Devenir À Long-Terme Des Craniopharyngiomes de L'adulte
Devenir À Long-Terme Des Craniopharyngiomes de L'adulte
Devenir À Long-Terme Des Craniopharyngiomes de L'adulte
Article original
Abstract
There is few published series dealing on the long-term outcome of the adult-onset craniopharyngiomas. We report the long term clinical,
tomodensitometric and MRI data outcome of 35 (23 woman and 12 men) consecutive adult-onset cured for craniopharyngiomes between 1983
and 2002, and followed-up in Rennes University Hospital. The operation was performed via frontopterional approach in 59% and transphenoïdal
approach in 41% of cases. Their age at the time of diagnosis was 44.7 ± 15.1 years (21–74). The average postoperation follow-up was
7.4 ± 7.0 years (0.1–19.1). Recurrence of tumour occurred in 8 patients (25.8%) and a tumor progression in 1 case. The delay of recurrence
after initial surgery was 4.1± 1.3 years (1.4–6.3). Two patients had 5 and 6 years treatment by growth hormone (GH), without tumor recurrence.
The observed increase of weight after the surgical cure of craniopharyngiomas concerned 22 patients (63%). The average weight gain was
17.5 ± 14.7 kg (1.5–58). In 7 cases (20%) neuropsychological disorders were noted, of which 2 with lost of professional activity. Three patients
died. In conclusion the craniopharyngiomas recurrence is frequent and can appear in very prolonged deadlines after the initial surgery.
© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Résumé
Peu de séries portant sur le devenir à long terme des craniopharyngiomes de l’adulte ont été publiées. Nous rapportons le devenir à long terme
de 35 patients (22 femmes et 12 hommes) opérés d’un craniopharyngiome au CHU de Rennes entre 1983 et 2002. Dans 59 % des cas, l’inter-
vention a eu lieu par voie frontoptérionale et dans 41 % des cas par voie transsphénoïdale. L’âge au moment du diagnostic était de
44,7 ± 15,1 ans (21–74). La durée moyenne du suivi postopératoire était de 7,4 ± 7,0 ans (0,1–19,1). Huit récidives (25,8 %) et une progression
tumorale ont été observées. Le délai moyen de récidive, après la chirurgie initiale, était de 4,1 années ± 1,3 (1,4–6,3). Deux patients ont été traités
pendant cinq et six ans par hormone de croissance (GH), sans récidive tumorale. La prise de poids observée après la cure chirurgicale du
craniopharyngiome a concerné 22 patients (63 %). Le gain pondéral moyen était de 17,5 ± 14,7 kg (1,5–58). Dans sept cas (20 %), des troubles
neuropsychiques ont été rapportés, avec perte de l’activité professionnelle dans deux cas. Trois décès ont été observés. En conclusion, les réci-
dives des craniopharyngiomes sont fréquentes et peuvent survenir dans des délais très prolongés après la chirurgie initiale.
© 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
* Auteurcorrespondant.
Adresse e-mail : yannick.lorcy@chu-rennes.fr (Y. Lorcy).
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doi:10.1016/j.ando.2007.04.001
N.M. Baldé et al. / Annales d’Endocrinologie 68 (2007) 186–190 187
1. Introduction ● les dosages de base pour les axes thyréotrope (TSH et thy-
roxine), gonadotrope (FSH, LH, testostérone et estradiol), et
lactotrope (prolactine) ;
Les craniopharyngiomes sont des tumeurs rares, d’évolution
● les dosages de base complétés en fonction du contexte cli-
lente, avec deux pics d’incidence chez l’enfant entre 5 et nique par des tests éventuellement couplés, pour les axes
14 ans et chez l’adulte entre 50 et 74 ans [5]. En dépit de corticotropes (cortisol, ACTH, cortisol libre urinaire, test à
leur caractère bénin, le pronostic peut être défavorable. En la β1-24 corticotrophine ou Synacthène®) et somatototrope
effet, la morbidité et la mortalité associées aux craniopharyn- (GH, IGF-1, test d’hypoglycémie insulinique).
giomes sont importantes [9,16,18,21,25,26]. Le traitement opti-
mal du craniopharyngiome demeure controversé [23]. Les réci-
dives sont fréquentes [10] et constituent un facteur de risque de Un contrôle systématique pré- et postopératoire du volume
mortalité [4]. Les facteurs prédictifs de la récurrence demeurent et de l’osmolalité urinaires était effectué à la recherche d’un
diabète insipide.
mal connus. Le traitement par l’hormone de croissance (GH)
des adultes semble associé à une amélioration de la qualité de Le bilan hormonal endocrinien était normal en préopératoire
vie des patients [8]. Les risques de récidive ou de progression dans 22 cas (63 %). Les déficits hormonaux objectivés en
tumorales sous traitement par la GH sont débattus [7,20,22]. période préopératoire, intéressaient un seul axe hypophysaire
dans six cas, deux axes hypophysaires dans trois cas, trois
La moitié des cas de craniopharyngiomes seraient diagnos- axes et plus dans quatre cas.
tiqués chez l’adulte [5]. Cependant, peu de séries portant sur le L’imagerie réalisée en préopératoire était une IRM dans 14
devenir global à long terme des craniopharyngiomes de cas, une TDM dans six cas, les deux examens dans 15 cas. La
l’adulte ont été publiées [3,6,9,15,16,18,25,26,29], notamment tumeur visualisée avait une expansion suprasellaire dans 15 cas
étayées par des données IRM et anatomopathologiques [7,15]. avec compression du chiasma dans huit cas et du troisième
L’évolution différente des craniopharyngiomes diagnostiqués à ventricule dans cinq cas.
l’âge adulte par rapport à celle des craniopharyngiomes diag-
nostiqués dans l’enfance est discutée [18].
2.2. Traitement initial
Les objectifs de cette étude étaient donc de rapporter le
devenir clinique et radiologique, à long terme, (tomodensito-
La voie opératoire était haute (frontoptérionale) dans 59 %
métrie et image par résonance magnétique) de patients adultes
des cas, et basse (transsphénoïdale) dans 41 % des cas. Dans
opérés pour craniopharyngiome.
quatre cas, un résidu tumoral était visualisé sur le bilan
d’imagerie postopératoire. L’exérèse de la tumeur était jugée
2. Patients et méthodes incomplète par le chirurgien en raison d’adhérences (deux
cas) ou d’inaccessibilité (deux cas). Un geste de dérivation
ventriculopéritonéale a été réalisé dans trois de ces cas et une
2.1. Caractéristiques de la population étudiée ponction du kyste dans le dernier cas. Les incidents consécutifs
à la chirurgie ont été rapportés dans dix cas (29 %). Il s’agissait
d’une fuite de liquide céphalorachidien dans quatre cas, d’une
La cohorte était constituée de 35 patients (23 femmes et 12 section de la tige pituitaire (quatre cas), et d’une crise comitiale
hommes), âgés de plus de 18 ans au moment du diagnostic, (deux cas). Un diabète insipide était observé en période posto-
opérés entre 1983 et 2002 au CHU de Rennes pour un cranio- pératoire dans 12 cas.
pharyngiome avec confirmation anatomopathologique, et pour
lesquels un suivi clinique et en imagerie (IRM ou TDM) était
2.3. Paramètres étudiés
disponible. L’âge moyen au moment du diagnostic était de
44,7 ± 15,1 ans (21–74).
Au terme du suivi à long terme des patients, nous avons
Au plan clinique, la circonstance principale du diagnostic
rapporté les paramètres cliniques (décès, séquelles endocrinien-
était représentée par des céphalées s’intégrant ou non dans un
nes, prise de poids et troubles neuropsychiques), et la survenue
syndrome d’hypertension intracrânienne (11 cas), des troubles éventuelle de récidives tumorales ou d’une progression de rési-
visuels à type de baisse de l’acuité visuelle (huit cas) ou dus tumoraux observés au cours du bilan d’imagerie postopé-
d’amputation du champ visuel (cinq cas), un syndrome amé- ratoire.
norrhée–galactorrhée (cinq cas), un hypogonadisme masculin
L’exérèse totale de la tumeur était définie par l’absence de
(deux cas), un diabète insipide (deux cas), une crise d’épilepsie visualisation d’un résidu tumoral sur l’imagerie postopératoire.
(un cas) et des troubles de la mémoire (un cas). Le poids et La récidive tumorale était définie par la confirmation anatomo-
l’indice de masse corporelle préopératoire étaient respective- pathologique d’une tumeur après réintervention, lorsque le
ment de 66,8 ± 12,8 kg (50–99) et de 24,5 ± 3,8 kg/m2 (19,4– bilan d’imagerie (IRM et/ou TDM) avait confirmé l’exérèse
32,7). Une prise de poids de 10 kg précédant le diagnostic a été totale de la tumeur initiale. La progression tumorale correspon-
rapportée dans un cas. dait à une augmentation en imagerie IRM ou TDM du volume
Les explorations endocriniennes effectuées étaient : du résidu tumoral postopératoire.
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3. Résultats
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