Banque X-ÉNS 2021 MP Mathématiques C Ca

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Intersections atypiques

ENS MP 2021, Maths C

Question préliminaire
1) Le théorème de Rolle montre que si f est une fonction de classe C∞ , alors Z(f ′ ) > Z(f ) − 1. Une simple
récurrence permet alors de conclure :

∀i ∈ J1 ; n − 1K Z(g (i) ) > n − i.

I Intersections atypiques et fractions rationnelles


Fractions rationnelles et rationalité
2.a) La dimension de l’espace de départ est (p + 1) + (q + 1) = p + q + 2, donc strictement plus grande que celle de
l’espace d’arrivée. Ainsi,
ϕ n’est pas injective.

2.b) Les x1 , . . . , xd étant choisis distincts dans K r P(F), on pose

yi = F(xi ) i = 1, . . . , d

et on définit l’application ϕ de la question précédente avec ces valeurs. Par non injectivité, il existe un couple (U, V) ∈
K[X]p × K[X]q , non nul, tel que ϕ(U, V) = 0, c’est-à-dire que

P(xi ) V(xi ) = Q(xi ) U(xi ) pour 1 6 i 6 d.

Les polynômes PV (et donc QU) sont de degré au plus p + q et ont d = p + q + 1 racines communes : ils sont donc
égaux1, et donc
P U
F= = ∈ K[X].
Q V

2.c) Soit F ∈ C(X) telle que F K r P(F) ∩ K soit un ensemble infini.
On note F = P/Q, on note p = deg P et q = deg Q, et on pose d = p + q + 1. On choisit maintenant d points
distincts y1 , . . . , yd dans F K r P(F) ∩ K ; ils admettent des antécédents par F dans K r P(F), qu’on note x1 , . . . , xd .
Ceux-ci sont donc eux à deux distincts et on peut appliquer la question 2.b, qui montre que
F ∈ K(X).

Intersections avec le cercle unité


3.a) Tout d’abord, remarquons que, pour tout z ∈ U, on a
 
1
F(z) = F(z̄) = F = G(z).
z

Par conséquent, pour tout z ∈ U r P(F), il y a équivalence entre les énoncés :


(a) F(z) ∈ U ;
(b) F(z) · F(z) = 1 ;
(c) F(z) · G(z) = 1.

Pour tout z ∈ U r P(F), on a F(z) ∈ U si et seulement si F(z) G(z) = 1.

3.b) Procédons par double implication.

1
Leur différence est de degré au plus p + q et admet p + q + 1 racines au moins.

• Supposons F(z) · G(z) = 1. L’ensemble U r P(F) étant infini, et tous ses éléments vérifient F(z) G(z) = 1, et
donc F(z) ∈ U par la question 3.a. Ainsi, F est spéciale.
• Supposons F spéciale, c’est-à-dire que l’ensemble

K := z ∈ U r P(F) ; F(z) ∈ U

est infini. Écrivons la fraction rationnelle G sous la forme G = R/S. Alors


P(z) R(z)
∀z ∈ K F(z) · G(z) = · = 1,
Q(z) S(z)
ou encore
∀z ∈ K P(z) S(z) = Q(z) R(z).
Les polynômes PQ et QR coïncidant sur un ensemble infini, ils sont égaux, et donc FG = 1.

F est spéciale si et seulement si G(X) · F(X) = 1.

4) Soit α ∈ C. Par définition, on a


  1
1 − ᾱ 1 − ᾱX
Bα = X = ,
X 1 − α/X X−α
ce qui montre que Bα (X) · Bα (1/X) = 1. D’après la question 3.b,
Bα (X) est spéciale.
Cas particuliers :
B0 = 1 et, pour tout α ∈ U, Bα (X) = −α.

Remarque 1 (Interprétation géométrique) Géométriquement, B0 envoie tous les points du cercle unité sur le point 1, tandis que Bα effectue
une rotation de l’ensemble du cercle.
Si |α| < 1, la fonction Bα est holomorphe sur le disque unité, et l’envoie bijectivement sur lui-même, tout en envoyant le point α sur 0.
Cette fonction est notamment utilisée en physique (théorie du potentiel à deux dimensions).

5) F étant spéciale, on sait donc d’ores et déjà que

P(1/X) Q(X)
G(X) = = .
Q(1/X) P(X)

5.a) Soit α ∈ C∗ r P(F) (c’est-à-dire que Q(α) 6= 0). Alors il y a équivalence entre les énoncés :
(a) F(α) = 0 ;
(b) P(α) = 0 ;
(c) α ∈ P(G) ;
(d ) Q(1/α) = 0 ;
(e) Q(1/ᾱ) = 0 ;
(f ) 1/ᾱ ∈ P(F).

F(α) = 0 si et seulement si 1/ᾱ ∈ P(F).

Remarque 2 L’égalité
P(X) · P(1/X) = Q(X) · Q(1/X)
et le fait que Q(α) 6= 0 montrent que la multiplicité de 1/ᾱ comme racine de Q (c’est-à-dire celle de 1/α comme racine de Q) est au moins
égale à celle de α comme racine de P.

5.b) Supposons F ∈ C[X], de sorte que P(F) = ∅. La question précédente que F n’a aucune racine non nulle. Elle
s’écrit donc sous la forme F = α Xd où d = deg F > 0 (puisque la fonction nulle n’est pas spéciale).
2
Puisqu’alors G(X) = c̄/X, la condition FG = 1 donne |c| = 1, donc c ∈ U.

Si F est un polynôme, alors F = c Xd avec c ∈ U et d ∈ N.

5.c) Tout d’abord, quitte à factoriser F par une puissance de X, on peut supposer que P n’admet pas 0 pour racine.
En effet, si F est spéciale, il est immédiat que F/Xk est encore spéciale.
Procédons par récurrence sur le nombre n de racines de P.

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• Si P n’admet aucune racine, alors on peut écrire F = 1/Q avec Q ∈ C[X] ; de plus la fonction Q = 1/F est
également spéciale, et la question 5.b montre que Q est de la forme Q = c Xd , avec c ∈ U, donc F = c̄ X−d =
X−d B−c , ce qui est de la forme voulue.
• Supposons la propriété vérifiée jusqu’au rang n. Si P admet n racines, on en choisit une qu’on note α
(et on rappelle que α 6= 0). Alors 1/ᾱ est racine de Q, et on écrit

P(X) = (X − α) P∗ (X) Q(X) = (X − ᾱ−1 ) Q∗ (X)

de sorte que
P (X − α) P∗ (X) P∗ (X)
F= = −1 ∗
= −ᾱBα (X) ∗ .
Q (X − ᾱ ) Q (X) Q (X)
Les fonctions Bα et F étant spéciales, il en est donc de même de −ᾱ P∗ /Q∗ ; on applique alors la proposition
admise au rang n, pour obtenir
n
Y
F = Bα (X) · Xd Bai (X)
i=1

qui est encore de la forme voulue.

Il existe des entiers d, n avec n > 0 et α1 , . . . , αn ∈ C tels que


n
Y
F(X) = Xd Bai (X).
i=1

Racines de l’unité
 
6) Le nombre F(ζnj ) étant de module 1, il existe un unique θ ∈ − 21 ; 12 tel que F(ζnj ) = e2iπθ . De plus, F(ζnj ) étant
élément de Λ, il existe un entier p tel que F(ζnj )p = 1, c’est-à-dire e2iπpθ = 1. Il existe donc un entier k ∈ Z tel que
2πpθ = 2kπ, donc θ = k/p est rationnel.
 
Il existe un unique rationnel qj ∈ − 12 ; 21 tel que F(ζnj ) = e2iπqj .

7) La suite (qj )j étant bornée, on sait qu’elle converge si et seulement si elle admet une unique valeur d’adhérence.
Soit q une valeur d’adhérence : il existe une extractrice ϕ telle que qϕ(j) → q. De plus, − 21 6 qj 6 12 . Alors

F(ζnϕ(j) ) = e2iπqϕ(j) −−−→ e2iπq


j→∞

et, par continuité de F, on a également F(ζnϕ(j) ) → 1. Ainsi, e2iπq = 1 et, par localisation de q, on en déduit q = 0.
La seule valeur d’adhérence de (qj )j étant 0 :

lim qj = 0.
j→∞


8.a) Décomposons P sur la base (X − 1)n n>0 :

d
X
P= ak (X − 1)k
k=1

avec a1 = P′ (1). Notons m le plus petit indice tel que am 6= 0. On a notamment

P(z) ∼ am (z − 1)m
z→1

puis, en utilisant ez − 1 ∼ z  m
2iπ
P(ζn ) ∼ am (e2iπ/m − 1)m ∼ am ,
n→0 n
ce qui montre que  
2iπa1 si m = 1
lim n P(ζn ) = = 2iπ P′ (1).
n→∞ 0 sinon

lim n P(ζn ) = 2iπ P′ (1).


n→∞

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P−Q ∆
8.b) Écrivons F − 1 = Q = Q, où ∆ = P − Q est un polynôme qui vérifie ∆(1) = 0. En utilisant ce qui précède,
on a donc
  nj ∆(ζn−j ) 2iπ∆′ (1)
nj F(ζnj ) − 1 = −−−−→ .
Q(ζnj ) n→∞ Q(1)

 P′ (1) − Q′ (1)
lim nj F(ζnj ) − 1 = 2iπ .
j→∞ Q(1)
Or, par définition, on a également
   
nj F(ζnj ) − 1 = nj e2iπqj − 1 ∼ 2iπ nj qj ,
n→∞

ce qui montre que


La suite (nj qj )j>1 converge.

9) La suite de terme général cnj qj étant convergente et à valeurs entières, elle est stationnaire : il existe un entier k ∈ Z
et un rang N tels que
∀j > N cnj qj = k.
Pour tout j > N, on a donc
F(e2iπ/nj ) = e2iπqj = (e2iπ/cnj )k
ou encore, en notant αj := e2iπ/cnj , la relation F(αcj ) = αkj .
Autrement dit, pour une infinité de valeurs distinctes, on a la relation z k Q(z c) = P(z c ).
• Si k > 0, on en déduit l’égalité polynomiale

P(Xc ) = Xk Q(Xc ).

Les polynômes P et Q étant choisis premiers entre eux, les polynômes P(Xc ) et Q(Xc ) le sont également, donc
Q(Xc ) = 1 et donc Q = 1. On en déduit P(Xc ) = Xk , donc P est de la forme P = Xd , (avec d = k/c entier).
• Si k < 0, on écrit de même
X|k| P(Xc ) = Q(Xc ),
ce qui mène à P = 1 puis Q(Xc ) = X|k| , et finalement Q(X) = Xd avec d = |k| /c.
Dans les deux cas, on a montré que F(X) = Xd où d = k/c est un entier relatif.

Il existe d ∈ Z tel que F(X) = Xd .

10) On peut choisir d := p + q + 1 points distincts x1 , . . . , xd de Λ r P(F). En les écrivant tous sous la forme e2iπak /bk
et en posant p = ppcm(b1 , . . . , bd ), on voit que les xk sont tous des puissances de ζp . Notamment, F(xk ) ∈ Q(ζp ). La
question 2.b montre alors que
F ∈ Q(ζp )(X).

11)
11.a) Tout d’abord, notons que ζ = ζvu . Comme u et v sont premiers entre eux, il existe des entiers α, β tels que
αu + βv = 1, ce qui donne
ζv = ζvαu · ζvβv = ζ α . (∗)
|{z}
=1

On note ℓ = ppcm(N, v) et d = pgcd(N, v), de sorte que ℓd = Nv. Par Bézout, il existe des entiers a′ et b tels que

vN
d= = a′ N + bv

ou encore
1 a′ b
= + .
ℓ v N
Multiplions par 2iπ et prenons l’exponentielle : ′
ζℓ = ζva · ζN
b
.
Injectons la relation (∗) :

ζℓ = ζ αa · ζN
b

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et il ne reste plus qu’à pose a := αa′ pour conclure :



Il existe a, b ∈ Z tels que ζℓ = ζ αa · ζN
b
.

b
11.b) Puisque ζ est élément de Q(ζN ) par hypothèse, ainsi bien sûr que ζN , on en déduit que ζℓ ∈ Q(ζN ), et donc
Q(ζℓ ) ⊂ Q(ζN ).
En regardant les dimensions de ces Q-espaces vectoriels on en déduit
ϕ(ℓ) 6 ϕ(N).
Décomposons les entiers N et ℓ en produits de facteurs premiers ; puisque ℓ est multiple de N, on peut écrire
r
Y r
Y s
Y mj
N= pki i et ℓ= pni i · qj
i=1 i=1 j=1

où les (éventuels) qj sont des entiers premiers distincts des pi , et où ni > ki . L’inégalité précédente, compte-tenu de
la décomposition aimablement rappelée par l’énoncé, s’écrit
r
Y s
Y r
Y
mj −1
pni i −1 (pi − 1) · qj (qj − 1) 6 pki i −1 (pi − 1)
i=1 j=1 i=1

ce qui implique deux choses :


• pour tout i ∈ J1 ; r K, on a l’inégalité ki 6 ni , et finalement l’égalité ki = ni ;
mj −1
• si s > 1, alors pour tout j ∈ J1 ; sK on a qj (qj − 1) = 1, c’est-à-dire que qj = 2 et mj = 1.
Ainsi, on a ℓ = N ou ℓ = 2N. Dans les deux cas :
ℓ divise 2N.
Pour conclure, ℓ étant multiple de v, ℓq = (ℓ/v)y est entier, donc 2Nq est entier.
2Nq ∈ Z.

12) ❏ Fixons momentanément j ∈ N. On a


e2iπqj = F(ζnj ) F ∈ Q(ζp )(X).
Les coefficient de F étant sous la forme de fractions rationnelles (à coefficients dans Q) en ζp , qu’on multiplie ensuite
par des puissances de ζnj , et toute puissance de ζp et de ζnj étant une puissance de ζpnj , la quantité F(ζnj ) s’écrit
donc comme fraction rationnelle (à coefficients dans Q) en ζpnj ; ainsi, on a montré que
e2iπqj ∈ Q(ζpnj ).
Nous allons maintenant appliquer la question 11 à l’entier N = pnj et au rationnel q = qj : l’hypothèse
ζ = e2iπqj ∈ Q(ζN )
est bien vérifiée, on en déduit que 2pnj qj est entier. ❏
L’entier c := 2p ne dépendant pas de j,
L’entier c = 2p est tel que cnj qj ∈ Z pour tout j > 1.
On peut alors appliquer le résultat de la question 9 et conclure que :
Il existe d ∈ Z tel que F(X) = Xd .

13) Soit F ∈ C(X) telle que F Λ r P(F) ⊂ Λ.
• 1er cas : 1 ∈/ P(F) ; on note ω := F(1), et ω ∈ Λ est donc non nul. Posons Fe = F/ω. Alors F(1)
e = 1 et de plus

e ΛrP(F) ⊂ Λ. L’ensemble P(F) étant fini, on construit par récurrence immédiate une suite (nj )j strictement
F
croissante telle que ζnj ∈
/ P(F), et donc F(ζnj ) ∈ Λ. On peut alors appliquer le résultat des questions 6–12 : il
e = Xd , et enfin F = ω Xd .
existe un entier d ∈ Z tel que F
• 2e cas : 1 ∈ P(F). Puisque Λ r P(F) est infini, on en choisit un élément ω et on pose F(X) e = F(ωX). Alors

1∈ e e e ′
/ P(F) et F Λ r P(F) ⊂ Λ. On est alors ramené au cas précédent : il existe ω ∈ Λ tel que F(X) e = ω ′ Xd ,
e
puis F(X) = F(ω −1 ′ −d d ′
X) = ω ω X et ω ω ∈ Λ.−d

Dans tous les cas, il existe ω ∈ Λ et d ∈ Z tels que F(X)ω Xd .


La réciproque est immédiate :

Les fractions rationnelles F ∈ C(X) telles que F Λ r P(F) ⊂ Λ sont les F(X) = ω Xd , pour ω ∈ Λ et d ∈ Z.

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II Intersections atypiques : le cas transcendant


Courbes et fonctions transcendantes

14) La fonction f est somme d’une série entière de rayon infini, donc
f est de classe C∞ sur R.
Supposons f plate en 0, alors pour tout n ∈ N,
f (n) (0)
an = =0
n!
(et donc f est identiquement nulle).
Si f est plate en 0, alors an = 0 pour tout n > 0.

15)
15.a) Prenons a := αn et notons N le degré de Pn , et β son coefficient dominant (β 6= 0). Alors Pn (x) ∼ βxn et
f (x)
lim = β.
x→+∞ xN eax
Notamment,
f n’est pas identiquement nulle.

15.b) Commençons par le cas particulier proposé.


◮ Supposons f plate en x = 0. Les fonctions polynômes et exponentielles sont développables en série entière
avec un rayon infini ; leurs produits et les sommes d’iceux le sont également : f est donc somme sur R d’une série
entière. La question 14 montre alors que f est identiquement nulle, en contradiction avec la question 15.a. ◭
◮ Supposons f plate en un point x0 ∈ R. La fonction fe : x 7→ f (x − x0 ) est donc plate en 0. Or on peut écrire
n
X
f (x − x0 ) = Px (x − x0 ) e−αi x0 · eαi x
| {z }
i=1
=:Qi (x)

où les Qi sont encore des polynômes. Le premier point montre alors que fe, et donc f , est identiquement nulle, ce qui
apporte la contradiction voulue. ◭
f n’est plate en aucun x ∈ R.

16) Soit d > 1, des polynômes Q0 , . . . , Qd non tous nuls (et même tous non nuls quitte à diminuer d) tels que
d
X
ϕ : x 7−→ Qk (x) P(x)k ekαx
k=0

soit plate en un point x0 de I.


Puisque α 6= 0, les réels kα sont deux à deux distincts ; les polynômes Qk Pk sont tous non nuls. La question 15.b
montre que ϕ n’est plate en aucun point.
f est transcendante.

17) La fonction g se décompose sous la forme


X
g : x 7−→ ai,j xi−1 f (x)j−1
16i,j6d

donc, par transcendance de f ,


g n’est plate en aucun x ∈ I.

18) Considérons la d-courbe Cr , d’équation


d X
X d
ai,j xi−1 y j−1 = 0.
i=1 j=1

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On point (x, y) de Cr ∩ Γ(f ) vérifie donc l’équation précédente ainsi que la relation y = f (x), c’est-à-dire
d X
X d
ai,j xi−1 f (x)j−1 = 0.
i=1 j=1

Cette équation a, par hypothèse, au moins r2 solutions. Si l’on pose


d X
X d
g : x 7−→ ai,j xi−1 f (x)j−1 ,
i=1 j=1

alors g ∈ V et g s’annule au moins r2 fois sur I.


Enfin, comme les ai,j sont non tous nuls, la fonction g n’est pas plate par transcendance de f , et en particulier,
elle n’est pas identiquement nulle.

On a trouvé g ∈ V, g 6= 0 telle que Z(g) > r2 .

Soit g une telle fonction. Découpons I en r segments de longueur égale, tous semi-ouverts à droite, sauf le dernier
qui est fermé, de sorte que I est égale à l’union disjointe
r
G ℓ(I)
I= Ji ℓ(Ji ) = .
i=1
r

Il y a r2 zéros de g dans r. Si chacun des r intervalles Ji en contenait au plus r−1, le nombre total serait 6 r(r−1) < r2 ,
ce qui est faux. Ainsi, l’un des Ji contient au moins r zéros de g.

Il existe un segment K ⊂ I, de longueur ℓ(K) 6 ℓ(I)/r, tel que Z(g) ∩ K > r.

Remarque 3 On a évidemment utilisé, en le redémontrant, le principe des tiroirs de Dirichlet (ou des chaussettes, ou des pigeonniers, etc).

19) Pour tout r > 1, notons gr la fonction de la question 18 et Kr le segment associé ; on décompose gr dans la
base (g1 , g2 , . . . , gn ) sous la forme
gr = b1 g1 + · · · + bn gn .
En notant B = |b1 | + · · · + |bn |, réel strictement positif, la fonction
 
b1 bn
B−1 gr = Ga a= ,...,
B B
a les mêmes zéros que gr .
Il existe une suite (ar )r>1 d’éléments de Sn , ainsi qu’une suite (Kr )r>1 de
segments inclus dans I dont les longueurs tendent vers 0 quand r → +∞, et
tels que Z(Gar ) ∩ Kr > r pour tout r > 1.

20) On vérifie rapidement que


• Sn est fermé — L’application Σ : Rn → R définie par Σ(a1 , . . . , an ) = |a1 | + . . . |an | est continue, et donc
Sn = Σ−1 {1} est fermé.
• Sn est borné — C’est même la sphère unité pour la norme k·k1 .
L’espace Rn étant de dimension finie,
Sn est compact.
Notons xr = min Kr pour tout r > 1. L’espace Sn × I étant compact, la suite (ar , xr ) admet une sous-suite
convergente, c’est-à-dire que
Il existe a ∈ Sn , x ∈ I et une suite strictement croissante d’entiers (rs )s>1 tels que
lim ars = a et lim min Krs = x.
s→+∞ s→+∞

21) Ga est une fonction non nulle car a 6= 0. Montrons qu’elle est plate en x.
❏ Fixons un entier k > 0. Pour tout r > k,
• la fonction Gar s’annule r fois au moins sur Kr = [xr ; yr ] ;
(k)
• d’après la question 1, la fonctions Gar s’annule donc une fois au moins en un point δr ∈ Kr .

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Les suites (xr )r>1 et (yr )r>1 admettant pour limite x, il en est de même par encadrement pour la suite (δr )r>1 .
(k) 
Or la suite Gar r>1 converge uniformément vers Ga , par simple convergence des suites de coordonnées. Pour
tout r > 1, écrivons
G(k) (k) (k) (k) (k) (k)
a (x) − Gar (xr ) 6 Ga (x) − Ga (xr ) + Ga (xr ) − Gar (xr )
| {z }
=0
(k)
Le premier terme tend vers 0 par continuité de la fonction Ga . Le second terme tend vers 0 grâce à la convergence
(k)
uniforme. On en déduit que Ga (x) = 0. ❏

Ga est plate en x.

La supposition faite après l’énoncé du théorème 2 aboutit donc à une contradiction puisque, f étant transcendante,
la fonction Ga ne saurait être plate en aucun point.
Ainsi, il existe une constante c1 majorant le cardinal de Γ(f ) ∩ C pour toute d-courbe C.
Le théorème 2 est démontré.

Une inégalité

22)
Q
22.a) Notons g : x 7→ β f (x) − n−1 i=1 (x − xi ) f (xn ). La fonction g s’annule alors en x1 , . . . , xn don il existe un
élément y ∈ I tel que g (n) (y) = 0, ou encore

f (n−1) (y)
f (xn ) = β.
(n − 1)!

22.b) Notons L le polynôme de Lagrange interpolant f aux points x1 , . . . , xn−1 : c’est un polynôme de degré au plus
n − 2, qui s’écrit
n−1
X n−1
Y xn − xj
L(x) = f (xi ) .
i=1
x − xj
j=1 i
j6=i

Notamment, la fonction fˆ = f − L et de classe C∞ et s’annule aux points x1 , dots, xn−1 , la question précédente permet
de trouver un réel y ∈ I tel que
fˆ(n−1) (y) f (n−1) (y)
fˆ(xn ) = β= β
(n − 1)! (n − 1)!
puisque L(n−1) = 0.
n−1
X n−1
Y xn − xj f (n−1) (y)
Il existe y ∈ I tel que f (xn ) − f (xi ) = β.
i=1 j=1
xi − xj (n − 1)!
j6=i

23) On applique la question précédente aux fonctions f1 , f2 , . . . , fn , ce qui nous fournit les réels (y1 , y2 , . . . , yn ). Par
opérations élémentaires sur les colonnes, les formules précédentes mènent à
   β

(n−1)
f1 (x1 ) · · · f1 (xn−1 ) f1 (y1 ) f1 (x1 ) · · · f1 (xn−1 ) (n−1)! f1 (xn )
 . .. ..   
dét  .  = dét  .. .. .. 
 . . .   . . . 
(n−1) β
fn (x1 ) · · · fn (xn−1 ) fn (yn ) fn (x1 ) · · · fn (xn−1 ) (n−1)! fn (xn )

d’où l’on conclut


 
(n−1)
f1 (x1 ) ··· f1 (xn−1 ) f1 (y1 )
β  . ..  ..
dét A(x1 , . . . , xn ) = 
· dét  .. .
(n − 1)! .  .
(n−1)
fn (x1 ) · · · fn (xn−1 ) fn (yn )

24) On conclut maintenant par récurrence.

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• Au rang n = 2, la propriété est immédiate : pour tous x1 , x2 ∈ I, il existe y1 , y2 tels que

|x2 − x1 | f1 (x1 ) f1′ (y1 )


dét A(x1 , x2 ) = ·
(2 − 1)! f2 (x1 ) f2′ (y2 )

donc 
dét A(x1 , x2 ) 6 kf1 k∞ kf2′ k∞ + kf1′ k∞ kf2′ k∞ · |x2 − x1 | .
• Soit n > 3 et supposons la propriété vraie au rang n−1. On note avec un chapeau les indices « absents2 »
Il existe donc des constantes γ1 , . . . , γn telles que pour tous x1 , . . . , xn−1 , xn et tout k ∈ J1 ; nK,
Y
dét Af1 ,...,fˆk ,...,fn (x1 , . . . , x̂k , . . . , xn ) 6 γi |xj − xi | .
16i<j6n
i,j6=k

Développons maintenant A(x1 , . . . , xn−1 , xn ) selon la dernière colonne dans la forme de la question 23. On
obtient par inégalité triangulaire
X (n−1) n
β
dét A(x1 , . . . , xn ) 6 f (yi ) Af1 ,...,fˆi ,...,fn (x1 , . . . , xn−1 )
(n − 1)! i=1 i
X (n−1) n Y
β
6 f · γi |xk − xℓ |
(n − 1)! i=1 i ∞
16k<ℓ6n−1
Y
6c |xk − xℓ |
16k<ℓ6n

en notant par exemple


β (n−1)
c= · max γi fi ∞
.
(n − 1)! i=1,...,n

Le théorème 3 est démontré par récurrence.

Intersections atypiques : le cas transcendant

25) Notons Pk = (xk , yk ) pour k = 1, . . . n. Il suffit alors de constater qu’il y a équivalence entre les énoncés :
(a) il existe une d-courbe contenant P1 , . . . , Pn ;
X
(b) il existe (aij )i,j 6= 0 tel que, pour k = 1, . . . , n, ai,j xik ykj = 0 ;
i,j
(c) il existe (aij )i,j 6= 0 tel que, en notant

A = t (a1,1 , . . . , a1,d , a2,1 , . . . , a2,d , . . . , ad,1 , . . . , ad,d )

on ait t B(P1 , . . . , Pn ) · A = 0 ;
(d ) Ker t B(P1 , . . . , Pn ) 6= {0} ;
(e) rg t B(P1 , . . . , Pn ) < d2 ; (car rg t B + dim Ker t B = d2 )
(f ) rg B(P1 , . . . , Pn ) < d2 .

Il existe une d-courbe contenant P1 , . . . , Pn si et seulement si rang B(P1 , . . . , Pn ) < d2 .

2
Par exemple, x1 , . . . , x̂i , . . . , xn représente x1 , . . . , xi−1 , xi+1 , . . . , xn .

Intersections atypiques ENS-MP-2021-C.tex





26) Chaque point Pi étant de la forme xi , f (xi ) , on a
 
1 ··· ··· 1
 x1 ··· ··· xd2 
 .. .. 
 
 . ··· ··· . 
 

 xd−1
1 ··· ··· xd−1
d 2


 f (x1 ) ··· ··· f (xd2 ) 
 
 x1 f (x1 ) ··· ··· xd2 f (xd2 ) 
 
B(P1 , . . . , Pn ) =  .. ..  ∈ Md2 (R).
 
 d−1 . ··· ··· . 
 x xd2 f (xd2 ) 
d−1
 1 f (x1 ) ··· ··· 

 .. .. 

 . ··· ··· . 
 x1 f (x1 )d−1 ··· ··· xd2 f (xd2 )d−1 
 
 .. .. 
 . ··· ··· . 
xd−1
1 f (x 1)
d−1
··· ··· d−1
xd2 f (xd2 ) d−1

On applique alors le théorème 3 aux fonctions

ϕi+dj+1 : x 7−→ xi f (x)j

ce qui mène à l’existence d’un réel c2 tel que, quel que soit le choix des points x1 , . . . , xd2 ,
Y
dét B(P1 , . . . , Pd2 ) 6 c2 |xj − xi | .
16i<j6d2

2/d2 (d2 −1)


Dans ce produit, on a d2 (d2 −1)/2 facteurs, tous majorés majorés par max16i<j6d2 |xi − xj |. En notant c = c2 ,
constante toujours indépendante des points P1 , . . . , Pd2 , on a bien obtenu
  d2 (d22 −1)
dét B(P1 , . . . , Pd2 ) 6 c · max |xi − xj | .
16i<j6d2

27)
27.a) Si l’on multiplie la ligne i + jd + 1 par ni+j , on obtient une matrice à coefficients tous entiers, donc de
déterminant entier ; son déterminant est celui de B(P1 , . . . , Pd2 ), multiplié par nα , où
d−1 d−1
X X X
d−1
d(d − 1)

α= (i + j) = di + = d2 (d − 1).
i=0 j=0 i=0
2

2
nd (d−1)
· dét B(P1 , . . . , Pd2 ) est un entier.

27.b) On suppose que P1 , . . . , Pd2 ne sont pas sur une même d-courbe. La question 25 montre que rg B(P1 , . . . , Pd2 ) >
2
d2 , donc la matrice B est inversible et son déterminant est non nul. Étant entier, le nombre nd (d−1) ·dét B(P1 , . . . , Pd2 )
vérifie donc 2
nd (d−1) · dét B(P1 , . . . , Pd2 ) > 1,
et de la question 26 on tire
  d2 (d22 −1)
c· max |xi − xj | >1
16i<j6d2
ou encore
2
max16i<j6d2 |xi − xj | > c−1 n− d+1 .

28) On note m le nombre de points de Γ(f ) ∩ n1 Z2 dont l’abscisse est dans J.


• La question 25 montre directement que si m < d2 alors la matrice B(P1 , . . . , Pn ), qui est de rang r 6 n, est
donc de rang r < d2 , et que donc il existe une d-courbe contenant tous ces points.

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

• Supposons alors que m > d2 . Quels que soient les d2 points choisis parmi ces m, ils appartiennent à une d-
courbe (sinon la question 27.b aboutit à une contradiction : deux d’entre eux seront trop éloignés !), et donc la
matrice B correspondante est de rang strictement inférieur à d2 .
Toutes les matrice extraites d’ordre d2 de B(P1 , . . . , Pm ) étant non inversibles, cela prouve que la matrice
elle-même est de rang strictement inférieur à d2 :

rg B(P1 , . . . , Pm ) = r < d2

et donc les m points sont donc bien sur une même d-courbe.

Il existe une d-courbe contenant tous les points de Γ(f ) ∩ n1 Z2 , dont l’abscisse appartient à J.

2
29) Découpons l’intervalle I en segments jointifs de taille constante < c−1 n− d+1 ;
N
[
I= Jk .
k=1

Le nombre de segments est  


ℓ(I) 2
N= 6 ℓ(I) c n d+1 + 1.
ℓ(J1 )
Sur chacun des segments Jk , on va maintenant majorer le nombre point du graphe f qui sont sur le réseau grâce à la
question 28 :
1 2
Γ(f )∩ Z 6 Γ(f ) ∩ C question 28
Jk n Jk

6 Γ(f ) ∩ C
6 c1 théorème 2

où C est une d-courbe qui dépend de k, mais c1 une constante ne dépendant que de I et de f .
Ainsi, on peut majorer
 
1 2 1
Γ(f ) ∩ Z2 6 c1 N 6 c1 nε cℓ(I) n d+1 −ε + ε 6 c3 nε
n n
| {z } |{z}
61 61

où l’on a noté 
c3 = c1 c ℓ(I) + 1 .

Le théorème 4 est démontré.

∼ Corrigé réalisé pour l’UPS par Walter Appel, relu par Marc Rezzouk. ∼
Si vous repérez des erreurs ou des coquilles, prière de le signaler à l’adresse : walter.appel@laposte.net

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