sans

sans

[ sɑ̃] prép. [ lat. sine ]
1. Indique la privation, l'absence, l'exclusion : Être sans travail et sans logement ou sans travail ni logement. Des questions sans réponse. Une histoire sans paroles. Un chèque sans provision. Un produit garanti sans colorants. Il est parti sans rien dire.
2. Indique une condition négative : Sans leur aide, nous n'y serions pas arrivés s'ils ne nous avaient pas aidés
Être sans un,
Fam. ne pas avoir d'argent.
Non sans,
avec assez de : Il s'y est risqué, non sans une certaine appréhension avec appréhension
Sans cela,
sinon : J'ai oublié, sans cela je le lui aurais demandé.
Sans quoi,
sinon, autrement : Acceptez, sans quoi vous le regretterez.
adv. Fam.
Indique l'absence : Elle a posé son portable sur la table et est partie sans.
Un jour sans,
où l'on est fatigué, où l'esprit est vide.

sans que

loc. conj.
(Suivi du subj.) Indique une circonstance non réalisée : Il me l'a dit sans que je le lui aie demandé spontanément
Maxipoche 2014 © Larousse 2013

SANS

(san ; l's se lie : san-z un sou) prép.
Il marque le manque, l'exclusion. Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Cet enfant a fait un exercice sans faute ou sans fautes. C'est un acteur sans défaut ou sans défauts. Ce que vous dites là est sans exemple.
Bérénice la belle, Qui semble contre amour si fière et si cruelle, Me dit tout franchement en pleurant, l'autre jour, Qu'elle était sans amant, mais non pas sans amour [RÉGNIER, Dial. Chloris et Philis.]
Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre ou le sceptre sans lui [CORN., Héracl. I, 2]
Seigneur, lui dis-je, jusqu'à quand durera votre colère ? Jusqu'à ce, dit-il, que les villes soient désolées et sans citoyens, les maisons sans habitants, et que la terre demeure déserte [SACI, Bible, Isaïe, VI, 11]
Eh bien ! gageons tous deux, Dit Phébus, sans tant de paroles [LA FONT., Fabl. VI, 3]
M. du Maine assure que cet Anglais [Law] est un homme sans honneur, sans religion et sans foi [MAINTENON, Lett. à Mme de Caylus, 18 octobre 1717]
Benjamin est sans force, et Juda sans vertu [RAC., Athal. I, 1]
L'on parle d'une région où les vieillards sont galants, polis et civils ; les jeunes gens au contraire, durs, féroces, sans mœurs ni politesse [LA BRUY., VIII]
Il [Boerhaave] n'avait que quinze ans quand la mort de son père le laissa sans secours, sans conseil, sans bien [FONTEN., Boerhaave.]
Une vie molle, délicieuse, sans vices ni vertus [MASS., Carême, Mauv. riche.]
Don Vincent était un vieux seigneur fort riche, qui vivait depuis plusieurs années sans procès et sans femme [LESAGE, Gil Blas, IV, 1]
On vit des troubles sans cause et des révolutions sans motifs [MONTESQ., Rom. 22]
Son château [du président de Brosses] était une masure faite pour des hiboux..... des vignes sans raisin, des campagnes sans blé, et des étables sans vache [VOLT., Lett. d'Argental, 19 déc. 1758]
Par lui [Jésus] les yeux verront les dangers sans horreur, La douleur sans faiblesse, et la mort sans terreur [DELILLE, Parad. perdu, XI]
Je le sais bien sans vous, sans qu'il soit besoin que vous me le disiez.
Ne me contez point tant que mon visage est beau... Je le sais bien sans vous [CORN., Galer. du Palais, II, 1]
Il se met, avec le même sens, devant un infinitif.
Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler [CORN., Hor. II, 3]
Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion, sans l'être de la personne qu'ils aiment [LA ROCHEFOUC., Réfl. mor. n° 500]
Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune [ID., ib. n° 497]
Dumarsais, sans être aussi modeste que l'abbé Girard, ignorait encore plus que lui les moyens de se procurer les honneurs littéraires [D'ALEMB., Éloges, Girard.]
Sans mentir, en vérité.
Sans mentir, Dieu est bien abandonné [PASC., dans COUSIN]
Il se met assez souvent au commencement des phrases. Sans argent, sans protecteurs, que pouvais-je faire ? Sans vous, je n'aurais pas réussi.
Sans effort et sans bruit, il savait faire les grandes choses [MONTESQ., Arsace et Isménie.]
Sans la bataille de Chéronée, Démosthène eût sauvé la Grèce [MARMONTEL, Œuvr. t. IX, p. 203]
Sans quoi, sans cela, autrement, sinon. Vous ferez cela, sans quoi vous serez puni. Partez à l'instant même, sans cela vous serez en retard.
Sans entre dans la composition de plusieurs locutions adverbiales : sans doute, sans fin, sans façon, sans faute, sans crainte, etc.
Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? [RAC., Andr. I, 4]
Sans plus, sans qu'il y en ait davantage.
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte : Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour [LA FONT., Fabl. III, 18]
Je me suis présenté [à l'Académie], mais une fois sans plus, messieurs [P. L. COUR., Lett. à l'Acad. des inscript.]
Sans plus avec un infinitif, non davantage.
Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières [des dieux], Sans plus les fatiguer d'inutiles prières [RAC., Phèdre, V, 5]
Et sans plus me charger du soin de votre gloire [ID., Mithr. III, 5]
Sans que, locut. conjonct. avec le subjonctif.
Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'effet aux promesses réponde [LA FONT., Fabl. VII, 12]
Je rendrais mon ouvrage Capable de sentir, juger, rien davantage, Et juger imparfaitement, Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument [ID., Fabl. X, 1]
Le compère aussitôt va remettre en sa place L'argent volé ; prétendant bien Tout reprendre à la fois sans qu'il y manquât rien [ID., ib. X, 15]
Je prends pour principe que jamais un corps ne se meut par son poids sans que son centre de gravité descende [PASC., Équil. des liqueurs, II]
Hélas ! nous ne pouvons arrêter un moment les yeux sur la gloire de la princesse, sans que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre [BOSSUET, Duch. d'Orléans]
Il se laissa gronder sans qu'il en fût autre chose [HAMILT., Gramm. 4]
Les puissances établies par le commerce.... s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive [MONTESQ., Rom. 4]
Sans peut se construire avec que, qui prend le sens de sinon.
Je pensai qu'il valait mieux que j'examinasse seulement ces proportions en général, et sans les supposer que dans les sujets qui serviraient à m'en rendre la connaissance plus aisée [DESC., Méth. II, 11]
Sachant combien de divers automates ou machines mouvantes l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces [ID., ib. V, 9]
Sans songer qu'à me plaire, exécutez mes lois [CORN., Perth. II, 1]
Il recevra des vœux, de l'encens, des victimes, Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes [ID., Pomp. V, 4]
Mille petits amours sont venus voltiger à l'entour d'elle à fleur d'eau, sans mouiller que la pointe de leurs pieds [D'ABLANCOURT, Lucien, Dial. Notus et Zéphyre.]
Sans avoir, en aimant, d'objet que son amour [RAC., Bérén. II, 2]
Et sans parler que des gains licites, on paye au tuilier sa tuile [LA BRUY., XII]
Harlay était sans mœurs dans le secret, sans probité qu'extérieure [SAINT-SIMON, 17, 198]
10° Sans que, avec l'indicatif ou le conditionnel, signifie : n'eût été que, n'était que, sans cette raison, sans ce fait, sans cette considération (cette locution, très usitée au XVIIe siècle, ne l'est plus maintenant, mais rien n'empêcherait de la reprendre).
Sans que je crains de commettre Géronte, Je poserais tantôt un si bon guet, Qu'il serait pris ainsi qu'au trébuchet [LA FONT., Confid.]
Sans que mon bon génie au devant m'a poussé, Déjà tout mon bonheur eut été renversé [MOL., l'Ét. I, 11]
Je suis si lasse de cette chienne d'écriture, que, sans que vous croiriez mes mains plus malades, je ne vous écrirais plus que je ne fusse guérie [SÉV., 260]
J'en prendrais présentement [d'une essence], sans que je me ferais scrupule de me servir d'un remède si admirable, quand je n'en ai nul besoin [ID., 20 oct. 1675]
Vous m'avez écrit la plus aimable lettre du monde ; j'y aurais fait plus tôt réponse, sans que j'ai su que vous couriez par votre province [ID., 25 juin 1670]
Marlbourough mande à Villars qu'il l'eût attaqué le 10 juin, sans que le prince Louis de Bade, au lieu d'arriver le 9, n'était arrivé que le 15 [SAINT-SIMON, 149, 171]

REMARQUE

  • 1. Avec sans, la règle est que l'infinitif se rapporte au sujet de la proposition ou au régime ; mais cela n'est pas absolument nécessaire quand une équivoque est impossible, et le vrai sens évident.
    Que l'on cherche partout mes tablettes perdues ; Mais que, sans les ouvrir, elles me soient rendues [QUIN., Cyrus, I, 5]
    Il aurait beau crier : " Premier prince du monde ! Courage sans pareil ! lumière sans seconde ! " Ses vers, jetés d'abord sans tourner le feuillet, Iraient dans l'antichambre amuser Pacolet [BOILEAU, Épître IX]
  • 2. Les grammairiens ont condamné la locution : sans pas ou sans point, et critiqué cette phrase de Montesquieu : César avait de grandes qualités sans pas un défaut, Rom. 11. Mais, pas et point étant non des négations, mais des mots qui renforcent la négation, il n'y a aucune raison grammaticale pour condamner cette manière de parler.
  • 3. La préposition sans reçoit également après elle ni ou et entre deux régimes ; mais dans ce dernier cas on répète sans : Sans crainte ni pudeur, sans force ni vertu ; sans crainte et sans pudeur, sans force et sans vertu. La raison de cette différence, c'est que sans est exclusif par lui-même, et que ni l'est aussi, ce qui fait que ce dernier peut suppléer sans ; au lieu que et, n'ayant pas le même caractère, ne dit pas ce que sans doit dire, ce qui oblige à le répéter.
  • 4. Lorsque sans précède immédiatement un verbe, ce verbe doit-il être suivi de l'article contracté du, ou bien de la préposition de sans article ? Doit-on dire : asseoir des impôts sans exciter de plaintes, comme on dirait : en n'excitant pas de plaintes ; ou faut-il dire : sans exciter des plaintes ? Quand la tournure de phrase est affirmative, on omet l'article :
    Ce sont des libertés où l'on s'abandonne sans y penser de mal [MOL., G. Dand. III, 8]
    Tout sans faire d'apprêts s'y prépare aisément [BOILEAU, Art p. III]
    Cependant on peut aussi mettre l'article, mais cela est moins usité. Au contraire, quand la tournure est négative, on met l'article : Il ne peut parler sans faire des fautes. Cependant l'article pourrait aussi être omis ; toutefois cela est moins usité.
  • 5. Sans que, suivi du subjonctif, ne prend ne, ni quand la phrase principale est affirmative, ni quand elle est négative. La négation n'est pas même admise après sans que suivi de ni, aucun, personne, rien, jamais :
    Je reçus et je vois le jour que je respire Sans que père ni mère ait daigné me sourire [RAC., Iph. II, 1]
    Elle n'est pas non plus admise, bien que sans soit suivi du verbe craindre : Vous pouvez traiter avec lui, sans craindre ou sans crainte qu'il vous trompe. Cependant on en trouve quelques exemples.
    Ces cris de toute une armée [lors de la mort de Turenne] ne se peuvent pas représenter, sans que l'on n'en soit ému [SÉV., 28 août 1675]

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Seinz hume mort [la bataille] ne poet estre achevée [, Ch. de Rol. CCLX]
  • XIIe s.
    Lors [ils] se plaignent sans dolor [, Couci. L]
    Cil qui servent sans traïr [, ib. III]
    Grans fust ma joie et ma peine legere Sans point de mescheoir [, ib. XVIII]
    De lait, de bure et de peison Vivent et de la veneison, Dont mult il prennent e sen peine [BENOÎT, I, V.291]
    Il veoit bien, san le roi, ne se pooit metre pais en ses choses [, Machab. II, 4]
  • XIIIe s.
    Comment osas, sains mon congié, En ma cité metre ton pié ? [, Partonop. V. 1149]
    [Votre père] Qui vous amoit de cuer sans nul point de faintise [, Berte, C]
    Nus [nul] ne s'en retourna Fors que Morant sans plus [, ib. CVIII]
  • XVe s.
    La porte fut ouverte, et y entrerent les Gantois, sans ce que nul mal y fissent [FROISS., II, II, 57]
    Et que chacun prist sans plus un pain et le troussast derriere lui [ID., I, I, 37]
    Par montagnes, par vallées, sans point de plein pays [ID., I, I, 37]
    Et sans moyen [sans intervalle, immédiatement] estoit devant luy le filz au roy de Navarre [CHRIST. DE PISAN, Charles V, II, 36]
    Et parlerent eulx deux ensemble grant pieche, sans ce qu'il y eust nulz de leurs gens qui les peust ouïr [FENIN, 1416]
    Grandes dissentions..... y avoit..... specialement entre les gens, pour le faict des aydes et finances qu'on exigeoit sur le peuple, sans ce que comme point rien en feust mis au bien de la chose publique [JUVENAL, Charles VI, 1391]
    Sire chevalier, dist la pucelle, estes vous Gadiffer qui entreprint l'adventure de la roide montaigne ? Par ma foy, damoiselle, ce suis je sans autre et pour vray [, Percefor. t. III, f° 61]
  • XVIe s.
    La vie humaine est environnée et quasi assiegée de miseres infinies, sans aller plus loin, puisque nostre corps est un receptacle de mille maladies..... [CALV., Instit. 154]
    Nostre silence n'est pas sans ingratitude, si nous passons aucune de ses graces [de Dieu] sans louange [ID., ib. 706]
    Mais quelque dieu, ou quelque astre irrité M'a, sans avoir ce malheur merité, De vous ouïr la puissance ravie [DU BELLAY, V, 40, recto]
    Mais sy se maine l'affaire dont tant vous m'avez asseurée, d'une sorte que, sans avoir [si je n'avais] la parole du roy et vostre promesse, j'aurois bien occasion de m'ennuyer [MARG., Lett. 100]
    Ils entendent bien que, sans [à moins de] avoir paix à vous, ils sont si mal que plus ne peuvent [ID., ib. 27]
    Sans mentir, voilà des hommes bien sauvages [MONT., I, 204]
    Il emplit la ville de Rome de meurtres sans fin et sans nombre [AMYOT, Sylla, 65]
    Je mourrois, sans aimer [si je n'aimais] leur gentille lumiere Qui m'embraza le cœur d'une flame premiere [RONS., 805]
    L'homme vit aisement en ce mortel sejour Sans avoir un royaume, et non pas sans amour [ID., 807]

ÉTYMOLOGIE

  • Wallon, sai ; picard, sins ; provenç. sens, senes, ses ; ancien cat. senes ; cat. moderne sens ; ancien espagn. senes, sen ; espag. moderne, sin ; portug. sen, sem ; ital. senza. Les formes sans s dans le vieux français, dans les patois et dans plusieurs langues romanes, viennent du latin sine, que les étymologistes regardent comme provenant du préfixe se, sed, qui signifie séparation (proprement, à part soi, s(, s(d étant l'ablatif du pronom réfléchi), et de ne sur lequel les étymologistes disputent (voy. Journ. de Kuhn, XIX, 163). Les formes avec s, qui sont aussi fort anciennes, représentent un latin barbare sinis, formé sur le modèle de certains adverbes. Enfin l'italien senza, que des étymologistes ont rattaché à absentia, ne paraît pas devoir être séparé des autres formes romanes ; mais il ne s'explique guère. Sans que s'explique, comme l'historique le fait voir, par sans ce que.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    SANS. Ajoutez :
    11° Sans, employé d'une manière absolue et sans régime.
    La perruque [de Louis XIV] était la seule pièce, dit-on, qui tînt bon contre le déshabillé ; personne ne l'avait jamais vu sans [STE-BEUVE, Portraits contemporains, t. I, p. 372, nouv. édit. Paris, 1870]
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877

sans

SANS. Préposition marquant l'absence, le manque, l'exclusion d'une personne, d'une chose. Être sans argent, sans place, sans ressource. C'est un homme sans esprit, sans jugement, sans honneur. Il est sans malice. Sans force et sans vertu, sans force ni vertu. Une lettre sans date, sans signature. C'est un corps sans âme. Vous ferez bien cela sans moi. Ce que vous faites là est sans exemple. Une audace sans égale. Un homme sans pareil. Vous ferez cela, sans quoi vous serez puni. Non sans, Avec. Je l'ai vu, non sans plaisir. Je l'ai retrouvé, non sans peine.

SANS se place aussi devant un infinitif pour marquer l'Absence, le manque d'une manière d'être ou d'agir. Passer la nuit sans dormir. Faire quelque chose sans y penser, sans hésiter. Sans rire. Cela va sans dire.

Il se met assez souvent au commencement des phrases. Sans argent, que pouvais-je faire? Sans cet accident, nous aurions réussi. Sans vous, je n'aurais pas obtenu cet emploi. Sans mentir, c'est un drôle de corps.

Sans plus, Sans qu'il y en ait davantage. Il reçut mille francs sans plus. Il est quelquefois suivi d'un infinitif. Sans plus me plaindre, Sans me plaindre davantage.

SANS entre dans plusieurs manières de parler, dans diverses locutions adverbiales. Sans doute. Sans contredit. Sans faute. Sans réserve. Sans compliment. Sans façon. Sans gêne. Sans cérémonie. Etc. Voyez DOUTE, CONTREDIT, FAUTE, etc.

SANS QUE, locution conjonctive marquant que l'action exprimée par la proposition qui la suit ne se produit pas. Sans que cela paraisse. Je ne puis parler sans qu'il m'interrompe. Il l'a fait sans qu'on le lui ait dit.

Dictionnaire de L'Académie française 8th Edition © 1932-5

sans

Sans, Sine.

Sans cela, Alioquin, Caeteroquin, Alias.

Sans toy, Absque te.

Sans cause, Ob nullam noxiam.

Non sans cause, Non abs re.

Sans fin, In infinitum.

Sans peine ou difficulté, Nullo negotio.

Sans courroux, Per pacem.

Sans division, Pro indiuiso.

Sans la voicture, Praeter vecturam.

Sans faire bruit, Per silentium.

Sans ordre, Passim, Nullo ordine.

Sans passer un jour, In singulos dies.

Escouter sans dire mot. Per silentium adesse aequo animo.

Tu me l'as fait sans que j'eusse commis aucun mal, Mihi fecisti ob nullam noxiam.

Sans que je parle de, etc. Vt publicos gentium furores transeam.

Sans que je die d'avantage que, etc. Vt ne addam, quod, etc.

Sans plus dire, Ne multa.

Sans qu'il soit besoing de dire, etc, Vt ne addam, quod sine sumptu ingenuam ac liberalem nactus es.

Sans que ce pendant on ouist aucun gemissement, Quum interea nullus gemitus.

Se monstrer sans qu'on s'en donnast de garde, ou qu'on s'en doutast, Neque opinato se ostendere.

Jean Nicot's Thresor de la langue française © 1606

sans


SANS, préposition exclusive. [San et devant une voyelle, sanz.] 1°. Cette préposition ne veut, aprês elle, ni point, ni pâs: on dit sans argent, sans honeur, etc. et non pas, sans point d'argent, sans point d'honeur. Celui-ci est un grossier solécisme. Montesquieu dit sans pas-un, pour sans aucun. "César avait tant de grandes qualités sans pas un défaut. — Cela frise bien la corde du gasconisme. = 2°. Sans, comme les adverbes de comparaison, doit-il être suivi de l'article indéfini, ou aûtrement de la prép. de sans article? Doit-on dire: assoir les impôt sans exciter de plaintes, comme dit M. Linguet; et comme on dirait, en n'excitant pas de plaintes; ou faut-il dire, des plaintes? Il boit le vin pur, sans y mettre d'eau, ou de l'eau? La 1re manière me parait plus conforme à l'analogie. L'Acad. ne met point d'exemples pareils. J'en ai trouvé un aûtre dans M. Linguet. avec sans que: "Cela pourroit arriver sans que la Nation françoise méritât de reproches. = 3°. Sans peut se placer à la tête de la phrâse. On peut aussi varier la construction. "Sans les injustices des hommes, à quoi serviroit la Jurisprudence? Que ferions-nous des Arts, sans le luxe, qui les nourrit? J. J. Rouss. = 4°. Sans lui, sans vous, etc. signifie quelquefois sans son ou votre secours: "Sans vous j'étois perdûe. = 5°. Sans renferme un sens négatif: ainsi l'on ne doit pas le faire suivre de la particule ne, même aprês le verbe craindre. "Cette caverne, ou le Lion se retiroit avec ses petits, sans que persone ne les y vînt troubler. Rollin. "On peut envoyer un enfant au marché, sans craindre qu'on ne le trompe. Voy. Fr. Retranchez ne; car on dirait: et l'on ne doit pas craindre qu'on le trompe. Voy. CRAINDRE. Le P. Grifet dit aussi: "On ne peut tourmenter les membres, sans que le chef ne soufre. Ann. chrét. Ici la particule ne est convenable, parce que la phrâse est négative. Ainsi l'on dira: "Les Magistrats ne peuvent être négligens, sans que le public ne soufre de leur négligence. = Par la même raison de ce sens négatif, les verbes régis par sans régissent le subjonctif, comme ils le font dans les phrâses négatives. Ainsi, comme on dirait: je ne m'aperçois pas que nous logions ensemble, Destouches a dit:
   Et je prendrai grand soin
   Que nos apartemens se regardent de loin,
   Afin qu'un même toit elle et moi nous assemble,
   Sans nous apercevoir que nous logions ensemble.
Par la même raison du sens négatif de sans, il est quelquefois suivi de la conjonction que, pour exprimer l'adv. seulement. "Vous voyez des gens, qui entrent sans saluer que légèrement. La Bruy. c'est comme si l'on disait: ils ne saluent que légèrement. = 6°. Sans ne doit pas être trop éloigné du verbe qu'il afecte. Il peut tout au plus y avoir entre deux les pronoms personels, et quelques adverbes, comme jamais, rien, beaucoup, etc. "Il m'a parlé long-tems sans jamais me rien dire du sujet pour lequel il desiroit me voir. Boss. dit: "Sans ici lui disputer l'avantage, qu'il veut tirer de ces langues. Ici est mal placé et sépâre mal-à-propos sans de disputer. Je crois qu'il falait dire, sans lui disputer ici, etc. = Cette mauvaise construction de sans jette souvent de l'obscurité dans le discours, y met de l'embarrâs, et y ocasione de l'équivoque. Dans l'Hist. de l'Ordre de Malthe, Conrard fait dire à Saladin, qui voulait faire mourir le Marquis de Montferrat son père, que: "Il ne peut faire mourir un prisonier de guerre, qui s'est rendu, sans se déshonorer. Pour prévenir l'équivoque, il falait dire; qu'il ne peut, sans se déshonorer, faire mourir, etc. = 7°. Sans régit tantôt l'infinitif des verbes, qui se raportent au sujet principal de la phrâse; tantôt la conjonction que avec le subjonctif des verbes, qui ne s'y raportent pas. "Je l' ai grondé, sans être ému, signifie que c'est moi, qui n'ai pas été ému. "Je l'ai grondé sans qu'il ait été ému, veut dire que c'est lui, qui n'a pas été ému. La phrâse suivante est donc vicieûse. "Il se coula par une alée couverte, qui sans être vu, le conduisoit, etc. Selon la construction, il semble que c'est l'alée, qui n'étoit point vûe; mais l'Auteur fait raporter sans être vu à le, en quoi il s'est trompé. Il devait dire, sans qu'il fût vu ou aperçu. = Molière a fait la même faute dans son Remerciment au Roi.
   Les surprenans bienfaits, que, sans les mériter,
   Sa libérale main sur vous daigne répandre.
Selon la construction, il semble que c'est le Roi, qui ne mérite pas les bienfaits. Je ne sais si l'on doit pardoner cette irrégularité à un Poète; mais en prôse on doit dire, sans que vous les méritiez. = 8°. Sans que régit tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif; le 1er, quand il suplée la conjonction si et qu'il a un sens conditionel, le 2d, quand il a son sens ordinaire, qui est un sens exclusif. "Sans que vous êtes venu me secourir, j'étais perdu; c. à. d. si vous n'étiez venu, etc. "Il a pâssé, sans que je l'aie aperçu; c. à. d. et je ne l' ai pas aperçu. = 9°. Sans ce que est du style familier. "Je suis bien changée, sans ce que je changerai encôre. Mariv. = 10°. Sans ne s'associe pas volontiers avec plus signifiant davantage,
   Et sans plus me charger du soin de votre gloire,
   Je veux laisser de vous jusqu'à votre mémoire.
       RAC. Mithrid.
Ce sans plus a quelque chose de choquant et de suranné. On dirait en prôse, sans me charger plus long-tems du soin de votre gloire. = On retrouve ce sans plus dans Phèdre, où Thésée dit des Dieux:
   Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,
   Sans plus les fatiguer d'inutiles prières.
Mde de Sévigné dit, un mot sans plus; et La Fontaine:
   Un point sans plus tenoit le galant empêché.
Cela est bon dans le style badin. = 11°. * Autrefois, au lieu de sans, on employait la particule ne avec le verbe être. On disait; et n'était la honte, pour, sans la honte. = 12°. Faut-il dire sans dessus dessous, ou sens dessus dessous. VAUGELAS était pour la première manière, et l'Acad. dans les observations sur les Remarques, la préférait aussi; mais Corneille, Ménage, la Touche et l'Acad. dans son Dictionaire sont pour la 2de, qui exprime mieux ce qu'on veut dire; car sens dessus, dessous équivaut à peu près à contre-sens, le dessus étant dessous, et le dessous dessus. Mr. Marin n'est pas de cet avis. Pour dire il bouleverse tout, j'écrirais dit-il: il met tout sans dessus dessous c. à. d. le tout pêle mêle, en désordre, toutes les parties confondûes; le tout confondu, bouleversé.

Jean-François Féraud's Dictionaire critique de la langue française © 1787-1788
Traductions

sans

ohne, loswithoutzonder, gespeendvan, ontblootvan, verstokenvan, zonderte, -loos, vrijאין (תה״פ), בחוסר-, בלא (תה״פ), בלי (מ חיבור), בלעדי (מ יחס), חשוך (ת), לבלי (מ יחס), ללא (תה״פ), מבלי (מ יחס), מחוסר (ת), בְּלִי, בִּלְעֲדֵי, לְלֹא, מְחֻסָּרsinsenza, liberobezsemχωρίς, δίχωςбезبِدُونbezudenilmanbez・・・なしで...없이utenutanปราศจากonsuzkhông có没有без (sɑ̃)
préposition
exprime l'absence, le manque être sans emploi Je suis parti sans lui. C'est sans importance. agir sans hésiter
Kernerman English Multilingual Dictionary © 2006-2013 K Dictionaries Ltd.

sans

[sɑ̃] prép
without
Elle est venue sans son frère → She came without her brother.
sans scrupules → unscrupulous
sans manches → sleeveless
un pull sans manches → a sleeveless sweater
sans que ...
sans qu'il s'en aperçoive → without him noticing, without his noticing
Collins English/French Electronic Resource. © HarperCollins Publishers 2005
Collins Multilingual Translator © HarperCollins Publishers 2009