Lettres Du Brassus 03 FR
Lettres Du Brassus 03 FR
Lettres Du Brassus 03 FR
NUMÉRO 03
BLANCPAIN. UNE TRADITION D’INNOVATION. DEPUIS 1735.
COUSTEAU
de son tourbillon volant et le style sportif de sa légendaire montre de plongée Fifty Fathoms.
Etanche à 300 mètres, le « Tourbillon Fifty Fathoms » (réf. 5025-3630-52) est doté d’un fond
saphir dévoilant une masse oscillante ciselée à la main et créée spécialement pour ce modèle.
GRUYÈRE AOC
La nouvelle édition 2007 de la Fifty Fathoms Une force de la nature
2007/2008
Voici le troisième numéro de Lettres du Brassus qui consacre une large place à la
nouvelle collection Fifty Fathoms, dévoilée lors de la foire Baselworld 2007. Nos horlogers et
des montres de plongée dès leur lancement en 1953. La dernière version de la Fifty Fathoms
est animée par le tout nouveau calibre 1315, le second mouvement de base inédit présenté
et n'oubliez pas de jeter un coup d'œil à notre nouveau site Internet, comprenant des
animations spéciales qui complètent et illustrent notre article sur les Fifty Fathoms.
Marc A. Hayek
Président et CEO Blancpain
A LA UNE
10
LE CHRONOGRAPHE
DE MICHEL-ANGE
L'EMBRAYAGE VERTICAL
RÉVOLUTIONNAIRE DE BLANCPAIN
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GRUYÈRE AOC
UNE FORCE DE LA NATURE
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SOMMAIRE
EN COUVERTURE :
La nouvelle Fifty Fathoms Automatique
Photo d'Andreas Koschate
D A N S L’ A I R D U T E M P S
L’HISTOIRE DE LA
FIFTY FATHOMS
PAR JEFFREY S. KINGSTON
Le président John F. Kennedy rencontre les US Navy Seals, équipés de Fifty Fathoms « Tornek Rayville ». « Bob » Maloubier vers 1955, avec sa Fifty Fathoms.
D A N S L’ A I R D U T E M P S
pour détourner Allen Tornek de son objectif : constructeur retint l’idée d’un pictogramme Nageur de combat français
au milieu des années 1960.
il acheta les rubis du Missouri et, comme il particulier pour le cadran. L’insertion du
les trouva de moins bonne qualité, il s’en symbole universel de la radioactivité, com-
débarrassa purement et simplement. Tornek posé de trois motifs triangulaires disposés
finit ainsi par remporter la mise et livrer les autour d’un cercle, barré et à une place bien
montres de plongée à l’armée des États-Unis en vue sur le cadran, juste au dessus du chif-
sous deux désignations : « Blancpain Tornek » fre 6, permettait de signaler l’absence de
et « Rayville Tornek » (Rayville était une tout danger lié à la radioactivité.
désignation utilisée par Jean-Jacques Fiechter Alors que la Fifty Fathoms s’imposait
pour une partie de la production Blancpain). d’elle-même comme la référence mondiale
Comme de nombreuses autres montres pour les montres militaires de plongée, elle
militaires, les séries Tornek observaient des acquit un succès semblable dans le domaine
spécifications particulières et portaient l’indi- civil. À cette époque, les montres de plongée
cation « Mil Spec 1 » sur leur cadran. Un élé- n’attestaient nullement d’un quelconque
ment essentiel habituellement contenu dans luxe horloger et étaient ainsi vendues par les
les listes des desiderata militaires concernait la magasins d’équipement sous-marin. Ces
luminosité des repères portés sur le cadran et articles arboraient fièrement le nom donné
la lunette. À cet effet l’armée américaine, ainsi par Jacques Cousteau à son matériel de
que beaucoup d´autres, stipulait que Blancpain plongée, conçu pour s’adapter à la première
utilise sur la Fifty Fathoms du matériel radio- valve à détendeur qui peut être légitime-
actif, comme le tritium, afin que les indications ment considérée comme l’ancêtre des appa-
restent parfaitement lisibles dans les conditions reils de plongée moderne. Et les montres de Lettre de remerciement du capitaine du voilier
« Saint-Briac », qui avait utilisé des montres
nocturnes prévues pour une grande partie des plongée Blancpain vendues dans ces établis-
Fifty Fathoms pour un tour du monde à la voile.
opérations sous-marines. Ces matériaux adap- sements portaient le label « Aqualung ».
tés aux exigences militaires étaient effrayants, Si les Fifty Fathoms de Blancpain ont été
même au regard de la légèreté des normes qui source d’inspiration pour toutes les montres
s’appliquaient alors aux éléments radioactifs. de plongée modernes qui ont reproduit leur
Les boîtiers portaient une inscription qui disait liste de caractéristiques, elles sont également
« DANGER – EN CAS DE DÉCOUVERTE, à l’origine de l’engouement indéfectible dont
RAPPORTER À L’ÉTABLISSEMENT MILITAIRE bénéficient de nos jours les montres de gran-
LE PLUS PROCHE ». de dimension. Et au fil des années, Blancpain
Blancpain décela la nécessité de disposer a présenté une multitude de variations stylis-
d’un moyen pour différencier la production tiques sur le thème de la Fifty Fathoms.
des Fifty Fathoms militaires de leurs homolo- Certaines se distinguaient par des boîtiers au
gues civils, en particulier quant à l’utilisation style de coussin, d’autres par des repères
d’un revêtement radioactif. Pour distinguer en forme de bâtons plutôt que de forme
les montres à usage civil, dépourvues à triangulaire, certaines par des aiguilles plus
l’évidence de tout élément radioactif, le effilées. Toutes partageaient néanmoins le
Pour leur part, les adeptes de plongée une telle célébrité ne saurait nous faire oublier
doublent les joies que leur passion leur pro- que les origines historiques de la plongée
cure par les semaines de préparation et de répondaient à des objectifs nettement moins
rêve qui précèdent tout voyage de plongée. La fastueux. En effet, ce fut l’armée américaine
pratique de leur sport de prédilection devient qui incita au développement d’un appareil res-
ainsi synonyme des lieux prestigieux où cette piratoire sous-marin autonome, en anglais
discipline se pratique. Prenez, par exemple, l'île Self-Contained Underwater Breathing Appa-
australienne de Lizard, située sur la Grande ratus, d’où proviennent les lettres SCUBA uni-
Barrière de Corail et dont le légendaire Clam versellement utilisées de nos jours. Christian
Garden regorge de palourdes d’un mètre de Lambertson parvint, dans une certaine
large, de mérous tachetés géants, aussi heu- mesure, à relever ce défi en 1939 par la mise
reux d’être caressés que le seraient de paisibles au point d’un système fondé sur des réserves
ruminants, sans oublier les centaines d’espè- d’air comprimé que les plongeurs emportaient
ces de coraux qui encerclent ce monde insu- avec eux sous la surface des eaux. Son inven-
laire. Des plongeurs venus du monde entier tion n'était cependant pas exempte d’inconvé-
font surface après de telles découvertes ich- nients rédhibitoires. Pour le signifier sans
tyologiques pour déguster une cuisine tropi- détour, l’absence d’un dispositif approprié
cale qui mériterait deux étoiles sur trois au pour égaliser la pression interne avec celle de
guide Michelin. À moins que vous n’ayez un l’océan environnant a entraîné la mort de troisième élément essentiel, la pression de
faible pour la Thaïlande et ne répondiez à l’ap- nombreux plongeurs. Et il reste difficile d’ima- l’océan. Leur valve intelligente égalisait la
pel de Koh Samui où, à quelques minutes à giner qu’un tel système puisse provoquer une pression dans les poumons du plongeur avec
peine de l’Imperial Tongsay Bay, de ses bunga- floraison de villégiatures sélectes tout autour celle du milieu aquatique ambiant. Et quel
lows disséminés sur une plage privée et de ses du monde (« Si nos hôtes s’annoncent volon- fut le déclic qui leur permit de mettre au
currys de feu, vous disposerez d’un panorama tiers à leur arrivée, ils préviennent rarement de point cette invention qui reste le fondement
tout aussi éblouissant de vie sous-marine. leur départ » pourrait être un bon slogan. En de tous les systèmes de plongée actuels ? La
Vous préférez jeter votre dévolu sur un autre ce cas, auriez-vous l’obligeance de régler votre valve de pression d’un générateur à gaz
océan ? Qu’à cela ne tienne, prenez donc la note par avance ?). qu’ils utilisèrent dans leur premier système !
direction du Belize et de l’atoll de Turneffe. La solution survint quatre ans plus tard, Ainsi, après une journée passée dans le célè-
Une journée à folâtrer avec les tortues caoua- quand Jacques-Yves Cousteau et Emile bre Cod Hole, sur l’île de Lizard, au moment
nes sera suivie d’une soirée sereine dans une Gagnan présentèrent une invention baptisée où de nouvelles générations de plongeurs
cabane sur la plage. Et si vous êtes attiré par « Aqualung ». Leur génie fut de concevoir sportifs attaquent joyeusement leurs filets de
les endroits les plus reculés du monde, songez une valve à détenteur qui fournissait de l’air barramundi qu’ils accompagnent d’une bou-
aux Maldives et à l’île de Velavaru qui compte à la demande et établissait ainsi le lien entre teille de chardonnay Penfolds Yattarna, ils
plus d’un millier de criques coralliennes. la pression des réserves d’oxygène et la pres- peuvent sereinement oublier pour l’instant
Il n’est donc nullement étonnant que de tels sion des poumons du plongeur. Mais si le tout ce qu’ils doivent à un générateur à gaz.
lieux aient conféré à la plongée sportive une système de Lambertson se limitait à cette Si les passionnés de plongée ont désor-
séduction et une aura hors pair. Cependant, fonction, Cousteau et Gagnan ajoutèrent un mais creusé la distance avec leurs prédéces-
D A N S L’ A I R D U T E M P S
seurs en matière d’équipement et de lieux d’une collection entière, Blancpain a assimilé port à son cousin le 13R0. Depuis la toute
de séjour, leurs montres ne sont pas en reste. tous les enseignements issus de l’invention première version de la Fifty Fathoms,
Développée dans un environnement mili- de la première montre de plongée moderne Blancpain a fermement établi que le remon-
taire, la Fifty Fathoms de Blancpain a été et de sa longue histoire pour créer une ver- tage automatique constitue un élément
conçue comme un parfait instrument de sion totalement nouvelle de la Fifty Fathoms. essentiel pour une montre de plongée. Et
combat. L’article en pages 4 à 9 évoque l’his- Pour l’édition 2007 de la Fifty Fathoms, pour quelle raison ? Parce que le remontage
toire de ce garde-temps d’exception. Il expli- Blancpain a, d’une part, conservé l’ensemble automatique ne requiert pas le dévissage
que aussi comment elle est devenue la pre- du patrimoine génétique de la montre et de quotidien de la couronne, nécessaire au pro-
mière montre de plongée moderne au point ses évolutions depuis les versions historiques priétaire pour remonter sa montre. Cette pré-
d’en définir les caractéristiques pour toute des années 1950 jusqu’à l’édition limitée caution réduit l’usure des joints de la cou-
l’industrie horlogère et retrace son évolution Anniversaire de 2003 et, d'autre part, minu- ronne et contribue à conserver l’étanchéité
depuis plus d’un demi-siècle. tieusement remis à jour, point par point, de la montre. Le système de remontage auto-
En 2007, faisant de la Fifty Fathoms la chaque élément de la montre. Mieux encore, matique du calibre 1315 possède une masse
pièce centrale de Baselworld et la vedette Blancpain a hissé la Fifty Fathoms du rang de oscillante délicatement décorée d’un motif
simple modèle à celui d’une famille de mon- soleil. En accord avec son caractère sportif, le
tres qui intègre aujourd’hui également un rotor bimétallique assure une efficacité de
Tourbillon et un Chronographe Flyback, sans remontage accrue.
omettre la présence d’un proche parent, le Le calibre 1315 intègre de nombreuses
nouveau Chronographe Flyback « Air caractéristiques de construction du mouve-
Command ». ment 13R0. Tous deux possèdent un balancier
En premier lieu, examinons les acquis que à inertie variable ainsi que des vis réglantes à
ces 54 années ont apportés à la Fifty tête carrée en or massif. Comme le système
Fathoms, en commençant par l’élément le de réglage à vis présente une résistance maxi-
plus fondamental de tous, le mouvement. male aux chocs, il est idéalement adapté à la
Cette dernière édition est dotée du mission de cette montre de plongée ultime.
deuxième mouvement de la nouvelle famille Toutefois, pour accroître encore sa robus-
de calibres Blancpain, qui suit les traces du tesse, le balancier est réalisé en glucydur, plus
13R0, dévoilé en octobre 2006 à Genève. Ce lourd que le titane utilisé dans le 13R0. Une
mouvement entièrement inédit, qui porte la autre caractéristique de construction com-
désignation 1315, a été mis au point par la mune est la présence de trois barillets, dont
Manufacture parallèlement au révolution- deux possèdent des ressorts à bride glissante
naire 13R0. Comme ce dernier, le calibre alors que le troisième est doté d’une
1315 est exclusif à Blancpain. fixation rigide. En raison des propriétés
Dès les prémices de son développement, le spécifiques des matériaux, tous les ressorts
1315 a été conçu comme un mouvement moteurs ont été spécialement recalibrés pour
robuste destiné à équiper une montre de ce mouvement. Le mouvement présente éga-
sport. Le remontage automatique est la pre- lement une réserve de marche exceptionnelle
mière différence qui saute aux yeux par rap- pour une robuste montre de sport qui atteint
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Le calibre 1315 avec ses cinq jours. Des pierres surdimensionnées approches antérieures sont devenus évi-
rubis surdimensionnés,
apparaissent comme une caractéristique de dents. Aussi ont-ils résolu de réintégrer cette
sa finition soleillée et son
balancier à inertie variable doté
construction cependant, avec l’adjonction caractéristique au nouveau modèle. À cette
de vis réglantes à tête carrée. d’un remontage automatique, le nombre de fin, ils ont opté pour un dispositif tradition-
rubis s’élève désormais à 35 contre 30 dans nel qui consiste à cercler le mouvement d’un
LE CALIBRE 1315 le calibre manuel 13R0. Enfin, à l’instar du contre-boîtier composé de deux plaques
Hauteur : 4,57 mm 13R0, le 1315 comprend une fonction de protectrices en fer doux, l’une placée sous le
Diamètre : 30,60 mm date qui est protégée contre tout endomma- cadran et l’autre entre l’arrière du mouve-
Réserve de marche : 120 heures
Rubis : 35
gement du mécanisme si la montre est réglée ment et le fond de boîtier.
Composants : 222 en sens antihoraire à minuit. En écrivant la bible des montres de plongée
Boîtier interne antimagnétique La finition manuelle particulière du mou- modernes, Blancpain a insisté sur l’impor-
vement caractérise ce nouveau calibre de tance d’une lunette tournante. Les plongées
manufacture Blancpain. La décoration soleil autonomes durent en général moins d’une
prodiguée sur le pont fait en effet écho à heure et le plongeur doit pouvoir indiquer le
l’apparence de la masse oscillante. début de l’immersion sur sa montre. En tour-
Plusieurs versions historiques de la Fifty nant la lunette afin de placer le marqueur
Fathoms offraient un bouclier antimagnéti- face à l’aiguille des minutes et grâce à la pré-
que, abandonné sur les modèles plus sence de repères très lisibles sur la lunette, il
récents. Lorsque les ingénieurs de Blancpain est aisé de mesurer le temps de la plongée (ou
ont passé en revue l’ensemble des critères de la durée nécessaire à la décompression).
plongée, les avantages spécifiques des Aussi, la Fifty Fathoms a-t-elle conservé sa
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lunette pivotante noire munie de repères nouvelle Fifty Fathoms d’un boîtier en acier. dans une lutte inégale contre des barrettes
toutes les 15 minutes. L’édition limitée De plus, en signe de reconnaissance du rôle toujours peu coopératives, l’édition Anni-
Anniversaire de 2003 présentait une amélio- éminent joué par une montre de sport dans versaire facilitait le changement de bracelet
ration significative de ce concept : l’introduc- les environnements les plus divers, Blancpain par l’utilisation d’un simple instrument à
tion du saphir comme matériel pour la a réalisé pour la première fois une variante l’extérieur des cornes. Ce système de brace-
lunette. En se présentant sous une forme déli- en or rouge. Lors de l’examen attentif des let fait partie intégrante de la collection
2007. Avec la montre, il est donc possible
d’acquérir un set composé d’un second bra-
DÈS LES PRÉMICES DE SON DÉVELOPPEMENT, celet en caoutchouc, du support et de l’ins-
trument qui permet de changer de bracelet
LE 1315 A ÉTÉ CONÇU COMME UN ROBUSTE en un tour de main.
En guise de démonstration finale que
MOUVEMENT DE SPORT. Blancpain n’a négligé aucun détail, la Fifty
Fathoms se présente dans un coffret extrê-
catement bombée, le saphir ne donne pas divers éléments de la montre, le bracelet n’a mement solide. Il s’agit là du nec plus ultra
seulement un fini prestigieux à la lunette, pas non plus échappé au regard critique des des contenants étanches et résistants aux
mais, en sa qualité de second matériau sur designers de Blancpain. Afin d’offrir une lon- chocs dont le design est parfaitement
l’échelle de dureté après le diamant, il lui gévité, une solidité et une résistance maxi- adapté à cette montre de sport ultime.
confère une extrême résistance aux rayures males aux dommages provoqués par l’eau, Chaque Fifty Fathoms est renfermée dans un
dans les conditions difficiles de la plongée ou Blancpain a réalisé le nouveau bracelet en petit écrin de voyage en toile de voile, lui-
le tumulte de la vie quotidienne à l’air libre. toile de voile. Toutefois, désireux de prendre même disposé dans le coffret réalisé en
Vertu essentielle reconnue de longue date, en compte le désir du possesseur de changer matériaux high-tech.
la lisibilité représentait une question épineuse l’apparence de sa montre par un bracelet au La Fifty Fathoms Chronographe Flyback
par faible luminosité. Dans ce domaine, design ou au matériau différent, Blancpain a comprend tous les éléments fondamentaux
Blancpain a pu heureusement tirer avantage emprunté un élément à son édition du design de la Fifty Fathoms originale. Elle
des nouvelles matières qui relèguent dans un Anniversaire. Pour éviter de perdre ses nerfs possède le même bouclier antimagnétique,
passé révolu les composants radioactifs quel-
que peu effrayants utilisés par les services des
armées dans les premières versions de la Fifty
Fathoms. Le matériau luminova qui a fait ses
débuts il y a fort longtemps dans les exécu-
tions civiles de la montre retrouve son utilisa-
tion dans ce nouveau modèle, mais dans une
autre couleur. La version 2007 offre une
nuance neutre de luminova pour les chiffres,
les appliques, les aiguilles et la lunette.
Élément vital de tout garde-temps, la
couronne requiert une attention
particulière dans une montre de
plongée. En reprenant une solu-
tion présente sur des éditions
antérieures, Blancpain a ajouté Le superbe mouvement
de la Fifty Fathoms Tourbillon.
sur le boîtier des protège-couronnes
C’est l’unique modèle de
qui en accroissent encore la solidité. la famille qui n'est pas doté
L’acier a toujours été le matériau par d’un bouclier antimagnétique
afin de permettre d’admirer
excellence pour une montre de plongée
à travers le fond saphir
classique. Dans ce domaine, Blancpain ne le mouvement délicatement
s’est pas écarté de la tradition et a doté la décoré à la main.
D A N S L’ A I R D U T E M P S
la même lunette tournante en saphir, les Le dispositif de blocage n’assure donc pas Le tourbillon est un nouveau venu dans la
mêmes nuances neutres en luminova appli- l’étanchéité, il sert uniquement à empêcher famille Fifty Fathoms. Il possède la plus plai-
quées sur les chiffres, les aiguilles et la l’activation du poussoir qui, si tel n’était pas sante et la plus visuelle de toutes les compli-
lunette, les protège-couronne, le bracelet en le cas, autoriserait l’irruption de l’eau à l’in- cations, le tourbillon volant de Blancpain qui
toile de voile, le système de changement de térieur de la montre. A ce propos, il importe dévoile pleinement au regard les mouve-
bracelet et le coffret high-tech. Toutefois, de se souvenir d’un aspect essentiel : la fonc- ments du balancier et de l’échappement,
elle présente un élément additionnel qui a tion primordiale du système de blocage sans l’obstacle visuel habituellement repré-
fait l’objet d’une attention particulière afin consiste à assurer que le chronographe ne senté par le pont de support. Il associe cette
d’introduire la complication chronographe soit jamais effectivement utilisé sous l’eau. séduction à l’extrême robustesse du boîtier
dans l’univers des montres de plongée : les La Fifty Fathoms Chronographe Flyback de sportif de la Fifty Fathoms. Et afin de célébrer
poussoirs du chronographe. Blancpain n’est pas destinée à ces jeux de pleinement le mariage de la complication et
A dire vrai, la grande majorité des montres salons. Ses poussoirs offrent une étanchéité à de la plongée, Blancpain a opéré une légère
présentées sous la désignation de chrono- 300 mètres et peuvent donc être manipulés modification dans le boîtier. Pour dégager la
graphe de plongée fait partie de ces frimeurs dans l’eau. Un tour de force rendu possible vue sur le tourbillon, il était nécessaire de
qui en imposent davantage par l’apparence par des joints spéciaux installés de manière supprimer les plaques antimagnétiques qui
que par les performances. Ces garde-temps invisible à l’intérieur du boîtier. Et comme les protègent le mouvement des autres mem-
comportent généralement des poussoirs de poussoirs peuvent être librement actionnés bres de la collection Fifty Fathoms. Et la
chronographe à vis. La seule protection afin d’offrir toutes les fonctions du chrono- Manufacture a saisi cette opportunité pour
contre l’eau offerte par un poussoir vissé graphe dans un environnement liquide, les faire de la Fifty Fathoms Tourbillon le seul
réside dans le fait que le système prévient vis de blocage ne répondent, par consé- modèle de la collection muni d’un fond
tout enclenchement du chronographe pen- quent, plus à aucune utilité. transparent. Son mouvement doté d’une
dant l’immersion de la montre, à la condi- A l’instar de sa proche parente, la Fifty réserve de marche de huit jours comprend
tion préalable, naturellement, que l’utilisa- Fathoms Chronographe Flyback est disponible une masse oscillante spécialement dessinée
teur de la montre n’omette pas de le visser. dans des exécutions en acier et en or rouge. pour ce tourbillon de référence.
LANCEMENT DE LA
FIFTY FATHOMS À CANNES
I l relève d’une simple évidence dans le
monde des affaires et, si le lecteur m’au-
torise une légère généralisation, dans la vie
garde-temps au parfait classicisme.
Venons-en rapidement au mois de septem-
bre 2007. Même si la Fifty Fathoms bénéficie
de l’entreprise équivalait à inviter Lance Arm-
strong à se lancer en tricycle sur un vélo-
drome.
elle-même qu’il vaut mieux éviter de faire sui- d’une légitimité historique en plongée avec Qu’elle ait été ou non à la hauteur de ses
vre un succès par une simple répétition. C’est scaphandre autonome et que le président de possibilités surhumaines, cette plongée a
une option banale, qui dénote d’un manque Blancpain est lui-même un passionné de plon- permis aux hôtes de Blancpain de suivre avec
d’imagination et trahit surtout un ennui cer- gée, la seconde dimension de l’aventure sous- intérêt le déroulement des opérations depuis
tain. Aussi, quand il a été temps de lancer la marine, la plongée libre, était mise à l’honneur un navire qui mouillait à proximité du bateau
troisième génération de Fifty Fathoms, il était pour le lancement officiel du nouveau modèle. de plongée. Par un lumineux après-midi de
hors de question pour Blancpain de reprendre En choisissant le cadre du Festival de Plaisance fin d’été, un public enthousiaste a observé
tout bonnement la présentation réalisée pour de Cannes, l’un des grands salons annuels Gianluca Genoni préparer sa plongée et des-
ses lointains débuts. D’ailleurs, le premier consacrés au yachting, Blancpain a convié cendre sous la surface de l’eau. Accueilli sur
lancement intervenu en 1953 n’aurait guère Gianluca Genoni, champion du monde de le fond de la mer par Marc A. Hayek, le
pu servir de modèle car il était frappé du secret plongée en apnée, à devenir le premier pos- plongeur émérite a reçu une Fifty Fathoms en
défense - aucune fanfare, pas de journalistes sesseur au monde de la Fifty Fathoms 2007. Le acier qui portait le numéro de série zéro.
et à vrai dire une absence presque totale de palmarès de Gianluca Genoni est époustou- Quand il a refait surface, elle entourait déjà
célébration - mais des essais cliniques, impla- flant. Il détient non moins de 12 titres mondi- son poignet. La célébration festive s’est pour-
cables et militaires. Le deuxième grand lance- aux en plongée libre. Y compris le record de suivie par un lunch de caviar, saumon fumé
ment pour l’édition Anniversaire de 2003 a in- profondeur en plongée libre avec 141 mètres. et champagne.
versé le cours de l’histoire. Robert Maloubier, Il est capable de retenir sa respiration pendant Exposés sur les présentoirs Blancpain lors du
grande figure de l’École des Nageurs de com- 7 minutes et 48 secondes (et s’il lui est permis Festival de Plaisance, les trente premiers exem-
bats et membre de l’équipe qui collabora avec d’inspirer de l’oxygène pur avant la plongée, il plaires de la Fifty Fathoms ont rapidement
Blancpain à la mise au point de la version de peut porter cette durée à 15 minutes). Ainsi, trouvé preneurs, comme l’attestaient les
1953 de la Fifty Fathoms, a rejoint pour l’occa- lorsque Blancpain lui a demandé d’accompa- points rouges qui se sont multipliés, indiquant
sion Marc A. Hayek, président de Blancpain, gner Marc A. Hayek au fond de la mer entre le que ces premiers numéros de série se sont
en Thaïlande pour une plongée mémorable, port de Cannes et les îles de Lérins, où la pro- immédiatement transformés en pièces recher-
qui a tenu lieu de baptême public pour ce fondeur atteint à peine 30 mètres, la difficulté chées par les collectionneurs. I
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SALUT
L’ARTISTE !
« C’EST PAS LES GRANDES SÉRIES ICI, IL Y A TOUJOURS DES
Réflexions et partage de compétences entre le maître-horloger et le « mécanorloger » autour d’un plan de la répétition minutes étanche de Blancpain.
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Fraisage intérieur et extérieur de la masse oscillante en or du tourbillon calibre 25 sur la machine à pointer.
Vérification des différents diamètres d’une masse à l’aide d’un outil de mesure appelé « pied à coulisse ».
Gravage du fond de la répétition minutes étanche par incision dans la matière à l’aide d’un petit burin. Un travail d’orfèvre réalisé à la main sous le microscope.
LE CHRONOGRAPHE
DE MICHEL-ANGE
PAR JEFFREY S. KINGSTON
Vue de l’embrayage vertical avec les deux bras de chaque côté (position de chronographe arrêté). Habituellement, l’assemblage
de l’embrayage est dissimulé aux regards par le pont supérieur qui a été découpé pour permettre cette photographie.
Sur cette vue, le chronographe est enclenché. Les deux bras sont écartés de la platine d’embrayage permettant au disque d’être repoussé sur
la roue de secondes constamment en mouvement située au-dessous. Deux des trois pieds du ressort d’embrayage peuvent être vus, l’un à 5 heures,
l’autre à 10 heures. Remarquez le doigt du ressort au sommet de l’assemblage de l’embrayage qui commande le compteur des minutes.
nographes Blancpain a permis d’imiter égale- chronographe, ce qui lui a valu son nom, pour À cet égard, l’arme secrète réside dans l’em-
ment cette invention. se confondre à nouveau avec sa position et ploi d’un isolateur - une nouvelle construction
L’ajout d’une nouvelle complication sous la ses évolutions. de Blancpain qui a également servi de source
forme d’une rattrapante entraîne un niveau Si ce principe semble aisé à décrire, sa d’inspiration à d’autres marques horlogères.
de difficulté entièrement différent. Le calibre réalisation est particulièrement ardue. Les L’alignement des deux aiguilles est effectué par
à rattrapante de Blancpain, le 1186, est un composants essentiels de ce mécanisme une came en forme de cœur attachée à l’axe
proche parent du chronographe de base sont une autre roue à colonne, un frein et de la rattrapante. Lorsque les aiguilles coïnci-
1185. Le mécanisme de rattrapante est incor- un isolateur. L’actionnement de la com- dent parfaitement, un doigt dont la force pro-
poré à l’arrière du chronographe. Le principe mande destinée à séparer les deux aiguilles vient d’un ressort exerce une pression contre
fondamental semble d’une grande simplicité : des secondes provoque également le pivo- le cœur, le contraignant à se centrer lui-même
il s’agit de doter le chronographe d’une tement d’une roue à colonnes qui actionne puis à se déplacer (ou, s'il est déjà immobilisé,
aiguille des secondes supplémentaire qui un frein. Pensez au frein sous la forme à le rester) dans la même position que l’aiguille
tourne la plupart du temps à l’unisson avec d’une pince. Le pivotement de la roue à principale des secondes du chronographe.
l’aiguille principale des secondes du chrono- colonnes serre les mâchoires de la pince sur Dans la conception originale, ce doigt était
graphe (dont les mouvements devraient les deux côtés d’une roue attachée à l’axe fabriqué en métal. Depuis lors, Blancpain a
idéalement coïncider avec cette même de l’aiguille des secondes de la rattrapante. encore perfectionné la construction en le
aiguille de telle sorte que l’œil ne soit pas en Le pincement du frein sur la roue sert à substituant par un disque pivotant en rubis
mesure de percevoir sa présence) mais qui stopper la roue. Voilà qui semble parfait, pressé contre la came en forme de cœur. Pour
peut être arrêtée indépendamment de l’ai- mais comme cette aiguille avance avec l’ai- les périodes où le frein est actionné, Edmond
guille principale des secondes du chronogra- guille principale des secondes du chrono- Capt a conçu une autre roue, dite roue d’iso-
phe afin de laisser cette dernière poursuivre graphe reliée par l’entremise de l’em- lateur, qui pivote et repousse loin du cœur le
librement sa progression. Enfin, le méca- brayage au rouage de la montre, comment levier habituellement laissé en contact. Cette
nisme doit permettre à l’aiguille arrêtée de empêcher ce frein d’interrompre complète- action dissocie l’aiguille désormais arrêtée de la
rattraper l’aiguille principale des secondes du ment la marche de notre garde-temps ? progression de l’aiguille principale des secon-
Le mécanisme de rattrapante vu par dessous. À gauche, les aiguilles sont superposées, la position de l’aiguille de rattrapante maintenue par le rubis
rouge qui appuie contre le cœur bleu. À droite, les aiguilles sont séparées. La roue à colonnes a tourné, provoquant la pression des deux bras de
freinage sur la roue de centre de l’aiguille de rattrapante et l’immobilisant (les flèches indiquent la direction de déplacement des bras). Remarquez
la manière dont le bras à ressort vert a fait pivoter l’isolateur. Cette rotation, illustrée par une flèche dans le sens horaire, provoque l’ouverture
du bras jaune portant le rubis, l’écartant du cœur bleu et isolant ainsi l’aiguille de la rattrapante, qui cesse d’accompagner celle des secondes.
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des du chronographe (d’où le terme d’isola- sur cet axe, qui aura pour conséquence une pulvérisé des records du monde. Ces deux
teur). L’action du frein est rendue particulière- diminution de l’amplitude de la montre ou, mouvements étaient les mécanismes les plus
ment précise par la présence de très petites pire encore, l’arrêt du mouvement. Toute iné- plats au monde dans leur catégorie et ils le res-
dents sur sa surface de contact afin d’accroître galité dans le serrage du frein - l’un des côtés tent encore de nos jours. A l’évidence, ils ont
la sécurité de sa prise sur l’extérieur de la roue de la pince exerçant une pression plus élevée tous deux mérité les plus grands honneurs,
de la rattrapante. Au moment où l’utilisateur que l’autre – provoquerait de semblables qu’ils ont désormais reçus de la manière la
souhaite réunir les aiguilles - c’est-à-dire déboires. plus convaincante qui soit. Comment conce-
demander à l’une de rattraper l’autre - la roue Comment Edmond Capt et Blancpain sont- voir en effet meilleur et plus sincère hommage
à colonnes pivote afin de relâcher simultané- ils donc parvenus à réaliser ce véritable tour de que de constater que les autres constructeurs
ment le frein, faire avancer la roue d’isolation, force technique ? En maîtrisant l’embrayage horlogers sont si nombreux à avoir emprunté
permettre au disque en rubis à l’extrémité du vertical, Blancpain a simultanément surmonté les solutions développées par Blancpain ? I
doigt d’exercer une nouvelle pression sur le les inconvénients des constructions destinées
cœur et faire à nouveau coïncider l’aiguille de à engager les rouages. Les mouvements
rattrapante avec l’aiguille des secondes princi- 1185/1186 assurent le départ et l’arrêt en
pale du chronographe. douceur du chronographe à chacun de ses
Comme il convient d’intégrer à ce processus actionnements. L’aiguille ne saute jamais. En-
un incroyable degré de précision, il devient dès suite, comme le rouage de la montre est tou-
lors évident que la rattrapante figure parmi les jours entraîné par la plaque la plus basse de
complications horlogères dont la mise en pra- l’embrayage, de sorte que l’activation du chro-
tique est la plus complexe et délicate. Le nographe ajoute uniquement l’aiguille des
mécanisme de rattrapante est disposé sur l’ar- secondes du chronographe au rouage, l’am-
rière du mouvement, ce qui accroît d’autant la plitude de la montre et, autre élément essen-
longueur de l’axe des aiguilles. Le moindre tiel, sa précision de marche sont à peine
déplacement ou le plus petit écart par rapport influencées par l’enclenchement du chrono- Calibre 1186 : le premier chronographe à
à un alignement parfait entraînera une friction graphe. Il est systématiquement recommandé rattrapante automatique au monde (1989).
ART DE VIVRE
GRUYÈRE AOC :
UNE FORCE DE LA
PAR DIDIER SCHMUTZ
PHOTOGRAPHIES HUGUES DE WURSTEMBERGER ET CHRISTOPHE DUTOIT
1 Ils ne sont que huit fromages à pouvoir bénéficier de cette prestigieuse reconnaissance qu’est l’AOC : L’Etivaz, Gruyère,
Berner Alpkäse, Sbrinz, Vacherin Mont d’Or, Formaggio d’Alpe Ticcinese, Tête de Moine et Vacherin fribourgeois.
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Point de départ de notre périple au elles sont ensuite plongées dans un bain de Oublions les techniques de fabrication pour
Brassus, à la fromagerie où travaille René sel pour vingt-quatre heures avant de pren- évoquer plutôt la poésie du lait. Quelle
Piguet, chef d’exploitation au service de la dre place en cave pour des soins quotidiens. magnifique matière ! Je me souviens de cette
Société de laiterie du village depuis 27 ans. Pendant ce temps, arrivent à tour de rôle les toute jeune fromagère qui disait sa passion.
Nous irons ensuite sur les montagnes grué- treize producteurs de lait qui livrent la traite Fille de paysan, elle s’en allait avec son père à
riennes avant de revenir sur les alpages de la du matin. C’est ce lait, ajouté à celui du soir la fromagerie et se mettait à rêver devant les
Vallée de Joux. précédent, qui servira à la fabrication du jour. chaudières pleines à ras bord. « J’étais comme
À l’entrée de la fromagerie du Brassus, en Entre analyses des échantillons de lait préle- ensorcelée par ce lait qui allait nous donner
activité depuis 190 ans et rénovée régulière- vés sur chaque livraison, nettoyage des pla- du Gruyère, ou un Vacherin, ou une tomme,
ment (la dernière fois en automne 2005) un ques marquées « Le Gruyère AOC » et sur- ou du beurre, ou de la crème. Comment
panneau sévère avertit le curieux : veillance de la température du lait qui peut-on faire autant de produits différents
STOP ! Zone d’hygiène. Accès interdit à chauffe doucement, René n’a guère le temps avec une seule matière ? C’était un mystère
toute personne non autorisée. de parler. Il explique néanmoins que « la mar- fascinant pour la petite que j’étais. »
Dehors, le froid est piquant. Munis de tou- que sur les plaques qui entoure le talon du Le dernier producteur arrive vers 7 heures.
tes les autorisations, nous entrons dans cet fromage pendant le temps de presse a été Charles Rochat a ceci de particulier qu’il est
univers de vapeur, de tuyaux rutilants, de introduite pour distinguer l’authentique un descendant des paysans horlogers à la
robinets, de cuves. Il y en a trois, dont une sur Gruyère des copies qui circulent dans les cou- lointaine époque où les paysans se transfor-
pied pour le Vacherin. Celle-ci est inactive. lisses du marché noir ». Une plaie ! Mais, maient en horlogers, une fois achevé le tra-
René s’affaire. Sa journée a commencé avant comme tout produit de luxe (montres, par- vail avec le troupeau. Charles nous emmène
5 heures du matin par le démoulage des fums, maroquinerie...), le Gruyère n’est pas sur son domaine, voir la maison au style typi-
meules d’une trentaine de kilos chacune ; épargné par les contrefaçons. que de la Vallée. Tout en haut de la façade,
sous le toit, une lignée de fenêtres rappelle cation ou construisent de nouvelles froma- vallées ; afin de satisfaire une demande qui
ce temps aujourd’hui révolu. Exceptée une geries. À partir de là, la production de va croissant dans les pays avoisinants, les
photographie, Charles n’a guère de souve- Gruyère s’implante - ou reprend durable- paysans-fromagers se mettent à fabriquer
nirs à nous raconter. Nous nous contente- ment - dans le canton de Vaud. aussi durant l’hiver. Les premières fromage-
rons de l’image reproduite ici. Ce bref coup d’œil en arrière montre que ries villageoises apparaissent ; elles supplan-
L’ancrage du Gruyère, ou disons plutôt le nous ne sommes pas encore parvenus aux tent peu à peu la production alpestre.
développement de sa fabrication en pays sources du Gruyère . Il faut remonter loin
2
Etalée dans le temps, la fabrication du
vaudois, remonte aux années vingt. À la fin dans le temps, jusqu’au Moyen Âge, pour Gruyère se déploie aussi dans l’espace géo-
de la Grande Guerre, la production de lait trouver les premières mentions d’un fromage graphique. Son territoire court le long de
grimpe en flèche alors que les exportations gras qui se fabriquait uniquement en été sur l’arc jurassien, descend vers la plaine, tra-
de fromage et de lait condensé chutent. À les alpages des montagnes gruériennes. Les verse les régions de grandes cultures du can-
l’étranger, les économies sont exsangues. montagnards de ce coin de pays sont indé- ton de Vaud, arrive à Fribourg - le canton qui
Entre 1921 et 1922, le prix du lait s’effondre, niablement les inventeurs du Gruyère. Ils gar- assure à lui seul la moitié de la production -
il passe de 36 à 19 centimes. Nestlé ferme dèrent longtemps leur secret de fabrication, et grimpe enfin dans les alpages des
ses condenseries, une mesure radicale qui jusque vers le milieu du XVII siècle lorsque
e
Préalpes fribourgeoises. Nous voilà parvenus
touche de plein fouet les producteurs de lait des fromagers ambulants originaires de la en Gruyère3 au cœur du pays qui a donné
dans plus de soixante villages vaudois. Face Gruyère s’en allèrent offrir leurs services sur nom et naissance à ce fromage aujourd’hui
à la crise, les sociétés de laiterie cherchent à les alpages du Jura vaudois. Par la suite, la mondialement apprécié. Montons sur les
remettre en état d’anciens ateliers de fabri- fabrication du Gruyère se généralise dans les sommets pour une rencontre surprenante.
Les alpages fribourgeois : Interloqués par ce convoi dérapant dans la qu’il faut descendre tous les jours les meules
retour aux sources pente, les randonneurs en sueur se deman- aux caves de la Tzintre à Charmey, que pour
dent d’où il sort, si ce n’est pas un coup le transport, Marco vaut tous les hélicoptè-
Sur le chemin caillouteux, Georges et monté par l’Office du tourisme pour faire res, que dans le temps c’était ainsi, en haut
Marco ne passent pas inaperçus. Le pre- bien dans le paysage. « Ils vous payent com- en bas tous les jours, à dos d’homme avec
mier est patron d’une fiduciaire à Genève, bien pour faire ça ? » questionnent-ils fré- l’oiseau ou sur les flancs du mulet, que la vie
le second est un vaillant mulet transpor- quemment. À chaque fois, Georges rigole alpestre n’est pas l’apanage trompeur des
teur de fromages. Curieux attelage. Dans avant de se fendre d’une explication. Il dit Heidi de la nature ou des champions de la
les passages les plus scabreux, l’homme qu’un peu plus haut, au chalet des Morteys à grande surface. Il dit que Marco et lui trans-
encourage la bête, doucement, avec la 1900 mètres d’altitude, il se fabrique deux pirent ensemble dans la sente abrupte.
complicité qu’il faut, la voix qu’il faut. Il est Gruyères par jour, que l’herbe et les fleurs En homme discret ainsi que l’exige sa pro-
beau de l’entendre. confèrent au fromage un goût incomparable, fession de gestionnaire financier, Georges
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Chaque printemps, le troupeau doit quitter le lage durant l’hiver. « Sans les alpages, avec mes En Vallée de Joux, l’été
domaine de Mézières, petit village en contre- 13 petits hectares, mon domaine ne serait tout
bas de la ville de Romont. Il le doit, en démé- simplement pas viable, il faudrait acheter tout Le feu crépite sous la chaudière. 52°, 53°,
nageant trois fois d’un alpage à l’autre, pour le fourrage, ce qui est impensable économi- 54°,… la température du caillé monte dou-
permettre à l’herbe de pousser, afin de pro- quement ou alors vendre une partie de mes cement ; approche le moment de la sortie,
duire les tonnes de fourrage qui permettront vaches en automne et trouver un travail com- à bras et à la toile comme l’exige la section
au troupeau de passer l’hiver au chaud. Bruno plémentaire en dehors de la paysannerie. C’est 4 du cahier des charges intitulée « Condi-
a pleine conscience du fait que la survie de sa plus du boulot ! Et de plus, changer de métier tions spécifiques à l’obtention, l’étique-
famille dans la paysannerie dépend de l’équili- trop de boulot. » Et bien non ! Paysan et éle- tage et au contrôle du Gruyère d’alpage
bre plaine - montagne durant la belle saison et veur passionné, il s’accroche à son troupeau, à AOC ». Au chalet de La Combe Noire, au-
par la livraison de son lait à la fromagerie du vil- ces montagnes qu’il exploite en location. dessus de la commune du Lieu en Vallée de
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Joux, Daniel Hauser exécute les mêmes clôtures à poser et on n’y va pas en vélo ! uniquement durant l’été ; le caractère sai-
gestes que son collègue Bruno. Nous som- Faut pas oublier non plus le nettoyage et sonnier nous reconduit également aux
mes donc toujours dans la catégorie l’épierrage des pâturages… ». Sans parler caractéristiques de la fabrication en mon-
alpage. Seul le paysage a changé, il s’est des 150 génisses qui exigent soins et sur- tagne.
Fromageries villageoises comme celle du
Brassus, alpages d’altitude en Gruyère ou
PLUS BELLE EXPRESSION S’ACCROCHE À LA RÉALITÉ. alpages plus aisés à travailler en Vallée de
Joux, multiples sont les lieux de fabrication
des Gruyères AOC. Variant les goûts et les
fait plus doux, plus vaste, plus accessible, veillance, le chardon tenace et la gentiane saveurs, la grande famille reste cependant
plus maniable pour l’homme, moins risqué envahissante redonnent une allure d’al- unie dans ses différences. Voilà sa force.
pour le troupeau. Entre l’alpage fribour- page à ces étendues naturelles, occupées I
geois et le vaudois, la différence apparaît
dans le cadre naturel d’abord, dans les
conditions d’exploitation ensuite. Au cha-
let de La Combe Noire, pas de Marco, ni de
longues heures de marche, le camion de La matière première destinée à la fabrication du GRUYÈRE AOC est obligatoirement un
Fromages Gruyère SA prend livraison de la lait cru, livré matin et soir à la fromagerie. Il provient de vaches nourries aux fourrages
production devant le pas de porte avant de naturels, sans adjonction de conservateurs (herbe en été, foin et regain en hiver ainsi que
rouler en direction de Froideville, là où se divers compléments strictement définis dans le cahier des charges). L’usage d’additifs lors
trouvent les caves de la filiale d’un impor- de la fabrication et durant l’affinage est prohibé. Pas moins de 400 litres de lait frais sont
tant commerçant affineur, Fromages nécessaires pour la fabrication d’une meule d’environ 35 kg. Durant la lente maturation
Gruyère SA. dans les caves d’affinage - elle dure cinq mois au minimum - les meules sont régulière-
La taille des estivages change aussi. Au ment retournées et frottées à l’eau salée. L’humidité va permettre la formation de la
chalet de la Grandsonnaz-Dessous, Félix morge qui favorise le processus de maturation agissant de la croûte vers l’intérieur.
transforme le lait de 94 vaches, soit un Le Gruyère se présente sous forme de meules rondes avec une croûte emmorgée, grainée
contingent de 170.000 kilos pour la sai- et uniformément brunâtre et saine. Le talon est légèrement convexe. Au toucher, la pâte
son. À le voir à l’œuvre autour de ses deux a l’aspect d’une surface fine et faiblement humide. Elle est moelleuse, moyennement
cuves, on dirait qu’un fromager de plaine a ferme et peu friable. De teinte ivoire à légèrement citronnée, la couleur de la pâte varie
déménagé ses installations en montagne. selon les saisons. Les goûts sont soutenus par une note plus ou moins salée ; ils sont
« C’est vrai », admet-il, « ce n´est pas vrai- francs, équilibrés et aromatiques. Les saveurs fruités dominent et varient selon les ter-
ment comparable à ceux des Préalpes, roirs, restituant ainsi toute la richesse et la diversité des herbages de la zone de produc-
mais nous sommes aussi des armaillis. Il y a tion. Le Gruyère est un fromage aux multiples saveurs.
280 hectares, soit plus de 30 kilomètres de
ART DE VIVRE
DE L’OPÉRA
AU PHILHARMONIQUE UN ENTRETIEN AVEC PAMELA ROSENBERG
Pamela Rosenberg a poursuivi une bril- Times qui n’a pas hésité à qualifier sa requis un grand travail de ma part car il m’a
lante carrière sur deux continents. Cette mise en scène inspirée du Saint François fallu découvrir les caractéristiques et les spé-
Californienne de naissance est désor- d’Assise de Messiaen de plus grand évé- cificités d’un orchestre symphonique.
mais directrice exécutive – le terme offi- nement mondial de la saison d’opéra. Les modes de planification, par exemple,
ciel est « Intendantin » – du célèbre Les Lettres du Brassus ont récemment sont extrêmement différents. Dans le
Philharmonique de Berlin, un poste rencontré Pamela Rosenberg afin d’évo- domaine de l’opéra, il est indispensable d’éta-
qu’elle occupe depuis août 2006. quer ses nouvelles fonctions à la tête du blir des prévisions à horizon de trois ou qua-
Auparavant, elle avait dirigé divers opé- Philharmonique de Berlin. tre ans car tout projet implique de travailler
ras en Allemagne et en Californie. Elle a avec plusieurs chanteurs, un chef d’orchestre,
notamment présidé aux destinées du Après tant d’années consacrées à un metteur en scène et un décorateur.
Deutsches Schauspielhaus de Hambourg, l’opéra, comment avez-vous vécu cette Pour sa part, la programmation d’un
de l’Opéra de Francfort, de l’Opéra des transition pour assumer la direction de orchestre symphonique s’effectue deux ans
Pays-Bas à Amsterdam et de l’Opéra de l’orchestre philharmonique de Berlin ? à l’avance, à l’exception du programme de
Stuttgart. Avant de retrouver l’Europe, Sans conteste, il s’agit de deux champs d’ac- tournées. En outre, l’unité de planification
elle a administré l’Opéra de San tivité différents. La direction d’un orchestre est d’une semaine car le programme change
Francisco pendant six ans, au cours des- représente une tâche nettement moins com- sur une cadence hebdomadaire (en règle
quels son talent a été unanimement plexe que l’administration d’une compagnie générale avec trois ou quatre concerts où
reconnu, y compris par le New York d’opéra. Néanmoins, cette transition a sont exécutées les mêmes œuvres). À chaque
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majorité des cas, des thèmes de prédilection d’intérêt général qui concernent l’orchestre dent que l’opéra offre une vaste
et des idées dominantes sur les options dra- dans son ensemble. gamme, des œuvres lyriques baroques
maturgiques qui confèrent une forme parti- Cependant, il existe de nombreux domai- aux premières mondiales, mais nous
culière à la composition de la saison. nes dans lesquels je suis en mesure de pren- devons effectuer des choix en nombre
Dans le cas du Philharmonique de Berlin, la dre des résolutions et de façonner l’organi- nettement plus élevé car nous présen-
planification relève d’un travail collectif. Sir sation. Nous donnons un nombre très élevé tons un programme différent chaque
Simon Rattle, notre directeur musical, deux de concerts de musique de chambre au semaine pendant plus de dix mois par
membres de l’orchestre, Stephan Gehmacher, cours d’une saison et je décide fondamenta- année. La quantité requiert aussi une
directeur associé à la planification, et moi- lement du programme et des interprètes. sélection plus affinée, car nous avons
même étudions divers sujets et idées avant En plus de mes fonctions d´intendante de l’embarras du choix, un peu comme lors-
de prendre une décision. Chacun de nous l’orchestre, je suis également la directrice de que nous nous trouvons dans une confi-
apporte des contributions d’intensité diffé- la Philharmonie de Berlin. Elle se compose de serie. Nous souhaitons également établir
rente, selon la nature du projet dont nous deux salles de concerts (qui comptent respec- des liens entre les programmes, définir
discutons. Toutefois, à la fin de la journée, le tivement 2400 et 1200 fauteuils) qui accueil- les raisons qui incitent à jouer certains
dernier mot revient à Sir Simon. lent près de 500 concerts chaque année. Sur morceaux au cours d’une même soirée.
La forme d’administration de l’orchestre ce nombre, l’orchestre philharmonique en Nous avons aussi l’ambition de forger
philharmonique de Berlin s’écarte de celle en assure près de 140. Je travaille actuellement à des associations entre certains concerts.
vigueur dans la presque totalité des autres la création de nouveaux programmes, à l’ins- Nous pouvons ainsi choisir de suivre
orchestres car il s’agit de l’une des trois for- tar des concerts libres à l’heure du déjeuner, l’évolution d’un compositeur, de mettre
mations symphoniques au monde à se fonder afin d’ouvrir la maison sur la ville et la conver- différentes époques musicales en rela-
sur une gestion démocratique. Ainsi, les musi- tir en un centre animé d’échanges culturels. tion, de créer des fils rouges au cours de
ciens élisent eux-mêmes le directeur musical. la programmation d’une même saison.
De la même manière, l’orchestre sélectionne Comme le répertoire est particulière- Voilà qui nous donne un vaste espace où
en parfaite autonomie des interprètes qui ment vaste, apparemment beaucoup déployer notre créativité.
joueront dans un concert. Chaque groupe de plus grand que celui de l’opéra, cette
l’orchestre, les violons par exemple, effectue diversité s’apparente-t-elle pour vous Pendant des décennies, vous n’avez
son choix en toute indépendance. à une nouvelle liberté ? cessé de voyager à travers le monde
L’orchestre philharmonique de Berlin est C’est plutôt une stimulation. Nous réali- pour écouter des musiciens, des chefs et
une fondation, dont le conseil comprend le sons un si grand nombre de programmes des orchestres. Au regard de cette
directeur musical, l’administrateur – l´inten- que nous avons réellement la possibilité expérience et du temps que vous avez
dant – et deux représentants de l’orchestre. d’effectuer des recherches à travers quatre passé à Berlin, pouvez-vous mentionner
Il nous appartient de trouver ensemble un siècles de musique. Cette possibilité élargit quelques éléments caractéristiques de
consensus sur les importantes questions considérablement nos horizons. Il est évi- l’orchestre philharmonique de Berlin ?
LA FORME D’ADMINISTRATION DE
Il est toujours délicat d’aborder un rendre compte pendant les répétitions Naturellement, l’Académie porte le nom
thème aussi vague que la sonorité. et, plus particulièrement encore, au de Karajan. Quelle ombre continue-t-il à
Toutefois, l’orchestre philharmonique de moment où un nouveau musicien intè- projeter aujourd’hui ?
Berlin est reconnu pour posséder une gre l’ensemble. L’un de nos bassistes est Herbert von Karajan est mort en 1987.
sonorité exceptionnelle. De l’avis géné- un Vénézuélien de 21 ans. Il est entré Sans aucun doute, la fabuleuse réactivité
ral, elle est brillante, chaude, d’une dans notre formation à 18 ans. Il avait de l’orchestre est une qualité qu’il a lui-
incroyable richesse. Au cours des derniè- déjà un grand talent, mais il lui a fallu même développée, à l’instar de la façon
res années, sous la baguette de Claudio apprendre la culture musicale de l’or- dont les musiciens s’écoutent les uns les
Abbado et de Sir Simon Rattle, l’orches- chestre. Ses confrères bassistes s’en sont autres. Une part de son héritage réside
tre a encore étendu la renommée de son chargés au cours de la première année également dans la sonorité particulière
expression stylistique. Sir Simon dirige qu’il a passée parmi nous. C’est cette de l’orchestre qui existe toujours de nos
de nombreux compositeurs français. Ses proximité entre les musiciens qui main- jours. Un autre élément réside dans la
interprétations de Ravel sont tout sim- tient cette tradition vivace. manière selon laquelle les musiciens
plement magiques. En ce moment, la L’Académie Karajan représente un jouent chaque morceau comme s’il
musicalité est si extraordinaire que de autre facteur essentiel pour le maintien s’agissait d’une question de vie ou de
nombreux mélomanes estiment qu’elle de cette culture musicale unique. Les mort. La passion de l’interprétation est
dépasse tout ce qu’ils ont entendu meilleurs jeunes interprètes du monde le signe distinctif de notre ensemble.
jusqu’alors. souhaitent y accomplir leurs études. Les L’interprétation d’une oeuvre de Beethoven
Il est aussi admirable de remarquer la représentants de l’Académie se sont ren- laisse toujours une profonde impression.
manière dont les musiciens de l’orchestre dus au Venezuela et ont rencontré ce L’orchestre donne une brillance inté-
s’écoutent les uns les autres. On a parfois jeune musicien extraordinaire. En effet, rieure aux œuvres de Beethoven ou de
l’impression d’assister à un concert de l’Académie accueille des étudiants venus Brahms.
musique de chambre donné par 80 musi- d’une vingtaine de pays. Ce bassiste a Malgré la présence vivante de l’héri-
ciens ou davantage. Ils ont développé suivi pendant deux années l’enseigne- tage de Karajan dans ces aspects, l’orches-
des antennes entre eux. Les musiciens ment de l’Académie avant d’obtenir le tre philharmonique de Berlin est un orga-
sont très sensibles aux signaux ou à l’état statut de remplaçant afin d’engranger nisme en constante évolution. Claudio
d’esprit de la personne qui les dirige. de l’expérience et de mieux comprendre Abbado a déclaré qu’il souhaitait décons-
la manière dont l’orchestre joue. Et je truire cette sonorité. A ses yeux, il y avait
Et comment l’expliquez-vous ? tiens à préciser que les musiciens qui ter- des éléments plus importants, parvenir à
C’est une aptitude qui s’enseigne entre minent l’Académie doivent passer des une sonorité transparente par exemple.
musiciens. Elle fait partie de la culture auditions à l’égal de n’importe quel Et même si Abbado a entraîné l’orchestre
orchestrale du Philharmonique et les autre candidat pour les postes qui se sur des chemins très différents dans cer-
musiciens la travaillent. On peut s’en libèrent au sein de l’orchestre. tains domaines, il a conservé néanmoins
ART DE VIVRE
cette sonorité caractéristique, brillante et membre est également choisi par l’orchestre. gagner en importance avec mon arrivée,
forte. D’une manière semblable, Sir Le président de l’Académie Karajan y siège mais je ne souhaite pas augmenter leur
Simon a ouvert d’autres portes. C’est un aussi de plein droit. Les autres postes revien- nombre car il ne s’agit pas de grands opéras,
spécialiste des compositeurs français et de nent au directeur financier ainsi qu’à deux ou mais d’opéras de concert. Nous devons nous
Haydn. Sous sa direction, l’ensemble a trois citoyens indépendants. Le conseil n’inter- souvenir que nous nous trouvons dans une
joué avec plusieurs chefs experts en musi- vient jamais dans les décisions relatives au ville qui possède trois compagnies d’opéra à
que baroque, ce qui a agrandi son poten- répertoire, au programme et aux représenta- temps complet. Si tel n’avait pas été le cas,
tiel stylistique. Et Sir Simon lui a fait jouer tions. Ses membres ont approuvé ma nomina- mon point de vue serait différent.
de nombreuses œuvres de musique tion au titre de directeur général et tranchent En décembre 2006, nous avons joué « A
contemporaine (comme Abbado). dans des questions relatives au financement, Flowering Tree » (L’arbre en fleurs), un travail
Pourtant, bien que les horizons artisti- au budget, etc. de John Adams. En juillet 2007, nous avons
ques de l’orchestre se soient agrandis, il a Ce mode de fonctionnement contraste présenté « Der Ring des Nibelungen »
conservé cette sonorité de base unique, fortement avec celui de nombreux conseils (L’Anneau du Nibelung) au festival d’Aix-en-
qui reste présente, de manière subtile, de direction qui gèrent des orchestres sym- Provence et au Festival de Pâques de
dans les profondeurs de l’orchestre. phoniques ou des compagnies d’opéra. Pas Salzbourg, des performances très émouvan-
une seule fois, le conseil n’est intervenu pour tes car nous possédons aussi notre sonorité
Vous avez eu affaire à des conseils contester une décision artistique ou deman- particulière pour Wagner. Nous accompa-
d’administration où le critère pour der un changement de programme. gnons chaque année un opéra mis en scène
l’attribution d’un poste se mesure au lors du Festival de Pâques de Salzbourg et
montant des dons effectués et vous J’ai remarqué quelques œuvres d’opéra donnons plusieurs concerts. Karajan a fondé
avez constaté les effets de ce mode de dans la programmation, peut-être en le Festival de Pâques et celui-ci est le
gestion. Comment l’orchestre philharmo- raison de vos activités antérieures. Quel domaine exclusif de l’orchestre philharmoni-
nique de Berlin est-il administré et de rôle tient l’opéra dans le répertoire ? que de Berlin depuis sa création.
quelle manière cette gestion peut-elle L’orchestre est toujours très heureux, et Sir
exercer une influence sur vos activités ? Simon particulièrement, de pouvoir jouer Vous mentionnez des programmes à
Plus de quarante-deux pour cent du finan- des opéras. Grâce à sa sonorité d’une ri- Aix-en-Provence et à Salzbourg, ce qui
cement du Philharmonique de Berlin est chesse inouïe, l’orchestre philharmonique de me fait penser aux longues tournées de
assuré par la ville de Berlin. Le conseil de Berlin parvient à stupéfier les mélomanes par l’orchestre. Quelles sont les prochaines
fondation se compose de douze person- ses interprétations de musique lyrique. Ce- destinations prévues à votre programme ?
nes qui représentent un large éventail de pendant, notre programmation ne nous per- Nous réalisons une tournée de 40 concerts.
la vie culturelle de la cité. Chaque parti met pas de présenter de grands opéras. Nous nous rendons en Asie et aux États-
politique peut nommer un délégué et un Certains pensaient que l’art lyrique allait Unis en alternance, un an sur deux. En cette
nouvelle année, nous prévoyons de jouer Istanbul au printemps 2010, en plus de la de Vienne. Nous y sommes pendant les fêtes
dans les pays baltes. Au printemps dernier, tournée prévue en Australie en automne de de Pâques alors que nos confrères autrichiens
nous sommes allés dans les îles Canaries, la même année. Chaque année à Pâques, s’y produisent au cours du festival d’été.
puis à Paris, Londres et Bruxelles. Nous nous nous sommes à Salzbourg (pour le festival Nous avons également des projets particu-
rendrons au Japon et en Corée au cours de anciennement appelé Festival Karajan). liers pour l’Afrique du Sud en 2009. Nous
l’automne 2008. Puis, nous réaliserons une Actuellement, nous nous produisons à serons le deuxième orchestre européen à
tournée dans les Balkans qui s’achèvera à Salzbourg avec l’orchestre philharmonique nous rendre dans ce pays. Nous avons décidé
de jouer notamment dans des endroits tels
que Soweto et de travailler également avec
« RHYTHM IS IT » A SUSCITÉ DES DISCUSSIONS les merveilleux chœurs sud-africains.
Nous avons établi un programme très spé-
POLITIQUES AU SUJET DES PRIORITÉS ET DES BUDGETS cial pour notre visite à New York. Nous
apporterons « Rhythm Is It » au Bronx. Ce
SCOLAIRES. IL A AUSSI REPRÉSENTÉ UNE ARME projet a été développé à partir du film du
même nom. Notre groupe de danse passera
ESSENTIELLE DANS LE COMBAT POUR GARANTIR AUX plusieurs semaines dans les écoles du Bronx.
Nous essayerons de travailler spécialement
ÉCOLES DES FONDS POUR L’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE. avec des enfants qui n’ont jamais dansé
auparavant afin qu’ils découvrent les joies de tance véritable du projet réside dans le fait Dix-sept nationalités sont actuellement repré-
l’expression corporelle. qu’il illustre la nécessité d’enseigner les arts dans sentées au sein de l’orchestre. Le public s’ima-
L’origine de ce projet remonte à trois ans, les écoles. « Rythm Is It » a suscité des discus- gine parfois qu’un ensemble de cette renom-
lorsque nous nous sommes rendus dans des sions politiques au sujet des priorités et des mée est uniquement constitué de musiciens
écoles de quartiers défavorisés. Royston budgets scolaires. Pendant ses trois années d’âge mûr. L’âge moyen s’établit cependant
Muldoon (de Dance United) a passé plusieurs d’existence, il a aussi représenté une arme entre 37 et 38 ans. La recomposition de l’or-
mois à travailler avec des enfants qui vivent essentielle dans le combat que nous avons chestre a commencé avec Abbado quand la
dans les quartiers les plus difficiles de Berlin et mené pour garantir que les écoles disposent de plupart des musiciens de l’époque Karajan a
qui n’avaient jamais reçu de cours de mouve- fonds destinés à l’enseignement artistique. fait valoir ses droits à la retraite.
ment. Un documentaire a retracé cette expé- Nous donnerons deux représentations de Le processus d’audition pour recruter de
rience. Au début, on voit des enfants qui « Rhythm Is It » à New York. Notre équipe de nouveaux musiciens est incroyablement
n’obéissent pas et montrent de faibles capaci- chorégraphes et de moniteurs travaillera rigoureux. De talentueux musiciens du
tés de concentration. Peu à peu, on constate préalablement pendant plusieurs semaines monde entier viennent à Berlin pour présen-
qu’ils commencent à développer un certain avec 200 enfants d’âge scolaire (aussi dans ter leur candidature aux emplois disponi-
intérêt et essaient de suivre les instructions. les zones les plus difficiles de la ville). En plus bles. Actuellement, nous avons un poste
Vers la fin, leur talent et leurs aptitudes appa- de ces représentations, nous jouerons de la disponible dans les violons. Hier, 38 audi-
raissent alors qu’ils interprètent une ambi- musique de chambre dans six quartiers du tions ont été réalisées et nous avons reçu
tieuse chorégraphie. Tout prend finalement Bronx. aujourd’hui 14 postulants, mais aucun n’a
forme quand les musiciens et les enfants com- J’ai aussi découvert un autre aspect dans été accepté.
mencent à répéter ensemble. L’événement ce programme. Les études réalisées mon-
s’est réalisé dans un ancien entrepôt devant trent que l’enseignement des arts dans les Nous avons été ravis de votre travail à
deux mille personnes. Il est difficile de décrire écoles stimule la croissance et les résultats San Francisco, nous sommes heureux de
l’euphorie des enfants qui venaient d’interpré- en général. Les performances scolaires l’enthousiasme et de l’énergie que vous
ter le Sacre du Printemps de Stravinsky. s’améliorent quand les arts comptent au déployez à Berlin et attendons avec
Chronique de cette épopée, le film nombre des matières enseignées. impatience d’en découvrir les premiers
« Rhythm Is It » a rencontré un grand succès. résultats. Veuillez accepter nos chaleureux
Il a été présenté pendant une année entière et Comment l’orchestre recrute-t-il remerciements pour avoir accordé cet
a remporté de nombreux prix. Mais l’impor- ses musiciens ? entretien aux Lettres du Brassus. I
ART DE VIVRE
LES PLAISIRS DE
LA VIE EN SUISSE
L ’ I N C R O Y A B L E L É G È R E T É D E L A T A B L E
Aussi l’accueil bannit-il d’emblée tout céré- tre de ces apprêts nous conduisent aisément
monial artificiel. Dans de nombreux grands vers le repas.
restaurants, le chef, visiblement peu à l’aise Le prodige du premier plat n’était pas entiè-
dans ce rôle, imprime un sourire sur son visage rement rendu par l’annonce sur le menu
et accomplit un tour d’honneur à travers la d’une terrine de foie gras et de bolets. Peut-
salle en recueillant les compliments. Tel n’est être était-ce le terme de « terrine », souvent
pas le cas ici. Gérard sort de la cuisine au utilisé pour de lourdes préparations, où la
moment où chaque hôte se prépare à partir graisse et les nerfs sont souvent camouflés
pour prendre personnellement et chaleureuse- sous la moutarde et les cornichons, qui ne ren- Le maître d’hôtel Marc J’Espère.
ment congé de lui, en l’absence de toute dait pas véritablement justice au raffinement
affectation, comme si vous franchissiez le seuil de la création de Gérard. La « terrine » possé-
de sa propre maison. dait des couches de bolets sauvages à la
Après la journée d’activité presque fréné- saveur intense, qui alternaient avec un foie
tique qui a précédé ma venue en ces lieux, la gras d’une finesse incomparable, le tout bordé
chaleur de cet accueil m’a facilité le passage de poireaux. Sur le sommet, quelques grains
à un état d’esprit différent. En cette embau- de gros sel étaient parsemés. Dans cette sym-
mante soirée de septembre, je me suis assis phonie pour le regard, la terrine composait la
sur une chaise dans le jardin avec une flûte pièce centrale d’un trio de préparations. À ses
de champagne et un imposant assortiment côtés figuraient quelques bolets simplement
de mignardises, j’ai résolu de déconnecter sautés et des feuilles de salade relevées à
mon cerveau et de me laisser guider par le l’huile de noix. L’impression était diaphane.
menu proposé. De cette manière, il m’a été Dans son essence, la terrine devenait aussi
délicieux de savourer à petites gorgées un légère que l’air, à peine maintenue par une
Moët millésimé, déguster de petites fritures gelée quasiment invisible. Le foie gras, lui Un apprêt printanier, croustillant et saltimbocca
de ris de veau agrémenté de morilles et d’asperges.
du Lac Léman et ne rien faire, sauf songer aussi, défiait les lois de la gravité et s’évaporait
aux vins destinés à accompagner cette dans la bouche, se dissolvant sur de fastueu-
agape. ses notes de terre des champignons. En
Les amuse-bouche plantent le décor. En contrepoint à son intensité, il semblait y avoir
accord avec une nuit d’été, il s’agissait d’une uniquement quelques gouttes de vinaigre bal-
petite tartelette d’anchois. Elle possédait samique.
une base de minces tranches de courgettes En accompagnement, j’avais retenu une
presque transparentes, supportant quelques demi-bouteille de Boillot Puligny Champ
feuilles de rucola, des morceaux d’olives et Canet 2001, étonnamment riche avec des
de tomates ainsi que des anchois frais, agré- tons dominants d’agrumes parfaitement équi-
mentés d’un filet d’huile d’olive aux herbes. librés. D’une certaine manière, le choix d’un
En fonction de la saison, Gérard offre une bourgogne blanc ne rendait pas justice à l’un
variante tout aussi légère de ce mets, en pro- des atouts du Pont de Brent. Son sommelier,
posant une tartelette de féra, un poisson Sébastien Lacroix, est reconnu comme l’un des
souvent négligé du Lac Léman. L’un ou l’au- meilleurs de son art en Suisse pour avoir rem- Une entrée classique : fine tartelette de féra.
porté le Concours du Meilleur Sommelier de vins. Plus d’une fois, en dépit de mes préten- treintes destinées aux Helvètes ne finissent en
Suisse en 2005 (et avoir reçu une Flyback tions œnophiles, j’ai laissé la question entière- des gosiers étrangers.
Léman de Blancpain pour sa performance). Il ment entre ses mains et me suis laissé empor- Une autre merveille a suivi. Un rouget écla-
a réuni une sélection spectaculaire de vins hel- ter vers la découverte de fascinants vins suis- tant de fraîcheur, rapidement sauté, disposé
vétiques qui, pour la plupart d’entre eux, ne ses (très récemment un chardonnay de sur un lit de cœurs d’artichauts, relevé avec de
parviennent jamais à quitter le pays qui les a Neuchâtel incontestablement digne de rivali- minuscules palourdes fraîches et parsemées
vu naître. Une visite au Pont de Brent offre ser avec un bon Meursault et un pinot noir du de morceaux d’olives. Le rouget doit évoquer
l’opportunité de déguster ces trésors et, Tessin empli de caractère et de complexité) la Provence et cet apprêt le faisait véritable-
mieux encore, de bénéficier des services de qui ne font jamais parler d’eux hors de Suisse, ment. Gérard Rabaey est maître dans l’art de
Sébastien pour s’orienter dans la carte des de crainte sans doute que les quantités res- marier de minuscules palourdes et un bouillon
Gérard Rabaey.
ART DE VIVRE
que de cinq restaurants au monde) sont en chariot n’est cependant qu’un composant de
mesure de préparer un canard rôti entier, un la présentation. Au Pont de Brent, le serveur
mets aussi somptueux que rare. Un magret de en charge était manifestement ravi de faire les
canard, même cuisiné, ne se mesure pas à la honneurs de son chariot. Alors que les froma-
même aune. Il y a entre eux la même diffé- ges passaient d’une table à une autre, je me
rence que celle qui sépare une promenade de plaisais à écouter ses recommandations
vingt minutes et une course en moins de qua- enthousiastes pour chaque variété présentée
tre minutes sur la même distance. Aussi, à et son plaisir à conseiller les convives qui sou-
cette occasion, quel que fût mon plaisir à haitaient bénéficier d’un guide à l’instant de
savourer chaque bouchée du pigeon, je me composer leurs assiettes.
suis laissé allé à ressentir une envie effrénée et Le dessert se composait de deux volets. En
non déguisée, lorgnant sur la volaille scintil- premier lieu, une somptueuse composition de
lante aux nuances d’acajou servie sur les sorbets : melon de Cavaillon, melon vert,
autres tables alentour et me surprenant à framboises, pêche blanche. Tout était parfait,
contempler les délicates tranches d’un rouge mais il y avait un petit rien en plus dans la
parfait déposées sur les assiettes. pêche blanche qui dénotait avec insistance
Cédant une fois encore à mon profond pré- que nous nous trouvions au début du mois de
jugé pour le bourgogne, j’ai jeté mon dévolu septembre, la meilleure saison pour ce fruit.
sur un Corton Renardes 1996 de Rougeot. Il Puis, un crumble de pruneaux est apparu. Il se
m’en est resté une impression de vin un peu composait d’une base floconneuse de noix, de
jeune. Les bourgognes de 1996 semblent un pruneaux caramélisés disposés sur le sommet,
peu tempérés maintenant alors que leur et s’accompagnait d’une glace à la vanille,
caractère semblait s’épanouir il y a quelques parsemée de morceaux de gousse. Petits fours
années. Tous les éléments étaient là. Un et chocolats ont finalement apporté le point
arôme de baie souligné par des notes de d’orgue à ce dîner.
vanille et le caractère animal volontiers associé Chaque note jouée au Pont de Brent ce soir-
à un grand Corton. là était parfaite. La conception et l’équilibre,
Ensuite sont venus les fromages, qui l’assortiment, la précision millimétrique de la
incluaient un vaste assortiment de Gruyère. Si cuisine, l’harmonieuse progression du repas,
vous en avez l’opportunité, recherchez un sans oublier naturellement le service et l’ac-
vieux Gruyère (parfois appelé « salé »), qui cueil, amical et familial. Les plaisirs de la vie en
doit être âgé au moins de trois ans. Il apporte Suisse dans leur plus belle expression. I
une intensité proche de celle du pecorino,
mais naturellement avec le caractère de noix
du Gruyère. La présentation des fromages ne LE PONT DE BRENT
le cédait en rien à leur qualité et à leur sélec- 1817 Brent, Suisse
tion. À l’évidence, ils étaient disposés sur un Tel +41 (0)21 964 52 30
chariot qui présentait plus d’une vingtaine de Fax +41 (0)21 964 55 30
variétés parmi lesquelles faire son choix. Le Fermé dimanche et lundi.
ART DE VIVRE
LA LETTRE
DE BLANCPAIN
SUR LE VIN
VINS DE
CLIMATS
CHAUDS
PAR JEFFREY S. KINGSTON
Montalcino, au cœur
de la Toscane.
ART DE VIVRE
Rajat Parr est un sommelier de San Francisco sées autour d’un tonneau dans une cave où s’agit là de sa cuvée blanche de prestige.
qui ne le cède en rien à son illustre confrère. le vin est agité, senti et mis en bouche avant Il m’a semblé que ce vin possédait un
Il est actuellement le chef-sommelier de d’être recraché. Il était question ici d’un caractère de fruit exubérant empreint de
tous les établissements Michael Mina à San grand dîner accompagné de nos vins d’asso- notes dominantes de confiture d’abricot,
Francisco. Avec leur humble serviteur, la ciation illégale – ce qui revient à dire que ces de chêne et de vanille.
dégustation s’est articulée autour de vins allaient être consommés et appréciés.
la conception suivante : une comparaison Même si les vins rouges issus de climats LARRY STONE : « Approuvé. Il s’agit
de vins rouges, riches, mûrs, fruités, au chauds allaient représenter le clou de la soi- d’un Condrieu rare, particulièrement
corps généreux, qui soient en mesure rée, nos notions d’entrée en matière idoine bien équilibré. »
d’accompagner un repas spécialement et élégante nous ont enjoints de commencer GEORGE DERBALIAN : « Il ne possède
conçu à cet effet, constitué de cailles, par deux vins blancs. Et, à cet effet, nous en aucune des notes finales roussies ou
d’agneau et de bœuf. sommes restés à des vins issus de climats fumées qui sont souvent le lot des vins
À l’évidence, il aurait été impossible de chauds, originaires tous deux de la vallée du inférieurs de cette appellation.
trouver meilleur cadre pour notre expérience Rhône, un Condrieu et un Hermitage blanc. Un grand Condrieu se distingue par un
inédite que le restaurant de Michael Mina, En prélude au repas, le chef Michael Mina autre élément, le contraste entre le nez
dans l’hôtel St. Francis, au cœur de San Fran- nous a proposé des coquilles Saint-Jacques et le palais. Son nez possède un caractère
cisco. Intentionnellement, les vins sélection- fraîches et moussues accompagnées de tropical alors que sa bouche est
nés ne provenaient pas du même cépage. petits pois et d’une purée de pois. Nous empreinte de chêne et de vanille,
Leur point commun résidait dans leur prove- avons testé en premier lieu un Condrieu de presque comme un bourgogne blanc. »
nance d’un climat chaud – en d’autres 2005, La Doriane de Guigal. Sans conteste, RAJAT PARR : « Tout de pêche et de
termes, de conditions météorologiques qui Guigal est le plus célèbre des producteurs velours, ce vin réussit cependant à ne pas
en favorisent le fruit. Nous avons opté des Côtes-du-Rhône septentrionales et il être sirupeux. »
Le second vin blanc est arrivé avec le contraste avec la douceur des raisins, des
deuxième plat de poisson, un superbe turbot carottes et du turbot. Il a suffi de quelques
entier grillé servi avec une julienne de bouchées et de quelques gorgées pour que
carottes et de petits bouquets de choux- nous tendions tous la main à l’unisson vers le
fleurs sautés, agrémentés de raisins secs et restant de Condrieu.
d’une purée de carottes. La combinaison Ces préliminaires accomplis, il devenait
douce/salée formait un piètre équilibre pour temps de se tourner vers l’événement princi-
le vin choisi, un Hermitage blanc 1995 de pal de la soirée, les vins rouges issus de cli-
Chave. Le domaine de Gérard et Jean-Louis mats chauds. En dépit du penchant criminel
Chave est réputé tant pour ses vins rouges qui préludait à l’organisation de notre
que blancs. Cependant, l’Hermitage blanc dégustation, nous avons fait acte d’allé-
était trop austère, trop minéral et retenu à geance à la convention pour les deux pre-
l’excès pour s’inscrire en harmonieux miers rouges, un Gigondas Les Hauts-de-
ART DE VIVRE
Montmirail 2001 de Brusset et un ture charnue. Son caractère l’apparente à das. En 2003, la déshydratation a constitué
Châteauneuf-du-Pape La Crau de ma Mère un bourgogne. Les Hauts-de-Montmirail est le plus grand problème rencontré par les
2003. En théorie, le Châteauneuf aurait dû la meilleure des deux cuvées de Brusset et viticulteurs. Cette année-là, la canicule a
s’imposer. La Crau de ma Mère est l’un il démontre ce soir sa haute lignée. La Crau assoiffé toute la France. Par manque d’eau,
des vignobles les plus prestigieux et les de ma Mère est un merveilleux exemple le raisin présentait à l’époque de la récolte
mieux situés de Châteauneuf-du-Pape, qui d’un classique Châteauneuf-du-Pape. une abondance de sucres, naturellement
regroupe le Domaine du Vieux Télégraphe Parvenu à maturité, exotique, il compte de destinés à se transformer en alcool lors de
et la Cuvée des Célestins de Henri Bonneau. nombreuses notes fruitées. Ce vin est excel- la fermentation. Cependant, au moment
Ce ne fut pas le cas ce soir-là. Le Gigondas lent pour sa catégorie de prix et reste en où les sucres étaient présents, les phénols
était simplement superbe. Il offrait un parfait accord avec sa nature intérieure. » contenus dans le raisin n’étaient pas
fruit très dense qui laissait place à une struc- LARRY STONE : « Le Gigondas présente de encore parvenus à maturité et n’y parvien-
ture délicatement équilibrée. Même si le délicats accents minéraux, de mûres, de draient plus jamais. La solution aurait
Châteauneuf La Crau de ma Mère possède prunes et de poivre qui évolueront de consisté à attendre. Vous pouvez faire un
un délicat nez fruité, sa bouche recélait des superbe manière. Même s’il est déjà exubé- grand vin à partir de raisins complètement
tanins plus âpres. rant, il est encore en enfance et ne fera que déshydratés, mais non à partir de phénols
se bonifier. Le Châteauneuf-du-Pape non parvenus à maturité. Il en résulte une
GEORGE DERBALIAN : « Le Gigondas pos- La Crau de ma Mère est plaisant mais son surabondance de tanins qui donnent au
sède un équilibre extraordinaire et une tex- millésime, 2003, le place derrière le Gigon- vin dureté et verdeur. »
D’une certaine manière, le Châteauneuf a GEORGE DERBALIAN : « Il est préférable – tous deux accompagnés des jugements les
complètement justifié notre dégustation hors de servir l’Hermitage à température plus flatteurs de l’éminent expert œnologue
normes : le problème de cette cuvée est bien ambiante. Il possède indubitablement des Robert Parker. Un Châteauneuf-du-Pape
connu des viticulteurs californiens qui le ren- tons de vieilles vignes. Il présente en pre- 1998 cuvée Centenaire de Brunel (100
contrent toujours. Ils ont réussi à le surmon- mier lieu un caractère boisé, sans trace de points selon Parker) et un Côte-Rôtie 1991
ter il y a une vingtaine d’années par une meil- vanille mais avec un parfum de vieux La Turque Guigal (99 points selon Parker).
leure maîtrise du processus de vinification. bois. Puis, le fruit apparaît progressive- Rajat a disposé deux verres entièrement dif-
ment. Il aurait été plus judicieux d’asso- férents pour chacun des deux vins, à l’admi-
LARRY STONE : « Les viticulteurs califor- cier ce vin avec un poisson frais, à l’exem- ration de notre groupe.
niens sont accoutumés depuis longtemps ple d’un sashimi, plutôt que lui deman-
aux étés chauds et secs. Ils ont découvert der d’accompagner la saveur douce/salée LARRY STONE : « Le Châteauneuf se com-
qu’il est plus aisé de modifier la teneur du turbot. Sans le moindre doute, il se pose d’un assemblage de cépages, souvent
en alcool des vins que les phénols. marie mieux avec la sobriété des cailles. » caractérisé par un important pourcentage
Davantage habitués à gérer une carence LARRY STONE : « L’Hermitage est un vin de grenache, et il requiert un verre rond
qu’un excès de maturité, les viticulteurs à la forte personnalité qui ne se prête pas pour en accentuer la douceur. Ces vins ne
français auraient pu tirer profit des ensei- à une consommation quotidienne. Il est possèdent pas de puissants tanins, mais
gnements de leurs confrères du nouveau élaboré de la manière dont les Romains offrent de nombreuses notes fruitées desti-
monde. L’honnêteté nous contraint cepen- confectionnaient leurs vins et ne possé- nées à être exaltées par la forme du verre.
dant de préciser qu’en 2003 les réglemen- dera jamais le raffinement apporté Le Côte-Rôtie est pour sa part amplement
tations de l’Union Européenne comme le ultérieurement par les techniques d’éla- fondé sur le syrah, un cépage dont les
système régional d’appellation contrôlée boration mises au point dans les monastè- points forts sont les tanins et la structure. »
interdisaient l’adjonction d’eau. Mais res de la Bourgogne septentrionale. »
après une succession d’été chauds et secs, Le faire-valoir pour ces héros dotés de 99
les règlements ont été modifiés et la Il était temps de passer dans la cour des et 100 points était un carré d’agneau à
« solution californienne » est désormais à grands. Deux Côtes-du-Rhône parmi les plus nouveau apprêté par Michael Mina dans
la portée des viticulteurs français. » cotés au monde sont entrés en lice un trio de saveurs. Le carré était, partielle-
ment revenu à l’huile et était servi avec une En comparaison avec le Centenaire, le Côte-
sauce tomate à la féta, une sauce aux Rôtie semblait maussade et sombre. La Turque
épinards et au pecorino ainsi qu’une sauce est l’un des trois meilleurs vignobles de Côte-
à l’aubergine et au poivron. Qu’il s’agisse Rôtie, avec les domaines de La Mouline et de
de saveur ou de tendreté, l’agneau de La Landonne. Guigal produit des vins à partir
Sonoma n’a rien à envier à un agneau des trois et chacune de ses spécialités suscite
de Sisteron. Et les trois variations de sauce la frénésie des consommateurs. Les domaines
étaient destinées à contraster avec les sont petits et la demande énorme, particuliè-
deux vins. rement pour La Turque dont la production
D’emblée, le Centenaire nous a paru est presque confidentielle.
magnifique. Il possédait une attaque flat-
teuse qui offrait des notes de café, de cho- LARRY STONE : « Parmi les trois grands
colat, de mûres avec autant de force que de vignobles de Côte-Rôtie, j’ai un faible
douceur en bouche qui ouvraient la voie à particulier pour La Mouline qui possède
un doux fini proche d’un bourgogne. les vignes les plus vieilles avec un âge
moyen de près de 40 ans. Ses vins sont
LARRY STONE : « Le vignoble du Centen- les plus souples et les plus généreux
aire est orienté vers le nord. D’ordinaire, du groupe. »
un chemin ascendant. Les vins de moindre apprêts d’agneau. Sans aucun doute, les L’Angelini était presque un bourgogne. Pour
qualité sont testés avant les grands crus. Le tanins et la structure du Côte-Rôtie s’harmo- ma part, je l’ai défini comme un vin agréa-
parcours inverse est généralement cho- nisaient au mieux avec la sauce à la tomate ble qui démontrait son caractère personnel
quant, pour ne pas dire désagréable. Ainsi, et à la féta. Il en allait inversement pour les dès l’entrée en bouche.
tendant la main vers le mur déjà imposant épinards et l’aubergine qui s’harmonisaient Si l’Angelini était plaisant, le Pianrosso
de verres devant moi, je me suis saisi du mieux à la douceur fruitée du Centenaire. présentait la structure et des tons profonds
Gigondas. Horreur. Même s’il n’avait pas le de tanins et d’olive verte.
raffinement des deux grands crus devant
moi, il possédait une personnalité indiscuta-
ble. Il démontrait suffisamment d’intensité,
I l était désormais temps de changer de pays
et de servir les deux Brunello. Les deux
dataient de 1997, le Brunello di Montalcino
LARRY STONE : « Même si les critiques
en ont fait l’éloge, le millésime 1997 a
de maturité et de richesse pour être bu en Vigna Spuntali Angelini et le Brunello di suscité un problème en Toscane. Une fois
parallèle avec ses grands frères au bénéfice Montalcino Ciacci Piccolomini Pianrosso. encore, il s’agissait de trouver un équili-
de 99 et 100 points. Tout notre groupe est 1997 était un millésime spectaculaire en bre entre la déshydratation et les
parvenu à la même conclusion qui a suscité Toscane, qui a produit des vins de grande niveaux élevés de sucre atteints avant la
deux décisions immédiates. Larry et moi force et caractère, parfaitement reflétés dans maturation des phénols. Même s’il est
avons commandé une caisse de Gigondas. nos deux exemples. Il était particulièrement délicat, l’Angelini est légèrement superfi-
Sur-le-champ. frappant de constater la différence d’expres- ciel. Sous des dehors assurément plai-
Il était fascinant d’accompagner ces deux sion de deux vins du même vignoble, de la sants ce soir, il semble avoir déjà pleine-
superstars des Côtes-du-Rhône des trois même appellation et du même cépage. ment développé son potentiel. Quant au
ART DE VIVRE
La Napa Valley au début mars. Le long du célèbre Silverado Trail, à proximité d’Oakville.
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MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN
BLANCPAIN SPONSORISE LE RALLYE PÉKIN-PARIS 2007 traverser des rivières à gué, vaincre le désert
de Gobi, cahoter inlassablement sur des routes
Dans nos vies modernes, nous oublions sou- point, l’ancêtre du courage et de la bravoure en si mauvais état qu’il ne fait aucun doute
vent que les mots « automobile » et « aven- sur quatre roues : le rallye Pékin-Paris. que la tâche du Prince Borghese était plus
ture » étaient autrefois étroitement associés. Imaginez-vous grimper sur le siège du aisée, un siècle plus tôt, alors que les voies de
Certains s’empresseront sans doute d’af- conducteur d’une automobile historique, communication n’existaient tout simplement
firmer qu’emprunter l’autoroute du Soleil dans certains cas un modèle antérieur à 1925, pas. Bien sûr, il était téméraire pour le Prince
pendant un jour rouge, se lancer dans le ajuster vos lunettes de motocycliste, peut-être Borghese de se lancer dans cette épopée en
réseau des voies rapides de Los Angeles ou, glisser vos doigts dans des gants et partir de 1907 pour démontrer que ces véhicules cra-
ainsi que le rapportait le Wall Street Journal Pékin pour emprunter l’itinéraire suivi par le chotants étaient capables de traverser un
récemment, parcourir les ruelles de Tokyo au Prince Borghese en 1907 à destination de continent et particulièrement ahurissant pour
volant d’un SUV Hummer surdimensionné Paris. Douze mille kilomètres d’une route qui un ouvrier français qui travaillait sur un
constituent de véritables aventures. Si nous traverse la Mongolie intérieure et extérieure, champ de foire de décider, à la lecture des
n’allons pas épiloguer sur le fait que ces les steppes d’Asie centrale, puis Moscou, intentions du prince, de le défier alors qu’il
entreprises méritent ou non le titre d’aven- Riga, Vilnius, avant de descendre sur Reims et n’avait jamais tenu de volant auparavant. Il
tures, nous pouvons néanmoins citer un réaliser une arrivée triomphale sur la place restait une grande part de cette volonté de se
exemple incontestable où l’esprit d’aventure Vendôme à Paris. Mais avant, il faudra livrer corps et âme aux caprices du destin en
lié à l’automobile au cours des premières
années du XXe siècle reste vivace au plus haut
2007 au moment d’organiser une nouvelle de cette réplique de la course de 1907, rallye historique. Inspiré par le logo jaune et
édition de l’interminable course historique Blancpain était particulièrement heureux rouge du raid, l’édition spéciale Pékin-Paris a
entre le Prince et le Gueux. d’être l’unique sponsor de cet événement. été présentée en deux coloris, l’un en jaune et
Pour les 260 pilotes (130 voitures), cette Non seulement Blancpain a décerné le « Prix l’autre en rouge, avec des cadrans, des aiguil-
aventure automobile représentait une immer- de la Bravoure » à deux pilotes pour leur les et des bracelets en accord avec le thème
sion intense, absolue, totale, encore accrue exceptionnel esprit sportif sous la forme de chromatique retenu. Tous les modèles sont
par sa nature exceptionnelle. Pendant un siè- garde-temps Léman Time Zone : Timothey dotés d’un rotor en or frappé du logo du ral-
cle entier, le rallye Pékin-Paris n’a en effet per- Scott (qui pilotait une Mercedes 1903) et lye Pékin-Paris visible à travers le fond en
mis aux valeureux conducteurs de se mesurer Peter Livanos (au volant d’une Bentley de saphir. Les séries rouge et jaune sont éditées
et de tester leurs véhicules qu’à trois reprises 1929), mais a également créé une édition dans une édition spéciale strictement limitée
sur un itinéraire de 12000 kilomètres. En spéciale limitée Pékin-Paris du Léman à 130 exemplaires chacune.
reconnaissance de la signification historique Chronographe Flyback pour commémorer ce Blancpain a célébré à la fois le départ et
l’arrivée des équipes. Alain Delamuraz,
directeur marketing, et André Meier, vice-
président vente, se sont rendus à Pékin pour
souhaiter bonne route aux intrépides pilotes.
A l’arrivée à Paris, une réception au cham-
pagne tenue dans la boutique Blancpain de
la Rue de la Paix a récompensé tous les
pilotes, tant ceux des 105 automobiles qui
sont parvenus à terminer la course que leurs
collègues qui ont connu un karma
mécanique moins favorable.
Toutes les montres de l’édition limitée Pékin-Paris possèdent une masse oscillante en or personnalisée. Réception à l’arrivée place Vendôme à Paris.
MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN
Le point culminant de la soirée. Marc A. Hayek présente les nouveautés 2007 aux collectionneurs. Jeffrey Kingston retrace l’année Blancpain.
Il s’agissait du rassemblement rituel d’une res, se transforme en « bistrot Blancpain » vues pour les prochaines saisons. Les collec-
tribu. Comme la tradition l’exige désormais, afin d’accueillir chaleureusement les pas- tionneurs n’ont en effet guère tardé à appren-
le stand de Blancpain à Baselworld se trans- sionnés de la marque venus du monde entier dre la leçon car l’an dernier le second poignet
forme le samedi soir. Quelques instants à et qui ne rateraient pour rien au monde le portait un prototype de la montre Le Brassus
peine avant l’arrivée des collectionneurs, cocktail Blancpain. « 8 jours » dont le mouvement 13R0 a été
l’étage supérieur, qui sert en temps ordinaire Et à quel point la tribu s’est étoffée ! Cette tenu sur les fonts baptismaux en octobre 2006,
à recevoir les journalistes et les concessionnai- année, plus de 48 collectionneurs se sont six mois après la conclusion du salon de Bâle.
MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN
compétition culinaire très disputée. Pour l’édi- Conception, Graphisme Design, Réalisation
tion 2007, les participants qui œuvrent dans le thema communications ag, Francfort, Allemagne
Paul Bocuse, un visage familier aux gourmets du
Il va de soi que nous n’avons pas créé les qu’ils partagent les mêmes affinités, nous
Lettres du Brassus dans le but de récolter nous en réjouissons. Cette année, le
des lauriers. C’est bien la passion des fins concours « Best of Corporate Publishing »,
garde-temps, du savoir-faire artisanal et de qui évalue près de 600 magazines institu-
l’art de vivre qui nous guide. Cependant, si tionnels, a récompensé les Lettres du
un prix nous est octroyé dans notre quête Brassus en lui décernant la médaille d’ar-
d’une création qui saura plaire aux connais- gent dans la catégorie « relations avec les
seurs de Blancpain, dont nous avons l’espoir consommateurs ».
ÉDITORIAL
NUMÉRO 03
NUMÉRO 03
BLANCPAIN. UNE TRADITION D’INNOVATION. DEPUIS 1735.
COUSTEAU
de son tourbillon volant et le style sportif de sa légendaire montre de plongée Fifty Fathoms.
Etanche à 300 mètres, le « Tourbillon Fifty Fathoms » (réf. 5025-3630-52) est doté d’un fond
saphir dévoilant une masse oscillante ciselée à la main et créée spécialement pour ce modèle.
GRUYÈRE AOC
La nouvelle édition 2007 de la Fifty Fathoms Une force de la nature
2007/2008