Charles GOLDBLUM
Singapour (1819-1986) : émergence de la ville moderne et mythe rural
De toutes les métropoles du Sud-Est asiatique, Singapour est incontestablement celle qui présente l'image la plus accomplie d'un modernisme assumé. S'étendant à la quasi-totalité de son espace bâti, les formes urbaines - centres internationaux d'affaires, complexes touristiques et commerciaux, « villes nouvelles » et zones industrielles - semblent faire écho au rayonnement économique international de cette petite Cité-Etat d'à peine plus de 2 millions et demi d'habitants.
Ville totale (Global City) comme les dirigeants singapouriens aiment à la désigner (Rajaratnam 1977), elle affirme sa modernité dans la double dimension d'un urbanisme généralisé à l'ensemble du territoire (un peu plus de 600 km2, îlets compris) et du répertoire résolument contemporain de ses formes architecturales. Rien ne vient ici évoquer les contrastes accusés entre « villages urbains » et ville verticale que manifestent des capitales voisines telles que Jakarta ou Bangkok, rien du conglomérat de villages, kampung ou compounds, évocateur d'une tradition urbaine sud-est asiatique de la ville végétale.
Pourtant, si le monde rural n'a jamais occupé une position prépondérante à Singapour - trait que la Cité-Etat partage avec les comptoirs coloniaux britanniques dont elle est issue, mais aussi bien avec les anciennes cités marchandes asiatiques du monde insulindien : Banten, Aceh (Lombard 1970, Reid 1979) - , ceci ne signifie pas pour autant que les formes rurales (qu'elles fussent ou non associées à une économie agricole) aient jamais été totalement exclues de l'île. Or, ces formes entrent en résonance avec des représentations de la nature et de la « campagne » qui, forgées à