rude

rude

adj. [ du lat. rudis, brut ]
1. Dur, rugueux au toucher : Sa peau est rude rêche ; doux
2. Désagréable à voir, à entendre : Un vieillard au visage rude sec, sévère âpre, brutal
3. Difficile à supporter : Un hiver rude dur, rigoureux ; clément, doux
4. Qui mène une vie simple, dure ; qui est dépourvu de raffinement : Un rude campagnard fruste grossier ; délicat
5. Difficile à vaincre : Un rude concurrent redoutable
6. Fam. Remarquable en son genre : Un rude appétit.
Maxipoche 2014 © Larousse 2013

RUDE

(ru-d') adj.
Qui n'est pas dégrossi, qui est brut, inculte (sens propre et étymologique).
Vous avez ouï parler de cet amas rude et indigeste [le chaos] qui précéda la disposition et la beauté des choses que nous voyons [BALZ., le Barbon.]
S'ils [les vers] n'étaient remplis d'une certaine beauté qui se fait sentir aux personnes même les plus rudes et les plus grossières [PELLISSON, Hist. Acad. IV, l'Estoile.]
D'esprit, j'en ai fort peu ; mais on l'aurait bien rude Si l'on ne profitait d'une longue habitude [HAUTEROCHE, Bourg. de qual. III, 8]
Les chiens du Kamtschatka sont grossiers, rudes et demi-sauvages, comme leurs maîtres [BUFF., Quadrup. t. VIII, p. 173]
Des mœurs rudes, des mœurs d'une simplicité grossière.
Par extension du sens de non dégrossi. âpre au toucher. Avoir la barbe rude. Une brosse fort rude.
Qu'était-ce donc que son vêtement ? un rude cilice [BOURDAL., Exhort. sur sainte Thérèse, t. I, p. 300]
Couvert de petites saillies ou aspérités nombreuses et sensibles au toucher. Avoir la peau rude. Se dit des plantes qui présentent au tact une aspérité insensible à l'œil.
âpre au goût. Vin rude.
âpre et difficile, en parlant des chemins. Chemin rude. Fig. Le rude sentier de la vertu.
Le juste, sévère à lui-même.... ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire et rude, où il grimpe plutôt qu'il ne marche [BOSSUET, Reine d'Anglet.]
Qui cause de la fatigue, de la peine. Un rude métier. Il a entrepris une rude tâche.
Notre sort est beaucoup plus rude Chez les grands que chez les petits [MOL., Amph. I, 1]
Brontin.... Sort à l'instant, chargé d'une triple bouteille.... L'odeur d'un jus si doux lui rend le faix moins rude [BOILEAU, Lutr. II]
Mais je ne trouve point de fatigue si rude Que l'ennuyeux loisir d'un mortel sans étude [ID., Ép. X]
Ce travail [le Siècle de Louis XIV] est rude ; il y a trois ans qu'il m'occupe et qu'il me tue, sans presque aucune diversion [VOLT., Lett. Caperonnier, 1er juin 1768]
Qu'il y ait parmi nous un homme [Damiens] qui ait osé attenter à la vie de son souverain.... qu'on l'ait condamné à être déchiré avec des ongles de fer.... démembré par des chevaux ; qu'on lui ait lu cette sentence terrible, et qu'après l'avoir entendue, il ait dit froidement : la journée sera rude [DIDER., Lett. à Mlle Voland, 15 oct. 1760]
Ma chaise [voiture] était rude, et j'étais trop incommodé pour pouvoir marcher à grandes journées [J. J. ROUSS., Conf. X]
Presque en toutes choses les commencements sont rudes [ID., ib. III]
Ce cheval est rude, il a le train rude, fatigant. Ce barbier a la main rude, il ne rase pas légèrement. Ce cavalier a la main bien rude, il mène durement son cheval.
Par extension, désagréable à voir, à entendre, à prononcer, etc. Avoir le visage, l'air, le regard, la voix rude.
....Sollicitude à mon oreille est rude [MOL., F. sav. II, 7]
La colère et la tristesse les rendent [les traits du visage] plus rudes, et leur donnent un air ou plus farouche ou plus sombre [BOSSUET, Connaiss. II, 12]
Par ce sage écrivain [Malherbe] la langue réparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée [BOILEAU, Art p. I]
La raison quittant son ton rude Prendra le ton du sentiment [GRESSET, Chartr.]
Ce peintre a le pinceau rude, il peint d'une manière dure et sans grâce.
Il se dit de la rigueur des saisons. Un froid rude.
Le rude hiver des années dernières acheva de la dépouiller de ce qui lui restait de superflu [BOSSUET, Ann. de Gonz.]
La Haie est un séjour délicieux l'été, et la liberté y rend les hivers moins rudes [VOLT., Lett. d'Argenson, 8 août 1743]
Fig. Temps rudes, temps où le travail manque, et où la misère est grande.
Où il y a effort violent, lutte violente.
Après avoir achevé le rude siége de Besançon [BOSSUET, Louis de Bourbon.]
Vous avez soutenu de rudes guerres, je l'avoue [FÉN., Dial. des morts anc. Dial. 29]
Des richesses capables de fournir à toutes les dépenses d'une rude et longue guerre [ROLLIN, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 343, dans POUGENS]
La mêlée fut rude d'abord, chaque parti faisant des efforts extraordinaires de bravoure pour soutenir l'honneur de sa nation [ID., ib. t. VI, p. 413]
Le combat fut rude et très opiniâtre [VERTOT, Rev. rom. XII, 215]
Impétueux, intense. Une rude secousse. Essuyer une rude tempête.
Vous soutenez en paix une si rude attaque [RAC., Andr. IV, 2]
Nous lui donnons quelquefois de rudes coups [au gouvernement anglais], mais nous ne le cassons pas [VOLT., Dial. XXIV, 15]
Fig. Un coup rude, une chose qui cause beaucoup de peine.
Ce coup sera sans doute assez rude pour elle [CORN., Hor. IV, 3]
Il se forme parmi les grandeurs une nouvelle sensibilité pour les déplaisirs, dont le coup est d'autant plus rude, qu'on est moins préparé à le soutenir [BOSSUET, Mar.-Thér.]
Fig. C'est un rude coup pour lui, cet événement est très fâcheux pour lui.
10° Fig. Qui cause du mal, de la souffrance.
Deux choses dont la privation m'est bien rude [SÉV., 297]
Il y a des endroits dans la vie qui sont bien amers et bien rudes à passer [ID., à Bussy, 14 mai 1675]
Qu'on ne dise donc plus que l'obéissance est rude ; au contraire, ce qui est rude, c'est d'être livré à soi-même et à ses désirs [BOSSUET, Sermons, Oblig. de l'état relig. 2]
Chrétiens, ne murmurez pas si Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction ; il n'y a rien ici de rude pour elle, puisque Dieu la sauve par le même coup qui vous instruit [ID., Duch. d'Orl.]
À la journée de Senef, le jeune duc.... vient dans les plus rudes épreuves apprendre la guerre aux côtés du prince son père [ID., Louis de Bourbon.]
Quand on a assez d'élévation de génie et d'éloquence pour gouverner, il est bien rude de passer sa vie dans la dépendance d'un peuple capricieux [FÉN., Dial. des morts (Solon, Pisistrate).]
Je travaille depuis vingt ans à recouvrer cette estampe, et je désespère enfin d'y réussir ; cela est bien rude ! [LA BRUY., XIII]
Un écrit trop long est un impôt très rude qu'on met sur la patience du lecteur [VOLT., Pol. et lég. Lett à M. T***.]
Le doute en mon malheur est un tourment trop rude [ID., Œdipe, V, 2]
Fig. Une rude épreuve, une situation difficile et délicate, ou dangereuse pour le maintien de l'amitié.
Vous mettez notre amitié à une épreuve trop rude [LESAGE, Diab. boit. 13]
11° Familièrement. Il se dit de ce qui se fait vivement sentir.
J'arrivai, sur le soir, au village d'Ataquinès, avec un très rude appétit [LESAGE, Gil Bl. II, 7]
Une rude tentation, une tentation à laquelle il est difficile de ne pas succomber. J'eus une rude tentation de le confondre en public. Cela me paraît rude, se dit d'une chose difficile à croire. Ce trait est un peu rude, ce propos, ce procédé est difficile à supporter, à dissimuler.
Serait-il possible que les bontés de M. le duc de Choiseul pour ma colonie m'eussent fait tort, et que je fusse à la fois ruiné et opprimé pour avoir fait du bien ? cela serait rude [VOLT., Lett. d'Argental, 11 oct. 1771]
On commence aujourd'hui en ce sens à dire raide pour rude, tant par confusion que par besoin de varier les locutions.
12° Dur, fâcheux, en parlant des personnes. Un père rude à ou envers ses enfants.
Au moins, Seigneur, pardonne à cette multitude, à ce peuple ignorant ; ne lui sois point si rude [GARN., les Juives, IV]
Je croyais avoir été trop rude de refuser ce portrait à Mme de Fontevrault [SÉV., 23 oct. 1675]
La trouvant de jour en jour plus rude pour lui, par le chagrin qu'elle avait d'ailleurs [LA FAY., Princesse de Montpensier, Œuv. t. II, p. 322, dans POUGENS.]
Non que tu sois pourtant de ces rudes esprits Qui regimbent toujours, quelque main qui les flatte [BOILEAU, Ép. IX, à Seignelay.]
Vous savez, monsieur, que nous avions tous conseillé à Clarice d'affecter de paraître sévère et rude aux domestiques, en présence de M. Grichard, afin de gagner ses bonnes grâces [BRUEYS, Grondeur, I, 12]
C'est un rude homme que M. André, quand il a affaire à cette espèce méchante et sotte [VOLT., l'Homme aux 40 écus, Scélérat chassé]
Las ! j'épousai bien jeune encor La liberté, dame un peu rude [BÉRANG., Refus.]
Il est rude aux pauvres gens, à pauvres gens, se dit quand un homme prend avantage de sa supériorité pour maltraiter un inférieur.
Ah ! que tu es rude à pauvres gens ! fi ! que cela est malhonnête de refuser les personnes ! [MOL., G. Dand. II, 1]
Il se dit des choses en un sens analogue. Il reçut un traitement bien rude. Une rude réprimande.
Pour ne vous faire pas de réponse trop rude [CORN., Nicom. IV, 5]
Elle [la reine] lui fit à lui-même, dès l'après-dînée, des reproches aussi rudes et aussi violents, que s'il lui avait fait toutes les perfidies imaginables [RETZ, Mém. t. II, liv. III, p. 479, dans POUGENS]
Je ne sais comme vous avez pu imaginer qu'il fût honnête de refuser une telle chose [un cadeau du cardinal de Retz] ; ou je radote et ne sais plus vivre, ou c'eût été la plus rude et la moins respectueuse action que vous eussiez jamais pu faire [SÉV., à Mme de Grignan, 22 août 1675]
....Ah ! qu'il m'explique un silence si rude [RAC., Bér. II, 5]
13° Rigide, austère. La règle de cet ordre est bien rude.
14° Redoutable. Un rude adversaire.
Le pays délivré d'un si rude ennemi [CORN., Cid, IV, 3]
Il avait souvent dit à Mme de Senantes, en parlant de Matta, que c'était la plus rude épée de France [HAMILT., Gramm. 4]
C'est un rude joueur, une rude joueuse, se dit d'une personne qui ne sait pas jouer ou folâtrer sans faire du mal. Fig. et familièrement. C'est un rude joueur, c'est un homme à qui il ne fait pas bon se jouer. C'est un rude jouteur, c'est un homme avec qui il ne fait pas bon se mesurer, au propre et au figuré.
Ce n'est qu'un.... essai [la traduction d'un livre de Tacite].... un si rude jouteur m'a bientôt lassé [J. J. ROUSS., Trad. du 1er livre des Histoires, Avert.]
Populairement. Un rude lapin, un homme courageux, hardi.
15° S. f. Espèce de couleuvre.

HISTORIQUE

  • XIIIe s.
    Li rudes hom fet la rude œuvre ; Se rudes est, rudes est bues [le bœuf] ; Rudes est, s'a nom Rudebues ; Rustebues oevre durement [RUTEB., 329]
  • XIVe s.
    Rudes, malgracieux jamais plus ne sera ; Il bat, il fiert, il rue les enfants de deça [, Guesclin. 118]
    Semblant doulx et courtois vers tous, Et, en cuer, faulx, rude et estous [arrogant] [BRUYANT, dans Ménagier, t. II, p. 26]
    Il avoit enseigné les letres aus gens de la terre qui erent [étaient] rudes et simples [BERCHEURE, f° 9, verso]
    Oroison rude et mal composée [ID., f° 89]
  • XVe s.
    ....Et ne soyons pas si rudes et si rebelles, que nous fassions perdre davantage, puisque bellement.... nous pouvons venir à paix [FROISS., II, III, 42]
    Posons encore que l'homme soit de rude entendement, si est-ce, comme dict le proverbe, que l'usage rend maistre [, Bouciq. IV, 10]
    Comment sont li noble si rude Qu'ilz ont la science en despit ? Dont ilz sont de venu petit [E. DESCH., Miroir de mariage, p. 110]
    Un soir, qu'il faisoit fort rude temps.... [LOUIS XI, Nouv. XI]
    Laquelle femme ne fu aucunement visitée.... mais par gens rudes, ignorans, et non pas expers du mestier de cirurgerie [DU CANGE, ruditas.]
  • XVIe s.
    Estant ainsi devenu de prince populaire tyran violent, il en fut estimé non seulement rude et rigoureux, mais, qui pis est, deloyal et ingrat [AMYOT, Pyrrh. 51]
    C'est une croppe de montagne rude et aspre de tous costez [ID., Sylla, 38]
    C'a esté un zele desordonné de quelques rudes et idiots [CALVIN, Avertissement sur les reliques]
    Il en fera une rude vengeance [ID., Instit. 66]
    Un rude tireur le floret au poing [MONT., I, 164]
    Des nations assises soubs bien plus rude ciel que le nostre [ID., I, 259]
    À rude chien dur lien [COTGRAVE, ]

ÉTYMOLOGIE

  • Provenç. rude ; espagn. rudo ; it. rude ; du latin rudis.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877

rude

RUDE. adj. des deux genres. Qui est âpre au toucher et dont la surface est inégale et dure. La toile grosse et neuve est extrêmement rude. La haire et le cilice sont rudes sur la peau. Avoir la peau rude. Avoir la barbe rude. Le grès est rude au toucher. Une brosse rude.

Il se dit aussi de Ce qui est âpre au goût, au palais. Voilà du vin qui est rude.

Il signifie encore Qui est raboteux. Les chemins en ce pays-là sont fort rudes.

Il se dit figurément de Tout ce qui cause de la peine, de la fatigue. Il a entrepris une rude tâche. Le métier de tailleur de pierre est très rude. Nous avons eu une journée très rude.

RUDE signifie aussi Qui est violent, impétueux. Un rude assaut. Un rude choc. Une rude attaque. Une rude secousse. Essuyer une rude tempête.

Il signifie encore Qui est difficile à supporter, rigoureux. Un temps rude. Une saison rude. Un froid extrêmement rude. L'hiver a été rude.

Les temps sont rudes se dit des Temps où l'on a beaucoup à souffrir, surtout des temps où il y a peu de travail et beaucoup de misère.

C'est un rude coup pour lui, Cet événement est très fâcheux pour lui.

Une rude épreuve, Une situation difficile et pénible. Sa vertu fut mise à une rude épreuve, à de rudes épreuves.

Une rude tentation, Une tentation à laquelle Il est difficile de ne pas succomber.

Fam., Cela me paraît rude se dit d'une Chose difficile à croire.

Fam., Ce trait est un peu rude se dit d'un Propos ou d'un procédé difficile à supporter, à accepter.

RUDE se dit encore de Diverses choses qui, par leur dureté, sont choquantes, désagréables à voir, à entendre, à lire, etc. Avoir le visage rude, l'air rude, les manières rudes. Avoir la voix rude, la prononciation rude. Un auteur qui a le style rude. Ces vers-là sont rudes.

Ce peintre a le pinceau rude, Il peint d'une manière rude et sans grâce. Ce coiffeur a la main rude, Il ne rase pas légèrement. Ce cavalier a la main très rude, Il mène durement son cheval.

Des moeurs rudes, Des moeurs d'une simplicité grossière.

RUDE signifie également Qui est fâcheux, dur, extrêmement sévère. Cet homme a l'humeur rude, l'esprit rude. Un maître qui est rude envers ses domestiques. Dire des paroles rudes à quelqu'un. Il a reçu un traitement très rude.

Il est rude aux pauvres gens se dit d'un Homme qui traite avec dureté, avec hauteur ceux qui ont affaire à lui.

RUDE signifie aussi Qui est rigide, austère. La règle de ces religieux, de cet ordre est très rude.

Il signifie encore, familièrement, Qui est redoutable. Vous avez là un rude adversaire. C'est un rude dialecticien.

Fam., C'est un rude jouteur, C'est un homme avec lequel il ne fait pas bon se mesurer. On le dit au propre et au figuré.

Dictionnaire de L'Académie française 8th Edition © 1932-5

rude

Rude, Semble qu'il vienne de Rudis, ou de Durus, par transposition de lettres, Dur, Rud, Agrestis, Durus, Austerus, Inclemens, Seuerus, Asper.

Rude et difficile, Difficilis et morosus.

Pere qui n'est point rude, Facilis pater.

Se monstrer rude et maupiteux, Obsaeuire.

Se monstrer rude à aucun à qui il est advenu quelque adversité, Se duriorem alicuius aflictae fortunae praebere.

Temps rude Immite et turbidum coelum.

¶ Rude et aspre à manier, Scaber.

Faire un ais rude et aspre, Asperare asserem.

¶ Rude en ses escrits et qui n'est point poli, Ferus scriptor.

Rude en son parler, Barbarus sermone.

Jean Nicot's Thresor de la langue française © 1606

rude


RUDE, adj. RUDEMENT, adv. RUDESSE, s. fém. RUDOYER, v. act. [2e e muet au 1er et au 2d, è moy. au 3e; rude, deman, dèce, doa-ié. Devant l'e muet, l'y se change en i: il rudoie, pron. ru-doâ. Au futur, cet e muet ne se prononce pas: il rudoiera, etc. pron. ru-doâ-ra, etc.] Rude, en parlant des chôses, est, 1°. Âpre au toucher. "Toile, peau, poil rude. = Âpres au goût: "Du vin qui est rude. = 2°. Raboteux: "Chemin rude. — Dificile, pénible: "Travail, métier bien rude. — Qui fatigue: Voitûre rude; cheval qui a le galop rude. = 3°. Par extension, il se dit de plusieurs chôses qui choquent les yeux ou les oreilles: "Avoir le visage, l'air, le regard rude, les yeux, les manières rudes, la voix, la prononciation rude, le style rude. = "Peintre qui a le pinceau rude, barbier, cavalier qui a la main rude. = 4°. Violent, impétueux; rude choc, assaut, ataque, secousse, tempête. — Fig. famil. rude joueur, homme à qui il ne fait pas bon se jouer. = 5°. Dificile à suporter. "Tems saison, froid rude. — Figurém. les tems sont rudes, on a beaucoup à soufrir, on a peine à vivre. = 6°. Apliqué aux persones, fâcheux: humeur, esprit rude: maître qui est rude à ses écoliers: il est rude aux paûvres gens. = 7°. Austère, sévère. "La règle de ces Religieux est bien rude. Voy. Austère.
   Rem. Rude se plait à précéder le substantif.
   ......O fortune jalouse!
   Pouvois-tu m'accabler par de plus rudes coups?
       Didon.
"De rudes épreuves. "Un rude travail. V. plus haut n°. 4°.
   RUDEMENT a plusieurs des sens de rude. D'une manière rude. "Il lui a parlé, il l' a traité trop rudement: il a été rudement ataqué: cheval qui va, qui galope rudement. "Marquez-moi sur-tout quelle a été la contenance des consuls, lorsqu' ils se sont vus mener si rudement. Cic. à Atticus. Mongault. = En st. prov. Aler rudement en besogne, travailler vigoureûsement et sans relâche. "Il mange, il boit rudement, il y va rudement. = Extrêmement.
   L'animal, dis-je, éloquent et docile,
   En moins de rien fut rudement habile.
       Ververt.
  RUDESSE, qualité de ce qui est rude. "La rudesse du poil, de la barbe, de la peau. La rudesse de la voix, du pinceau, du style. = Ce qu'il y a de rude dans l'esprit, l'humeur, les manières. "Traiter quelqu' un avec rudesse. "La rudesse du traitement qu'on lui a fait.
   Son coeur, né pour la guerre, et non pour la tendresse,
   Des camps, qui l'ont nourri, garde encor la rudesse.
       Sémiramis.
= On ne le dit point dans les aûtres sens de rude.
Rem. Rudesse, au pluriel, se dit des actions, des paroles, dont la rudesse est le principe. Ainsi, l'on dit, la politesse, et des politesses, la grossièreté et des grossièretés. "Parce que je ne suis pas assez heureuse pour réver comme vous (en mauvaise compagnie), je m'impatiente, et je dis des rudesses. Sév. Hors de là on n'emploie que le singulier. On dit à plusieurs, ou de plusieurs, votre rudesse, leur rudesse, et non pas vos rudesses, leurs rudesses.
   RUDOYER, traiter rudement en paroles, st. famil. Il ne faut pas rudoyer les enfans. = Mener rudement de l'éperon, de la houssine: rudoyer un cheval.

Jean-François Féraud's Dictionaire critique de la langue française © 1787-1788
Synonymes et Contraires

rude

adjectif rude
4.  Qui manque de délicatesse.
bourru, brut, fruste, grossier, simple -littéraire: malgracieux, raboteux, rustique.
6.  Qui est difficile à vaincre.
Le Grand Dictionnaire des Synonymes et Contraires © Larousse 2004
Traductions

rude

barsch, grob, arg, derb, harsch, hartrough, harsh, coarse, crude, rugged, toughruw, grof, hardhandig, lomp, onkies, geducht, hard, krachtig, moeilijk, grimmig, rouw, ruig, woest, hardvochtigאשון (ת), נוקשה (ת)γερός, δριμύςduro, brusco, improbo, rudeخَشِنdrsnýbarskcrudoankaraoštar厳しい거친barsksurowyrigorosoсуровыйhårdรุนแรงşiddetlikhắc nghiệt苛刻的 (ʀyd)
adjectif
1. difficile à faire ou à supporter une rude épreuve un hiver rude
2. sévère être rude avec qqn
Kernerman English Multilingual Dictionary © 2006-2013 K Dictionaries Ltd.

rude

[ʀyd] adj
[barbe, toile] → rough
[métier, tâche] → hard, tough
être mis à rude épreuve → to be severely tested
[climat] → harsh
(= bourru) → harsh, rough
(= fruste) → rugged
(= solide) un rude gaillard → a strapping fellow
un rude appétit → a healthy appetite
Collins English/French Electronic Resource. © HarperCollins Publishers 2005