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Lettres Du Brassus 03 FR

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NUMÉRO 03

NUMÉRO 03
BLANCPAIN. UNE TRADITION D’INNOVATION. DEPUIS 1735.

À PARTIR DES LE CHRONOGRAPHE

La Manufacture Blancpain présente un contraste inédit entre la virtuose construction aérienne


ORIGINES DE DE MICHEL-ANGE
Comment Blancpain
Comment
le
Blancpain aa réinventé
concept du
réinventé
chronographe
le concept du chronographe

COUSTEAU
de son tourbillon volant et le style sportif de sa légendaire montre de plongée Fifty Fathoms.
Etanche à 300 mètres, le « Tourbillon Fifty Fathoms » (réf. 5025-3630-52) est doté d’un fond
saphir dévoilant une masse oscillante ciselée à la main et créée spécialement pour ce modèle.
GRUYÈRE AOC
La nouvelle édition 2007 de la Fifty Fathoms Une force de la nature
2007/2008

Cage du tourbillon volant,


composée de 52 pièces 2007/2008
ÉDITORIAL
| 01

CHER AMATEUR D´HORLOGERIE,

Voici le troisième numéro de Lettres du Brassus qui consacre une large place à la

nouvelle collection Fifty Fathoms, dévoilée lors de la foire Baselworld 2007. Nos horlogers et

nos designers ont minutieusement repensé chacun des

composants de la Fifty Fathoms pour donner naissance à une

famille de montres que vous découvrirez dans ces pages.

À l'évidence, la présentation de ces garde-temps de légende

ne serait pas complète si elle n'incluait pas une rétrospective

historique consacrée aux premières Fifty Fathoms. Des réali-

sations horlogères d'avant-garde qui ont défini les critères

des montres de plongée dès leur lancement en 1953. La dernière version de la Fifty Fathoms

est animée par le tout nouveau calibre 1315, le second mouvement de base inédit présenté

par la Manufacture en sept mois et qui reflète parfaitement le profond attachement

de Blancpain à l'excellence technique de ses réalisations. Prenez plaisir à lire ce numéro

et n'oubliez pas de jeter un coup d'œil à notre nouveau site Internet, comprenant des

animations spéciales qui complètent et illustrent notre article sur les Fifty Fathoms.

J'espère que vous apprécierez ce troisième numéro !

Marc A. Hayek
Président et CEO Blancpain
A LA UNE

À PARTIR DES ORIGINES


DE COUSTEAU
LA NOUVELLE COLLECTION
FIFTY FATHOMS

10

LE CHRONOGRAPHE
DE MICHEL-ANGE
L'EMBRAYAGE VERTICAL
RÉVOLUTIONNAIRE DE BLANCPAIN

30

GRUYÈRE AOC
UNE FORCE DE LA NATURE

38

VINS DE CLIMATS CHAUDS


UNE DÉGUSTATION DE
VINS FRANÇAIS, ITALIENS
ET CALIFORNIENS

64
02 | 03

SOMMAIRE

D A N S L’ A I R D U T E M P S L’HISTOIRE DE LA FIFTY FATHOMS page 04


D A N S L’ A I R D U T E M P S À PARTIR DES ORIGINES
DE COUSTEAU page 10
GROS PLAN SALUT L’ARTISTE ! page 22
D A N S L’ A I R D U T E M P S LE CHRONOGRAPHE
DE MICHEL-ANGE page 30
ART DE VIVRE GRUYÈRE AOC :
UNE FORCE DE LA NATURE page 38
ART DE VIVRE DE L’OPÉRA AU PHILHARMONIQUE page 48
ART DE VIVRE LES PLAISIRS DE LA VIE EN SUISSE page 56
ART DE VIVRE VINS DE CLIMATS CHAUDS page 64
D A N S L’ A I R D U T E M P S HISTOIRES COURTES 2007 page 76
NOUVELLES MORCEAUX CHOISIS
DE L’UNIVERS BLANCPAIN page 80
IMPRESSUM page 84

EN COUVERTURE :
La nouvelle Fifty Fathoms Automatique
Photo d'Andreas Koschate
D A N S L’ A I R D U T E M P S

L’HISTOIRE DE LA
FIFTY FATHOMS
PAR JEFFREY S. KINGSTON

C omment Blancpain a-t-il créé la Fifty


Fathoms, qui s’est propulsée presque
aussitôt au rang d’icône et a défini depuis
ment périlleuses. Peu de temps après la fin
de la Seconde Guerre mondiale, à l’initiative
de deux héros des Forces françaises libres, le
plongée (et ne pas dépasser la durée de la
réserve en oxygène). Une autre caractéristi-
que de ces garde-temps spécialisés résidait
lors les caractéristiques des montres de plon- capitaine Robert « Bob » Maloubier et le dans leur capacité à chronométrer le temps
gée pour l’ensemble de l’industrie horlogère ? lieutenant Claude Riffaud, l’armée française nécessaire afin d’atteindre des objectifs de
A l’instar des plus grandes réussites, la Fifty fonde l’unité des Nageurs de combat, pro- navigation. Après avoir longuement testé les
Fathoms est le résultat d’une passion. En ce bablement son groupe le plus secret. La mis- montres alors disponibles sur le marché,
cas, celle de Jean-Jacques Fiechter, PDG de sion de ce corps d’élite consistait à conduire Maloubier et Riffaud parvinrent à la conclu-
Blancpain de 1950 à 1980. Comme il était des activités d’espionnage sous-marin ainsi sion qu’aucune d’entre elles n’était à la hau-
lui-même plongeur, la création d’une mon- que de mener à bien des actes de sabotage teur de la tâche. Ils entrèrent alors en contact
tre aux performances sous-marines excep- tels que destructions de navires, attaques de avec M. Fiechter. Plongeur et passionné par le
tionnelles représentait bien davantage que ports, autant de hauts faits réalisés par des monde sous-marin, il ne fut pas long à
l’habituel lancement d’un nouveau produit - hommes-grenouilles qui œuvraient le plus convaincre. Blancpain accepta rapidement de
en l’occurrence, l’opportunité de réunir deux souvent de nuit. mettre au point ce garde-temps particulier
aspects essentiels de son existence, l’horlo- En plus des bouteilles, des détendeurs, des destiné à l’École des Nageurs de combat, pla-
gerie et la mer. Ainsi, au moment où l’armée masques, des palmes et des combinaisons, cée sous le commandement de Maloubier et
française l’a contacté, il a compris qu’elle lui Maloubier et Riffaud ont saisi l’importance de Riffaud.
apportait le projet qu’il attendait depuis de disposer de trois instruments robustes et Robert Maloubier décrit ainsi sa première
longtemps. fiables: la montre de plongée, la boussole et rencontre avec Blancpain: « Finalement, une
Même si les montres de plongée rencon- le profondimètre. La montre de plongée petite entreprise horlogère, Blancpain,
trent de nos jours un engouement qui revêtait une signification particulière pour de accepta de développer notre projet qui pré-
s’étend bien au-delà du cercle des explora- nombreuses missions essentielles qui voyait une montre avec un cadran noir, de
teurs des fonds sous-marins, leur origine entraient dans leurs attributions, en premier grands chiffres et des indications claires sous
remonte à des utilisations militaires réelle- lieu naturellement pour mesurer le temps de la forme de triangles, cercles et carrés ainsi

1953 1953 1953 1953-55 1953-55


Premier modèle de la Fifty Modèle LIP Fifty Fathoms. Modèle LIP Fifty Fathoms. Modèle LIP Fifty Fathoms Modèle très rare de
Fathoms. Diamètre 42 mm. Diamètre 41 mm. avec indicateur d’humidité l’École française des
sur le cadran. Nageurs de combat.
04 | 05

Le président John F. Kennedy rencontre les US Navy Seals, équipés de Fifty Fathoms « Tornek Rayville ». « Bob » Maloubier vers 1955, avec sa Fifty Fathoms.
D A N S L’ A I R D U T E M P S

qu’une lunette extérieure pivotante qui


reprenait les repères du cadran. Nous souhai-
tions au début d’une plongée être en mesure
de positionner la lunette en regard de la
grande aiguille des minutes afin d’indiquer le
temps restant. Nous voulions enfin que cha-
cun des repères soit aussi évident qu’une
étoile pour un berger ».
Jean-Jacques Fiechter, plongeur expéri-
menté, avait également ses propres idées. En
premier lieu, il décida que la lunette tour-
nante dotée des spécifications indiquées
devait connaître un perfectionnement essen-
tiel et ne pouvoir tourner que dans une seule
direction. Ainsi, à aucun moment un plon-
geur ne pourrait imprimer une rotation invo-
lontaire à la lunette de nature à lui faire
croire que la plongée avait commencé plus
tard que cela était le cas. De ce fait, toute
erreur aurait pour conséquence de raccour-
cir le temps de plongée plutôt que de l’allon-
ger au-delà de la réserve en oxygène dispo-
nible. À l’évidence, il savait que la montre
devait être étanche. Afin d’assurer la meil-
leure imperméabilité possible du boîtier, il
choisit de le doter d’un fond vissé. Pour Premier modèle de la Fifty Fathoms.

contourner un brevet existant sur les couron-


nes vissées, il conçut un système de doubles
joints toriques. Comme il se rendit ultérieu-
rement compte qu’un remontage manuel À L’INSTAR DE LA PLUPART DES GRANDES
ferait courir un risque d’usure non négligea-
ble au système d’étanchéité de la couronne, RÉUSSITES, LA FIFTY FATHOMS EST LE RÉSULTAT
il résolut d’équiper la montre d’un mouve-
ment automatique pour réduire le nombre D’UNE PASSION, EN L’OCCURRENCE CELLE
de fois où la couronne aurait besoin d’être
dévissée. L’ensemble de ces éléments se DE JEAN-JACQUES FIECHTER, PRÉSIDENT DE
conjugua pour garantir un niveau d’étan-
chéité exceptionnel. Finalement, il s’avisa BLANCPAIN DE 1950 À 1980.

1960 1960 1960 1960 1965-70


Modèle de l’US Navy. Modèle Mil-Spec de Modèle civil de petite taille. Modèle civil vendu par LIP. Modèle civil de grand
l’US Navy. Diamètre 35 mm. format. Diamètre 41 mm.
Grande taille de 41 mm.
06 | 07

qu’une protection contre les champs unique fournisseur, la maison Spirotechnique,


magnétiques était indispensable à un garde- implantée à Paris, sur la rive gauche de la
temps destiné à être utilisé à des fins militai- Seine. Cette société était liée à l’explorateur
res. En associant ses propres caractéristiques Jacques-Yves Cousteau et commercialisait ses
à celles de Maloubier et de Riffaud, Jean- inventions, parmi lesquelles son célèbre
Jacques Fiechter poursuivait ses propres détendeur à valve. C’est par ce biais que
objectifs de conception. Cousteau découvrit la Fifty Fathoms de
Il est extraordinaire de constater que l’en- Blancpain et qu’il la choisit pour ses plongées
semble des caractéristiques déterminées par historiques immortalisées par le film « Le
Blancpain et la Marine française en 1953 ont monde du silence », qui remporta un Oscar et
défini dès lors toutes les montres de plongée la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1956.
modernes : une grande étanchéité, un sys- Il n’était pas toujours aisé de recueillir l’ap-
tème robuste de protection de la couronne, probation des militaires. L’armée américaine
un remontage automatique, des cadrans par exemple posait une grande variété
noirs avec des indications luminescentes évi- d’obstacles pour tout producteur horloger
dentes, des lunettes unidirectionnelles avec qui n’était pas implanté sur le sol des États-
des repères horaires, une protection antima- Unis. Selon les dispositions du « Buy
gnétique. American Act » alors en vigueur, les produc-
Il restait une dernière touche à ajouter à teurs nationaux bénéficiaient d’un avantage
cette construction sans faille. Blancpain de prix de 25% sur leurs concurrents étran-
inséra un indicateur d’humidité à six heures. gers, et les rubis utilisés dans la montre
Sous la forme d’un petit cercle, il affichait devaient être achetés auprès d’un fournis-
une teinte bleue si l’air dans le boîtier était seur du Missouri. Heureusement pour
sec. À la moindre pénétration d’eau, la cou- Blancpain, la Fifty Fathoms disposait d’un
leur passait au rose, en signal d’alarme. partisan fermement convaincu des qualités
Édition Anniversaire de la Fifty Fathoms de Cette réalisation d’avant-garde fut bapti- de la montre en la personne d’Allen Tornek.
2003, une pièce de collection très recherchée.
sée par Blancpain du nom de « Fifty Ce dernier avait fait la connaissance de
Fathoms », d’après la mesure britannique de Jean-Jacques Fiechter grâce à leur passion
50 brasses, soit approximativement 91,45 commune pour la plongée. Lorsqu’il apprit
mètres, considérée à l’époque comme la pro- que l’armée des États-Unis avait mis au
fondeur maximale que les plongeurs pou- concours la fourniture de montres de plon-
vaient atteindre compte tenu du mélange gée, il pensa immédiatement à Blancpain.
oxygène – azote alors en usage. Cependant, pour se conformer aux exigen-
En raison de considérations à la fois ces du processus d’adjudication, il devait
commerciales et du secret défense, la Marine affronter un labyrinthe de dispositions, à
française souhaitait acquérir l’ensemble de l’instar de l’obligation d’acheter les rubis
ses équipements de plongée, y compris les auprès du fournisseur établi dans le
montres Blancpain, par l’intermédiaire d’un Missouri. Il en fallait cependant davantage

1965-70 1965 1968 1970 1965-70


Modèle civil avec le symbole Modèle de l’armée Modèle civil de grand Modèle civil. Modèle civil de grand
antiradiation sur le cadran. allemande. format, avec date. Diamètre 37 mm. format, avec contre-boîte
interne.
D A N S L’ A I R D U T E M P S

pour détourner Allen Tornek de son objectif : constructeur retint l’idée d’un pictogramme Nageur de combat français
au milieu des années 1960.
il acheta les rubis du Missouri et, comme il particulier pour le cadran. L’insertion du
les trouva de moins bonne qualité, il s’en symbole universel de la radioactivité, com-
débarrassa purement et simplement. Tornek posé de trois motifs triangulaires disposés
finit ainsi par remporter la mise et livrer les autour d’un cercle, barré et à une place bien
montres de plongée à l’armée des États-Unis en vue sur le cadran, juste au dessus du chif-
sous deux désignations : « Blancpain Tornek » fre 6, permettait de signaler l’absence de
et « Rayville Tornek » (Rayville était une tout danger lié à la radioactivité.
désignation utilisée par Jean-Jacques Fiechter Alors que la Fifty Fathoms s’imposait
pour une partie de la production Blancpain). d’elle-même comme la référence mondiale
Comme de nombreuses autres montres pour les montres militaires de plongée, elle
militaires, les séries Tornek observaient des acquit un succès semblable dans le domaine
spécifications particulières et portaient l’indi- civil. À cette époque, les montres de plongée
cation « Mil Spec 1 » sur leur cadran. Un élé- n’attestaient nullement d’un quelconque
ment essentiel habituellement contenu dans luxe horloger et étaient ainsi vendues par les
les listes des desiderata militaires concernait la magasins d’équipement sous-marin. Ces
luminosité des repères portés sur le cadran et articles arboraient fièrement le nom donné
la lunette. À cet effet l’armée américaine, ainsi par Jacques Cousteau à son matériel de
que beaucoup d´autres, stipulait que Blancpain plongée, conçu pour s’adapter à la première
utilise sur la Fifty Fathoms du matériel radio- valve à détendeur qui peut être légitime-
actif, comme le tritium, afin que les indications ment considérée comme l’ancêtre des appa-
restent parfaitement lisibles dans les conditions reils de plongée moderne. Et les montres de Lettre de remerciement du capitaine du voilier
« Saint-Briac », qui avait utilisé des montres
nocturnes prévues pour une grande partie des plongée Blancpain vendues dans ces établis-
Fifty Fathoms pour un tour du monde à la voile.
opérations sous-marines. Ces matériaux adap- sements portaient le label « Aqualung ».
tés aux exigences militaires étaient effrayants, Si les Fifty Fathoms de Blancpain ont été
même au regard de la légèreté des normes qui source d’inspiration pour toutes les montres
s’appliquaient alors aux éléments radioactifs. de plongée modernes qui ont reproduit leur
Les boîtiers portaient une inscription qui disait liste de caractéristiques, elles sont également
« DANGER – EN CAS DE DÉCOUVERTE, à l’origine de l’engouement indéfectible dont
RAPPORTER À L’ÉTABLISSEMENT MILITAIRE bénéficient de nos jours les montres de gran-
LE PLUS PROCHE ». de dimension. Et au fil des années, Blancpain
Blancpain décela la nécessité de disposer a présenté une multitude de variations stylis-
d’un moyen pour différencier la production tiques sur le thème de la Fifty Fathoms.
des Fifty Fathoms militaires de leurs homolo- Certaines se distinguaient par des boîtiers au
gues civils, en particulier quant à l’utilisation style de coussin, d’autres par des repères
d’un revêtement radioactif. Pour distinguer en forme de bâtons plutôt que de forme
les montres à usage civil, dépourvues à triangulaire, certaines par des aiguilles plus
l’évidence de tout élément radioactif, le effilées. Toutes partageaient néanmoins le

1975 1975 1975 1975 1975


Modèle grand format, avec Modèle équipé du Modèle de grande taille Modèle équipé du Modèle de grand format Ray-
le mouvement automatique mouvement automatique avec fond de boîtier mouvement automatique ville avec mouvement auto-
AS 2063. R 586. monobloc. 42 mm. AS 1902/03. matique CD 2873 et couronne
de remontoir à 4 heures.
08 | 09

La version de la même patrimoine génétique et observaient


Fifty Fathoms présentée
fidèlement les spécifications formulées par Robert
à une exposition de
matériel de plongée. Maloubier et Jean-Jacques Fiechter en 1953.
Remarquez le symbole Il y a quelques saisons, Blancpain a présenté
antiradiation sur le cadran.
l’édition du 50e anniversaire de la Fifty
Fathoms lors de la foire horlogère Baselworld
2003. Proposée en trois séries limitées de 50
pièces chacune, cette édition spéciale très
recherchée a apporté une touche de luxe à la
recette classique qui s’était imposée pendant
un demi-siècle. Pour la première fois sur une
montre-bracelet, la lunette était réalisée en
saphir. Cette particularité lui conférait non
seulement un éclat auquel aucun autre maté-
riau ne pouvait prétendre, mais elle revêtait
aussi un aspect pratique en raison de sa résis-
tance élevée aux rayures. Le mouvement a
également été modernisé par l’adoption du
calibre 1150 qui offre 100 heures de réserve
de marche. Finalement, Blancpain dévoilait un
nouvel et ingénieux système de fixation du
bracelet, tellement simple et fiable que Marc
A. Hayek, président de Blancpain, a effectué
un changement de bracelet sous l’eau lors
d’une plongée avec Robert Maloubier en
Thaïlande pour le lancement de la montre.
Toutes les pièces de l’édition Anniversaire ont
été vendues en un clin d’œil et certaines d’en-
tre elles apparaissent aujourd’hui sur le mar-
ché des amateurs à un cours nettement plus
élevé que leur prix d’origine.
Inscrite dans le sillage d’une fabuleuse
lignée qui s’étend sur plus d’un demi-siècle,
AU FIL DES ANNÉES, BLANCPAIN A PRÉSENTÉ la Fifty Fathoms de 2007 démontre que la
passion à l’origine de ce garde-temps d’ex-
UNE MULTITUDE DE VARIATIONS STYLISTIQUES ception, conçu pour répondre aux nécessités
des plongeurs les plus exigeants du monde,
SUR LE THÈME DE LA FIFTY FATHOMS est restée en tous points intacte. I

1999 2000 2007 2007 2007


L’édition Fifty Fathoms La Fifty Fathoms « Concept ». La Fifty Fathoms La Fifty Fathoms Tourbillon La Fifty Fathoms
« Trilogy », avec un Automatique, dotée du en or avec le calibre automa- Chronographe Flyback
bracelet en acier. nouveau et robuste calibre tique 25A, qui offre 8 jours possède des poussoirs
automatique 1315. de réserve de marche. étanches.
D A N S L’ A I R D U T E M P S

À PARTIR DES ORIGINES


DE COUSTEAU

PAR JEFFREY S. KINGSTON PHOTOS ANDREAS KOSCHATE

L es classements comparatifs sont un


domaine dangereux. Pour toute per-
sonne ravie, il y en aura des dizaines à enra-
sur leur ordinateur afin de découvrir mes
coordonnées au moyen d’une recherche sur
Google en guise d’aimable prélude à un lyn-
ger que leurs favoris n’aient pas eu l’heur de chage en règle, permettez-moi d’énoncer les
vous plaire. Une sage précaution à garder en raisons de ce classement. Non seulement le
mémoire : éviter les classements à tout prix. ski et la plongée offrent les joies inhérentes à
Une fois cette injonction fermement leur discipline respective, mais leur séduction
ancrée dans l’esprit et inscrite en épitaphe est considérablement renforcée par le cadre
avec des caractères particulièrement lisibles, il dans lequel ils se déroulent et les séjours de
est grand temps de contrevenir à la règle. À vacances qui les accompagnent.
cet effet, prenons l’exemple de deux discipli- Pour le ski, il vous suffit de vous rendre à
nes sportives, le ski et la plongée, que leur brève distance des ateliers de Blancpain vers
attractivité place en tête des sports les plus les montagnes qui entourent Zermatt (avec le
appréciés au monde. Avant que les fanati- Cervin), Verbier (avec le Mont-Gelé), voire
ques de crosse, boxe, rodéo ou lutte gréco- Mürren (avec l’Eiger et la Jungfrau) pour
romaine, pour ne citer que quelques délasse- appréhender la force du lien qui unit un sport
ments résiduels de la liste, ne se précipitent à son environnement.
10 | 11
D A N S L’ A I R D U T E M P S
12 | 13

Pour leur part, les adeptes de plongée une telle célébrité ne saurait nous faire oublier
doublent les joies que leur passion leur pro- que les origines historiques de la plongée
cure par les semaines de préparation et de répondaient à des objectifs nettement moins
rêve qui précèdent tout voyage de plongée. La fastueux. En effet, ce fut l’armée américaine
pratique de leur sport de prédilection devient qui incita au développement d’un appareil res-
ainsi synonyme des lieux prestigieux où cette piratoire sous-marin autonome, en anglais
discipline se pratique. Prenez, par exemple, l'île Self-Contained Underwater Breathing Appa-
australienne de Lizard, située sur la Grande ratus, d’où proviennent les lettres SCUBA uni-
Barrière de Corail et dont le légendaire Clam versellement utilisées de nos jours. Christian
Garden regorge de palourdes d’un mètre de Lambertson parvint, dans une certaine
large, de mérous tachetés géants, aussi heu- mesure, à relever ce défi en 1939 par la mise
reux d’être caressés que le seraient de paisibles au point d’un système fondé sur des réserves
ruminants, sans oublier les centaines d’espè- d’air comprimé que les plongeurs emportaient
ces de coraux qui encerclent ce monde insu- avec eux sous la surface des eaux. Son inven-
laire. Des plongeurs venus du monde entier tion n'était cependant pas exempte d’inconvé-
font surface après de telles découvertes ich- nients rédhibitoires. Pour le signifier sans
tyologiques pour déguster une cuisine tropi- détour, l’absence d’un dispositif approprié
cale qui mériterait deux étoiles sur trois au pour égaliser la pression interne avec celle de

POUR LA NOUVELLE ÉDITION 2007 DE LA FIFTY FATHOMS, BLANCPAIN

A CONSERVÉ L’ENSEMBLE DU PATRIMOINE GÉNÉTIQUE DES

MODÈLES LÉGENDAIRES DES ANNÉES CINQUANTE, MAIS A REPENSÉ

DE FOND EN COMBLE CHAQUE ÉLÉMENT DE LA MONTRE.

guide Michelin. À moins que vous n’ayez un l’océan environnant a entraîné la mort de troisième élément essentiel, la pression de
faible pour la Thaïlande et ne répondiez à l’ap- nombreux plongeurs. Et il reste difficile d’ima- l’océan. Leur valve intelligente égalisait la
pel de Koh Samui où, à quelques minutes à giner qu’un tel système puisse provoquer une pression dans les poumons du plongeur avec
peine de l’Imperial Tongsay Bay, de ses bunga- floraison de villégiatures sélectes tout autour celle du milieu aquatique ambiant. Et quel
lows disséminés sur une plage privée et de ses du monde (« Si nos hôtes s’annoncent volon- fut le déclic qui leur permit de mettre au
currys de feu, vous disposerez d’un panorama tiers à leur arrivée, ils préviennent rarement de point cette invention qui reste le fondement
tout aussi éblouissant de vie sous-marine. leur départ » pourrait être un bon slogan. En de tous les systèmes de plongée actuels ? La
Vous préférez jeter votre dévolu sur un autre ce cas, auriez-vous l’obligeance de régler votre valve de pression d’un générateur à gaz
océan ? Qu’à cela ne tienne, prenez donc la note par avance ?). qu’ils utilisèrent dans leur premier système !
direction du Belize et de l’atoll de Turneffe. La solution survint quatre ans plus tard, Ainsi, après une journée passée dans le célè-
Une journée à folâtrer avec les tortues caoua- quand Jacques-Yves Cousteau et Emile bre Cod Hole, sur l’île de Lizard, au moment
nes sera suivie d’une soirée sereine dans une Gagnan présentèrent une invention baptisée où de nouvelles générations de plongeurs
cabane sur la plage. Et si vous êtes attiré par « Aqualung ». Leur génie fut de concevoir sportifs attaquent joyeusement leurs filets de
les endroits les plus reculés du monde, songez une valve à détenteur qui fournissait de l’air barramundi qu’ils accompagnent d’une bou-
aux Maldives et à l’île de Velavaru qui compte à la demande et établissait ainsi le lien entre teille de chardonnay Penfolds Yattarna, ils
plus d’un millier de criques coralliennes. la pression des réserves d’oxygène et la pres- peuvent sereinement oublier pour l’instant
Il n’est donc nullement étonnant que de tels sion des poumons du plongeur. Mais si le tout ce qu’ils doivent à un générateur à gaz.
lieux aient conféré à la plongée sportive une système de Lambertson se limitait à cette Si les passionnés de plongée ont désor-
séduction et une aura hors pair. Cependant, fonction, Cousteau et Gagnan ajoutèrent un mais creusé la distance avec leurs prédéces-
D A N S L’ A I R D U T E M P S

seurs en matière d’équipement et de lieux d’une collection entière, Blancpain a assimilé port à son cousin le 13R0. Depuis la toute
de séjour, leurs montres ne sont pas en reste. tous les enseignements issus de l’invention première version de la Fifty Fathoms,
Développée dans un environnement mili- de la première montre de plongée moderne Blancpain a fermement établi que le remon-
taire, la Fifty Fathoms de Blancpain a été et de sa longue histoire pour créer une ver- tage automatique constitue un élément
conçue comme un parfait instrument de sion totalement nouvelle de la Fifty Fathoms. essentiel pour une montre de plongée. Et
combat. L’article en pages 4 à 9 évoque l’his- Pour l’édition 2007 de la Fifty Fathoms, pour quelle raison ? Parce que le remontage
toire de ce garde-temps d’exception. Il expli- Blancpain a, d’une part, conservé l’ensemble automatique ne requiert pas le dévissage
que aussi comment elle est devenue la pre- du patrimoine génétique de la montre et de quotidien de la couronne, nécessaire au pro-
mière montre de plongée moderne au point ses évolutions depuis les versions historiques priétaire pour remonter sa montre. Cette pré-
d’en définir les caractéristiques pour toute des années 1950 jusqu’à l’édition limitée caution réduit l’usure des joints de la cou-
l’industrie horlogère et retrace son évolution Anniversaire de 2003 et, d'autre part, minu- ronne et contribue à conserver l’étanchéité
depuis plus d’un demi-siècle. tieusement remis à jour, point par point, de la montre. Le système de remontage auto-
En 2007, faisant de la Fifty Fathoms la chaque élément de la montre. Mieux encore, matique du calibre 1315 possède une masse
pièce centrale de Baselworld et la vedette Blancpain a hissé la Fifty Fathoms du rang de oscillante délicatement décorée d’un motif

À PARTIR D’UNE MONTRE DE LÉGENDE, BLANCPAIN A ELABORÉ

UNE FAMILLE COMPLÈTE, QUI INTÈGRE AUJOURD’HUI ÉGALEMENT UN

TOURBILLON FIFTY FATHOMS ET UN CHRONOGRAPHE FIFTY FATHOMS.

simple modèle à celui d’une famille de mon- soleil. En accord avec son caractère sportif, le
tres qui intègre aujourd’hui également un rotor bimétallique assure une efficacité de
Tourbillon et un Chronographe Flyback, sans remontage accrue.
omettre la présence d’un proche parent, le Le calibre 1315 intègre de nombreuses
nouveau Chronographe Flyback « Air caractéristiques de construction du mouve-
Command ». ment 13R0. Tous deux possèdent un balancier
En premier lieu, examinons les acquis que à inertie variable ainsi que des vis réglantes à
ces 54 années ont apportés à la Fifty tête carrée en or massif. Comme le système
Fathoms, en commençant par l’élément le de réglage à vis présente une résistance maxi-
plus fondamental de tous, le mouvement. male aux chocs, il est idéalement adapté à la
Cette dernière édition est dotée du mission de cette montre de plongée ultime.
deuxième mouvement de la nouvelle famille Toutefois, pour accroître encore sa robus-
de calibres Blancpain, qui suit les traces du tesse, le balancier est réalisé en glucydur, plus
13R0, dévoilé en octobre 2006 à Genève. Ce lourd que le titane utilisé dans le 13R0. Une
mouvement entièrement inédit, qui porte la autre caractéristique de construction com-
désignation 1315, a été mis au point par la mune est la présence de trois barillets, dont
Manufacture parallèlement au révolution- deux possèdent des ressorts à bride glissante
naire 13R0. Comme ce dernier, le calibre alors que le troisième est doté d’une
1315 est exclusif à Blancpain. fixation rigide. En raison des propriétés
Dès les prémices de son développement, le spécifiques des matériaux, tous les ressorts
1315 a été conçu comme un mouvement moteurs ont été spécialement recalibrés pour
robuste destiné à équiper une montre de ce mouvement. Le mouvement présente éga-
sport. Le remontage automatique est la pre- lement une réserve de marche exceptionnelle
mière différence qui saute aux yeux par rap- pour une robuste montre de sport qui atteint
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D A N S L’ A I R D U T E M P S

Le calibre 1315 avec ses cinq jours. Des pierres surdimensionnées approches antérieures sont devenus évi-
rubis surdimensionnés,
apparaissent comme une caractéristique de dents. Aussi ont-ils résolu de réintégrer cette
sa finition soleillée et son
balancier à inertie variable doté
construction cependant, avec l’adjonction caractéristique au nouveau modèle. À cette
de vis réglantes à tête carrée. d’un remontage automatique, le nombre de fin, ils ont opté pour un dispositif tradition-
rubis s’élève désormais à 35 contre 30 dans nel qui consiste à cercler le mouvement d’un
LE CALIBRE 1315 le calibre manuel 13R0. Enfin, à l’instar du contre-boîtier composé de deux plaques
Hauteur : 4,57 mm 13R0, le 1315 comprend une fonction de protectrices en fer doux, l’une placée sous le
Diamètre : 30,60 mm date qui est protégée contre tout endomma- cadran et l’autre entre l’arrière du mouve-
Réserve de marche : 120 heures
Rubis : 35
gement du mécanisme si la montre est réglée ment et le fond de boîtier.
Composants : 222 en sens antihoraire à minuit. En écrivant la bible des montres de plongée
Boîtier interne antimagnétique La finition manuelle particulière du mou- modernes, Blancpain a insisté sur l’impor-
vement caractérise ce nouveau calibre de tance d’une lunette tournante. Les plongées
manufacture Blancpain. La décoration soleil autonomes durent en général moins d’une
prodiguée sur le pont fait en effet écho à heure et le plongeur doit pouvoir indiquer le
l’apparence de la masse oscillante. début de l’immersion sur sa montre. En tour-
Plusieurs versions historiques de la Fifty nant la lunette afin de placer le marqueur
Fathoms offraient un bouclier antimagnéti- face à l’aiguille des minutes et grâce à la pré-
que, abandonné sur les modèles plus sence de repères très lisibles sur la lunette, il
récents. Lorsque les ingénieurs de Blancpain est aisé de mesurer le temps de la plongée (ou
ont passé en revue l’ensemble des critères de la durée nécessaire à la décompression).
plongée, les avantages spécifiques des Aussi, la Fifty Fathoms a-t-elle conservé sa
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lunette pivotante noire munie de repères nouvelle Fifty Fathoms d’un boîtier en acier. dans une lutte inégale contre des barrettes
toutes les 15 minutes. L’édition limitée De plus, en signe de reconnaissance du rôle toujours peu coopératives, l’édition Anni-
Anniversaire de 2003 présentait une amélio- éminent joué par une montre de sport dans versaire facilitait le changement de bracelet
ration significative de ce concept : l’introduc- les environnements les plus divers, Blancpain par l’utilisation d’un simple instrument à
tion du saphir comme matériel pour la a réalisé pour la première fois une variante l’extérieur des cornes. Ce système de brace-
lunette. En se présentant sous une forme déli- en or rouge. Lors de l’examen attentif des let fait partie intégrante de la collection
2007. Avec la montre, il est donc possible
d’acquérir un set composé d’un second bra-
DÈS LES PRÉMICES DE SON DÉVELOPPEMENT, celet en caoutchouc, du support et de l’ins-
trument qui permet de changer de bracelet
LE 1315 A ÉTÉ CONÇU COMME UN ROBUSTE en un tour de main.
En guise de démonstration finale que
MOUVEMENT DE SPORT. Blancpain n’a négligé aucun détail, la Fifty
Fathoms se présente dans un coffret extrê-
catement bombée, le saphir ne donne pas divers éléments de la montre, le bracelet n’a mement solide. Il s’agit là du nec plus ultra
seulement un fini prestigieux à la lunette, pas non plus échappé au regard critique des des contenants étanches et résistants aux
mais, en sa qualité de second matériau sur designers de Blancpain. Afin d’offrir une lon- chocs dont le design est parfaitement
l’échelle de dureté après le diamant, il lui gévité, une solidité et une résistance maxi- adapté à cette montre de sport ultime.
confère une extrême résistance aux rayures males aux dommages provoqués par l’eau, Chaque Fifty Fathoms est renfermée dans un
dans les conditions difficiles de la plongée ou Blancpain a réalisé le nouveau bracelet en petit écrin de voyage en toile de voile, lui-
le tumulte de la vie quotidienne à l’air libre. toile de voile. Toutefois, désireux de prendre même disposé dans le coffret réalisé en
Vertu essentielle reconnue de longue date, en compte le désir du possesseur de changer matériaux high-tech.
la lisibilité représentait une question épineuse l’apparence de sa montre par un bracelet au La Fifty Fathoms Chronographe Flyback
par faible luminosité. Dans ce domaine, design ou au matériau différent, Blancpain a comprend tous les éléments fondamentaux
Blancpain a pu heureusement tirer avantage emprunté un élément à son édition du design de la Fifty Fathoms originale. Elle
des nouvelles matières qui relèguent dans un Anniversaire. Pour éviter de perdre ses nerfs possède le même bouclier antimagnétique,
passé révolu les composants radioactifs quel-
que peu effrayants utilisés par les services des
armées dans les premières versions de la Fifty
Fathoms. Le matériau luminova qui a fait ses
débuts il y a fort longtemps dans les exécu-
tions civiles de la montre retrouve son utilisa-
tion dans ce nouveau modèle, mais dans une
autre couleur. La version 2007 offre une
nuance neutre de luminova pour les chiffres,
les appliques, les aiguilles et la lunette.
Élément vital de tout garde-temps, la
couronne requiert une attention
particulière dans une montre de
plongée. En reprenant une solu-
tion présente sur des éditions
antérieures, Blancpain a ajouté Le superbe mouvement
de la Fifty Fathoms Tourbillon.
sur le boîtier des protège-couronnes
C’est l’unique modèle de
qui en accroissent encore la solidité. la famille qui n'est pas doté
L’acier a toujours été le matériau par d’un bouclier antimagnétique
afin de permettre d’admirer
excellence pour une montre de plongée
à travers le fond saphir
classique. Dans ce domaine, Blancpain ne le mouvement délicatement
s’est pas écarté de la tradition et a doté la décoré à la main.
D A N S L’ A I R D U T E M P S

la même lunette tournante en saphir, les Le dispositif de blocage n’assure donc pas Le tourbillon est un nouveau venu dans la
mêmes nuances neutres en luminova appli- l’étanchéité, il sert uniquement à empêcher famille Fifty Fathoms. Il possède la plus plai-
quées sur les chiffres, les aiguilles et la l’activation du poussoir qui, si tel n’était pas sante et la plus visuelle de toutes les compli-
lunette, les protège-couronne, le bracelet en le cas, autoriserait l’irruption de l’eau à l’in- cations, le tourbillon volant de Blancpain qui
toile de voile, le système de changement de térieur de la montre. A ce propos, il importe dévoile pleinement au regard les mouve-
bracelet et le coffret high-tech. Toutefois, de se souvenir d’un aspect essentiel : la fonc- ments du balancier et de l’échappement,
elle présente un élément additionnel qui a tion primordiale du système de blocage sans l’obstacle visuel habituellement repré-
fait l’objet d’une attention particulière afin consiste à assurer que le chronographe ne senté par le pont de support. Il associe cette
d’introduire la complication chronographe soit jamais effectivement utilisé sous l’eau. séduction à l’extrême robustesse du boîtier
dans l’univers des montres de plongée : les La Fifty Fathoms Chronographe Flyback de sportif de la Fifty Fathoms. Et afin de célébrer
poussoirs du chronographe. Blancpain n’est pas destinée à ces jeux de pleinement le mariage de la complication et
A dire vrai, la grande majorité des montres salons. Ses poussoirs offrent une étanchéité à de la plongée, Blancpain a opéré une légère
présentées sous la désignation de chrono- 300 mètres et peuvent donc être manipulés modification dans le boîtier. Pour dégager la
graphe de plongée fait partie de ces frimeurs dans l’eau. Un tour de force rendu possible vue sur le tourbillon, il était nécessaire de
qui en imposent davantage par l’apparence par des joints spéciaux installés de manière supprimer les plaques antimagnétiques qui
que par les performances. Ces garde-temps invisible à l’intérieur du boîtier. Et comme les protègent le mouvement des autres mem-
comportent généralement des poussoirs de poussoirs peuvent être librement actionnés bres de la collection Fifty Fathoms. Et la
chronographe à vis. La seule protection afin d’offrir toutes les fonctions du chrono- Manufacture a saisi cette opportunité pour
contre l’eau offerte par un poussoir vissé graphe dans un environnement liquide, les faire de la Fifty Fathoms Tourbillon le seul
réside dans le fait que le système prévient vis de blocage ne répondent, par consé- modèle de la collection muni d’un fond
tout enclenchement du chronographe pen- quent, plus à aucune utilité. transparent. Son mouvement doté d’une
dant l’immersion de la montre, à la condi- A l’instar de sa proche parente, la Fifty réserve de marche de huit jours comprend
tion préalable, naturellement, que l’utilisa- Fathoms Chronographe Flyback est disponible une masse oscillante spécialement dessinée
teur de la montre n’omette pas de le visser. dans des exécutions en acier et en or rouge. pour ce tourbillon de référence.

UN CHANGEMENT DE BRACELET EST SI SIMPLE À RÉALISER À L’AIDE

DE L’INSTRUMENT LIVRÉ AVEC LA MONTRE QUE LE PRÉSIDENT DE BLANCPAIN

MARC A. HAYEK EN A EFFECTUÉ LA DÉMONSTRATION SOUS L’EAU.

Blancpain propose aux acquéreurs


d’une Fifty Fathoms ce kit
spécial pour changer de bracelet.
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À cette unique exception près, l’hé- Un écrin exceptionnel

ritage de la Fifty Fathoms est entière- accompagne tous les


membres de la collection.
ment intégré dans le modèle
Tourbillon, avec le même style de
lunette tournante en saphir, les protège-
couronne, le bracelet en toile de voile et
l’utilisation de luminova.
Et comme il sied à son statut de modèle
le plus prestigieux de la collection, la Fifty
Fathoms Tourbillon est uniquement propo-
sée dans des exécutions en or rouge et en
or blanc.
Un proche parent de la ligne Fifty Fathoms
est le nouveau Chronographe Flyback « Air
Command ». Au premier abord, il serait
presque possible de le confondre avec la
Fifty Fathoms Chronographe Flyback. Une
observation plus attentive permet cependant
de déceler des différences significatives.
Comme la mission primordiale du chrono-
graphe « Air Command » est la navigation
aérienne, il comprend une échelle tachymétri-
que très appréciée des pilotes, car elle sert à
calculer instantanément la vitesse au sol en se
référant à l’aiguille des secondes du chrono-
graphe qui indique sur l’échelle le temps
requis pour parcourir un mile ou un kilomètre.
D’autres détails témoignent de cette inspi-
ration aéronautique. En lieu et place des chif-
fres et des index appliqués sur le cadran, l’Air
Command arbore des chiffres arabes peints CONÇUS POUR GARANTIR DES PERFORMANCES
semblables à ceux du célèbre Chronographe
Flyback de Blancpain. Les aiguilles présentent ABSOLUES D’ÉTANCHÉITÉ ET DE RÉSISTANCE
aussi un caractère « Flyback » dans leur forme
mais, contrairement à celles du Chrono- AUX CHOCS, CES COFFRETS CONSTITUENT L’ÉCRIN
graphe Flyback, elles sont évidées pour auto-
riser une lecture plus aisée des sous- IDÉAL POUR CETTE MONTRE DE SPORT EXTRÊME.
cadrans. Une étude encore plus atten-
tive montre que les index principaux de
la lunette sont triangulaires en contraste
avec les repères traditionnels en forme de
losange des Fifty Fathoms.
Soulignant une différence supplémentaire
entre l’air et l’eau, le Chronographe Flyback Le monde marin a apporté avec lui un air et rendent ainsi inutiles les vis de blocage
« Air Command » offre une lunette tour- de famille qui séduira même le plus hydro- conventionnelles. Et précisons en guise de
nante bidirectionnelle en contraste avec la phobe des pilotes. Les poussoirs du chrono- conclusion que le bouclier antimagnétique
lunette traditionnelle unidirectionnelle de graphe possèdent les mêmes joints étanches révèle à l’évidence sa pleine utilité sur ce
plongée sur les modèles Fifty Fathoms. que la Fifty Fathoms Chronographe Flyback modèle. I
D A N S L’ A I R D U T E M P S

LANCEMENT DE LA
FIFTY FATHOMS À CANNES
I l relève d’une simple évidence dans le
monde des affaires et, si le lecteur m’au-
torise une légère généralisation, dans la vie
garde-temps au parfait classicisme.
Venons-en rapidement au mois de septem-
bre 2007. Même si la Fifty Fathoms bénéficie
de l’entreprise équivalait à inviter Lance Arm-
strong à se lancer en tricycle sur un vélo-
drome.
elle-même qu’il vaut mieux éviter de faire sui- d’une légitimité historique en plongée avec Qu’elle ait été ou non à la hauteur de ses
vre un succès par une simple répétition. C’est scaphandre autonome et que le président de possibilités surhumaines, cette plongée a
une option banale, qui dénote d’un manque Blancpain est lui-même un passionné de plon- permis aux hôtes de Blancpain de suivre avec
d’imagination et trahit surtout un ennui cer- gée, la seconde dimension de l’aventure sous- intérêt le déroulement des opérations depuis
tain. Aussi, quand il a été temps de lancer la marine, la plongée libre, était mise à l’honneur un navire qui mouillait à proximité du bateau
troisième génération de Fifty Fathoms, il était pour le lancement officiel du nouveau modèle. de plongée. Par un lumineux après-midi de
hors de question pour Blancpain de reprendre En choisissant le cadre du Festival de Plaisance fin d’été, un public enthousiaste a observé
tout bonnement la présentation réalisée pour de Cannes, l’un des grands salons annuels Gianluca Genoni préparer sa plongée et des-
ses lointains débuts. D’ailleurs, le premier consacrés au yachting, Blancpain a convié cendre sous la surface de l’eau. Accueilli sur
lancement intervenu en 1953 n’aurait guère Gianluca Genoni, champion du monde de le fond de la mer par Marc A. Hayek, le
pu servir de modèle car il était frappé du secret plongée en apnée, à devenir le premier pos- plongeur émérite a reçu une Fifty Fathoms en
défense - aucune fanfare, pas de journalistes sesseur au monde de la Fifty Fathoms 2007. Le acier qui portait le numéro de série zéro.
et à vrai dire une absence presque totale de palmarès de Gianluca Genoni est époustou- Quand il a refait surface, elle entourait déjà
célébration - mais des essais cliniques, impla- flant. Il détient non moins de 12 titres mondi- son poignet. La célébration festive s’est pour-

cables et militaires. Le deuxième grand lance- aux en plongée libre. Y compris le record de suivie par un lunch de caviar, saumon fumé
ment pour l’édition Anniversaire de 2003 a in- profondeur en plongée libre avec 141 mètres. et champagne.
versé le cours de l’histoire. Robert Maloubier, Il est capable de retenir sa respiration pendant Exposés sur les présentoirs Blancpain lors du
grande figure de l’École des Nageurs de com- 7 minutes et 48 secondes (et s’il lui est permis Festival de Plaisance, les trente premiers exem-
bats et membre de l’équipe qui collabora avec d’inspirer de l’oxygène pur avant la plongée, il plaires de la Fifty Fathoms ont rapidement
Blancpain à la mise au point de la version de peut porter cette durée à 15 minutes). Ainsi, trouvé preneurs, comme l’attestaient les
1953 de la Fifty Fathoms, a rejoint pour l’occa- lorsque Blancpain lui a demandé d’accompa- points rouges qui se sont multipliés, indiquant
sion Marc A. Hayek, président de Blancpain, gner Marc A. Hayek au fond de la mer entre le que ces premiers numéros de série se sont
en Thaïlande pour une plongée mémorable, port de Cannes et les îles de Lérins, où la pro- immédiatement transformés en pièces recher-
qui a tenu lieu de baptême public pour ce fondeur atteint à peine 30 mètres, la difficulté chées par les collectionneurs. I
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BLANCPAIN A CONVIÉ GIANLUCA GENONI, CHAMPION DU MONDE DE PLONGÉE LIBRE,


À DEVENIR LE PREMIER POSSESSEUR AU MONDE DE LA FIFTY FATHOMS 2007.

La Fifty Fathoms numéro Le plongeur italien Gianluca


de série zéro exposée sur Genoni fait surface avec sa nouvelle
son présentoir. Fifty Fathoms au poignet.
GROS PLAN

SALUT
L’ARTISTE !
« C’EST PAS LES GRANDES SÉRIES ICI, IL Y A TOUJOURS DES

NOUVEAUTÉS, ALORS POUR RÉSOUDRE LES PROBLÈMES QUE

NOUS POSENT LES PROTOTYPES, IL FAUT CRÉER, INVENTER…

JAMAIS JE N’AURAI CETTE CHANCE AILLEURS. »

PAR DIDIER SCHMUTZ PHOTOGRAPHIES CHRISTOPHE DUTOIT


22 | 23
GROS PLAN

Réflexions et partage de compétences entre le maître-horloger et le « mécanorloger » autour d’un plan de la répétition minutes étanche de Blancpain.
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Fraisage intérieur et extérieur de la masse oscillante en or du tourbillon calibre 25 sur la machine à pointer.

AFIN DE DÉFINIR LE MÉTIER DE TOTO, IL FAUT FAIRE DANS LE NÉOLOGISME.

IL SE DÉFINIT LUI-MÊME COMME ÉTANT UN « MÉCANORLOGER ».

«Q uel plaisir de partager la passion,


la précision de toutes ces mains
qui aboutissent à la perfection de l’horloge-
un personnage attachant qui donne réelle-
ment envie de faire plus ample connais-
sance, que ce soit chez lui, à Bois d’Amont
vingt-deux ans de fidélité. Et, pour rien au
monde ses chefs ne le laisseraient partir. De
toute façon, il n’a aucune envie d’aller voir ail-
rie et, de surcroît, dans un environnement de l’autre côté de la frontière ou dans son leurs. Avec cet accent caractéristique des gens
naturel exceptionnel. » Bel éloge déposé cadre professionnel au Brassus. Afin de défi- du Haut Jura français, il l’affirme sans hésiter
dans le livre de souvenirs que chaque visiteur nir son métier, il faut faire dans le néolo- une seconde. « C’est pas les grandes séries
peut consulter ou compléter à l’entrée de La gisme. Rencontre et explications. ici, il y a toujours des nouveautés, alors pour
Ferme, le pavillon autour duquel sont distri- En octobre 1985, année où il sort de l’École résoudre les problèmes que nous posent les
bués les différents ateliers Blancpain. Bien Technique de la Vallée de Joux au Sentier prototypes, il faut créer, inventer… jamais je
plus qu’une louange, une réalité. muni de son CFC d’horloger-rhabilleur, il se n’aurai cette chance ailleurs. »
Parmi « toutes ces mains », nous avons fait aussitôt engager par la maison Blancpain. Toto est un homme technique doté d’un
rencontré celles d’Olivier Tholomier, dit Toto, Depuis, il est au service de l’entreprise, soit esprit créatif ; il se définit lui-même
GROS PLAN

Vérification des différents diamètres d’une masse à l’aide d’un outil de mesure appelé « pied à coulisse ».

LE MOT ROUTINE N’EXISTE PAS DANS CET ARTISANAT DE HAUT VOL.

ON COMPREND DÈS LORS LE POURQUOI DE LA FIDÉLITÉ.

comme étant un « mécanorloger. » Voilà le ment à répétition minutes en montre bracelet.


néologisme. C’est là que nous entrons dans Il fallait quelqu’un pour trouver l’outillage
le monde à la fois mystérieux et merveilleux adéquat, je m’y suis mis. Aujourd’hui, c’est
de la création « mécanorlogère » comme toujours comme cela, chaque fois qu’un nou-
le dit Toto. veau calibre sort - et c’est bien dans la grande
Comment est-il arrivé là, en ce point qui tradition Blancpain - nous devons créer un
confine à une sorte de perfection ? Le nouvel outillage. » Le mot routine n’existe
hasard, comme toujours avec les artistes. En pas dans cet artisanat de haut vol. On com-
toute modestie, Toto remonte le temps et prend dès lors le pourquoi de la fidélité.
répond. « A mes débuts, nous n’étions Aucun diplôme ne vient couronner cette
qu’une dizaine d’employés et je travaillais profession inventée de toutes pièces, aucune
comme tous mes collègues. Assemblage, école ne propose un tel apprentissage. Du
aiguillage, emboîtage… on faisait les mon- coup, le métier n’est pas à la portée du pre-
tres à quantièmes et puis, Blancpain a mier venu. Pour devenir « mécanorloger »
sorti en première mondiale le mouve- il faut certes acquérir la base technique en
26 | 27

horlogerie mais, par la suite, il faut encore Tournage à la

ajouter l’esprit unique, la touche rare, ce main de l’arrondi


d’une masse à
mélange de dons et de talents particuliers l’aide d’un burin.
que l’on reçoit mais qui ne s’enseigne pas.
Si l’on veut mesurer à quel point l’entre-
prise tient à Toto comme à un trésor, il suffit
d’écouter son responsable, Sébastien.
« Monsieur Tholomier, enfin… on le sur-
nomme Toto, est un personnage légendaire
pour Blancpain. Il est doté d’une compé-
tence exceptionnelle. Il réalise nos posages,
nos outillages spéciaux. Quelquefois, nous
avons des pièces que l’on souhaiterait amé-
liorer pour travailler encore mieux, alors on
lui fait un croquis de nos désirs et lui le déve-
loppe. Il fait même beaucoup plus que ce
que l’on souhaite, à chaque fois c’est fonc-
tionnel, c’est parfaitement bien élaboré, on
retrouve la patte de l’horloger dans la fini-
tion, dans la qualité et dans l’exécution au Décoration
« colimaçon » sur
niveau de la fonctionnalité. Il n’y a pas de
le renvoi entraîneur
mot pour qualifier sa compétence et celle de de rochet du
son collègue Claude. C’est quelqu’un d’ex- calibre 13R0.

traordinaire, on pense et il réalise. C’est


magnifique. En plus, je disais légendaire
tout à l’heure, et bien c’est vrai aussi pour
son caractère, toujours de bonne humeur,
accessible, disponible. »
Petite parenthèse dans ce portrait dithy-
rambique. Toto est parfois de fort méchante
humeur. Oh ! Pas pour bien longtemps, car
ce n’est pas dans le caractère du bon-
homme, mais Toto a horreur de voir perdre
le Paris St-Germain (PSG), et comme son
équipe fétiche est en passe de tomber en
deuxième division française, Toto trouve
quelques noms d’oiseaux pour qualifier les
piètres performances des footballeurs pari-
siens. Et la bonne humeur revient.

De Bois d’Amont au Brassus


dans le petit matin

Les propos de Sébastien seraient incomplets Aiguise-bûchettes de


si l’on ne parlait pas de la popularité dont fabrication interne.
Un outil « maison »
jouit notre « mécanorloger », dans son vil-
aussi utile aux
lage, à l’apéro ou au boulot. Pour vérifier horlogers que le taille-
cette réputation, il suffit de le suivre dans crayon à l’écolier !
GROS PLAN

guigne mais Toto Blancpain au Brassus. Sur 54 employés, 49


s’en fiche, tout sont frontaliers, une précieuse main-d’œuvre.
juste lâche-t-il un « Ah, voilà notre Toto national ! Qu’est-ce
sonore « Quel pays qu’on peut dire de lui ? »
de loup ici ! » « Rien », répond Toto.
En route pour Le Brassus « Oh que si ! » rétorque Antoine. « Il y a à
sous les flocons qui tombent dire ! Tout le monde le connaît, c’est
drus. « Si ça continue comme quelqu’un de génial, qui a du cœur, qui aide
ça toute la journée on en a une beaucoup les gens, chaque problème qui se
couche de quarante centimètres ce soir, on pose à nous, il arrive à le résoudre, tout ce
son quoti- pourra ressortir les skis. J’vais être un peu en qu’il fait est vraiment génial. Chaque fois
dien. Ce que nous retard, je sais que c’est un comble pour un qu’il faut un outil spécial, il comprend tout de
faisons au départ de Bois horloger mais on dira que c’est à cause de la suite ce dont nous avons besoin. »
d’Amont avec le café matinal pris en compa- neige. » Toto fait décidément l’unanimité autour de
gnie de Fanfan, son amie. Elle, elle a le droit La neige a quand même du bon lorsqu’elle lui, humainement et professionnellement.
de dire « MON Toto » et le doux possessif peut servir d’excuse, surtout hors saison. De Pendant que Toto poursuit sa tournée, allant
montre combien les deux font belle alliance. toute façon, le travail sera fait. C’est bientôt d’établi en établi, je le rattrape devant la
Le couple échange quelques mots sur le le grand rendez-vous de la foire de Bâle et la porte de l’atelier de gravure, le royaume de
tournoi de pétanque qu’ils se réjouissent de manufacture est en ébullition à tous les éta- Marie-Laure. « Une véritable artiste, elle
jouer ensemble durant le week-end et c’est ges, dans tous les secteurs. Il faut que tout réalise des prouesses incroyables en gravant
le départ en maugréant quelque peu, tou- soit prêt dans les moindres détails. sur des pièces de 0,25 millimètres d’épais-
jours avec le sourire cependant. S’il rouspète « Merci messieurs ! » Au passage de la seur », m’explique Toto qui lui prépare par-
c’est plus pour la forme que par véritable douane, Toto salue des fonctionnaires imagi- fois des fonds spéciaux afin qu’elle puisse y
agacement. En cause : le brusque retour de naires. Ça l’amuse. Ici, entre le département du inscrire les motifs choisis par les clients qui
l’hiver. Avant de démarrer le moteur, il s’agira Jura et la Vallée de Joux, la frontière n’existe désirent personnaliser leur montre.
de dégager la voiture car la neige est venue presque pas, tant les deux régions s’interpénè- Totalement incrédule, je demande à voir car,
en abondance et, surtout, en invitée surprise trent et se nourrissent l’une de l’autre. pour moi, un quart de millimètre ce sont
durant la nuit, alors qu’elle a manqué tout au Neige ou pas, retard ou pas, Toto ne chan- trois cheveux posés l’un sur l’autre, alors gra-
long du temps qui lui revient habituellement. gera rien au rituel immuable de son arrivée ver là-dessus…
La voici au printemps, y a plus de saison, une au travail. Comme à l’accoutumée, il fait son Marie-Laure aura tôt fait de m’enlever la
petit tour dans les ateliers, serre des mains, tentation de St-Thomas, l’apôtre qui voulait
dit bonjour, plaisante, prend des nouvel- toujours voir avant de croire. Elle me montre
les de l’un, s’inquiète de la santé une gravure en cours de réalisation sur un
de l’autre. Un des horlogers fond de boîtier de 0,7 millimètre ; selon elle,
l’apostrophe. Gentiment c’est… épais ! Le dessin représente La Ferme.
moqueur, il le taquine Un coup d’œil dans le binoculaire, quelques
avec le Paris St- explications claires et je me rends bien compte
Germain qui croupit que Toto n’est de loin pas le seul artiste ouvra-
dans les profondeurs geant les montres Blancpain. Ornées de gra-
du classement. « Ça vures si finement ciselées, la montre tourne au
y est , c’est reparti, je chef-d’œuvre.
me fais de nouveau Toto, Marie-Laure, toutes les autres mains
chambrer, ça recom- encore… le visiteur du début a vu juste,
mence avec le PSG » très juste même. Quant à Sébastien, il ne
lance Toto qui passe outre s’y trompe pas lorsqu’il dit simplement que
et s’en va vers le chef du T2 « Toto a des doigts d’or ».
(Atelier de Terminaison) », Antoine,
l’un des rares Suisses parmi le personnel I
28 | 29

Gravage du fond de la répétition minutes étanche par incision dans la matière à l’aide d’un petit burin. Un travail d’orfèvre réalisé à la main sous le microscope.

Contrôle visuel d’une masse oscillante sur la machine à pointer.


DANS L’ A I R DU TEMPS

LE CHRONOGRAPHE
DE MICHEL-ANGE
PAR JEFFREY S. KINGSTON

QUEL EST LE TRAIT DE GÉNIE DU CALIBRE 1185/86 ?

DISONS SIMPLEMENT QUE BLANCPAIN A DÉJOUÉ TOUS LES

PIÈGES DES CONSTRUCTIONS À EMBRAYAGE VERTICAL

A ucun artiste n’a fait progresser aussi


considérablement la représentation du
corps humain que Michelangelo Buonarroti,
éléments constitutifs utiles pour la représen-
tation de personnages habillés, pourquoi ne
pas plonger plus profondément encore dans
appliquée aux mouvements des chronogra-
phes de calibres 1185 et 1186 a servi à des
fins « d’études » similaires pour plusieurs
plus connu de nos jours sous le nom de la structure interne des os, des muscles, des constructeurs suisses renommés.
Michel-Ange. Si elle était incontestablement tendons et des veines par la dissection de Achèvement de maître dévoilé en 1989, le
due à ses prodigieux talents naturels, la maî- cadavres ? Le premier artiste à avoir pratiqué calibre 1185 se présentait comme le plus plat
trise de son art provenait aussi de ses intenses de véritables autopsies fut le Florentin mouvement automatique de chronographe
recherches. Dans une certaine mesure, ses Antonio Del Pollaiuolo au milieu du XVe siè- jamais réalisé - un record mondial qu’il conti-
études n’étaient pas sans présenter de surpre- cle. D’autres suivirent ses traces, à l’instar de nue de détenir de nos jours. À l’heure de ses
nantes analogies avec la formation académi- Signorelli. Selon une opinion largement parta- débuts sous la forme d’un mouvement à
que suivie par les artistes contemporains, qui gée, Michel-Ange ne fut pas en reste. Cette remontage automatique, il était encore plus
dessinent ou sculptent des modèles nus. Il méthode de recherche peu ragoûtante lui ser- mince que le plus plat des calibres à remon-
tenait à rendre avec une telle précision les vit à composer un extraordinaire catalogue de tage manuel disponible sur le marché.
moindres détails d’un corps qu’il recourait à l’anatomie humaine. Savants et érudits furent Toutefois, les avancées techniques liées à sa
des hommes et à des femmes dévêtus, suivant en mesure d’identifier par l’étude approfon- conception ne se limitaient pas à cette stupé-
en cela l’enseignement de son maître die de ses œuvres plus de huit cents compo- fiante minceur. L’usage voulait alors que les
Ghirlandaio, pour peindre ou sculpter des per- sants structurels du corps humain alors que la
sonnages habillés, en vertu du principe que les science médicale de nos jours ne connaît
nuances d’un drapé ne pouvaient être pleine- guère que six cents os, muscles et tendons.
ment restituées qu’à la seule condition d’en Il semble que l’industrie horlogère suisse,
comprendre avec exactitude la structure sous- ou du moins ses éléments qui se consacrent
jacente. aux chronographes haut de gamme, se soit
Une autre méthode, quelque peu sca- inspirée des artistes de la Renaissance. Si la
breuse, était également utilisée à cette épo- dissection s’est révélée utile pour progresser
que pour étudier les détails les plus infimes dans la connaissance comme dans la restitu-
avec une minutie plus grande encore. Si les tion artistique du corps humain pour
modèles nus permettaient de recenser divers Signorelli et Michel-Ange, la même approche Le calibre 1185.
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DANS L’ A I R DU TEMPS

chronographes recourent à l’engagement et


au désengagement des roues pour démarrer
ou stopper l’aiguille des secondes du chrono-
graphe. Comme l’enclenchement et l’arrêt
exigeaient l’engagement, puis le désengage-
ment de deux rouages, une inévitable
secousse se produisait dans le mouvement de
l’aiguille. Considérons les dents d’une roue
comme une succession « de pointes et de val-
lées ». L’engrènement normal de la roue est
réalisé par l’engagement de la pointe d’une
roue dans la vallée de l’autre. Cependant, lors-
que les deux rouages s’engrènent soudaine-
ment au moment de l’actionnement du chro-
nographe, la position de la roue d'engage-
ment est entièrement aléatoire, de sorte que
l’engagement initial peut se produire pointe La platine d’embrayage est colorée en bordeaux. Remarquez les bras, en vert, qui soulèvent en
position de repos la platine supérieure pour la séparer de la surface inférieure de la roue des secondes.
contre pointe plutôt que, selon la formule sou-
La roue à colonnes, qui contrôle la position des bras, est également représentée en vert.
haitée, pointe et vallée. La conséquence en est
un saut de l’aiguille. Blancpain a résolu ce pro-
blème par le développement du premier livrent à aucune recherche sur le mouvement pour mentionner simplement que l’étude
embrayage vertical perfectionné pour un chro- car, à défaut de posséder des calibres maison inversée de la construction de Blancpain leur
nographe. La parfaite onctuosité du déplace- pour leurs chronographes, elles se limitent à a servi de « source d’inspiration ».
ment de l’aiguille des secondes est ainsi garan- acquérir des mouvements développés par Aussi quel est donc le trait de génie présent
tie à chaque instant. d’autres). Même si leur nombre respectable sur les calibres 1185/1186 qui a conduit tant
n’atteint pas les 800 os, tendons et muscles de marques horlogères à leur rendre hom-
recensés par Michel-Ange, il ne fait aucun mage ou à trouver leur « inspiration » dans
doute que les 374 composants du calibre l’acquisition d’une Blancpain comme pre-
1185 ont été démontés et disposés sur les mière étape de leur projet de développement
établis des horlogers de ces marques afin de d’un mouvement ? Indiquons simplement
leur permettre de découvrir les secrets de sa que Blancpain a surmonté avec brio toutes les
structure. En effet, à l’exemple d’un chrono- chausse-trapes et présenté des mécanismes
graphe à embrayage vertical présenté il y a d’embrayage vertical et de rattrapante qui ne
trois ans, le mouvement utilisé est dans ce fonctionnent pas uniquement de manière
domaine clé presque identique, pièce pour irréprochable, mais le font sans conférer au
pièce, à la construction de Blancpain (cette mouvement une épaisseur malvenue.
stupéfiante proximité peut être aisément véri- Avant de narrer l’évolution historique de
Vue supérieure de l’embrayage, chronographe
arrêté. Les bras soulèvent la platine d’embrayage. fiée par la superposition des deux mouve- cette construction, qu’une brève mais indis-
ments qui permet de se rendre compte par pensable digression nous soit accordée afin de
L’industrie horlogère a reconnu depuis long- transparence que leurs composants essentiels considérer la difficulté recelée par la complica-
temps les vertus des conceptions d’avant- sont en parfaite correspondance !). Une autre tion chronographe et, davantage encore, par
garde de Blancpain. Au point que six rivaux marque horlogère connue a récemment con- les modèles à rattrapante. Aucune autre com-
de la Manufacture du Brassus dans le fessé publiquement avoir analysé le mécanisme plication ne soumet le mouvement de la mon-
domaine de la haute horlogerie ont suivi les de la rattrapante du chronographe 1186 pour tre au même type de brusques changements
traces de Michel-Ange et consacré une part son modèle de montre à quantième perpétuel dynamiques que le chronographe. En effet,
importante de leurs recherches sur le mouve- et rattrapante très haut de gamme. À l’évi- l’enclenchement de la fonction chronographe
ment à la dissection (souvenez-vous ici que les dence, ses responsables se sont bien gardés active soudainement tout un mécanisme en
marques, dans leur écrasante majorité, ne se d’utiliser le terme inconvenant de « copie » l’associant au rouage de la montre. De
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Vue de l’embrayage vertical avec les deux bras de chaque côté (position de chronographe arrêté). Habituellement, l’assemblage
de l’embrayage est dissimulé aux regards par le pont supérieur qui a été découpé pour permettre cette photographie.

AUCUNE AUTRE COMPLICATION NE SOUMET LE Il semble bien que l’engouement pour


l’embrayage vertical a sommeillé pendant de
MOUVEMENT DE LA MONTRE AU MÊME TYPE nombreuses années après la disparition des
montres Lévy. Les Japonais furent les suivants
DE BRUSQUES CHANGEMENTS DYNAMIQUES QUE à s’y intéresser et leurs recherches marquè-
rent une progression significative par rapport
LE CHRONOGRAPHE. au brevet déposé par Lévy. Plutôt que d’utili-
ser une plaque de métal munie de pointes et
manière analogue, l’arrêt du chronographe Lévy & Frères qui déposèrent le premier brevet un disque en plastique qui s’engrenaient à
entraîne la déconnexion immédiate du méca- à ce sujet en 1935. Mentionnons cependant l’image d’un embrayage, les Japonais dotè-
nisme du chronographe (et de toutes les à ce point que la construction de Lévy laissait rent leur construction d’un double jeu de pla-
aiguilles liées à son fonctionnement) du quelque peu à désirer, afin d’exprimer cer- ques métalliques. Leur invention comportait
rouage. Les premières constructions de chro- tains manquements en termes choisis, en un élément clé sous la forme d’un ressort
nographe et la plupart des chronographes signe de respect pour l’ouvrage d’artisans qui dont la fonction consistait à presser les deux
actuels réalisent cette connexion et cette travaillaient en des époques désormais révo- plaques l’une contre l’autre. Quand le chro-
déconnexion en séparant le rouage du chro- lues. La construction Lévy présentait un nographe était stoppé, deux bras situés à
nographe du rouage de la montre, avant de embrayage composé d’une plaque métallique 180 degrés agissaient contre le ressort afin
les mettre à nouveau en relation au moment dotée de pointes en forme de triangle qui, de séparer les deux plaques. Lorsque l’utilisa-
où le chronographe est enclenché. L’arrêt du lorsque le chronographe était actionné, teur enclenchait le chronographe, les bras
chronographe sépare une fois encore les deux entraient en contact avec un autre disque réa- étaient repoussés hors du disque pour per-
rouages. Un embrayage vertical assume la lisé en matière plastique. L’inconvénient du mettre au ressort de presser les deux plaques
même fonction - connexion et déconnexion - système résidait dans le fait que les pointes l’une contre l’autre, ce qui actionnait l’em-
mais avec une élégance et une délicatesse métalliques finissaient inévitablement par tra- brayage et, ainsi, le chronographe.
aucunement comparables à la brusque colli- cer des sillons dans la plaque de plastique plus Néanmoins, la construction japonaise
sion de deux rouages. tendre et étaient à l’origine des performances n’était pas sans présenter encore quelques
Blancpain ne s’arroge nullement le mérite erratiques du chronographe. Il n’est donc inconvénients. En premier lieu, le ressort d’em-
d’avoir inventé la première construction à guère surprenant que seule une petite poi- brayage n’était pas conçu de sorte
embrayage vertical. Cet honneur échoit à gnée de ces garde-temps a fini par voir le jour. à garantir la juxtaposition uniforme des
DANS L’ A I R DU TEMPS

Sur cette vue, le chronographe est enclenché. Les deux bras sont écartés de la platine d’embrayage permettant au disque d’être repoussé sur
la roue de secondes constamment en mouvement située au-dessous. Deux des trois pieds du ressort d’embrayage peuvent être vus, l’un à 5 heures,
l’autre à 10 heures. Remarquez le doigt du ressort au sommet de l’assemblage de l’embrayage qui commande le compteur des minutes.

deux plaques. Le ressort possédait la forme L’OBJECTIF ÉTAIT DE CONCEVOIR UN NOUVEAU


d’un disque, ce qui impliquait que sa surface
entière était en contact avec l’un des disques. MÉCANISME QUI SOIT FIABLE ET SUFFISAMMENT PLAT
La moindre distorsion ou la plus légère défor-
mation entraînait donc une pression plus éle- POUR S’INSÉRER DANS DES BOÎTIERS ÉLÉGANTS.
vée sur un côté de l’embrayage. A son tour, il
exercerait une force latérale sur l’aiguille des
secondes du chronographe, parfaitement connaissaient ces constructions antérieures. sort Blancpain possède donc trois pieds qui
indésirable sur n’importe quel chronographe Leur objectif était de concevoir un nouveau sont en contact avec l’un des disques de l’em-
et souvent fatale, ainsi que nous le verrons ci- mécanisme exempt des défauts présents sur brayage. Depuis lors, cette innovation a été
dessous, sur un modèle à rattrapante. ces tentatives précoces qui ne fonctionnerait amplement et servilement copiée par toute
Deuxièmement, l’aiguille des secondes et le pas uniquement de manière fiable mais pos- l’industrie. En second lieu, afin de réduire
compteur des minutes du chronographe séderait un profil suffisamment plat pour l’épaisseur du mouvement, Edmond Capt a
étaient dépourvus de dispositifs de blocage s’insérer dans des boîtiers élégants dotés de eu l’idée, au lieu de construire un embrayage
destinés à garantir l’immobilisation des aiguil- simples chronographes et offrirait la possibi- entièrement séparé et de le relier au rouage
les quand le chronographe était déclenché. Un lité d’y adjoindre des complications addition- de la montre, de disposer la roue des secon-
choc violent sur la montre aurait risqué de pro- nelles, telles que quantième perpétuel ou des (lisez rouage : les horlogers utilisent le
pulser les aiguilles en avant depuis leur posi- rattrapante, sans prendre inévitablement la terme de « roue » pour décrire un rouage) sur
tion d’immobilisation. Enfin, la construction forme disgracieuse d’une « boîte de thon l’une des surfaces de l’embrayage lui-même.
était relativement épaisse en raison de diverses pour le poignet ». Ainsi, plutôt que de mettre en contact deux
options de conception, y compris la réalisation Edmond Capt a retenu l’idée du ressort plaques entièrement séparées, le ressort de la
de l’embrayage sous la forme d’un composant comme pièce centrale de l’embrayage, mais construction Blancpain pousse la plaque qui
entièrement séparé du train de rouages et le au lieu de conserver sa forme circulaire, il l’a entraîne l’aiguille des secondes du chronogra-
déplacement de certaines pièces du mouve- monté sur le plus stable et le plus plan de tous phe (et active les compteurs des minutes et
ment sur le côté cadran de la montre. les types de plateformes, un trépied (car nul des heures) directement sur la roue tournante
Lorsque Edmond Capt et l’équipe de n’ignore par sa simple expérience personnelle des secondes du mouvement. Cette disposi-
Blancpain se sont attelés à la création du qu’un tabouret à trois pieds est toujours plus tion, également, a suscité de nombreuses imi-
calibre 1185 au début des années 1980, ils stable qu’un tabouret à quatre pieds). Le res- tations.
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d’inspiration par les concurrents de Blancpain


et il a donc fait l’objet de nombreuses copies,
presque identiques à l’original.
Le ressort du compteur des minutes consti-
tue un autre élément clé de l’embrayage. Le
chronographe Blancpain possède un comp-
teur des minutes, conventionnellement dési-
gné par le terme « semi-instantané ». À cha-
que fois que l’aiguille des secondes du chrono-
graphe passe le 60 (après chaque minute
entière de rotation), un doigt confectionné
dans un ressort précisément calibré engage
une dent de la roue pour la faire sauter exac-
tement d’une dent, de sorte que l’aiguille du
compteur des minutes accomplisse un saut
précis d’une minute. Le dessin de ce doigt à
Ici, la roue à colonnes (en vert) a tourné en écartant les deux bras du cercle supérieur de l’embrayage ressort a exigé de longues études et recher-
(en bordeaux). En bleu, le train de rouages pour le compteur des minutes. Lorsque le doigt du ressort
ches de l’équipe d’Edmond Capt. Le ressort
bordeaux de l’embrayage passe le rouage bleu adjacent, il le déplace d’une dent et avance ainsi d’une
minute le compteur des minutes. devait être suffisamment fort pour faire avan-
cer la roue entièrement et précisément d’une

J usqu’à présent, nous nous sommes


concentrés sur la mise en marche et l’arrêt
du chronographe, où, naturellement, l’em-
position adoptée par les cœurs dès qu’ils
subissent une pression devient le « zéro » lors-
que l’aiguille est remise en place.
dent. Un ressort trop fort ou un engagement
trop profond auraient pu provoquer un brus-
que à-coup, suivi de l’arrêt de la montre. Un
brayage tient le rôle principal. Cependant, il L’utilisation par Blancpain de cames en ressort trop faible n’aurait pas garanti le suc-
convient également de considérer un autre forme de cœur pour le retour à zéro n’était cès de l’opération et le compteur des minutes
élément essentiel, le retour à zéro. Après la certes pas une innovation, car elles sont n’aurait pas été fiable. En outre, le doigt à res-
mise en marche du chronographe, le proprié- connues depuis deux siècles. L’aspect inédit de
taire souhaite en général remettre à zéro l’ai- la construction résidait dans la conception du
guille des secondes ainsi que les compteurs marteau, la pièce destinée à exercer une pres-
des minutes et des heures (sur un chronogra- sion sur les cœurs lors de la remise à zéro.
phe à deux poussoirs, le retour à zéro s’effec- Edmond Capt a dessiné à cet effet un simple
tue par l’actionnement du poussoir inférieur). levier droit qui traversait presque tout le mou-
Les chronographes de conception tradition- vement et possédait un petit doigt à la posi-
nelle utilisent à cet effet une came en forme tion de chaque cœur. A chaque actionnement
de cœur, simplement appelée cœur par les du poussoir qui commande le retour à zéro, la
horlogers. Même si elle ressemble par sa roue à colonnes pousse ce levier latéralement
forme à un bonbon de la Saint - Valentin, elle et amène chaque doigt vers son cœur, ce qui
est calculée de manière logarithmique en sorte remet simultanément à zéro l’aiguille des Vue supérieure de l’embrayage vertical
en position chronographe enclenché. Les
de toujours réagir à toute force exercée par un secondes et les deux compteurs (alors que la
bras sont écartés du disque.
levier en pivotant vers une position dans construction japonaise possédait des mar-
laquelle le levier repose sur la partie supérieure teaux séparés pour le retour à zéro, ce qui ne sort devait posséder une forme qui permette
du cœur. Comme la pièce tend à revenir systé- permettait pas de garantir la simultanéité de la libre rotation du rouage lors du retour à
matiquement à la même position, elle repré- l’opération). De surcroît, ce marteau à trois zéro, au moment où il passait à sa hauteur
sente la solution idéale pour le retour à zéro. têtes reste en place contre les trois cames en dans sa course vers le zéro. Avec intelligence,
Aussi les chronographes sont-ils dotés depuis forme de cœur pendant que le chronographe l’invention d’Edmond Capt fait de ce doigt
de nombreuses années d’un cœur sur chaque est arrêté et permet ainsi d’immobiliser les une partie intégrante de l’embrayage, une dis-
axe - les secondes du chronographe, le comp- trois aiguilles. Le dessin particulier du marteau position à laquelle personne n’avait songé pré-
teur des minutes, le compteur des heures. La a également été considéré comme une source cédemment. La dissection studieuse des chro-
DANS L’ A I R DU TEMPS

nographes Blancpain a permis d’imiter égale- chronographe, ce qui lui a valu son nom, pour À cet égard, l’arme secrète réside dans l’em-
ment cette invention. se confondre à nouveau avec sa position et ploi d’un isolateur - une nouvelle construction
L’ajout d’une nouvelle complication sous la ses évolutions. de Blancpain qui a également servi de source
forme d’une rattrapante entraîne un niveau Si ce principe semble aisé à décrire, sa d’inspiration à d’autres marques horlogères.
de difficulté entièrement différent. Le calibre réalisation est particulièrement ardue. Les L’alignement des deux aiguilles est effectué par
à rattrapante de Blancpain, le 1186, est un composants essentiels de ce mécanisme une came en forme de cœur attachée à l’axe
proche parent du chronographe de base sont une autre roue à colonne, un frein et de la rattrapante. Lorsque les aiguilles coïnci-
1185. Le mécanisme de rattrapante est incor- un isolateur. L’actionnement de la com- dent parfaitement, un doigt dont la force pro-
poré à l’arrière du chronographe. Le principe mande destinée à séparer les deux aiguilles vient d’un ressort exerce une pression contre
fondamental semble d’une grande simplicité : des secondes provoque également le pivo- le cœur, le contraignant à se centrer lui-même
il s’agit de doter le chronographe d’une tement d’une roue à colonnes qui actionne puis à se déplacer (ou, s'il est déjà immobilisé,
aiguille des secondes supplémentaire qui un frein. Pensez au frein sous la forme à le rester) dans la même position que l’aiguille
tourne la plupart du temps à l’unisson avec d’une pince. Le pivotement de la roue à principale des secondes du chronographe.
l’aiguille principale des secondes du chrono- colonnes serre les mâchoires de la pince sur Dans la conception originale, ce doigt était
graphe (dont les mouvements devraient les deux côtés d’une roue attachée à l’axe fabriqué en métal. Depuis lors, Blancpain a
idéalement coïncider avec cette même de l’aiguille des secondes de la rattrapante. encore perfectionné la construction en le
aiguille de telle sorte que l’œil ne soit pas en Le pincement du frein sur la roue sert à substituant par un disque pivotant en rubis
mesure de percevoir sa présence) mais qui stopper la roue. Voilà qui semble parfait, pressé contre la came en forme de cœur. Pour
peut être arrêtée indépendamment de l’ai- mais comme cette aiguille avance avec l’ai- les périodes où le frein est actionné, Edmond
guille principale des secondes du chronogra- guille principale des secondes du chrono- Capt a conçu une autre roue, dite roue d’iso-
phe afin de laisser cette dernière poursuivre graphe reliée par l’entremise de l’em- lateur, qui pivote et repousse loin du cœur le
librement sa progression. Enfin, le méca- brayage au rouage de la montre, comment levier habituellement laissé en contact. Cette
nisme doit permettre à l’aiguille arrêtée de empêcher ce frein d’interrompre complète- action dissocie l’aiguille désormais arrêtée de la
rattraper l’aiguille principale des secondes du ment la marche de notre garde-temps ? progression de l’aiguille principale des secon-

Le mécanisme de rattrapante vu par dessous. À gauche, les aiguilles sont superposées, la position de l’aiguille de rattrapante maintenue par le rubis
rouge qui appuie contre le cœur bleu. À droite, les aiguilles sont séparées. La roue à colonnes a tourné, provoquant la pression des deux bras de
freinage sur la roue de centre de l’aiguille de rattrapante et l’immobilisant (les flèches indiquent la direction de déplacement des bras). Remarquez
la manière dont le bras à ressort vert a fait pivoter l’isolateur. Cette rotation, illustrée par une flèche dans le sens horaire, provoque l’ouverture
du bras jaune portant le rubis, l’écartant du cœur bleu et isolant ainsi l’aiguille de la rattrapante, qui cesse d’accompagner celle des secondes.
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aux utilisateurs des chronographes les plus


chers au monde, fondés sur le principe des
engagements de rouages, de ne pas laisser
tourner le chronographe en permanence pour
éviter toute usure excessive des dents fragiles
de la roue de chronographe. Tel n’est pas le
cas pour Blancpain et le chronographe peut
continuer à fonctionner aussi longtemps que
son propriétaire le désire.
En offrant tous ces avantages aux passion-
nés d’horlogerie par la présentation des cali-
bres 1185 et 1186, Blancpain a également
Edmond Capt, le génie derrière la conception du 1185/86

QU’ONT DONC RÉALISÉ CAPT ET BLANCPAIN ? ILS ONT SURMONTÉ LES

INCONVÉNIENTS DES CONSTRUCTIONS À ENGAGEMENT DE ROUAGES. COMMENT

IMAGINER UN HOMMAGE PLUS SINCÈRE QUE DE VOIR LES AUTRES

CONSTRUCTEURS HORLOGERS IMITER LES SOLUTIONS DE BLANCPAIN ?

des du chronographe (d’où le terme d’isola- sur cet axe, qui aura pour conséquence une pulvérisé des records du monde. Ces deux
teur). L’action du frein est rendue particulière- diminution de l’amplitude de la montre ou, mouvements étaient les mécanismes les plus
ment précise par la présence de très petites pire encore, l’arrêt du mouvement. Toute iné- plats au monde dans leur catégorie et ils le res-
dents sur sa surface de contact afin d’accroître galité dans le serrage du frein - l’un des côtés tent encore de nos jours. A l’évidence, ils ont
la sécurité de sa prise sur l’extérieur de la roue de la pince exerçant une pression plus élevée tous deux mérité les plus grands honneurs,
de la rattrapante. Au moment où l’utilisateur que l’autre – provoquerait de semblables qu’ils ont désormais reçus de la manière la
souhaite réunir les aiguilles - c’est-à-dire déboires. plus convaincante qui soit. Comment conce-
demander à l’une de rattraper l’autre - la roue Comment Edmond Capt et Blancpain sont- voir en effet meilleur et plus sincère hommage
à colonnes pivote afin de relâcher simultané- ils donc parvenus à réaliser ce véritable tour de que de constater que les autres constructeurs
ment le frein, faire avancer la roue d’isolation, force technique ? En maîtrisant l’embrayage horlogers sont si nombreux à avoir emprunté
permettre au disque en rubis à l’extrémité du vertical, Blancpain a simultanément surmonté les solutions développées par Blancpain ? I
doigt d’exercer une nouvelle pression sur le les inconvénients des constructions destinées
cœur et faire à nouveau coïncider l’aiguille de à engager les rouages. Les mouvements
rattrapante avec l’aiguille des secondes princi- 1185/1186 assurent le départ et l’arrêt en
pale du chronographe. douceur du chronographe à chacun de ses
Comme il convient d’intégrer à ce processus actionnements. L’aiguille ne saute jamais. En-
un incroyable degré de précision, il devient dès suite, comme le rouage de la montre est tou-
lors évident que la rattrapante figure parmi les jours entraîné par la plaque la plus basse de
complications horlogères dont la mise en pra- l’embrayage, de sorte que l’activation du chro-
tique est la plus complexe et délicate. Le nographe ajoute uniquement l’aiguille des
mécanisme de rattrapante est disposé sur l’ar- secondes du chronographe au rouage, l’am-
rière du mouvement, ce qui accroît d’autant la plitude de la montre et, autre élément essen-
longueur de l’axe des aiguilles. Le moindre tiel, sa précision de marche sont à peine
déplacement ou le plus petit écart par rapport influencées par l’enclenchement du chrono- Calibre 1186 : le premier chronographe à
à un alignement parfait entraînera une friction graphe. Il est systématiquement recommandé rattrapante automatique au monde (1989).
ART DE VIVRE

GRUYÈRE AOC :

UNE FORCE DE LA
PAR DIDIER SCHMUTZ
PHOTOGRAPHIES HUGUES DE WURSTEMBERGER ET CHRISTOPHE DUTOIT

D ans le précédent numéro des Lettres du


Brassus, nous vous présentions un tré-
sor de la gastronomie fromagère suisse : le
du Gruyère, autre fromage suisse classé en
Appellation d’origine contrôlée (AOC1).
Parler du Gruyère, raconter son histoire char-
Vacherin Mont d’Or AOC. Digne enfant de gée de traditions, remonter à ses origines,
la Vallée de Joux, ce fromage tout en finesse, apprécier ses qualités gustatives uniques,
plein de délicatesse, arrive sur nos tables vers c’est entamer un voyage à travers les campa-
la fin du mois d’août et disparaît en avril gnes de Suisse romande. À l’exception de
avec l’installation du printemps. Une spécia- Genève et du Valais, tous les autres cantons
lité saisonnière donc. Dès lors, que font les francophones sont inclus dans la zone de
fromagers de la Vallée le reste de l’année, production telle qu’elle est définie dans le
entre avril et septembre ? Nous l’avions dit : cahier des charges de l’AOC.

1 Ils ne sont que huit fromages à pouvoir bénéficier de cette prestigieuse reconnaissance qu’est l’AOC : L’Etivaz, Gruyère,
Berner Alpkäse, Sbrinz, Vacherin Mont d’Or, Formaggio d’Alpe Ticcinese, Tête de Moine et Vacherin fribourgeois.
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PARLER DU GRUYÈRE, RACONTER SON HISTOIRE CHARGÉE DE TRADITIONS,


C’EST ENTAMER UN VOYAGE À TRAVERS LES CAMPAGNES DE SUISSE ROMANDE.
ART DE VIVRE
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Point de départ de notre périple au elles sont ensuite plongées dans un bain de Oublions les techniques de fabrication pour
Brassus, à la fromagerie où travaille René sel pour vingt-quatre heures avant de pren- évoquer plutôt la poésie du lait. Quelle
Piguet, chef d’exploitation au service de la dre place en cave pour des soins quotidiens. magnifique matière ! Je me souviens de cette
Société de laiterie du village depuis 27 ans. Pendant ce temps, arrivent à tour de rôle les toute jeune fromagère qui disait sa passion.
Nous irons ensuite sur les montagnes grué- treize producteurs de lait qui livrent la traite Fille de paysan, elle s’en allait avec son père à
riennes avant de revenir sur les alpages de la du matin. C’est ce lait, ajouté à celui du soir la fromagerie et se mettait à rêver devant les
Vallée de Joux. précédent, qui servira à la fabrication du jour. chaudières pleines à ras bord. « J’étais comme
À l’entrée de la fromagerie du Brassus, en Entre analyses des échantillons de lait préle- ensorcelée par ce lait qui allait nous donner
activité depuis 190 ans et rénovée régulière- vés sur chaque livraison, nettoyage des pla- du Gruyère, ou un Vacherin, ou une tomme,
ment (la dernière fois en automne 2005) un ques marquées « Le Gruyère AOC » et sur- ou du beurre, ou de la crème. Comment
panneau sévère avertit le curieux : veillance de la température du lait qui peut-on faire autant de produits différents
STOP ! Zone d’hygiène. Accès interdit à chauffe doucement, René n’a guère le temps avec une seule matière ? C’était un mystère
toute personne non autorisée. de parler. Il explique néanmoins que « la mar- fascinant pour la petite que j’étais. »
Dehors, le froid est piquant. Munis de tou- que sur les plaques qui entoure le talon du Le dernier producteur arrive vers 7 heures.
tes les autorisations, nous entrons dans cet fromage pendant le temps de presse a été Charles Rochat a ceci de particulier qu’il est
univers de vapeur, de tuyaux rutilants, de introduite pour distinguer l’authentique un descendant des paysans horlogers à la
robinets, de cuves. Il y en a trois, dont une sur Gruyère des copies qui circulent dans les cou- lointaine époque où les paysans se transfor-
pied pour le Vacherin. Celle-ci est inactive. lisses du marché noir ». Une plaie ! Mais, maient en horlogers, une fois achevé le tra-
René s’affaire. Sa journée a commencé avant comme tout produit de luxe (montres, par- vail avec le troupeau. Charles nous emmène
5 heures du matin par le démoulage des fums, maroquinerie...), le Gruyère n’est pas sur son domaine, voir la maison au style typi-
meules d’une trentaine de kilos chacune ; épargné par les contrefaçons. que de la Vallée. Tout en haut de la façade,

SA JOURNÉE A COMMENCÉ AVANT 5 HEURES DU MATIN

PAR LE DÉMOULAGE DES MEULES D’UNE TRENTAINE DE KILOS CHACUNE.


ART DE VIVRE

sous le toit, une lignée de fenêtres rappelle cation ou construisent de nouvelles froma- vallées ; afin de satisfaire une demande qui
ce temps aujourd’hui révolu. Exceptée une geries. À partir de là, la production de va croissant dans les pays avoisinants, les
photographie, Charles n’a guère de souve- Gruyère s’implante - ou reprend durable- paysans-fromagers se mettent à fabriquer
nirs à nous raconter. Nous nous contente- ment - dans le canton de Vaud. aussi durant l’hiver. Les premières fromage-
rons de l’image reproduite ici. Ce bref coup d’œil en arrière montre que ries villageoises apparaissent ; elles supplan-
L’ancrage du Gruyère, ou disons plutôt le nous ne sommes pas encore parvenus aux tent peu à peu la production alpestre.
développement de sa fabrication en pays sources du Gruyère . Il faut remonter loin
2
Etalée dans le temps, la fabrication du
vaudois, remonte aux années vingt. À la fin dans le temps, jusqu’au Moyen Âge, pour Gruyère se déploie aussi dans l’espace géo-
de la Grande Guerre, la production de lait trouver les premières mentions d’un fromage graphique. Son territoire court le long de
grimpe en flèche alors que les exportations gras qui se fabriquait uniquement en été sur l’arc jurassien, descend vers la plaine, tra-
de fromage et de lait condensé chutent. À les alpages des montagnes gruériennes. Les verse les régions de grandes cultures du can-
l’étranger, les économies sont exsangues. montagnards de ce coin de pays sont indé- ton de Vaud, arrive à Fribourg - le canton qui
Entre 1921 et 1922, le prix du lait s’effondre, niablement les inventeurs du Gruyère. Ils gar- assure à lui seul la moitié de la production -
il passe de 36 à 19 centimes. Nestlé ferme dèrent longtemps leur secret de fabrication, et grimpe enfin dans les alpages des
ses condenseries, une mesure radicale qui jusque vers le milieu du XVII siècle lorsque
e
Préalpes fribourgeoises. Nous voilà parvenus
touche de plein fouet les producteurs de lait des fromagers ambulants originaires de la en Gruyère3 au cœur du pays qui a donné
dans plus de soixante villages vaudois. Face Gruyère s’en allèrent offrir leurs services sur nom et naissance à ce fromage aujourd’hui
à la crise, les sociétés de laiterie cherchent à les alpages du Jura vaudois. Par la suite, la mondialement apprécié. Montons sur les
remettre en état d’anciens ateliers de fabri- fabrication du Gruyère se généralise dans les sommets pour une rencontre surprenante.

CHARLES ROCHAT EST UN DESCENDANT DES PAYSANS HORLOGERS

À LA LOINTAINE ÉPOQUE OÙ LES PAYSANS SE TRANSFORMAIENT

EN HORLOGERS, UNE FOIS ACHEVÉ LE TRAVAIL AVEC LE TROUPEAU.

2 Le site www.gruyere.com contient une partie historique


très complète.
3 L’un des sept districts du canton de Fribourg.
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ART DE VIVRE

Les alpages fribourgeois : Interloqués par ce convoi dérapant dans la qu’il faut descendre tous les jours les meules
retour aux sources pente, les randonneurs en sueur se deman- aux caves de la Tzintre à Charmey, que pour
dent d’où il sort, si ce n’est pas un coup le transport, Marco vaut tous les hélicoptè-
Sur le chemin caillouteux, Georges et monté par l’Office du tourisme pour faire res, que dans le temps c’était ainsi, en haut
Marco ne passent pas inaperçus. Le pre- bien dans le paysage. « Ils vous payent com- en bas tous les jours, à dos d’homme avec
mier est patron d’une fiduciaire à Genève, bien pour faire ça ? » questionnent-ils fré- l’oiseau ou sur les flancs du mulet, que la vie
le second est un vaillant mulet transpor- quemment. À chaque fois, Georges rigole alpestre n’est pas l’apanage trompeur des
teur de fromages. Curieux attelage. Dans avant de se fendre d’une explication. Il dit Heidi de la nature ou des champions de la
les passages les plus scabreux, l’homme qu’un peu plus haut, au chalet des Morteys à grande surface. Il dit que Marco et lui trans-
encourage la bête, doucement, avec la 1900 mètres d’altitude, il se fabrique deux pirent ensemble dans la sente abrupte.
complicité qu’il faut, la voix qu’il faut. Il est Gruyères par jour, que l’herbe et les fleurs En homme discret ainsi que l’exige sa pro-
beau de l’entendre. confèrent au fromage un goût incomparable, fession de gestionnaire financier, Georges
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n’aime pas parler de lui. Pourquoi est-il là ?


Pourquoi bredzon4 et bottes à gamaches5 au
lieu du complet-veston assorti aux souliers
vernis ? Pourquoi ces efforts sans confort ?
Pourquoi sa limousine s’appelle-t-elle Marco ?
Parce que natif d’un petit village de monta-
gne, fils de gens de la terre, il a gardé la
racine intacte.
Amoureux de son pays, l’enfant de
Bellegarde6 randonnait en week-end comme
presque tous les fribourgeois de l’extérieur,
allant par monts et par vaux, d’alpages en
cabanes, de buvettes en pâturages pour un
peu de rafraîchissement à grandes rasades de
ressourcement. Un jour de balade sous le Vanil
Noir, il croise l’armailli Bruno Gachet au travail
dans sa cambuse enfumée, lui commande un
fromage. Et réfléchit : dans les conditions
extrêmes de cet alpage, comment fait cet
homme pour descendre ses Gruyères ?
Comme il peut, grâce aux amis, aux parents et
puis si ça ne va pas, il faudra arrêter la fabrica-
tion. Arrêter ! Pas question, Georges propose
ses services à un Bruno incrédule. Lui, le col
blanc, avec moi, le paysan planté dans sa
montagne ? Pas pensable, il doit confondre le
bureau et l’étable ! C’était en 1999. Depuis,
Georges et Marco sont indissociables de la vie
au chalet des Morteys, l’homme et l’animal
forment un couple d’auxiliaires incontourna-
bles ; sans eux, il n’y aurait sans doute plus de
chaudière en activité dans ce vallon sauvage,
trop loin de tout. Grâce à eux, là-haut la tradi-
tion dans sa plus belle expression s’accroche à
la réalité. Rare.
Cela fait maintenant plus de vingt ans que
Bruno, sa femme Martine et leurs trois petits
enfants abandonnent le confort et les facilités
du bas pour se retrouver aux Morteys ; en
fonction de la météo, la famille y passe quatre
à six semaines. Entre juillet et août, les 40
vaches du troupeau pâturent au dernier étage
d’une transhumance commencée en mai. Au-
delà d’un mouvement séculaire, la montée en
alpage constitue une nécessité économique. À
l’heure où nombre de paysans hésitent de plus
en plus à alper vaches et génisses, Bruno ne
saurait se passer des prairies montagneuses.

4 Costume traditionnel des armaillis.


5 Grosses guêtres.
6 Village au pied du col du Jaun qui marque la frontière entre les cantons de Berne et Fribourg, entre la zone du Gruyère AOC et celle du Berner Alpkäse AOC.
ART DE VIVRE

GRÂCE À EUX, LÀ-HAUT LA TRADITION DANS SA

Chaque printemps, le troupeau doit quitter le lage durant l’hiver. « Sans les alpages, avec mes En Vallée de Joux, l’été
domaine de Mézières, petit village en contre- 13 petits hectares, mon domaine ne serait tout
bas de la ville de Romont. Il le doit, en démé- simplement pas viable, il faudrait acheter tout Le feu crépite sous la chaudière. 52°, 53°,
nageant trois fois d’un alpage à l’autre, pour le fourrage, ce qui est impensable économi- 54°,… la température du caillé monte dou-
permettre à l’herbe de pousser, afin de pro- quement ou alors vendre une partie de mes cement ; approche le moment de la sortie,
duire les tonnes de fourrage qui permettront vaches en automne et trouver un travail com- à bras et à la toile comme l’exige la section
au troupeau de passer l’hiver au chaud. Bruno plémentaire en dehors de la paysannerie. C’est 4 du cahier des charges intitulée « Condi-
a pleine conscience du fait que la survie de sa plus du boulot ! Et de plus, changer de métier tions spécifiques à l’obtention, l’étique-
famille dans la paysannerie dépend de l’équili- trop de boulot. » Et bien non ! Paysan et éle- tage et au contrôle du Gruyère d’alpage
bre plaine - montagne durant la belle saison et veur passionné, il s’accroche à son troupeau, à AOC ». Au chalet de La Combe Noire, au-
par la livraison de son lait à la fromagerie du vil- ces montagnes qu’il exploite en location. dessus de la commune du Lieu en Vallée de
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Joux, Daniel Hauser exécute les mêmes clôtures à poser et on n’y va pas en vélo ! uniquement durant l’été ; le caractère sai-
gestes que son collègue Bruno. Nous som- Faut pas oublier non plus le nettoyage et sonnier nous reconduit également aux
mes donc toujours dans la catégorie l’épierrage des pâturages… ». Sans parler caractéristiques de la fabrication en mon-
alpage. Seul le paysage a changé, il s’est des 150 génisses qui exigent soins et sur- tagne.
Fromageries villageoises comme celle du
Brassus, alpages d’altitude en Gruyère ou
PLUS BELLE EXPRESSION S’ACCROCHE À LA RÉALITÉ. alpages plus aisés à travailler en Vallée de
Joux, multiples sont les lieux de fabrication
des Gruyères AOC. Variant les goûts et les
fait plus doux, plus vaste, plus accessible, veillance, le chardon tenace et la gentiane saveurs, la grande famille reste cependant
plus maniable pour l’homme, moins risqué envahissante redonnent une allure d’al- unie dans ses différences. Voilà sa force.
pour le troupeau. Entre l’alpage fribour- page à ces étendues naturelles, occupées I
geois et le vaudois, la différence apparaît
dans le cadre naturel d’abord, dans les
conditions d’exploitation ensuite. Au cha-
let de La Combe Noire, pas de Marco, ni de
longues heures de marche, le camion de La matière première destinée à la fabrication du GRUYÈRE AOC est obligatoirement un
Fromages Gruyère SA prend livraison de la lait cru, livré matin et soir à la fromagerie. Il provient de vaches nourries aux fourrages
production devant le pas de porte avant de naturels, sans adjonction de conservateurs (herbe en été, foin et regain en hiver ainsi que
rouler en direction de Froideville, là où se divers compléments strictement définis dans le cahier des charges). L’usage d’additifs lors
trouvent les caves de la filiale d’un impor- de la fabrication et durant l’affinage est prohibé. Pas moins de 400 litres de lait frais sont
tant commerçant affineur, Fromages nécessaires pour la fabrication d’une meule d’environ 35 kg. Durant la lente maturation
Gruyère SA. dans les caves d’affinage - elle dure cinq mois au minimum - les meules sont régulière-
La taille des estivages change aussi. Au ment retournées et frottées à l’eau salée. L’humidité va permettre la formation de la
chalet de la Grandsonnaz-Dessous, Félix morge qui favorise le processus de maturation agissant de la croûte vers l’intérieur.
transforme le lait de 94 vaches, soit un Le Gruyère se présente sous forme de meules rondes avec une croûte emmorgée, grainée
contingent de 170.000 kilos pour la sai- et uniformément brunâtre et saine. Le talon est légèrement convexe. Au toucher, la pâte
son. À le voir à l’œuvre autour de ses deux a l’aspect d’une surface fine et faiblement humide. Elle est moelleuse, moyennement
cuves, on dirait qu’un fromager de plaine a ferme et peu friable. De teinte ivoire à légèrement citronnée, la couleur de la pâte varie
déménagé ses installations en montagne. selon les saisons. Les goûts sont soutenus par une note plus ou moins salée ; ils sont
« C’est vrai », admet-il, « ce n´est pas vrai- francs, équilibrés et aromatiques. Les saveurs fruités dominent et varient selon les ter-
ment comparable à ceux des Préalpes, roirs, restituant ainsi toute la richesse et la diversité des herbages de la zone de produc-
mais nous sommes aussi des armaillis. Il y a tion. Le Gruyère est un fromage aux multiples saveurs.
280 hectares, soit plus de 30 kilomètres de
ART DE VIVRE

DE L’OPÉRA
AU PHILHARMONIQUE UN ENTRETIEN AVEC PAMELA ROSENBERG

PAMELA ROSENBERG N’A CESSÉ D’INNOVER TOUT AU

LONG DE SA CARRIÈRE MUSICALE. LES LETTRES DU BRASSUS

L’ONT RENCONTRÉE RÉCEMMENT POUR CONNAÎTRE SES

IMPRESSIONS SUR SES NOUVELLES FONCTIONS À BERLIN.

Pamela Rosenberg a poursuivi une bril- Times qui n’a pas hésité à qualifier sa requis un grand travail de ma part car il m’a
lante carrière sur deux continents. Cette mise en scène inspirée du Saint François fallu découvrir les caractéristiques et les spé-
Californienne de naissance est désor- d’Assise de Messiaen de plus grand évé- cificités d’un orchestre symphonique.
mais directrice exécutive – le terme offi- nement mondial de la saison d’opéra. Les modes de planification, par exemple,
ciel est « Intendantin » – du célèbre Les Lettres du Brassus ont récemment sont extrêmement différents. Dans le
Philharmonique de Berlin, un poste rencontré Pamela Rosenberg afin d’évo- domaine de l’opéra, il est indispensable d’éta-
qu’elle occupe depuis août 2006. quer ses nouvelles fonctions à la tête du blir des prévisions à horizon de trois ou qua-
Auparavant, elle avait dirigé divers opé- Philharmonique de Berlin. tre ans car tout projet implique de travailler
ras en Allemagne et en Californie. Elle a avec plusieurs chanteurs, un chef d’orchestre,
notamment présidé aux destinées du Après tant d’années consacrées à un metteur en scène et un décorateur.
Deutsches Schauspielhaus de Hambourg, l’opéra, comment avez-vous vécu cette Pour sa part, la programmation d’un
de l’Opéra de Francfort, de l’Opéra des transition pour assumer la direction de orchestre symphonique s’effectue deux ans
Pays-Bas à Amsterdam et de l’Opéra de l’orchestre philharmonique de Berlin ? à l’avance, à l’exception du programme de
Stuttgart. Avant de retrouver l’Europe, Sans conteste, il s’agit de deux champs d’ac- tournées. En outre, l’unité de planification
elle a administré l’Opéra de San tivité différents. La direction d’un orchestre est d’une semaine car le programme change
Francisco pendant six ans, au cours des- représente une tâche nettement moins com- sur une cadence hebdomadaire (en règle
quels son talent a été unanimement plexe que l’administration d’une compagnie générale avec trois ou quatre concerts où
reconnu, y compris par le New York d’opéra. Néanmoins, cette transition a sont exécutées les mêmes œuvres). À chaque
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fois, il faut engager un chef d’orchestre,


parfois aussi un soliste ou un chœur.
Cependant, les intervenants ne sont pas
aussi nombreux que dans le cas d’un
opéra et le processus de programmation
d’un orchestre symphonique est nette-
ment plus flexible.
Enfin, les décisions relatives à la pro-
grammation sont prises d’une autre
manière au sein d’un ensemble philhar-
monique. Le directeur d’une compagnie
d’opéra façonne dans une large mesure
le profil de la troupe en choisissant le
répertoire, les metteurs en scène, les
décorateurs, les chanteurs et les chefs
d’orchestre. Le directeur musical tient un
rôle essentiel dans l’adoption d´une
grande partie de ces décisions. Dans la
ART DE VIVRE

majorité des cas, des thèmes de prédilection d’intérêt général qui concernent l’orchestre dent que l’opéra offre une vaste
et des idées dominantes sur les options dra- dans son ensemble. gamme, des œuvres lyriques baroques
maturgiques qui confèrent une forme parti- Cependant, il existe de nombreux domai- aux premières mondiales, mais nous
culière à la composition de la saison. nes dans lesquels je suis en mesure de pren- devons effectuer des choix en nombre
Dans le cas du Philharmonique de Berlin, la dre des résolutions et de façonner l’organi- nettement plus élevé car nous présen-
planification relève d’un travail collectif. Sir sation. Nous donnons un nombre très élevé tons un programme différent chaque
Simon Rattle, notre directeur musical, deux de concerts de musique de chambre au semaine pendant plus de dix mois par
membres de l’orchestre, Stephan Gehmacher, cours d’une saison et je décide fondamenta- année. La quantité requiert aussi une
directeur associé à la planification, et moi- lement du programme et des interprètes. sélection plus affinée, car nous avons
même étudions divers sujets et idées avant En plus de mes fonctions d´intendante de l’embarras du choix, un peu comme lors-
de prendre une décision. Chacun de nous l’orchestre, je suis également la directrice de que nous nous trouvons dans une confi-
apporte des contributions d’intensité diffé- la Philharmonie de Berlin. Elle se compose de serie. Nous souhaitons également établir
rente, selon la nature du projet dont nous deux salles de concerts (qui comptent respec- des liens entre les programmes, définir
discutons. Toutefois, à la fin de la journée, le tivement 2400 et 1200 fauteuils) qui accueil- les raisons qui incitent à jouer certains
dernier mot revient à Sir Simon. lent près de 500 concerts chaque année. Sur morceaux au cours d’une même soirée.
La forme d’administration de l’orchestre ce nombre, l’orchestre philharmonique en Nous avons aussi l’ambition de forger
philharmonique de Berlin s’écarte de celle en assure près de 140. Je travaille actuellement à des associations entre certains concerts.
vigueur dans la presque totalité des autres la création de nouveaux programmes, à l’ins- Nous pouvons ainsi choisir de suivre
orchestres car il s’agit de l’une des trois for- tar des concerts libres à l’heure du déjeuner, l’évolution d’un compositeur, de mettre
mations symphoniques au monde à se fonder afin d’ouvrir la maison sur la ville et la conver- différentes époques musicales en rela-
sur une gestion démocratique. Ainsi, les musi- tir en un centre animé d’échanges culturels. tion, de créer des fils rouges au cours de
ciens élisent eux-mêmes le directeur musical. la programmation d’une même saison.
De la même manière, l’orchestre sélectionne Comme le répertoire est particulière- Voilà qui nous donne un vaste espace où
en parfaite autonomie des interprètes qui ment vaste, apparemment beaucoup déployer notre créativité.
joueront dans un concert. Chaque groupe de plus grand que celui de l’opéra, cette
l’orchestre, les violons par exemple, effectue diversité s’apparente-t-elle pour vous Pendant des décennies, vous n’avez
son choix en toute indépendance. à une nouvelle liberté ? cessé de voyager à travers le monde
L’orchestre philharmonique de Berlin est C’est plutôt une stimulation. Nous réali- pour écouter des musiciens, des chefs et
une fondation, dont le conseil comprend le sons un si grand nombre de programmes des orchestres. Au regard de cette
directeur musical, l’administrateur – l´inten- que nous avons réellement la possibilité expérience et du temps que vous avez
dant – et deux représentants de l’orchestre. d’effectuer des recherches à travers quatre passé à Berlin, pouvez-vous mentionner
Il nous appartient de trouver ensemble un siècles de musique. Cette possibilité élargit quelques éléments caractéristiques de
consensus sur les importantes questions considérablement nos horizons. Il est évi- l’orchestre philharmonique de Berlin ?

LA FORME D’ADMINISTRATION DE

L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN

DIFFÈRE DE LA PLUPART DES AUTRES

FORMATIONS SYMPHONIQUES AU MONDE

PAR SA GESTION DÉMOCRATIQUE.


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Il est toujours délicat d’aborder un rendre compte pendant les répétitions Naturellement, l’Académie porte le nom
thème aussi vague que la sonorité. et, plus particulièrement encore, au de Karajan. Quelle ombre continue-t-il à
Toutefois, l’orchestre philharmonique de moment où un nouveau musicien intè- projeter aujourd’hui ?
Berlin est reconnu pour posséder une gre l’ensemble. L’un de nos bassistes est Herbert von Karajan est mort en 1987.
sonorité exceptionnelle. De l’avis géné- un Vénézuélien de 21 ans. Il est entré Sans aucun doute, la fabuleuse réactivité
ral, elle est brillante, chaude, d’une dans notre formation à 18 ans. Il avait de l’orchestre est une qualité qu’il a lui-
incroyable richesse. Au cours des derniè- déjà un grand talent, mais il lui a fallu même développée, à l’instar de la façon
res années, sous la baguette de Claudio apprendre la culture musicale de l’or- dont les musiciens s’écoutent les uns les
Abbado et de Sir Simon Rattle, l’orches- chestre. Ses confrères bassistes s’en sont autres. Une part de son héritage réside
tre a encore étendu la renommée de son chargés au cours de la première année également dans la sonorité particulière
expression stylistique. Sir Simon dirige qu’il a passée parmi nous. C’est cette de l’orchestre qui existe toujours de nos
de nombreux compositeurs français. Ses proximité entre les musiciens qui main- jours. Un autre élément réside dans la
interprétations de Ravel sont tout sim- tient cette tradition vivace. manière selon laquelle les musiciens
plement magiques. En ce moment, la L’Académie Karajan représente un jouent chaque morceau comme s’il
musicalité est si extraordinaire que de autre facteur essentiel pour le maintien s’agissait d’une question de vie ou de
nombreux mélomanes estiment qu’elle de cette culture musicale unique. Les mort. La passion de l’interprétation est
dépasse tout ce qu’ils ont entendu meilleurs jeunes interprètes du monde le signe distinctif de notre ensemble.
jusqu’alors. souhaitent y accomplir leurs études. Les L’interprétation d’une oeuvre de Beethoven
Il est aussi admirable de remarquer la représentants de l’Académie se sont ren- laisse toujours une profonde impression.
manière dont les musiciens de l’orchestre dus au Venezuela et ont rencontré ce L’orchestre donne une brillance inté-
s’écoutent les uns les autres. On a parfois jeune musicien extraordinaire. En effet, rieure aux œuvres de Beethoven ou de
l’impression d’assister à un concert de l’Académie accueille des étudiants venus Brahms.
musique de chambre donné par 80 musi- d’une vingtaine de pays. Ce bassiste a Malgré la présence vivante de l’héri-
ciens ou davantage. Ils ont développé suivi pendant deux années l’enseigne- tage de Karajan dans ces aspects, l’orches-
des antennes entre eux. Les musiciens ment de l’Académie avant d’obtenir le tre philharmonique de Berlin est un orga-
sont très sensibles aux signaux ou à l’état statut de remplaçant afin d’engranger nisme en constante évolution. Claudio
d’esprit de la personne qui les dirige. de l’expérience et de mieux comprendre Abbado a déclaré qu’il souhaitait décons-
la manière dont l’orchestre joue. Et je truire cette sonorité. A ses yeux, il y avait
Et comment l’expliquez-vous ? tiens à préciser que les musiciens qui ter- des éléments plus importants, parvenir à
C’est une aptitude qui s’enseigne entre minent l’Académie doivent passer des une sonorité transparente par exemple.
musiciens. Elle fait partie de la culture auditions à l’égal de n’importe quel Et même si Abbado a entraîné l’orchestre
orchestrale du Philharmonique et les autre candidat pour les postes qui se sur des chemins très différents dans cer-
musiciens la travaillent. On peut s’en libèrent au sein de l’orchestre. tains domaines, il a conservé néanmoins
ART DE VIVRE

Le chef d’orchestre Sir Simon Rattle.


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cette sonorité caractéristique, brillante et membre est également choisi par l’orchestre. gagner en importance avec mon arrivée,
forte. D’une manière semblable, Sir Le président de l’Académie Karajan y siège mais je ne souhaite pas augmenter leur
Simon a ouvert d’autres portes. C’est un aussi de plein droit. Les autres postes revien- nombre car il ne s’agit pas de grands opéras,
spécialiste des compositeurs français et de nent au directeur financier ainsi qu’à deux ou mais d’opéras de concert. Nous devons nous
Haydn. Sous sa direction, l’ensemble a trois citoyens indépendants. Le conseil n’inter- souvenir que nous nous trouvons dans une
joué avec plusieurs chefs experts en musi- vient jamais dans les décisions relatives au ville qui possède trois compagnies d’opéra à
que baroque, ce qui a agrandi son poten- répertoire, au programme et aux représenta- temps complet. Si tel n’avait pas été le cas,
tiel stylistique. Et Sir Simon lui a fait jouer tions. Ses membres ont approuvé ma nomina- mon point de vue serait différent.
de nombreuses œuvres de musique tion au titre de directeur général et tranchent En décembre 2006, nous avons joué « A
contemporaine (comme Abbado). dans des questions relatives au financement, Flowering Tree » (L’arbre en fleurs), un travail
Pourtant, bien que les horizons artisti- au budget, etc. de John Adams. En juillet 2007, nous avons
ques de l’orchestre se soient agrandis, il a Ce mode de fonctionnement contraste présenté « Der Ring des Nibelungen »
conservé cette sonorité de base unique, fortement avec celui de nombreux conseils (L’Anneau du Nibelung) au festival d’Aix-en-
qui reste présente, de manière subtile, de direction qui gèrent des orchestres sym- Provence et au Festival de Pâques de
dans les profondeurs de l’orchestre. phoniques ou des compagnies d’opéra. Pas Salzbourg, des performances très émouvan-
une seule fois, le conseil n’est intervenu pour tes car nous possédons aussi notre sonorité
Vous avez eu affaire à des conseils contester une décision artistique ou deman- particulière pour Wagner. Nous accompa-
d’administration où le critère pour der un changement de programme. gnons chaque année un opéra mis en scène
l’attribution d’un poste se mesure au lors du Festival de Pâques de Salzbourg et
montant des dons effectués et vous J’ai remarqué quelques œuvres d’opéra donnons plusieurs concerts. Karajan a fondé
avez constaté les effets de ce mode de dans la programmation, peut-être en le Festival de Pâques et celui-ci est le
gestion. Comment l’orchestre philharmo- raison de vos activités antérieures. Quel domaine exclusif de l’orchestre philharmoni-
nique de Berlin est-il administré et de rôle tient l’opéra dans le répertoire ? que de Berlin depuis sa création.
quelle manière cette gestion peut-elle L’orchestre est toujours très heureux, et Sir
exercer une influence sur vos activités ? Simon particulièrement, de pouvoir jouer Vous mentionnez des programmes à
Plus de quarante-deux pour cent du finan- des opéras. Grâce à sa sonorité d’une ri- Aix-en-Provence et à Salzbourg, ce qui
cement du Philharmonique de Berlin est chesse inouïe, l’orchestre philharmonique de me fait penser aux longues tournées de
assuré par la ville de Berlin. Le conseil de Berlin parvient à stupéfier les mélomanes par l’orchestre. Quelles sont les prochaines
fondation se compose de douze person- ses interprétations de musique lyrique. Ce- destinations prévues à votre programme ?
nes qui représentent un large éventail de pendant, notre programmation ne nous per- Nous réalisons une tournée de 40 concerts.
la vie culturelle de la cité. Chaque parti met pas de présenter de grands opéras. Nous nous rendons en Asie et aux États-
politique peut nommer un délégué et un Certains pensaient que l’art lyrique allait Unis en alternance, un an sur deux. En cette

L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN

EST RECONNU POUR POSSÉDER UNE SONORITÉ

PARTICULIÈRE. SOUS LA DIRECTION DE

SIR SIMON RATTLE, LA RENOMMÉE DE SON

EXPRESSION STYLISTIQUE S’EST ENCORE ÉTENDUE.


ART DE VIVRE

nouvelle année, nous prévoyons de jouer Istanbul au printemps 2010, en plus de la de Vienne. Nous y sommes pendant les fêtes
dans les pays baltes. Au printemps dernier, tournée prévue en Australie en automne de de Pâques alors que nos confrères autrichiens
nous sommes allés dans les îles Canaries, la même année. Chaque année à Pâques, s’y produisent au cours du festival d’été.
puis à Paris, Londres et Bruxelles. Nous nous nous sommes à Salzbourg (pour le festival Nous avons également des projets particu-
rendrons au Japon et en Corée au cours de anciennement appelé Festival Karajan). liers pour l’Afrique du Sud en 2009. Nous
l’automne 2008. Puis, nous réaliserons une Actuellement, nous nous produisons à serons le deuxième orchestre européen à
tournée dans les Balkans qui s’achèvera à Salzbourg avec l’orchestre philharmonique nous rendre dans ce pays. Nous avons décidé
de jouer notamment dans des endroits tels
que Soweto et de travailler également avec
« RHYTHM IS IT » A SUSCITÉ DES DISCUSSIONS les merveilleux chœurs sud-africains.
Nous avons établi un programme très spé-
POLITIQUES AU SUJET DES PRIORITÉS ET DES BUDGETS cial pour notre visite à New York. Nous
apporterons « Rhythm Is It » au Bronx. Ce
SCOLAIRES. IL A AUSSI REPRÉSENTÉ UNE ARME projet a été développé à partir du film du
même nom. Notre groupe de danse passera
ESSENTIELLE DANS LE COMBAT POUR GARANTIR AUX plusieurs semaines dans les écoles du Bronx.
Nous essayerons de travailler spécialement
ÉCOLES DES FONDS POUR L’ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE. avec des enfants qui n’ont jamais dansé

Le Philharmonique de Berlin (salle de concert).


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DATES DE TOURNÉE POUR LA SAISON 2008 :

25 janvier 2008 : Salle Pleyel, Paris 1er mai 2008 : Moscou*


26 janvier 2008 : Kultur & Kongress 2 mai 2008 : Riga*
Zentrum, Lucerne 4 mai 2008 : Tallin*
28 janvier 2008 : Musikverein, Vienne 5 mai 2008 : Helsinki*
7 mai 2008 : Stockholm*
19 février 2008 : Stuttgart* 8 mai 2008 : Oslo, Nouvel Opéra
20 février 2008 : Francfort*
21 février 2008 : Essen, Philharmonie Du 28 juin au 6 juillet 2008 :
22 février 2008 : Hanovre* Festival d’Aix-en-Provence, Grand
Théâtre de Provence (« Siegfried »
Du 15 au 24 mars 2008 : Salzbourg, et plusieurs concerts)
Festival de Pâques, Großes Festspielhaus * Plus d’informations sur
(« La Walkyrie » et plusieurs concerts) http://www.berliner-philharmoniker.de

Herbert von Karajan

auparavant afin qu’ils découvrent les joies de tance véritable du projet réside dans le fait Dix-sept nationalités sont actuellement repré-
l’expression corporelle. qu’il illustre la nécessité d’enseigner les arts dans sentées au sein de l’orchestre. Le public s’ima-
L’origine de ce projet remonte à trois ans, les écoles. « Rythm Is It » a suscité des discus- gine parfois qu’un ensemble de cette renom-
lorsque nous nous sommes rendus dans des sions politiques au sujet des priorités et des mée est uniquement constitué de musiciens
écoles de quartiers défavorisés. Royston budgets scolaires. Pendant ses trois années d’âge mûr. L’âge moyen s’établit cependant
Muldoon (de Dance United) a passé plusieurs d’existence, il a aussi représenté une arme entre 37 et 38 ans. La recomposition de l’or-
mois à travailler avec des enfants qui vivent essentielle dans le combat que nous avons chestre a commencé avec Abbado quand la
dans les quartiers les plus difficiles de Berlin et mené pour garantir que les écoles disposent de plupart des musiciens de l’époque Karajan a
qui n’avaient jamais reçu de cours de mouve- fonds destinés à l’enseignement artistique. fait valoir ses droits à la retraite.
ment. Un documentaire a retracé cette expé- Nous donnerons deux représentations de Le processus d’audition pour recruter de
rience. Au début, on voit des enfants qui « Rhythm Is It » à New York. Notre équipe de nouveaux musiciens est incroyablement
n’obéissent pas et montrent de faibles capaci- chorégraphes et de moniteurs travaillera rigoureux. De talentueux musiciens du
tés de concentration. Peu à peu, on constate préalablement pendant plusieurs semaines monde entier viennent à Berlin pour présen-
qu’ils commencent à développer un certain avec 200 enfants d’âge scolaire (aussi dans ter leur candidature aux emplois disponi-
intérêt et essaient de suivre les instructions. les zones les plus difficiles de la ville). En plus bles. Actuellement, nous avons un poste
Vers la fin, leur talent et leurs aptitudes appa- de ces représentations, nous jouerons de la disponible dans les violons. Hier, 38 audi-
raissent alors qu’ils interprètent une ambi- musique de chambre dans six quartiers du tions ont été réalisées et nous avons reçu
tieuse chorégraphie. Tout prend finalement Bronx. aujourd’hui 14 postulants, mais aucun n’a
forme quand les musiciens et les enfants com- J’ai aussi découvert un autre aspect dans été accepté.
mencent à répéter ensemble. L’événement ce programme. Les études réalisées mon-
s’est réalisé dans un ancien entrepôt devant trent que l’enseignement des arts dans les Nous avons été ravis de votre travail à
deux mille personnes. Il est difficile de décrire écoles stimule la croissance et les résultats San Francisco, nous sommes heureux de
l’euphorie des enfants qui venaient d’interpré- en général. Les performances scolaires l’enthousiasme et de l’énergie que vous
ter le Sacre du Printemps de Stravinsky. s’améliorent quand les arts comptent au déployez à Berlin et attendons avec
Chronique de cette épopée, le film nombre des matières enseignées. impatience d’en découvrir les premiers
« Rhythm Is It » a rencontré un grand succès. résultats. Veuillez accepter nos chaleureux
Il a été présenté pendant une année entière et Comment l’orchestre recrute-t-il remerciements pour avoir accordé cet
a remporté de nombreux prix. Mais l’impor- ses musiciens ? entretien aux Lettres du Brassus. I
ART DE VIVRE

Montreux est une ville de contrastes.


Une végétation méditerranéenne
prospère sur ses quais alors que
les imposantes Alpes enneigées
se dressent sur l’autre rive du lac.

LES PLAISIRS DE
LA VIE EN SUISSE
L ’ I N C R O Y A B L E L É G È R E T É D E L A T A B L E

LE PONT DE BRENT À MONTREUX SE DISTINGUE PAR

UNE CARACTÉRISTIQUE UNIQUE DES AUTRES HAUTS

LIEUX DE LA GASTRONOMIE. C’EST LE SEUL RESTAURANT

TROIS ÉTOILES « FAMILIAL » AU MONDE.

Dans un magnifique décor naturel,


le Château de Chillon s’élève sur un éperon
rocheux à proximité de Montreux.
56 | 57
ART DE VIVRE

APPAREMMENT, LES RESTAURANTS LUTTENT SI

FÉROCEMENT DANS LES SPHÈRES RARÉFIÉES DES

TROIS ÉTOILES QUE L’OXYGÈNE SEMBLE FAIRE

DÉFAUT DANS LA SALLE. LE PONT DE BRENT EST

DIFFÉRENT. NULLE TRACE DE TENSION ICI.


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I l est fascinant d’observer le talent humain


dans sa plus belle expression, suivre les évo-
lutions d’un sportif hors pair, marquant des
n’est certes pas un abus de langage que de
décrire le restaurant de Gérard Rabaey comme
l’unique trois étoiles « familial » au monde.
Les mets et le service répondent aux attentes
des clients, c’est chaleureux et agréable - en
un mot, familial. Il n’en va pas de même au
points sans le moindre effort, être emporté par Ce n’est pas sans une certaine inquiétude sommet. Apparemment, les restaurants lut-
le jeu d’un acteur émérite qui insuffle une telle que j’utilise l’adjectif « familial » car le terme tent si férocement pour parvenir à la perfec-
vie à son personnage que le théâtre semble comporte des connotations diverses : il est tion dans les sphères raréfiées des trois étoiles
disparaître autour de soi, écouter une grande tout autant possible de chanter les louanges - et sont souvent tellement terrifiés à l’idée du
soprano qui lance sans effort la « fameuse » d’un restaurant que de le décrier à le qualifier moindre faux pas, qui serait, bien sûr, impi-
note de la Reine de la Nuit dans la Flûte de familial. Seul le contexte donne une indica- toyablement châtié par tout inspecteur du
Enchantée... Un restaurant peut offrir le tion sur le sens voulu par l’auteur. Veut-il sim- guide qui viendrait à passer par là - qu’il sem-
même émerveillement. Un charme est jeté et plement dire que l’accueil est chaleureux et le ble que l’oxygène fait littéralement défaut
vous, l’heureux client, êtes saisi et tout le reste restaurant dépourvu de tout artifice ? Ou le dans la salle. Chacun perçoit la distance qui
est magie. choix de ce mot répond-il à un objectif quel- sépare le personnel et les clients. Quand il ne
Il y a peu, chance m’a été donnée de retour- que peu narquois afin de suggérer que l’éta- s’agit pas d’un mur. Lorsque les serveurs sont
ner au Pont de Brent à Montreux. Si les mots blissement est sommaire, dépourvu d’imagi- terrorisés à la perspective de servir le faux
peinent incontestablement à décrire la perfec- nation, pour ne pas dire un peu minable ? apprêt, cette tension se transmet aux clients.
tion du repas, c’est l’aisance avec laquelle la Tel ne devrait pas être le cas. L’utilisation du Et un repas ressemble dès lors à une épreuve
soirée s’est déroulée qui résonne dans ma terme « familial » devrait être réservée aux cir- de patinage artistique aux Jeux Olympiques où
mémoire. Gérard et Josette Rabaey, les amphi- constances où le plus grand des éloges est le monde entier guette le faux pas, les deux
tryons du Pont de Brent, sont passés maîtres entendu. Un restaurant qui est familial en rai- pieds qui retombent ensemble ou, pire
dans l’art d’entourer chaque convive d’un son de son accueil chaleureux, de son honnê- encore, la chute impardonnable.
bien-être qui permet à la soirée de s’écouler teté et de son absence de prétention possède Le Pont de Brent est différent. Nulle trace de
dans une atmosphère de paisible harmonie. de nombreuses et incontestables vertus. À tension ici. Depuis l’instant de son arrivée, le
Mieux encore, ils donnent l’impression, ainsi l’évidence, ces qualités se retrouvent dans tou- convive a l’impression de dîner dans la
que leur personnel, de ne consentir aucun tes les catégories de prix. Une humble tratto- demeure des Rabaey, avec Gérard à la cuisine
effort pour agir de telle manière. ria toscane, un bistrot parisien ou un restau- et son épouse Josette qui accueille chaque
La perfection du repas ne peut être considé- rant qui sert du poisson en plein air sur l’île de hôte et s’occupe de la salle avec le maître d’hô-
rée comme une surprise. Le Pont de Brent Lantau à Hong Kong, tous sont en mesure et tel Marc J’Espère. Ses mots de bienvenue sont
figure parmi l’aréopage des meilleurs restau- parviennent souvent à être familiaux. empreints d’une authentique chaleur et lais-
rants du monde. Il brille en effet de la meil- D’étrange manière, il devient beaucoup plus sent transparaître une joie sincère à la perspec-
leure cotation que le Michelin puisse décerner, difficile pour de grands établissements de se tive de vous offrir, avec ses collègues, une mer-
trois étoiles, et de la note la plus élevée attri- présenter sous un tel jour. Le personnel du res- veilleuse soirée. À l’évidence, l’effort herculéen
buée par Gault&Millau, 19 points. Cependant, taurant Allard à Paris ne manifeste aucune nécessaire à la réalisation d’un repas trois étoi-
cet établissement se distingue par un élément tension pour préparer des assiettes de canard les, particulièrement pour un dîner aussi léger
qui lui accorde une place particulière parmi ses aux olives et les proposer sans prétention aux et frais que l’exige le style de Gérard Rabaey,
pairs dans les cimes de la gastronomie. Ce convives installés à des tables de style familial. est sous - jacent, mais il n’apparaît jamais.

Le Pont de Brent se caractérise par un exceptionnel sens de l’harmonie où


les mets, les vins et le décor boisé sont à l’unisson. Josette Rabaey.
ART DE VIVRE

Aussi l’accueil bannit-il d’emblée tout céré- tre de ces apprêts nous conduisent aisément
monial artificiel. Dans de nombreux grands vers le repas.
restaurants, le chef, visiblement peu à l’aise Le prodige du premier plat n’était pas entiè-
dans ce rôle, imprime un sourire sur son visage rement rendu par l’annonce sur le menu
et accomplit un tour d’honneur à travers la d’une terrine de foie gras et de bolets. Peut-
salle en recueillant les compliments. Tel n’est être était-ce le terme de « terrine », souvent
pas le cas ici. Gérard sort de la cuisine au utilisé pour de lourdes préparations, où la
moment où chaque hôte se prépare à partir graisse et les nerfs sont souvent camouflés
pour prendre personnellement et chaleureuse- sous la moutarde et les cornichons, qui ne ren- Le maître d’hôtel Marc J’Espère.

ment congé de lui, en l’absence de toute dait pas véritablement justice au raffinement
affectation, comme si vous franchissiez le seuil de la création de Gérard. La « terrine » possé-
de sa propre maison. dait des couches de bolets sauvages à la
Après la journée d’activité presque fréné- saveur intense, qui alternaient avec un foie
tique qui a précédé ma venue en ces lieux, la gras d’une finesse incomparable, le tout bordé
chaleur de cet accueil m’a facilité le passage de poireaux. Sur le sommet, quelques grains
à un état d’esprit différent. En cette embau- de gros sel étaient parsemés. Dans cette sym-
mante soirée de septembre, je me suis assis phonie pour le regard, la terrine composait la
sur une chaise dans le jardin avec une flûte pièce centrale d’un trio de préparations. À ses
de champagne et un imposant assortiment côtés figuraient quelques bolets simplement
de mignardises, j’ai résolu de déconnecter sautés et des feuilles de salade relevées à
mon cerveau et de me laisser guider par le l’huile de noix. L’impression était diaphane.
menu proposé. De cette manière, il m’a été Dans son essence, la terrine devenait aussi
délicieux de savourer à petites gorgées un légère que l’air, à peine maintenue par une
Moët millésimé, déguster de petites fritures gelée quasiment invisible. Le foie gras, lui Un apprêt printanier, croustillant et saltimbocca
de ris de veau agrémenté de morilles et d’asperges.
du Lac Léman et ne rien faire, sauf songer aussi, défiait les lois de la gravité et s’évaporait
aux vins destinés à accompagner cette dans la bouche, se dissolvant sur de fastueu-
agape. ses notes de terre des champignons. En
Les amuse-bouche plantent le décor. En contrepoint à son intensité, il semblait y avoir
accord avec une nuit d’été, il s’agissait d’une uniquement quelques gouttes de vinaigre bal-
petite tartelette d’anchois. Elle possédait samique.
une base de minces tranches de courgettes En accompagnement, j’avais retenu une
presque transparentes, supportant quelques demi-bouteille de Boillot Puligny Champ
feuilles de rucola, des morceaux d’olives et Canet 2001, étonnamment riche avec des
de tomates ainsi que des anchois frais, agré- tons dominants d’agrumes parfaitement équi-
mentés d’un filet d’huile d’olive aux herbes. librés. D’une certaine manière, le choix d’un
En fonction de la saison, Gérard offre une bourgogne blanc ne rendait pas justice à l’un
variante tout aussi légère de ce mets, en pro- des atouts du Pont de Brent. Son sommelier,
posant une tartelette de féra, un poisson Sébastien Lacroix, est reconnu comme l’un des
souvent négligé du Lac Léman. L’un ou l’au- meilleurs de son art en Suisse pour avoir rem- Une entrée classique : fine tartelette de féra.

LA CHALEUR DE L’ACCUEIL BANNIT D’EMBLÉE TOUT CÉRÉMONIAL

ARTIFICIEL. GÉRARD SORT DE LA CUISINE AU MOMENT OÙ CHAQUE

HÔTE SE PRÉPARE À PARTIR POUR PRENDRE PERSONNELLEMENT CONGÉ

DE LUI, COMME SI VOUS FRANCHISSIEZ LE SEUIL DE SA PROPRE MAISON.


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porté le Concours du Meilleur Sommelier de vins. Plus d’une fois, en dépit de mes préten- treintes destinées aux Helvètes ne finissent en
Suisse en 2005 (et avoir reçu une Flyback tions œnophiles, j’ai laissé la question entière- des gosiers étrangers.
Léman de Blancpain pour sa performance). Il ment entre ses mains et me suis laissé empor- Une autre merveille a suivi. Un rouget écla-
a réuni une sélection spectaculaire de vins hel- ter vers la découverte de fascinants vins suis- tant de fraîcheur, rapidement sauté, disposé
vétiques qui, pour la plupart d’entre eux, ne ses (très récemment un chardonnay de sur un lit de cœurs d’artichauts, relevé avec de
parviennent jamais à quitter le pays qui les a Neuchâtel incontestablement digne de rivali- minuscules palourdes fraîches et parsemées
vu naître. Une visite au Pont de Brent offre ser avec un bon Meursault et un pinot noir du de morceaux d’olives. Le rouget doit évoquer
l’opportunité de déguster ces trésors et, Tessin empli de caractère et de complexité) la Provence et cet apprêt le faisait véritable-
mieux encore, de bénéficier des services de qui ne font jamais parler d’eux hors de Suisse, ment. Gérard Rabaey est maître dans l’art de
Sébastien pour s’orienter dans la carte des de crainte sans doute que les quantités res- marier de minuscules palourdes et un bouillon

Gérard Rabaey.
ART DE VIVRE

de poisson aux meilleurs produits de la saison Le jardin d’été du


en poissons et en légumes. Pont de Brent,
qui borde un ruisseau
Cependant, nous n’avions tracé notre route
au son cristallin.
que jusqu’au second plat, qui a pris la forme
d’une préparation emblématique de Rabaey,
croustillant et saltimbocca de ris de veau.
Rabaey a orchestré un croustillant tube de
pâte fine, aussi mince que de la pâte filo,
entourant du ris de veau avec juste un soup-
çon de jambon cru et de la sauge, quelques
bouchées de ris de veau sautés et un morceau
plus grand avec du jambon fumé et de la
sauge, une intense sauce au persil, d’un vert
brillant sur l’assiette, un fonds de veau réduit
d’une chaude couleur brune et, enfin, une
sauce superbement mousseuse. De multiples
événements se produisent ici car chaque
ingrédient s’allie et contraste avec les autres.
Le jambon et la sauge sont des partenaires
classiques et tous deux étaient équilibrés par la
purifiante fraîcheur du persil. De manière ana-
logue, les nuances de texture embrassaient un
immense éventail et jouaient les unes avec les
autres : le croustillant du tube en pâte, les
morceaux onctueux et aériens du ris de veau,
le vaporeux de la mousse. En bref, il s’agissait
de la sorte d’apprêt que seul un génie peut
réaliser.
Le quatrième plat était un pigeon des Deux-
Sèvres simplement rôti et servi avec un assor-
timent de légumes rôtis. Rabaey possède une
source pour ses pigeons qui rivalise avec celle
de Lameloise (voir le numéro 2 des Lettres du
Brassus). Ces volailles possèdent une saveur
radieuse de fraîcheur, sans nulle trace de cette
forte saveur de foie qui gâche la plupart des
pigeons et présentent, lorsqu’elles sont cuites,
une texture qui devient simple transcendance
en bouche : le seul défaut, j’en aurais voulu
davantage. Un demi-pigeon, alors que j’en
aurais volontiers savouré un entier.
Et puisqu’il est question d’oiseaux entiers,
mentionnons que le fait de dîner seul m’a
privé de l’opportunité de savourer l’une des
préparations les plus appréciées du Pont de
Brent, un canard nantais rôti. Il n’y a nulle exa-
Le pigeon rôti des
gération à affirmer que seule une poignée de Deux-Sèvres, tel qu’il
chefs (je ne me porte personnellement garant est présenté à la table.
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que de cinq restaurants au monde) sont en chariot n’est cependant qu’un composant de
mesure de préparer un canard rôti entier, un la présentation. Au Pont de Brent, le serveur
mets aussi somptueux que rare. Un magret de en charge était manifestement ravi de faire les
canard, même cuisiné, ne se mesure pas à la honneurs de son chariot. Alors que les froma-
même aune. Il y a entre eux la même diffé- ges passaient d’une table à une autre, je me
rence que celle qui sépare une promenade de plaisais à écouter ses recommandations
vingt minutes et une course en moins de qua- enthousiastes pour chaque variété présentée
tre minutes sur la même distance. Aussi, à et son plaisir à conseiller les convives qui sou-
cette occasion, quel que fût mon plaisir à haitaient bénéficier d’un guide à l’instant de
savourer chaque bouchée du pigeon, je me composer leurs assiettes.
suis laissé allé à ressentir une envie effrénée et Le dessert se composait de deux volets. En
non déguisée, lorgnant sur la volaille scintil- premier lieu, une somptueuse composition de
lante aux nuances d’acajou servie sur les sorbets : melon de Cavaillon, melon vert,
autres tables alentour et me surprenant à framboises, pêche blanche. Tout était parfait,
contempler les délicates tranches d’un rouge mais il y avait un petit rien en plus dans la
parfait déposées sur les assiettes. pêche blanche qui dénotait avec insistance
Cédant une fois encore à mon profond pré- que nous nous trouvions au début du mois de
jugé pour le bourgogne, j’ai jeté mon dévolu septembre, la meilleure saison pour ce fruit.
sur un Corton Renardes 1996 de Rougeot. Il Puis, un crumble de pruneaux est apparu. Il se
m’en est resté une impression de vin un peu composait d’une base floconneuse de noix, de

CHAQUE NOTE JOUÉE AU PONT DE BRENT CE SOIR-LÀ

ÉTAIT PARFAITE. LA CONCEPTION ET L’ÉQUILIBRE,

L’ASSORTIMENT, LA PRÉCISION MILLIMÉTRIQUE DE LA CUISINE...

jeune. Les bourgognes de 1996 semblent un pruneaux caramélisés disposés sur le sommet,
peu tempérés maintenant alors que leur et s’accompagnait d’une glace à la vanille,
caractère semblait s’épanouir il y a quelques parsemée de morceaux de gousse. Petits fours
années. Tous les éléments étaient là. Un et chocolats ont finalement apporté le point
arôme de baie souligné par des notes de d’orgue à ce dîner.
vanille et le caractère animal volontiers associé Chaque note jouée au Pont de Brent ce soir-
à un grand Corton. là était parfaite. La conception et l’équilibre,
Ensuite sont venus les fromages, qui l’assortiment, la précision millimétrique de la
incluaient un vaste assortiment de Gruyère. Si cuisine, l’harmonieuse progression du repas,
vous en avez l’opportunité, recherchez un sans oublier naturellement le service et l’ac-
vieux Gruyère (parfois appelé « salé »), qui cueil, amical et familial. Les plaisirs de la vie en
doit être âgé au moins de trois ans. Il apporte Suisse dans leur plus belle expression. I
une intensité proche de celle du pecorino,
mais naturellement avec le caractère de noix
du Gruyère. La présentation des fromages ne LE PONT DE BRENT
le cédait en rien à leur qualité et à leur sélec- 1817 Brent, Suisse
tion. À l’évidence, ils étaient disposés sur un Tel +41 (0)21 964 52 30
chariot qui présentait plus d’une vingtaine de Fax +41 (0)21 964 55 30
variétés parmi lesquelles faire son choix. Le Fermé dimanche et lundi.
ART DE VIVRE

LA LETTRE
DE BLANCPAIN
SUR LE VIN

VINS DE
CLIMATS
CHAUDS
PAR JEFFREY S. KINGSTON

Le Dr. George Derbalian, l’un des experts en œnologie de


LETTRES DU BRASSUS, a fondé la société Atherton Wine
Imports établie en Californie septentrionale. Il n’est pas
seulement devenu l’un des principaux importateurs de
grands vins aux Etats-Unis, mais il a également acquis
la renommée parfaitement méritée de figurer parmi les
meilleurs connaisseurs en vins du monde.

Dans ce numéro, George Derbalian a réuni un impression-


nant florilège de Côtes-du-Rhône français, Brunello italiens
et Cabernet-Sauvignon californiens et, pour les évaluer, il a
fait appel à un jury composé d’experts reconnus.
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Montalcino, au cœur
de la Toscane.
ART DE VIVRE

I l existe des règles et des lois fermement


établies sur la manière dont il convient de
procéder aux dégustations. Nous y avons
contrevenu inflagrante delicto afin de les
faire voler en éclats. Nous les avons piétinées
tandis que notre visage s’illuminait de joie.
Toutefois, s’il nous appartient de qualifier
notre attitude selon les canons de la bien-
séance, nous avons tout bonnement agi
de manière scandaleuse. Je suis désolé,
Monsieur, mais je suis tenu de vous en-
Rajat Parr.
joindre fermement d’y mettre fin !
Voici le point litigieux. Les règles bien codi-
fiées qui président aux dégustations de vins
stipulent avec pertinence que les crus propo-
sés lors d’une même série doivent être du
même ou essentiellement du même cépage.
Qui plus est, jusqu’il y a une trentaine d’an-
nées, cette section du code œnologique sti-
Le turbot grillé
pulait que les crus devaient provenir d’un à la mode du
même cépage issu d’une même région. chef Michel Mina.
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Les séquelles de notre Cette dernière disposition a été purement et


dégustation. Un im- simplement abolie, de manière irréversible,
pressionnant assorti-
ment de verres pour
à la suite d’une fameuse dégustation qui
une seule personne ! s’est déroulée à Paris en 1976. Ce soir-là,
le monde de l’œnologie a basculé sur ses
bases lorsque les chardonnays et les caber-
nets californiens ont respectivement détrôné
les bourgognes et les bordeaux blancs.
Néanmoins, quelle que soit la mesure dans
laquelle cette tendance vers la modernité ait
assoupli le code des dégustations vinicoles
par l’autorisation de la diversité géographi-
que, la restriction essentielle demeure :
un même cépage ou essentiellement un
même cépage.
En collaboration avec le Dr. George
Derbalian, les Lettres du Brassus ont forgé
un plan pour organiser une dégustation
entièrement illégale, malum per se, fondée
cependant sur des décisions prises par les
restaurateurs dans la vie réelle. En effet, au
moment de consulter la carte des vins, les
convives ne sont pas soumis à l’obligation de
choisir un cru ou de sélectionner un vin
parmi un ensemble composé de cépages
identiques ou essentiellement similaires. Ils
sont libres d’élire un style de vin indépen-
damment du cépage, en s’interrogeant uni-
quement sur la manière dont ce style s’har-
monisera avec les mets retenus. Aussi, pour-
quoi les dégustations de vins obéiraient-elles
à l’ukase d’un même ou essentiellement
d’un même cépage si les choix ne s’opèrent
pas selon ce critère dans la plupart des cas ?
L’élément de compétition inclus dans toute
dégustation – à savoir la classification des
vins du meilleur au plus mauvais – serait-il
donc plus important que le jugement de la
Larry Stone.
qualité comme une fin en soi ?
George Derbalian a réuni un aréopage de
haut vol pour entreprendre cette dégusta-
tion hors règles. Larry Stone a forgé sa
renommée il y a de nombreuses années au
titre de l’un des meilleurs sommeliers de
Californie. Depuis lors, Larry a poursuivi son
parcours et s’est établi viticulteur dans la
Nappa Valley, où il produit un exceptionnel
Dr. George Derbalian. Cabernet-Sauvignon Sirita.
ART DE VIVRE

Rajat Parr est un sommelier de San Francisco sées autour d’un tonneau dans une cave où s’agit là de sa cuvée blanche de prestige.
qui ne le cède en rien à son illustre confrère. le vin est agité, senti et mis en bouche avant Il m’a semblé que ce vin possédait un
Il est actuellement le chef-sommelier de d’être recraché. Il était question ici d’un caractère de fruit exubérant empreint de
tous les établissements Michael Mina à San grand dîner accompagné de nos vins d’asso- notes dominantes de confiture d’abricot,
Francisco. Avec leur humble serviteur, la ciation illégale – ce qui revient à dire que ces de chêne et de vanille.
dégustation s’est articulée autour de vins allaient être consommés et appréciés.
la conception suivante : une comparaison Même si les vins rouges issus de climats LARRY STONE : « Approuvé. Il s’agit
de vins rouges, riches, mûrs, fruités, au chauds allaient représenter le clou de la soi- d’un Condrieu rare, particulièrement
corps généreux, qui soient en mesure rée, nos notions d’entrée en matière idoine bien équilibré. »
d’accompagner un repas spécialement et élégante nous ont enjoints de commencer GEORGE DERBALIAN : « Il ne possède
conçu à cet effet, constitué de cailles, par deux vins blancs. Et, à cet effet, nous en aucune des notes finales roussies ou
d’agneau et de bœuf. sommes restés à des vins issus de climats fumées qui sont souvent le lot des vins
À l’évidence, il aurait été impossible de chauds, originaires tous deux de la vallée du inférieurs de cette appellation.
trouver meilleur cadre pour notre expérience Rhône, un Condrieu et un Hermitage blanc. Un grand Condrieu se distingue par un
inédite que le restaurant de Michael Mina, En prélude au repas, le chef Michael Mina autre élément, le contraste entre le nez
dans l’hôtel St. Francis, au cœur de San Fran- nous a proposé des coquilles Saint-Jacques et le palais. Son nez possède un caractère
cisco. Intentionnellement, les vins sélection- fraîches et moussues accompagnées de tropical alors que sa bouche est
nés ne provenaient pas du même cépage. petits pois et d’une purée de pois. Nous empreinte de chêne et de vanille,
Leur point commun résidait dans leur prove- avons testé en premier lieu un Condrieu de presque comme un bourgogne blanc. »
nance d’un climat chaud – en d’autres 2005, La Doriane de Guigal. Sans conteste, RAJAT PARR : « Tout de pêche et de
termes, de conditions météorologiques qui Guigal est le plus célèbre des producteurs velours, ce vin réussit cependant à ne pas
en favorisent le fruit. Nous avons opté des Côtes-du-Rhône septentrionales et il être sirupeux. »

IL EXISTE DES RÈGLES ET DES LOIS FERMEMENT

ÉTABLIES SUR LA MANIÈRE DONT IL CONVIENT

DE PROCÉDER AUX DÉGUSTATIONS. NOUS

Y AVONS CONTREVENU INFLAGRANTE DELICTO.

Châteauneuf-du-Pape. L’âpre terre rocailleuse de Châteauneuf-du-Pape.

pour trois régions qui produisent des vins de


ce style : les appellations Châteauneuf-du-
Pape, Gigondas et Côte-Rôtie dans la Vallée
du Rhône, les Brunello di Montalcino de la
Toscane méridionale ainsi que des Cabernet-
Sauvignon de Californie.
Comme nous étions bien décidés à
enfreindre le code de la dégustation vinicole,
nous avons choisi de jouer notre va-tout en
prévoyant une quantité assurément exces-
sive pour quatre taste-vin. Rappelons à ce
point que nous n’avions pas à l’esprit l’une
de ces dégustations traditionnelles organi-
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Côte-Rôtie. Vue de Gigondas (avec les Dentelles-de-Montmirail à l’arrière-plan).

Le second vin blanc est arrivé avec le contraste avec la douceur des raisins, des
deuxième plat de poisson, un superbe turbot carottes et du turbot. Il a suffi de quelques
entier grillé servi avec une julienne de bouchées et de quelques gorgées pour que
carottes et de petits bouquets de choux- nous tendions tous la main à l’unisson vers le
fleurs sautés, agrémentés de raisins secs et restant de Condrieu.
d’une purée de carottes. La combinaison Ces préliminaires accomplis, il devenait
douce/salée formait un piètre équilibre pour temps de se tourner vers l’événement princi-
le vin choisi, un Hermitage blanc 1995 de pal de la soirée, les vins rouges issus de cli-
Chave. Le domaine de Gérard et Jean-Louis mats chauds. En dépit du penchant criminel
Chave est réputé tant pour ses vins rouges qui préludait à l’organisation de notre
que blancs. Cependant, l’Hermitage blanc dégustation, nous avons fait acte d’allé-
était trop austère, trop minéral et retenu à geance à la convention pour les deux pre-
l’excès pour s’inscrire en harmonieux miers rouges, un Gigondas Les Hauts-de-
ART DE VIVRE

Montmirail 2001 de Brusset et un ture charnue. Son caractère l’apparente à das. En 2003, la déshydratation a constitué
Châteauneuf-du-Pape La Crau de ma Mère un bourgogne. Les Hauts-de-Montmirail est le plus grand problème rencontré par les
2003. En théorie, le Châteauneuf aurait dû la meilleure des deux cuvées de Brusset et viticulteurs. Cette année-là, la canicule a
s’imposer. La Crau de ma Mère est l’un il démontre ce soir sa haute lignée. La Crau assoiffé toute la France. Par manque d’eau,
des vignobles les plus prestigieux et les de ma Mère est un merveilleux exemple le raisin présentait à l’époque de la récolte
mieux situés de Châteauneuf-du-Pape, qui d’un classique Châteauneuf-du-Pape. une abondance de sucres, naturellement
regroupe le Domaine du Vieux Télégraphe Parvenu à maturité, exotique, il compte de destinés à se transformer en alcool lors de
et la Cuvée des Célestins de Henri Bonneau. nombreuses notes fruitées. Ce vin est excel- la fermentation. Cependant, au moment
Ce ne fut pas le cas ce soir-là. Le Gigondas lent pour sa catégorie de prix et reste en où les sucres étaient présents, les phénols
était simplement superbe. Il offrait un parfait accord avec sa nature intérieure. » contenus dans le raisin n’étaient pas
fruit très dense qui laissait place à une struc- LARRY STONE : « Le Gigondas présente de encore parvenus à maturité et n’y parvien-
ture délicatement équilibrée. Même si le délicats accents minéraux, de mûres, de draient plus jamais. La solution aurait
Châteauneuf La Crau de ma Mère possède prunes et de poivre qui évolueront de consisté à attendre. Vous pouvez faire un
un délicat nez fruité, sa bouche recélait des superbe manière. Même s’il est déjà exubé- grand vin à partir de raisins complètement
tanins plus âpres. rant, il est encore en enfance et ne fera que déshydratés, mais non à partir de phénols
se bonifier. Le Châteauneuf-du-Pape non parvenus à maturité. Il en résulte une
GEORGE DERBALIAN : « Le Gigondas pos- La Crau de ma Mère est plaisant mais son surabondance de tanins qui donnent au
sède un équilibre extraordinaire et une tex- millésime, 2003, le place derrière le Gigon- vin dureté et verdeur. »

LE GIGONDAS DÉMONTRAIT SUFFISAMMENT D’INTENSITÉ, DE

MATURITÉ ET DE RICHESSE POUR ÊTRE BU EN PARALLÈLE AVEC

SES GRANDS FRÈRES AU BÉNÉFICE DE 99 ET 100 POINTS.

Le vignoble de l’Hermitage s’étend le long du Rhône.


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D’une certaine manière, le Châteauneuf a GEORGE DERBALIAN : « Il est préférable – tous deux accompagnés des jugements les
complètement justifié notre dégustation hors de servir l’Hermitage à température plus flatteurs de l’éminent expert œnologue
normes : le problème de cette cuvée est bien ambiante. Il possède indubitablement des Robert Parker. Un Châteauneuf-du-Pape
connu des viticulteurs californiens qui le ren- tons de vieilles vignes. Il présente en pre- 1998 cuvée Centenaire de Brunel (100
contrent toujours. Ils ont réussi à le surmon- mier lieu un caractère boisé, sans trace de points selon Parker) et un Côte-Rôtie 1991
ter il y a une vingtaine d’années par une meil- vanille mais avec un parfum de vieux La Turque Guigal (99 points selon Parker).
leure maîtrise du processus de vinification. bois. Puis, le fruit apparaît progressive- Rajat a disposé deux verres entièrement dif-
ment. Il aurait été plus judicieux d’asso- férents pour chacun des deux vins, à l’admi-
LARRY STONE : « Les viticulteurs califor- cier ce vin avec un poisson frais, à l’exem- ration de notre groupe.
niens sont accoutumés depuis longtemps ple d’un sashimi, plutôt que lui deman-
aux étés chauds et secs. Ils ont découvert der d’accompagner la saveur douce/salée LARRY STONE : « Le Châteauneuf se com-
qu’il est plus aisé de modifier la teneur du turbot. Sans le moindre doute, il se pose d’un assemblage de cépages, souvent
en alcool des vins que les phénols. marie mieux avec la sobriété des cailles. » caractérisé par un important pourcentage
Davantage habitués à gérer une carence LARRY STONE : « L’Hermitage est un vin de grenache, et il requiert un verre rond
qu’un excès de maturité, les viticulteurs à la forte personnalité qui ne se prête pas pour en accentuer la douceur. Ces vins ne
français auraient pu tirer profit des ensei- à une consommation quotidienne. Il est possèdent pas de puissants tanins, mais
gnements de leurs confrères du nouveau élaboré de la manière dont les Romains offrent de nombreuses notes fruitées desti-
monde. L’honnêteté nous contraint cepen- confectionnaient leurs vins et ne possé- nées à être exaltées par la forme du verre.
dant de préciser qu’en 2003 les réglemen- dera jamais le raffinement apporté Le Côte-Rôtie est pour sa part amplement
tations de l’Union Européenne comme le ultérieurement par les techniques d’éla- fondé sur le syrah, un cépage dont les
système régional d’appellation contrôlée boration mises au point dans les monastè- points forts sont les tanins et la structure. »
interdisaient l’adjonction d’eau. Mais res de la Bourgogne septentrionale. »
après une succession d’été chauds et secs, Le faire-valoir pour ces héros dotés de 99
les règlements ont été modifiés et la Il était temps de passer dans la cour des et 100 points était un carré d’agneau à
« solution californienne » est désormais à grands. Deux Côtes-du-Rhône parmi les plus nouveau apprêté par Michael Mina dans
la portée des viticulteurs français. » cotés au monde sont entrés en lice un trio de saveurs. Le carré était, partielle-

L’apprêt de cailles qui accompagnait les deux La Chapelle Saint-Christophe.

Côtes-du-Rhône de prix raisonnable a suscité


une surprise. La signature culinaire de Michael
Mina consiste à préparer des variations sur un
même thème et les volailles étaient proposées
sous la forme de trois préparations similaires,
toutes constituées de suprêmes de caille rôtis
disposés sur un lit de lentilles. Elles s’accom-
pagnaient de trois sauces, au citron Meyer, à
la lime et à l’orange. Identiquement, les tein-
tes des lentilles variaient du vert au gris som-
bre. Les trois thèmes à base d’agrumes se
sont révélés fort agréables, le citron rehaus-
sait le goût des lentilles, l’orange la saveur des
cailles. La surprise ne résidait pas tant dans le
mets que dans le vin. Face aux raisins et aux
carottes du plat précédent, l’austère Hermi-
tage donnait naissance à une confrontation.
Toutefois, la subtilité des accents d’agrumes
alliés à la saveur caractéristique de la caille en
faisait le vin idéal pour accompagner ce mets.
ART DE VIVRE

ment revenu à l’huile et était servi avec une En comparaison avec le Centenaire, le Côte-
sauce tomate à la féta, une sauce aux Rôtie semblait maussade et sombre. La Turque
épinards et au pecorino ainsi qu’une sauce est l’un des trois meilleurs vignobles de Côte-
à l’aubergine et au poivron. Qu’il s’agisse Rôtie, avec les domaines de La Mouline et de
de saveur ou de tendreté, l’agneau de La Landonne. Guigal produit des vins à partir
Sonoma n’a rien à envier à un agneau des trois et chacune de ses spécialités suscite
de Sisteron. Et les trois variations de sauce la frénésie des consommateurs. Les domaines
étaient destinées à contraster avec les sont petits et la demande énorme, particuliè-
deux vins. rement pour La Turque dont la production
D’emblée, le Centenaire nous a paru est presque confidentielle.
magnifique. Il possédait une attaque flat-
teuse qui offrait des notes de café, de cho- LARRY STONE : « Parmi les trois grands
colat, de mûres avec autant de force que de vignobles de Côte-Rôtie, j’ai un faible
douceur en bouche qui ouvraient la voie à particulier pour La Mouline qui possède
un doux fini proche d’un bourgogne. les vignes les plus vieilles avec un âge
moyen de près de 40 ans. Ses vins sont
LARRY STONE : « Le vignoble du Centen- les plus souples et les plus généreux
aire est orienté vers le nord. D’ordinaire, du groupe. »

1997 ÉTAIT UN MILLÉSIME SPECTACULAIRE

EN TOSCANE. IL A PRODUIT DES

VINS DE GRANDE FORCE ET CARACTÈRE.

c’est plutôt un handicap, mais à Château- GEORGE DERBALIAN : « Nous sommes


neuf-du-Pape, une région chaude par en train de couper les cheveux en quatre.
nature, cette exposition adoucit le vin et À mon avis, La Turque est le plus intéres-
lui donne presque un caractère sant car c’est le plus exotique. Guigal éla-
de bourgogne (en gardant présent à bore un vin merveilleux. »
l’esprit que toute la difficulté en RAJAT PARR : « La Turque possède une
Bourgogne consiste à emmagasiner une essence caractéristique de figue verte.
chaleur suffisante pour parvenir à la Cet exemple de 1991 montre l’équilibre
maturité requise). » et l’élégance du millésime. Cependant,
GEORGE DERBALIAN : « Le Centenaire re- ce vin me déçoit quelque peu, compte tenu
flète le yin et le yang d’un grand Château- de sa réputation. Il n’a jamais passé à la
neuf par le mélange d’un vitesse supérieure. Pour sa part, le Cen-
climat chaud et d’éléments plus froids. tenaire est délicieux. Il possède une belle À l’approche des remparts de Montalcino.

Sous cet aspect, il ressemble à un précision et de superbes notes florales.


autre grand Châteauneuf-du-Pape, le Même s’il ne tient peut-être pas autant la
Château Rayas, dont le vignoble est distance à laquelle les crus de cette appella-
également exposé vers le nord. Il est tion nous ont accoutumés. »
bon pour le raisin de s’efforcer de
mûrir avec une exposition plus froide. Comme nous enfreignions les règles, j’ai
L’acidité qui en résulte est très décidé d’en violer une autre. Il est extrême-
bénéfique pour le vin. » ment rare qu’une dégustation ne suive pas
72 | 73

Une colline plantée de cyprès, à mi-chemin entre Montepulciano et Montalcino, en Toscane.

un chemin ascendant. Les vins de moindre apprêts d’agneau. Sans aucun doute, les L’Angelini était presque un bourgogne. Pour
qualité sont testés avant les grands crus. Le tanins et la structure du Côte-Rôtie s’harmo- ma part, je l’ai défini comme un vin agréa-
parcours inverse est généralement cho- nisaient au mieux avec la sauce à la tomate ble qui démontrait son caractère personnel
quant, pour ne pas dire désagréable. Ainsi, et à la féta. Il en allait inversement pour les dès l’entrée en bouche.
tendant la main vers le mur déjà imposant épinards et l’aubergine qui s’harmonisaient Si l’Angelini était plaisant, le Pianrosso
de verres devant moi, je me suis saisi du mieux à la douceur fruitée du Centenaire. présentait la structure et des tons profonds
Gigondas. Horreur. Même s’il n’avait pas le de tanins et d’olive verte.
raffinement des deux grands crus devant
moi, il possédait une personnalité indiscuta-
ble. Il démontrait suffisamment d’intensité,
I l était désormais temps de changer de pays
et de servir les deux Brunello. Les deux
dataient de 1997, le Brunello di Montalcino
LARRY STONE : « Même si les critiques
en ont fait l’éloge, le millésime 1997 a
de maturité et de richesse pour être bu en Vigna Spuntali Angelini et le Brunello di suscité un problème en Toscane. Une fois
parallèle avec ses grands frères au bénéfice Montalcino Ciacci Piccolomini Pianrosso. encore, il s’agissait de trouver un équili-
de 99 et 100 points. Tout notre groupe est 1997 était un millésime spectaculaire en bre entre la déshydratation et les
parvenu à la même conclusion qui a suscité Toscane, qui a produit des vins de grande niveaux élevés de sucre atteints avant la
deux décisions immédiates. Larry et moi force et caractère, parfaitement reflétés dans maturation des phénols. Même s’il est
avons commandé une caisse de Gigondas. nos deux exemples. Il était particulièrement délicat, l’Angelini est légèrement superfi-
Sur-le-champ. frappant de constater la différence d’expres- ciel. Sous des dehors assurément plai-
Il était fascinant d’accompagner ces deux sion de deux vins du même vignoble, de la sants ce soir, il semble avoir déjà pleine-
superstars des Côtes-du-Rhône des trois même appellation et du même cépage. ment développé son potentiel. Quant au
ART DE VIVRE

La Napa Valley au début mars. Le long du célèbre Silverado Trail, à proximité d’Oakville.

Pianrosso, il possède la structure néces-


saire pour évoluer avec le temps. Il pos-
sède de superbes notes de cerise légère-
taient tous deux beaucoup plus de notes
fruitées douces, particulièrement
l’Angelini. Ce sont presque comme des
A vec le fromage, nous sommes revenus
à notre pré carré avec trois cabernets
californiens – un Cabernet-Sauvignon Meyer
ment masquées par les tanins. De sorte bordeaux adolescents qui ne développent 2003, un Cabernet Hestan 2004 et un Sirita
que l’Angelini se prête parfaitement à pas entièrement leur bouquet. Je suis 2003. Fort bien. Nous avons brisé une autre
être dégusté ce soir alors que le aussi d’avis que le Pianrosso se bonifiera règle en plaçant subrepticement une bou-
Pianrosso mérite sans conteste de séjour- avec l’âge. Mais je pense cela chaque fois teille du vin de Larry et en lui demandant de
ner encore dans une cave. » que je bois ce vin, quel qu’en soit le mil- l’évaluer. Le Meyer était élaboré en sorte de
RAJAT PARR : « Il existe une véritable lésime. » plaire à un public peu exigeant. Effronté,
beauté dans le Pianrosso, mais l’intérêt fruité, exubérant. Un simple et délicieux
véritable est l’avenir de ce vin. Donnez- Naturellement, un mets était servi pour exemple du style presque liquoreux du caber-
lui du temps pour voir ce qu’il deviendra accompagner les deux crus italiens, du net californien.
réellement. » bœuf de style Kobe des Éstats-Unis, servi Le Hestan a fait étalage de sa belle lignée
GEORGE DERBALIAN : « Ces deux vins avec des champignons shiitake, du riz pour car il est confectionné à partir de raisins cul-
arrivent à un moment délicat. Tous deux sushi et des légumes. Il n’existe pas de tivés dans les excellentes terres d’Oakville.
possèdent un peu de l’exubérance de la faire-valoir plus neutre pour de grands vins Même s’il s’agissait d’une bouteille proposée
jeunesse et sont encore en devenir. Je me rouges que le bœuf peu saisi – meilleur en avant-première, il présentait nettement
souviens que lorsque ces vins ont été encore s’il possède le moelleux caractéristi- plus de profondeur, de structure et de matu-
proposés en avant-première, ils présen- que du bœuf élevé dans le style Kobe. rité que le Meyer.
74 | 75

Qu’il s’agisse ou non d’un préjugé du jury,


le Sirita s’est montré le plus séduisant à des
palais habitués à célébrer de grands bor-
deaux. Il avait le nez classique de cèdre et la
retenue dans le fruit qui caractérise un vin de
Médoc. Il présentait une grande profondeur,
une intense concentration et était visible-
ment promis à un bel avenir.

GEORGE DERBALIAN : « Le Hestan est


incroyablement jeune. Le Hestan et le
Meyer dénotent tous deux leur apparte-
nance à l’école californienne empreinte
d’une grande douceur, même le Hestan
est plus complexe et réservé. Leur style fait
ressortir le fruit, ce qui confère presque
au cabernet le caractère d’un banyuls. »
RAJAT PARR : « Le Hestan constitue pres-
que un dessert en soi. A l’inverse, le Sirita
est un vin destiné à accompagner un
repas. Son raffinement et son équilibre se
marient à merveille avec le fromage. »

Alors que notre soirée de dégustation


touchait à sa fin, le temps était venu de
dresser le bilan des onze bouteilles qui nous
ont accompagnés au cours de ce périple.
Pour Rajat Parr, le meilleur blanc était
le Condrieu 2005. Parmi les rouges, le
Centenaire.
LE SIRITA 2003 S’EST MONTRÉ LE PLUS SÉDUISANT À Larry Stone a refusé de nommer un « vain-
queur » au sens strict. Au cours de cette
DES PALAIS HABITUÉS À CÉLÉBRER DE GRANDS BORDEAUX. soirée, il a ressenti un faible pour le
Centenaire, suivi de près par le Pianrosso.
Il a apprécié le fruit jeune et vibrant du
Centenaire ainsi que son élégance, sa
complexité et sa précision. Pour le Pianrosso,
il a été fasciné par les promesses recelées
par son avenir.
Pour George Derbalian, les lauriers allaient
au Côte-Rôtie. Il lui a donné son absolution en
lui trouvant un caractère aristocratique, d’une
grande concentration, d’une intense com-
plexité et d’un fruit d’une profonde densité.
Un point n’a suscité aucune controverse :
le Gigondas était la surprise de la soirée. Il a
soutenu la comparaison avec des vins qui
valaient dix fois son prix. Je ferais sans doute
bien d’en commander une autre caisse. I
DANS L’ A I R DU TEMPS

HISTOIRES COURTES 2007


PETIT TOUR D’HORIZON DES NOUVEAUTÉS PRÉSENTES
DANS LES VITRINES DE NOS CONCESSIONNAIRES.

PAR JEFFREY S. KINGSTON

POUR ELLE ET LUI : LÉMAN TIME ZONE


ET BLANCPAIN WOMEN TIME ZONE
Au cours des trente dernières années, les
ensembles pour elle et lui n’ont cessé de sus-
citer un engouement de plus en plus pro-
noncé, au point qu’un grand magasin texan
a élevé les cadeaux pour elle et lui au rang
de caractéristique à part entière de son en-
seigne. Chaque année, les spéculations vont
bon train avant la parution du catalogue de
Noël : « Qu’auront-ils encore inventé cette
année ? » Et la déception n’est jamais au
rendez-vous. Des chameaux pour elle et lui.
Des sous-marins pour elle et lui. Des momies
en chocolat pour elle et lui. Et même une
piste de bowling pour elle et lui !
À l’évidence, ils ont fait des émules et le
marché abonde désormais d’articles coordon-
nés, des peignoirs de bains aux tabliers de cui-
sine en Ultrasuede en passant par les tirelires
en forme de cochonnet.
Blancpain n’a pas l’intention d’entrer en lice
dans le domaine des articles pour Madame et
Monsieur. En aucune manière. Cependant, au
nom de l’égalité, la Manufacture a présenté
lors de la foire de Bâle 2007 deux séries de
montres à deuxième fuseau horaire qui peu-
vent être considérées comme des ensembles
pour elle et lui, si tel est votre bon plaisir.
L’indication d’un second fuseau horaire
est l’une des fonctions les plus utiles
dans le panthéon des complications. Léman Time Zone.
76 | 77

posés avec un boîtier en acier ou en or blanc.


L’exécution en acier se décline en deux versions,
l’une avec un cadran noir, l’autre avec un
cadran champagne. Sur le modèle en or blanc,
le cadran qui arbore un riche ton « marron glacé »
est serti de diamants. Animées par le calibre
automatique 5L60 développé sur la base du
mouvement 1150, les montres Blancpain
Women Time Zone offrent le précieux avantage
d’une réserve de marche de 100 heures.
À l’évidence, comme toutes les montres de
la collection Blancpain Women, les modèles
Blancpain Women Time Zone sont pourvus d’un
élégant bracelet en satin à boucle déployante.

Blancpain Women Time Zone.

Pour le côté masculin de l’équation,


Blancpain a revisité la complication du second
BLANCPAIN A PRÉSENTÉ DEUX SÉRIES DE MONTRES
fuseau horaire de la ligne Léman en lui offrant
un « relooking » bienvenu. Munis de boîtiers
À DEUXIÈME FUSEAU HORAIRE QUI PEUVENT
agrandis au diamètre de 40 mm, ces nou-
veaux garde-temps qui possèdent les signes
ÊTRE CONSIDÉRÉES COMME DES ENSEMBLES POUR
emblématiques des modèles Léman, à l’instar
des aiguilles côniques, des appliques et index
ELLE ET LUI, SI TEL EST VOTRE BON PLAISIR
« Aqua Lung » et de la gravure Blancpain sur
la carrure, sont proposés en acier ou en or
Elle permet non seulement de lire d’un seul que complètement absentes du panorama rouge. Sur les versions acier, le cadran est dis-
coup d’œil l’heure de deux fuseaux horaires horloger conçu pour les femmes. Tel n’est ponible en blanc ou en noir laqué, alors qu’il
distincts, mais offre également au voyageur plus le cas désormais. présente une nuance opaline sur le modèle en
la possibilité indispensable de régler rapide- Blancpain a répondu au besoin exprimé par or rouge. Identique à celui des montres pour
ment l’un d’entre eux. Il est intéressant, pour les femmes que leurs activités professionnelles dames, le mouvement possède également
commencer par le côté féminin de l’équati- amènent à voyager fréquemment, en lançant 100 heures de réserve de marche. De manière
on, de constater que les montres à double les modèles Blancpain Women Time Zone. D’un analogue, la Léman Time Zone possède aussi
fuseau horaire étaient jusqu’à présent pres- diamètre de 34 mm, ces garde-temps sont pro- un bracelet à boucle déployante. I
DANS L’ A I R DU TEMPS

La version en titane de la Léman


Répétition Minutes Aqua Lung.
La répétition comprend un
timbre cathédral pour donner
le son extrêmement riche
de cette complication.

Le fond de boîtier gravé à la main porte l’image de


la Manufacture du Brassus, lieu de naissance de
chaque montre, et le guichet qui permet d’observer
les marteaux de la répétition.

nous avions seulement décidé d’y consacrer


notre intelligence. À l’évidence, nous recon-
naissons là le truc sur les trucs. Le fait que
nous puissions comprendre une innovation
après l’avoir vue ou après qu’elle nous ait été
expliquée ne signifie aucunement que nous
possédions l’acuité de pensée requise pour
être à l’origine de sa découverte.
Aussi des siècles peuvent-ils s’écouler
avant qu’un individu se montre suffisamment
perspicace et présente une véritable nou-
veauté que nous aurions tous souhaité in-
venter. Il y a deux ans, Blancpain l’a fait pour
les correcteurs de quantième sur les boîtiers
de montre. Aujourd’hui, les dispositions
sur la protection de la propriété intellectuelle
WATER MUSIC : honorent un inventeur du département
Recherche & Développement de Blancpain à
LÉMAN RÉPÉTITION MINUTES Paudex. Ce brillant esprit a mis au point une
solution intelligente pour rendre étanche le
AQUA LUNG verrou d’une répétition minutes. Cette inno-
vation est présente pour la première fois sur
la Léman Répétition Minutes Aqua Lung de
Il existe un truc sur les trucs. Mais avant stupide au point de prétendre que cette affir- Blancpain, l’une des sensations de la foire de
que vous ne pensiez que la confusion tauto- mation s’applique à toutes les créations - il Bâle 2007. Une fois encore, Blancpain a
logique me guette ou que ma pensée a sou- suffit de passer une soirée lové sur un sofa à trouvé une solution pour un boîtier de mon-
dainement pris la forme d’une bande de lire le texte d’un brevet sur la séquence du tre qui a échappé pendant des centaines
Möbius, autorisez-moi à écrire encore quel- génome pour guérir de cette illusion. Ainsi, à d’années au reste de l’industrie.
ques lignes. Combien de fois une invention, l’exception de ces catégories terriblement Presque toutes les montres à répétition
dès qu’elle est expliquée, ne provoque-t-elle complexes, il semble raisonnable de préten- minutes possèdent un verrou. Cet organe
pas la réaction suivante : « J’aurais pu y pen- dre que les tiroirs des offices de propriété qui glisse sur la carrure assume deux fonc-
ser moi-même » ? C’est le truc sur les trucs. intellectuelle des nombreuses nations du tions essentielles. En premier lieu, il sert à
Décortiquées, tant d’authentiques innova- monde regorgent de brevets relatifs à des enclencher le mécanisme de la montre qui
tions semblent si élémentaires que nous, inventions que nous sommes nombreux à sonne les heures, les quarts et les minutes.
gens du commun, pensons que nous aurions souhaiter avoir imaginées, parfaitement En second lieu, l’abaissement du verrou
pu les trouver nous-mêmes. Je ne suis pas convaincus que nous aurions pu le faire si arme le ressort qui délivre l’énergie néces-
78 | 79

m’apprête maintenant à vous révéler la solu-


tion que vous pourriez avoir trouvé vous-
même après qu’elle vous aura été exposée.
La solution consiste à sceller la fente. Bien
sûr, il est impossible de refermer hermétique-
ment la fente et de permettre simultanément
au verrou de se déplacer librement à l’inté-
rieur. Blancpain a donc conçu un mécanisme
qui relie le mouvement du verrou à un engre-
nage et à un axe disposés à l’intérieur du boî-
tier. Le verrou et sa fente sont en effet situés
sur l’extérieur du boîtier, hermétiquement
Un ingénieux système de rouages transmet le mouvement scellés depuis l’intérieur. Ce n’est pas la fente
du verrou au levier d’enclenchement de la répétition, au
qui est étanche, mais le compartiment dans
moyen de deux râteaux et de deux roues intermédiaires
disposées sur un axe doté de deux joints « O-Ring » pour
laquelle elle est logée. Voilà le truc. Le dépla-
assurer l’étanchéité du système. cement du verrou entraîne une roue qui fait
tourner un axe - qui peut être rendu étanche
[1] Levier d’enclenchement [4] Râteaux
de la répétition [5] Roues intermédiaires
- et transmet par une autre roue la com-
[2] Ressorts [6] Joints « O-Ring » mande et l’énergie nécessaires au méca-
[3] Verrou de la répétition [7] Axe nisme de la répétition. Le schéma à gauche
illustre cette solution qui a fait l’objet d’une
demande de brevet.
BLANCPAIN A TROUVÉ UNE SOLUTION POUR UN BOÎTIER
Le mécanisme de répétition minutes en soi
occupe une place d’exception parmi ses
DE MONTRE QUI A ÉCHAPPÉ PENDANT DES
pairs en raison de son timbre cathédral. Ce
type de timbre se distingue par sa longueur
CENTAINES D’ANNÉES AU RESTE DE L’INDUSTRIE.
considérable car il accomplit un demi-tour
saire au fonctionnement du mécanisme de Jusqu’à présent, la fente au sein de laquelle de plus que les lames habituelles. Il émet de
répétition. Le verrou est donc un élément clé le verrou se déplace n’offrait aucune possibi- ce fait des notes à la texture incomparable-
des montres à répétition minutes depuis plu- lité de jointure hermétique. Comment donc ment plus riche à chaque fois que le méca-
sieurs siècles. Et il en constitue également le rendre une fente étanche tout en permet- nisme sonne les heures, les quarts et les
talon d’Achille car, contrairement à une cou- tant à un levier de s’y déplacer librement ? minutes.
ronne ou à un correcteur de calendrier, les L’industrie horlogère répondait unanime- Blancpain a choisi les deux matériaux les
verrous ne sont pas étanches. Même si vous ment à cette question en décrétant qu’il plus raffinés pour transmettre les harmonies
êtes de la plus joyeuse des humeurs, ne vous s’agissait là d’une mission impossible. d’un timbre cathédral : l’or rouge et le
avisez pas de porter votre répétition minutes La Léman Répétition Minutes Aqua Lung titane. En effet, de minutieuses recherches
pour une descente de rafting en eaux vives. résout ce paradoxe. Et soyez attentif car je ont démontré que ces métaux possèdent les
meilleures performances sonores. Les deux
modèles se présentent dans un boîtier de 40
mm avec un cadran noir aux chiffres et index
appliqués.
Chaque Léman Répétition Minutes Aqua
Lung sera une édition limitée à un seul
exemplaire. En effet, son propriétaire peut
faire part d’un motif spécifique qui sera
gravé sur le fond de boîtier et fera de cha-
que pièce une pièce unique, réalisée en
La vue de côté ne révèle pas le secret de l'ingénieux système d'étanchéité mis au point par Blancpain. fonction d’un désir particulier. I
CHER LECTEUR DE
LETTRES DU BRASSUS
Vous tenez entre les mains le troisième numéro de Lettres du Brassus
et nous espérons que vous aurez autant de plaisir à le lire que nous
avons eu à le concevoir !

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S.V.P.

BLANCPAIN SA
Le Rocher 12
CH-1348 Le Brassus
MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN

BLANCPAIN SPONSORISE LE RALLYE PÉKIN-PARIS 2007 traverser des rivières à gué, vaincre le désert
de Gobi, cahoter inlassablement sur des routes
Dans nos vies modernes, nous oublions sou- point, l’ancêtre du courage et de la bravoure en si mauvais état qu’il ne fait aucun doute
vent que les mots « automobile » et « aven- sur quatre roues : le rallye Pékin-Paris. que la tâche du Prince Borghese était plus
ture » étaient autrefois étroitement associés. Imaginez-vous grimper sur le siège du aisée, un siècle plus tôt, alors que les voies de
Certains s’empresseront sans doute d’af- conducteur d’une automobile historique, communication n’existaient tout simplement
firmer qu’emprunter l’autoroute du Soleil dans certains cas un modèle antérieur à 1925, pas. Bien sûr, il était téméraire pour le Prince
pendant un jour rouge, se lancer dans le ajuster vos lunettes de motocycliste, peut-être Borghese de se lancer dans cette épopée en
réseau des voies rapides de Los Angeles ou, glisser vos doigts dans des gants et partir de 1907 pour démontrer que ces véhicules cra-
ainsi que le rapportait le Wall Street Journal Pékin pour emprunter l’itinéraire suivi par le chotants étaient capables de traverser un
récemment, parcourir les ruelles de Tokyo au Prince Borghese en 1907 à destination de continent et particulièrement ahurissant pour
volant d’un SUV Hummer surdimensionné Paris. Douze mille kilomètres d’une route qui un ouvrier français qui travaillait sur un
constituent de véritables aventures. Si nous traverse la Mongolie intérieure et extérieure, champ de foire de décider, à la lecture des
n’allons pas épiloguer sur le fait que ces les steppes d’Asie centrale, puis Moscou, intentions du prince, de le défier alors qu’il
entreprises méritent ou non le titre d’aven- Riga, Vilnius, avant de descendre sur Reims et n’avait jamais tenu de volant auparavant. Il
tures, nous pouvons néanmoins citer un réaliser une arrivée triomphale sur la place restait une grande part de cette volonté de se
exemple incontestable où l’esprit d’aventure Vendôme à Paris. Mais avant, il faudra livrer corps et âme aux caprices du destin en
lié à l’automobile au cours des premières
années du XXe siècle reste vivace au plus haut

Jour 2, un détour non prévu à l’itinéraire.

L’édition limitée Pékin-Paris


du Léman Chronographe
Flyback dans le motif
de couleur rouge.

Le départ donné aux portes de la Grande Muraille.


80 | 81

2007 au moment d’organiser une nouvelle de cette réplique de la course de 1907, rallye historique. Inspiré par le logo jaune et
édition de l’interminable course historique Blancpain était particulièrement heureux rouge du raid, l’édition spéciale Pékin-Paris a
entre le Prince et le Gueux. d’être l’unique sponsor de cet événement. été présentée en deux coloris, l’un en jaune et
Pour les 260 pilotes (130 voitures), cette Non seulement Blancpain a décerné le « Prix l’autre en rouge, avec des cadrans, des aiguil-
aventure automobile représentait une immer- de la Bravoure » à deux pilotes pour leur les et des bracelets en accord avec le thème
sion intense, absolue, totale, encore accrue exceptionnel esprit sportif sous la forme de chromatique retenu. Tous les modèles sont
par sa nature exceptionnelle. Pendant un siè- garde-temps Léman Time Zone : Timothey dotés d’un rotor en or frappé du logo du ral-
cle entier, le rallye Pékin-Paris n’a en effet per- Scott (qui pilotait une Mercedes 1903) et lye Pékin-Paris visible à travers le fond en
mis aux valeureux conducteurs de se mesurer Peter Livanos (au volant d’une Bentley de saphir. Les séries rouge et jaune sont éditées
et de tester leurs véhicules qu’à trois reprises 1929), mais a également créé une édition dans une édition spéciale strictement limitée
sur un itinéraire de 12000 kilomètres. En spéciale limitée Pékin-Paris du Léman à 130 exemplaires chacune.
reconnaissance de la signification historique Chronographe Flyback pour commémorer ce Blancpain a célébré à la fois le départ et
l’arrivée des équipes. Alain Delamuraz,
directeur marketing, et André Meier, vice-
président vente, se sont rendus à Pékin pour
souhaiter bonne route aux intrépides pilotes.
A l’arrivée à Paris, une réception au cham-
pagne tenue dans la boutique Blancpain de
la Rue de la Paix a récompensé tous les
pilotes, tant ceux des 105 automobiles qui
sont parvenus à terminer la course que leurs
collègues qui ont connu un karma
mécanique moins favorable.

Jour 10, à travers la Mongolie en direction de la frontière russe.

Toutes les montres de l’édition limitée Pékin-Paris possèdent une masse oscillante en or personnalisée. Réception à l’arrivée place Vendôme à Paris.
MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN

BLANCPAIN LANCE UNE LIGNE DE STYLOS La reconnaissance mutuelle d’une culture


et d’un esprit communs a conduit au lance-
ment d’une édition limitée de 35 stylos
Il est fréquent que les collectionneurs de haute Grayson Tighe Blancpain qui seront pro-
horlogerie, dans leur amour pour un artisanat posés exclusivement dans les boutiques
d’exception, soient attirés par d’autres objets Blancpain. Confectionnés en titane massif
d’un grand raffinement, une catégorie qui et parfaitement équilibrés dans la main, ces
comprend précisément les stylos-plumes de stylos sont ornés de la gravure manuelle de
prestige. Blancpain n’apprécie pas unique- Grayson Tighe qui illustre divers motifs
ment ce lien à sa juste valeur, mais a même caractéristiques de Blancpain. La pointe du
décelé des affinités plus profondes en décou- bouchon reproduit le dessin de la couronne
vrant le travail artisanal du Canadien Grayson Blancpain tandis que la phase de lune carac-
Tighe, célèbre créateur de stylos. Aucune téristique de la marque décore l’épingle.
usine au monde ne fabrique les instruments La ligne se compose de trois modèles :
d’écriture Grayson Tighe. Il travaille seul dans stylo-plume, stylo-bille et stylo-feutre. Pour
son atelier de Toronto et confectionne lui- les personnes qui souhaitent acquérir
même, entièrement à la main, chacune de plusieurs versions, tous les exemplaires d’un
ses réalisations. Il excelle notamment dans assortiment commandés simultanément
la minutieuse gravure sur titane. porteront le même numéro de série.

Lorsque Marc A. Hayek, président de


Blancpain, a découvert le travail de Grayson
Tighe, il a immédiatement apprécié la simili-
tude d’approche et de méthode entre l’atelier
de Grayson et ceux de Blancpain au Brassus –
un profond attachement à la tradition et un
artisan qui réalise une œuvre du début à la fin.
Plus encore, la gravure à la main telle qu’elle
est exercée par Grayson Tighe fait écho à la
même technique pratiquée par les artisans de
Blancpain qui gravent à la main platines et
masses oscillantes pour des pièces spéciales.
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RÉCEPTION DES COLLECTIONNEURS À BÂLE

pressés dans la salle (où il n’y avait d’autre


choix que de rester debout) afin de découvrir
en avant-première la collection Fifty Fathoms
qui faisait tant parler d’elle dans les couloirs
de la foire. Comme à l’accoutumée, Marc A.
Hayek, Président de Blancpain, était fidèle au
poste, assisté de Jeffrey Kingston, pour pré-
senter la nouvelle famille mais également
informer du déroulement de l’année
Blancpain. Et pour la deuxième année consé-
cutive, tous les yeux se sont tournés sur les
poignets de Marc A. Hayek dont l’un était
ceint de la nouvelle Fifty Fathoms Tourbillon
alors que l’autre arborait un prototype destiné
à donner un avant-goût des nouveautés pré-

Le point culminant de la soirée. Marc A. Hayek présente les nouveautés 2007 aux collectionneurs. Jeffrey Kingston retrace l’année Blancpain.

Il s’agissait du rassemblement rituel d’une res, se transforme en « bistrot Blancpain » vues pour les prochaines saisons. Les collec-
tribu. Comme la tradition l’exige désormais, afin d’accueillir chaleureusement les pas- tionneurs n’ont en effet guère tardé à appren-
le stand de Blancpain à Baselworld se trans- sionnés de la marque venus du monde entier dre la leçon car l’an dernier le second poignet
forme le samedi soir. Quelques instants à et qui ne rateraient pour rien au monde le portait un prototype de la montre Le Brassus
peine avant l’arrivée des collectionneurs, cocktail Blancpain. « 8 jours » dont le mouvement 13R0 a été
l’étage supérieur, qui sert en temps ordinaire Et à quel point la tribu s’est étoffée ! Cette tenu sur les fonts baptismaux en octobre 2006,
à recevoir les journalistes et les concessionnai- année, plus de 48 collectionneurs se sont six mois après la conclusion du salon de Bâle.
MORCEAUX CHOISIS DE L’UNIVERS BLANCPAIN

BLANCPAIN CHRONOMÉTREUR OFFICIEL DU BOCUSE D’OR

De longue date, Blancpain entretient des


liens étroits avec l’univers de la gastronomie. Éditeur
BLANCPAIN SA
Le respect de la tradition, la quête incessante Le Rocher 12
1348 Le Brassus
du raffinement et de la qualité ainsi que l’e- Suisse
Tél. : + 41 21 796 36 36
sprit d’inventivité sont autant de valeurs que
www.blancpain.com
Blancpain partage avec les plus grands chefs pr@blancpain.com

internationaux. Rédaction en chef


Christel Räber
Une fois encore, Blancpain est fière d’avoir Jeffrey S. Kingston
été élue chronométreur officiel du plus pres-
Secrétaire de rédaction
tigieux concours de cuisine, le Bocuse d’Or. Rachèle Mongazon

Portant le nom de Paul Bocuse, légendaire chef Auteurs


Jeffrey S. Kingston
lyonnais décoré de trois étoiles, cette manifes- Didier Schmutz
tation bisannuelle oppose à Lyon les jeunes
Adaptation française
chefs les plus talentueux du monde lors d’une Jean-Pierre Ammon

compétition culinaire très disputée. Pour l’édi- Conception, Graphisme Design, Réalisation
tion 2007, les participants qui œuvrent dans le thema communications ag, Francfort, Allemagne
Paul Bocuse, un visage familier aux gourmets du

cadre de strictes limites temporelles étaient monde entier. Direction Artistique


Frank Dillmann
invités à créer des apprêts aux saveurs de la
Photolithographie
Volaille de Bresse AOC, du Flétan blanc de Le jury se composait de chefs récompensés Karpf Kreative Bildbearbeitung,
Norvège et du Crabe Royal de Norvège. des plus hautes distinctions, parmi lesquels Aschaffenburg, Allemagne
Goldbeck Art, Francfort, Allemagne
figuraient naturellement Paul Bocuse lui-
Impression
même en qualité de président du jury, ainsi Caruna Druck, Kleinheubach, Allemagne
que le grand chef suisse Philippe Rochat, Photographies
auquel nous avons consacré un article dans le Blancpain, Valentin Blank, Gerard Brown,
Communauté de Communes des Pays de Rhône
premier numéro de Lettres du Brassus (et qui et Ouvèze (CCPRO), Cru Gigondas,
Pierre-Michel Delessert, Dominique Derisbourg,
sont tous deux, accessoirement, propriétaires Christophe Dutoit, Getty Images, Grayson Tighe,
d’une Blancpain). Le lauréat de cette année Sébastien d’Halloy, Jeffrey S. Kingston,
Andreas Koschate, Lausanne Tourisme,
est Fabrice Devignes, des Cuisines de la Office de Tourisme du pays de l’Hermitage,
Office de Tourisme de Montreux,
Présidence du Sénat à Paris. Alain Delamuraz, Office de Tourisme de Vienne, Adriano Penco,
Frédéric Piguet, Monika Rittershaus, Karsten Schirmer,
directeur du marketing de Blancpain, l’a Stiftung Berliner Philharmoniker, US Navy,
Un concurrent en plein effort, chronométré
félicité et lui a remis une montre Léman Réveil Hugues de Wurstemberger
par une horloge murale, réplique du célèbre
Chronographe Flyback de Blancpain. GMT afin de célébrer dignement sa victoire. Imprimé en décembre 2007

UN JALON POUR LETTRES DU BRASSUS

Il va de soi que nous n’avons pas créé les qu’ils partagent les mêmes affinités, nous
Lettres du Brassus dans le but de récolter nous en réjouissons. Cette année, le
des lauriers. C’est bien la passion des fins concours « Best of Corporate Publishing »,
garde-temps, du savoir-faire artisanal et de qui évalue près de 600 magazines institu-
l’art de vivre qui nous guide. Cependant, si tionnels, a récompensé les Lettres du
un prix nous est octroyé dans notre quête Brassus en lui décernant la médaille d’ar-
d’une création qui saura plaire aux connais- gent dans la catégorie « relations avec les
seurs de Blancpain, dont nous avons l’espoir consommateurs ».
ÉDITORIAL
NUMÉRO 03

NUMÉRO 03
BLANCPAIN. UNE TRADITION D’INNOVATION. DEPUIS 1735.

À PARTIR DES LE CHRONOGRAPHE

La Manufacture Blancpain présente un contraste inédit entre la virtuose construction aérienne


ORIGINES DE DE MICHEL-ANGE
Comment Blancpain
Comment
le
Blancpain aa réinventé
concept du
réinventé
chronographe
le concept du chronographe

COUSTEAU
de son tourbillon volant et le style sportif de sa légendaire montre de plongée Fifty Fathoms.
Etanche à 300 mètres, le « Tourbillon Fifty Fathoms » (réf. 5025-3630-52) est doté d’un fond
saphir dévoilant une masse oscillante ciselée à la main et créée spécialement pour ce modèle.
GRUYÈRE AOC
La nouvelle édition 2007 de la Fifty Fathoms Une force de la nature
2007/2008

Cage du tourbillon volant,


composée de 52 pièces 2007/2008

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