valoir

(Mot repris de valez)

valoir

v.i. [ du lat. valere, avoir de la valeur, être fort ]
1. Avoir tel prix, telle valeur : Cette jupe vaut 50 euros coûter
2. Avoir telle qualité, tel intérêt, telle valeur : Son avis ne vaut pas grand-chose. Que vaut ce chanteur sur scène ?
3. Être applicable à : Ce que je viens de dire vaut pour chacun d'entre vous concerner, intéresser
À valoir,
se dit d'une somme d'argent dont on tiendra compte ultérieurement : Une réduction à valoir sur le prochain achat.
Ça ne vous vaut rien,
c'est nuisible à votre santé.
Faire valoir,
faire fructifier : Faire valoir un capital ; mettre en avant : Il ne cesse de faire valoir ses enfants.
Faire valoir un droit,
l'exercer.
Ne rien faire qui vaille,
qui ait de la valeur.
Se faire valoir,
faire ressortir ses qualités, parfois avec excès.
Vaille que vaille,
tant bien que mal.
Valoir bien,
être digne de ; mériter : Cela vaut bien un peu de repos.
v.t.
1. Équivaloir à : À ce jeu, cette carte vaut 10 points égaler
2. Justifier la peine que l'on se donne : Ce spectacle vaut le déplacement mériter
3. Être la cause de ; faire obtenir : Ses protestations lui ont valu des ennuis attirer
v. impers.
Il vaut mieux ou mieux vaut,
il est préférable, plus avantageux : Il vaut mieux que tu partes. Il vaut mieux en rire. Mieux vaut se taire quand on ne sait pas.

se valoir

v.pr.
Avoir la même valeur : Ces deux méthodes se valent.
Ça se vaut,
Fam. c'est à peu près pareil.
Maxipoche 2014 © Larousse 2013

valoir


Participe passé: valu
Gérondif: valant

Indicatif présent
je vaux
tu vaux
il/elle vaut
nous valons
vous valez
ils/elles valent
Passé simple
je valus
tu valus
il/elle valut
nous valûmes
vous valûtes
ils/elles valurent
Imparfait
je valais
tu valais
il/elle valait
nous valions
vous valiez
ils/elles valaient
Futur
je vaudrai
tu vaudras
il/elle vaudra
nous vaudrons
vous vaudrez
ils/elles vaudront
Conditionnel présent
je vaudrais
tu vaudrais
il/elle vaudrait
nous vaudrions
vous vaudriez
ils/elles vaudraient
Subjonctif imparfait
je valusse
tu valusses
il/elle valût
nous valussions
vous valussiez
ils/elles valussent
Subjonctif présent
je vaille
tu vailles
il/elle vaille
nous valions
vous valiez
ils/elles vaillent
Impératif
vaux (tu)
valons (nous)
valez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais valu
tu avais valu
il/elle avait valu
nous avions valu
vous aviez valu
ils/elles avaient valu
Futur antérieur
j'aurai valu
tu auras valu
il/elle aura valu
nous aurons valu
vous aurez valu
ils/elles auront valu
Passé composé
j'ai valu
tu as valu
il/elle a valu
nous avons valu
vous avez valu
ils/elles ont valu
Conditionnel passé
j'aurais valu
tu aurais valu
il/elle aurait valu
nous aurions valu
vous auriez valu
ils/elles auraient valu
Passé antérieur
j'eus valu
tu eus valu
il/elle eut valu
nous eûmes valu
vous eûtes valu
ils/elles eurent valu
Subjonctif passé
j'aie valu
tu aies valu
il/elle ait valu
nous ayons valu
vous ayez valu
ils/elles aient valu
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse valu
tu eusses valu
il/elle eût valu
nous eussions valu
vous eussiez valu
ils/elles eussent valu
Collins French Verb Tables © HarperCollins Publishers 2011

VALOIR

(va-loir) , je vaux, tu vaux, il vaut, nous valons, vous valez, ils valent ; je valais ; je valus, nous valûmes ; je vaudrai ; je vaudrais ; valons, valez, qu'ils vaillent ; que je vaille, que nous valions, que vous valiez, qu'ils vaillent ; que je valusse ; valant ; valu v. n.
Être d'un certain mérite, en parlant des personnes (sens le plus rapproché du sens latin de valere, être fort).
Croyez que.... tant que je vaudrai quelque chose, je ne puis manquer d'être votre serviteur [VOIT., Lett. 46]
Je te connais, Léonce, et mieux que tu ne crois ; Je sais ce que tu vaux, et ce que je te dois [CORN., Héracl. I, 4]
Comme tu m'as souvent dit que je ne valais pas grand'chose [BOURSAULT, Lett. nouv. t. III, p. 247, dans POUGENS]
C'est par là que je vaux, si je vaux quelque chose [BOILEAU, Sat. VII]
....Si je vaux quelque chose C'est par là que je vaux, et par ma belle humeur [REGNARD, Distr. v, 10]
Ma foi, quand je parcours tout ce qui le compose [le monde], Je ne trouve que nous qui valions quelque chose [GRESSET, Méch. II, 3]
Chacun des deux est présentement ce qu'il faut à l'autre ; il m'éclaire, et je l'anime ; nous en valons mieux réunis [J. J. ROUSS., Hél. III, 20]
Obligé de valoir, mon fils en vaudra mieux [SAURIN, Beverlei, I, 1]
Sans vanité l'on peut sentir ce que l'on vaut [PICARD, Entrée dans le monde, I, 2]
Valoir beaucoup, avoir beaucoup de mérite ; valoir trop, avoir trop de mérite.
Tu vaux trop ; c'est ainsi qu'il faut, quand on se moque, Que le moqué surtout sorte fort satisfait [CORN., Veuve, III, 4]
Je sais qu'il [votre fils] vaut beaucoup, étant sorti de vous [ID., Ment. II, 1]
Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup quand elle s'est chargée d'or et de pierreries [BOSSUET, la Vallière.]
Absolument, valoir, avoir de la fortune, du crédit, etc.
On ne vaut et l'on n'est heureux qu'autant qu'on se voit à son aise et bien pourvu [BOURDAL., Exhort. sur le reniem. de St Pierre, t. I, p. 463]
Ne valoir pas, être au-dessous de.
Le reste [des conjurés] ne vaut pas l'honneur d'être nommé [CORN., Cinna, v, 1]
Les hommes ne valent pas la peine qu'on prend pour les éclairer ; et ceux même qui pensent comme nous, nous persécutent [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 22 déc. 1765]
Il ne vaut pas la peine qu'on lui réponde, se dit, par mépris, d'un homme avec qui on ne veut point entrer en contestation. Ne valoir pas que, avec le subjonctif, même sens.
Lâche, tu ne vaux pas que, pour te démentir, Je daigne m'abaisser jusqu'à te repartir [CORN., Oth. v, 5]
Allez, de tels soupçons méritent ma colère ; Et vous ne valez pas que l'on vous considère [MOL., Mis. IV, 3]
Cet homme en vaut bien un autre, cet homme mérite autant d'estime qu'aucun autre.
Mais je crois qu'après tout ses sœurs la valent bien [CORN., Œdipe, I, 3]
Vous et moi nous en valons deux autres [REGNARD, Joueur, III, 12]
Les femmes valent bien messieurs les beaux esprits [DESTOUCH., Phil. marié, II, 5]
Un lion mort ne vaut pas Un moucheron qui respire [VOLT., Ecclés. Précis.]
Je crois valoir au moins les rois que j'ai vaincus [ID., Mérope, I, 3]
Si Virgile était janséniste, Horace, qui le valait bien, était moliniste [D'ALEMBERT, Œuv. t. v, p. 183]
Monsieur vaut bien madame, voy. MONSIEUR.
Il se dit du mérite qu'ont les choses.
Aussi n'appartient-il qu'aux Romains seulement De m'accorder un don qui vaille infiniment [MAIRET, Sophon. IV]
Mais commander ici vaut bien servir ailleurs [CORN., Toison d'or, I, 2]
Et d'autres lieux de cette mer, Qui ne valent pas le nommer [SCARR., Virg. III]
Nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine [PASC., Pens. XXIV, 100 bis, éd. HAVET.]
Il me semble qu'elle [cette peinture que je viens de vous faire] ne vaut guère [SÉV., 6 août 1680]
Dans les premiers temps, la poésie et la philosophie étaient la même chose, toute sagesse était renfermée dans les poëmes ; ce n'est pas que par cette alliance la poésie en valût mieux, mais la philosophie en valait moins [FONTEN., Oracl. I, 6]
N'estimez votre état que ce qu'il vaut, et vous en vaudrez davantage [J. J. ROUSS., Lett. à M. Romigli, t. I, Corresp. t. I, p. 102, dans POUGENS.]
Personne ne donnait un avis qui valût le sien, soit pour l'ameublement, soit pour la toilette [REYBAUD, Jér. Paturot, II, 17]
Cette chose, cette affaire ne vaut pas la peine d'y penser, d'en parler, cette chose, cette affaire est de peu de conséquence. Dans le sens contraire : Cette chose, cette affaire vaut bien la peine d'y penser, la peine qu'on y pense. Ironiquement. Cela ne vaut pas la peine d'en parler.
Monsieur mon frère aîné, car, Dieu merci, vous l'êtes D'une vingtaine d'ans, à ne vous rien celer ; Et cela ne vaut pas la peine d'en parler [MOL., Éc. des maris, I, 1]
Absolument, cela ne vaut pas la peine, n'en vaut pas la peine. Fig. Le jeu ne vaut pas la chandelle, voy. CHANDELLE, n° 1. Rien qui vaille, chose sans mérite ni valeur.
Ils [les comédiens] ont un privilége, c'est de ne faire rien qui vaille parce qu'ils sont seuls, de mal jouer les anciennes pièces, et de n'en point donner de nouvelles qui ne soient mauvaises [DANCOURT, Com. des coméd. I, 5]
Substantivement. Un rien qui vaille, une personne sans mérite, sans valeur.
Je vous assure qu'à force de ne trouver que des riens qui vaille en son chemin, on devient rien qui vaille soi-même [BUSSY-RABUTIN, Lett. t. II, p. 97, dans POUGENS]
Cet infant qu'on me baille, N'en déplaise aux baillants, n'est qu'un vrai rien qui vaille [TH. CORN., Geôl. de soi-même, v, 7]
N'avoir rien qui vaille, n'avoir rien de bon. Ce marchand n'a rien qui vaille.
J'étais lundi passé chez mon libraire Caille Qui dans son magasin n'a souvent rien qui vaille [VOLT., la Tactique.]
Ne faire rien qui vaille, ne faire rien de bon, d'utile.
Vous ne feriez jamais rien qui vaille [PASC., Prov. VII]
En se dépêchant trop, on ne fait rien qui vaille [VOLT., Lett. d'Argental, 18 oct. 1776]
Selon lui, les Anglais n'avaient plus rien fait qui vaille, depuis qu'ils avaient renoncé au grec et à l'arabe pour la géométrie et la physique [D'ALEMB., Éloges, Alary.]
Ne valoir pas que, ne pas mériter que.
L'occasion ici fort peu vous favorise, Et ce faible bonheur ne vaut pas qu'on le prise [CORN., Ment. I, 2]
Valoir suivi d'un infinitif (tournure excellente, peu usitée aujourd'hui, mais qui mérite de l'être beaucoup).
Vous n'y trouveriez rien [dans des vers], à mon avis, qui vaille les désirer [MALH., Lettres, II, 33]
Que les combats qu'avait faits Minutius en Ligurie n'étaient que simples rencontres, et encore si légères qu'elles ne valaient pas en parler [ID., le XXXe livre de Tite Live, ch. 22]
Le peu que j'y perdrai ne vaut pas m'en fâcher [CORN., Veuve, III, 3]
L'offre n'est pas mauvaise, et vaut bien y penser [ID., Galer. IV, 14]
La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste [ID., Cinna, IV, 3]
Être d'un certain prix. Cette étoffe vaut cinq francs l'aune.
L'honneur qui se vend, si peu qu'on en donne, est toujours payé plus qu'il ne vaut [DUCLOS, Œuv. t. v, p. 78]
Familièrement. Cette chose vaut de l'argent, elle est d'un prix considérable. Fig.
Ce petit Coulanges vaut trop d'argent, je garde toutes ses lettres [SÉV., 29 janvier 1685]
Cette chose vaut son pesant d'or, est très bonne dans son genre. Cet homme vaut son pesant d'or, il est rempli de bonnes qualités.
Je vous dis qu'il [M. de Sévigné] vaut son pesant d'or [SÉV., 43]
Chaque chose vaut son prix, chacun vaut son prix, chaque chose, chaque personne a ses qualités.
Quelque rare que soit le mérite des belles, Je pense, Dieu merci, qu'on vaut son prix comme elles [MOL., Mis. III, 1]
Je valais dans mon temps mon prix tout comme un autre [REGNARD, le Légat. II, 4]
Fig. Savoir ce qu'en vaut l'aune, voy. AUNE. Fig. et familièrement. Cela ne vaut pas le diable, ne vaut pas un sou, ne vaut pas un clou à soufflet, ne vaut pas le ramasser, cela n'est bon à rien, ne vaut rien.
Cela [une comédie de Legrand] ne vaut pas le diable ; mais cela réussira, parce qu'il y a des danses et de petits enfants [VOLT., Lett. Thiriot, 1724]
Valoir bien que avec le subjonctif, être digne que.
La gloire de mon nom vaut bien qu'on la retienne [CORN., Don Sanche, v, 5]
Qui d'eux aimait le mieux ; que t'en semble, lecteur ? Cette difficulté vaut bien qu'on la propose [LA FONT., Fabl. II, 4]
Je vaux bien que de moi l'on fasse plus de cas ; Et je baise les mains à qui ne me veut pas [MOL., Fem. sav. v, 4]
Impersonnellement, avec bien et inversion, il est avantageux.
Pour lors bien m'en valut [RÉGNIER, Sat. X]
[Louis XI] Non, je sais que je n'y suis pas [au Plessis-lez-Tours], et bien vous en vaut [à vous, la Balue] [FÉN., t. XIX, p. 364]
Valoir mieux, avoir plus de qualités, en parlant de personnes.
La cavalerie carthaginoise valait mieux que la romaine [MONTESQ., Rom. 4]
Il y en a bien peu [Anglais] qui ressemblent à Bolingbroke ; celui-là valait mieux que ses livres ; mais, pour les autres Anglais, leurs livres valent mieux qu'eux [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 18 fév. 1760]
Cet homme ne vaut pas mieux que son frère, ce sont tous deux des gens mauvais.
Il [un thaumaturge] avait ajouté les chrétiens aux épicuriens, parce qu'à son égard ils ne valaient pas mieux les uns que les autres [FONTEN., Oracles, I, 13]
Être meilleur, être préférable, en parlant de choses. Ma montre vaut mieux que la vôtre.
À quelque prix qu'on mette une telle fumée, L'obscurité vaut mieux que tant de renommée [CORN., Hor. II, 3]
C'est toujours quelqu'un à qui on peut faire un tour quand on sera de mauvaise humeur, et cela vaut mieux que rien [FONT., Lett. gal. II, 34]
La paix vaut encore mieux que la vérité ; je n'ai guère connu ni l'une ni l'autre en ce monde [VOLT., Lett. Mairan, 5 mai 1741]
Cette chose-là vaut mieux pistole qu'elle ne valait écu, voy. PISTOLE. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, voy. TENIR. Impersonnellement. Il vaut mieux, il est plus avantageux, il est préférable. Il vaut mieux qu'il en soit ainsi.
Mais, tyran pour tyran, il vaut mieux vivre à Rome [CORN., Sertor. I, 1]
Il leur vaudrait bien mieux, les pauvres animaux [des chevaux], de travailler beaucoup, de manger de même [MOL., l'Av. III, 5]
Avec suppression de il et inversion.
Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterré [LA FONT., Matrone.]
Autrefois cette inversion de mieux n'était pas obligatoire.
Mais il faut le vouloir, et vaut mieux se résoudre, En aspirant au ciel, être frappé de foudre.... [MALH., V, 30]
Ne rien valoir, en parlant des personnes, être méchant, vicieux, dangereux.
Tout le monde me prend pour un homme de bien ; Mais la vérité pure est que je ne vaux rien [MOL., Tart. III, 6]
Mon Dieu ! que les hommes ont de talent pour ne rien valoir ! [MARIV., Marianne, 1re part.]
Chassé de la maison de son père, parce qu'il ne voulait rien valoir [J. J. ROUSS., Ém. II]
Il se dit des choses en un sens analogue.
La Puisieux s'en est épanoui la rate [d'une petite méchanceté faite par Mme de Sévigné] ; Mademoiselle n'osait lever les yeux ; et moi, j'avais une mine qui ne valait rien [SÉV., 27]
Son grand benêt d'amant ne l'aime guère, il trouve Marie bien jolie, bien douce ; ma fille, cela ne vaut rien.... [ID., 144]
Cette chose ne vaut rien, elle n'a presque aucun mérite, presque aucune valeur. Le cheval qu'il a vendu ne valait rien. Cette comédie ne vaut rien du tout. L'étoffe que j'ai achetée ne vaut rien. Cette chose ne vaut rien, se dit aussi d'une chose usée et devenue hors d'usage. Cet habit ne vaut plus rien. Cela ne vaut rien, cela est mauvais, nuisible. Le temps humide ne me vaut rien.
La raison ne me vaut rien ; car elle m'a ôté tout ce que j'avais d'agréments [GENLIS, Ad. et Th. t. II, p. 170, dans POUGENS]
Cela ne vaut rien, signifie aussi, cela n'annonce rien de bon, est de mauvais augure. Il s'endort dès qu'il a mangé, cela ne vaut rien.
Rapporter, donner du profit. Cet emploi vaut tant. Tant vaut l'homme, tant vaut la terre, voy. TERRE.
Faire valoir quelqu'un, lui donner crédit, puissance, occasion de paraître à son avantage.
Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie ; ils les font donc valoir ce qu'ils veulent ; et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur véritable prix [LA ROCHEFOUC., Prem. pens. 50]
Il est moins rare de trouver de l'esprit que des gens qui se servent du leur, ou qui fassent valoir celui des autres, en le mettant à quelque usage [LA BRUY., II]
Là se trouvait dans toute sa perfection l'art... de faire valoir les autres sans prétendre les protéger [GENLIS, Mém. t. II, p. 204]
Se faire valoir, soutenir sa dignité, ses droits. Vous négligez les droits de votre place, vous ne vous faites point assez valoir. Se faire valoir, se montrer à son avantage.
Rien ne devrait plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes louanges, que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses [LA ROCHEFOUC., Réflex. mor. n° 272]
Se faire valoir par des choses qui ne dépendent point des autres, mais de soi seul, ou renoncer à se faire valoir : maxime inestimable et d'une ressource infinie dans la pratique [LA BRUY., II]
S'attribuer plus qu'on n'a.
Je trouve qu'on se faisait peut-être un peu trop valoir dans le siècle passé, quoique avec justice, et qu'on ne se fait peut-être pas assez valoir dans celui-ci [VOLT., Lett. Laurent, 6 déc. 1771]
L'art de se faire valoir et de conduire une intrigue [GENLIS, Parvenus, t. I, p. 65, dans POUGENS]
Un homme ne vaut que ce qu'il se fait valoir, un homme n'obtient de crédit, etc. qu'autant qu'il saisit les occasions et les moyens de faire ressortir son mérite. Se faire valoir de, se donner de l'importance au moyen de.
Je me suis fait valoir ici des nouvelles du combat naval [que j'ai apprises par vous] [SÉV., 26 mai 1676]
Terme de chasse. Se faire valoir, se dit d'un animal qui, dans un terrain gras, a imprimé son pied et sa jambe, de manière à le faire juger plus fort qu'il ne l'est en effet.
10° Faire valoir une chose, lui donner force, puissance. Faire valoir son droit, ses droits.
Jamais Ferdinand n'eut plus de puissance, et ne la fit plus valoir [VOLT., Ann. emp. Ferdinand II, 1629]
Faire valoir une chose, lui donner du prix, la faire paraître meilleure, plus belle.
Je me suis engagé de faire valoir la pièce, et l'auteur m'en est venu prier encore ce matin [MOL., Préc. 10]
Nous lisons la vie de Théodose ; mon fils la fait encore valoir ; car vous savez comme mes enfants savent lire [SÉV., 601]
Les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir [FÉN., Dial. des morts mod. Dial. 13]
Quand de bons acteurs les font valoir [les pièces de théâtre] [VOLT., Comm. Corn. Rem. Essex, v, 3]
En général, l'art de faire valoir une idée consiste à la mettre dans la place où elle doit frapper davantage [CONDIL., Art d'écr. II, 14]
Terme de peinture. Une figure en fait valoir une autre, lorsque, placée auprès, elle a moins de force, moins de fini, moins de beauté. Faire valoir une chose, en relever l'importance, le mérite.
Je ne sais point, seigneur, faire valoir les choses [CORN., Othon, III, 5]
Et de tant de mortels à toute heure empressés à nous faire valoir leurs soins intéressés.... [RAC., Esth. II, 3]
Un premier esclave qui, espérant d'obtenir sa liberté, accusait sans cesse les autres, pour faire valoir à son maître son zèle et son attachement à ses intérêts [FÉN., Tél. II]
Faire valoir sa marchandise, se dit du marchand qui fait ressortir les qualités de ce qu'il veut vendre. Fig. Faire valoir sa marchandise, louer beaucoup ce qu'on a, ce qu'on dit, ce qu'on fait.
Si nous trouvions quelque chose de bon pour votre enfant, nous ne manquerions pas de faire valoir notre marchandise [SÉV., 527]
Faire valoir des motifs, en faire ressortir la force.
Je sais bien que vous êtes en couche ; je fais valoir cette raison qui est bonne [SÉV., 259]
Il [d'Hacqueville] fera valoir vos raisons à M. de Pompone [ID., 29 déc. 1675]
Faire valoir que, avec l'indicatif, ou faire valoir de, avec l'infinitif.
Je lui fais valoir [à Mme de Chaulnes] d'être demeurée pour elle [en Bretagne] [SÉV., 22 juill. 1671]
Et vous venez nous faire valoir que vous aimez votre frère, et qu'il ne vous reste aucune aigreur contre lui, tandis que sa seule présence vous déplaît et vous irrite ! [MASS., Carême, Pardon des off.]
Faire valoir, signifie aussi opposer, objecter. Faire valoir une objection contre quelqu'un.
Je n'avais point voulu que la princesse [de Tarente] vînt ici ; je lui avais fait valoir nos dévotions de jeudi.... [SÉV., 450]
Je crois vous avoir fait entendre que depuis longtemps on faisait valoir les minuties [contre Pompone] ; et cela avait formé une disposition qui était toujours fomentée dans la pensée d'en profiter [ID., 13 déc. 1679]
11° Faire valoir une chose, en tirer le profit, l'avantage qu'elle peut rapporter.
Pour faire valoir la somme par votre industrie [PASC., Prov. VIII]
Ceux qui sont les plus vigilants et les plus industrieux pour faire valoir leurs biens [FÉN., Tél. XI]
Chacun est obligé, en conscience, de faire valoir ses talents [BRUEYS, Muet, II, 3]
Il [Charlemagne] fit valoir ses domaines avec sagesse, avec attention, avec économie [MONTESQ., Esp. XVIII, 31]
Par extension.
Respirer, me promener en long, faire un peu d'exercice, c'est ce qui me fera valoir et profiter tous mes remèdes [SÉV., 7 oct. 1687]
Absolument. Faire valoir, exploiter soi-même sa terre. Terme de chasse. On dit que les chiens font valoir le change, quand ils abandonnent la voie de la bête de meute, pour suivre celle du change.
12° Tenir lieu de, avoir la signification de. L'as au piquet vaut onze. Une blanche, en musique, vaut deux noires. L'M en chiffres romains vaut mille. Faire un acte, remplir une formalité pour valoir ce que de raison, faire un acte, remplir une formalité par pure précaution, et pour servir dans l'occasion comme il sera juste et raisonnable. Cela vaut fait, assurez-vous que cela ne manquera pas de se faire.
Cela vaut fait, monsieur [CORN., Mélite, II, 5]
Autant vaut, même sens.
Autant vaut que Valère s'en aille [GOLDONI, Bourru bienfais. II, 15]
Autant vaut, locution elliptique, peu s'en faut.
Ismène : Est-il mort ? - Cléanthes : Autant vaut : depuis vingt ans et plus Qu'il a pris son parti, nous ne nous sommes vus [REGNARD, Démocr. II, 1]
Merlin : On donne ici le bal ! l'affaire est donc finie ? - Lisette : Autant vaut, mon enfant [ID., le Bal, 4]
Notre boussole est trouvée, ou autant vaut, nous voilà dans la physique [J. J. ROUSS., Ém. III]
Vaut est quelquefois sous-entendu. Autant faire cela sur-le-champ que de différer. Autant vaut traîné que porté, voy. PORTÉ. Autant vaut être mordu du chien que de la chienne, voy. CHIEN.

PROVERBE

    Un bon averti en vaut deux, voy. AVERTI.
13° Peser d'un certain poids. Ces considérations, qui valent pour votre cause, valent aussi pour la sienne.
14° V. a. Procurer, produire, faire obtenir. Ses succès lui ont valu le surnom de Grand. Cette terre lui vaut dix mille francs de rente. La gloire immortelle que lui ont value ses exploits. Les honneurs que mon habit m'a valus.
Vous lui faites [à Pauline] un bien extrême de vous amuser à sa petite raison naissante ; cette application à la cultiver lui vaudra beaucoup [SÉV., 5 août 1676]
J'ai travaillé jusqu'à mes derniers jours ; cela m'a valu des ennemis ; mais aussi cela m'a valu votre amitié ; ainsi je n'ai point à me plaindre [VOLT., Lett. Chabanon, 31 déc. 1774]
Oui, je dormais sur un petit volume Qui me vaudra d'être encore étrillé [BÉRANG., Gohier.]
15° À valoir, terme de commerce et de finance signifiant ce qu'on donne à compte d'une plus forte somme qu'on doit fournir, soit argent, soit marchandise. Je vous envoie vingt balles de café dont vous retirerez le prix à valoir sur ce que je vous dois. J'ai reçu telle chose ou telle somme à valoir sur..., je l'ai reçue en déduction de....
16° Vaille que vaille, loc. adv. Passablement, tant bien que mal.
Il faut me laisser vivre ; après, vaille que vaille, Si j'ai quelque pistole, on me la trouvera [HAUTEROCHE, le Deuil, 29]
On me donnait le soin De fournir la maison de chandelle et de foin ; Mais je n'y perdais rien ; enfin, vaille que vaille, J'aurais sur le marché fort bien fourni la paille [RAC., Plaid. I, 1]
Enfin, vaille que vaille, L'ennemi se soumet, j'ai gagné la bataille [DESTOUCH., Glor. v, 3]
Je suis raccommodé, vaille que vaille, avec Mme du Deffant [D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 18 oct. 1760]
17° Tout coup vaille, loc. adv. qui signifie, à de certains jeux, qu'en attendant la décision de ce qui est en contestation, on ne laissera pas de jouer. Fig. À tout hasard.
Ma foi, tout coup vaille, voyons où la chose ira [HAUTEROCHE, Cocher supp. sc. 18]
Je me divertis toujours, tout coup vaille [DANCOURT, Cur. Compiègne, sc. 2]
Allons donc, tout coup vaille, épousons sans amour [DESTOUCH., Irrésolu, IV, 1]
18° Valant, part. présent. Deux maisons valant cent mille francs.
Le tout ci-dessus mentionné valant loyalement plus de quatre mille cinq cents livres, et rabaissé à la valeur de mille écus par la discrétion du prêteur [MOL., l'Avare, II, 2]

PROVERBE

    Donner et retenir ne vaut, il faut se dessaisir de la propriété d'une chose qu'on donne.

REMARQUE

  • 1. Valoir ne prend point de avec un infinitif.
    Cependant, avec il vaut mieux, mieux vaut, on peut mettre de : Il me vaudrait bien mieux d'être au diable que d'être à lui [MOL., D. Juan, I, 1]
    Mieux vaut encor de penser que de lire [THOMAS, Épît. à Mme D.]
    On dirait aussi sans de : Mieux vaut encore penser que lire.
  • 2. Dans ces phrases : Cette étoffe vaut dix francs ; cet homme sait ce qu'il vaut, on comprend que le régime n'est régime direct qu'en apparence, et qu'il y a une ellipse : Cette étoffe vaut [pour] dix francs ; cet homme sait ce qu'il [pour ce qu'il] vaut.
  • 3. Le participe passé fait difficulté comme coûté pour l'accord. On le traitera de même (voy. COÛTER, aux Remarques), et l'on dira : La somme qu'a valu il y a dix ans ce domaine. Mais quand valoir est actif, signifiant procurer, alors il suit la règle des verbes actifs : Les honneurs que lui a valus cette action. L'Académie ne s'explique ni pour l'un ni pour l'autre cas.
  • 4. Quand il s'agit d'exprimer une valeur, on dit valant : Il a une bonne terre valant dix mille écus ; et, dans ce sens, valant est le véritable participe du verbe valoir. Mais, pour exprimer qu'il les a en sa possession, on dit alors : Cet homme a dix mille écus vaillant ; et dans ce cas vaillant est un substantif masculin employé adverbialement.

HISTORIQUE

  • XIe s.
    Melz [mieux] en valt l'orl que ne funt cinq cenz livres [, Ch. de Rol. XXXVIII]
    Nuls reis de France n'out unkes si vaillant [butin qui valût tant] [, ib. LXXXIX]
    Fuir s'en [il] voelt, mais ne li valt nient [, ib. CXXIII]
  • XIIe s.
    Consels d'orguel ne vaut mie un boton [, Ronc. p. 11]
    N'i perdra Charles [ce] qui vaille un seul denier [, ib. p. 34]
    Miex [mieux] valt mesure que ne valt estoutie [, ib. p. 82]
    Puisque merci ne m'i daigne valoir, [je] Ne sai où nul confort [je] pregne [, Couci, IX]
    Un petit biens vaut mieuz, si Diex me voie, Qu'on fait courtoisement, Que cent greignor [plus grands] fait enieusement [, ib. XVI]
    [Ce] Dont je mourrai ; et, se je vi, ma vie Vaudra bien mort.... [, ib. XXIV]
    Car cil qui pert honor vaurroit mieux mors que vis [, Sax. XXVI]
    Mielz valt fiz à vilain qui est prouz e senez, Que ne fait gentilz hum failliz e debutez [, Th. le mart. 63]
    Service frunt [ils feront] à Sesac, que il sachent quel valt mielz à servir à mei u à Sesac [, Rois, p. 296]
  • XIIIe s.
    Se nous ne doutons à servir ceulx que nos cuidons qui nos vaudront [nous seront utiles], que devons nous faire à ceulx qui nos ont jà valu ? [BRUN. LATINI, Trésor, p. 415]
    Et cil jurerent seur sains qu'il esliroient en bonne foi celui.... qui mieus vaudroit à l'empire governer [VILLEH., CIX.]
    [La couronne] Cent mile mars valoit et plus, à droite vente [, Berte, x]
    En France [nous] envoierons savoir s'il peut valoir [si la chose peut se faire] [, ib. LXV]
    Tuit cil [tous ceux] qui de ta terre sont, Qui de toi fieus [fiefs] et terres ont, Te deivent aider et valer, Si feront il en leur poer [pouvoir] [DU CANGE, valere.]
    Douce dame, ne creez mie Que ce soit voirs, quoi que nus die, Qu'amors contredite soit vraie.... C'est une amors si vaut, si vaille ; Qui n'i puet avenir, si faille [, Lai du conseil]
    Or sai de voir qu'en mon vivant Ne fis chose qui vausist tant [, Ren. 20196]
    Promesse sans don ne vaut gaires [, la Rose, 4107]
    Car en ceste vie terrestre, Miex vaut morir que povres estre [, ib. 8216]
    Li debas vaut poi, qui est fes en derriere de justice, par devant qui le [la] connissance en apartient [BEAUMANOIR, XLIV, 49]
    Et se croisa mon seigneur Gauchier, qui moult bien se maintint outre mer, et moult eust valu se il eust vescu [JOINV., 208]
    Le Seigneur fiert [frappe] ou de mort ou de autres greingneurs mescheances qui pis valent que la mort [ID., 197]
    Et ces choses vous monstré-je, pource que cors sans chief ne vaut riens à redouter, ne gent sans roy [ID., 231]
  • XIVe s.
    Sur ton corps defendant, met le jour de bataille Par droite defiance [défi], et puis vaille que vaille [, Girart de Ross. v. 3425]
    Si sera poi d'honour à vous certainement, Se de nuit assaillons les François tellement, Et on dit à la fois : mieux vaut honour qu'argent [, Guesclin. 22151]
  • XVe s.
    Mieux vaut que nous nous defendions de bonne volonté contre ceux qui viennent, que.... [FROISS., I, I, 327]
    Nous sommes en fort lieu ; un de nous en vaut quatre [ID., II, III, 26]
    Qui veut avoir leur service [des gens d'armes], il faut que ils soyent payés ; autrement ils ne font chose qui vaille [ID., II, II, 222]
    Et là surent chevaux que esperons valoient [ID., II, II, 66]
    Et issit hors.... pour voir s'il pourroit en aucune maniere à son frere valoir ni aider [ID., I, I, 163]
    Ce mois de may, ne joyeulx, ne dolent Estre ne puis ; au fort, vaille que vaille, C'est le meilleur que de riens ne me chaille [CH. D'ORL., Rondeau.]
    Il respondit que ce n'estoit que usance de guerre, et que guerre sans feu ne valloit rien [JUVÉNAL DES URSINS, Charles VI, 1420]
    Le chevalier s'est depuis tant fait valloir et tant est preux que ceulx du pays en ont fait leur roy [, Perceforest, t. VI, f° 108]
    Et que nous vault vostre science ? [, Patelin]
    Guillaume de vilde qui vault à dire en françois le sauvage [COMM., II, 7]
    Je croy que le travail qu'il [Louis XI] eut en sa jeunesse.... luy vallut beaucoup [ID., I, 10]
    Touteffois la ville ne valloit gueres, et aussi.... firent composition [ID., II, 2]
    Le roy ne peult entreprendre une telle euvre [la guerre] sans assembler son parlement qui [en Angleterre] vault autant comme les trois estatz [ID., IV, 1]
    Quand Dieu y veut mettre la main, rien n'y vault [ID., II, 4]
    Et lesdictes lettres sans faille Bien et deuement interinées Par monseigneur Vaille que vaille, Juge de grasses matinées [COQUILLART, Enquête entre la simple et la rusée.]
  • XVIe s.
    À ce soir sont venues trois postes, qui ont apporté au roy que le pape vault que mort, et qu'il n'y a remede en sa vie [, Lettres de Louis XII, t. II, p. 59, dans LACURNE]
    Si nous vallons rien, nous sçaurons que c'est, et luy deroberons si tu me veulx croire [, Cymbalum mundi, p. 65, dans LACURNE]
    C'est un badinage si maigre, qu'il ne vaut pas d'estre refuté [CALV., Instit. 1149]
    Faire valoir ses biens [AMYOT, Péric. 35]
    Il les aguerrissoit et endurcissoit au travail, non point en intention de s'en valoir contre les barbares seulement [ID., Pomp. 72]
    Les esquilles des os vallent mieux qu'elles tombent par nature que par medicamens [PARÉ, XVI, 34]
    Il est necessaire d'ajouster l'humidité au fumier, pour le faire valoir [O. DE SERRES, 97]
    Car la devotion fait valoir le present, Et, comme s'il fust d'or, le fait riche et pesant [RONS., 867]
    Des personnes qui valoient moins que luy [MONT., II, 35]
    Nous faisons valoir nos inconvenients oultre leur mesure, pour attirer les larmes [ID., IV, 112]
    C'est argent qu'argent vaut [COTGRAVE, ]
    Tout bois vaut busches [ID., ]
    Par ma foy, dit Ponocrates [à frère Jean], tu vaux trop [RAB., I, 41]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, vailloir ; génev. vaille qui vaille (ce qui est fautif) ; provenç. et espagn. valer ; ital. valere ; du lat. valere, être fort, valoir ; comparez le sanscrit bala, force.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877

valoir

VALOIR. (Je vaux, tu vaux, il vaut; nous valons, vous valez, ils valent. Je valais. Je valus. Je vaudrai. Je vaudrais. Vaux, valez. Que je vaille, que nous valions, que vous valiez, qu'ils vaillent. Que je valusse. Valant. Valu.) v. intr. Être d'un certain prix, avoir un certain mérite. Cette étoffe vaut tant. Elle valait dix francs le mètre. Vous ne la payez pas ce qu'elle vaut. De ces deux objets, l'un vaut bien l'autre. Ce cheval ne vaut plus la somme qu'il a valu autrefois.

Fam., Cette chose vaut de l'argent, Elle est d'un prix considérable.

Fig. et fam., Cette chose vaut son pesant d'or, Elle est extrêmement bonne dans son genre et on ne peut la payer trop cher. C'est un homme qui vaut son pesant d'or se dit d'un Homme dont on veut vanter les bonnes qualités.

Fam., Cet homme en vaut bien un autre, Cet homme mérite autant d'estime qu'aucun autre.

Prendre une chose pour ce qu'elle vaut, Ne pas s'en exagérer la valeur.

Fig. et fam., Savoir ce qu'en vaut l'aune se dit en parlant des Choses que par expérience on sait être difficiles, fâcheuses, pénibles, de grande dépense, etc. Il a eu des procès, il sait ce qu'en vaut l'aune. J'ai passé par là, je sais ce qu'en vaut l'aune.

Il ne vaut pas la peine qu'on lui réponde se dit, par mépris, d'un Homme avec qui on ne veut point entrer en contestation.

Ironiquement, Les deux hommes se valent, Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre.

Cette chose, cette affaire ne vaut pas la peine d'y penser se dit d'une Chose, d'une affaire de peu de conséquence. On dit dans le sens contraire : Cette chose, cette affaire vaut bien la peine d'y penser, la peine qu'on y pense, Elle est importante et elle mérite qu'on prenne du temps pour en délibérer. On dit absolument dans l'un et l'autre sens : Cela en vaut la peine, n'en vaut pas la peine. Il a fait bien des démarches pour obtenir ce poste, cela en valait la peine.

Fig. et fam., Cela ne vaut pas le diable, Cela ne vaut quoi que ce soit, cela n'est bon à rien.

Cette chose ne vaut rien signifie communément Cette chose n'a presque aucun mérite, n'est presque d'aucune valeur, d'aucune utilité, elle n'a pas les qualités requises; cela se dit tant des Choses qui se vendent que des autres choses, même des Ouvrages de l'esprit. L'étoffe qu'il a achetée ne vaut rien. Il a vendu un cheval qui ne valait rien. Ce potage ne vaut rien. Il fit un grand discours qui ne valait rien. Cet ouvrage ne peut rien valoir.

Cette chose ne vaut plus rien se dit d'une Chose qui est entièrement usée et hors d'état de servir. Ce vêtement ne vaut plus rien.

Cela ne vaut rien signifie encore Cela ne signifie rien de bon, cela est de mauvais augure. Il s'endort dès qu'il a mangé, cela ne vaut rien. Ce vieillard maigrit tous les jours, cela ne vaut rien à son âge.

Cela ne lui vaut rien, Cela est mauvais, relativement à telle ou telle circonstance. Il fait un temps froid et humide, cela ne vaut rien pour moi, cela ne me vaut rien. Il relève de maladie, les ragoûts, la salade ne lui valent rien.

Cet homme ne vaut rien, C'est un méchant homme, un homme dangereux. Ne vous fiez point à lui, c'est un homme qui ne vaut rien.

Fam., N'avoir rien qui vaille, N'avoir rien de bon. Ce libraire n'a jamais rien qui vaille. On dit de même : Ne faire rien qui vaille, Faire de mauvaise besogne. Je lui ai donné de l'ouvrage, il n'a rien fait qui vaille.

Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas la chandelle, La chose dont il s'agit ne mérite pas les soins qu'on prend, les peines qu'on se donne, la dépense qu'on fait.

Prov., Chaque chose vaut son prix, chacun vaut son prix, Il ne faut rien déprécier, ni donner à personne des louanges qui vont à rabaisser les autres. Votre prévention pour cet ouvrier fait que vous n'estimez pas assez les autres; chacun vaut son prix.

Valoir mieux, Être meilleur, préférable. Ma montre vaut mieux que la vôtre. Vous valez mieux que lui. L'estime vaut mieux que la célébrité.

Prov., Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras, La possession d'un bien, si modique soit-il, est préférable à l'espérance d'un plus grand.

Prov., Mieux vaut tenir que courir, Mieux vaut la possession immédiate d'un bien quelconque que la recherche d'un bien plus considérable.

Impersonnellement, Il vaut mieux, Il est plus expédient, plus utile, plus convenable, il est préférable. Il y a beaucoup d'occasions où il vaut mieux se taire que de parler. Il vaut mieux que cela soit ainsi, il vaut mieux qu'il en soit ainsi.

VALOIR signifie aussi Tenir lieu, avoir la valeur, la signification de. L'M en chiffre romain vaut mille, le C vaut cent. Les jetons valent au jeu ce que l'on convient de les faire valoir. L'as au piquet vaut onze. Cette note de musique vaut une mesure. Une blanche vaut deux noires.

Cela vaut fait, Regardez la chose comme faite, soyez sûr qu'elle se fera.

Faire un acte, remplir une formalité pour valoir ce que de raison, Le faire par pure précaution, pour servir dans l'occasion autant qu'il sera juste et raisonnable.

Prov., Un bon averti en vaut deux, Lorsqu'on a été prévenu de ce qu'on doit craindre ou de ce qu'on doit faire, on est, pour ainsi dire, doublement en état de prendre ses précautions ou ses mesures. Il se dit aussi par forme de menace et signifie Prenez-y garde, si vous ne tenez compte de l'avertissement que je vous donne, vous vous en repentirez.

En termes de Commerce et de Finance, À valoir se dit de Ce qui est fourni soit en argent, soit en billets, soit en marchandises, à compte d'une plus forte somme qu'on doit fournir. J'ai reçu telle somme à valoir sur ce qu'il me doit. Je vous envoie vingt balles de draps, dont vous retirerez le prix à valoir sur ce que le dois fournir pour ma part dans la société.

VALOIR signifie aussi Rapporter, donner du profit. Cette terre, cet emploi vaut tant.

Prov., Tant vaut l'homme, tant vaut la terre. Voyez TANT.

Faire valoir une chose, Tirer d'une chose le profit, l'avantage qu'elle peut rapporter. Faire valoir un domaine, une terre. Faire valoir son argent. Faire valoir ses droits. Faire valoir ses talents. On dit absolument : Faire valoir, Exploiter soi-même sa terre.

Faire valoir une chose signifie aussi Lui donner du prix, la faire paraître meilleure, plus belle. C'est la pureté de ce diamant, plutôt que sa grosseur, qui le fait tant valoir. Cet acteur a l'art de faire valoir ses rôles. Il a fait valoir les endroits les plus faibles de son discours par manière dont il l'a débité.

Faire valoir une chose signifie encore En relever, en vanter le mérite, l'importance. Il fait trop valoir ses services. Je ne fais pas valoir un si faible sacrifice.

Faire valoir sa marchandise se dit au propre des Marchands qui, par leurs discours et par leur adresse, savent donner une idée favorable de ce qu'ils veulent vendre. Il se dit figurément et familièrement de Ceux qui louent beaucoup tout ce qu'ils ont, et jusqu'aux moindres choses qu'ils font ou qu'ils disent.

Faire valoir quelqu'un, Le mettre en crédit, lui fournir des occasions de paraître à son avantage.

Se faire valoir, Se faire apprécier. Vous êtes trop modeste, vous ne savez pas vous faire valoir. C'est un fanfaron qui veut se faire valoir. Il se fait valoir aux dépens des autres.

VALOIR s'emploie aussi comme verbe transitif et signifie Procurer, faire obtenir, produire. Cette bataille lui a valu le bâton de maréchal de France. Que lui a valu son ambition, sinon de le rendre odieux? Cette action ne lui a valu que de la honte. La gloire que cette action lui a value.

SE VALOIR, Avoir la même valeur. Ces deux oeuvres se valent. Ces deux gredins se valent.

VAILLE QUE VAILLE, loc. adv. et familière. À tout hasard, quoi qu'il en soit. Prenez sa promesse vaille que vaille.

Dictionnaire de L'Académie française 8th Edition © 1932-5

valoir

Valoir, Valere.

Valoir autant que les Grecs, Respondere laudibus Graecorum.

Valoir et servir de ce qu'un autre chose sert, Vicem exhibere.

Faire plus valoir, Augere merces.

Il vaut tous les ans tant au Roy, Auget haec res quotannis regni fis cum tot millibus. B.

Valoir de revenu, Pensitare. B.

Cet homme vaut son pesant d'or, Hunc hominem decet auro ex pendi.

Il le valoit bien, Merito eius factum est.

La chose le valoit bien, Fuit tanti, Magno mihi seu ratio seu facili tas stetit, sed fuit tanti. B. ex Plin.

La chose ne le valoit pas, Non fuit tanti, Vix operaepretium erat. Budaeus.

N'avoir plaidé chose qui vaille, Actoris causa vel defensoris, audito res, vel consilium poenituit. B.

Tien voila autant d'argent qu'il vaut, Argentum quanti est su mito.

Cette cité ici vaut beaucoup plus sans comparaison, etc. Haec ciuitas longe plurimum totius Galliae aequitatu valet.

Cela vaut autant que loy, et sert de loy, Valet vt lex.

Il vaut mieux, que, etc. Praestat furi hic suspendi, quam apud infe ros ardere.

Il vaut mieux d'aller à luy, Melius est eum adire.

Ne faire chose qui vaille. Nihil agere.

S'ils n'ont rien fait qui vaille, Si nihil quod operaepretium esset, fe cerunt.

Les biens de Roscius qui vallent, etc. Bona Sext. Roscij quae sunt sexagies.

Pourtant que le boisseau de froment valloit deux sesterces, Quod sester ciis duobus tritici modius esset.

Il luy eust beaucoup mieux vallu de, etc. Fuerat praestabilius.

Il vaudroit mieux n'avoir jamais esté vainqueur, Tanti non fuit victo ria. B. ex Valer. Max.

Croy moy, la chose le valoit bien, Fuit tanti mihi, crede.

Un homme qui ne vaut rien, Impurus, Nihili.

Jean Nicot's Thresor de la langue française © 1606

valoir


VALOIR, v. act. [Va-loar.] Je vaux, tu vaux, il vaut; nous valons, je valois ou valais; je valus; j'ai valu; je vaudrai; je vaudrois ou vaudrais; que je vaille, tu vailles; il vaille, que nous valions, vous valiez, ils vaillent; que je valusse; valant, valu. = 1°. Être d'un certain prix. "Cette étofe vaut dix francs l'aûne: de ces deux chôses, l'une vaut l'aûtre; vaut mieux que l'aûtre. = En st. prov. "Cela vaut de l'argent, est d'un prix considérable. — Chaque chôse, ou chacun, vaut son prix, a son mérite: il ne faut pas louer les uns pour rabaisser les aûtres. — Cet homme en vaut bien un aûtre; il a autant de mérite que qui que ce soit. — Monsieur vaut bien Madame: il est d'aussi bone maison qu'elle, etc.
   Ma fille vaut bien peu si l'on ne la demande.
       Dest. Le Glor.
"Cet homme ne vaut pas la peine qu'on lui réponde. "Cette afaire ne vaut pas la peine d'y penser: elle vaut bien la peine d'y penser, ou qu'on y pense. — Cela ne vaut rien, n'est d'aucun prix, d'aucun usage, ou est hors d'état de servir, ou est mauvais, nuisible, ou ne signifie, ne présage rien de bon. = Bourdaloue dit du Grand Condé, dans l'Or. Fun. de son Père. "Vous savez ce qu'il vaut et ce qu'il a fait; et vous confessez tous les jours que ce qu'il a fait est encore moins que ce qu'il vaut. "Quand on dit à l'Homme, connois-toi, ce n'est pas seulement pour rabaisser son orgueil, c'est aussi pour lui faire sentir ce qu'il vaut. D'OLIV. Pens. de Cic. "Cet homme ne vaut rien, est un méchant homme. Voyez Aûne, Chandelle, Pesant, Soufflet. = Se faire valoir, faire conaître ce qu'on vaut. Il se prend en bone ou en mauvaise part. = Faire valoir une terre; la mettre en état de raporter. = Valoir s'emploie impersonellement avec mieux: alors il régit au premier membre de la phrâse l'infinitif sans préposition, et au second l'infinitif avec la prép. de. "Il vaut mieux se taire que de parler. * Molière lui fait régir le datif, et met de devant l'infinitif~ au premier membre: "Il me vaudroit bien mieux d'être au diable que d'être ici. Il falait: il vaudrait mieux pour moi être, etc. que d'être, etc. "Il vaut beaucoup mieux de marcher d'après les bons modèles, que de s'obstiner à créer des monstres bizares. Sabat. Trois Siècles. Je crois que le de est de trop devant marcher. "Il vaudroit mieux pour le lâche de n'être pas né. De Noé. J'aimerais mieux dire: pour le lâche, il vaudrait mieux n'être pas né. Voy. aimer mieux, au mot AIMER. Quelquefois il n'y a qu'un seul infinitif, ou la conjonction que et le subjonctif: il vaut mieux le lui doner: il vaut mieux qu'il le fasse. = 2°. Tenir lieu, avoir la force, la signification de: "En chifre romain, M. vaut mille, D vaut cinq cens: "En chifre arabe 1 devant 0 vaut dix: 10. "L'as au piquet vaut onze. = En st. prov. cela vaut fait, assurez-vous que cela ne manquera pas de se faire. = 3°. Procurer, faire obtenir. Il a pour 2d régime le datif. "Cette terre lui vaut dix mille livres de rente. "Ses succês inouïs lui avoient valu le surnom de Grand (à Louis XIV) Massill. = 4°. Vaille que vaille, adv. À~ tout hasard. "Donez votre placet, vaille que vaille. = Tout coup vaille; c'est-à-dire, en atendant la décision d'un coup, qui est en contestation, on ne laissera pas de jouer. "Je m'en vais jouer, tout coup vaille. = Autant vaut, peu s'en faut. "Es-tu revenu? — Autant vaut: j'aurai bientôt fait. Marin.

Jean-François Féraud's Dictionaire critique de la langue française © 1787-1788
Synonymes et Contraires

valoir

verbe intransitif valoir
1.  Avoir telle valeur vénale.
2.  Être applicable à.

valoir

verbe transitif valoir
Le Grand Dictionnaire des Synonymes et Contraires © Larousse 2004
Traductions

valoir

(valwaʀ)
verbe intransitif
1. avoir comme prix ou comme valeur Ce tableau vaut 5000 euros. Cet objet vaut cher.
2. être valable pour Cette règle vaut pour tous.
3. mériter Le voyage vaut la peine.
4. il est préférable Il vaut mieux attendre. Il vaut mieux que je parte.
5. faire reconnaître faire valoir un droit

valoir

gelten, aufwiegen, sich verlohnen, wert seinbe worth, worth, be as well to, nothing/not much to choose between, costlonen, waard zijn, waardzijn, bezorgen, evenveel waard zijn (als), gelden (voor), kosten, opleverenésser vàlid, valervære værdvaloritener valor, valervalere, costare, equivalereter valor de, valergällaαξίζω
verbe transitif
avoir comme conséquence pour qqn Cela lui a valu des critiques.
Kernerman English Multilingual Dictionary © 2006-2013 K Dictionaries Ltd.

valoir

[valwaʀ]
vi
(= être valable) [argument, observation] → to hold; [règle] → to apply
Le directeur a rappelé que ce règlement valait aussi bien pour les anciens employés que pour les nouveaux → The manager reminded everyone that the rule applied as much to existing employees as to new ones.
(autres locutions) valoir mieux
Ça vaut mieux → That would be better.
Il vaut mieux se taire → It would be better to say nothing., It's better to say nothing.
Il vaut mieux que je parte → It's better if I leave., It would be better if I left.
faire valoir que → to point out that
à valoir (COMMERCE)on account
à valoir sur → to be deducted from
vaille que vaille → somehow or other
cela ne me dit rien qui vaille → I don't like the look of it
vt
[+ prix, valeur, effort] → to be worth
Ça vaut combien? → How much is it worth?
Cette voiture vaut très cher → This car's worth a lot of money.
ça ne vaut rien → it's worthless
ce climat ne me vaut rien → this climate doesn't suit me
que vaut ce candidat? → how good is this applicant?
(= causer) valoir qch à qn [+ prix] → to earn sb sth; [+ ennuis] → to cause sb sth
Ce type de comportement lui a déjà valu des ennuis → This kind of behaviour has already caused him problems.
(autre locution) faire valoir [+ droits, prérogatives] → to assert; [+ domaine, capitaux] → to exploit
elle ne sait pas se faire valoir → she doesn't know how to make the best of herself [valwaʀ] vpr/récip → to be of equal merit (péjoratif) → to be two of a kind
Collins English/French Electronic Resource. © HarperCollins Publishers 2005