la verticale et nettement plus lumineuse que la Voie Lacte, qui fut
souvent prise pour une aurore borale (17). Il n'y eut aucun effet biologique signal. C'est la raison pour laquelle
Flammarion, qui aimait bien "faire peur" ses lecteurs, n'tait pas vraiment inquiet pour le remake de 1910.
Aujourd'hui, la majorit des spcialistes sont d'accord pour affirmer que ces balayages de la Terre par des
queues comtaires ne peuvent, en aucun cas, entraner des dsastres gntiques ou cologiques. Ces queues
sont, en effet, d'une teneur si rarfie (comme le savaient dj les astronomes de 1860) que l'atmosphre
terrestre est pratiquement du plomb en comparaison. Mais quelques auteurs sont d'un avis contraire et pensent
que les queues comtaires, tout au moins certaines d'entre elles, pourraient tre responsables de plusieurs
pidmies insmines sur la Terre depuis l'Antiquit. Ils rejoignent ainsi certains auteurs anciens qui tenaient la
relation queue-de-comte/pidmie pour acquise.
Hoyle et Wickramasinghe et la panspermie microbienne
Aujourd'hui, les comtes ne crent plus la vie (tout au moins sur la Terre), mais elles pourraient bien, par contre,
vhiculer la mort. Ce sont encore Hoyle et Wickramasinghe qui se trouvent la base de cette hypothse de la
panspermie microbienne (18). Ces deux auteurs ont mis l'ide assez tonnante que certaines grandes
pidmies de l'Antiquit et du Moyen Age, dont l'origine est toujours reste mystrieuse, pourraient avoir t
provoques par l'apport de germes pathognes contenus dans des queues de comtes ayant eu une interaction
avec l'atmosphre terrestre, au cours d'un passage proximit relative de notre plante. Dans certains autres
cas, ces germes pourraient provenir de dbris comtaires rcents essaims le long de leur orbite par des
comtes courte ou longue priode, et non encore dtruits par les diverses radiations cosmiques.
Cette ide de panspermie microbienne n'est pas nouvelle en fait, contrairement ce que l'on pourrait croire, et
elle a t souponne ds l'Antiquit, avant d'tre reprise au XIXe sicle par plusieurs auteurs (19). Tous les
mfaits imputs aux comtes ont t recenss vers 1830 par un mdecin anglais, Thomas Forster (1789-1850),
dans son Essai sur linfluence des comtes sur les phnomnes de la Terre, quand l'astronome allemand
Wilhelm Olbers (1758-1840) eut calcul que la comte D/Biela s'approchait seulement 28 000 km de l'orbite
terrestre et que, par consquent, une interaction avec la queue de cette comte, et mme une collision, n'tait
pas exclure dans l'avenir. On sait que D/Biela se fragmenta peu aprs, en 1845, avant de se dsintgrer et
d'tre la source des deux fantastiques averses de Bilides de 1872 et 1885 (voir le chapitre 10).
Il ne faut pas oublier que les comtes ont toujours t considres avec crainte par les peuples anciens, et cela
dans toutes les parties du monde, et le recensement du docteur Forster, qui peut paratre bien drisoire (Arago
sest moqu de lui lpoque), n'tait que l'expression d'une inquitude larve face aux comtes, surtout aprs la
trs forte approche de D/Lexell en 1770 et la dcouverte du fait que D/Biela tait sur ce qu'on appelle aujourd'hui
une orbite de quasi-collision.
On peut mettre ce sentiment de peur sur le compte d'un obscurantisme millnaire, flau dont certains ont encore
du mal se soustraire l'poque prsente. Mais ce serait peut-tre voir les choses un peu trop sommairement.
Car souvent des comtes ont t notes dans le ciel, alors que svissaient des pidmies svres, notamment la
peste. C'est cette prsence simultane comte-pidmie qui les a fait associer dans l'esprit des peuples victimes
et ce n'tait peut-tre pas toujours sans raison.
La question se pose donc ainsi sur le plan scientifique : " Oui ou non l'arrive dans l'atmosphre de matriaux
comtaires peut-elle encore affecter la biologie terrestre ? " Hoyle et Wickramasinghe sont d'avis que ces
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invasions biologiques extraterrestres n'ont jamais cess totalement et se poursuivent de nos jours. Ces invasions
peuvent prendre la forme de nouveaux virus et d'infections bactriennes qui frappent notre plante des
intervalles irrguliers et qui tombent au sol dans des poussires d'origine comtaire, ou l'intrieur de matriaux
mtoritiques.
Les rapports sur des pidmies inexpliques sont lgion dans l'histoire de nombreux pays. Elles sont toutes
diffrentes, mais beaucoup ont des points communs. Elles dbutent soudainement sans cause bien dfinie, elles
affligent des villes entires et se propagent rapidement. Cependant, ces pidmies sont de courte dure, environ
un an, et n'affectent jamais la population mondiale dans son ensemble. L'infection primaire pourrait venir du
contact direct entre la poussire comtaire contamine et les humains, ou passer par l'intermdiaire d'autres
cratures comme les moustiques ou les rats. Ensuite, la transmission de personne personne diminue
sensiblement la virulence de la maladie qui finit par s'enrayer d'elle-mme, non sans avoir fait, parfois, des
milliers et mme des millions de victimes.
Quoique l'hypothse de ces pidmies d'origine cosmique soit plausible, et qu'elle ait t reprise dans les annes
1970 par deux savants de stature mondiale, il faut cependant signaler qu'elle laisse sceptiques la grande majorit
des chercheurs. Il faudra des preuves pour que la panspermie microbienne gagne ses lettres de noblesse dans
l'ventail des thories scientifiques indiscutables. Il n'est pas exclu toutefois que ces preuves nous soient
apportes dans un sicle futur par une nouvelle comte venue du fond du Systme solaire et qui, par l'entremise
d'un balayage de la Terre avec sa longue queue de poussires, dposera sur notre plante quelques virus
pathognes. Alors on pourra dire que les Anciens, pour craintifs qu'ils aient t, n'taient pas aussi arrirs que
l'on a trop voulu le laisser croire.
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ne peuvent se maintenir qu' l'intrieur d'une troite fourchette de caractristiques cologiques bien prcises,
notamment en ce qui concerne la composition de l'atmosphre, la temprature, etc.
Pour la Terre dans sa globalit, par contre, un hiver qu'il soit d'origine cosmique, volcanique (ou mme peut-tre
humaine demain...), n'est qu'un piphnomne banal, maintes fois rpt dans son histoire, sans consquence
pour son intgrit en tant que plante. Pour la vie qu'elle abrite, bien sr, c'est tout autre chose, et des
remaniements, trs partiels lorsqu'il s'agit d'impacts mineurs, ou quelquefois substantiels lorsqu'il s'agit d'impacts
cataclysmiques, sont invitables.
Ce sont Luis et Walter Alvarez qui ont cr la notion d'hiver d'impact quand ils prirent conscience que l'excs
d'iridium dans la couche K/T tait li un impact cosmique d'envergure. L'astrode ou la comte de 10 km
responsable de la fin du Crtac a eu des consquences trs importantes sur la biosphre, comme je l'ai
expliqu au chapitre 12. D'une manire plus globale, l'hiver d'impact se produit chaque fois que l'impacteur a un
diamtre moyen de 2,0 km.
Dans la foule de cette dcouverte importante, d'autres chercheurs, scientifiques et militaires, y ont associ la
notion d'hiver nuclaire, aujourd'hui classique, et qui est caricatural du catastrophisme technologique par ses
causes et cologique par ses consquences. Un livre succs est paru sur le sujet en 1984 sous la signature
commune de quatre scientifiques amricains : The cold and the dark, en franais Le froid et les tnbres (20).
Les nombreuses simulations informatiques, dont les scientifiques de toutes les spcialits sont friands et de
grands consommateurs, effectues sur ce sujet particulirement sensible, ont montr que les consquences
d'une explosion nuclaire de trs grande envergure (l'hiver nuclaire) et celles rsultant de l'impact d'un objet
cosmique de plusieurs kilomtres de diamtre (l'hiver d'impact) taient assez comparables.
On peut rsumer ainsi le scnario de base. La poussire propulse dans l'atmosphre obscurcit l'atmosphre
d'une faon telle que la visibilit plus de quelques mtres est impossible durant plusieurs mois. Ce sont le froid
et les tnbres qui s'installent d'une manire inluctable. Sans Soleil, la photosynthse est totalement
interrompue, les diverses chanes alimentaires disparaissent. En outre, si l'impact est ocanique (7 chances sur
10, rappelons-le), une norme quantit de vapeur d'eau est propulse dans l'atmosphre. Cette vapeur d'eau est
la cause d'un important effet de serre, et au froid initial succde, au contraire, un rchauffement trs prjudiciable
certaines espces rescapes de la priode de froid. Le rchauffement brutal peut entraner une combinaison de
l'oxygne et de l'azote de l'air, combinaison pouvant dboucher sur une overdose d'oxyde d'azote sous forme
d'une pluie d'acide nitrique, susceptible de dtruire ou de perturber srieusement certaines espces de plantes et
d'animaux marins invertbrs.
Reste le problme des radiations (21). L'hiver nuclaire a t dissqu par tous les scientifiques militaires pour
savoir les consquences d'un conflit nuclaire, pour l'homme en particulier et pour son cadre de vie sur un plan
plus gnral. On le sait, les rsultats des simulations effectues dans les annes 1980 ne sont pas brillants, ce
qui a quand mme pouss (bien tardivement) les militaires et leurs commanditaires politiques tre plus
prudents qu'auparavant.
La catastrophe cologique (et humaine) de Tchernobyl du 26 avril 1986 a clairement dmontr la nocivit de
l'irradiation nuclaire, mme dose relativement faible, sur les tres humains, et peut-tre plus encore sur leur
descendance. Il ne fait pas bon d'tre enceinte, mme aujourd'hui, pour une femme habitant depuis 1986 le
secteur de Tchernobyl. La radioactivit anormale joue un rle, inimaginable avant 1945 (Hiroshima et Nagasaki),
sur la croissance des enfants, qu'ils soient ns avant ou, plus forte raison, aprs la catastrophe. Il est indniable
que leur potentiel gntique a t gravement atteint. Au niveau mondial, une irradiation gnrale forte dose
pourrait entraner la quasi-extinction de l'espce humaine en quelques gnrations seulement.
Pour ce qui est d'un hiver d'impact, les simulations ne peuvent tre qu'imparfaites, car de nombreux paramtres
sont approximatifs ou mme spculatifs. La nature des impacteurs de taille kilomtrique peut tre extrmement
variable, de la comte de glace la sidrite, comme l'astrode 1986 DA qui est, nous l'avons vu, sur une orbite
de collision avec Mars, en passant par toutes sortes d'objets mixtes. Si rellement le petit impact (objet de 80
mtres au maximum) de la Toungouska a t la cause des mutations et de croissance acclre signales par
certains chercheurs sovitiques, il y a de quoi s'inquiter pour l'avenir.
Peut-tre faudra-t-il, en cas d'impact majeur, laisser la place des espces animales mieux armes que la ntre
pour lutter contre l'irradiation, comme des tortues, des serpents ou des blattes qui ont dj travers sans trop de
problmes quelques dsastres d'origine cosmique d'envergure et qui ont de grandes chances de nous survivre.
L'homme, lui, parat bien fragile, pour faire "de vieux os" sur cette Terre.
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325
Ils annoncrent alors que d'aprs leurs calculs, il y avait une probabilit de 90 % pour que le taux d'extinction
suive un rgime cyclique, avec une priode de 26 MA entre deux crtes successives d'extinction. Mais l'examen
de leur graphique ne convainquit pas vraiment les scientifiques car la corrlation tait trs approximative, pour ne
pas dire mdiocre. Les pics d'extinction sont incontestables, mais la priodicit ne peut tre rellement tablie.
Pour les astronomes, elle est mme utopique. D'ailleurs, d'autres donnes retenues, pour d'autres critres, par
d'autres quipes de disciplines diffrentes, conduisirent des rsultats assez diffrents (chacune liminant sans
trop de complexes les donnes qui s'loignaient quelque peu du canevas retenu a priori). La priode mme des
extinctions variait de 26 MA 33 MA, en passant par 28 MA et 32 MA selon les critres retenus, ce qui est un
comble, et laissait entrevoir des rsultats trs douteux sur le long terme.
Quoi qu'il en soit, ds qu'une possibilit d'extinctions cycliques fut mise en vidence, il fallut rechercher un
coupable : " Qu'est-ce qui provoque les extinctions de masse, les astrodes et les comtes ordinaires ne
pouvant, en effet, qu'entraner des extinctions alatoires ? ".
Fort logiquement, les astronomes (moins les spcialistes des NEO qui n'ont jamais vraiment cru cette
rcurrence des extinctions) et d'autres scientifiques concerns pensrent que les responsables pourraient bien
tre les comtes du nuage de Oort ( l'poque, on ignorait encore la ceinture de Kuiper mis en vidence partir
de 1992 seulement). Mais encore fallait-il trouver un moyen pour les faire quitter rgulirement leur place o elles
circulent depuis prs de 4000 MA sur des orbites stables.
C'est l qu'une nouvelle fois l'imagination et la crativit des astronomes firent merveille et que deux belles
hypothses, plausibles premire vue, furent proposes : celle de Nmsis, l'toile sur du Soleil et celle de
l'oscillation galactique. Nous allons les tudier successivement.
Nmsis, l'toile sur du Soleil
Ce sont trois astronomes amricains, Marc Davis, Piet Hut et Richard Muller, qui ont eu l'ide de l'hypothse
Nmsis (23/24). Dans cette hypothse, qui a eu un franc succs d'estime dans les annes 1980, Nmsis est
une toile encore inconnue, lie au Soleil depuis l'poque de sa formation, et qui perturberait tous les 26 MA le
nuage de comtes de Oort, en prcipitant un nombre important dans le Systme solaire intrieur. Ce nombre
accru de comtes entranerait dans un deuxime temps une augmentation significative du nombre d'impacts et
serait en consquence un important facteur d'extinctions.
Cette hypothse mrite d'tre discute en dtail. Le Soleil et Nmsis formeraient un systme stellaire binaire,
dans lequel le compagnon de faible masse se dplacerait sur une orbite trs excentrique autour du centre de
gravit commun (que les astronomes appellent le barycentre). On a des exemples de tels systmes parmi les
toiles voisines du Soleil, commencer par le systme triple form de a et b Centauri, les deux toiles principales,
et de la minuscule Proxima, loigne actuellement de 2 11' des deux autres, une naine rouge de type spectral M
5, dont la masse est de 0,12 masse solaire seulement et qui se trouve la distance de 4,25 annes lumire du
Soleil.
Premire question : " Quelle pourrait tre l'orbite de Nmsis dans un tel systme ? ", sachant surtout que la
fameuse "toile de la mort" n'a encore jamais t observe, ce qui est, on s'en doute, un trs mauvais point,
rdhibitoire mme pour de nombreux astronomes orthodoxes. Si l'on admet une priode de 26 MA pour une
rvolution complte de Nmsis, la mcanique cleste fournit quelques rponses sans ambigut. Une telle
priode correspond un grand axe voisin de 176 000 UA, soit presque 3 annes lumire. Le demi-grand axe vaut
donc 88 000 UA (soit 88 000 fois la distance standard Terre-Soleil, ce qui est considrable). Pour que l'toile
sur du Soleil perturbe suffisamment les comtes du nuage de Oort, il est ncessaire de tabler sur une
excentricit importante. Celle-ci serait voisine de 0,70, valeur trs forte mais tout fait acceptable. C'est
l'occasion de son passage au prihlie, dans le nuage de Oort, que les perturbations pourraient tre possibles. Le
prihlie q serait de l'ordre de 26 000 UA et l'aphlie Q de l'ordre de 150 000 UA. Compte tenu des variations de
vitesse trs importantes de Nmsis sur son orbite, la priode durant laquelle elle se trouverait moins de
40 000 UA du Soleil ne durerait que 1 MA, priode ncessaire pour perturber significativement les comtes du
nuage de Oort.
Deuxime question dcisive : " Quelle est la masse de Nmsis ? ". Il est, en effet, impratif de cerner, au moins
approximativement, la masse suprieure et infrieure possible de l'toile sur, avec le postulat qu'elle se situerait
actuellement prs de l'aphlie puisque la dernire "crte d'extinction" remonterait environ 13 MA, soit un
demi-cycle. Les pro-Nmsis tablent sur une distance actuelle de 150 000 UA, soit 2,6 annes lumire, distance
lgrement moindre de la moiti de celle de l'toile de Barnard que l'on sait se trouver 6 annes lumire et que
l'on connat depuis plus d'un sicle. D'aprs les pro-Nmsis, la masse maximale de leur toile (extrmement
optimiste) ne saurait tre suprieure 1,2 fois celle de l'toile de Barnard, c'est--dire en gros 0,12 masse
solaire (ou encore l'quivalent de celle de Proxima Centauri). Sa masse infrieure, ncessaire pour perturber
326
valablement le nuage de Oort, serait de seulement 5 fois celle de Jupiter qui, on le sait, est de l'ordre de 1/1000
de celle du Soleil. La masse minimale de Nmsis serait donc de l'ordre de 1/200 masse solaire. Les proNmsis s'accordent dire que la masse de leur toile peut varier d'un facteur 24, entre 0,12 et 0,005 masse
solaire.
On sait que la masse minimale pour qu'un corps cleste soit une vritable toile, capable d'engendrer les
ractions nuclaires indispensables, est de 0,05 masse solaire, dix fois suprieure l'estimation basse de la
masse de Nmsis. Donc, celle-ci pourrait tre une naine brune (astre hybride intermdiaire entre les plantes
gantes et les mini-toiles) qui mettrait seulement dans l'infrarouge, ce qui expliquerait qu'on ne l'ait pas encore
dcouverte dans le ciel malgr sa proximit ( l'chelle astronomique).
Troisime question incontournable : " O se trouve actuellement Nmsis et pourquoi ne l'observe-t-on pas
malgr sa proximit ? ". C'est l que les nombreux sceptiques attendent les pro-Nmsis, car en bonne logique,
cette toile, mme trs peu massive, devrait avoir t observe depuis trs longtemps. Une chose est bien sre
en tout cas, l'hypothse Nmsis ne peut tre accepte que si l'on dcouvre enfin cette toile fantme. Et plus de
vingt ans aprs les premires recherches, force est de constater que les astronomes sont rests bredouilles !
Mme si l'on admet que Nmsis est au mieux une naine rouge et au pire une naine brune, on devrait pouvoir la
dceler grce sa parallaxe. De ce ct-l, le fiasco a t complet, puisque l'toile fantme ne figure pas dans le
catalogue des 5000 naines rouges les plus brillantes. Les pro-Nmsis, pour sauver l'hypothse, arguent que
Nmsis tant proche de l'aphlie, sa vitesse orbitale est trs faible, infrieure 100 mtres par seconde (
comparer aux 29,8 km/s pour la Terre en moyenne). De ce fait, cette faible vitesse associe une distance de
prs de 3 annes lumire lui donnerait un mouvement proche infrieur 1/1000 de celui de l'toile de Barnard
(qui est la plus rapide du ciel) et donc quasiment indcelable avec les techniques actuelles.
Quand on fait srieusement le tour de la question, il faut bien admettre que l'hypothse Nmsis est trs peu
probable. Les spcialistes des NEO n'y ont jamais cru et les autres astronomes ne veulent pas envisager
srieusement le Systme solaire comme tant un systme avec deux toiles, mme si Nmsis ne pourrait tre
qu'une naine brune. Et une hypothse pour tre crdible doit rpondre aux donnes d'observation. Il est trs
improbable qu'une toile comme Nmsis ait pu chapper plusieurs gnrations d'observateurs bnficiant
d'instruments de plus en plus performants.
327
galement aux pics d'extinction, ce qui montre bien le caractre trs approximatif de ces derniers qui, pour bien
rels qu'ils soient, ne prsentent pas de priodicit marque, et en tout cas indiscutable. L'ide qui sous-tend
cette hypothse est que le mouvement d'oscillation du Systme solaire autour du plan mdian de notre Galaxie
permettrait chacun de ces passages de rencontrer des nuages interstellaires, trs importants par leur densit,
de gaz et de poussires qui perturberaient le nuage de Oort et qui permettraient ainsi la "plonge" de
nombreuses comtes dans la partie "plantaire" de notre systme.
Ces nuages massifs se situent au voisinage immdiat du plan mdian de la Galaxie (un plan bien sr imaginaire
qui divise le disque aplati de notre Voie Lacte en deux parties, dites suprieure et infrieure). Cette oscillation a
bien lieu tous les 33 MA, 1 MA prs, et elle permet aux nuages interstellaires traverss d'exercer une force
gravitationnelle suffisante pour perturber des astres peu massifs comme les comtes. On pense que certains
nuages molculaires peuvent atteindre des masses de l'ordre de 1 10 millions de fois la masse solaire rparties
sur des distances considrables pouvant probablement aller jusqu' 100 annes lumire. L'effet maximal des
perturbations aurait lieu entre 250 annes lumire de part et d'autre du plan mdian.
328
de trous noirs et de "cordes". Si l'existence de tout ou partie de ces candidats pour expliquer la matire
manquante de la Galaxie s'avrait en fin de compte une ralit, la force gravitationnelle qu'elle pourrait exercer
sur les parties centrale et externe du Systme solaire (et parmi celles-ci le nuage de Oort) serait capable de crer
les perturbations ncessaires au dtournement des comtes et leur introduction comme objets "internes"
dangereux pour la Terre et les autres plantes.
Cette hypothse de l'oscillation galactique est astucieuse, tout comme sa rivale alternative Nmsis, mais elle
n'est pas plus crdible dans son rapport concret avec les extinctions. Pour les spcialistes des NEO, qui sont
quand mme nettement les mieux placs pour apprhender le problme d'une manire rationnelle, rien ne vaut
des objets bien rpertoris comme Apophis, Hermes et Toutatis pour parler des astrodes, Hephaistos et
Damocles pour parler des comtes teintes ou mme D/Lexell et D/IRAS-Araki-Alcock pour parler des comtes
actives, pour rappeler simplement que les astres menaants existent dj dans notre banlieue terrestre, et que tt
ou tard, un de nos petits voisins heurtera la Terre, suite aux perturbations gravitationnelles que lui feront subir les
plantes voisines. La mcanique cleste est l'ennemie des cycles ternels. Conclusion quasi certaine : les
extinctions ne peuvent tre qu'alatoires.
Lhistoire de Geminga
Lhistoire de Geminga (26/27) a commenc en 1972 quand le satellite amricain Sas 2 a repr dans le ciel
gamma une source ponctuelle trs caractristique, mettant des intervalles rguliers dans la constellation des
Gmeaux, non identifiable avec un objet dj connu des astronomes. Pourtant cette source de rayons gamma est
particulirement intense avec des photons pouvant avoir une nergie de 100 MeV, soit de lordre de vingt millions
de fois ceux de la lumire visible.
Pendant des annes, cette source rsista aux recherches destines lui trouver une contrepartie en optique, X
ou radio. Do son nom, donn par des astronomes italiens : Geminga (contraction de Gemini gamma), signifiant
en patois milanais : " Il ny a rien, elle nest pas l ". Le mystre restait entier et plusieurs hypothses plus ou
moins folles circulrent son sujet.
En 1979, une source X fut enregistre lemplacement de la source gamma par le satellite amricain Einstein,
mais toujours pas de contrepartie optique qui tait obligatoirement trs faible si elle existait. En 1984, trois points
minuscules furent reprs par lquipe dastrophysiciens de Saclay avec une camra CCD ultrasensible, points
lumineux baptiss G, G et G. Sagissait-il de Geminga ? En 1987, lexistence des trois sources fut confirme,
avec la rvlation que G est probablement un pulsar. Sa priodicit est de 237 millisecondes, soit un peu moins
de quatre rotations la seconde.
Les astrophysiciens en dduisirent la date approximative de sa formation : environ 350 000 ans, et une distance
actuelle de seulement 140 annes lumire. Aujourdhui, la vitesse de fuite de Geminga est estime environ
300 km par seconde, et les rsidus de ltoile sont donc beaucoup plus lointains quau moment de lexplosion
initiale. La distance la supernova gnitrice pourrait ne pas avoir dpass 100 annes lumire lors du cataclysme,
ce qui est considr pour comme une explosion proche. Pour les spcialistes, pas de doute : Geminga est une
toile massive qui a explos prs de la Terre et ses effets ont d tre trs spectaculaires, et peut-tre mme
dcisifs.
En 1993, Neil Gehrels et Wan Chen ont mis lhypothse que Geminga serait responsable de la bulle de gaz
chauds dans laquelle on pense que baignent le Systme solaire et les toiles environnantes. Les astrophysiciens
envisagent srieusement, en effet, que ces bulles de gaz chauds pourraient tre cres par londe choc initiale
des supernovae.
On croit aujourdhui que Geminga a t visible en plein jour, avec un clat qui aurait dpass la Pleine Lune, il y a
350 000 ans, une poque o Homo erectus et Homo sapiens cohabitaient encore. Inutile de dire que, pour tous,
cette formidable toile nouvelle visible en plein jour durant plusieurs mois a d tre matire tonnement et aussi
probablement une sourde crainte, mme si on ignore sils observaient dj le ciel avec assiduit.
Les consquences dues limpactisme particulaire associ lexplosion de Geminga ont pu tre dcisives,
cest du moins lopinion de certains chercheurs. Car danger il y a, on le sait, pour la magntosphre et
latmosphre terrestres, avec une telle recrudescence de particules acclres par lexplosion dune supernova
proche, et notamment certains lments radioactifs. Certains spculent donc sur des mutations gntiques, qui
pour les plus optimistes auraient conduit lintelligence et lavnement irrsistible dHomo sapiens. Peu de
chercheurs croient rellement ce scnario. Il parat plus probable que le bruit de fond de lvolution est li des
inversions gomagntiques.
329
330
331
sociaux et conomiques. Le Soleil influe par consquent sur le droulement de notre histoire.
Certes, ce ne sont pas ses priodes d'activit qui dclenchent les rvolutions et les guerres, mais
en exacerbant la nervosit humaine elles y contribuent certainement. " (31)
Qu'en est-il de ces "bouleversements politiques, sociaux et conomiques" ? Depuis que les astronomes font des
statistiques rgulires sur le nombre de taches solaires, il a t facile de dater les hauts et les bas de l'activit
solaire. Et comme tous les cycles obtenus se prtent bien aux statistiques, des scientifiques curieux ont tent de
faire des corrlations avec des vnements historiques.
La premire question qui se pose est videmment celle-ci : " Y a-t-il vraiment corrlation entre l'activit solaire et
les bouleversements historiques ? ". D'accord, les gens sont plus nerveux, s'emportent plus facilement, sont
moins rceptifs aux arguments des partenaires ou adversaires, mais aprs ? La figure 8-1 montre la variation du
nombre de taches comptes annuellement la surface du Soleil pour les 22 cycles recenss entre 1750 et 1997.
Le cycle moyen de 11 ans apparat dans son incontestable ralit avec quelques points hauts spectaculaires.
Le problme c'est qu'il y a tous les ans des bouleversements dans le monde (le monde, ce n'est pas uniquement
l'Europe et la France), mme en priode de Soleil calme. Evidemment, il est tentant de relier quelques grandes
dates de l'histoire avec des pics d'activit : rvolutions de 1789, 1830 et 1848, guerres de 1870 et 1914,
vnements de mai 1968, tous vnements purement franais d'ailleurs, mais quelle corrlation relle doit-on en
tirer ? Les rvolutions, guerres, mouvements sociaux, mcontentements divers, dictatures sont de tout temps, de
toutes les poques, activit solaire dans le creux ou dans le haut du graphique.
Sur ce sujet particulier, la majorit des chercheurs ne souscrivent pas cette simple hypothse permettant de
croire une incontestable relation de cause effet. En rgle gnrale, il faut se mfier des statistiques (32). Pour
eux, cette relation n'est que concidence, tout comme est concidence une lucubration astrologique qui annonce
pour le jour venir la mort possible d'un artiste, alors qu'il en existe des centaines dont le nom est connu et qui,
souvent gs ou malades, sont susceptibles de "donner raison" l'astrologue qui se prend pour un voyant inspir.
L'influence de l'activit solaire sur la biosphre, le monde vgtal et animal, les humains ne fait pas vraiment de
doute. Il y a des preuves. Une activit maximale fragilise les plus faibles, comme le font galement les hivers
glaciaux. Dans le futur proche, elle risque aussi (et surtout) d'entraner parfois une incertitude technologique en
perturbant mme, dans certains cas extrmes, la vie normale des gens (panne gnrale de courant comme cela
s'est dj produit en 1989) et donc susceptible de dgnrer en paniques incontrlables.
Pour ce qui est de son rapport avec l'histoire, l'activit terrestre semble la dpasser, en ce sens que l'activit
solaire, qu'elle soit minimale ou maximale, n'a pas l'influence dcisive qu'on lui octroie parfois. Sur la Terre, les
contingences politiques, militaires, sociales, conomiques, religieuses priment sur le Soleil. Sur Terre, l'heure
actuelle, l'homme fait la loi et les catastrophismes technologique et cologique ont (provisoirement) pris le pas sur
les deux autres catastrophismes naturels (terrestre et cosmique) qui font surtout sentir leur influence sur le moyen
et le long terme.
Notes
1. P. Kohler, Les derniers jours du monde (France-Empire, 1980).
2. F. Ramade, Les catastrophes cologiques (McGraw-Hill, 1987).
3. La Terre bombarde, pp. 184-185.
4. W. Vernadsky, La biosphre (Diderot diteur, 1997 ; prface de J.-P. Delage). Ce classique de l'cologie est
paru pour la premire fois en russe en 1926 et en franais en 1929. Comme le dit fort justement Jean-Paul
Delage dans sa prface (p. 23) : " Le concept de biosphre introduit par Vernadsky prsente en dfinitive
l'immense mrite, trop longtemps ignor, de prendre en considration les interactions rciproques qui unissent les
tres vivants, leur milieu terrestre et les flux d'nergie venus du cosmos et pour l'essentiel de notre toile solaire ".
5. G. Beltrando et L. Chmery, Dictionnaire du climat (Larousse, 1995). Un excellent dictionnaire pour connatre
l'essentiel des problmes lis au climat et l'atmosphre terrestres.
6. J.E. Lovelock, La Terre est un tre vivant. L'hypothse Gaa (Flammarion, 1993). Titre original : Gaia, a new
look at life on Earth (1979). On peut lire aussi du mme auteur : Les ges de Gaa (Robert Laffont, 1990). Titre
original : The ages of Gaa (1988).
7. G. Dupont, La Terre est-elle un astre vivant ?, Science et Vie, pp. 25-33, 1988.
8. P. Lantos, Le Soleil en face (Masson, 1997). Ce livre est sous-titr Le Soleil et les relations Soleil-Terre.
9. Voir notre figure du chapitre 15 sur le bruit de fond de lextinction et de lvolution.
332
10. A. Mazaud et C. Laj, Chaos dans la dynamo terrestre, dans Le chaos, Dossier Pour la Science H6, pp. 91-92,
janvier 1995.
11. Pour une majorit de chercheurs, les inversions gomagntiques sont lies au noyau terrestre, mais il semble
probable que dautres soient dues des vnements extrieurs la Terre elle-mme. Le chaos intervient dans
les deux cas sur des priodes de plusieurs millions dannes, jamais les mmes. Le chaos, par dfinition, est
imprvisible.
12. S. Cieslik, L'ozone stratosphrique, La Recherche, 68, pp. 510-519, 1976.
13. Il appartiendra aux chercheurs du XXIe sicle de prouver la corrlation entre rayons cosmiques et mutations
gntiques et chromosomiques. Actuellement, on ne possde pas de preuves formelles, seulement de trs forts
soupons. Plusieurs chercheurs pensent maintenant que la Terre serait particulirement menace (et avec elle
les tres vivants quelle abrite) quand elle traverse, avec tout le Systme solaire, les bras de la Galaxie au cours
de son priple de 250 MA autour de celle-ci. Ils proposent mme parfois une corrlation avec les extinctions de
masse. Lire ce sujet : J.-P. Defait, Extinctions : les nouveaux scnarios cosmiques, Ciel et Espace, 338, pp. 3643, juillet 1998.
14. Cit par Peter Kolosimo dans La plante inconnue (Albin Michel, 1974), p. 254. Jakob Eugster a prfac
ldition originale italienne de ce livre : Il pianeta sconosciuto (1969).
15. C. Flammarion, Rencontre probable de la comte de Halley avec la Terre, L'Astronomie, 24, pp. 27-31, 1910.
Flammarion raconte dans lun de ses articles de lpoque qu'en 1910, aux Etats-Unis, on vendait des pilules
spciales censes protger des effets nocifs venir causs par l'interaction de la queue de la comte de Halley
avec l'atmosphre terrestre. On se demande comment les charlatans qui commercialisaient ces pilules ont pu
trouver des clients !
16. E. Liais, L'espace cleste et la nature tropicale (1865). Cette citation a t utilise par Anny-Chantal
Levasseur-Regourd et Philippe de La Cotardire dans leur livre Les astrodes et les comtes (p. 44).
17. R. Baer, Passage de la Terre dans la queue de la comte de 1861 (extrait d'une lettre Camille Flammarion),
L'Astronomie, 24, pp. 404-409 (figures 179 et 180), 1910.
18. F. Hoyle and N.C. Wickramasinghe, Does epidemic disease come from space ?, New Scientist, 76, 1078, pp.
402-404, 1977.
19. A. Guillemin, Les comtes, 1875. Un vieux classique, plus que centenaire, encore utilis de nos jours par les
auteurs modernes.
20. P.R. Ehrlich, C. Sagan, D. Kennedy et W. Orr Roberts, Le froid et les tnbres (Belfond, 1985). Titre original :
The cold and the dark (1984). C'est le fameux livre qui traite des consquences climatiques et biologiques
qu'entranerait un conflit nuclaire.
21. G. Charpak et R.L. Garwin, Feux follets et champignons nuclaires (Odile Jacob, 1997). Lecture
indispensable pour mieux connatre le nuclaire, qu'il soit civil ou militaire. Le chapitre 5 intitul " Les radiations et
le vivant " (pp. 142-186) est particulirement intressant.
22. D.M. Raup and J.J. Sepkoski Jr, Periodicity of extinctions in the geologic past, Proceedings of the National
Academy of Sciences, 81, pp. 801-805, february 1984.
23. D. Goldsmith, Nmsis, l'toile du destin (Robert Laffont, 1986). Titre original : Nemesis, the death-star and
other theories of mass extinction (1985).
24. M. Davis, P. Hut and R.A. Muller, Extinctions of species by periodic showers, Nature, 308, pp. 715-717, 19
april 1984.
25. M. Rampino and R. Stothers, Geological rhythms and cometary impacts, Science, 226, p. 1427, 21 december
1984.
26. J.-F. Robredo, La supernova qui a souffl la Terre, Science et Vie, 908, pp. 68-71, mai 1993.
27. J. Paul, Lhomme qui courait aprs son toile (Odile Jacob, 1998). Jacques Paul consacre tout un chapitre de
son livre (le chapitre V, pp. 137-171) laffaire Geminga, affaire dont il fut un des acteurs essentiels.
28. J. Meeus, Skylab 1, L'Astronomie, 93, pp. 502-504, 1979.
29. J. Vercheval, La retombe de Skylab, Ciel et Terre, 95, pp. 225-230, 1979.
30. F. Lancel, Lorsque le Soleil brle... la Terre s'enflamme, Le Parisien Libr, p. 26, 18 fvrier 1980.
31. F. Lancel, citation extraite de l'article ci-dessus.
32. J. Meeus, Mathematical astronomy morsels (Willmann-Bell, 1997). Lire le chapitre 53 : Statistics : danger ! (pp.
315-319) et le chapitre 54 : Sunspots and the weather (pp. 319-328) pour bien comprendre que souvent les
statistiques, pour intressantes qu'elles soient, doivent tre considres avec circonspection et esprit critique.
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Cinquime partie :
L'HISTOIRE COSMIQUE DES HOMMES
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CHAPITRE 17 :
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Il postulait que quatre satellites de la Terre s'taient succd, les trois premiers s'crasant sur notre plante la
fin des trois grandes res gologiques, et y ayant provoqu d'innombrables dgts, comme l'avaient signal les
gologues des gnrations prcdentes. Une premire lune se serait crase la fin du Primaire, permettant
l'apparition des insectes gants et de vgtaux tout aussi dmesurs. Une seconde lune l'aurait ensuite
remplace ( la suite d'une capture) avant de heurter la Terre son tour, provoquant la fin du Secondaire,
cataclysme li avec l'apparition des premiers hommes : des Gants et celle des grands animaux aquatiques.
C'est la troisime lune qui aurait provoqu l'Apocalypse la suite d'un nouvel impact la fin du Tertiaire, il y a
environ 150 000 ans, provoquant la disparition des Gants et l'apparition d'une nouvelle humanit dgnre (!).
Pendant 37 000 ans, ensuite, la Terre n'aurait pas eu de satellite, ce qui aurait entran la dcadence de la vie
terrestre. La Lune actuelle daterait de seulement 13 000 ans et serait donc trs rcente, il s'agirait d'une ancienne
plante circulant auparavant entre la Terre et Mars et qui serait aussi plus grosse que les lunes prcdentes.
Nous sommes l en pleine lucubration. Que des scientifiques aient pu soutenir une telle thorie parat
invraisemblable. Hrbiger tait bien en peine pour justifier le renouvellement de ces lunes successives,
privilgiant la thorie de la capture, la mode son poque. Mais une quadruple capture rendait dj de son
vivant cette thorie totalement inacceptable.
On sait aujourd'hui qu'il est trs peu probable qu'il ait pu exister une seconde lune durablement. Si quelques
astrodes ou comtes ont t satelliss autour de notre plante durant les quatre derniers milliards d'annes, ils
furent coup sr limins trs rapidement, et il ne pouvait s'agir en tout tat de cause que de petits objets, de
taille kilomtrique au maximum.
339
Quel rapport entre les connaissances des Dogons et le fait que Sirius aurait chang de couleur durant la priode
historique ? Apparemment aucun. Concilier les deux relve de la fiction pure et simple. En fait, toute corrlation
entre deux faits bizarres concernant la mme plante parat assez invraisemblable. Les connaissances des
Dogons et l'origine de leur mythologie si complique concernant le systme de cette toile restent inexpliques,
et on comprend qu'elles aient fort surpris un ethnologue comme Griaule qui croyait enquter sur une tribu comme
les autres. Bien sr, le doute a pouss les partisans des tres suprieurs du cosmos postuler la venue de
visiteurs venus du systme de Sirius qui auraient enseign aux anctres des Dogons quelques donnes
concernant leur toile. D'autres, partisans de la panspermie dirige, pensent que cette visite les auraient pouss
"perfectionner" l'homme par des croisements "interstellaires".
Le changement de couleur de Sirius ne s'explique pas non plus trs bien. Il parat impossible qu'une nova si
proche n'ait pas laiss de trace, encore que les manifestations de celle-ci aient pu tre partiellement masques
par l'clat global du systme. Mais les bouffes de matire et de radiations craches par Sirius B auraient d
entraner une crise terrestre, avec une augmentation trs sensible de l'impactisme particulaire, et notamment une
recrudescence marque de phnomnes atmosphriques. Rien de tel n'a, semble-t-il, t observ.
L'effondrement de Sirius B en naine blanche, en fait, doit remonter plusieurs centaines de millions d'annes,
peut-tre mme davantage. Un cataclysme stellaire rcent dans la proche banlieue solaire n'est pas crdible,
d'o la place de l'histoire de Sirius dans le chapitre " Fausses pistes ".
340
" Le professeur Hewish explique les "drapages" dans le ralentissement des signaux d'un pulsar
de la faon suivante : on suppose que le pulsar a une forme ellipsodale lorsque sa rotation est
extrmement rapide et qu'il devient plus sphrode au fur et mesure que sa vitesse diminue. Il
est constitu d'lments solides et peut donc changer de forme assez brusquement par un
processus de fractionnement. C'est ce qu'on appelle la thorie du tremblement d'toiles. " (11)
La distance de Vela X a t value environ 400 parsecs, soit 1300 annes lumire, ce qui reste assez proche
pour une supernova, mais l'intensit des rayons X, gamma et cosmiques est probablement insuffisante pour avoir
des consquences vraiment srieuses sur la vie, puisque la magntosphre et, en deuxime rideau, l'atmosphre
terrestre en absorbent et neutralisent la plus grande part. Par contre, l'effet de surprise et de terreur pass, les
consquences psychologiques ont d tre normes.
Michanowsky reprit l'tude trs dtaille de la tablette BM-86378 et comme ses prdcesseurs du dbut du XXe
sicle, il comprit qu'elle reflte certains aspects de la connaissance astronomique remontant vers -3000, et mme
beaucoup plus parfois. Deux lignes de cette tablette font rfrence une toile gante situe l'endroit mme
o s'est produite l'explosion de la supernova. Kugler, le premier historien astronome avoir dissqu le contenu
de la tablette avait fait remarquer que le texte s'appliquait une rgion du ciel austral que la mythologie assimilait
comme tant l'quivalent cleste de la cit d'Eridu, demeure sacre du dieu sumrien E-A.
Michanowsky a dfini la rgion comme tant le triangle cleste form par les toiles dzta de la Poupe (m = 2,3)
et gamma (m = 1,8) et lambda (m = 2,2) des Voiles. C'est prcisment l'intrieur de ce triangle d'toiles
relativement brillantes que le pulsar PSR 0833-45 a t localis, ce qui parat, premire vue, plus qu'une simple
concidence. Cette rgion cleste tait considre comme particulirement importante dans la tradition cleste
msopotamienne, alors qu'aujourd'hui rien n'y attire l'attention particulire d'un observateur, puisque les toiles
principales sont de magnitude 2.
Dans son livre, Michanowsky explique l'importance de ce triangle cleste :
" L'ancienne toile, maintenant coute, lance travers l'espace des signaux que rythment les
battements puissants de son cur. Comme le dit exactement l'ancienne tablette, la demeure
cleste de Nin-Mah, la Trs Haute Dame, est situe juste au nord de ce qui fut un jour l'toile
gante d'E-A, dans la constellation des Voiles, la cleste et sainte Eridu. " (12)
La fameuse lgende d'Oanns, tre mythique mi-homme, mi-poisson a t transmise par le prtre chalden
Brose (dont j'ai parl au chapitre 1), qui lui-mme la tenait d'une multitude de devanciers. Oanns tait
considr comme le dieu qui surgissant du golfe Persique aurait enseign aux premiers habitants de
Msopotamie les arts de la civilisation (criture, mathmatiques, science des toiles). Les rudits relient
aujourd'hui E-A et Oanns, considrs comme le poisson divin (!).
Comme conclusion de sa minutieuse analyse des textes anciens et de sa connaissance de l'astronomie,
Michanowsky propose la solution suivante :
" J'en suis venu la conclusion que la lgende d'Oanns devait ses origines la grande toile
des Voiles et que l'apparition de ce prodige cleste tait finalement rest dans les mmoires
comme la visite d'une entit surnaturelle forme semi-humaine. Quand la supernova fut
observe au ras des eaux de la vaste mer des Sumriens, la rflexion lumineuse sur la surface
de l'Ocan s'tendit comme un ruban brillant depuis l'horizon du sud jusqu'au littoral. Les
habitants de la cte ont rellement cru voir l'toile qu'ils considraient comme une divinit
s'avancer vers eux en marchant sur l'eau. En tant que dieu msopotamien, une telle apparition
aurait t retenue sous une forme humaine. Etant venue par la voie maritime, elle aurait
galement projet une image suggrant les caractres d'un poisson. Nous avons l un modle
ancien des tres hybrides de la mythologie et du rve, associ au rayonnement cleste manant
d'une source situe prs de l'horizon. " (13)
Michanowsky explique encore que l'art msopotamien reprsente souvent Oanns associ avec une toile et que
plus tard, dans les mythes ultrieurs, cette lgende sera transforme en un homme cleste surgissant de l'ocan
et venant du sud.
L'hypothse de Michanowsky est trs astucieuse, d'autant que certaines de ses conclusions sont troublantes
(notamment la prsence du pulsar dans le triangle d'toiles des Sumriens) et comporte probablement une
partie de vrit. Il est bien certain que les Anciens, quelque poque qu'ils aient vcu, ont d tre terroriss en
voyant apparatre en quelques jours seulement une toile aussi brillante que la pleine Lune, et qui brilla durant
341
plusieurs mois comme un phare dans le ciel du sud. Effet garanti ! La baisse d'clat trs progressive et sa
disparition ont d aussi inspirer de nombreuses questions aux Anciens.
Le gros (et quasi insoluble) problme en ce qui concerne l'toile des Voiles (perptue depuis par Vela X) est
celui de la datation, car l'poque -4000 ne tient pas. Tout semble indiquer au contraire une explosion vers -9000,
ce qui n'est pas du tout la mme chose. Hewish, lui-mme, qui a dcouvert les pulsars, semblait admettre vers
1975 que la corrlation entre la priode des pulsars et leur anciennet n'tait peut-tre pas obligatoire dans tous
les cas, mais cette exception concernant Vela X n'a jamais t confirme. D'un autre ct, la trs importante
dispersion de la nbuleuse Gum semble galement indiquer une explosion remontant bien 11 000 ou
12 000 ans.
Exit donc la liaison gntique entre la supernova des Voiles et la lgende d'Oanns, moins que cette lgende
ait survcu dans l'imaginaire et les traditions des Anciens la suite d'une transmission orale durant 5000 ans
(200 gnrations en gros) avant d'tre enfin traduite par crit par les premiers utilisateurs de l'criture. Peut-tre
une autre nova ou supernova plus tardive, issue de la mme rgion du ciel, pourrait expliquer la lgende et
l'explication de Michanowsky, mais nous ne le saurons probablement jamais.
Cet auteur rappelle, juste titre, l'effet produit sur Hipparque (v. 190 - v. 126) et ses contemporains par
l'apparition d'une toile nouvelle (une simple nova) en -133. L'vnement parut si fabuleux qu'il encouragea
Hipparque entreprendre son fameux catalogue de positions d'toiles (il en retint 1025), le premier du genre,
pour permettre ses successeurs de comparer si elles voluaient, oui ou non, dans le temps en position et en
clat (il les classa pour la premire fois en six "grandeurs", nos magnitudes d'aujourd'hui).
Si un petit doute subsiste concernant cette affaire, les scientifiques, par contre, cartent toute possibilit
d'volution "psychique" et encore moins "gntique" qui serait en rapport avec des radiations en provenance de
l'toile. A grande chelle, l'impactisme particulaire n'est rellement dangereux que durant les priodes o la
magntosphre ne joue pas son rle de bouclier. Que ce soit il y a 6000 ans ou 11 000 ans, aucune disparition
de cette magntosphre n'a t signale par les gophysiciens. Quant la couche d'ozone, il est probable qu'elle
a d avoir du mal neutraliser les rayons cosmiques associs la supernova, mais compte tenu de l'loignement
de l'toile, les risques de catastrophe globale l'chelle humaine taient quand mme relativement limits et les
mutations gntiques quasiment nulles.
342
Bosler, qui n'avait jamais t sur le terrain, s'avanait srieusement en prtendant que " les forgerons arabes en
extraient couramment du fer pour le travailler " car, en fait, personne sur place ne semblait connatre une telle
"montagne de fer", surtout si facile d'accs.
Thodore Monod entra en scne deux ans plus tard, l'occasion d'une longue mission au Sahara occidental
effectue en 1934-1935. Il tait alors assistant au Musum national d'Histoire naturelle, mais aussi un chercheur
polyvalent (un vrai naturaliste) passionn de voyages. A peine arriv Chinguetti, le 5 juin 1934, il fit apposer
l'affiche suivante (18) :
343
344
Il faut noter encore que la mtorite d'Aouinet (le morceau de 4,5 kg ramass par Ripert et tudi par Lacroix) ne
peut pas avoir de liaison gntique avec le cratre mtoritique d'Aouelloul situ seulement une vingtaine de
kilomtres. Celui-ci a t dat de 3,2 millions d'annes, alors que la mtorite possde un ge terrestre de
300 000 ans seulement et est donc beaucoup plus jeune. On la considre de nos jours comme une msosidrite
riche en fer plutt que comme une authentique sidrite.
La mise en lumire de cette bizarrerie mathmatique, spectaculaire sur le papier mais sans consquence pour la
Terre ou les autres plantes, puisque les effets de mare invoqus pour provoquer les cataclysmes taient
totalement nuls, a quand mme eu le mrite de discrditer dfinitivement cette catgorie de catastrophes
imaginaires bases sur les groupements et alignements plantaires qui ne relvent que du fantasme pur et
simple.
Le millnarisme souvent invoqu les sicles prcdents pour une ventuelle fin du monde ne peut plus
s'appuyer sur ces problmes cycliques. L'ordinateur en prvoyant tout l'avance (Jean Meeus a tout calcul
jusqu' l'an 4000 !) avec une prcision diabolique, a quasiment enlev le "pain de la bouche" aux charlatans de
tout poil, obligs de se rabattre sur des phnomnes imprvisibles, comme la venue impromptue (toujours
possible) d'une comte ou d'un astrode.
346
S'il publia l'annonce d'une collision possible (titre un peu malencontreux dans lequel le possible devint vite quasicertitude pour tous les mdias qui vivent de sensationnel), c'est qu'il y avait une raison. Avec les derniers
lments orbitaux calculs de la comte P/Swift-Tuttle, qui fut retrouve en 1992 seulement, peu de temps avant
la fameuse annonce, et 130 ans aprs le passage de la dcouverte en 1862, Marsden trouva que cette comte
passera trs prs de la Terre en aot 2126. Personne n'est en mesure de dire exactement quelle distance, car
cette comte subit des forces non gravitationnelles par nature imprvisibles. Le passage prvu pour le
14 aot 2126 peut avoir lieu 8 heures du matin comme 20 heures le soir.
Suite l'motion provoque dans le grand public par des articles souvent dmentiels et grossis l'extrme avec
des titres racoleurs, de nombreux astronomes furent "rquisitionns" pour calmer un peu ce dlire comtaire et
faire comprendre aux mdias et leurs lecteurs qu'approche serre et collision possible ne veulent pas dire
collision certaine et fin du monde. L'astronome belge Jean Meeus publia le texte suivant (22) en rponse
l'annonce trop rapide de la catastrophe venir dans une revue astronomique de son pays :
" Marsden n'a jamais dit qu'en 2126 la comte entrera en collision avec la Terre. Il a donn cette
date comme date de collision possible. Mais quelle est la probabilit d'une collision en 2126 ?
Pour qu'il y ait effectivement collision, il faudrait que les deux conditions suivantes soient
satisfaites simultanment :
a) il faudrait que la plus courte distance entre les deux orbites (celle de la comte et celle de la
Terre) soit infrieure 6378 kilomtres, valeur du rayon de la Terre. Si la plus courte distance est
suprieure cette valeur, aucune collision n'est videmment possible !
Quelle sera cette plus courte distance ? Il est possible que Marsden l'ait calcule, mais je n'ai
jamais vu de valeur publie. Lors du retour prcdent (1862), la plus courte distance entre les
deux orbites (et non pas entre les deux astres eux-mmes !) tait de 670 000 km, la comte
passant l'extrieur de l'orbite terrestre. Pour le retour actuel (1992), la distance minimale entre
les orbites est de 150 000 km, la comte passant cette fois l'intrieur de l'orbite de la Terre.
b) la seconde condition est que la comte et la Terre passent pratiquement simultanment au
point de plus grand rapprochement. Or, la Terre ne met que huit minutes pour parcourir, sur son
orbite, une distance gale son propre diamtre (12 756 km). La Terre ne se trouve que pendant
huit minutes dans la rgion "dangereuse" ! Non seulement cela reprsente une trs faible
probabilit pour une collision, mais en outre il est parfaitement impossible de prdire, huit
minutes prs, l'instant de passage de la fameuse comte en l'an 2126. Alors, que l'on ne vienne
pas raconter qu'en 2126 la comte sera sur une "orbite de collision" avec notre Terre... "
P/Swift-Tuttle est une comte trs remarquable, lie gntiquement, on le sait, aux Persides qui illuminent
chaque anne notre ciel nocturne du 10 au 12 aot. Elle fut dj observe en 1737 en Chine, 125 ans avant sa
dcouverte de 1862. On voit qu' l'poque la priode tait de 125 ans, cinq de moins qu'actuellement. Son
mouvement est particulirement difficile prdire long terme, du fait d'importantes et irrgulires perturbations
lies aux forces non gravitationnelles. C'est grce Marsden, d'ailleurs, qu'elle put tre retrouve en 1992,
alors qu'elle tait attendue dix ans plus tt, en 1982, priode laquelle elle ne put tre robserve, et pour
cause...
Le cas de P/Swift-Tuttle n'est qu'un exemple parmi d'autres d'annonce de cataclysme cosmique long terme
menaant la Terre. Particulirement en ce qui concerne les comtes actives, par dfinition des astres souvent
imprvisibles, de telles prdictions sont pour le moins prmatures. Et ne faisons surtout pas dire Marsden qu'il
a annonc la fin du monde. Comme un astronome extraordinairement prcis qu'il a toujours t, il a annonc une
forte approche de P/Swift-Tuttle la Terre le 14 aot 2126, ce qui n'est pas la mme chose. Cette approche
serre aura lieu, sauf dsintgration de la comte d'ici l. Pour la fin du monde, il faudra encore attendre...
Lastrode 1997 XF11 et lapproche de 2028
Cet astrode a t dcouvert le 6 dcembre 1997 (23) avec le tlescope automatique Spacewatch par
lastronome amricain James Scotti. Cest un NEA de sous-type 1 (a = 1,442 UA, e = 0,484 et i = 4,1) comme
on en connat plusieurs centaines. Le premier intrt quil suscita fut son diamtre : 1,3 km (H = 17,0) et son
approche possible la Terre (Dm = 0,0010 UA). Un objet trs intressant donc, mais premire vue pas
vraiment exceptionnel.
Comme toujours aprs une telle dcouverte, les astronomes font tourner les ordinateurs pour voir si lon doit
sattendre une forte approche relle dans les dcennies venir. Et cest de l que vint la surprise. 1997 XF11
347
doit nous rendre une visite trs serre le 26 octobre 2028. Brian Marsden, lexpert dont j'ai parl plus haut,
annona une approche possible 42 000 km seulement de la Terre, insistant bien sur la ncessit de nouvelles
observations pour affiner ce rsultat brut.
Aussitt les mdias du monde entier (presse, tlvision, radio) se rurent sur cette annonce allchante, rivalisant
de superlatifs, dautant plus que le cataclysme annonc doit avoir lieu en 2028, ce qui laisse tout le temps pour
sy prparer. En France, le quotidien Libration, qui aime bien commenter les vnements scientifiques, fit sa
premire du vendredi 13 mars 1998 (cette date tait le simple hasard, puisque lie lannonce de la nouvelle !)
avec ce titre : " 26 octobre 2028, Alerte lastrode. Ce jour-l, un norme caillou frlera la terre, sauf si " et
consacrait totalement ses pages 2 et 3 lvnement (24). Le gros titre de la page 2 sur les cinq colonnes tait
" Un astrode menaant se dirige vers la plante terre ". Des interviews, heureusement rassurants des
spcialistes Alain Maury et Antonella Barucci(1957), permirent aux lecteurs de tout savoir sur ce qui nous attend.
348
Au-del du sensationnel, qui passionne ou terrorise le lecteur selon le cas, il y a la ralit incontournable que
reprsente le danger potentiel des approches dastrodes. Dans la double page de Libration, Alain Maury
concluait dune faon pragmatique :
" On sexcite sur XF11, mais peut-tre que dautres astrodes sont passs bien plus prs la
semaine dernire Des astrodes, on en dcouvre toutes les nuits. Loin, dans la ceinture
dastrodes situe entre Mars et Jupiter, environ 300 400 par nuit. Et une dizaine par mois
pour ceux qui vont passer dans la banlieue de la Terre. Jestime qu moins de 400 000 km de
nous, il y a en permanence une cinquantaine dobjets de plus de 50 mtres de diamtre
Aujourdhui, on sait que les catastrophes cosmiques ne sont pas rserves au pass. "
Des calculs ultrieurs ont montr que si la trs forte approche du 26 octobre 2028 est confirme, elle sera moins
serre quannonce daprs les premiers lments orbitaux calculs dune manire prcise. Elle ne devrait pas
tre infrieure 800 000 km et ne prsentera donc aucun danger pour la Terre. Elle nen demeure pas moins un
vnement astronomique intressantt que les astronomes ont tout le temps de prparer loisir.
Les astronomes sont des gens raisonnables qui nont pas vocation deffrayer le commun des mortels, beaucoup
plus enclin paniquer la moindre annonce sensationnelle. Sils annoncent un vnement possible, cest quil
rsulte de calculs rels, mais qui peuvent tre issus dlments orbitaux prliminaires, et qui doivent donc tre
longtemps affins grce des observations ultrieures avant de pouvoir tre considrs comme dfinitifs et
certains.
Malheureusement, ds quune information est lche dans la presse, elle ne leur appartient plus totalement. Des
requins, sous forme de "gourous" auto-proclams, sen emparent et lexploitent au dtriment de gogos (complices
de leur propre exploitation) qui aiment se faire peur et attendent un monde meilleur. Pour eux, pas de problme :
le prliminaire se transforme immdiatement en certitude. Nous verrons un autre triste exemple de la btise
humaine, li celui-l la comte Hale-Bopp, dans la dernire section de ce chapitre.
capture des comtes et des astrodes et leur satellisation autour de la Terre ne peuvent tre que des
vnements trs rares. Enfin, il n'est pas du tout prouv qu'un tel objet satellis se fragmente pour former le
fameux anneau, il pourrait tout aussi bien entrer directement dans l'atmosphre et se fragmenter seulement
pendant la traverse de celle-ci, ce qui exclurait toute formation d'anneau extra-atmosphrique.
En fait, les spcialistes prfrent l'explication traditionnelle celle de Rasmussen pour expliquer la fois les
impacts passs et l'existence permanente des mtores. De nombreux corps clestes passent proximit
immdiate de la Terre, tout le monde en est bien d'accord, et parfois la heurtent. Les mtores sont les dbris de
comtes uses qui suivent l'orbite de la comte mre et rencontrent plus ou moins rgulirement (selon les
perturbations qui peuvent les rapprocher ou les loigner) notre plante au point de croisement des orbites.
Rasmussen a bien raison de parler d'une poussire cosmique abondante dans le sillage de la Terre autour du
Soleil, mais elle appartient au Systme solaire lui-mme. On ne peut donc pas parler d'anneau au sens propre,
c'est--dire comparable ceux des plantes gantes, qui serait satellis autour de notre plante.
On sait, par contre, qu'exceptionnellement un tel anneau pourrait se former, mais certainement pas tous les
160 ans, comme dans la version optimiste de Rasmussen. Sa formation se ferait trs rapidement, peut-tre en
quelques jours seulement. Les fameux anneaux de Saturne, de loin les plus massifs et les plus vastes
(300 000 km de diamtre), qui rsultent, eux, de la dsintgration d'un satellite intrieur, se seraient forms
d'aprs les spcialistes en moins d'un an, c'est--dire quasi instantanment l'chelle astronomique. Ils ne
semblent pas pouvoir tre dtruits dans les quelques millions d'annes venir, mais leur structure varie
continuellement au gr des perturbations dues la plante, mais galement aux perturbations mutuelles des
fragments principaux qui sont de taille kilomtrique.
350
transitoire dans l'histoire de la palontologie. Reste savoir s'il se dtruira lui-mme (ce qui parat assez
probable), ou si c'est le cosmos qui aura raison de lui. C'est aussi cela l'histoire cosmique des hommes.
Le tableau 17-1 dtaille toute la superfamille des hominodes, c'est--dire les singes sans queue, dont nous
faisons partie, n'en dplaise aux crationnistes. C'est vrai qu'il est tentant de rechercher si le cataclysme a pu
interfrer dans notre grande famille, en promouvant certaines espces (en les rendant plus rsistantes aux alas
extraterrestres), en en supprimant d'autres (en les fragilisant l'extrme), et surtout s'il a pu permettre le passage
une autre par mutation chromosomique.
Tableau 17-1. La superfamille des hominodes
Superfamille
(-odes)
Famille
(-ids)
Sous-famille
(-ins)
Genre
Espces
actuelles
HOMINODES
(3 familles - 4 sous-familles - 8 genres - 15 espces)
Hylobatids
Pongids
Hominids
asiatiques
asiatiques
africains
Panins
Hominins
Hylobatins
Pongins
3 espces
1 seule espce
GigantoAustraloSiamang
Hylobates
Pongo
Gorilla
Pan
Homo
pithecus
pithecus
Siamang
Gibbon
Orang-outang
(10 espces)
Yti
Gorille
Chimpanz,
Lucy
Bonobo
Homme
moderne
Les hominodes sont les singes sans queue - Il en existe 15 espces - L'homme en fait partie
Les cercopithcodes sont les singes queue - Il en existe 80 espces
Les chimpanzs sont plus proches de l'homme que du gorille et sont nos trs proches cousins
Les hominids sont notre famille (29), famille qui remonte 8 MA environ et qui ne comporte que deux sousfamilles : les panins et les hominins. La premire regroupe trois espces actuelles : les gorilles, les chimpanzs
et les bonobos, tandis que la seconde ne compte qu'une seule espce actuelle : l'homme.
" La question est simple : quelles sont les relations de parent entre les quatre espces actuelles
d'hominodes africains que sont l'homme (Homo sapiens), le chimpanz commun (Pan
troglodytes), le chimpanz pygme ou bonobo (Pan paniscus) et le gorille (Gorilla gorilla) ? " (30)
On sait aujourd'hui qu'il existe une identit gntique de prs de 99 % entre l'homme et les deux espces de
chimpanzs (pourcentage qui fera frmir certains), suprieure celle existant entre les chimpanzs et les gorilles,
eux-mmes faisant pourtant partie de la mme sous-famille des Panins. Les donnes gntiques et
molculaires sont formelles sur ce point. Cela tendrait prouver que les chimpanzs sont nos seuls cousins
vraiment directs.
351
Les savants du XXIe sicle devront chercher si les diffrentes inversions gomagntiques des huit derniers
millions d'annes ont conduit multiplier les espces (ce qui pourrait tre le cas pour les gibbons pour lesquels
on diffrencie dix espces non interfcondes) et en crer de nouvelles. Ainsi les chimpanzs pourraient tre
issus d'une mutation rgressive partir du dernier anctre commun. Homo serait parti dans la "bonne direction"
et Pan dans la "mauvaise". En trs peu de milliers d'annes, le gouffre se serait creus d'une manire irrversible.
Cette ventualit n'a rien d'invraisemblable pour un catastrophiste moderne. Comme je l'ai expliqu au chapitre
15, puisque le catastrophisme d'origine cosmique est l'un des moteurs de l'volution. La "gestion des espces"
(le "bruit de fond" de l'extinction) pourrait tre lie l'impactisme particulaire, alors que les extinctions seraient
plutt associes l'impactisme macroscopique. Si l'on veut bien admettre cette possibilit, et la malchance
aidant (cette malchance avec laquelle tous les scientifiques devront compter maintenant), les chimpanzs
pourraient donc tre des prhominiens muts dans une direction rgressive.
On ne peut pas dire pour autant que le singe descend de l'homme, et c'est la raison de la prsence de cette
section dans le chapitre " Fausses pistes ". Les hominodes et les cercopithcodes, les deux superfamilles de
singes, existaient bien avant Homo. Il serait plus juste de dire que Homo est un singe "qui a russi" parce que,
lui, a eu de la chance. Il a russi provisoirement, car ses divers cousins (moins d'une centaine d'espces au
total, ce qui est peu) ont une trs grande chance de lui survivre. Les spcialistes pensent mme qu' long terme
les cercopithcodes, les singes primitifs, avec leur queue animale, pourraient bien supplanter dfinitivement
les hominodes, qui seraient dj quasiment entrs dans une priode de rgression, prlude leur disparition
totale (31).
Triste perspective, mais logique en fait. Comme nous le verrons au chapitre 20, pour survivre l'espce humaine
devra peut-tre s'expatrier. C'est ce qu'on appelle " l'impratif extraterrestre ".
352
Nous avons vu plus haut que deux vnements annoncs, les trs fortes approches la Terre venir de
lastrode 1997 XF11 en 2028 et de la comte P/Swift-Tuttle en 2126, taient l pour prendre la relve. Ils sont un
peu dpasss aujourd'hui par Apophis, l'astrode qui va frler la Terre en 2029. Et il y en aura bien dautres
dans les dcennies venir. Les sectes apocalyptiques ont encore de beaux jours devant elles.
Notes
1. I. Velikovsky, Mondes en collision (Stock, 1951). Titre original : Worlds in collision (1950). Classique du
catastrophisme non scientifique, ce livre a fait plus de mal que de bien pour la cause du catastrophisme. Les
astronomes n'ont eu aucun mal montrer que l'hypothse de Velikovsky ne tenait pas debout. Le ct historique
du livre, par contre, est trs intressant et contient une foule de dtails utiles et un systme de notes et de
rfrences dvelopp. On peut dire de Velikovsky qu'il tait un rudit et un philosophe, mais pas un scientifique et
encore moins un astronome.
2. Editors of Pense, Velikovsky reconsidered (Abacus, 1978). Ce livre plusieurs fois rdit voulait faire passer
Velikovsky pour un martyr de la science. " Velikovsky - The most unjustly maligned scientist since Galileo ? " titre
la page 4 de couverture. Mais les lments apports dans ce livre ne sont pas (ne peuvent pas tre) concluants.
3. A. de Grazia, The Velikovsky affair (Abacus, 1978). Autre livre la gloire de Velikovsky, mais comme le livre
prcdent, il n'apporte aucun lment concluant sur le plan scientifique, puisque l'hypothse de Velikovsky est
fausse. Vnus n'a jamais t une comte.
4. Y. Riabov, Les mouvements des corps clestes (Mir, 1967).
5. F. Derrey, La terre, cette inconnue (Plante, 1964).
6. E. von Dniken, Mes preuves. Cinq continents tmoignent (Albin Michel, 1978). Titre original : Beweise.
Lokaltermin in fnf kontinenten (1977). Un classique de l'sotrisme qui n'a jamais convaincu les scientifiques.
Dniken prend souvent ses dsirs pour des ralits.
7. M. Griaule et G. Dieterlen, Un systme soudanais de Sirius, Journal de la Socit des Africanistes, t. XXI, fasc.
1, 1951.
8. R. Temple, The Sirius mystery (Destiny, 1987).
9. Ph. de La Cotardire, Dictionnaire de l'astronomie (Larousse, 1996). Citation article Sirius, p. 357.
10. G. Michanowsky, Le retour de l'toile de Sumer (Albin Michel, 1980). Titre original : The once and future star
(1977). J'insiste un peu sur ce livre car il aurait pu avoir un impact incroyable si les conclusions de l'auteur
s'taient avres les bonnes.
11. G. Michanowsky, op. cit., pp. 30-31.
12. G. Michanowsky, op. cit., pp. 66-67.
13. G. Michanowsky, op. cit., p. 74.
14. Th. Monod et B. Zanda, Le fer de Dieu. Histoire de la mtorite de Chinguetti (Actes Sud, coll. Terres
d'aventure, 1992). Ce petit livre passionnant raconte dans le dtail et avec de nombreux documents indits
l'histoire de la pseudo-mtorite de l'Adrar. A lire absolument par toutes les personnes intresses par le sujet. Il
apporte un point final la question, mme si certains veulent encore croire une masse mtallique enfouie dans
les sables de la rgion.
15. Dans La Terre bombarde de 1982, j'crivais (p. 82) : " Il est possible qu'on en connaisse une nettement plus
importante, mais malheureusement, si elle existe vraiment, elle est actuellement enfouie sous les sables du
dsert saharien ". Des doutes trs srieux existaient depuis longtemps sur l'existence relle de cette mtorite
gante, dont le diamtre suppos paraissait trop important pour qu'elle ait pu disparatre sous les sables dans un
dlai aussi court, et surtout jamais observe de visu par un vritable spcialiste des mtorites.
16. A. Lacroix, Sur un nouveau type de fer mtorique trouv dans le dsert de l'Adrar en Mauritanie, Comptes
rendus de l'Acadmie des Sciences, 179, 5, 1924. Il s'agit du premier document scientifique sur le "fer de Dieu",
crit huit ans aprs la dcouverte de la mtorite.
17. Document publi dans Le fer de Dieu, pp. 54-55.
18. Document publi dans Le fer de Dieu, pp. 11-12.
19. Le fer de Dieu, pp. 93-94. Th. Monod a publi une note l'Acadmie des sciences en 1989, dans laquelle il
conclut une erreur d'interprtation de Ripert et la non-existence de la mtorite gante de l'Adrar.
20. J. Meeus, Mathematical astronomy morsels (Willmann-Bell, 1997). Un recueil de "morceaux choisis" parmi
plusieurs centaines d'articles crits par l'astronome belge Jean Meeus.
21. J. Meeus, Un alignement de plantes ?, L'Astronomie, 95, pp.15-19, 1981.
353
354
CHAPITRE 18 :
CATACLYSMES TERRESTRES
DANS L'ANTIQUIT
Des cataclysmes nombreux et varis
La Terre est une plante parmi d'autres. Elle a la particularit d'tre vivante, ce qui veut dire que rien n'est fig, ni
sa surface, ni dans son intrieur (jusqu'au noyau), ni videmment dans l'atmosphre et la biosphre. Le
changement est continuel, le cataclysme aussi.
Nous savons que l'interaction avec le milieu extrieur est galement permanente, notamment avec l'impactisme
particulaire qui peut varier d'un jour l'autre selon les caprices du Soleil, matre local incontest, qui dicte sa loi
sans partage. Ces innombrables interactions, qui souvent ne sont pas dtectables par les tres humains, dont les
capacits d'enregistrement sont trs restreintes, dbouchent quand mme l'chelle humaine sur des grandes
catastrophes. Pas une seule gnration depuis l'apparition d'Homo sapiens n'a pu viter un cataclysme
destructeur, que ce soit un sisme, une ruption volcanique, une inondation catastrophique, une dsertification
locale, la monte des eaux ocaniques, ou autre. Cependant, toutes ces catastrophes ordinaires furent vite
oublies. Seuls les trs grands cataclysmes avaient une chance de perdurer dans la conscience collective et de
rsister, tant bien que mal (et plutt mal que bien !) l'usure du temps.
Ces trs grands cataclysmes terrestres depuis 20 000 ans, quels sont-ils ? En fait, depuis l'Antiquit jusqu' la fin
de la premire partie du XXe sicle, on n'avait jamais pu identifier et dater avec prcision le moindre de ces
cataclysmes de grande envergure, faute de preuves convaincantes et de textes suffisamment explicites. On les
connaissait depuis toujours juste par leur nom et par bribes : Apocalypse, Chaos, Dluge, Atlantide, M,
Ragnark, toutes les religions, toutes les traditions des peuples anciens retenant au moins l'un de ces
cataclysmes, ou un autre quivalent, souvent inflig aux hommes comme punition par le dieu principal, bien peu
misricordieux en l'occurrence. Souvent ils terminaient un ge du monde dans l'imaginaire des Anciens.
La seconde moiti du XXe sicle a permis des progrs dcisifs et certains cataclysmes ont pu tre dats avec
prcision, notamment l'explosion du Santorin, axe central du catastrophisme de l'Antiquit. Ce progrs
fondamental a permis de clarifier une partie des mystres du pass et d'tablir une chronologie relative entre
eux, impossible auparavant puisque des catastrophes trs diverses se retrouvaient regroupes en une seule par
la compression du temps (dans l'Apocalypse de Saint Jean, par exemple). C'est d'ailleurs la raison d'tre de ce
chapitre destin sparer les cataclysmes terrestres des cataclysmes d'origine cosmique.
Les techniques de datation, d'abord bases sur les proprits du carbone 14, se sont multiplies et se sont
avres d'une prcision inespre. Ces datations anciennes optimises ont leur tour pos des problmes
nouveaux et imprvus aux historiens en bouleversant l'ancienne chronologie des diffrentes civilisations de
l'Antiquit et de la Protohistoire (1/2), comme celle des mgalithes notamment, plus vieille de 2000 ou 3000 ans
que prvu jusqu'alors.
Aujourd'hui, tous les scientifiques sont d'accord pour admettre la ralit de certains (mais pas tous) grands
cataclysmes retenus par la tradition. Un seul parat rellement d'envergure mondiale : c'est la fin de la glaciation
et la dglaciation associe qui a eu des consquences inimaginables. Mais ce cataclysme a surtout t
remarquable par sa dure et il ne peut tre compar un cataclysme de quelques jours comme une ruption, de
quelques minutes comme un sisme ou de quelques secondes comme un impact.
Cela nous interpelle et nous montre bien qu'un cataclysme n'a pas forcment des consquences immdiates et
qu'il peut jouer sur la dure, comme une dglaciation ou plus encore une inversion gomagntique, peu gnante
pour la Terre elle-mme mais catastrophique pour la biosphre en gnral, et pour l'homme en particulier. Bonne
leon mditer pour l'homme qui a introduit lui-mme, et un peu inconsidrment, depuis le dbut de l're
industrielle deux nouvelles sources possibles de cataclysmes, proccupants moyen terme : le cataclysme
technologique (Tchernobyl, satellites nuclaires, chimiques et bactriologiques) et le cataclysme cologique
(effet de serre, ozone).
355
Dans les sections suivantes, je vais tudier quelques-uns de ces grands cataclysmes terrestres du pass, qui
sont loin d'avoir tous la mme importance. J'insisterai surtout sur la dglaciation, sur la transformation complte
de la gographie mondiale et sur le cataclysme cl que reprsente l'ruption cataclysmique du Santorin vers
-1600. Bien sr, de nombreux autres cataclysmes trs importants restent pour le moment ignors, surtout ceux
qui ont eu lieu dans des rgions loignes du centre culturel principal que fut le Bassin mditerranen.
356
Les masses glaciaires sont alors normes, atteignant un volume total de prs de 75 000 000 km contre
26 000 000 km de nos jours, soit quasiment trois fois moins. Cela signifie que les deux tiers des glaciers ont
disparu depuis, et que paralllement la remonte globale du niveau marin ait t de 110 mtres.
Rchauffement et monte des eaux
C'est entre -17000 et -15000 qu'eut lieu un premier rchauffement (dit rchauffement solutren) et une premire
fonte des glaces les plus exposes. Paralllement, quasi automatiquement, dmarra une remonte du niveau de
la mer, lente mais inexorable, qui grignota le talus continental jusque-l prserv des effets mcaniques de
l'rosion marine. Ce fut aussi le dbut de l'exode pour les tribus qui vivaient paisiblement au bord de la mer, o ils
trouvaient facilement leur nourriture grce la pche de poissons et de petits crustacs.
C'est en -13500, alors que le niveau marin tait -80 mtres (il avait dj progress de 30 mtres par rapport au
niveau plancher), que se produisit une premire dbcle, dite dbcle atlantique ou Dluge de Lascaux. La
dglaciation s'acclra soudainement avec l'clatement dfinitif de la calotte glaciaire qui recouvrait tout le nord
de l'Europe et qui bloquait surtout toute circulation maritime dans la mer du Nord que nous connaissons. Les
glaciologues pensent que le plus gros de la dbcle eut lieu en moins d'un sicle, suite une srie de
cataclysmes en chane (l'un alimentant le suivant). Le niveau de la mer augmenta alors de prs de 20 mtres en
quelques annes seulement, ce qui est fantastique. Ce trs remarquable exemple peut tre mdit et transpos
l'poque future, si le glacier antarctique subit un sort analogue. Prs de 20 mtres en quelques annes, on voit
d'ici le rsultat : toutes les villes ctires disparaissent sous les flots !
Une gographie sans cesse remanie
Aprs ce paroxysme tonnant par sa rapidit et son intensit jamais revue, la monte des eaux se ralentit. Le
seuil -68 mtres (appel seuil des Dardanelles et qui sparait le lac de Marmara et la mer ge) fut atteint en
-11700. C'est alors que cette mer trouva provisoirement un exutoire naturel vers le nord-est, mais elle se trouva
ensuite bloque au seuil du Bosphore infranchissable avec son altitude de -38 mtres. L'ancien lac de Marmara
doubla alors de surface, devenant une mer sale entoure de rives dvastes.
Il se produisit alors une trs longue priode de stabilisation autour du niveau -55 mtres qui dura prs de 3000
ans (entre -11000 et -8000). Ce seuil est trs identifiable sur tous les talus continentaux et il est mme considr
comme un repre cl par les ocanographes. Cette priode d'accalmie, venant aprs plusieurs millnaires de
tracas et d'inscurit permanente, fut mise profit par les populations pour se fixer et se sdentariser puisque la
superficie de leurs terres n'tait plus constamment remise en cause par des modifications gographiques.
Il ne faut pas perdre de vue que la gographie avait t trs srieusement chamboule, avec en particulier, en
Mditerrane, l'ouverture de nouveaux passages maritimes importants (cruciaux mmes pour les dplacements),
notamment le dtroit de Messine (entre l'Italie et la Sicile avec la formation des fameux Charybde, le tourbillon, et
Scylla, le rocher) et les Bouches de Bonifacio (entre la Corse et la Sardaigne jusque-l soudes).
Avec la fin de la stabilisation -55 mtres se termina le Tardiglaciaire, c'est--dire la deuxime grande phase de
la dglaciation, qui a vu paralllement l'closion de la civilisation magdalnienne et l'essor du Msolithique. Ce fut
l'entre dans le Postglaciaire ou Holocne.
A partir de -8000, la mer recommena monter lentement sur la Terre entire, et donc partout les
transgressions marines entranrent des consquences catastrophiques, notamment au niveau des dunes
ctires qui furent souvent dsintgres. Cela tint en partie une substantielle augmentation de la temprature
(+ 4 en une dizaine de sicles) qui contribua faire fondre, en plusieurs tapes, le grand glacier rescap du
maximum glaciaire qui occupait encore la Scandinavie et la Baltique. Cette fonte allait entraner plus tard, en
-6700, une vritable dbcle qui elle-mme allait tre la cause du seul dluge de trs grande envergure dont on a
gard la trace.
Comme l'expliquent Andr et Denise Capart :
" Nous ne pouvons pas ignorer l'histoire de la mer Baltique, car c'est sous ces lointains horizons
que s'labore le dsquilibre des masses glaciaires qui provoquera le seul dluge de la
prhistoire dont les hommes ont gard et transmis le rcit circonstanci. Nous pensons, bien
entendu, au dluge de No. " (7)
Ds -7300, les ocans atteignirent le fameuse cote de -38 mtres, celle du seuil du Bosphore. Cela signifie qu'
partir de cette poque, 600 ans avant le Dluge, la mer Ege, qui avait dj envahi le lac de Marmara partir de
357
-11700, commena d'envahir progressivement le lac d'eau douce de la mer Noire, la salinisant petit petit.
Partout ce fut la dbcle, notamment dans la Manche dans laquelle l'Atlantique se fraya un passage de plus en
plus large et spara dfinitivement la France et l'Angleterre, jusque-l riverains d'un grand fleuve Seine qui se
jetait alors dans l'Atlantique.
La bipartition de -6700
C'est la priode de la plus grande catastrophe terrestre recense depuis 10 000 ans, loin devant les catastrophes
cosmiques dont je parlerai au chapitre suivant. C'est celle que les glaciologues appellent la "bipartition" associe
la grande dbcle du glacier scandinave. Pour la premire fois depuis longtemps, les eaux froides de la mer du
Nord rejoignent les eaux sales de l'Atlantique au large des Pays-Bas, pays entre tous menac par l'ocan, suite
un gigantesque raz-de-mare parti des ctes de Norvge. Celui-ci est associ la dbcle de la partie
occidentale du glacier scandinave, qui reprsentait le quart de la masse totale et dont on a estim le volume
200 000 km3. C'est un nouveau passage ouvert d'une faon irrversible qui change tout l'environnement
gographique, mais aussi culturel de la rgion.
Signalons en passant un fait gophysique et historique trs mal connu jusqu' maintenant : l'ouverture du
passage Manche/mer du Nord est contemporaine du Dluge de No, qui a eu lieu l'autre extrmit de l'Europe.
Les deux sont dats de -6700.
Plus l'est, c'est la grandiose catastrophe dont je vais parler en dtail dans la section suivante : l'eau du glacier
scandinave aprs avoir travers une bonne partie de l'Europe, en suivant le cours des grands fleuves (le Dniepr
principalement et dans une moindre mesure la Volga et le Don), et envahi la mer Noire ouverte au sud depuis
peu, va se dverser pendant une anne au moins dans la mer Ege qui s'en trouvera bouleverse.
Il faut savoir d'abord que le Bosphore a servi plusieurs fois de moyen de communication aquatique, d'exutoire,
entre la mer Noire et celle de Marmara au cours du Quaternaire, au gr des glaciations et des dglaciations. On
peut dire que le chemin tait dj tout trac ! L'pisode de -6700 avait donc dj eu plusieurs prcdents, mais
alors les hommes n'taient pas encore l pour en attester.
partition en deux "petits" glaciers autonomes, encore accrochs pour une ultime survie leur substrat rocheux.
C'est ce que les glaciologues ont appel la "bipartition" du glacier fenno-scandien. Puis arriva inexorablement le
moment du point de rupture.
Dans leur livre L'homme et les dluges, qui retrace magnifiquement l'histoire de ce glacier gant, Andr et
Denise Capart parlent de cet instant critique qui se passa dans le nord de l'Europe :
" Y eut-il des oreilles humaines pour percevoir le bruit de tonnerre de ce que les glaciologues ont
appel la "bipartition" ? Pour eux, tout s'est probablement pass dans les solitudes glaces d'un
monde chaotique o s'affrontaient les forces aveugles d'une nature inhumaine. De toute faon,
personne n'a d survivre au cataclysme pour le dcrire, ce qui n'empche pas les savants de
dater un ou deux sicles prs l'ultime destruction de ce qui fut la calotte glaciaire fennoscandienne : aux alentours de l'an 6700. " (11)
La dbcle de -6700
Les glaciologues qui ont tudi trs en dtail ce phnomne exceptionnel pensent que prs d'un quart
(200 000 km3) resta accroch sur les monts scandinaves, et qu'un autre quart dboula vers l'ouest et atteignit les
ctes de la mer du Nord, ouvrant le passage avec la Manche. La moiti environ de ce glacier moribond
(400 000 km3) s'effondra vers l'est dans le lac Baltique (alors ferm l'ouest), charriant, outre la glace et l'eau
qui le composait, une quantit de roches dcroches du substrat sous-jacent, provoquant dans un premier temps
un raz-de-mare comme la Terre n'en a pas connu depuis, haut de plusieurs centaines de mtres.
Dans un deuxime temps, l'onde de choc submergea les pays Baltes, inversant sans problme le cours des
rivires qui coulaient ordinairement vers le nord. Le mur d'eau tait dsormais inarrtable et son parcours a pu
tre dtermin avec prcision. Ce furent d'abord les barrires de Minsk (en Belarus actuel) qui furent dtruites et
franchies, puis les marais du Pripet ( la frontire Belarus et Ukraine) et de la Brsina (plus au nord en Belarus),
deux affluents du Dniepr, le grand fleuve qui arrose l'Europe de l'Est du nord au sud. Ces marais, vestiges du
cataclysme, n'ont jamais pu tre totalement asschs depuis.
Le mur d'eau qui reprsentait encore un cinquime de la masse initiale (soit 80 000 km3) s'engouffra ensuite dans
la valle mme du Dniepr sur un front de prs de 10 km, identifi avec le lit majeur du fleuve encore facilement
reprable aujourd'hui, dbouchant sur la mer Noire aprs avoir limin tous les obstacles sur son passage
travers les plaines de l'Ukraine.
La mer Noire et l'histoire de No
Le niveau de la mer Noire, qui tait infrieur de 60 mtres au niveau actuel, monta alors une vitesse
vertigineuse au contact avec le mur d'eau qui alla se heurter aux monts de Cappadoce (aujourd'hui en Turquie) et
d'Armnie, se frayant quelques passages entre les montagnes, repoussant l'eau des cours d'eau vers leur source.
C'est ce moment prcis que Andr et Denise Capart placent l'histoire de No et de son arche, histoire qui
pourrait tre, d'aprs eux, plus ou moins vridique. Pousse par le mur d'eau, partir de la mer Noire,
l'embarcation du patriarche aurait bel et bien pu se retrouver en haut d'une montagne de Turquie et d'Armnie.
L'histoire du mont Ararat, qui a travers les millnaires sans jamais trop convaincre ( part les fondamentalistes,
pour qui la Bible doit se lire au premier degr) ne leur parat pas invraisemblable. Bien sr la lgende a embelli
l'histoire, mais No (ou un autre) pourrait tre un rescap du cataclysme de la mer Noire, lui mme conscutif de
la dbcle du glacier scandinave.
C'est la premire fois que la lgende biblique trouve sa place dans une version scientifique d'un dluge. L'histoire
pourrait donc remonter en fait -6700, c'est--dire une priode beaucoup plus ancienne que les -4000 du
dluge de Sumer et a fortiori que les -2348 de la Gense. Ce nest pas trs surprenant en fait. Tout montre que le
mythe crase le temps et certains vnements de lhistoire ancienne devront peut-tre tre nettement reculs
dans le temps. Croire que toutes les dates actuellement retenues sont dfinitives relve de lutopie.
La tradition orale a probablement permis le transfert de l'histoire d'un rescap du Dluge d'une civilisation une
autre dans tout le Bassin mditerranen et dans tout le Proche et le Moyen Orient. C'est donc au fil des sicles
que certaines variantes, adaptes au milieu local et la mythologie rgionale, auraient pu voir le jour et
supplanter l'histoire originale.
359
Terminus : mer ge
Mais l'histoire du raz-de-mare d'origine glaciaire ne s'arrte pas la mer Noire et No (dont l'pope ne fut
qu'un piphnomne tout fait marginal), et nous allons voir la fin du priple pour ces kilomtres cubes d'eau
douce qui ont fait le voyage Scandinavie - mer ge en quelques jours ou quelques semaines.
Par contre, la totalit du flot en provenance du nord mit probablement plus d'une anne s'couler totalement,
laissant sur leur passage des rgions totalement dvastes, des populations ananties et plus long terme une
gographie transforme. Ainsi on pense que la superficie de la mer Noire (qui est aujourd'hui de 420 000 km) a
pu augmenter d'un tiers et son niveau de 60 mtres en quelques mois seulement.
Trs rapidement le seuil d'Istamboul fut atteint et la mer de Marmara fut inonde son tour. Il faut savoir que le
Dniepr l'poque de la dbcle glaciaire dversait prs de 80 km d'eau par jour, ce qui est tout fait
considrable, alors que le dtroit du Bosphore n'en laissait passer que 30 km. Donc, bien que le Bosphore ait
servi de dversoir naturel, la mer Noire continua de monter, inondant sans cesse des ctes autrefois sec.
Quand elle atteignit la cote +80 mtres, par rapport son ancien niveau, l'eau put s'couler par un deuxime
exutoire vers le sud : la valle de Sakariah situe 100 km l'est du Bosphore, avant de rejoindre le golfe d'Izmit,
extension est de la mer de Marmara. Ainsi celle-ci subit son tour un sort analogue la mer Noire, voyant sans
cesse son niveau monter.
Laissons la conclusion Andr et Denise Capart :
" Il faudra des mois, voire des annes, pour que l'eau douce ainsi stocke se dverse dans la
Mditerrane et tablisse le fragile quilibre de leurs niveaux respectifs. Mer Noire et mer Ege
sont enfin relies par deux dtroits qui dressent une barrire symbolique mais dfinitive entre
l'Asie Mineure et le monde balkanique. " (12)
Une gographie nouvelle issue du Dluge
La gographie de la mer ge a t transforme trs rapidement, phnomne si tonnant pour les Anciens que
plusieurs textes de l'Antiquit le relate, rapports notamment par Hrodote (484-420) et Diodore de Sicile (9020) qui vcut l'poque des derniers soubresauts de ces changements du niveau de la mer.
Relisons ce texte important de Diodore, concernant les habitants de Samothrace, une le grecque du nord de la
mer Ege dont la surface aujourd'hui est de 180 km, mais qui tait beaucoup plus grande il y a quelques milliers
d'annes.
" Les Samothraces racontent qu'avant les dluges qui ont frapp les autres nations, il y en avait
eu, chez eux, un trs grand par la rupture de la terre qui environne les Cyanes et, par suite, de
celle qui forme l'Hellespont. Le Pont-Euxin, c'est--dire la mer Noire, n'tait alors qu'un lac
tellement grossi par les eaux des fleuves qui s'y jettent qu'il dborda, versa ses eaux dans
l'Hellespont et inonda une grande partie de l'Asie. Une vaste plaine de la Samothrace fut
convertie en mer. C'est pourquoi, longtemps aprs, quelques pcheurs ramenrent dans leurs
filets des chapiteaux de colonnes de pierre, comme s'il y avait eu l des villes submerges. Le
reste des habitants se rfugia sur les lieux les plus levs de l'le. Mais la mer continuant
s'accrotre, les insulaires invoqurent les dieux et sauvs du pril, ils marqurent tout autour de
l'le les limites de l'inondation et y dressrent des autels o ils offrent encore de nos jours des
sacrifices. Il est donc vident que Samothrace a t habite avant le Dluge. " (13)
On voit travers ce texte, rcit des consquences locales d'un cataclysme vieux de plusieurs milliers d'annes,
combien les effets du Dluge avaient alarm les habitants de l'poque. Ils durent supplier les dieux pour tre
sauvs de la destruction totale. Quand tout allait mal pour eux, les Anciens invoquaient les dieux, seuls
susceptibles d'intervenir efficacement.
Diodore ne contestait pas l'authenticit du Dluge (le vrai et pas ses ersatz qui furent multiples durant les
millnaires suivants), ni son anciennet, car il tait persuad que ce grand cataclysme avait marqu la fin d'un
des ges du monde dans un pass dj consquent. Il ne faut pas oublier que plusieurs philosophes penchaient
pour un Univers vieux de plus de 10 000 ans, priode durant laquelle le Dluge trouve sa place sans problme.
Pour en revenir au texte cit plus haut, il faut aussi noter son commentaire trs intressant sur les les Cyanes.
Leur isolement remontait au cataclysme de -6700, car auparavant, au niveau -38 mtres dans la mer de Marmara,
elles faisaient partie intgrante de l'Asie Mineure.
360
Hrodote, quatre sicles plus tt, parlait des les Cyanes comme des "les flottantes" ou "les noyes" car
comme elles taient trs basses sur l'eau, elles furent tour tour apparentes ou submerges au fil des sicles
selon la fluctuation quasi continuelle du niveau de la mer de Marmara.
On sait que la mer ge fut particulirement tributaire du niveau des eaux marines, leur monte isolant certaines
les et rduisant la superficie d'autres, surtout sur la cte asiatique. Chaque cartographie de la rgion tait oblige
de prendre en compte les nouvelles transformations.
361
rgions entires. Le dluge de Sumer et son ersatz babylonien seraient de cette nature, lis une inondation
catastrophique de l'Euphrate vers -4000 d'aprs l'tude des alluvions remontant cette poque.
l'eau de la mer. Je parle ici des inondations dues la rupture de barrages naturels comme celles qui ont
dvast plusieurs reprises des pays ctiers, comme les Pays-Bas, qui sont fleur d'eau. Des temptes,
associes des grandes mares et une mer dchane, ont entran maintes fois la rupture de cordons
littoraux, parfois impressionnants mais extraordinairement fragiles s'ils ne sont pas suffisamment stabiliss. En
quelques jours seulement, la mer a pu gagner dfinitivement plusieurs milliers de kilomtres carrs sur des terres
auparavant merges. Ce genre de cataclysme a d tre trs frquent durant la longue priode (plusieurs milliers
d'annes) de la monte des eaux ocaniques qui se trouvaient forcment de temps autre en prsence de
nouveaux obstacles, obstacles provisoires qu'elles "avalaient" quand le point de rupture tait atteint.
les raz-de-mare. Ils sont parfois lis des ruptions volcaniques, mais surtout des sismes dans les
rgions ctires, frontires de plaques tectoniques (15). Les vagues ainsi cres peuvent dpasser couramment
la dizaine de mtres (parfois mme beaucoup plus) et avoir une force prodigieuse (16). Dans cette catgorie de
"dluges", on place surtout le dluge de Deucalion qui date de vers -1600 et que l'on associe au raz-de-mare
"grec" conscutif l'explosion du Santorin. Il est bien sr galement li au fantastique raz-de-mare, haut de prs
de 200 mtres, ce qui reste exceptionnel, et qui balaya la cte nord de la Crte comme nous allons le voir plus
loin dans la section consacre Santorin.
Dans son livre La Bible arrache aux sables (18), l'historien allemand Werner Keller (1909-1980) explique fort
bien le cataclysme. L'engloutissement de la valle de Siddim avec ses quatre villes martyres (Sodome, Gomorrhe,
Adma et Sebom) ensevelies dans le bitume serait d principalement un grand tremblement de terre. Celui-ci
aurait dbouch d'abord sur un affaissement de terrain, qui lui-mme aurait libr des forces volcaniques tout au
long de la crevasse ainsi forme, avec comme consquences d'importantes explosions et des dgagements de
gaz naturel, dans ce qui est aujourd'hui la partie mridionale de la mer Morte, qui n'est profonde que d'une
quinzaine de mtres et qui n'existait pas il y a 4000 ans.
Ce cataclysme naturel qui se produisit dans une rgion dj peuple l'poque, et qui anantit au moins quatre
villes, marqua fortement les esprits par sa soudainet et son ampleur, comme le raconte la Bible. Les premiers
compilateurs des textes bibliques rcuprrent sans complexes le cataclysme pour en faire un acte de la justice
divine destin punir des populations corrompues et licencieuses et surtout pour servir d'exemple pour les autres
qui voudraient s'engager sur une mauvaise pente.
Si les gologues croient, probablement avec raison, un vnement d'abord sismique, puis volcanique, il s'est
pourtant trouv un astronome comptent comme Ernst Opik (1893-1985) (19) pour conclure un impact
cosmique. Ce savant, l'un des premiers ouvertement catastrophiste, tait la recherche de cataclysmes
rpertoris pouvant tre lis des impacts de comtes et d'astrodes comme ceux que j'tudierai au prochain
chapitre, et celui de la mer Morte lui paraissait comme une ventualit qu'il conviendrait d'tudier plus en dtail.
Apparemment, concernant cet exemple prcis, il s'est tromp, mais un petit doute subsiste quand mme, qui tient
principalement au texte lui-mme. En effet, celui-ci parle bien d'un dluge de soufre et de feu venant du ciel et
non pas de la terre.
364
En fait, les savants de l'poque avaient peur des catastrophes. Ils craignaient plus que tout de dcouvrir des
vestiges de cataclysmes rcents et de devoir reconsidrer la validit des hypothses catastrophistes, une
poque o l'uniformitarisme semblait s'tre dfinitivement impos.
Il fallut donc attendre la fin des annes 1930 pour que Marinatos fasse le rapprochement entre le dclin, la quasidisparition mme, de la civilisation minoenne et l'ruption paroxysmale du Santorin. Toutes les dcouvertes
ultrieures allaient lui donner raison. En particulier, en 1967, des fouilles effectues Akrotiri, petit village au sud
de l'le principale Thra, permirent de mettre jour une ville rsidentielle, cache jusqu'alors sous dix mtres de
pierres ponces. On dcouvrit des centaines de poteries de l'poque minoenne et toutes sortes d'ustensiles de la
vie courante. Par contre, aucun squelette humain ne fut dgag, ce qui prouve que les signes prcurseurs de
l'ruption avaient t suffisamment tals dans le temps, et surtout suffisamment impressionnants, pour que la
population quitte l'le avant le dchanement final du Santorin.
Les diverses dcouvertes archologiques concernant la rgion et l'tude de la stratigraphie des diffrents produits
jects par le volcan lors de la grande ruption de -1500 (plutt -1600 pour les volcanologues actuels),
notamment leur distribution dans les fonds marins de la Mditerrane orientale, ont permis aux volcanologues et
aux historiens de reconstituer les grandes tapes de l'effondrement de la civilisation minoenne qui a rgn sur
toute la Mditerrane entre -2000 et -1500. Jusqu' cette poque, Santorin tait une le unique d'environ 12 km
de diamtre et dont le sommet volcanique pouvait atteindre 1000 mtres. Sur ses flans, plusieurs villages
minoens avaient t btis et taient habits en permanence. Car l'empire minoen, empire essentiellement
maritime, comme on l'a largement dmontr, s'appuyait principalement sur la Crte, l'le majeure, mais aussi sur
plusieurs les des Cyclades, parmi lesquelles, en premier lieu, Santorin qui fut croit-on l'le sacre de la civilisation
minoenne, du fait de sa beaut, et surtout de son norme sommet volcanique qui culminait haut dans le ciel, tout
prs des dieux, et qui devait tre visible loin en mer.
L'empire minoen tait alors son apoge, mais il n'allait plus tarder sombrer en pleine gloire. Une premire
alerte eut lieu Santorin quelques annes avant le cataclysme final. Une succession de sismes, probablement
en rapport avec le remplissage par la lave du cne volcanique, obligea les habitants de l'le fuir vers des sites
plus srs. On a not en fouillant Akrotiri que des murs lzards, des plafonds effondrs, des colonnes abattues
taient antrieures l'ruption elle-mme et ne pouvaient dater que de ces secousses sismiques qui prcdrent
le cataclysme final d'une dizaine d'annes environ, peut-tre moins.
Les tremblements de terre s'tant provisoirement calms, les habitants de Santorin revinrent sur leur le, mais pas
pour trs longtemps. Ils n'eurent pas le temps de rparer toutes les maisons endommages avant le rveil du
volcan qui s'effectua progressivement. On a not plusieurs couches successives de cendres d'une paisseur
totale de 1,50 mtre environ. Les habitants quittrent alors dfinitivement Santorin, c'est pourquoi on n'a retrouv
aucun squelette humain sur l'le. Elle tait dj dserte quand la conflagration finale eut lieu.
L'explosion de l'le des dieux
C'est autour de -1600 (23) que le volcan explosa littralement. Une fantastique ruption, l'une des plus
extraordinaires que l'homme ait connue, allait balayer en quelques jours, et tout jamais (malgr quelques petits
sursauts dsesprs) une civilisation quasiment millnaire (24/25). Plus de 60 mtres d'paisseur de pierres
ponces recouvrirent Santorin. Le vent dominant nord-ouest/sud-est porta quantit de cendres jusqu'en Egypte. La
Crte qui se trouve environ 110 km au sud de Santorin vit toute sa partie centrale et orientale recouverte de
10 centimtres environ de ces cendres, alors qu'tonnamment la partie occidentale fut plus ou moins pargne.
Le bruit de l'ruption dut tre phnomnal, puisqu'on prtend qu'il fut audible jusqu'en Egypte, et l'obscurit fut
totale durant plusieurs jours en Crte et partielle en Egypte durant une bonne semaine. Le magma ayant
totalement abandonn le cne volcanique (60 km3 de matriaux furent envoys dans l'atmosphre, quatre fois
plus que pour le Krakatoa en 1883), le fier volcan s'effondra sur lui-mme pour former la caldra trs
spectaculaire que l'on connat encore de nos jours et qui montre si bien l'envergure du cataclysme.
Un impressionnant nuage mortel de cendres chaudes se dplaa dans toute la partie est de la Mditerrane. On
pense que la couche de cendres sur les les voisines atteignit plus de cinq centimtres d'paisseur, couche
largement suffisante pour touffer dfinitivement la vgtation, les hommes et aussi quasiment tous les animaux
et les insectes autochtones. Le nuage de poussires et de cendres se dispersa ensuite dans toute l'atmosphre
terrestre, faisant partiellement obstacle au rayonnement solaire (26).
Des pluies acides associes compltrent le dsastre dans les jours et les semaines suivants. La quasi-totalit
des rcoltes furent dtruites et les terres empoisonnes durant des annes. L'cologie de la Crte fut perturbe
pendant pratiquement un demi-sicle. La fragilisation de la civilisation minoenne fut enclenche d'une manire
irrversible tout de suite aprs le cataclysme, avec une crise conomique terrible et dstabilisante.
365
Des forages ocanographiques dans l'est de la Mditerrane ont permis de retrouver des traces du cataclysme,
notamment proximit des ctes de Turquie et de Chypre, sous la forme de dpts de cendres 60 centimtres
de profondeur.
Tous les touristes ont un pincement au cur quand ils connaissent l'histoire de l'le, et on peut dire que Santorin,
comme le Meteor Crater, sont des lieux magiques. Tous deux, trs diffrents, sont des vestiges de catastrophes
qui dfient l'imagination, et qui sont l, sicle aprs sicle, pour nous rappeler les forces prodigieuses de la nature
qui les ont crs.
Ces forces prodigieuses, ce n'tait pas seulement celles qui ont "cass la montagne" et projet dans l'atmosphre
des kilomtres cubes de dbris, c'tait aussi celles du gigantesque raz de mare qui se forma, comme
consquence de l'effondrement du cne volcanique. Il s'agit l d'une rpercussion gologique quasi instantane
bien connue. Ce raz de mare atteignit au moins 200 mtres de hauteur, puisque l'on a retrouv cette mme
altitude des pierres ponces sur les collines d'lots avoisinant Santorin. Ce mur d'eau, d'une puissance inoue,
vhiculant des produits jects du volcan, balaya littralement la cte nord de la Crte, dtruisant tous les ports
(dont Amnisos, o 3500 ans plus tard Marinatos retrouva des pierres ponces "piges" dans une fosse). Le
tsunami atteignit aussi les ctes de la Grce, Rhodes et toute la cte orientale de la Mditerrane.
Qu'en est-il du Santorin aujourd'hui ? On connat bien son histoire ultrieure (27). Aprs son coup de force de
-1600, il resta totalement inactif pendant plus de 1000 ans. C'est vers 197 avant J.-C. que naquit dans la caldra
l'lot volcanique baptis Pala Kameni. L'autre lot existant l'heure actuelle, Nea Kameni, est l'issue rcente (de
1866 1870) de la fusion de deux petits lots, ns l'un de 1570 1573 (Mikra Kameni) et l'autre de 1707 1711
(Na Kameni primitif).
La datation du cataclysme du Santorin (bien qu'elle reste relativement approximative) a t l'une des grandes
nouveauts du XXe sicle. Jusque-l la compression du temps avait totalement occult les divers cataclysmes
diffrents qui se sont succd au fil des sicles. Ainsi l'Apocalypse de Saint Jean regroupe ple-mle des flaux
htroclites observs lors des drames humains associs aux cataclysmes de Sodome et Gomorrhe, de Santorin
et de l'impact de la comte Sekhmet qui se sont tals sur prs de huit sicles.
La priode post-catastrophe et les consquences humaines
La consquence principale du cataclysme, outre la dsintgration du volcan, fut la destruction quasi complte de
la Crte (28), centre principal de la civilisation minoenne. Le peuple minoen tait surtout un peuple maritime, je
l'ai dit. Il perdit la quasi-totalit de sa flotte cause du tsunami meurtrier qui dtruisit tous les ports de l'est
mditerranen. En mme temps que la destruction d'une grande partie de la population, c'est la force vive de ce
peuple, sa raison d'tre, qui fut dtruite en quelques jours. Quasiment la fin du monde pour cette civilisation
presque millnaire, fleuron de l'ge du Bronze, qui rgnait sans partage sur le Bassin mditerranen, et mme
probablement bien au-del, et partie pour perdurer au moins quelques sicles encore.
Un cataclysme comme celui du Santorin, l'le des dieux, devait invitablement tre la base de lgendes qui
allaient se transmettre au fil des sicles. On y associe notamment le dluge de Deucalion qui raconte la lutte
froce entre Zeus et Posidon et certains pisodes de l'histoire des Argonautes. Certains auteurs associent
galement l'ruption du Santorin et les dix plaies d'Egypte, mais cette corrlation est plus que douteuse pour une
question de dates. Santorin, c'est le XVIe ou mme XVIIe sicle d'aprs les volcanologues actuels, il ne faut
jamais l'oublier. Les plaies d'Egypte, ce sont le XIIIe sicle, comme je l'expliquerai au chapitre suivant. Enfin, on
sait maintenant que Platon s'est fortement inspir de l'pisode du Santorin pour crire son Atlantide, comme l'a
bien montr Marinatos, 24 sicles plus tard.
Comme quoi un cataclysme de grande envergure peut entraver d'une manire radicale le cours normal des
choses. Avec Santorin, et une chelle "locale", on se trouve dans le mme scnario que celui d'il y a 65 MA.
Les dinosaures et la civilisation minoenne, alors au sommet de leur ascension, ont t balays par un cataclysme
et ont d laisser leur place d'autres. Conclusion : le cataclysme est un carrefour entre le pass et l'avenir.
La malchance est bien un facteur qui a sa place non seulement dans l'volution, comme l'ont montr Gould, Raup
et quelques autres, mais aussi dans l'histoire des hommes. Dinosaures et Minoens ne demandaient qu' vivre !
Catastrophisme et atlantides
Plus que toute autre catastrophe remontant l'Antiquit, celle lie l'Atlantide est synonyme de dsastre la fois
terrestre et humain, et les divers auteurs ayant trait du sujet depuis des sicles lui ont attribu des causes
diverses, d'autres accrditant au contraire l'hypothse d'une fable, invente de toutes pices par Platon.
366
L'historien de l'Atlantide Olivier Boura, dans son livre Les Atlantides. Gnalogie d'un mythe (29), prsente
tous les principaux textes qui ont entretenu le mythe depuis l'Antiquit et sous-tendu des hypothses varies
quant son possible emplacement. Une tude dtaille du texte de Platon a conduit cet auteur la conclusion
suivante :
" Il est clair qu' travers l'histoire de l'Atlantide Platon mne le procs du matrialisme, des
valeurs mmes du matrialisme, en mme temps, sans doute, qu'il interprte, sa manire, les
conflits qui au Ve sicle av. J.-C. opposrent les cits grecques, petites, pauvres et vertueuses,
aux empires orientaux. La victoire d'Athnes, ici, c'est la victoire mme de la raison, de la mesure,
de l'ordre, sur les forces immenses, nocturnes et abyssales, inhumaines, d'un monde barbare
engendr par le chaos, et retourn au chaos. " (30)
Ds l'Antiquit, les plus grands philosophes postrieurs Platon, commencer par Aristote lui-mme, ne
croyaient pas l'Atlantide, telle que prvue par Platon. Boura le confirme aujourd'hui, lui qui y voit un combat
entre la raison, la mesure et l'ordre contre les forces de la barbarie. Dj l'poque de Platon, la raison avait bien
du mal s'imposer...
Avec l'Atlantide, le problme est que le pays disparu de Platon est devenu au fil des sicles le nom gnrique des
cits et des les disparues la suite de cataclysmes divers. Donc, il n'y a rien d'anormal ce que l'on trouve des
atlantides partout, quand on sait que le niveau moyen des mers a augment de 110 mtres en 15 000 ans, sans
parler des autres cataclysmes terrestres et cosmiques. Que de villes ctires noyes, que d'les englouties, que
de territoires submergs, qui tous ont abrit la vie, une vie aujourd'hui disparue.
L encore je vais me limiter quelques mots sur les hypothses principales. De nombreux livres (31/32) traitent
du sujet, globalement ou slectivement, de nombreux auteurs privilgiant leur solution, qui n'est presque toujours
qu'une solution parmi d'autres possibles.
les hypothses atlantiques. L'Atlantide a t considre parfois comme une grande le situe entre l'Europe
et l'Amrique, dont les Aores et les Canaries seraient les vestiges. Certains auteurs ont prfr une assise
continentale sur l'Atlantique, avec les hypothses Tartessos, l'Atlantide marocaine ou africaine. Les cataclysmes
sont des effondrements de la crote terrestre, le volcanisme, l'engloutissement des terres, le raz-de-mare
destructeur.
les hypothses mditerranennes. Hormis l'hypothse volcanique de Santorin, on a parl de villages
prhistoriques engloutis dans l'Adriatique (probablement situs sur les rives du P avant la monte des eaux
dans l'Adriatique) et d'une Atlantide tunisienne dans ce qui est aujourd'hui le golfe de Gabs qui n'a t recouvert
par les eaux que rcemment l'chelle gologique. Il s'agit videmment de villages engloutis lors de la dernire
monte gnrale des eaux qui pouvaient se situer un niveau -20 ou -30 mtres par rapport au niveau actuel.
L'ensablement et les alluvions ont tt fait de faire disparatre des vestiges humains, qui ne sont pas dtruits
souvent, mais seulement enfouis.
les hypothses amricaines. La plus clbre est celle de Bimini (33) que l'on a souvent assimile la "vraie"
Atlantide". Ce n'est qu'une atlantide parmi d'autres, noye elle aussi par la monte des eaux. Il est sr que
l'archipel des Bahamas ne reprsente que les vestiges de terres beaucoup plus importantes. Certains chercheurs
ont cru voir dans d'immenses pierres englouties les traces d'un "escalier" qui aurait t taill par une civilisation
disparue. Il n'y a rien l d'impossible, les Anciens savaient tailler la pierre et ils rigeaient des escaliers quand ils
en avaient besoin. Seulement, l comme partout, il a fallu "reculer" quand le niveau de l'ocan, grossi par les
millions de kilomtres cubes des eaux de la dglaciation, est remont lentement mais inexorablement. Ce fut la
loi commune pour tous. On a aussi postul pour une Atlantide brsilienne et de nombreuses lgendes des
peuples amricains et amrindiens parlent de dluges et de cits englouties. Rien d'tonnant tout cela :
l'atlantide, comme l'apocalypse, est un canevas de cataclysme.
les hypothses diverses. L'Atlantide s'est diversifie au fil des sicles et "dcentralise". Des vestiges de
civilisations disparues ayant t repres partout, des chercheurs ont propos des sites comme la Sude,
l'Allemagne du nord-ouest, plus rcemment la mer du Nord (34), ou mme des sites orientaux. Rien voir avec
l'Atlantide de Platon, mais atlantides parmi d'autres. Une chose parat vidente : partout, sur tous les continents,
sur toutes les mers, des villes, des rgions ont t dtruites par des cataclysmes divers. Quand elles sont par
trop exotiques, les atlantides peuvent prendre un nom particulier : Pount, M, ..., noms has par les scientifiques
mais qui peuvent cacher parfois des cataclysmes bien rels : les englouties, rgions ctires affaisses, ou
rgions continentales devenues dsertiques. Peut-tre au fil des prochains sicles, des sondages
ocanographiques et des tudes sur le terrain, pourra-t-on reprer quelques-uns de ces sites atlantidiens avec
certitude.
367
On ne peut s'empcher d'admirer cette sagacit des Anciens pour rechercher les causes de ces Grandes
Annes, qui se terminaient en drames, lis la violence de la nature, drames qui taient tout autant humains, et
dont ils ont t si souvent victimes. Ils ont tout fait aussi pour les dater, s'appuyant pour ce faire sur le mouvement
des plantes, leur meilleur calendrier, les divisant mme en Grands ts et Grands Hivers. Dans Le systme du
monde (tome 1), Pierre Duhem rappelle ce texte d'Olympiodore, rudit chrtien de la fin du VIe sicle qui vivait
Alexandrie et lointain disciple d'Aristote, qui rsume assez bien le problme :
" Que la mer se dessche, que la terre ferme, son tour, se transforme en mer, cela provient de
ce que l'on nomme le Grand t et le Grand Hiver. Le Grand Hiver a lieu lorsque tous les astres
errants se runissent en un signe hivernal du zodiaque, le Verse-eau ou les Poissons ; le Grand
t, au contraire se produit lorsqu'ils se runissent tous en un signe estival comme le Lion ou le
Cancer. De mme, le Soleil, pris isolment, produit l't lorsqu'il vient dans le Lion et l'hiver
lorsqu'il vient dans le Cancer... Lorsqu'aprs une trs longue dure, tous les astres errants se
trouvent en une mme place, pourquoi donc cette conjonction produit-elle la Grande Anne ?
C'est que tous les astres errants, lorsqu'ils approchent du point culminant [de l'cliptique],
chauffent comme le fait le Soleil ; ils refroidissent, au contraire, lorsqu'ils sont loigns de ce
point ; il n'est donc pas invraisemblable qu'ils produisent le Grand t lorsqu'ils viennent tous au
point culminant, et le Grand Hiver lorsqu'ils en sont tous loigns. Donc, pendant le Grand Hiver,
la terre se change en mer tandis que le contraire a lieu au cours du Grand t. " (35)
Ce texte un peu alambiqu d'Olympiodore explique l'essentiel : la mer peut se transformer en terre ferme, et
inversement la terre ferme peut se transformer en mer. Plus simplement, on peut dire que la variation du niveau
des ocans et des lacs dcouvre et inonde successivement certaines rgions ctires et des les dont l'altitude
maximale ne dpasse pas quelques mtres.
Il ne faut jamais perdre de vue que, depuis la fin du dernier maximum glaciaire, les ocans ont regagn
110 mtres en moyenne, ce qui n'est pas rien. Ce que les glaciologues appellent " la dbcle atlantique ", date
d'environ -13500, est aussi appele " Dluge de Lascaux ". Nos anctres proches taient quasi contemporains de
la plus grande catastrophe mondiale arrive sur la Terre depuis 20 000 ans. On sait par les innombrables traces
qu'ils nous ont laisses que l'art tait dj bien prsent (il suffit de visiter les merveilleuses grottes de Dordogne et
d'ailleurs pour s'en convaincre) et qu'il tait l'un de leurs moyens d'expression.
368
Ainsi ont t ensevelis (recouverts par la sdimentation et pas forcment dtruits), paralllement la monte
progressive des eaux, et pour trs longtemps, des vestiges d'anciennes civilisations protohistoriques qui vivaient
au bord des ocans, l o la vie tait nettement plus facile, grce la pche ctire qui assurait la survie de
groupes humains relativement importants. Certaines n'taient pas si primitives que l'on voudrait nous faire croire,
mme s'il est hors de question d'admettre qu'elles aient pu atteindre un niveau tel que celui de l'Antiquit
classique. La dcouverte de mgalithes noyes n'est qu'un exemple.
Pour les astronomes aussi les glaciations sont cycliques, mais pour des raisons diffrentes bien sr, lies
principalement la thorie astronomique des climats de Milankovic (36). Ce qui est tout fait nouveau, du fait
des activits humaines qui interfrent pour la premire fois d'une manire significative et qui participent un
rchauffement indniable de la plante, c'est que le prochain maximum glaciaire ne se produira peut-tre pas
la date normale, et qu'il devra attendre plusieurs dizaines de milliers d'annes, si l'homme reste raisonnable et ne
dpasse pas les "bornes" acceptables.
L'homme est un prdateur nouveau pour la plante. Mais bien que sa prsence soit un facteur prendre en
compte, il est loin d'tre le seul et surtout le plus important. L'homme ne fait pas le poids devant le cataclysme,
qu'il soit naturel (terrestre ou cosmique) ou mme humain (technologique ou cologique). La nature reprendra
vite ses droits. Le rapport des forces n'est pas, et ne sera jamais, le mme.
Notes
1. G. Rachet, Dictionnaire de l'archologie (Robert Laffont, coll. Bouquins, 1983).
2. Universit d'Oxford (sous la direction de M.C. Howatson), Dictionnaire de l'Antiquit (Robert Laffont, coll.
Bouquins, 1993). Titre original : The Oxford companion to classical Literature (1989).
3. M. Dribr et P. Dribr, Histoire mondiale du dluge (Robert Laffont, 1978).
4. A. Capart et D. Capart, L'homme et les dluges (Hayez, 1986). Un livre essentiel pour comprendre la
dglaciation et ses consquences humaines
5. J. Labeyrie, L'homme et le climat (Denol, 1985).
6. J.-C. Duplessy et P. Morel, Gros temps sur la plante (Odile Jacob, 1990).
7. A. Capart et D. Capart, L'homme et les dluges, op. cit., citation p. 212.
8. idem, citation p. 250.
9. C. Lorius, Glaces de l'Antarctique (Odile Jacob, OJ37, 1993).
10. L'exemple du glacier alpin qui s'est effondr le 12 juillet 1892 est bien connu. Une poche d'eau, estime
200 000 m3 creva la surface du glacier et entrana sa dbcle en quelques minutes. La masse totale des divers
rsidus (glaces + terre + roches arraches par le mouvement) atteignit un volume de 800 000 m3 (quatre fois
suprieur la poche d'eau initiale). Tout ce qui existait comme arbres et comme vgtation sur le passage du
glacier fut arrach et le sol fut totalement "nettoy".
11. A. Capart et D. Capart, L'homme et les dluges, op. cit., citation pp. 259-260.
12. idem, citation p. 262.
13. Diodore de Sicile, Bibliothque historique, V, 47. Diodore de Sicile (90-20), dans sa Bibliothque, raconte
l'histoire universelle des origines son poque.
14. Pour en savoir plus au sujet des dluges, le lecteur peut se rfrer Histoire mondiale du dluge de Maurice
et Paulette Dlibr (voir rfrence 3).
15. A. Cisternas, L. Dorbath, B. Delouis et H. Philip, La prparation d'un grand sisme, Pour la Science, 242, pp.
42-48, dcembre 1997. Dans cet article, il y a une carte impressionnante (p. 43) qui indique la position des 22
sismes, avec des magnitudes entre 7,6 et 9,5, qui ont secou la cte ouest du Prou et du Chili entre 1868 et
1996, c'est--dire en 128 ans. La moyenne ressort un grand sisme destructeur tous les 6 ans seulement. Le
plus extraordinaire est le fameux sisme de 1960 dans le sud du Chili, le plus nergtique des sismes connus
avec prcision (magnitude 9,5), qui est associ une rupture de la crote terrestre sur une longueur de 1000 km.
16. Parmi les exemples assez rcents de cataclysmes ayant entran la formation de raz-de-mare destructeurs,
on peut citer les suivants : les sismes de Lisbonne en 1755 et d'Arica en 1868, et les ruptions volcaniques du
Tambora en 1815, du Krakatoa en 1883 et du Katmai en 1902. Pour montrer la force de ces raz-de-mare, il suffit
de se rappeler qu' l'occasion du grand sisme dans la rgion d'Arica (dans le sud du Prou) en 1868, qui a
atteint la magnitude 9,0, un navire de guerre ancr dans le port d'Arica se retrouva 4 km l'intrieur des terres,
littralement soulev et emport par une vague de 13 mtres, tandis que le port et la ville taient rduits en ruines.
369
17. A.-M. Grard, Dictionnaire de la Bible (Robert Laffont, coll. Bouquins, avec la collaboration de A. NordonGrard et P. Tollu, 1989).
18. W. Keller, La Bible arrache aux sables (Presses de la Cit, 1962). Ce livre a souvent t rdit, une
dernire fois en 2005 par les Editions Perrin et avec une prsentation de Jean-Luc Pouthier. Il a t traduit en 24
langues et vendu plus de 20 millions d'exemplaires.
19. E.J. Opik, News and comments : asteroids-cratering, The Irish Astronomical Journal, 13, 1-2, pp. 59-67, 1977.
Opik fut l'un des premiers astronomes catastrophistes de l'histoire moderne.
20. K.T. Frost, The "Critias" and minoan Crete, Journal of Hellenic studies, 33, pp. 189-206, 1908.
21. S. Marinatos, The volcanic destruction of minoan Crete, Antiquity, 13, 1939.
22. F. Fouqu, Santorin et ses ruptions, 1879.
23. Plusieurs dates diffrentes circulent concernant l'explosion du Santorin, notamment celle approximative de
-1500 souvent conserve comme un repre, plutt que comme une date trs prcise. Certains chercheurs
modernes ont tent de prciser cette date l'intrieur d'une trop large fourchette (-1650/-1200), souvent pour la
faire concider avec d'autres vnements historiques (notamment la sortie des Hbreux d'Egypte) ou avec un
souverain gyptien (plusieurs ont t retenus comme tant contemporains de l'explosion du Santorin). La date de
l'automne 1628 avant J.-C. (-1627) a t propose par des volcanologues et est donc crdible, mme si elle
parat bien haute beaucoup.
24. A.G. Galanopoulos et E. Bacon, L'Atlantide, la vrit derrire la lgende (Albin Michel, 1969). Titre original :
Atlantis, the truth behind the legend (1969).
25. J.-Y. Cousteau et Y. Paccalet, A la recherche de l'Atlantide (Flammarion, 1981).
26. On a une bonne comparaison avec l'explosion du Tambora en 1815, cataclysme assez semblable d'ailleurs
celui du Santorin et d'une nergie quivalente (magnitude 9,0 et nergie 21018 joules). Pour fantastiques qu'elles
aient t, ces deux catastrophes volcaniques restent loin d'avoir dgag une nergie comme celle du sisme du
Chili (voir note 15). Il ne faut surtout pas lier obligatoirement la magnitude d'un cataclysme avec les divers dgts
associs qui peuvent tre trs diffrents selon sa nature, la rgion et les populations concernes.
27. M. Krafft, Guide des volcans d'Europe (Delachaux & Niestl, 1974). Un guide complet et trs intressant. Sur
Santorin et son histoire, voir pp. 352-367.
28. M. de Grce, La Crte, pave de l'Atlantide (Julliard, 1971).
29. O. Boura, Les Atlantides. Gnalogie d'un mythe (Arla, 1993). De loin le meilleur livre sur les Atlantides. Ce
remarquable ouvrage rassemble une quarantaine de textes grecs, latins, espagnols, franais, sudois, italiens,
anglais et allemands. Lecture indispensable pour le lecteur qui veut avoir une vue globale sur ce mystre
controvers entre tous.
30. idem, citation pp. 11-12.
31. Th. Moreux, L'Atlantide a-t-elle exist ? (Doin, 1949).
32. J.V. Luce, Lost Atlantis : new light on an old legend (McGraw-Hill, 1969).
33. C. Berlitz, L'Atlantide retrouve. Le huitime continent (Rocher/France-Amrique, 1984). Titre original :
Atlantis, the eighth continent (1984).
34. J. Deruelle, De la prhistoire l'Atlantide des mgalithes (France-Empire, 1990).
35. P. Duhem, Le systme du monde. Histoire des doctrines cosmologiques de Platon Copernic (Hermann, 10
volumes, 1913-1957). Citation pp. 293-294.
36. W. Chorlton et autres, Les priodes glaciaires (Time-Life, 1984). Titre original : Ice ages (1983). Le chapitre
4 : La thorie astronomique (pp. 119-141) explique la thorie de Milankovic et ses implications.
370
CHAPITRE 19 :
371
de srieux problmes avec certaines langues mortes qui rsistent toutes les tentatives de dchiffrement. On
sait que l'incendie des grandes bibliothques de l'Antiquit et la destruction de plus d'un million de volumes et de
papyrus, vritable mmoire crite des hommes du pass, a t le plus grand flau intellectuel qu'ait jamais connu
l'humanit. C'est toute notre Histoire qui est partie en fume dans cette dmonstration de btise humaine, tare
qui franchit hlas allgrement sicles et millnaires, car il est utopique d'esprer encore la dcouverte future de
documents "miraculeux" qui claireraient d'un jour nouveau la protohistoire des hommes.
Ce manque de documents crits ou gravs fait que l'on connat trs mal l'histoire naturelle des anciennes
populations et civilisations. Seule leur histoire domestique est assez bien reconstitue, puisque c'est dans ce
domaine que l'on trouve encore des traces indiscutables (villages, outils, bijoux, poteries, etc.). Les catastrophes
naturelles qu'ont subi les populations ne sont jamais connues avec prcision, mais survivent seulement
camoufles sous formes de mythes plus ou moins obscurs et dforms. La meilleure preuve ce sujet est la
formidable ruption du Santorin, dont j'ai parl au chapitre prcdent, vers -1600, qui tait dj totalement oublie
dans la Grce antique, seulement 1000 ans plus tard.
On se rend compte ainsi des difficults qu'il y a tablir la chronologie et parfois la nature mme des diffrents
cataclysmes naturels du pass. Mais, en ce dbut du XXIe sicle, les choses s'claircissent quand mme
singulirement, grce au travail de nombreux scientifiques catastrophistes, parmi lesquels il convient de citer en
premier lieu Victor Clube et Bill Napier, deux astronomes britanniques, qui ont publi ensemble deux livres
essentiels : The cosmic serpent (4) en 1982 et The cosmic winter (5) en 1990.
Ce qui est intressant surtout, c'est que ce problme des catastrophes cosmiques est devenu un sujet d'tude
multidisciplinaire, preuve la fois de son intrt et de sa crdibilit, de sa complexit aussi. Ainsi des
chercheurs de formation diffrente, comme le physicien et mathmaticien italien Emilio Spedicato, le gologue
autrichien Alexander Tollmann, le paloocanographe italo-amricain Cesare Emiliani (1922-1995), le
palocologiste britannique Mike Baillie, l'astronome amricain Paul LaViolette, l'rudit amricain Alfred de
Grazia, initiateur de la quantavolution, et plus rcemment deux gologues femmes, la Franaise Marie-Agns
Courty et l'Amricaine Dallas Abbott, ont propos des solutions nouvelles et stimulantes, sans parvenir toutefois,
malgr leur notorit reconnue et l'importance de leurs travaux, convaincre la communaut scientifique qui
reste trs conservatrice dans sa majorit (pour des raisons principalement corporatistes, il ne faut pas se le
cacher).
Dans plusieurs chapitres prcdents, j'ai parl de savants comme Fred Hoyle et Francis Crick qui ont t
marginaliss pour certaines de leurs recherches sortant de l'ordinaire. A plus forte raison, des chercheurs
indpendants comme Graham Hancock et Robert Bauval ont aussi du mal se faire entendre de la
communaut scientifique. Leur travail n'en est pas inintressant pour autant. Au contraire ! Ils ont mis le doigt
dans le domaine controvers de l'archoastronomie, trs mal connu et riche de promesses venir.
Pour crire ce chapitre, j'ai tenu compte des nombreuses nouveauts notes dans les chapitres prcdents, mais
le canevas reste le mme que celui retenu pour La Terre bombarde de 1982. En effet, les cataclysmes retenus
restent les mmes, explicits bien sr par l'hypothse Hephaistos qui les claire parfois sous un jour vraiment
nouveau et qui justifie aussi leur frquence qui paraissait un peu suspecte autrement.
372
Mais d'abord, est-on vraiment sr qu'il y a eu cataclysme ? Les avis ont toujours t et restent trs partags. La
fin rapide de la dernire glaciation est une certitude, avec ses deux consquences principales : rchauffement du
climat et surtout relvement trs important (de 100 180 mtres selon les rgions) du niveau des eaux
ocaniques. Celles-ci ont compltement transform la gographie ctire, en envahissant progressivement les
diffrents talus continentaux.
Lhypothse Sithylemenkat
L'astronomie propose deux solutions pour expliquer cette "Apocalypse de l'an -10000", et c'est sans doute l'une
ou l'autre qui finira par emporter la dcision, de prfrence aux hypothses purement terrestres qui expliquent
moins bien la soudainet du phnomne. J'ai dj parl du cratre mtoritique de Sithylemenkat, dcouvert en
1972 par le satellite Landsat 1, dans une rgion montagneuse et dserte de l'Alaska. Cette dcouverte a permis
d'envisager une corrlation avec la fin de la dernire glaciation, puisque l'on a attribu (approximativement) un
ge de 12 000 ans ce cratre.
Une premire tude gologique et gographique de la rgion eut lieu en 1969, avant mme que l'on souponne
l'origine mtoritique du cratre (7), puisque vu du sol, rien ne semble indiquer son caractre exceptionnel. Il
s'agit d'une vaste dpression de 12,4 km de diamtre et de 500 mtres de profondeur. Son nom dans l'idiome
local signifie "le lac dans les collines", car au fond de la dpression existe un lac de 3 km environ de diamtre.
Des chantillons prlevs l'intrieur du cratre montrrent une proportion anormale de nickel qui tonna les
chercheurs. D'autant plus que cette forte concentration de nickel fut galement mise en vidence dans des
chantillons priphriques la dpression elle-mme. En outre, une tude magntique de la rgion indiqua une
anomalie ngative associe avec cette dpression, ce qui signifie une intense fracturation du lit du cratre, en
dessous de la zone d'impact.
S'il n'est pas reconnaissable du sol comme cratre d'impact, par contre Sithylemenkat fut immdiatement repr
par le premier Landsat, comme ce fut d'ailleurs le cas pour plusieurs autres formations dissmines dans le
monde entier. Des reconnaissances ariennes effectues en 1976 ont montr la prsence de fractures dans les
murs du cratre, et son origine cosmique n'est pratiquement plus conteste.
373
mettre en route, ou pour acclrer, un glissement de la lithosphre (rigide) sur l'asthnosphre (visqueuse) sousjacente. Ce glissement aurait pu durer quelques dizaines ou centaines d'annes et amener le ple gographique
son emplacement actuel. J'ai parl au chapitre 13 de ces migrations polaires auxquelles quelques (rares)
scientifiques croient fermement, mme si leurs causes, qui peuvent tre multiples, restent encore mal connues.
Mais est-il vraiment crdible que le dernier dplacement souponn ait pu faire driver l'corce terrestre sur prs
de 3000 km, comme l'a crit Charles Hapgood (1904-1982) , et amener le ple gographique nord de la baie
d'Hudson son emplacement actuel ? Bien que ce mcanisme explique parfaitement la fin subite de la glaciation,
beaucoup de chercheurs pensent plutt un cataclysme de moindre envergure.
Il faut retenir deux choses concernant Sithylemenkat. D'abord la prsence de nickel l'intrieur et autour du
cratre signifie obligatoirement l'impact d'une sidrite ou d'une sidrolithe. Ce qui exclurait que ce soit un
fragment de Hephaistos, objet carbon d'origine comtaire. Ensuite on peut remarquer que la simple collision
d'un EGA de 600 mtres, comme ce fut le cas Sithylemenkat, c'est--dire dans une rgion proche du cercle
polaire, est capable de faire des dgts trs importants au niveau de la cryosphre. La fantastique chaleur
dgage a pu perturber la distribution des glaces sur plusieurs milliers de kilomtres carrs, mais de l
envisager qu'elle ait pu entraner une dglaciation gnrale, il y a une marge infranchissable.
Un impact dans lAtlantique ?
Venons-en maintenant la seconde hypothse astronomique plausible pouvant expliquer partiellement cette
Apocalypse. Elle a le dsavantage de ne pouvoir s'appuyer sur des preuves comme la premire (l'existence d'un
cratre mtoritique de bonne taille), mais par contre elle claire d'un jour nouveau certains faits qui n'ont jamais
pu tre lucids. Je pense notamment l'extinction simultane de millions d'animaux dont on a dat les restes au
carbone 14 12 000 ans (vers -10000), et dont la mort fut pratiquement instantane. Ce sont surtout les fameux
mammouths qui ont dfray la chronique ce sujet, puisque l'on sait que certains dentre eux furent gels sur
place dans plusieurs rgions o le climat tait alors fort diffrent de ce qu'il est aujourd'hui. Mais ce fut aussi le
cas pour des milliers d'autres espces d'animaux qui ont pay de leur vie le dclenchement subit d'un cataclysme
aussi gigantesque que mystrieux.
Il faut donc revenir l'ide de Georges Cuvier (1769-1832) dont j'ai rapport les propos au chapitre 3 : cette
"vague" gante qui a inond les continents. En fait, la meilleure explication est encore la formation d'un tsunami
d'origine cosmique, c'est--dire conscutif un important impact ocanique. Ce tsunami, qui pourrait avoir
dpass le kilomtre de haut daprs les simulations modernes, s'est transform en un gigantesque mur d'eau et
de boue au fur et mesure de son avance sur les continents. Il a pu tout balayer sur son passage, et surtout
dtruire en un instant les frles esquisses de civilisation des peuplades de l'poque, notamment celles qui
vivaient proximit des ctes, et faire reculer les survivants de ces civilisations dans l'enfance de quelques
milliers d'annes.
C'est probablement cette catastrophe obscure qui est reste dans la mmoire des hommes comme tant le
Chaos ou bien encore l'Apocalypse, la vraie, la premire, celle qui a survcu dans le subconscient des hommes
travers les millnaires. Elle a pu se doubler d'une priode de recul, durant laquelle l'homme survcut
misrablement, conscient de sa faiblesse face aux formidables forces cosmiques, d'o la mise en place d'un
incroyable panthon de divinits protectrices. Mais l'aventure humaine allait reprendre son essor irrsistible vers
le Nolithique, quand les squelles de la catastrophe s'estomprent pour ne plus devenir qu'un souvenir
d'apocalypse transmis de gnration en gnration.
Cette hypothse de l'impact ocanique a dj t propose par plusieurs auteurs, notamment par l'ingnieur et
rudit allemand Otto Muck (1892-1956) (8) au dbut des annes 1950. Comme Velikovsky, il s'est un peu
discrdit en donnant une date trop prcise pour l'impact de l'astrode responsable : le 5 juin de l'anne 8498
avant J.-C. dans le calendrier grgorien, date qui selon lui correspondrait au jour Zro de la chronologie des
Mayas, qui on le sait remonte plusieurs milliers d'annes. Ce serait galement d'aprs Muck, le fameux jour de
la disparition de l'Atlantide (celle de Platon). Il donne de multiples raisons et arguments pour justifier son
hypothse, mais il n'a jamais pu convaincre le monde scientifique (trs conservateur) de son poque.
Un leurre : lAtlantide atlantique de Platon
Cette poque de -10000 (ou -8500 si l'on croit Muck) a t souvent utilise par les auteurs qui ont crit sur
l'Atlantide. On sait, en effet, que Platon (427-347) racontait dans ses deux rcits, le Time et le Critias, que
c'est cette date que s'tait engloutie l'le mythique (et trs controverse ds l'Antiquit), suite un cataclysme
dont il ne prcisait pas d'ailleurs la nature mais qui remontait soi-disant 9000 ans avant lui. Plus de 5000 livres
ou articles ont, dit-on, t crits sur le sujet (9), et je n'y reviens brivement que pour faire deux remarques.
D'abord, il est possible que le tsunami gant (s'il a rellement eu lieu) dclench par un impact ocanique ait
374
dtruit, outre bien sr les populations, quelques petites les et modifi quelque peu la gographie ctire de
l'poque. Mais il ne peut avoir englouti dfinitivement une le grande "comme l'Asie (mineure) et la Libye runies"
pour reprendre l'expression de Platon. On pourrait certes allguer qu'un impact srieux a provoqu des sismes
d'une magnitude extrme et englouti des continents entiers, mais l'examen des fonds ocaniques n'a jamais
confirm ces engloutissements.
Ce qui est sr, par contre, c'est que la fonte des glaces (quelle que soit sa cause) a fait remonter sensiblement le
niveau des ocans, et que cette monte des eaux a ray de la carte bon nombre de terres anciennement
merges. Mais les ocanographes n'ont eu aucune peine dmontrer que cette monte des eaux a t
progressive et s'est tale sur plusieurs milliers d'annes, en liaison avec le rchauffement gnral du climat de
la plante. Donc, on peut dire que le tsunami a limin les populations ctires et liennes et que la
transgression marine a noy des les et plusieurs millions de kilomtres carrs de terres anciennement habites.
Un fragment de Hephaistos : une hypothse crdible
De l prtendre que le cataclysme de l'an -10000 a limin une civilisation de haut niveau en une ou deux nuits,
comme le prtendait Platon avec son Atlantide, il y a un foss immense. Nous avons vu au chapitre prcdent
que la majorit des spcialistes actuels placent sa disparition une poque beaucoup plus rcente, vers -1600,
en liaison avec l'ruption cataclysmique du Santorin, et non neuf millnaires avant Platon. Rien n'a jamais
confirm une civilisation avance (l'Atlantide ou autre) cette poque.
Pour conclure et rpondre l'interrogation pose au dbut de cette section : " l'Apocalypse de l'an 10000 avant
J.-C. : mythe ou ralit ? ", je rponds : ralit, probablement. Les deux hypothses astronomiques que j'ai
voques sont plausibles, mme si elles ne sont pas prouves. Je ne crois plus qu'il soit possible de runir les
deux hypothses en une seule, comme je l'avais crit en 1982. Le cratre mtoritique de Sithylemenkat a t
cr par une sidrite, alors que l'impact ocanique a t plus probablement caus par un fragment de
Hephaistos, un astrode-comte carbon, beaucoup plus fragile, qui n'a probablement pas touch le sol sans
se fragmenter ou mme se dsintgrer dans l'atmosphre. Il n'empche que l'nergie dgage a pu tre tout
fait considrable. L'nergie du tsunami associ peut atteindre le dixime de celle du cataclysme responsable,
sans parler videmment des autres consquences, notamment climatiques et cologiques.
L'ge du cratre de Sithylemenkat reste relativement imprcis, mme si l'on sait qu'il s'agit d'une formation trs
jeune l'chelle gologique. Si on arrive prouver que son ge n'est pas trs proche de 12 000 ans, alors
l'hypothse ocanique deviendra nettement la plus probable.
375
que d'autres gologues veulent s'en tenir l'boulement sans impact, ignorant les impactites qui demandent pour
tre formes une nergie d'une ampleur nettement suprieure celle rsultant d'un boulement, mme si celui-ci
est d'envergure, ce qui a t le cas de toute manire.
Rcemment, on a parl aussi de traces d'iridium. Si cette dcouverte tait confirme, ce serait la preuve qu'il y a
bel et bien eu impact cosmique. D'ailleurs, le cratre de Kfels a t remont en catgorie 2 des structures
d'impact (les probables). Pendant des annes, selon les auteurs, Kfels tait class en catgorie 3 (les possibles)
ou mme 4 (structures rejetes). D'ici quelques annes, Kfels pourrait trs bien passer en catgorie 1
(structures certaines). Il prendrait alors un autre "statut", confirmant l'impact trs rcent d'un objet d'envergure sur
la Terre, avec toutes les consquences terrestres et humaines qui en dcoulent.
Car ce qui est particulirement intressant avec Kfels, c'est l'extrme jeunesse du cratre et des verres, note
ds les premires recherches. Toutes les datations modernes et prcises ont confirm cette jeunesse puisque la
collision ne remonte qu' 9800 ans environ, soit autour de la date historique -7800. A noter donc que ce
cataclysme est plus rcent de 2200 ans environ que l'Apocalypse de l'an -10000, qui fut une catastrophe d'une
tout autre envergure. Je signale que l'ge de Kfels a t rvalu la hausse rcemment, puisque longtemps
on a admis pour le site un ge moins important : 8500 ans, donc une date historique voisine de -6500 seulement.
Pour former le cratre de Kfels, il a fallu un petit astrode de 250 mtres de diamtre environ, trs
probablement d'origine plantaire. L'impact, selon les normes classiques, a libr une nergie de l'ordre de
8,21018 joules, soit l'quivalent d'un trs important sisme de magnitude 8,6. Un tel sisme reste cependant
infrieur celui relativement bien connu de Lisbonne, en 1755, qui libra une nergie voisine de 1019 joules. On
sait que ce cataclysme de triste mmoire reste ce jour le principal sisme qui se soit produit en Europe depuis
plus de 500 ans et le seul qui a probablement atteint la magnitude 9,0.
Mme si la collision de Kfels n'a pu avoir que des incidences rgionales au niveau nergtique, il est certain que
le volume de dbris expdis dans l'atmosphre a t trs important. Il y a eu probablement dsintgration
complte l'instant de l'impact, puisqu'on n'a pas retrouv de mtorites dans la rgion. Comme pour d'autres
cataclysmes similaires, les poussires rsiduelles se sont disperses sur pratiquement toute l'Europe (et sans
doute au-del) et ont entran une priode de "tnbres", ou tout au moins un obscurcissement de l'atmosphre,
de plusieurs jours ou mme plusieurs semaines, le temps que celle-ci se dbarrasse de cet arosol.
Cette collision probable remonte -7800, et bien que la valle de l'tztal n'ait sans doute t qu'assez peu
peuple cette poque, il est probable qu'elle a t observe dans toute l'Europe centrale. La boule de feu avant
l'impact a d tre formidablement brillante, aveuglante mme, et les populations ont d croire que le Soleil (ou un
soleil) tombait sur la Terre. On peut donc penser que ce cataclysme a eu, avec d'autres non identifis encore
avec prcision, des rpercussions sur la mise en place de concepts religieux, sur la croyance en l'effondrement
de la vote cleste, et sur cette peur panique qu'avaient les Anciens que le ciel leur tombe sur la tte. L'impact de
Kfels est l'un des jalons les plus reculs qui permettaient aux auteurs de l'Antiquit d'affirmer que la chute du ciel
est cyclique.
On comprend mieux que la transmission de bouche oreille d'un tel vnement pendant plusieurs milliers
d'annes ait dbouch sur de nombreuses variantes rgionales. Plusieurs chutes de mtorites beaucoup moins
importantes ont aussi t observes par la suite, et elles ont sans doute servi entretenir ce mythe de la chute
du ciel, car ce n'est pas quand mme tous les millnaires que tombe sur l'Europe un astrode de 250 mtres,
comme celui qui forma le cratre de Kfels.
376
377
suspectes. On raconte mme que ces gants auraient survcu jusque vers l'an 1000 avant J.-C. dans le HautAtlas marocain, o la tradition populaire les prtendait cannibales.
On sait de manire formelle depuis l'vnement de la Toungouska (mme si certains chercheurs occidentaux, qui
n'ont pas eu accs au site avant les annes 1980, le nient avec vhmence), qu'une explosion dans l'atmosphre
peut dboucher sur des mutations dans la faune et la flore par suite de radiations. Ce souvenir d'une population
de gants, ou mme de monstres, qui tonnaient tant les auteurs du monde antique, au point qu'ils ont consign
leur existence dans leurs chroniques et leurs lgendes, tait peut-tre bien bas sur des faits et des observations
rels.
L'avenir pourra peut-tre confirmer cet impact saharien, le dater avec prcision quand on connatra mieux le
pass des fragments de Hephaistos, et aussi localiser la rgion de l'impact d'une manire plus prcise. En tout
cas, cette hypothse saharienne prsente de multiples avantages, car elle explique d'une manire fort plausible
la fois le dbut ou l'acclration de la dsertification du Sahara, l'exode des pr-Egyptiens et leurs innombrables
allusions cette Nuit de l'croulement des mondes qui, apparemment, les avait srieusement traumatiss.
Bien que sa datation soit dlicate, je penche pour moins de 2000 ans avant Mns, vers -5000. Mais les
astronomes du XXIe sicle devraient pouvoir sensiblement amliorer la prcision de cette datation, trs
approximative pour le moment.
Nous avons vu plus haut que les collisions ocaniques peuvent faire bouillir la mer, du fait de la chaleur
engendre (plusieurs milliers de degrs) et entraner des quantits normes de vapeur d'eau dans l'atmosphre.
Cette vapeur d'eau se condense en nuages et provoque par la suite des pluies exceptionnelles que l'on peut
assimiler des dluges. Ainsi l'inondation se produit de trois cts la fois : de la mer, du ciel et des fleuves
gonfls par les pluies diluviennes et qui quittent rapidement leur lit habituel. L'eau ne peut plus s'couler pendant
plusieurs semaines.
La collision qui a boulevers l'ordre du monde la fin du XIIIe sicle avant J.-C.
Deux questions essentielles : quel objet et pourquoi cette date ?
Avec cette collision dont j'ai dj beaucoup parl tout au long de ce livre, on arrive la dernire grande
catastrophe d'origine cosmique qu'a subie la Terre. D'autres vnements ont t postrieurs celui-ci, comme
par exemple la collision de l'poque de Josu, plus rcente de seulement une quarantaine d'annes et que j'ai
voque au chapitre 2, mais aucune n'a pu atteindre l'ampleur de celle-ci qui a eu des rpercussions sur au
moins trois continents, l'Afrique, l'Asie (dans sa partie occidentale) et l'Europe.
Au chapitre 18, j'ai voqu les cataclysmes terrestres qui ont eu lieu au IIe millnaire dans le Bassin
mditerranen, pour bien les diffrencier. L'ruption volcanique du Santorin, notamment, a toujours plus ou moins
interfr avec le cataclysme cosmique et de nombreux auteurs l'associent encore aux Plaies d'gypte et
l'Exode, bien que les poques diffrent de trois, ou mme quatre, sicles. Il est exclu que le dbut de cet Exode
des Hbreux se soit pass avant le XIIIe avant J.-C., mme si le problme du Pharaon incrimin dans cette
histoire, et c'est un lment vraiment important, n'a t dfinitivement lucid que durant le dernier quart du
XXe sicle.
Certains gyptologues penchent encore pour Ramss II (17), mais il s'agit dj d'un combat d'arrire-garde. Le
pharaon de l'Exode est trs probablement le treizime fils de Ramss II, connu sous le nom de Merenptah (et
souvent en France sous celui de Mineptah) qui lui a succd et qui a rgn au moins cinq ans et au plus dix ans
(de 1213 1203 avant J.-C. d'aprs les gyptologues modernes). Les dates de rgne de ces pharaons qui
379
varient suivant les auteurs, selon qu'ils utilisent la chronologie haute ou la chronologie basse, d'une bonne
vingtaine d'annes (ainsi pour Ramss II, la date de sa mort est 1236 avant J.-C. pour certains et 1213 pour
d'autres), sont prcises aujourd'hui.
En toute logique, c'est la chronologie basse qui s'impose aujourdhui pour des raisons astronomiques et
historiques (18) et je l'utilise galement, contrairement ce que j'avais fait en 1982. De ce fait, le cataclysme de
-1225 dont je parlais se trouve avanc en -1208 (c'est--dire 1209 avant J.-C., date historique qu'il est bon de
retenir) (19) pour des raisons que je vais dvelopper.
Les choses ayant srieusement volu depuis 1982, je rappelle d'abord rappeler ce que j'crivais alors (pp. 236237) pour rpondre aux deux questions de base qui se posaient : quel type d'objet et pourquoi cette date ?
" Certains auteurs croient une comte trs importante, mais en fait c'est peu probable pour
plusieurs raisons, dont la principale est que les impacts de comtes actives sur la Terre sont des
vnements extrmement rares, puisqu'il ne s'en produit pas un seul en moyenne par million
d'annes. Nous penchons plutt pour un cataclysme "courant" : l'impact d'un EGA comtaire qui
s'est fragment en plusieurs morceaux et qui a eu tendance se dsagrger et s'mietter tout
au long de sa trajectoire intra-atmosphrique. Nous aurons l'occasion de voir pourquoi.
La date de -1225 rsulte principalement de l'examen des textes gyptiens, notamment ceux
dcouverts Mdinet Habou (partie sud de l'ancienne Thbes occidentale) au XXe sicle
seulement. Ces textes trs importants ont t gravs sous le rgne de Ramss III, quelques
dizaines d'annes seulement aprs la catastrophe. Ce sont eux qui, seuls, permettent de dater
avec prcision ( quelques annes prs, ce qui est fantastique quand on sait le flou des datations
anciennes) le cataclysme auquel il font allusion. Ces textes ont permis de cerner la priode
incrimine, qui ne peut tre que celle de Merenptah, ou moins probablement l'un de ses deux
successeurs directs. "
Sekhmet, Phaton, Absinthe, Surt et les autres
Depuis l'criture de ce texte, il y a eu en effet une nouveaut essentielle : la dcouverte que P/Encke et Oljato ne
formaient qu'un seul objet il y a 9500 ans et qu'ils sont membres de la grande famille de Hephaistos qui
comprend un astrode aussi gros que Hephaistos (le fragment principal de l'objet originel auquel il donne son
nom) qui a 8 ou mme 10 km de diamtre moyen. Les astronomes catastrophistes croient aujourd'hui que l'objet
cleste du XIIIe sicle tait mixte, la fois comtaire et astrodal, quil pouvait tre de taille kilomtrique, quil
sest progressivement disloqu dans l'atmosphre (heureusement !) et quil n'a touch le sol que dune
manire partielle, certains fragments ayant pu rsister la traverse de latmosphre, dautres non.
Pour ce qui est de la priode incrimine, le mrite en revient essentiellement au thologien et archologue
allemand Jrgen Spanuth (1907-1998) (20) qui a tudi cette priode trouble avec beaucoup de pertinence. Cet
auteur, la recherche aprs beaucoup d'autres de l'Atlantide, a cherch dmontrer que les fameux Peuples de
la Mer, dont il est longuement question dans les textes gravs de Mdinet Habou, ont t chasss de leur rgion
d'origine (un ancien empire de la cte occidentale du Schleswig-Holstein en Allemagne du Nord, partiellement
englouti aujourd'hui dans la mer du Nord, et qui serait l'Atlantide d'aprs Spanuth) la suite du cataclysme
cosmique de -1208. Spanuth, en se basant sur des calculs de lastronome allemand Mario Zanot, imputait ce
cataclysme un passage trs rapproch de la comte P/Halley en -1226 et un impact d'un fragment de cette
comte qu'il pensait tre Phaton (rebaptis, nous l'avons vu, Surt dans la mythologie germanique et nordique),
dont la lgende transmise par Ovide (voir le texte au chapitre 1) est parvenue jusqu' nous.
Cette quasi-collision entre la Terre et P/Halley suppute par Zanot et retenue par Spanuth est exclue. Par contre,
Phaton est bien l'un des noms associs la catastrophe cosmique, avec de nombreux autres dont les plus
connus sont Typhon en Grce, Anat en Syrie, l'toile de Baal en Canaan (Palestine et Phnicie), Absinthe (l'toile
de l'Apocalypse) chez les Hbreux, Surt dans les pays du nord et surtout Sekhmet en gypte. Je garderai ce
dernier nom, pour continuer l'histoire, car ce sont les textes gyptiens qui, grce surtout un passage capital
des fresques de Mdinet Habou, permettent de dmontrer que c'est un mme cataclysme qui a concern
l'gypte et les pays du Nord.
" Le feu de Sekhmet a brl les pays du neuvime cercle. " (21)
Il faut savoir pour comprendre l'intrt et l'importance de cette citation que, dans l'Antiquit, la Terre tait
divise en neuf cercles parallles (un dixime concernait laxe du monde lui-mme) et que le neuvime cercle
380
concernait les pays de l'extrme nord de la Terre connus cette poque (en gros la Sude, la Norvge, le
Danemark, l'Allemagne du Nord et aussi l'Islande actuelles).
Spanuth explique dans son livre, en citant de nombreuses sources de diffrentes poques, les raisons qui lui
permettent de dater (approximativement) la collision et sa relation avec la comte Phaton, dont il raconte
galement la lgende dans la version d'Ovide.
" Il est possible de dater les catastrophes naturelles rapportes par cette lgende car il y est dit,
par exemple, que "la Libye devint un dsert" et que, parmi de nombreux autres fleuves, "le Nil fut
mis sec".
Ces deux vnements ne sont rapports qu'une seule fois dans les textes de l'ancienne gypte.
Dans l'inscription de Karnark on trouve, pour la cinquime anne du rgne de Merenptah (12321222 avant J.-C.) : "La Libye est devenue un dsert infertile, les Libyens viennent en Egypte pour
chercher la nourriture de leur corps" (Hlscher, 1937).
Ramss III rapporte, dans les textes de Mdinet Habou : "La Libye est devenue un dsert, une
redoutable torche lana les flammes du ciel pour dtruire leurs armes et pour ravager leur pays...
Leurs os brlent et grillent dans leurs membres".
Il est dit galement dans les textes de Mdinet Habou que le Nil aurait t assch. On y lit entre
autres : "Le Nil tait assch et le pays tait livr la scheresse" (tableau 105)...
Dans les textes de Sti II (vers 1215-1210 avant J.-C.), on trouve : "Sekhmet tait une toile qui
tournait en lanant des flammes, une gerbe de feu temptueuse" (Breasted, Ancient Records of
Egypt, 1906-07).
Dans une inscription de Ougarit (Ras Shamra) date de l'poque qui prcda de peu la
destruction de la ville au cours du derniers tiers du XIIIe sicle avant J.-C., on trouve "L'toile
Anat est tombe du ciel, elle a massacr la population du pays syrien et elle a inverti le
crpuscule ainsi que la position des toiles" (Bellamy, 1938). " (22)
Ce passage contient une information capitale : La collision se serait passe lors de la cinquime anne du
rgne de Merenptah, soit l'anne 1209 avant J.-C. si l'on utilise la chronologie basse (Spanuth, lui, utilise la
chronologie haute (23), comme on le faisait encore gnralement dans les annes 1970). Cette anne 1209 peut
en fait s'carter de quelques annes de la ralit, car l'on sait que les dates de rgne de Merenptah ne sont
qu'approximatives. Si l'on en croit les gyptologues modernes, Merenptah aurait eu pour successeurs directs :
Amenms (1203-1200) et Sthi II (1200-1194). Or ce dernier a laiss le texte rappel ci-dessus et est donc
obligatoirement postrieur au cataclysme. Plus loin, j'essaie de prciser la date de l'impact de Sekhmet,
vnement majeur de l'histoire cosmique des hommes.
La trajectoire de Sekhmet et les consquences du cataclysme
Peut-on essayer de reconstituer l'orbite intra-atmosphrique de Sekhmet, qui tait considr par les auteurs de
l'Antiquit soit comme une comte (le plus souvent), une toile, une boule de feu, un nud de flammes, un
deuxime soleil, un serpent ou un dragon ? A mon avis, c'est trs possible, car les traces de son passage sont
nombreuses dans les textes des Anciens. Sekhmet venait de l'ocan Indien et suivait une trajectoire sudest/nord-ouest. Premire chose quasi certaine : la collision a eu lieu de jour.
On signale d'abord son passage en thiopie et en Arabie. Apparemment, lobjet cosmique, qui a probablement
subi une premire fragmentation partielle en traversant les hautes couches de latmosphre, continue de se
disloquer, de s'mietter et perd une partie substantielle de sa matire, probablement de couleur rouge, puisque
c'est cette poque que l'rythre et la mer Rouge vont recevoir leur nom. Les morceaux de Sekhmet, qui a dj
la forme d'un "dragon" du fait qu'il est suivi d'une paisse et longue trane de poussires, s'cartent un peu les
uns des autres grce "l'effet fuse". L'un de ceux-ci explose au-dessus de la Libye (qui devient dfinitivement
dsertique seulement cette poque) et un autre au-dessus de la Syrie (qui est victime d'incendies
gigantesques). Un troisime fragment tombe peut-tre dans la Mditerrane (c'est l'pisode biblique du "puits
de l'abme", un impact suivi dune ruption) et cause des sismes et un tsunami.
Mais le corps principal continue sa route vers le nord-ouest, passe au-dessus de la Grce, brlant plusieurs
rgions, dtruisant de nombreux palais et entranant en dfinitive la disparition de la culture mycnienne. On perd
alors sa trace, mais en fait Sekhmet survole l'Europe centrale (o les Celtes et d'autres peuples sont des tmoins
381
effrays qui conserveront une peur panique, quasi maladive, des dangers venant du cosmos), puis l'Allemagne
du Nord et le sud de la Scandinavie (c'est lpisode du Ragnark rappel au chapitre 1, avec Surt arrivant du
sud avec les Gants du feu), avant d'exploser ou de heurter l'ocan Atlantique ou la mer du Nord. Cet impact
final pourrait avoir t multiple, si les Gants du feu de la lgende constituaient de nouveaux fragments de lobjet
principal.
On ne peut savoir avec exactitude si finalement il y a eu explosion dans l'atmosphre ou impact ocanique. Il faut
rappeler ici ce que j'ai expliqu au chapitre consacr aux comtes. La ceinture de Kuiper est compos de
milliards d'objets de nature htroclite que les astronomes appellent des objets de Kuiper (ou KBO pour Kuiper
Belt Objects). Beaucoup sont des comtes formes quasi exclusivement de glace et de poussires trs
grossirement agglutines. D'autres sont des astrodes rocheux, d'autres sont des objets mixtes. Il n'est
mme pas tout fait exclu que certains gros objets soient diffrencis, avec donc la possibilit d'un noyau ferreux
et nicklifre.
Si l'objet de -1208, probablement issu de Hephaistos et autonome depuis seulement quelques milliers d'annes,
tait un fragment comtaire (genre P/Encke), je ne crois pas qu'il y ait pu avoir un impact terrestre (ou ocanique
bien sr). Par contre, il reste possible que le dernier fragment qui a survol l'Europe du nord pouvait tre
partiellement rocheux, et donc avoir une densit suprieure (de l'ordre de 3,0 g/cm3 peut-tre), dans quel cas ce
bloc, ou seulement une partie de celui-ci, aurait pu percuter l'ocan.
Figure 19-4. Image du monde des gyptiens vers 1200 avant J.-C.
Pour les gyptiens du XIIIe sicle avant notre re, le monde se divisait en dix arcs. Le 9e arc tait la rgion
occupe par les Peuples du Nord et le 10e arc correspondait la colonne du ciel. Les gyptiens de lpoque de
Ramss III sont formels : ce sont les ravages causs par Sekhmet qui obligrent ces Peuples du Nord
abandonner leurs contres devenues invivables. Cest lpisode du Ragnark de la mythologie germanique et
scandinave.
383
Les multiples mouvements de populations constats en cette fin de XIIIe sicle et dans le premier quart du XIIe
avant J.-C. s'expliquent galement. Ces peuples furent conduits l'exil parce que leurs ressources naturelles
habituelles taient dtruites ou empoisonnes, la gographie chamboule. Pour survivre, il fallait partir
ailleurs, quitter sa rgion, souvent sans espoir de retour, et automatiquement se frotter aux autochtones qui
voyaient d'un bien mauvais il des trangers migrer sur leurs terres. De tels exodes massifs dbouchent
obligatoirement sur la guerre et sur une refonte des socits humaines. Tout cela est observ entre -1208 et
-1180. En une seule gnration souvent, on note des transformations inexplicables si on ne prend pas en compte
les consquences du drame cosmique. Comme l'ont si bien dit les gyptiens du temps de Ramss III, une
trentaine d'annes seulement aprs le cataclysme, et dont beaucoup avaient t les tmoins oculaires :
" Sekhmet a boulevers l'ordre du monde. " (24)
Aprs le passage de lobjet cosmique et les consquences terrestres et humaines qu'il a engendres, aucune
des anciennes civilisations sinistres ne survcut sans des remaniements profonds. L'vnement a t si
exceptionnel pour les populations, surtout pour les gyptiens d'ailleurs, que Pline s'en est fait l'cho treize sicles
plus tard, avec l'vocation de "la comte terrible".
Cet vnement est pourtant totalement pass sous silence dans les livres sur lAntiquit, car les historiens du
pass et ceux de la gnration actuelle nont jamais pris en compte le cataclysme dans leurs travaux, faute de
documents suffisamment explicites laisss par les Anciens. Cest pourquoi lhistoire ancienne devra tre rcrite
la lumire des cataclysmes mis en vidence par les chercheurs actuels. Cela ne pourra se faire que par une
nouvelle gnration dhistoriens.
Peut-on dater la collision avec prcision ?
Il est aujourdhui possible de proposer quelques dates pour le cataclysme cosmique, bien que la double
chronologie pour les pharaons complique singulirement le problme, puisque les dates varient dans une
fourchette de 22 ans pour la mort de Ramss II (1235 et 1213 avant J.-C.) et pour celle de Merenptah (1225 et
1203 avant J.-C.). Le tableau 19-1 donne toutes les dates possibles entre 1230 et 1201 avant J.-C., sachant que
certains textes gyptiens prcisent que le cataclysme a eu lieu un 12 Tybi, ce qui correspond des dates de fin
octobre et dbut novembre de notre calendrier moderne.
Tableau 19-1. Dates possibles du cataclysme du 12 Tybi selon les diffrents critres
Mois de Tybi 1321 av. J.-C. = 16 novembre au 15 dcembre de notre calendrier actuel
12 Tybi 1321 av. J.-C. = 27 novembre annes vagues de 365 jours - dcalage de 0.2422 jour par an
1321 av. J.-C. = premire anne de la deuxime priode sothiaque de 1460 ans
1321 av. J.-C. n'est pas une anne certaine - autres annes possibles : 1318 et 1315
1230
1229
1228
1227
1226
1225
1224
1223
1222
1221
1220
1219
1218
1217
1216
1321
dc. date
22.04 05/11
22.28
22.52
22.77 05/11
23.01 04/11
23.25
23.49
23.74
23.98 03/11
24.22
24.46
24.70
24.95 02/11
25.19
25.43
1318
dc. date
21.31 06/11
21.56
21.80
22.04 05/11
22.28
22.52
22.77
23.01 04/11
23.25
23.49
23.74
23.98 03/11
24.22
24.46
24.70
1315
dc. date
20.59 07/11
20.83
21.07 06/11
21.31
21.56
21.80
22.04 05/11
22.28
22.52
22.77
23.01 04/11
23.25
23.49
23.74
23.98 03/11
1215
1214
1213
1212
1211
1210
1209
1208
1207
1206
1205
1204
1203
1202
1201
1321
dc. date
25.67
25.92 01/11
26.16
26.40
26.64
26.88
27.13 31/10
27.37 31/10
27.61
27.85
28.10 30/10
28.34
28.58
28.82
29.06 29/10
1318
dc. date
24.95 02/11
25.19
25.43
25.67
25.92 01/11
26.16
26.40
26.64
26.88
27.13 31/10
27.37
27.61
27.85
28.10 30/10
28.34
384
1315
dc.
date
24.22
24.46
24.70
24.95 02/11
25.19
25.43
25.67
25.92 01/11
26.16
26.40
26.64
26.88
27.13 31/10
27.37
27.61
La lgende de Phaton, version Ovide, et le passage de lApocalypse traitant du puits de labme permettent
dobtenir la date dite volcanologique. Ovide nous apprend que suite la chute de Phaton, l'Etna eut une
ruption trs importante. Le passage de l'Apocalypse prcise que suite la chute dune toile sur la Terre (Il lui
fut donn la cl de labme), il y eut une ruption (Elle ouvrit le puits de labme). Les volcanologues
modernes sont prcis : la premire grande ruption de lEtna, encore dcelable malgr que ses dpts soient
recouverts par ceux de multiples ruptions ultrieures, date de 1227 avant J.-C. ( quelques annes prs).
Je propose donc une premire date : 5 novembre 1227 avant J.-C. (= -1226). Deux dates peuvent tre
proposes concernant Merenptah, puisque les textes gyptiens disent que le cataclysme eut lieu la cinquime
anne de son rgne. Dans la chronologie haute, la date est le 5 novembre 1230 avant J.-C. (= -1229) et dans la
basse le 31 octobre 1209 avant J.-C. (= -1208). Dautres auteurs donnent 1232-1222 pour le rgne de
Merenptah, la cinquime anne tombe alors en parfait accord avec la date volcanologique (simple concidence ou
datation inespre grce Ovide ?). Malgr tout, la date de -1208 (1209 avant J.-C.) me semble prfrable, du
fait des dates de Merenptah mises en avant par plusieurs gnrations d'gyptologues.
Sekhmet et l'Exode
Dans le cadre troit de ce chapitre, je ne peux m'appesantir trop longtemps sur l'impact de -1208 (il faudrait un
livre entier pour tre complet et citer tous les textes et les consquences qui lui sont associs), mais je dois dire
quelques mots sur l'Exode des Hbreux qui se situe probablement la mme poque. La majorit des
thologiens et des spcialistes de la Bible sont d'accord, en effet, pour considrer que Merenptah tait le pharaon
de triste mmoire qui perscuta les Juifs et les poussa la rbellion et l'Exode.
Certaines des dix plaies trouvent naturellement leur place suite la catastrophe cosmique de -1208.
Particulirement, les plaies 1 (l'eau change en sang du fait de la pigmentation rouge des poussires issues du
corps cleste), 5 (la peste du btail), 6 (les ulcres), 7 (le tonnerre et la grle) et 9 (les tnbres) sont des
consquences "normales" de l'explosion d'une comte ou d'un astrode d'origine comtaire.
On sait qu'il y a eu probablement un nombre accru de cancers de la peau et de brlures cette poque (" Leurs
os brlent et grillent dans leurs membres ", rappellent les textes), ils s'expliquent fort bien par les radiations
associes l'explosion et l'augmentation de la radioactivit au niveau rgional. On l'a constat avec l'explosion
de la Toungouska qui tait probablement un cataclysme analogue, peut-tre mme caus par une matire
identique si l'origine des deux objets est la mme, mais d'une amplitude beaucoup moins forte. L'objet de la
Toungouska ne dpassait pas 100 mtres de diamtre, alors que Sekhmet tait sans doute de taille kilomtrique
avant sa premire fragmentation.
Pour ce qui est du Passage, voil ce que j'crivais en 1982 (p. 242) dans la version originale de La Terre
bombarde :
" Quant au fameux Passage, o qu'il ait eu lieu, car les avis ont toujours diverg (mer Rouge, mer
des Roseaux, etc.), il a d avoir lieu quelques jours aprs la collision de Sekhmet, pendant la
priode "post-catastrophe" quand les ouragans faisaient encore rage et quand la vie normale
n'avait pas encore retrouv tous ses droits. Ce Passage s'explique obligatoirement par le retrait
provisoire de la mer, avant son retour furieux sous la forme d'un tsunami ou d'une trombe d'eau.
Que les Juifs aient profit de la confusion gnrale associe cette priode particulirement
trouble, il n'y a rien l d'invraisemblable. On comprend mme que principaux bnficiaires (peuttre les seuls en fait) du cataclysme cosmique, ils se soient considrs comme le "peuple lu".
Les thologiens, avec cette nouvelle hypothse assez vraisemblable, pourront sans doute
amliorer la thorie de l'Exode qui laissait pour le moins dsirer jusqu' maintenant. Sekhmet
leur ouvre une voie nouvelle. "
Je serai moins affirmatif aujourd'hui, mais aussi plus prcis, pour les raisons suivantes. Au chapitre 1, j'ai rappel
un texte gyptien qui prcise que le cataclysme a eu lieu un 12 Tybi, date qui correspond au 31 octobre 1209
avant J.-C. (soit le 31 octobre -1208), si la catastrophe a bien eu lieu cette anne-l, date que je propose pour la
premire fois la communaut scientifique et qu'il sera peut-tre ncessaire d'ajuster quelque peu. (25)
On sait, par contre, par les textes hbreux que le Passage a eu lieu au dbut du printemps, au mois de mars,
priode plus tardive de quatre cinq mois environ. Quatre questions se posent donc concernant cet important
pisode biblique :
1. La date du 12 Tybi correspond-elle la catastrophe de -1208, ou bien une autre catastrophe antrieure ? (on
sait qu'il y en a eu d'autres durant les millnaires prcdents).
385
2. L'intervalle de quatre ou cinq mois pourrait avoir t marqu par les plaies qui ont d'abord agac, puis fait peur
aux gyptiens et les ont dcid laisser partir les Hbreux sous la direction de Mose. On pourrait alors expliquer
partiellement la mort des nouveau-ns (qui a toujours paru inexplicable et qui a donc t considre comme
une fable), qui ne serait en fait que la consquence d'un empoisonnement des ftus d une radioactivit
rsiduelle mais bien relle, et qui aurait ainsi entran la non-viabilit ou l'anormalit de ces nouveau-ns "postcatastrophe" ou des accouchements prmaturs ou des avortements suspects. Mais est-ce vraiment crdible ?
(Je rappelle que Tchernobyl, pour d'autres raisons, a montr qu'une forte radioactivit n'avait rien de bon pour les
femmes enceintes et surtout pour leur descendance).
3. Peut-on croire que la priode post-catastrophe en gypte ait dur prs de six mois ? Quand on lit la Bible, on
se rend bien compte qu'il a fallu un certain temps Pharaon pour se dcider et qu'il est rest sourd avant de
rpondre affirmativement la demande de dpart des Hbreux. Et d'autre part, le cataclysme cosmique et
l'Exode ne peuvent pas tre tout fait concomitants. Si le pays tait totalement dtruit, il parat vident que le
pharaon avait autre chose faire en urgence, plutt que de lever une arme et aller courir aprs des pseudoennemis qui pouvaient bien attendre. En fait, l'cart de plusieurs mois entre les deux vnements parat probable
(il pourrait mme se chiffrer en annes, si Merenptah a vraiment rgn dix ans et non seulement six). Par contre,
comment expliquer alors le tsunami ou la trombe d'eau qui a "ouvert" la mer des Roseaux, point de passage le
moins large, et donc le plus probable ? L'avenir permettra peut-tre d'claircir un peu ce problme, assez obscur
il faut bien le dire.
4. Quel tait donc le pharaon de l'Exode qui permet de dater avec prcision l'pisode du Passage ? On a la
rponse aujourd'hui d'une manire quasi certaine : c'tait bel et bien Merenptah, comme l'a montr brillamment
Maurice Bucaille (26). Cet rudit, chirurgien de profession et spcialiste des critures saintes, s'est demand
dans les annes 1970 si l'on ne pourrait pas tenter d'obtenir des signes directs de la participation dun pharaon
l'Exode. Il a eu l'ide (qui rappelle celle de Luis Alvarez pour liridium) dautopsier les momies de diffrents
pharaons de lpoque qui sont conserves en gypte depuis plus de 3000 ans et aussi la chance de pouvoir
effectuer ces examens extraordinaires (27). Le rsultat est sans appel : Ramss II est exclu, c'tait un vieillard
invalide la fin de sa vie ; par contre Merenptah est dcd de mort violente, avec notamment un srieux
traumatisme crnien. Tout porte croire qu'il est mort durant l'Exode et que son corps a t rcupr et aussitt
embaum. La momie de Merenptah ne fut retrouve qu'en 1898 et identifie comme tant la sienne en 1907
seulement. C'est le fait mme qu'on l'ait retrouve qui fit croire une majorit d'gyptologues et de thologiens
du XXe sicle que Merenptah ne pouvait pas tre le pharaon de l'Exode, suppos mort noy durant le Passage.
Noy peut-tre, mais rcupr srement !
3 3,3 ans = 10 ans. Tous les dix ans (aux perturbations prs), la Terre est donc davantage menace par un
impact qui peut tre dimportance trs variable.
Cela s'est produit en -1208 ( quelques annes prs) et aurait pu se reproduire avec un dcalage de dix ans en
-1198, en -1188 ou en -1178. La rencontre s'est apparemment reproduite au quatrime croisement (29) en -1168,
et cet vnement ne peut pas choquer les astronomes, s'il s'agit d'un fragment rellement originaire du Complexe
des Taurides. Rappelons aussi qu'au XXe sicle, la collision de la Toungouska a t probablement une
catastrophe du mme type, peut-tre mme avec la mme matire originelle, mais diffrente quand mme dans
la mesure o en 1908 il n'y a pas eu de chute de pierres, mais dsintgration totale dans l'atmosphre de l'objet
cosmique.
Pour en revenir l'poque de Josu, il y a eu donc explosion dans l'atmosphre d'un fragment comtaire (peuttre de taille hectomtrique). La diffusion des poussires issues de la dsintgration a permis une prolongation
inhabituelle du jour (tout fait anormale et donc "miraculeuse" pour les tmoins oculaires), comme je l'ai racont
au chapitre 2. Par une chance inoue (et sans doute un peu "arrange" par les auteurs du texte original), une
chute de pierres a pulvris les ennemis d'Isral. Cela montre que le fragment en question tait partiellement
rocheux et non constitu en totalit de glace et de poussires agglomres. Mais il n'y a rien l d'anormal, vu
l'htrognit du corps cleste originel.
Seule l'existence du texte biblique a permis de recenser cet vnement, probablement secondaire sur le plan
nergtique et au niveau des dgts rels engendrs par l'explosion. Quelques vies humaines peut-tre, qui se
sont transformes pour les besoins de la cause en une arme "slectionne" par Dieu, et en un fait darmes
transmettre aux gnrations futures pour bien montrer la puissance du Crateur. Plus scientifiquement, en
rsum, un vnement d'origine cosmique ordinaire, comme la Terre dans sa totalit a d en compter plusieurs
dizaines depuis 20 000 ans, mais qui restent, eux, inconnus faute de tmoignages humains et de textes les
ayant relats et dats avec prcision.
387
causer la fois un incendie de grande envergure et un dluge, ce qui semble contradictoire premire vue. Le
mystre reste total aujourd'hui sur la cause relle et la date de ces catastrophes.
Combien d'entre elles peuvent tre relies des fragments de Hephaistos qui auraient percut la Terre ? Il ne
faut pas oublier qu'un astrode comme Oljato, membre de cette grande famille cosmique, est sur une orbite de
quasi-collision avec notre plante alors que sa sur jumelle, P/Encke, ne l'est pas. On voit que les choses ne
sont pas simples et que l'avenir rserve de belles surprises.
Dans un livre dont la lecture fait rflchir, Les mystres des mondes oublis, Charles Berlitz (1914-2003) (31)
cite des extraits de plusieurs livres classiques de l'Inde concernant une mystrieuse "mtorite de fer". De
nombreux auteurs, spcialistes des ovnis et des civilisations "suprieures" disparues, ont galement utilis ces
textes pour faire de cet objet cleste un missile ou un ovni. Mais les textes sont clairs, ce qu'ils dcrivent, ce n'est
rien d'autre qu'une mtorite de fer qui provoqua un "feu du ciel" qui marqua profondment les esprits des
tmoins.
" ... Un projectile unique charg de toute la puissance de l'univers. Une colonne incandescente
de fume et de flammes, aussi lumineuse que dix mille soleils, s'leva dans toute sa splendeur...
C'tait une arme inconnue, une mtorite de fer, un gigantesque messager de mort qui rduisit
en cendres la race entire des Vrishnis et des Andhakas... Les cadavres taient ce point brls
qu'ils taient mconnaissables. Leurs cheveux et leurs ongles tombaient d'eux-mmes ; les
poteries se brisaient sans cause apparente, et les oiseaux devenaient blancs. Aprs quelques
heures, tous les aliments taient contamins... Pour chapper ce feu, les soldats se
prcipitrent dans les cours d'eau...
... Une mtorite de fer, par laquelle tous les individus de la race des Vrishnis et des Andhakas
furent rduits en cendres... une cruelle mtorite de fer qui ressemblait un gigantesque
messager de mort... Le roi fit rduire en fine poudre cette mtorite de fer... les hommes
s'employrent projeter cette poudre dans la mer... "
Ces quelques extraits parvenus jusqu' nous travers les sicles montrent qu'en Inde aussi des tribus furent
brles et dtruites par les consquences directes d'un impact. tonnamment, celui dcrit ci-dessus concernait
une sidrite. Or ces sidrites sont des mtorites plutt rares, bien qu'elles soient relativement nombreuses dans
nos collections. Le fait que dans les vieux textes indiens, le roi de l'poque fit rduire en poudre une partie de la
mtorite signifie que la volatilisation ne fut pas complte au moment de l'impact, et donc qu'il ne pouvait s'agir
d'un objet de plusieurs dizaines de mtres.
Mais les calculs montrent qu'un petit astrode de 10 mtres seulement a une masse de l'ordre de 4000 tonnes et
une nergie cintique voisine de 51014 joules au moment de l'impact. C'est l'nergie libre par un sisme de
magnitude 6,6, donc une nergie suprieure celle libre par la bombe atomique de Hiroshima (magnitude 6,4).
On voit ainsi qu'un astrode minuscule est capable de causer des dgts considrables, s'il rsiste la
fragmentation en traversant l'atmosphre. Les sidrites sont plus rsistantes cet gard et ont de meilleures
chances de franchir intactes le bouclier atmosphrique. Mme minuscule, la sidrite indienne a extermin (pas
directement, mais par les consquences que l'impact a engendres, notamment la chaleur extrme et les
brlures) deux tribus entires, si l'on en croit les textes.
Les philosophes de l'Antiquit taient catgoriques cet gard, la fin du monde par l'eau et par le feu tait la
rgle. Je crois avoir montr qu'ils avaient raison et que leur perspicacit n'avait rien envier celle des savants
d'aujourd'hui. Il aura fallu attendre deux millnaires pour pratiquement revenir au point de dpart, savoir que le
cosmos reste une menace permanente pour la Terre, pour les hommes et plus encore pour les civilisations.
Notes
1. I. Donnelly, The destruction of Atlantis - Ragnarok, or the age of fire and gravel (Courier Dover Publications,
2004). Le livre d'Ignatius Donnelly a constamment t rdit au XXe sicle. Souvent descendu en flche par les
scientifiques, il n'en est pas moins fort intressant. Donnelly, digne successeur des grands catastrophistes du
dbut du sicle, a compris que seule une comte pouvait avoir entran les dsastres qu'il dcrit dans son livre,
une poque (le livre a t publi en 1883) o aucun NEA n'tait connu, ni mme souponn (Eros n'a t
dcouvert qu'en 1898).
2. I. Velikovsky, Mondes en collision (Stock, 1951). Titre original : Worlds in collision (1950). Un livre maudit pour
beaucoup, mais un livre riche dans sa partie historique. J'y ai trouv certains dtails qui ne figurent nulle part
ailleurs.
388
3. J. Hawkes, Atlas culturel de la prhistoire et de l'antiquit (Elsevier-Squoia, 1978). Titre original : The atlas of
early man (1976). Un autre livre traite le mme sujet : M. Oliphant, L'atlas du monde antique (Solar, 1993). Titre
original : The atlas of the ancient world (1992).
4. V. Clube and B. Napier, The cosmic serpent (Faber & Faber, 1982). Un livre essentiel paru la mme anne que
La Terre bombarde. Ces deux livres se compltent.
5. V. Clube and B. Napier, The cosmic winter (Blackwell, 1990). Le deuxime livre du duo d'astronomes
britanniques qui sont les piliers de lcole catastrophiste britannique. Ce livre est paru en franais en mars 2006
sous le titre Hiver cosmique, aux ditions Le Jardin des Livres. Seize ans plus tard, il ne pouvait tre question de
l'actualiser.
6. J.-L. Bernard, Les archives de l'insolite (Livre de Poche, 1978).
7. P.J. Cannon, Meteorite impact crater discovered in cental Alaska with Landsat imagery, Science, 196, pp.
1322-1323, 1977.
8. O.H. Muck, L'Atlantide. Lgendes et ralit (Plon, 1982). Titre original : Alles uber Atlantis (1976). Otto Muck
(1892-1956) a crit ce livre au dbut des annes 1950, peu aprs celui de Velikovsky. C'tait un ingnieur de
haut niveau qui l'on doit plus de 2000 brevets. Aprs d'autres, il fut fascin par le problme de l'Atlantide.
9. C. Berlitz, Le mystre de l'Atlantide (Belfond, 1977). Titre original : The mystery of Atlantis (1969).
10. W. von Engelhardt, Impact structures in Europe, dans International Geological Congress, 24th session,
section 15 : Planetology, pp. 90-111, 1972.
11. G. Kolpaktchy, Livre des Morts des anciens Egyptiens (Stock, 1978).
12. A. Slosman, La grande hypothse (Robert Laffont, 1992, avec la collaboration de E. Bellecour). Albert
Slosman (1925-1981) tait un remarquable rudit qui a travaill de nombreuses annes sur une " Histoire du
monothisme des origines la fin du monde ", uvre reste inacheve.
13. J.-L. Bernard, Aux origines de l'Egypte (Robert Laffont, 1976).
14. Pour ce qui est des soi-disant cyclopes, je rappelle qu'il s'agissait en fait de crnes de mammouths
dcouverts dans certaines grottes de Sicile, et qui furent parfois considrs dans l'Antiquit, un peu abusivement,
comme des crnes de gants humains avec un il frontal unique.
15. M. Dribr et P. Dribr, Histoire mondiale du dluge (Robert Laffont, 1978).
16. F. Kowaks, Le dossier secret de l'le de Pques (Belfond, 1979).
17. C. Desroches-Noblecourt et C. Jacq entre autres postulent rsolument pour que Ramss II soit le pharaon de
l'Exode, qu'ils voient plus tt dans l'histoire de l'Egypte. D'autres, comme N. Grimal, ne prennent pas position
mais entrevoient les deux possibilits. Le premier gyptologue qui associa Merenptah l'Exode fut l'Allemand
K.R. Lepsius en 1849 dans son livre Die chronologie der Aegypter.
18. L'existence d'une double chronologie pour les pharaons s'explique de la faon suivante. Le lever hliaque de
Sirius qui, seul, permet une datation absolue a t observ l'poque de Amenhotep I au XVIe sicle avant J.-C.
comme le raconte le Papyrus Ebers. Mais on ignore si cette observation a t faite Memphis, capitale de
l'Egypte sous l'Ancien Empire, qui se trouvait 35 km au sud du Caire, ou Thbes, capitale sous le Moyen et
Nouvel Empire, qui se trouvait beaucoup plus au sud, 700 km du Caire. Ce n'est pas du tout la mme chose et
la distance entre les deux villes, suprieure 650 km, correspond une diffrence de 20 ans dans l'apparition du
lever de Sirius. Comme le XVIe sicle correspond au Moyen Empire, les gyptologues modernes, contrairement
aux anciens, pensent, avec raison semble-t-il, que l'observation dcisive a t faite de Thbes, qui tait la
capitale cette poque. La chronologie basse, mme si elle n'est pas certaine, est donc nettement la plus
probable.
19. Je rappelle la diffrence entre les annes astronomiques et les annes historiques avant l're chrtienne. Elle
vient du fait qu'il n'y a pas eu d'anne 0 dans la chronologie historique : on est pass directement de l'anne 1
avant J.-C. l'anne 1 de l're chrtienne. Le premier sicle avant J.-C. s'est donc droul entre l'an 100 et l'an 1
avant J.-C. inclus. L'anne 0 fut introduite au XVIIIe sicle, par Cassini, pour faciliter le dcompte des annes
antrieures notre re et pour qu'il y ait une continuit dans la chronologie mathmatique. L'an 1 avant J.-C. fut
donc not anne 0, l'an 2 fut not -1 et ainsi de suite. Le premier sicle avant J.-C. se termina donc le 31
dcembre -99 24 heures, mais il comporta bien 100 ans comme tous les autres. L'anne 1209 avant J.-C., date
prsume du cataclysme cosmique, correspond donc bien l'anne astronomique -1208. Le lecteur doit bien se
faire l'ide que ces deux dates apparemment diffrentes sont en fait strictement identiques.
20. J. Spanuth, Le secret de l'Atlantide. L'empire englouti de la mer du Nord (Copernic, 1977). Titre original : Die
Atlanter (1976). Jrgen Spanuth tait un rudit allemand, docteur en thologie et en archologie. Son apport dans
la comprhension de ce qui s'est pass dans la priode 1205-1150 a t considrable. Il a montr que c'est un
mme cataclysme qui a provoqu les dgts subis en Egypte et en Allemagne du Nord et que Sekhmet, Phaton
et Surt taient en fait des personnalisations diffrentes d'une seule et mme comte vue et enregistre sous des
389
cieux diffrents. Il a aussi montr que les Peuples du Nord, chasss par le cataclysme, sont devenus une
composante des Peuples de la Mer, aprs leur exode massif vers le sud de l'Europe. La bibliographie de son livre
est trs importante et il utilise de nombreuses citations pour soutenir ses affirmations.
Spanuth a t un chercheur indpendant souvent mpris malgr ses deux doctorats, surtout parce qu'il est rest
pasteur toute sa vie (une "tare" insupportable pour beaucoup). Il s'agit d'un pionnier important, l'un des premiers
qui ait pris en compte le cataclysme dans l'histoire des hommes, notamment les migrations humaines forces qui
sont les plus dangereuses car elles dbouchent invitablement sur la violence, la guerre et la refonte des
socits humaines.
21. Cit par Spanuth, p. 175. Ce passage essentiel fait partie des textes de Mdinet Habou (tableau 17, 46), qui
datent de l'poque de Ramss III. Ces textes trs importants ont t tudis, relevs et traduits en anglais par les
spcialistes de l'Universit de Chicago. Ils figurent dans un livre en deux volumes : W.F. Edgerton and J. Wilson :
Historical records of Ramses III. The texts in Medinet Habu, vol. I and II, in "The Oriental Institutes of the
University of Chicago" (1936).
22. Textes cits par Spanuth, pp. 170-171. Ses sources modernes sont les suivantes : W. Hlscher, Libyer und
Aegypter, in "Beitrge zur Ethnologie und Geschichte libyscher Vlkerschaften nach a altgyptischen Quellen"
(1937) ; J.H. Breasted, Ancient Records of Egypt (1906-1907) ; H. Bellamy, Moons, myths and man (1938).
23. Si la chronologie haute devait s'avrer la bonne dans l'avenir, ce qui n'est pas exclu, l'anne du cataclysme
cosmique deviendrait 1231 avant J.-C. (ou -1230).
24. Texte cit par Spanuth dans son livre Le secret de lAtlantide.
25. La date dans l'anne devra tre ajuste si l'anne du cataclysme s'avre diffrente de celle-l, raison de un
jour pour quatre annes. Elle pourrait concerner l'un des premiers jours de novembre si la chronologie haute
s'avrait la meilleure.
26. M. Bucaille, Mose et Pharaon. Les Hbreux en Egypte (Seghers, 1995). Un livre trs important qui met
quasiment fin une interrogation deux fois millnaire : quel tait le pharaon de l'Exode ? Ce pharaon a huit
chances sur dix d'avoir t Merenptah, la neuvime appartenant Ramss II et la dixime appartenant son
successeur direct Amenms (ou Taoui Thom, connu aussi en Grce semble-t-il sous le nom de Typhon, et qui
reste parfois cit comme le pharaon de l'Exode).
27. Maurice Bucaille a eu en fait une chance unique. Il a obtenu l'autorisation, grce l'intervention et l'appui
indispensable de l'pouse du prsident gyptien Anouar el-Sadate (1918-1981), qui fut exceptionnellement sa
patiente l'occasion d'un passage Paris en 1974, de faire l'autopsie des momies gyptiennes ds la fin de la
mme anne. Assist par plusieurs collaborateurs gyptiens et franais, et surtout du mdecin lgiste franais
Michel Durigon, Bucaille a ainsi pu montrer deux choses primordiales. D'abord que Ramss II n'a pas pu tre en
personne le pharaon de l'Exode, car il souffrait d'une affection hautement invalidante (mais il n'est pas tout fait
exclu que l'Exode ait eu lieu l'poque de Ramss II). Par contre, il a pu prouver que Merenptah mourut victime
de traumatismes multiples ayant occasionn de trs graves lsions quasi instantanment mortelles, notamment
un traumatisme crnien. Meremptah est trs probablement mort durant le Passage, mais son corps a t
rcupr et embaum.
28. Cette priode de rvolution a pu tre substantiellement diminue pour certains fragments, la suite de
perturbations plantaires ultrieures, et la priodicit des approches serres peut tre totalement diffrente. La
commensurabilit des priodes de rvolution des astrodes et des comtes qui frlent la Terre avec celle de
notre plante varie de 1 an prs d'un sicle dans certains cas.
29. Quarante ans parat une dure bien longue pour aller d'Egypte en Isral. Il n'est pas impossible que les
premiers compilateurs des textes bibliques originaux aient un peu "forc la dose". Mais mme si le voyage des
Hbreux vers la Terre promise n'a dur que 20 ou 30 ans, la double catastrophe s'explique aujourd'hui fort bien.
Avant la nouvelle hypothse privilgie dans ce livre, cela sentait vraiment le coup de pouce.
30. E. Martin, Un astrode a percut la Terre l'poque des pyramides, Ciel et Espace, n 440, pp. 8-14, janvier
2007.
31. C. Berlitz, Les mystres des mondes oublis (Marabout, 1973). Titre original : Mysteries from forgotten worlds
(1972).
390
CHAPITRE 20 :
L'INCONNU, L'AVENIR
Le XXe sicle a permis une avance considrable de nos connaissances sur l'Univers et sur la Terre. Mais de
nombreux points restent obscurs et d'autres, souponns, n'ont pas encore pu tre confirms ou dfinitivement
abandonns. Ce sera l'apanage des astronomes et des spcialistes des sciences de la Terre du XXIe sicle
d'apporter une rponse satisfaisante ces dilemmes et incertitudes en cours. Nous allons voir quelques-unes de
ces hypothses qui constituent " l'inconnu ".
Ensuite, je parlerai de " l'avenir ", c'est--dire de ce qui attend la Terre, mais surtout nos descendants qui seront
confronts des problmes quasiment insolubles, qui, en fait, ne se sont pas encore prsents l'homme depuis
qu'il est devenu Homo sapiens comme, par exemple, la future inversion gomagntique ou un impact multiple
(une pluie de comtes ou d'astrodes) comme celui des fragments de SL9 sur Jupiter en 1994.
Nos successeurs devront faire preuve de pragmatisme pour survivre, mais aussi d'audace pour envisager et
mettre au point des techniques qui leur permettront de faire face des situations que nous n'aurions pas t,
nous-mmes, Terriens du XXe sicle, capables de rsoudre dans des conditions satisfaisantes. Faisons
confiance nos descendants pour qu'ils prennent en compte, et surtout temps, ce que certains scientifiques
visionnaires appellent " l'impratif extraterrestre ", sans doute une ncessit vitale si l'humanit veut survivre en
tant que telle, ou tout au moins faire face une surpopulation qui s'annonce moyen terme comme un danger
de premire grandeur.
391
lesquels lastronome allemand Jack Hartung (4), qui confirma le bien-fond de lhypothse de Calame et
Mulholland, ont rappel que ce cataclysme lunaire est rapprocher de l'vnement de la Toungouska et des
"temptes mtoritiques" enregistres par les sismomtres installs sur la Lune par les astronautes des
diffrentes missions lunaires Apollo.
Figure 20-3. Pays et villes noys par la monte des eaux ocaniques
La monte des eaux serait le pire flau pour les populations qui vivent au niveau de la mer et moins de
50 mtres daltitude. Cette figure est due Flammarion qui avait not quun simple affaissement dune
cinquantaine de mtres du sol de la France pourrait amener lAtlantique aux portes de Paris. Il a imagin Paris au
fond de la mer avec des monuments, comme ici lOpra, livrs aux poissons et toute une faune aquatique.
393
Et je ne parle pas videmment dune dglaciation gnrale due un ensemble de causes dont les effets seraient
additionnels (impact + effet de serre + augmentation gnrale de la temprature par exemple, mais aussi une
augmentation de temprature due au seul Soleil loccasion dune suractivit anormale). Notre civilisation ne
sen remettrait pas et retomberait rapidement dans la barbarie. La gographie serait nouveau totalement
remodele avec une remonte des eaux de lordre de 60 80 mtres selon les rgions. Il ne faut jamais perdre
de vue que de telles priodes ont dj exist dans lhistoire de la Terre, priodes au cours desquelles notre
plante avait totalement exclu la prsence de glace de sa surface, pour des raisons non encore explicites.
Lhomme, lui, survivra. Mais il devra accepter un recul, pas forcment gntique, mais au moins culturel. Cest
le moment de rappeler ici que la monte des civilisations na jamais t linaire, et que les priodes de recul ont
t nombreuses, notamment la suite de cataclysmes de grande envergure, et en particulier ceux dus aux
impacts. Le drame humain caus par limpact de Sekhmet au XIIIe sicle avant J.-C. a fait reculer la civilisation
grecque dau moins quatre sicles, et il ne sagissait que dun cataclysme lchelle "rgionale".
1750-2000 tout semble relativement normal, mme si dun cycle lautre, on note certaines variations
saisissantes.
Cependant, depuis quelques annes, les climatologues sinquitent : il semblerait que la luminosit du Soleil
augmente lentement (7), avec, en consquence, premirement une augmentation de lnergie solaire reue par
la Terre, et corollairement un rchauffement global de la plante. Bien sr, au niveau dune seule dcennie, il est
trs difficile de savoir si le phnomne, va continuer, sarrter, ou sinverser.
Que la plante se rchauffe, personne nen doute, les activits humaines et leffet de de serre quelles provoquent
sont indiscutables. Mais le Soleil semble aussi avoir sa part dans le processus de rchauffement. Le flux solaire,
qui est la quantit de lumire totale mise par le Soleil aurait augment de 0,036 % (36/10 000) entre 1986 et
1996, ce qui correspond une augmentation de 0,5 watt par mtre carr. Les donnes qui conduisent cette
conclusion ont t obtenues grce quatre satellites spcialiss dans les tudes solaires et la haute atmosphre
terrestre : Nimbus 7, SMM (Solar Maximum Mission), UARS (Upper Atmosphere Research Satellite) et ERBS
(Earth Radiation Budget Satellite). Ceux-ci ont permis de suivre le Soleil durant ses deux derniers cycles de
11 ans (les cycles 21 et 22).
Laugmentation, quoique minime, si elle devait se poursuivre un sicle, finirait par provoquer un rchauffement
moyen de 0,5 C de la Terre, qui ajout celui d leffet de serre qui pourrait tre le triple (soit 1,5 C)
entranerait un rchauffement global de 2 C, rellement catastrophique, non en tant que tel mais pour les
consquences invitables quil entranerait.
395
mais surtout de lhumanisation du Systme solaire. Vrit difficile faire accepter, mme aux Etats-Unis, car
onreuse et peu susceptible damener des rsultats immdiats. Comme beaucoup de visionnaires, ce premier
philosophe de lespace fut souvent critiqu et considr comme un utopiste.
397
On voit o mne la contingence de Stephen Jay Gould, limpratif extraterrestre de Krafft Ehricke et lappel des
toiles de Carl Sagan (1934-1996) : la survie de lespce humaine, si elle accepte lexil de sa plante mre.
En attendant ltape suivante obligatoire : Homo galacticus, diffrent, plus moderne, mais bel et bien authentique
successeur de Purgatorius, via Oligopithque, Homo erectus et Homo sapiens. Quelques dizaines de millions
dannes et quelques dizaines de cataclysmes dorigine cosmique sparent Purgatorius de son futur successeur
cosmique, mais ils font partie de la mme ligne, ligne dans laquelle nous sommes un simple jalon : "le Primate
la mode".
On apprcie encore davantage, malgr ses nombreux dfauts, la priode cruciale que nous vivons, et on savoure
la chance unique davoir vcu ce grand jour du 20 juillet 1969 o Neil Armstrong et Edwin Aldrin foulrent le sol
lunaire, faisant entrer lhomme dans une re nouvelle.
Mais le rve ne doit jamais faire oublier un impratif plus pragmatique : la survie de lespce. Et lobligation en
filigrane de rendre habitables les plantes voisines ou de prvoir une solution de remplacement. Pour ce faire,
nous allons voir dans les sections suivantes deux solutions souvent envisages. La premire concerne surtout le
long terme avec le terraformage de Vnus et de Mars. La seconde concerne linstallation de villes de lespace et
pourrait tre ventuellement mise en place durant le XXIe sicle, si le besoin sen faisait vraiment sentir.
398
deux plantes voisines en annexes de la Terre au mme titre que la Lune, et en gnral, ils se montrent assez
optimistes.
Rchauffer Mars
Pour Mars, dont le cas est beaucoup plus simple, et sera donc rsolu en premier, le terraformage passe dabord
par un rchauffement de son atmosphre, mais aussi par sa densification. On sait quactuellement la plante
rouge est hostile une vie comme la ntre, ce qui na rien de surprenant compte tenu de la composition de son
atmosphre, trop peu dense, trop froide, mais aussi toxique. Mais elle a probablement dj accueilli la vie,
apporte par des comtes ou de la poussire cosmique, vie qui a eu des difficults sinstaller et prosprer,
avant de disparatre du fait peut-tre dun impactisme plus virulent encore que sur la Terre.
Pour les ingnieurs spatiaux, le problme immdiat est le suivant : il faut rendre possible lexistence deau
liquide, qui apparemment a dj exist dans un lointain pass (14). Pour ce faire, ils envisagent donc de modifier
la composition des lments volatils ncessaires une vie quasi terrestre : eau, azote, carbone et oxygne qui
existent dj sur Mars, mais non sous une forme gazeuse. Ils existent seulement dans le sol de la plante et
dans les calottes polaires.
Plusieurs scnarios sont ltude par les ingnieurs spatiaux, jamais court dides neuves, sachant que le plus
urgent est un rchauffement initial de latmosphre. On pense introduire une grande quantit d'lments volatils
partir d'un astrode carbon de type C que l'on ferait s'craser la surface. Un autre scnario plausible
consisterait introduire massivement des CFC (sigle de chlorofluorocarbures) qui sont des gaz de synthse
fabriqus partir de mthane, dthane ou dthylne et de propne et qui ont la particularit dtre peu toxiques
et miscibles dans leau. Du fait quils absorbent le rayonnement infrarouge, ils participent laccroissement rapide
de leffet de serre et seraient trs utiles pour rchauffer la plante denviron une vingtaine de degrs.
Un autre scnario consisterait introduire massivement des bactries capables de mtaboliser lazote du rgolite
martien et de produire de lammoniac, autre gaz effet de serre susceptible de rchauffer latmosphre dune
manire substantielle.
On pense que plusieurs processus diffrents seront ncessaires au dbut pour envisager avec succs le
terraformage de Mars (15). Science-fiction daujourdhui et ralit daprs-demain, tous les spcialistes y croient
comme une probabilit srieuse long terme. Les plus optimistes pensent mme quun seul millier dannes
pourrait suffire, ce qui semble quand mme trs optimiste.
Refroidir Vnus
Rendre Vnus habitable sera beaucoup plus difficile et beaucoup plus long. Elle a une atmosphre crasante,
puisque sa pression la surface est de lordre de 90 atmosphres terrestres, et brlante avec une temprature
de surface voisine de 500C. On sait que le formidable effet de surchauffe est du principalement au gaz
carbonique et la vapeur deau. Son terraformage consistera donc dabord, linverse de ce quil faudra faire
pour Mars, refroidir latmosphre et surtout la dspaissir srieusement.
On pourrait tenter de souffler cette atmosphre en faisant scraser plusieurs astrodes de taille
dcakilomtrique, mais cela parat bien insuffisant. On a aussi parl de faire dsintgrer des NEA de type Aten et
Apollo (des Vnus-crossers qui existent dj par milliers) proximit de Vnus, entre celle-ci et le Soleil, pour
diminuer la chaleur extrieure reue par la plante. Cest la technique envisage par Christian Marchal, un
ingnieur franais, la fin des annes 1970 (16). Prive dnergie solaire, Vnus pourrait refroidir
progressivement, mais on voit mal comment on pourrait obliger la matire dsintgre rester en permanence
entre Vnus et le Soleil, moins de renouveler constamment le processus. Dans ce scnario, limpactisme
plantaire et les NEA seraient donc de prcieux allis de lhomme dans sa conqute de lespace. Les impacts
nauraient donc pas obligatoirement un effet ngatif.
Carl Sagan (17), dans les annes 1970, se montrait extraordinairement inventif et optimiste, prnant
densemencer les nuages vnusiens avec une algue (lespce nostocacae) qui effectuerait sa synthse et qui
permettrait au gaz carbonique et leau de se convertir en composs organiques, surtout en hydrates de carbone
et en oxygne.
" Les algues seraient transportes par la circulation atmosphrique vers des couches plus
basses de latmosphre, o elles seraient cuites. La cuisson dune algue libre dans
latmosphre de simples composs carboniques, du carbone et de leau. La teneur en eau
399
demeure constante, tandis que le rsultat est la conversion du gaz carbonique en carbone et en
oxygne
Comme le gaz carbonique est converti en carbone et en oxygne, et que loxygne se combine
chimiquement avec lcorce de Vnus, la pression globale sabaisserait, ainsi que le taux
dabsorption atmosphrique de linfrarouge, leffet de surchauffe se rduirait, et la temprature
descendrait.
Ainsi donc il se peut que linjection dans les nuages de Vnus dalgues cultives cet effet
algues dont le rythme de reproduction excderait celui de la cuisson transforme, terme, le
milieu vnusien, aujourdhui extrmement hostile, en un lieu plaisant pour les tres humains. "
(18)
Sagan, qui ny allait pas de main morte, concluait quune fois condense la surface de Vnus, la quantit de
vapeur deau contenue dans latmosphre donnerait une couche deau dune trentaine de centimtres : " Pas un
ocan, mais de quoi irriguer le sol et satisfaire les besoins humains ". Avec lui, le problme de la survie de
lhomme en dehors de son berceau terrestre ne faisait pas de doute. Il faut simplement sattaquer au problme
ds que possible.
La diminution drastique des crdits de la NASA consacrs lespace, l'poque du Prsident Ronald Reagan
(1911-2004), dans les annes 1980, a tempr ce bel optimisme des annes 1970. Aujourdhui encore, au dbut
des annes 2000, il faut admettre que les priorits budgtaires sont plutt terrestres (militaires) et que lespace
n'est plus une priorit et devra attendre des jours meilleurs en dpit de quelques succs ponctuels retentissants.
Mais les ides restent, et il y en aura dautres.
Le danger des radiations existera toujours
On peut faire toute confiance nos successeurs, ils trouveront probablement le moyen de rendre habitables les
deux plantes surs. Avec du temps, quelques milliers dannes pour Mars, quelques dizaines de milliers
dannes pour Vnus sans doute, ils viendront bout de ce double chantier qui parat quelque peu surhumain et
utopique avec nos moyens actuels.
Mais quoi quil en soit, rien ne sera jamais totalement idyllique. En effet, il faut bien garder une chose lesprit.
Vnus et Mars seront toujours soumises, comme la Terre, un double impactisme : impactisme macroscopique,
mais surtout particulaire. On sait que latmosphre terrestre est notre indispensable bouclier antiradiations. Quen
sera-t-il des futures atmosphres martienne et vnusienne terraformes ? Pourront-elles filtrer, comme la ntre,
les rayons ultraviolets, X et autres particules crachs sans discontinuer par le Soleil ? Et les rayons cosmiques,
ne perturberont-ils pas la belle atmosphre relooke par les ingnieurs spatiaux ? Comme nous lavons vu plus
haut, une colre du Soleil aurait aussi ses rpercussions sur les deux plantes, surtout sur Vnus dailleurs qui
est plus proche et donc davantage expose.
survie des plus adapts, lchelle dun bouleversement gologique, pourrait signifier celle des
espces qui, un moment donn, ont russi la conqute de lespace. " (20)
ONeill postule pour linstallation dles de lespace aux points de Lagrange (21) L5 et L4 de la Lune, ou plus
exactement dans les rgions de stabilit tournant autour de ces points selon une trs grande orbite. Il appelle
dailleurs ces zones de stabilit Lagrangia.
Pour ONeill, un grand visionnaire de lastronautique, si lhumanit sy prend suffisamment tt, elle peut assurer
pour longtemps sa survie hors de la Terre, si celle-ci devait tre menace par un cataclysme cosmique ou
cologique rendant notre plante invivable.
" Dans chacune de ces rgions, un grand nombre dhabitats pourraient sinstaller ; ils
graviteraient autour de leurs points de Lagrange en 89 jours, parcourant lentement une orbite de
800 000 kilomtres environ. Cinq mille habitats, disposs dans un mme plan autour dun point
de Lagrange, occuperaient un disque de 16 000 km de diamtre environ, ce qui est bien peu,
compar la dimension de lorbite stable. Chaque grande communaut pouvant accueillir
plusieurs milliers de personnes, Lagrangia pourra accueillir une population totale plusieurs fois
gale celle de la Terre. Incidemment, nous navons pas redouter que les orbites de Lagrange
elles-mmes deviennent trop petites. On pourrait placer des communauts sur nimporte quelle
orbite su Systme solaire ; des modles appropris de miroirs leur fourniraient en permanence
un ensoleillement aussi intense que celui que nous connaissons (quand il fait beau) sur Terre. "
(22)
On voit lextraordinaire optimisme (lutopie pour beaucoup) du physicien amricain, trs violemment contest aux
Etats-Unis dans les annes 1970, qui rsout la fois le problme du cataclysme cosmique destructeur pour
lhumanit, mais aussi celui, peut-tre plus immdiat, de la surpopulation au XXIe sicle. Malheureusement,
comme tous les visionnaires, ONeill nest pas prs dtre suivi, les contingences financires rduisant son projet
zro, tout au moins pour limmdiat.
Une chose apparat clairement la lecture de son livre : lhumanit nest en rien condamne davance si elle
accepte de sexpatrier, pour survivre dabord et pour se multiplier et coloniser le Systme solaire ensuite. Le
cosmos lattend Cest bien le XXe sicle, totalement rvolutionnaire, qui aura fait prendre conscience lhomme
que son avenir est cosmique.
Comme la crit, ds le dbut du sicle, le savant russe Konstantin Tsiolkovski (1857-1935), lun des pionniers
de lastronautique :
" Notre plante est le berceau de lhumanit, mais on ne reste pas au berceau toute sa vie. " (23)
401
Une chose est dj sre : le Congrs amricain a pch par optimisme en croyant que les astronomes seraient
capables didentifier la quasi-totalit des NEO en une dizaine dannes. Comme la bien expliqu le spcialiste
italien Andrea Carusi, premier responsable de Spaceguard :
" Le Congrs amricain a pch par optimisme. Comme la dmontr le rapport Morrison, il est
impensable didentifier - et certainement pas en dix ans - tous les objets dangereux. Parmi les
objets menaants, on compte les comtes, que leur rvolution soit courte ou longue. Or, tandis
que lon peut suivre le parcours des comtes de rvolution courte, certes difficilement et avec une
certaine approximation, les comtes de rvolution longue sont totalement imprvisibles. Elles
sont gnralement dcouvertes quand elles se trouvent dj bien lintrieur du systme
plantaire, quelques mois avant de passer proximit du Soleil (donc de la Terre). Nanmoins,
selon les estimations les plus courantes, lensemble des comtes ne reprsente que 10 % tout au
plus de la population des objets, alors quelles constituent environ 25 % du danger total. " (26)
Les astronomes se mfient terriblement des comtes depuis 1983, quand IRAS-Araki-Alcock, comte use (et
donc dapparence astrodale plus de 0,20 UA de la Terre) de plusieurs kilomtres de diamtre, qui a une
priode de rvolution de lordre de 1000 ans, est venue frler la Terre sans coup frir, et surtout sans sannoncer,
puisquelle a t dcouverte au dernier moment (voir le chapitre 7). La Terre et lespce humaine lont chapp
belle ! Dautres objets identiques existent, cest obligatoire, et ne seront identifis qualors quil sera dj trop tard
pour ragir efficacement, si le besoin sen fait vraiment sentir. Les astronomes ne sont pas des magiciens, et il ne
faut pas leur demander limpossible.
Cela dit la fondation Spaceguard est un progrs norme, puisquil sagit pratiquement du premier programme
(quasiment dutilit publique) auquel acceptent de participer des pays trs diffrents idologiquement, comme les
tats-Unis, la Russie et la Chine, et ses rsultats globaux sannoncent tout fait spectaculaires. Le premier
maillon de Spaceguard, Spacewatch, le tlescope automatique install Kitt Peak, a magnifiquement dgrossi le
terrain avec sa cinquantaine de dcouvertes annuelles depuis 1990. Une demi-douzaine dautres quipes depuis
1996 lui prtent main forte avec un succs inattendu par son ampleur.
On ladmet enfin aujourdhui : le danger cosmique reste omniprsent lchelle astronomique. Cest la raison
pour laquelle le cataclysme destructeur prvu par les statistiques ne pourra pas toujours tre vit. Une pe de
Damocls existe en permanence au-dessus de nos ttes.
402
poursuivraient leur route. On se trouverait alors face un impact multiple, du genre de celui de la comte
Shoemaker-Levy 9 sur Jupiter avec une vingtaine de fragments principaux de taille pouvant tre kilomtrique et
hectomtrique selon le diamtre du corps initial, ou mme carrment face une pluie de mini-fragments qui
pourrait savrer extrmement dangereuse et totalement incontrlable, avec une multitude de cataclysmes
locaux meurtriers.
Pour pallier ce danger, certains spcialistes prconisent plutt de faire exploser l'arme nuclaire, non sur l'objet
lui-mme, mais ct. L'onde de choc engendre par l'explosion devrait galement tre suffisante pour dvier
l'objet dangereux, mais on nen est encore quaux simulations, et entre simulation et la ralit, il peut y avoir des
variantes dimportance.
Figure 20-9. Faire face aux impacts : loption nuclaire sans impact direct
Le scnario prvu a pour but de modifier la vitesse de lobjet dangereux denviron 1 centimtre par seconde, ce
qui est peu mais semble-t-il suffisant pour le dtourner suffisamment et viter un impact. En A, lexplosion
nuclaire a lieu proximit du NEO une distance bien prcise 2 1 R , R tant la valeur du rayon de lobjet.
En B, une partie de la surface est irradie et londe de choc produit des perturbations. En C, la coquille irradie
est arrache de lobjet, entranant une perturbation dans la vitesse. Cest le 1 cm/s requis pour modifier lorbite.
(Daprs T.J. Ahrens et A.W. Harris).
2. Le filet billes. Cette solution a t propose par le physicien amricain Edward Teller (1905-2003), le pre
de la bombe H, qui a repris du service prs de 90 ans. Son vieux cerveau, toujours cratif, a imagin un
stratagme remarquable, qui pourrait tre fort efficace si l'objet cosmique menaant n'est pas trop volumineux
(200 mtres), et qui a le gros avantage de ne pas faire appel au nuclaire.
Le scnario est le suivant. Une multitude de microprojectiles d'une vingtaine de grammes au maximum (plusieurs
millions de billes de tungstne, d'aprs Teller) sont largus proximit du corps cosmique, en avant de celui-ci.
Pour viter qu'elles s'loignent les unes des autres, elles sont relies entre elles par une fibre solide, un vritable
filet, qui entre en collision avec l'objet menaant grande vitesse. La premire bille le transperce une grande
profondeur, la seconde continue le travail et ainsi de suite. Le criblage de la surface, puis de l'intrieur de l'objet,
par des dizaines de milliers de microprojectiles lancs grande vitesse devrait pulvriser un objet jusqu'
200 mtres de diamtre.
3. Le miroir gant. Cette solution astucieuse a t propose par le plantologue amricain Jay Melosh et
pourrait tre efficace pour des gros objets, notamment des comtes, si on les dcouvre longtemps avant l'impact
calcul. Elle consiste faire fondre l'objet menaant.
Dans ce scnario, un miroir concave gant (plusieurs centaines de mtres) en aluminium est lanc dans l'espace.
En focalisant les rayons du Soleil en permanence sur une partie trs prcise du corps cosmique, on doit pouvoir
augmenter sa temprature jusqu' 1000C environ. Cela devrait entraner la fonte d'une partie importante du
corps cleste, surtout s'il s'agit d'une comte, et permettre de le dvier sur une orbite sans danger pour la Terre.
403
Il est impratif aux yeux des scientifiques et autres intellectuels modernes de prvoir le pire (qui est bien loin
d'tre exclu), et de laisser nos descendants des traces crites de notre civilisation. On sait, d'une manire
certaine, qu'un cataclysme peut dtruire au cours des sicles prochains la civilisation actuelle. Mais de toute
manire, il y aura des survivants qui "referont surface" et qui redmarreront trs progressivement sur les ruines
de cette ancienne civilisation. Ces survivants auront le droit de savoir ce qui s'est pass avant le cataclysme
qui les a fait reculer de plusieurs millnaires, et qu'il a exist, avant eux, une autre civilisation avance. Le bouche
oreille qui prvaudra les premiers temps n'aura jamais la crdibilit suffisante pour assurer la transmission
exacte des informations et des connaissances dtenues par les survivants, et des carts significatifs avec la
ralit existeraient ds la deuxime gnration. Ce savoir, notre savoir, rsum des connaissances essentielles
du monde ancien, devra tre facilement accessible et comprhensible pour tre utilisable par les descendants
des survivants du cataclysme.
La destruction voulue de documents anciens est un crime contre l'humanit. Un crime aussi contre l'intelligence
et la raison. Pour terminer ce chapitre, je propose le texte suivant d l'explorateur franais Paul-mile Victor
(1907-1995), datant de 1981 et paru comme conclusion de l'avant-propos de la traduction franaise du livre de
Charles Hapgood, Les cartes des anciens rois des mers (28) :
" ... Il y a deux mille ans, Jules Csar, au nom de la civilisation romaine, brla Alexandrie. Avec
Alexandrie disparut sa bibliothque, unique au monde, de 500 000 volumes (on parle mme d'un
million...).
Il y a une dcennie, Mao Ts-toung, au nom de la civilisation chinoise communiste, fit dtruire par
sa rvolution culturelle (culturelle... !) plusieurs centaines de milliers (on parle, l aussi, de plus
d'un million) de livres uniques au monde.
C'est ainsi que disparat toute trace des civilisations. " (29)
On sait que certains chercheurs (et notamment Charles Hapgood lui-mme) ont postul pour une civilisation
ancienne relativement avance et disparue sans laisser de traces, tout au moins de traces indiscutables, suite
un grand cataclysme gophysique qui aurait entran le dplacement des ples gographiques. Cette ide, trs
conteste par les milieux scientifiques (et mme parfois considre comme farfelue), repose peut-tre cependant
sur une ralit aujourd'hui encore indchiffrable. Pour viter qu'une telle incertitude se reproduise dans l'avenir, il
convient donc de prserver des tmoignages concrets et prcis de notre passage.
Figure 20-11. Les NEA : une menace permanente, sans cesse renouvele
La figure montre 22 NEA, parmi des milliers dautres, qui sont ou seront une menace pour la Terre. Tous ne
heurteront pas notre plante dans lavenir, mais on ne sait rien encore du futur impact. Il est fort probable
dailleurs que ce prochain impact ne concernera aucun des 22 NEA de la figure, mais plutt lun des
innombrables objets dangereux non encore rpertoris.
405
Faire savoir aux survivants d'un holocauste nuclaire (ou moins probablement cosmique) que nous avons
vraiment exist parat bien tre une obligation minimale pour nous, pour clairer ceux qui viendront plus tard.
Dater approximativement notre passage ne devrait pas tre trop difficile, il suffit de s'appuyer sur quelques
vnements astronomiques facilement dchiffrables. Aujourd'hui la question que toute personne raisonnable se
pose est celle-ci : " Combien de temps une civilisation comme la ntre, qui possde les armes pour se dtruire,
peut-elle survivre ? ". J'ai rappel au chapitre 18 que Platon, il y a vingt-cinq sicles, opposait dj la raison et la
mesure la barbarie et au chaos. Le problme reste entier, mais la menace semble plus proche.
Notes
1. Il faut se rappeler que la premire photographie de la face cache de la Lune remonte octobre 1959
seulement. C'est la sonde sovitique Luna 3 qui transmit les premiers clichs tant attendus par les astronomes et
qui s'avrrent extraordinaires dans la mesure o la face cache est trs diffrente de la face visible. Plus tard,
quand les spcialistes furent en possession de clichs dtaills, le cratre Giordano Bruno attira l'attention par sa
fracheur, signe d'une formation rcente.
2. Il y a 800 ans : une fantastique explosion. Historia, 384, novembre 1978. Citation p. 2.
3. Je rappelle que l'anne julienne vaut 365,25 jours et l'anne grgorienne 365,2425 jours (l'anne tropique
valant, elle, 365,2422 jours). L'cart vaut 0,0075 jour par an, soit 0,75 jour par sicle. Le calendrier julien avait t
remis jour en 325 au Concile de Nice, date laquelle les Pres de l'glise enlevrent 4 jours au calendrier
julien pour faire concider la date de Pques avec l'quinoxe de printemps (le 21 mars). En 1178 l'cart entre les
deux calendriers tait de 7 jours (en ralit 6,65 jours). Il convient donc de rajouter 7 jours pleins au 18 premiers
jours de juin 1178. La date du possible impact lunaire est donc bien le 25 juin dans notre calendrier actuel. Cette
date laisse penser que le corps cleste responsable pourrait faire partie de la grande famille dHphaistos, au
mme titre que lobjet de la Tougouska en 1908.
Pour ces problmes de correspondance de calendriers, on peut consulter le Que sais-je ? de Paul Couderc
rgulirement rdit : P. Couderc, Le calendrier (PUF QS 203, 7e dition 1993) ou lexcellent livre de
J.-P. Parisot et F. Suagher, Calendriers et chronologie (Masson, 1996) qui fait le tour de la question en grand
dtail.
4. Au fil des annes, dautres astronomes que les prcurseurs de lcole catastrophiste britannique, comme Jack
Hartung, admettent le bien-fond de lhypothse du Complexe des Taurides et de lorigine de celui-ci.
5. J.-C. Duplessy et P. Morel, Gros temps sur la plante (Odile Jacob, 1990).
6. A. Capart et D. Capart, L'homme et les dluges (Hayez, 1986).
7. Ph. Henajeros, Quand le Soleil brille trop, Science et Vie, 963, pp. 74-78, dcembre 1997.
8. E. Thellier, Magntisme interne (pp. 235-376 dans Gophysique (Gallimard, 1971), publi sous la direction de
J. Goguel. Dans cet article dun grand intrt, mile Thellier, lun des pionniers du gomagntisme, explique tout
ce quil faut savoir sur le sujet.
9. G. Charpak et R.L. Garwin, Feux follets et champignons nuclaires (Odile Jacob, 1997). A noter surtout le
chapitre 5 qui concerne " Les radiations et le vivant " (pp. 142-186). Citation p. 155.
10. M. Freeman, Krafft Ehricke : limpratif extraterrestre, Fusion, 56, pp. 27-37, 1995. Un trs bon article sur ce
grand pionnier de lexploration spatiale qui a compris lun des premiers que la survie long terme de lespce
humaine passait par la conqute du cosmos. Ce fut le premier "philosophe" de lespace, tonnamment trs peu
connu en France.
11. C. Sagan, Pale blue dot : a vision of the human future in space (Headline Book Publishing, 1995). Un grand
livre de Carl Sagan (1934-1996) qui toute sa carrire a t un propagandiste de la vie dans le cosmos et qui a
enseign que lavenir de lhomme est dans lespace.
12. N. Prantzos, Voyages dans le futur (Seuil, 1998). Ce livre sous-titr Laventure cosmique de lhumanit est
trs intressant. Nicolas Prantzos est un astrophycien qui sintresse au futur de la vie et donc au futur cosmique
de lhumanit. Trs logiquement, il distingue les futurs proches des futurs ultimes.
13. C. Sagan, Cosmic connection ou lappel des toiles (Seuil, 1975). Titre original : The cosmic connection, an
extraterrestrial perspective (1973). Citation p. 4 de couverture.
14. A. Louchet, La plante Mars (Masson, 1988). La plante Mars tudie par un gographe.
15. Ph. Jamet, Faire renatre la vie sur Mars, Fusion, 63, pp. 4-23, 1996.
16. Christian Marchal est un ingnieur et polytechnicien franais qui a travaill lONERA (Office National
d'Etudes et de Recherches Arospatiales) de 1964 2001. Lun des premiers, il a saisi lintrt des NEA et de
leur utilit pour viabiliser une plante comme Vnus, particulirement inhospitalire. Reste que sa thorie est
considre comme utopique par beaucoup.
406
17. Carl Sagan se rjouissait de vivre lpoque de la conqute spatiale et tenait absolument apporter sa pierre
en apportant des ides originales. Dans la prface de Cosmic connection, il expliquait (p. 10) : " Aprs des sicles
de conjectures boteuses, de spculation dbride, de conservatisme pesant et de dsintrt courte vue, la
notion de vie extraterrestre arrive enfin maturit ". On doit beaucoup ce savant prmaturment disparu en
1996, 62 ans seulement.
18. C. Sagan, Cosmic connection, op. cit., citation p. 186.
19. G. ONeill, Les villes de lespace (Robert Laffont, 1978). Titre original : The high frontier (1976). Ce livre
classique est d Gerard ONeill, un physicien amricain qui fut professeur luniversit de Princeton. On lui doit
le concept des "les de lespace". Pour lui, la colonisation de lespace est la porte de notre civilisation.
20. Texte de R.N. Bracewell, cit dans le livre prcdent, p. 211.
21. Le systme Terre-Lune compte cinq points de Lagrange, nots de L1 L5. Les trois premiers points L1, L2 et
L3 sont situs sur laxe Terre-Lune et sont associs des points dquilibre instables. Les plus intressants sont
donc nettement les points L4 et L5 qui sont stables et qui forment chacun le fameux triangle quilatral avec la
Terre et la Lune (do videmment une distance gale), imagin en 1772 par le mathmaticien et astronome
Joseph Louis, comte de Lagrange (1736-1813). Ce nest quen 1906 que les premiers astrodes troyens
(baptiss Grecs et Troyens) furent dcouverts dans le ciel formant un triangle quilatorial avec Jupiter.
Aujourdhui on en connat plus d'un millier.
22. G. ONeill, op. cit., citation p. 148.
23. Cit par N. Prantzos dans Voyages dans le futur, p. 21.
24. NASA, The threat of large Earth-orbit crossing asteroids (U.S Government Printing Office, 1993).
25. T. Gehrels (ed.), Hazards due to comets and asteroids (University of Arizona Press, 1994).
26. A. Carusi, Astrodes et comtes : les menaces sur la Terre, Pour la Science, 212, pp. 90-97, 1995. Citation p.
97.
27. S. Raphal, Feu sur les astrodes !, Sciences et Avenir, 606, pp. 54-57, aot 1997.
28. C.H. Hapgood, Les cartes des anciens rois des mers (Ed. du Rocher, 1981). Titre original : Maps of the
ancient sea kings (1966). Un livre tonnant qui a fait grincer bien des dents, mais qui pose plus de questions quil
nen rsout. Ces cartes de Hapgood sont un vritable casse-tte, et tous ceux qui ont voulu les prendre trop la
lgre ne savent pas toujours de quoi ils parlent.
29. Avant-propos de Paul-mile Victor pour le livre prcdent. Citation p. 14. La possibilit dune civilisation de
niveau minoen, beaucoup plus tt dans lhistoire des hommes, ne paraissait pas invraisemblable lexplorateur
franais, troubl par lexistence de ces fameuses cartes tudies par Hapgood et son quipe, existence qui na
jamais t explicite dune manire satisfaisante.
407
408
CONCLUSION :
409
Une seconde cause de l'impactisme terrestre (et plantaire en gnral) est l'existence d'un nombre important de
comtes, injectes la suite de perturbations dans le Systme solaire proche, en provenance soit du nuage de
Oort, soit de la ceinture de Kuiper. Les astronomes ont clairement montr que cette population comtaire est
constamment renouvele et que le double stock est inpuisable puisqu'il comporte des objets par dizaines de
milliards, certains pouvant tre de dimensions quasiment plantaires (plusieurs centaines ou mme plus d'un
millier de km de diamtre parfois).
Les sciences de la Terre (la gologie et la gophysique principalement) ont fourni les preuves de la ralit de
l'impactisme terrestre. D'abord par l'analyse de milliers de mtorites et de tectites qui sont des petits objets
tombs directement ou forms la suite d'impacts importants. Ensuite, par l'identification de formations fossiles
d'origine cosmique : les astroblmes. Leur dcouverte, partir des annes 1950, a t le bain de jouvence dont
avait besoin la thorie de l'impactisme pour trouver son deuxime souffle et pour prouver sa ralit, et donc sa
crdibilit, aux yeux de ceux qui exigent des preuves : les scientifiques.
La physique a fourni la preuve de l'existence d'un impactisme invisible et particulirement sournois :
l'impactisme particulaire, bien connu aujourd'hui mais encore totalement insouponn avant le dbut du
XXe sicle. C'est lui qui est la cause des innombrables mutations d'origine cosmique qu'a subies la vie terrestre
depuis son origine du fait du bombardement quasi ininterrompu de particules trs nergtiques, et qui est une
des cls, peut-tre mme la cl principale, de sa diversification incroyable en millions d'espces diffrentes,
paralllement aux deux autres phnomnes cruciaux que sont les extinctions de masse et l'volution darwinienne,
galement trs efficaces, mais essentiellement sur des dures trs diffrentes. L'extinction se joue en quelques
annes, l'inversion gomagntique se compte en centaines ou milliers d'annes et l'volution darwinienne est
efficace sur le trs long terme : le million d'annes au niveau de l'espce et mme beaucoup plus aux niveaux
suprieurs de la diversit biologique dans son ensemble.
Les sciences de la vie, au mme titre que les sciences terrestres, sont en effet intresses par les
consquences de l'impactisme. Le problme de l'iridium surabondant la frontire Crtac-Tertiaire, la fin des
annes 1970, a donn un extraordinaire coup de fouet toutes ces disciplines qui ignoraient quasiment tout des
menaces du ciel, ou qui ne les prenaient pas en compte dans leurs hypothses de travail. L'astrode ou la
comte qui a tu les dinosaures et qui a form le cratre mexicain de Chicxulub a t une vritable rvlation
pour beaucoup de chercheurs totalement ignorants des choses de l'astronomie, en montrant le rle dcisif jou
par les extinctions dans l'volution.
On peut dire aujourd'hui que les catastrophes cosmiques ont littralement faonn la Terre et la vie terrestre
depuis 4,6 milliards d'annes. J'ai montr que l'homme actuel, lui-mme, n'est rien d'autre que le Primate la
mode, matre provisoire de la "Cration", appel tre balay son tour par des catastrophes futures, parmi
lesquelles certaines qu'il aura peut-tre lui-mme cres par son manque de pragmatisme et sa vision du trs
court terme, au dtriment du long terme qui seul devrait tre pris en compte si l'on veut sauver l'espce humaine
des dsastres qui la guettent. Ces catastrophes purement humaines sont principalement, on s'en doute, les
dsastres cologiques, mais aussi technologiques et politiques (guerre nuclaire toujours possible).
Enfin, j'ai montr, une nouvelle fois, que l'histoire rcente des hommes a t affecte par des catastrophes
cosmiques, d'importance secondaire certes l'chelle terrestre, mais trs suffisantes pour avoir eu des
consquences fort importantes l'chelle humaine, notamment cette totale refonte des socits humaines qui
rsulta de l'impact de la fin du XIIIe sicle avant J.-C. L'hypothse Hephaistos, trs prometteuse, permet de
comprendre enfin ce qui s'est rellement pass il y a 3200 ans, mais aussi lors d'autres cataclysmes encore
obscurs.
Le lecteur ne doit pas tre surpris que ce livre ait t crit par un astronome, spcialiste des gocroiseurs, plutt
que par un scientifique d'une autre discipline. Comme je l'ai souvent rappel, l'impactisme est avant tout un
problme astronomique, avant d'tre un problme gologique et gophysique, et maintenant un problme
biologique, anthropologique, et mme historique et culturel, puisqu'il a des incidences srieuses sur le plan
philosophique et religieux.
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" Le faisceau de preuves et d'arguments favorables que nous avons dvelopps est trop
important et trop convergent pour que l'avenir ne nous donne pas raison, tout au moins sur la
majorit des points essentiels et sur le fond. L'important ce n'est pas d'tre cru aujourd'hui, mais
d'avoir raison demain. L'histoire des sciences montre que le principal n'est pas de convaincre
tout prix les mandarins de l'poque, quand on dfend une thorie rsolument nouvelle et
forcment drangeante. Ces mandarins, imbus de leur autorit arbitraire et trs souvent
provisoire, sont matres pour snober ou pour touffer ce qui risque de les faire passer de mode.
Seule la jeune gnration de chercheurs est capable de faire table rase des conceptions
errones, car seule elle est vraiment intresse par la ralit de l'histoire de la Terre, de la Vie et
des Hommes. Les mandarins passent, la science volue, les thories nouvelles apparaissent.
C'est la roue qui tourne, et certaines affirmations qui peuvent paratre exorbitantes aux savants
en place ne sont simplement que le reflet de cette science qui bouge et qui dj leur chappe.
Ce livre aura atteint son but si, par les ractions et les travaux complmentaires qu'il suscite, il
s'avre un jalon utile dans l'histoire de la thorie de l'impactisme terrestre. Cette thorie,
ancienne et nouvelle la fois, rencontre un accueil de plus en plus chaleureux au fur et mesure
que des arguments favorables sont dvelopps. Nous sortons juste de la prhistoire dans le
domaine des collisions d'objets cosmiques avec la Terre, et le futur s'annonce passionnant et
inquitant. Inquitant, car saurons-nous faire face au prochain impact d'envergure ? Comme
dans le film Meteor, les hommes pourront-ils dtruire le prochain EGA menaant, si on le
dcouvre temps, ou sera-ce une nouvelle Apocalypse ? Rien ne permet de donner une rponse
sre. " (1)
Si la communaut scientifique ne cherche plus contester l'incontestable, il n'en reste pas moins qu'il y a un
norme travail d'information faire pour promouvoir ces nouvelles thories que sont l'impactisme et le
catastrophisme. Je rappelle qu'ils n'ont mme pas encore fait leur entre dans les dictionnaires usuels. Il faudra
au moins une gnration pour les faire admettre comme sujets d'tude scolaire. Ce n'est que dans une tape
ultrieure qu'ils pourront faire partie de notre culture, au mme titre, par exemple, que la tectonique des plaques.
411
412
une dizaine de tlescopes automatiques qui surveilleront le ciel (dans le cadre du Spaceguard
Survey dont Spacewatch est le premier maillon), et qui mettront en vidence des centaines
d'approches serres par mois la Terre et l'existence de nombreux astrodes sur des orbites de
collision, la moquerie et l'incomprhension lies au catastrophisme risquent de laisser place
l'inquitude.
Depuis quinze ans, on parle beaucoup de la fin des dinosauriens, il y a environ 65 millions
d'annes, due l'impact d'un astrode ou d'une comte. Mais il serait temps maintenant d'aller
plus loin et de tenter d'lucider les autres grands cataclysmes du pass. Il y a normment
faire dans ce domaine, notamment en associant plus troitement extinctions de masse et
astroblmes gants, eux-mmes conscutifs des impacts d'EGA ou de comtes de plusieurs
kilomtres de diamtre. Il parat indispensable surtout d'tudier sous tous ses aspects l'impact
(peut-tre double) de grande envergure qui a eu lieu il y a environ 700 000 ans et qui est associ
la cration des millions d'australasites, les plus rcentes des tectites (via le cratre mtoritique
fantme de Wilkes Land en Antarctique ?) et la dernire inversion du champ magntique
terrestre. Des surprises de taille nous attendent et la ralit pourrait bien dpasser la fiction ! Car
il ne s'agit plus d'une extinction de masse, comme notre plante en a connu quelques-unes au
cours de son histoire mouvemente, mais d'un pisode rcent et important de l'volution de la vie
(du fait des radiations et des mutations qui s'ensuivirent subies par de nombreuses espces,
parmi lesquelles les anctres de l'homme actuel). Il n'est plus possible aujourd'hui de nier la
corrlation : mort des dinosauriens - mergence des primates et des consquences qui en
dcoulent, mais ce n'tait l qu'une tape parmi d'autres.
On en revient toujours aux consquences de l'impactisme terrestre, sous ses deux formes
essentielles : macroscopique (gros impacts) et particulaire (radiations diverses), qui semblent
faire peur certains chercheurs. Qu'on le veuille ou non, le catastrophisme d'origine cosmique
(qui n'a rien voir avec le catastrophisme d'origine "divine" ou un crationnisme triqu, et qui
sont mme antinomiques) sera l'une des grandes thories scientifiques du sicle prochain. Il y a
l un beau challenge pour les jeunes chercheurs qui veulent faire table rase des ides
prconues... et fausses. A eux de dmontrer dfinitivement que l'impactisme terrestre est bel et
bien l'un des moteurs essentiels de l'volution. Une vraie rvolution culturelle qui mettra fin une
"guguerre" d'un autre ge : catastrophisme contre uniformitarisme. Il est bien clair qu'il faudra
parler de catastrophisme et uniformitarisme.
Le tlescope Spacewatch pourrait bien tre un nouveau dtonateur dcisif. Ses rsultats vont
obliger en effet ces prochaines annes les scientifiques sceptiques (il en reste bien sr)
envisager enfin le monde d'une manire diffrente, plus proche de la ralit. Il leur faudra
admettre que nous vivons dans un univers cataclysmique, aussi bien dans notre bras galactique
(avec les explosions d'toiles qui redistribuent la matire, mais aussi l'nergie sous forme de
particules), que localement dans le Systme solaire (avec les caprices pisodiques du Soleil et
l'impact des astrodes et des comtes) ou mme chez nous, sur la Terre (avec les ouragans, les
sismes, les ruptions volcaniques et notre atmosphre parfois permable aux radiations
nocives).
Un monde nouveau finira par s'imposer, un monde o le cataclysme est la rgle, PARTOUT,
TOUJOURS. La vie a d obligatoirement s'accommoder de ces soubresauts pisodiques,
violents, irrversibles. La double conclusion est claire pour les catastrophistes modernes :
l'homme, sous sa forme actuelle, n'est qu'un phnomne rcent, transitoire, et la vie si elle existe
ailleurs, ne peut tre que trs diffrente de celle qui a pris racine (peut-tre par panspermie), puis
volu sur Terre. Dur admettre pour ceux qui ignorent tout de l'astronomie, et pour ceux qui
s'accrochent dsesprment, par le biais du crationnisme, aux certitudes bibliques.
Inacceptable mme !
Il n'est pas tonnant, par contre, que les spcialistes des astrodes et des comtes (et plus
gnralement la communaut astronomique) soient de plus en plus partisans des ides
catastrophistes. Ils sont les premiers savoir que les collisions sont invitables. Et ce n'est pas la
dcouverte, un mois d'intervalle, de 1993 HD et 1993 KA2, les deux premiers EGA connus
tre sur des orbites de quasi-collision avec la Terre, qui risque de les faire changer d'avis, mme
s'il s'agit l de deux objets minuscules sans danger pour notre plante.
Ils savent que Spacewatch, et bientt ses homologues prvus dans le cadre du Spaceguard
Survey, vont nous faire entrer dans une re nouvelle et passionnante. Mais il est bien clair que
les astronomes ne peuvent, eux seuls, comprendre et rsoudre le problme du catastrophisme
413
d'origine cosmique dans sa globalit. Seule une vaste campagne d'tudes multidisciplinaires peut
permettre des progrs vraiment dcisifs sur la connaissance du pass, le pourquoi du prsent et
la manire de grer un avenir incertain et un peu inquitant quand mme long terme.
Mme les militaires amricains commencent leur manire s'intresser ce futur, en
travaillant sur les techniques dvelopper pour se dbarrasser (principalement par destruction
dans l'espace ou par changement d'orbite) d'ventuels objets trop dangereux. C'est un nouvel
pisode pacifique de la "guerre des toiles" et un recyclage imprvu pour un arsenal nuclaire
priv de ses objectifs terrestres familiers. Il est cocasse d'imaginer que la survie de l'humanit
tiendra peut-tre l'existence de cet arsenal, prvu l'origine pour une tout autre utilisation, et
qui est vou aux gmonies par ceux qui, au contraire, sont toujours persuads qu'il va entraner
sa perte. Mais nous n'en sommes pas encore l.
Et surtout, il ne faut pas oublier que l'homme et l'univers ne cohabitent pas dans une mme
chelle de temps. L'homme aura disparu depuis longtemps que la Terre subira encore (et
toujours) des agressions du cosmos. C'est une autre confirmation de ce catastrophisme
renaissant : l'homme ne reprsente vraiment pas grand-chose dans l'espace et dans le temps,
tout juste un piphnomne passager extrmement marginal. On est bien loin de l'poque
prcopernicienne o la Terre tait encore le centre du monde et l'homme le but ultime de la
Cration ! La science est impitoyable... (3)
Cette chronique qui date de 1993 reste tout fait d'actualit. Plus de 500 nouveaux NEA sont dcouverts chaque
anne. En 1994, on a dcouvert le premier objet de plus de 1 km de diamtre (1994 PC1) qui oscille
constamment entre une orbite de quasi-collision et de collision avec la Terre. En 1997, on a dcouvert le fameux
astrode 1997 XF11, de plus de 1 km de diamtre galement, que lon a annonc menaant pour le 26 octobre
2028. Bien qu'il n'y ait pas de collision actuellement prvue au XXIe sicle, de tels PHA (Potentially Hazardous
Asteroids, astrodes potentiellement dangereux, je le rappelle) de taille kilomtrique restent trs dangereux pour
notre plante moyen terme, et l'on sait aussi que de nombreux autres objets analogues restent dcouvrir.
Toutatis, Oljato, Nereus, Hermes, Adonis, Castalia, 1994 PC1, 1997 XF11, Apophis, autant de noms dj bien
familiers aux spcialistes, autant d'objets menaants pour la Terre moyen terme.
La vie terrestre n'est pas un jeu, elle est pourtant issue et tributaire d'un jeu gigantesque qui se pratique
l'chelle galactique : le billard cosmique. Etoiles, plantes, comtes, astrodes et poussires en sont les
diffrents acteurs et la gravitation universelle impose ses rgles tous, sans se proccuper des consquences.
416
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Notes
1. La Terre bombarde, pp. 251-252.
2. Je tiens ici remercier Jean Meeus. Nous avons publi ensemble une quarantaine d'articles sur les astrodes
et les comtes entre 1974 et 2005. C'est un expert du calcul astronomique et il a crit de nombreux livres sur le
sujet (sur le calcul lui-mme, le Soleil, la Lune, les clipses et beaucoup d'autres choses) et plusieurs centaines
d'articles spcialiss. Depuis de nombreuses annes, c'est lui qui prpare en totalit les Ephmrides annuelles
de la Socit Astronomique de France. Ds 1981, l'Union Astronomique Internationale l'a honor en baptisant de
son nom l'astrode 2213 Meeus. Je lui dois beaucoup.
3. M.-A Combes et J. Meeus, Chronique des objets AAA (n 6), Observations et Travaux, 35, pp. 20-26, 1993.
Citation pp. 24-26.
4. Dans une note de la Conclusion de LA TERRE BOMBARDEE 1998, je prvenais (un peu trop vite) qu'il n'y
aurait pas une autre version de mon livre. J'estimais alors avoir t au bout de ma dmarche.
En fait, en 2007, j'ai chang d'avis. Un site Internet (LA MENACE DU CIEL) et un livre informatique (LA TERRE
BOMBARDE 2007) me permettent de garder une activit intellectuelle quasi quotidienne. Faire travailler ses
neurones, tant que c'est possible, me parat tre une activit raisonnable pour un sexagnaire pris depuis
quarante ans dans le tourbillon de la recherche. Comme je l'explique sur mon site, depuis qu'un jour de mars
1963, Tbingen, je me suis trouv face face avec la statue de Kepler. Ce jour-l, tout a chang pour moi...
5. Se cultiver demande un rel effort intellectuel, devant lequel beaucoup reculent. C'est encore plus vrai dans le
domaine scientifique. Des proches m'ont dit que mon livre tait "illisible", car "beaucoup trop compliqu", et ont
renonc le lire, se contentant d'un survol trs superficiel. C'est sr qu'il est plus facile et plus attrayant de lire
son horoscope quotidien que d'plucher les centaines de pages de mon livre.
Par contre, des lecteurs attentifs (et passionns parfois) m'ont dit leur satisfaction devant la manire dont j'ai
trait le sujet. Vouloir faire la liaison entre la science, le mythe et l'histoire, comme j'ai tent de le faire, leur a paru
une dmarche riche de promesses (et de surprises venir aussi).
Plusieurs d'entre eux m'ont suggr de prparer une nouvelle version actualise pour que j'essaie d'aller plus loin,
et saisir peut-tre cette vrit historique qui est porte de la main. Ils veulent savoir ! Ils veulent connatre le
monde dans lequel ils vivent ! Comme quoi, "la culture" n'a pas le mme sens, ni le mme intrt, pour tout le
monde !
419
420
BIBLIOGRAPHIE
Certains lecteurs attentifs, aprs avoir consult cette Bibliographie, qui contient prs de 400 titres, pourront
penser que j'ai parfois des lectures "douteuses". Je rappelle ceux qui l'ignoreraient encore que le
catastrophisme est un puzzle et qu'il faut aller piocher les divers lments intressants l o ils se trouvent. Ce
n'est pas toujours dans les textes acadmiques et dans les crits des chercheurs professionnels que se cachent
les dtails qui font avancer les choses. C'est pourquoi j'ai retenu ici quelques livres d'historiens et d'rudits non
scientifiques qui ont travaill sur des "sujets qui drangent". Leur apport est loin d'tre ngligeable. Bien
entendu, je ne cautionne pas pour autant toutes les hypothses envisages dans ces ouvrages.
Plusieurs autres livres plus anciens que ceux retenus dans cette Bibliographie, puiss depuis longtemps et non
rdits, peuvent tre consults sur Internet, notamment sur le site de la Bibliothque Nationale et surtout sur
le site anglophone Internet Sacred Text Archive qui est exceptionnellement riche et intressant. Certains en
valent vraiment la peine et rappellent que la connaissance n'a pas commenc avec le XXe sicle. Je n'ai pas
retenu non plus dans cette Bibliographie quelques classiques de l'Antiquit dont je me suis servi pour crire
mon livre. Je les ai cits en rfrence dans les chapitres o je les ai utiliss. Leur lecture peut tre trs
enrichissante pour faire la liaison entre la science, la mythologie et l'histoire. Raliser cette liaison, longtemps
considre comme utopique, est l'un des dfis des chercheurs du XXIe sicle.
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A
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ABRAHAM (XIXe sicle avant J.-C.) ................................................................................................................ 35, 362
AGASSIZ Louis (1807-1873) ................................................................................................................................... 65
ALDRIN Edwin (1930)............................................................................................................................................ 398
ALVAREZ Luis (1911-1988) ....................................................................14, 244, 245, 252, 257, 304, 324, 325, 386
ALVAREZ Walter (1940)..........................................................................................14, 244, 245, 252, 304, 324, 325
AMENMES (XIIImeXIIme sicle av. J.-C.)............................................................................................................ 381
ANAXIMANDRE (610-547) ................................................................................................................................ 21, 28
ARAGO Franois (1786-1853) .......................................................................................................................... 3, 322
ARISTARQUE de SAMOS (310-230).......................................................................................................... 21, 50, 62
ARISTOTE (384-322) ................................................................................................29, 30, 133, 148, 203, 367, 368
ARMSTRONG Neil (1930) ..................................................................................................................................... 398
ARNOULD Jacques (1961)...................................................................................................................................... 47
ARRHENIUS Svante (1859-1927)......................................................................................................................... 288
ASARO Franck (1953) ........................................................................................................................................... 244
ASHER David (1966) ....................................................................................................................................... 72, 210
ASTAPOVICH Igor (1908-1976).................................................................................................................... 188, 190
ATHURI C. ............................................................................................................................................................. 197
AVIEZER Nathan ..................................................................................................................................................... 47
B
BAADE Walter (1893-1960)..................................................................................................................................... 67
BADA Jeffrey ......................................................................................................................................................... 249
BAILEY Mark ........................................................................................................................................................... 72
BAILLIE Mike ......................................................................................................................................................... 372
BAILLY Jean Sylvain (1736-1793)........................................................................................................................... 54
BARRINGER (1860-1929) ..................................................................................................................................... 224
BARRINGER Daniel (1860-1929).......................................................................................................................... 223
BARUCCI Antonella (1957) ................................................................................................................................... 348
BAUVAL Robert (1948).......................................................................................................................................... 372
BERLITZ Charles (1914-2003) .............................................................................................................................. 388
BERNARD tienne ................................................................................................................................................ 268
BERNARD Jean-Louis (1918) ............................................................................................................................... 372
BEROSE (v. 330-v. 260).................................................................................................................... 26, 27, 341, 345
BERTHELOT Marcelin (1827-1907) .............................................................................................................. 288, 289
BERZELIUS Jns (1779-1848)...................................................................................................................... 288, 289
BESSEL Friedrich (1784-1846) ............................................................................................................................. 339
BIERMANN Ludwig (1907-1986)................................................................................................................... 143, 172
BINZEL Richard (1958)............................................................................................................................................ 74
BIOT Jean-Baptiste (1774-1862)................................................................................................. 55, 56, 58, 211, 288
BLUMENBACH Johann (1752-1840) ...................................................................................................................... 58
BOHOR Bruce ....................................................................................................................................................... 248
BOSLER Jean (1878-1973) ............................................................................................................................. 37, 343
BOURA Olivier ....................................................................................................................................................... 367
BOURGEOIS Joanne ............................................................................................................................................ 249
BOYNTON William................................................................................................................................................. 250
BRACK Andr (1938)..................................................................................................................................... 211, 293
BRAHE Tycho (1546-1601) ............................................................................................................................... 50, 92
BROWN Hugh Auchincloss (1879-1975)............................................................................................................... 276
429
430
431
432
P
PALLAS Pierre-Simon (1741-1811)................................................................................................................... 55, 56
PEARY Robert (1856-1920) .................................................................................................................................. 204
PENFIELD Glen..................................................................................................................................................... 250
PIAZZI Giuseppe (1746-1826)................................................................................................................................. 56
PICHLER Adolf (1819-1900) ................................................................................................................................. 375
PLATON (427-347) ................................................................27, 28, 29, 30, 277, 364, 366, 367, 374, 375, 406, 415
433
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436
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