Economieinternationale
Economieinternationale
Economieinternationale
Fabrice MAZEROLLE
2
Résumé du cours
3
Sommaire
4
Première partie
Faits, chiffres, institutions et politiques
5
Chapitre 1
Définitions et grandes tendances des échanges contemporains
6
3 - L'économie internationale dans le champ des relations internationales
A - La sphère des échanges réels et la sphère financière
1) Commerce international et investissements directs internationaux
2) Interactions entre commerce international et développement
a) 1963 : Convention de Yaoundé (Cameroun)
b) 1975 : Convention de Lomé (Togo)
c) 2000 : Accord de Cotonou (Bénin)
d) Les Accords de Partenariat Economique (APE)
B - Cadre institutionnel, grandes tendances, théories et politiques
C - Tableau récapitulatif
7
Au début du 20ème siècle, il n’existait pas ou très peu d’organisations internationales
et les relations internationales, y compris les relations commerciales, étaient
gouvernées par les diplomaties bilatérales, les guerres, les traités.
La Société des Nations1 (SdN) était une organisation internationale introduite par le
traité de Versailles en 1919, lui-même élaboré au cours de la Conférence de paix de
Paris (1919), dans le but de conserver la paix en Europe après la Première Guerre
mondiale. Les objectifs de la SdN comportaient le désarmement, la prévention des
guerres au travers du principe de sécurité collective, la résolution des conflits par la
négociation et l'amélioration globale de la qualité de vie.
Basée à Genève, dans le Palais Wilson puis le Palais des Nations, elle est
remplacée en 1945 par l'Organisation des Nations unies. Elle ne joue pas pleinement
son rôle avant la Seconde Guerre mondiale.
1
Source : Wikipedia, La société des Nations.
8
sortent de la SdN. Paul HYMANS devint le premier Président de la Société des
Nations en 1920.
Après de nombreux succès notables et quelques échecs particuliers dans les années
1920, la Société des nations fut totalement incapable de prévenir les agressions de
l'Axe dans les années 1930.
L’Organisation des Nations unies2 (ONU ou encore Nations unies) est une
organisation internationale fondée le 26 juin 1945 à San Francisco pour résoudre les
problèmes internationaux. Elle succède à la Société des Nations (SdN). Elle ne
dispose pas de force militaire mais elle peut demander aux États-membres de fournir
des contingents pour mettre sur pied des forces de maintien de la paix (les Casques
bleus).
Son secrétaire général est actuellement dirigé par BAN KI-MOON, successeur de
Kofi ANNAN, depuis janvier 2007
2
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies
9
Schéma d’ensemble du système des Nations-Unies (Source : Site internet de l’ONU)
Plusieurs des organismes spécialisés de l’ONU sont directement ou indirectement lié
à l’économie internationale et il convient de les mentionner brièvement ici (voir le
schéma d’ensemble du système des Nations-Unies) avant de les resituer plus loin
dans le contexte institutionnel des échanges internationaux contemporains. Il s’agit
en particulier :
Leur but était « d’établir un cadre de coopération économique conçu pour prévenir le
retour aux politiques économiques désastreuses qui avaient contribué à la Grande
Dépression des années 30 »3.
Basé à Washington D.C., il est gouverné par ses 185 États membres (7 de moins
que l’ONU) devant lesquels il est responsable. Depuis le premier novembre 2007, il
a pour Directeur Général Dominique STRAUSS-KAHN, ancien Ministre français des
Finances4, qui remplace le directeur sortant, Monsieur M. Rodrigo de RATO5.
3
Fond Monétaire International, Le fond monétaire international en un clin d’œil,
http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/glancef.htm
4
Son salaire annuel de départ était de 495 000 dollars (soit environ 62000 euros par mois au taux de
janvier 2008) net d’impôts (car les fonctionnaires internationaux ne paient pas d’impôts) et il a une
Lincoln pour voiture de fonction. À la même date, son salaire est égal à deux fois et demi celui du
directeur de la FED, Monsieur Ben BERNANKE et à 52 fois le SMIC de 2007 (Source : Le JDD,
http://www.lejdd.fr/cmc/scanner/international/200739/fmi-le-salaire-de-strauss-kahn-connu_59823.html )
5
Le FMI a plusieurs fois été dirigé durant de longue période par des français depuis sa création :
Pierre-Paul SCHWEITZER de 1963 à 1973, Jacques de LAROSIERE de 1978 à 1987 et Michel
CAMDESSUS de 1987 à 2000.
Voici les cinq principaux objectifs qui sont assignés au FMI :
• assurer la stabilité du système monétaire et financier international , c’est-à-
dire le système de paiements et de taux de change qui rend possible le
commerce entre pays.
• promouvoir la stabilité économique partout dans le monde,
• prévenir les crises économiques,
• contribuer à la résolution des crises économiques lorsqu'elles se produisent,
• promouvoir la croissance et alléger la pauvreté.
12
d’un contestation croissante pour plusieurs raisons dont la plus importante est
vraisemblablement l’apparition un véritable tournant dans la croissance
économique mondiale. En effet, d’après la dernière édition (octobre 2007) de
la publication phare du FMI, les Perspectives de l’économie mondiale, trois
grands pays émergents — la Chine, l’Inde et la Russie — contribuent
désormais pour plus de moitié à la croissance mondiale. I Cette donnée qui
ne changera plus explique qu’une réforme est en cours au FMI qui vise à donner
à ces pays émergents un plus grand rôle au sein du FMI où la représentation
des pays est encore régies par les rapports de puissances qui existaient au
lendemain de la seconde guerre mondiale alors même que le monde s’est
complètement transformé depuis.
La Banque mondiale a été créée en même temps que le FMI, le 1er juillet 1944 à la
Conférence de Bretton Woods. Aujourd’hui plus que jamais, c’est une source
essentielle d'appui financier et technique pour l'ensemble des pays en
développement.
13
La banque mondiale fournit également de nombreuses publications et statistiques
parmi les quelles il convient de mentionner le Rapport Annuel sur le
Développement dans le Monde 2008 et le rapport Doing Business in 2008 qui
propose de classer les pays sur la base de différents critères d’attractivité pour les
investisseurs privés et/ou étrangers (http://www.doingbusiness.org/ )
Trois autres institutions qui œuvrent de concert avec la banque mondiale et qui
forment avec elle le groupe « Banque Mondiale »
La SFI est un organisme qui se consacre au secteur privé. Son but est de favoriser la
croissance économique dans les pays en développement en aidant le secteur privé
de ces pays. Elle injecte des capitaux et fournit des prêts à faible taux dans les
projets de ses clients, qui sont des entrepreneurs des pays pauvres n’ayant pas
accès aux marchés des capitaux des pays développés. La SFI fournit également sa
caution à certains projets proposés par le secteur privé de ces pays, ce qui leur
permet d’obtenir plus facilement d’autres financements. (Son site internet est :
http://www.ifc.org/french )
La MIGA est chargée de gérer les préoccupations des investisseurs vers les pays en
développement afin de favoriser ces investissements qui sont un facteur très
important de croissance. La MIGA fournit aux investisseurs des assurances contre
divers risques liés aux investissements dans ces pays (risques politiques, risque
d’expropriation, risques liés à l’inconvertibilité de certaines monnaies, etc.). La MIGA
sert également de médiateur dans les différends relatifs aux investissements
étrangers. (Son site internet est http://www.miga.org/ ).
La CNUCED a été créée en 1964, sous l’égide de l’ONU, avec pour objectif
d’intégrer les pays en développement dans l´économie mondiale. La CNUCED :
14
• Réalise un important travail d’analyse et de recherche en matière de
développement, mais aussi, ainsi que déjà mentionné, s’agissant du suivi de
investissement internationaux et de l’activité des multinationales qui sont
considérées comme l’un des vecteurs principaux de la croissance des pays en
développement. Son rapport annuel sur l’Investissement ans le monde,
généralement publié en octobre de chaque année, est une mine d’information
qui fait autorité en la matière. La première partie et l’annexe de ce rapport
sont consacrées à la production et à l’analyse de chiffres. La seconde partie
change chaque année et est consacrée à l’étude approfondie d’un thème
particulier. Les thèmes les plus récemment abordés sont (la publication
remonte à 1991) :
L’aide Marshall se concrétisa par des distributions de crédits pour permettre aux
pays bénéficiaires de payer les importations nécessaires en provenance des Etats-
Unis. Quoiqu’unique dans l’histoire, ce mécanisme reste un modèle de coopération
15
internationale efficace et mutuellement profitable. Elle a permis l’expansion du
commerce international et favorisé la constitution de l’Union Européenne. Pendant
quatre ans, de 1948 à 1951, les Etats-Unis ont apporté 14 milliards de dollars d’aide
à la France, l’Italie, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne et à douze autres pays.
Tous les grands secteurs économiques en ont bénéficié : énergie, sidérurgie, travaux
publics et transports.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Marshall_Plan.png
Il a été décidé d’ouvrir en mai 2007 les négociations avec cinq autres pays (le Chili,
l’Estonie, Israël, la Fédération de Russie et la Slovénie), en vue de leur adhésion à
l’OCDE, et de renforcer la coopération de l'OCDE avec l'Afrique du Sud, le Brésil, la
Chine, l'Inde et l'Indonésie, dans le cadre de programmes d'engagement renforcé en
vue de leur adhésion éventuelle. A plus longue échéance l’OCDE envisage son
élargissement vers les pays de l'Asie du Sud-est. Son secrétaire actuel est Monsieur
Angel GURRIA (depuis juin 2006).
6
OCDE (2001), Principes directeurs pour les entreprises multinationales. Le texte des principes et des
études sur les différents aspects de la nouvelle gouvernance sont disponibles sur le site Internet de
l’OCDE, www.ocde.org , rubrique « Gouvernance d’entreprise ».
16
Liste des 30 pays membres de l’OCDE en 2008
Source : http://www.oecd.org/document/1/0,3343,fr_2649_34483_1889409_1_1_1_1,00.html
17
F - L’Organisation Mondiale du Commerce
Le siège de l'OMC est à Genève et, depuis mai 2005, son directeur général est
Français Pascal LAMY, commissaire européen au commerce sous la présidence de
Romano PRODI.
18
Pays membres de l’OMC et pays observateurs (août 2007) – Source : Site internet de l’OMC
(En décembre 2007, l’accession des Îles du Cap-Vert porte le nombre des membres de l’OMC à 152)
Liste des 152 membres de l’OMC classés par ordre alphabétique
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_mondiale_du_commerce
2 – Les principaux blocs régionaux
Avant la deuxième moitié du 20ème siècle, les blocs commerciaux étaient des
réseaux d’échanges institués par la force. Les grandes puissances comme
l’Angleterre et la France avaient ainsi chacune leurs zones d’influence commerciales
privilégiées avec leur colonies d’Afrique et d’Asie. Cependant, la première et la
seconde guerre mondiale ont vu progressivement le démantèlement de ces blocs
coloniaux et leur remplacement par des blocs régionaux qu’il convient d’évoquer
rapidement avant de mieux situer le contexte des échanges économiques
internationaux , car l’existence de ces blocs est déterminante dans l’intensité et la
direction des flux d’échanges de biens, de services et de capitaux.
Cette déclaration inaugurale est assez courte pour être reproduite ici8 : « Messieurs, Il
n'est plus question de vaines paroles, mais d'un acte, d'un acte hardi, d'un acte constructif. La France
a agi et les conséquences de son action peuvent être immenses. Nous espérons qu'elles le seront.
Elle a agi essentiellement pour la paix. Pour que la paix puisse vraiment courir sa chance, il faut,
d'abord, qu'il y ait une Europe. Cinq ans, presque jour pour jour, après la capitulation sans conditions
de l'Allemagne, la France accomplit le premier acte décisif de la construction européenne et y associe
l'Allemagne. Les conditions européennes doivent s'en trouver entièrement transformées. Cette
transformation rendre possibles d'autres actions communes impossibles jusqu'à ce jour. L'Europe
naîtra de tout cela, une Europe solidement unie et fortement charpentée. Une Europe où le niveau de
vie s'élèvera grâce au groupement des productions et à l'extension des marchés qui provoqueront
l'abaissement des prix.
Une Europe où la Ruhr, la Sarre et les bassins français travailleront de concert et feront profiter de
leur travail pacifique, suivi par des observateurs des Nations Unies, tous les Européens, sans
distinction qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, et tous les territoires, notamment l'Afrique qui attendent
du Vieux Continent leur développement et leur prospérité.
La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui
la menacent.
La contribution qu'une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au
maintien des relations pacifiques. En se faisant depuis plus de vingt ans le champion d'une Europe
unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix. L'Europe n'a pas été faite, nous
avons eu la guerre.
L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des
réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations
7
Voir l’annexe 1 à ce chapitre, pour un ensemble de cartes concernant le processus d’intégration
européenne et quelques aspects divers de la constitution de l’UE : http://www.mazerolle.fr/Annexes-
Economie-Internationale-01.pdf
8
Source : Site internet de la fondation Robert SCHUMAN, http://www.robert-
schuman.eu/declaration_9mai.php .
21
européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée : l'action
entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne.
Dans ce but, le gouvernement français propose de porter immédiatement l'action sur un point limité,
mais décisif :
La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et
l'Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. L'établissement de
cette unité puissante de production ouverte à tous les pays qui voudront y participer, aboutissant à
fournir à tous les pays qu'elle rassemblera les éléments fondamentaux de la production industrielle
aux mêmes conditions, jettera les fondements réels de leur unification économique.
Cette production sera offerte à l'ensemble du monde, sans distinction ni exclusion, pour contribuer au
relèvement du niveau de vie et au progrès des œuvres de paix. L'Europe pourra, avec des moyens
accrus, poursuivre la réalisation de l'une de ses tâches essentielles : le développement du continent
africain.
Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à l'établissement d'une
communauté économique et introduit le ferment d'une communauté plus large et plus profonde entre
des pays longtemps opposés par des divisions sanglantes.
Par la mise en commun de production de base et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle, dont les
décisions lieront la France, l'Allemagne et les pays qui y adhéreront, cette proposition réalisera les
premières assisses concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la
paix.
Pour poursuivre la réalisation des objectifs ainsi définis, le gouvernement français est prêt à ouvrir des
négociations sur les bases suivantes.
La mission impartie à la Haute Autorité commune sera d'assurer dans les délais les plus rapides : la
modernisation de la production et l'amélioration de sa qualité ; la fourniture à des conditions identiques
du charbon et de l'acier sur le marché français et sur le marché allemand, ainsi que sur ceux des pays
adhérents ; le développement de l'exportation commune vers les autres pays ; l'égalisation dans les
progrès des conditions de vie de la main-d'œuvre de ces industries.
Pour atteindre ces objectifs à partir des conditions très disparates dans lesquelles sont placées
actuellement les productions de pays adhérents, à titre transitoire, certaines dispositions devront être
mises en œuvre, comportant l'application d'un plan de production et d'investissements, l'institution de
mécanismes de péréquation des prix, la création d'un fonds de reconversion facilitant la rationalisation
de la production. La circulation du charbon et de l'acier entre les pays adhérents sera immédiatement
affranchie de tout droit de douane et ne pourra être affectée par des tarifs de transport différentiels.
Progressivement se dégageront les conditions assurant spontanément la répartition la plus rationnelle
de la production au niveau de productivité le plus élevé.
A l'opposé d'un cartel international tendant à la répartition et à l'exploitation des marchés nationaux
par des pratiques restrictives et le maintien de profits élevés, l'organisation projetée assurera la fusion
des marchés et l'expansion de la production.
Les principes et les engagements essentiels ci-dessus définis feront l'objet d'un traité signé entre les
Etats. Les négociations indispensables pour préciser les mesures d'application seront poursuivies
avec l'assistance d'un arbitre désigné d'un commun accord : celui-ci aura charge de veiller à ce que
22
les accords soient conformes aux principes et, en cas d'opposition irréductible, fixera la solution qui
sera adoptée. La Haute Autorité commune chargée du fonctionnement de tout le régime sera
composée de personnalités indépendantes désignées sur une base paritaire par les Gouvernements ;
un Président sera choisi d'un commun accord par les autres pays adhérents. Des dispositions
appropriées assureront les voies de recours nécessaires contre les décisions de la Haute Autorité. Un
représentant des Nations Unies auprès de cette Autorité sera chargé de faire deux fois par an un
rapport public à l'O.N.U. rendant compte du fonctionnement de l'organisme nouveau notamment en ce
qui concerne la sauvegarde de ses fins pacifiques.
L'institution de la Haute Autorité ne préjuge en rien du régime de propriété des entreprises. Dans
l'exercice de sa mission, la Haute Autorité commune tiendra compte des pouvoirs conférés à l'Autorité
internationale de la Ruhr et des obligations de toute nature imposées à l'Allemagne, tant que celles-ci
9
subsisteront."
9
Disponible aussi en version audio : http://www.robert-schuman.eu/doc/declaration_9mai.wma
23
De la CEE à 6 à l’UE à 27
Source :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/European_union_past_enlargements_map_fr.png
24
formé avec l’UE un Espace Economique Européen en 1994, accord de libre-
échange qui recouvre une bonne part des accords entre pays membres de l’UE
(mais de nombreuses différences persistent).
Au sein de l’UE à 27, 15 pays font partie de la zone euro au 1er janvier 2008 (Voir
carte). De plus, Le Monténégro et le Kosovo utilisent l’Euro de facto. L’entrée de la
Slovaquie est prévue pour Janvier 2009. Le Danemark prévoit un référendum 8
autres pays de l’Est sont amenés a en faire partie : République Tchèque, Etats Balte,
Pologne, Hongrie, Bulgarie et Roumanie
Il existe de nombreux autres blocs commerciaux, mais qui sont soit de moindre
importance économique ou alors dont l’état de développement et d’intégration n’a
pas encore atteint celui de l’UE. Néanmoins, certaines structures comme la
Communauté Sud-américaine des Nations a pour ambition d’atteindre rapidement le
même niveau d’intégration économique, commercial, monétaire et politique que l’UE.
La vocation de ces structures dépasse souvent le simple but de développer les
échanges commerciaux. Passons les en revue en évoquant d’abord l’Afrique, puis
l’Asie et enfin les deux Amériques. Certaines structures ne seront pas évoquées
10
Voir la carte des pays de la zone euro en 2008 augmentée des pays non-membres de la zone
euro mais utilisant néanmoins l’Euro de facto « Euroisation » ou officiellement :
http://www.mazerolle.fr/Annexes-Economie-Internationale-01.pdf
25
mais le lecteur intéressé peut en trouver une liste plus complète sur le site internet
de Wikipédia dont les informations ci-après sont extraites.
L’UMA est une union politique formée en 1989 par les cinq pays du grand Maghreb,
à savoir l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Libye ainsi que la Mauritanie. Le siège de
l'UMA est situé à Rabat (site internet officiel : http://www.maghrebarabe.org/fr/ ). Bien
qu’étant une union politique, elle peut traiter des questions d’échanges commerciaux
entre ces pays. Actuellement son évolution est bloquée par la question du Sahara
Occidental où l’ONU n’a toujours pas pu organiser un référendum
d’autodétermination.
La thèse se fonde sur l’idée développé par l’historien Roger LE TOURNEAU pour qui
« l'idée d'unité nord-africaine est née avant tout d'une réaction contre l'emprise
française sur les trois pays du Maghreb : avant d'être une idée constructive, elle s'est
manifestée surtout comme un réflexe de défense, comme l'addition d'un triple
sentiment commun, celui de la domination française… Autrement l'Afrique du Nord
risque fort de connaître à nouveau le sort qui lui est déjà échu plusieurs fois, c'est-à-
11
Nouh EL HARMOUZI et Youcef MAOUCHI, « Le Maghreb et son union chimérique », 21 février
2008,
26
dire d'en rester aux luttes intestines, à la stagnation économique et technique » (cité
par les auteurs de l’article).
Si, en théorie les objectifs de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) sont la libre
circulation des biens et des personnes ainsi que l’harmonisation des règlements
douaniers afin d’instaurer une zone de libre-échange, il est également question de
mettre en place une monnaie unique capable de consolider le commerce intra-
Maghrébin.
Dans les faits, cependant, cette union n’a rien produit de concret depuis 1989. En
réalité, il n’y a même pas d’échanges entre le Maroc et l’Algérie, car la frontière est
fermée.
D’autant que les objectifs de la CEN-SAD sont très ambitieux : faire de la CEN-SAD
l’équivalent sahélo-saharienne de l’UE à 27 : union économique et monétaire, libre
circulation des biens, des capitaux et des personnes ….
La GAFTA (Greater Arab Free Trade Area), en français Grande zone arabe de libre-
échange, est un pacte de la Ligue arabe en vigueur depuis le 1er janvier 2005, en
projet depuis 1997 et qui succédait à un accord plus restreint, dit accord d’Agadir,
datant de 2004. Il vise à accomplir une zone de libre-échange arabe pour faire face
à la compétition internationale.
27
17 des 22 pays de la ligue arabe ont signé le pacte à Amman en 1997. Actuellement
les membres du GAFTA sont l’Arabie saoudite, l’Autorité palestinienne, le
Bahreïn, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, le
Liban, la Libye, le Maroc, Oman, le Qatar, le Soudan, la Syrie, la Tunisie et le
Yémen. Les futurs membres possibles sont les Comores, Djibouti, la Mauritanie et
la Somalie.
Le Conseil de Coopération du Golfe est une organisation régionale regroupant les six
États arabes du golfe persique. Il a été crée sous l'impulsion de l'Arabie saoudite en
1981. Elle est composée de l'Arabie saoudite, du sultanat d'Oman, du Koweït, de
Bahreïn, des Émirats arabes unis ainsi que du Qatar. Cette organisation a pour
but d'instaurer dans le Golfe un marché commun.
28
Pays membres du Conseil de Coopération du Golfe
L’EAC (East African community) est une organisation internationale en vue d’une
union économique et douanière entre États de l'Afrique de l'Est. Créée une première
fois en 1967 puis dissoute en 1977, elle est reconstituée en 2001 à Arusha
(Tanzanie) entre le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Lors de son 8ème sommet le
30 novembre 2006, l’EAC a admis en son sein le Burundi et le Rwanda (ces deux
pays sont officiellement devenus membres le 18 juin 2007). Le siège de
l'organisation est à Arusha (Tanzanie).
29
5) La Communauté Économique des Etats d'Afrique Centrale (CEEAC)
La CEEAC est une organisation créée en 1983 dont le but est de promouvoir le
libre échange et l’intégration économique entre les 10 pays participants qui sont : le
Tchad, le Cameroun, La République Centrafricaine, le Gabon, le Congo, la
République Démocratique du Congo, le Burundi et l’Angola, la République de
Guinée Equatoriale et au large du Gabon, dans le golfe de Guinée, la République
Démocratique de São Tome et Principe (le Rwanda s’est retiré en 2007). Site
internet : http://www.ceeac-eccas.org/
La CEDEAO est une organisation internationale régionale. Son but principal est de
promouvoir la coopération et l'intégration avec pour objectif de créer une union
économique et monétaire entre les pays de l’Afrique de l'Ouest. Elle fut créée le 28
mai 1975 et compte aujourd'hui 15 États membres : Bénin, Burkina Faso, Cap
Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger,
Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.
30
Carte de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest
Un accord monétaire avec la France a fait que le franc CFA BCEAO a été
convertible avec le franc français jusqu'en fin 1999, par un taux fixe (révisable) et
garanti par le dépôt par la BCEAO d'un fond de réserve à la Banque de France,
constitué par les apports des banques centrales nationales (BCN) de chacun des
pays.
31
Fin 1999, lorsque l'euro a remplacé le franc français, l'accord monétaire avec la
France a été maintenu (en concertation avec la BCE), mais redéfini par un taux fixe
avec l'euro garanti par la Banque de France, en échange du maintien du fond de
réserve.
Carte de l’UEMOA
32
8) La Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC)
La CEMAC est une organisation internationale créée en juin 1999. Elle a pour
mission, entre autres, de créer un véritable marché commun africain. Elle comprend
le Cameroun, le Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le
Tchad ainsi que São Tomé et Príncipe.
Carte de la CEMAC
33
9) Le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (Common Market for
Eastern and Southern Africa) (COMESA) est une organisation internationale à
vocation régionale de l'Est africain, dont 20 états sont membres. Sa vocation est la
coopération économique et la mise en œuvre d’une zone de libre-échange. Les 20
pays sont : l’Angola, le Burundi, les Comores, la République Démocratique du
Congo, Djibouti, l’Egypte, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, la Lybie, Madagascar,
le Malawi, Maurice, l’Ouganda, le Rwanda, les Seychelles, le Soudan, le
Swaziland, la Zambie et le Zimbabwe.
34
10) L’union Douanière d’Afrique Australe
L’Union Douanière d’Afrique Australe (ou South African Custom Union [SACU]) en
anglais) est une union douanière regroupant cinq pays d'Afrique australe créée en
1969 : l'Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland.
L’Union Africaine est une organisation d'États africains créée en 2000, à Durban
(Afrique du Sud) à l'image de l'Union européenne. Elle a remplacé l'Organisation de
l'unité africaine (OUA) en 2002. Il y a actuellement 53 membres de l'UA, soit tous
les pays d'Afrique, à l'exception du Maroc. Ce dernier s’était retiré de l’OUA pour
protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique en
1982. La République arabe sahraouie démocratique ou RASD est un État proclamé
le 27 février 1976 par le Front Polisario, qui revendique la souveraineté sur le
territoire du Sahara occidental. Ce territoire est cependant également revendiqué par
le Maroc, qui en contrôle environ 80%.
35
Carte de l’Union Africaine
Son acronyme anglais APEC [Asia-Pacific Economic Cooperation]) est plus connu.
L’APEC, créée en 1989, a pour but de faciliter la croissance économique, la
coopération, les échanges et l'investissement de la région Asie Pacifique. Elle se
réunit en forum tous les ans pour discuter des moyens d’améliorer la croissance
économique et la prospérité et pour renforcer la communauté Asie-Pacifique.
L'APEC a également réduit les droits de douanes et autres entraves au commerce
d'échanges commerciaux à travers la région Asie-Pacifique, contribuant à créer des
économies nationales efficaces et augmentant considérablement les exportations.
36
Zélande (1989) , Philippines (1989) , Singapour (1989) , Thaïlande (1989) ,
Chine (1991) , Hong Kong (1991) , Taïwan (1991) , Mexique (1993), Papouasie-
Nouvelle-Guinée (1993) , Chili (1994) , Pérou (1998) , Russie (1998) et Viêt
Nam (1998) qui représentent plus du tiers de la population du monde (2,6 milliards
de personnes), approximativement 60 % du PIB du monde et environ 47 % du
commerce mondial. Cette zone représente également la zone de croissance la plus
dynamique depuis une décennie.
Carte de l’APEC
37
le statut d'observateur depuis 1976. Le 23 juillet 2006, le Timor oriental a posé sa
candidature et pourrait devenir membre d'ici 5 ans. L'Australie est aussi intéressée
mais certains pays membres s'y opposent.
Carte de l’ASEAN
38
14) L'Association Sud-Asiatique pour la Coopération Régionale
Son acronyme usuel n’est pas “ASACR” mais plutôt SAARC (South Asian
Association for Regional Co-Operation). C’est une association régionale fondée en
1983 à New Delhi. Elle regroupe 8 pays de l'Asie du Sud : le Bangladesh, le
Bhoutan, l'Inde, les Maldives, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka et, depuis
avril 2007, l'Afghanistan. Ces pays représentent une superficie de 5 127 500 km² et
un cinquième de la population mondiale. De plus, la Chine, le Japon, la Corée du
Sud, les États-Unis et l'Union européenne y ont le statut d’observateurs. En 1993,
les pays membres ont signé de réduction des droits de douane de la région, puis en
2002, un accord de libre échange de l'Asie du Sud qui prévoit la création d'une
zone de libre échange couvrant une population d’environ 1,4 milliards d’habitants.
39
15) L’ALENA ou Accord de libre-échange nord-américain
L’ALENA est plus connue sous son acronyme anglais NAFTA (North American Free
Trade Agreement). C’est est un traité créant une zone de libre-échange entre les
trois pays d'Amérique du Nord : le Mexique, les États-Unis et le Canada. Il est entré
en vigueur le 1er janvier 1994.
L’ALENA
Même s’il est en partie une réponse au Traité de Maastricht, du 7 février 1992,
l'ALENA (qui avait commencé par un Marché commun) n’entend pas suivre la voie
supranationales que l'Union européenne semble s’être tracée.
Une partie de l’opinion américaine reste hostile à l’entrée du Mexique, mais cette
opposition tend à diminuer et l’intégration du Mexique semble avoir durablement
arraché ce pays à la sphère d’influence sud-américaine dans laquelle les Etats-Unis
sont souvent considéré comme un voisin oppressant.
40
16) Le CARICOM
41
Carte du Caricom (« Caribbean Community »)
17) Le Mercosur
Carte du Mercosur
18) La Communauté sud-américaine des nations
44
19) Les deux versions du projet d’Union méditerranéenne
12
.La Libye avait un statut d'observateur jusqu'en 1999, mais depuis 2004, la normalisation des
rapports avec l'UE prépare l'intégration de ce pays dans le processus de Barcelone. Depuis novembre
2007, l'Albanie et la Mauritanie sont également membres de l'EUROMED.
45
b) Le projet SARKOZY d’Union Méditerranéenne
Proposé par le président français Nicolas SARKOZY dans son discours de Tanger
du 23 octobre 200713, l’Union méditerranéenne est un projet d'union supranationale
les pays non membres de l’UE à 27 bordant la méditerranée et les pays de l’UE à 27
bordant la méditerranée. Il est donc différent géographiquement du projet inscrit dans
le cadre du processus de Barcelone (Barcelone = UE 27 + 10, alors que l’Union
Méditerranéenne de SARKOZY serait plutôt dans un premier temps une Union
« strictement » méditerranéenne).
Dans le projet SARKOZY, les États membres se réuniraient en conseil sur le modèle
actuel de l’Union européenne, avec une présidence tournante.
La première réunion est fixée pour juin 2008, un mois avant le début de la
Présidence Française de l'Union Européenne.
13
« A Tanger, mardi 23 octobre, le président français a présenté son projet euro-méditerranéen, "un
rêve de civilisation". Il a invité les chefs d'Etat des pays méditerranéens à tenir une réunion au
sommet, en France, en juin 2008. Devant une assemblée composée de l'élite politique et économique
marocaine réunie au palais royal Marshan, Nicolas SARKOZY a mobilisé, mardi 23 octobre, au
deuxième jour de sa visite d'Etat au Maroc, ce qu'il possède de souffle et de lyrisme pour tenter
d'assurer un destin à son projet d'Union méditerranéenne. Le choix de Tanger, main tendue de
l'Afrique vers l'Europe, n'est pas neutre ». Source : Le Monde du 24 octobre 2007.
46
Le tableau récapitulatif ci-après permet de bien distinguer la « partie réelle » qui est
l’objet de l’économie internationale et la partie « financière », qui est l’objet de la
finance internationale, tandis que la macroéconomie internationale entend englober
les deux dans le cadre de modèle d’inspirations principalement keynésienne.
Mais il n’est pas inutile ici de rappeler ici l’histoire des relations commerciales entre
l’UE et les pays dit ACP (Afrique Caraïbes-Pacifique), qui illustre bien les interactions
entre les questions de développement et celles du commerce international, en même
temps que la concurrence qui existe entre la vision multilatérale du commerce
international au sein de l’OMC et les réalités concrètes du régionalisme ou
« bilatéralisme de bloc ». D’autant que ces accords ont été l’objet de discussions
récentes au sommet UE-UA qui s’est tenu à Lisbonne les 8 et 9 décembre 2007.
47
b) 1975 : Convention de Lomé (Togo)
De très longue date, l’OMC et les Etats-Unis ont toujours critiqué ces accords au
nom du multilatéralisme et du libre-échange. Il est un fait qu’ils n’ont pas permis le
développement des pays concernés. L’EU a finalement accepté de mettre en
conformité sa politique d’aide aux pays ACP et ses engagement à l’OMC qui
interdisent en principe toute discrimination préférentielle.
48
L’idée des Etats-Unis et de l’OMC étant de remplacer ces accords par une vaste
zone de libre-échange Nord-Sud, sous couverts de l’appellation « Accords de
partenariat économique) Mais ni l’Europe, ni les pays ACP ne souhaitent aller dans
cette direction. Les négociations s’annoncent donc difficiles. En effet, à la dimension
strictement commerciale, s’ajoute des considérations d’influence géostratégique,
l’Europe voulant rester très présente sur le terrain de l’aide au développement,
notamment face à l’arrivée de nouveaux bailleurs de fonds autrement plus
redoutables que les Etats-Unis (Chine en particulier) et peu regardant sur la question
de la bonne gouvernance et de l’utilisation des fonds.
49
international en concurrence imparfaite et qui conduisent parfois à
nuancer les conclusions habituelles, favorables au libre-échange, des
théories ricardienne et Heckscher-ohlinienne.
C - Tableau récapitulatif
Là encore, le principal cadre institutionnel dans lequel ces questions sont débattues
(à défaut d’être résolues) est celui de l’organisation des Nations-Unies.
Source: Jared M. DIAMOND, 1997, "Guns, Germs and Steel", Norton & Co.
50
Situation de l’économie internationale au seins des relations économiques internationales
4 - Grandes tendances des échanges économiques contemporains
A - Marchandises et services
Etant le rôle central de l’UE à 27 dans le commerce mondial , l’image que l’on a du
commerce international dépend dont ce bloc est traité dans le commerce. On
considère donc généralement deux cas de figure :
Source : OMC, Statistiques du commerce international édition 2007, Tableau I.8 adapté.
http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2007_e/section1_e/i08.xls
14
Au sujet des importations FAB ou FOB : FOB est un Incoterm qui signifie Free On Board, soit en
français Franco à bord. On dit qu'une marchandise est achetée ou vendue FOB quand celle-ci est
achetée sans les frais de transport et autres frais et taxes y afférant et sans les assurances pour cette
marchandise. Par conséquent, quand on achète un produit quelconque à un prix « FOB », il faut
ensuite qu'on paie son transport et les taxes ainsi que les frais d'assurances pour ce produit. Le prix
« FOB » est ainsi toujours inférieur au prix "CIF" (Cost, Insurance and Freight). (Source : WIKIPEDIA)
53
b) Principaux exportateurs et importateurs de marchandises en excluant le
commerce intra-UE
Source : OMC, Statistiques du commerce international édition 2007, Tableau I.9 adapté.
http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2007_e/section1_e/i09.xls
Une image différente se dessine si l’on considère l’UE comme un bloc dont les pays
ne sont que des « régions ».
• L’EU à 25 ressort alors comme le premier exportateur mondial (sauf si on
additionne la Chine, Hong-Kong et Taïwan.
• Les Etats-Unis restent premier importateur devant l’UE et la Chine.
15
Il s’agit ici de l’UE à 25 et non de l’UE à 27 car en 2006 la Bulgarie et la Roumanie n’étaient pas
encore entrées dans l’UE.
54
• La disparition du commerce entre les pays de l’UE « amaigrit » le total du
commerce mondial et augmente donc la part des principaux pays. Par
exemple, la part de la Chine est de 10,7%) hors Hong-Kong et Taïwan.
• Des pays comme l’Inde et la Russie, qui sont par ailleurs des grandes
puissances économiques émergentes, restent cependant très loin derrière les
trois principaux exportateurs et importateurs de marchandises du monde.
• Le Japon reste une grosse puissance exportatrice et cela ressort mieux si on
regarde le tableau qui exclut le commerce intra-UE, mais il a été dépassé par
la Chine es l’espace d’une décennie. Cela témoigne de la vitesse des
transformations qui caractérisent l’économie mondiale.
Nous avons déjà évoqué l’importance des « blocs régionaux » dont l’UE est le
prototype. La meilleure illustration est en donnée par l’analyse de la « matrice » des
échanges mondiaux intra et interrégionaux publié chaque année par l’OMC. Les
données les plus récentes concernant 2006 sont illustrées sur la carte et le tableau
ci-après.
Les 3 tableaux ci-après permettent de mieux comprendre les chiffres reportés sur la
carte. Dans la diagonale du premier tableau figurent les chiffrent bruts en milliards de
dollars des échanges à l’intérieur des grands blocs régionaux. Ont voit ainsi que le
chiffre de 3651 milliards de dollars correspond au plus gros cercle de la carte et fait
55
apparaitre l’ampleur du commerce intra-européen, qui domine largement le
commerce mondial.
56
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Balancecourante.jpg
La catégorie des services commerciaux n’existe donc pas en tant que telle. Elle est
définie par l’OMC « comme correspondant aux services moins les services fournis ou
reçus par les administrations publiques »16.
16
Source de la classification détaillée : OMC, Métadonnées,
http://www.wto.org/french/res_f/statis_f/its2007_f/its07_metadata_f.pdf pages 161-2.
57
• Les autres services commerciaux : C’est la rubrique la plus détaillée. Elle
comprend :
58
o les services personnels, culturels et relatifs aux loisirs : Ils se
subdivisent en deux sous-catégories,
• Les Etats-Unis sont au premier rang mondial tant pour les exportations que
les importations. Certes, le commerce mondial des services commerciaux
représente environ des échanges de marchandises, mais c’est une
composante très dynamique et appelée à prendre de plus en plus
d’importance.
• Le commerce des services reste probablement sous-évalué étant donné la
difficulté d’adapter les nomenclatures statistiques aux échanges de services
commerciaux. Enfin
• La France conserve aune position de premier plan tant au niveau des
exportations et des importations, essentiellement grâce au tourisme ainsi que
grâce aux grands contrats emportés pour les services de bâtiment et de
travaux publics (mais ceci reste à confirmer par des données plus fines pour
lesquelles des données internationalement comparables existent, mais de
façon plus parcellaires).
• L’Allemagne et le Royaume-Unis sont devant la France, sans qu’il soit
possible d’expliquer pourquoi faute de données plus précises.
• La Chine est très bien positionnée, ce qui permet de souligner que ce pays
n’est pas uniquement « l’atelier du monde ». Il faut également compter avec
sa capacité à se positionner dans les services, y compris ceux liés à la haute
technologie (même si, là encore, les entreprises multinationales implantées en
Chine jouent un rôle important).
• Certains pays qui n’apparaissent pas parmi les leaders du commerce des
marchandises sont un peu plus présents dans le domaine des services, pour
diverses raisons : tourisme, délocalisations de certains services commerciaux
notamment.
59
Principaux exportateurs et importateurs de services commerciaux, 2006
(milliards de dollars et pourcentages)
Source : http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2007_e/section1_e/i10.xls
60
c) Principaux exportateurs et importateurs de services commerciaux en
excluant le commerce intra-UE
Source : http://www.wto.org/english/res_e/statis_e/its2007_e/section1_e/i11.xls
61
On note aussi que la position de nombreux pays émergents ne menace pas encore
de façon aussi directe que dans les services celles de l’Europe et des Etats-Unis.
TATA a non seulement repensé les composants qui entrent la fabrication d’une
automobile mais aussi la façon de les fabriquer ou de les obtenir. Il utilise par
exemple le système d’enchère sur internet pour obtenir jusqu’à 40% des composants
là ou d’autres constructeurs n’e sont encore qu’à utiliser environ 10% à 15%. »17
17
Business Week, « India's Tata Leads Car Innovation--But Is It The Right Innovation ? »
By Bruce NUSSBAUM, 8 janvier
2008.http://www.businessweek.com/innovate/NussbaumOnDesign/archives/2008/01/indias_tata_lea.h
tml
62
Ces réalisations ou les espoirs qu’elles suscitent vont dans le sens de deux ouvrages
récemment publiés par Allen L. Hammond, William J. KRAMER, Robert S. KATZ,
and Julia T. TRAN,
Source : CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde 2007, vue d’ensemble, pages 2-3
63
Les 25 premières entreprises multinationales non financières du monde en 2005
classées d’après leurs actifs à l’étranger (en millions de dollars et nombre d’employés)
Source : CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde 2007, vue d’ensemble, pages 7-8
Chapitre 2
Commerce et politiques commerciales jusqu'à 1948
66
1 - Le commerce international de l'antiquité jusqu'au début du 19ème siècle
L’histoire du commerce international entre les peuples est aussi ancienne que
l’histoire de l’humanité elle-même. Ainsi, pour ne remonter qu’à l’antiquité, on sait
que dès cette époque le commerce international servait à relier les civilisations de la
même façon qu’aujourd’hui le commerce est l’un des ingrédients essentiels de la
mondialisation.
1) Les phéniciens
67
Ils inaugurent une économie basée avant tout sur les échanges commerciaux
maritimes. Ils construisent des ports (premiers enrochements artificiels, création de
digues). Ils vont dominer les échanges méditerranéens pendant près de 1000 ans.
Les marchandises assyriennes et égyptiennes constituent, au début, l'objet principal
du commerce phénicien.
En effet, la Phénicie possède sur son sol les cèdres et les cyprès, et dans son sol le
cuivre et le fer, pour construire de solides bateaux. De plus, la côte phénicienne
abrite de nombreux ports naturels : « Aussi ne faut-il pas s'étonner que, de bonne
heure, des navires phéniciens lourdement chargés de produits égyptiens et
assyriens aient commencé à sillonner les routes navigables du monde antique ».18
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Levant1mil.JPG
18
Cité par Abraham LEON, 1942, in La conception matérialiste de la question juive,
http://www.marxists.org/francais/leon/CMQJ02.htm#N10
68
Le réseau commercial des phéniciens en Méditerranée
Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Image:PhoenicianTrade.png
2) Les carthaginois
69
punique19, Carthage représente un territoire d'environ 73 000 km² et une population
de près de 4 millions d'habitants.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:CarthageMapDe.png
19
Les Carthaginois sont appelés « Carthaginienses » ou « Poeni » en latin, déformation du nom des
Phéniciens dont sont issus les Carthaginois, d'où l'adjectif « punique ». La cause des guerres
puniques est liée à l'expansion concurrente de Rome et de Carthage en Méditerranée occidentale.
20
Hérodote, Histoires.
70
3) Les Grecs
Une des particularités de la Grèce antique est qu’elle était divisée en de multiples
entités autonomes, ce qui va façonner le modèle de la Cité grecque, mais aussi
pousser au développement des échanges économiques et commerciaux. La période
d’expansion économique, commerciale et coloniale maximale de la Grèce
antique se situe entre 810 et 146 avant J.-C. : c’est donc une période qui est à
cheval sur les époques archaïque, classique et hellénistique.
C’est donc de 810 à 750 avant J.-C. que commence l’expansion territoriale de la
Grèce et qu’ils établissent des colonies, d’abord dans les îles de la mer Égée et vers
la côte anatolienne, puis vers Chypre et la côte Thrace, la mer de Marmara et la côte
sud de la mer Noire pour atteindre même le Nord-est de l'Ukraine actuelle. Vers
l'Ouest, ce sont les côtes Albanaises, de Sicile et le Sud de l'Italie qui sont d’abord
colonisées, puis Marseille et la Corse, ainsi que Nord-est de l'Espagne. Des colonies
sont également fondées en Égypte et Libye. Syracuse, Naples, Marseille et Istanbul
sont toutes d’anciennes colonies grecques auxquelles souvent elles doivent leur
noms : Syracusa, Neapolis, Massilia et Byzance.
71
La sphère d’influence économique et commerciale grecque en Méditerranée aux alentours du IV ème siècle avant J.-C.
Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/AntikeGriechen1.jpg
La période d’expansion territoriale est caractérisée par un accroissement du
commerce maritime et de la production artisanale, source d’amélioration des
conditions de vie.
Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f4/AntikeGriechen1.jpg
Le 4ème siècle avant J.-C. est la période où la Grèce atteint un sommet dans son
niveau de développement économique, ou elle est considérée comme l'économie
d'échange et de production la plus avancée du monde.
4) Les Romains
a) La liberté économique
• Les conquêtes drainent l’or, l’argent, les pierres précieuses et les recettes
fiscales vers la capitale de l’empire.
• Ces moyens de paiement repartent ensuite vers les zones pacifiées de
l’empire en échange de produits provenant de ces provinces.
21
Monnaie qui a porté des noms divers (denier, sesterce, aureus, etc.) et qui a beaucoup évolué, voir
l’article de Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie_romaine.
74
• Ainsi la balance des paiements de Rome ressemble-t-elle de façon
prémonitoire à celle des Etats-Unis d’aujourd’hui, c’est-à-dire en permanence
massivement déficitaire.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:LocationRomanEmpire.png
Les conquêtes ramènent aussi à Rome des esclaves qui fournissent une main-
d’œuvre abondante pour faire fonctionner l’activité, qu’il s’agisse de l’artisanat, du
commerce ou des autres services. De façon générale, toute l’activité économique est
réalisée par des esclaves et des étrangers. Le port d’Ostie (qui dessert Rome) est
agrandi pour permettre l’afflux des marchandises (minerais, ivoire, épices, riz, coton,
soie, etc.) qui proviennent de toutes les parties de l’empire grâce à une flotte qui a
dépassé 100 navires à l’époque d’Auguste.
b) L’interventionnisme étatique
75
peuple romain pousse le Sénat à adopter des règles administratives de répartition
des ressources. Progressivement, la distribution des denrées ne sera plus réglée par
le marché, mais réglementée par l’Etat. Ce sont par exemple les lois frumentaires.
Ainsi le prix du blé sera-t-il fixé de plus en plus en dessous de son coût d’importation,
puis l’on assistera à des distributions gratuites. On dispose là d’un bon exemple des
résultats aberrants auxquels conduit une économie réglementée lorsque l’abondance
règne non par le labeur mais par les conquêtes militaires. Le commerce va en effet
progressivement se paralyser.
1) La route de l’étain
La route de l'étain est avec celle de l’ambre et de la soie une des trois grandes
routes commerciales qui remontent à l’antiquité. La route de l’étain allait des mines
de Cornouailles de l’Angleterre à Rome, en Etrurie (Toscane actuelle) et en Grèce
car il n’existait pratiquement pas de mine d'étain dans le bassin méditerranéen ,
métal cependant indispensable à la fabrication du bronze. On l’utilisait pour la
fabrication de statues, d’armes, de mobilier, et de monnaies.
La route traversait la Manche, puis remontait la Seine. Ensuite, par voie de rivières
telle que l’Aube, la Marne, elle était convoyée vers la Saône et la vallée du Rhône
puis, par les Alpes et l'Italie du Nord.
Les gaulois tiraient de gros bénéfices commerciaux du passage de cette route sur
leurs territoires
2) La route de l'ambre
La route de l’ambre est une autre grande route classique du commerce de l'Antiquité
classique. Dès l'âge du bronze, elle la mer Baltique à la mer Méditerranée par la
Vistule, de l'Elbe et du Danube.
L'ambre est une pierre formée de la résine fossile des conifères. On ne la trouve
que rarement en Méditerranée. De ce fait, elle était très recherchée par les peuples
de l'Antiquité classique. Translucide d’aspect, les femmes raffolaient de sa beauté,
et on lui prêtait aussi des vertus magiques et curatives.
De ce fait, dès l'âge du bronze, les Égyptiens, Les Grecs, Les Phéniciens
importaient l'ambre depuis la Mer Noire et la Mer Baltique. Dans la chambre
76
funéraire du pharaon TOUTANKHAMON on a retrouvé des objets fabriqués à partir
de l'ambre de la Baltique. Par la Mer Noire, les échanges commerciaux pouvaient se
poursuivre le long de la Route de la soie.
3) La route de la soie
L’une des routes commerciales les plus importantes et les plus connues, est la route
de la soie, qui reliait la Chine à l’empire romain dès l’an 300 avant J.-C. Si la soie
constituait le plus symbolique des produits échangés le long de cette route, en fait
bien d’autres produits circulaient aussi : perles, pierres précieuses, parfums et
autres produits de luxe.
L’or du Soudan est transporté à dos de chameau, en caravanes dans tout l’empire
Ottoman jusqu’à Bagdad.. Bagdad est un carrefour prodigieux d’échanges où les
caravanes revenant d’Asie croisent celles provenant d’Egypte ou du Sénégal. C’est
un empire commercial immense qui se décline en myriades d’activités locales
reliées entre elles par le commerce. L’unité du monde musulman se fait par la
religion. Le commerce, contrairement à ce qui se passe en occident au même
moment, n’est pas méprisé. Le chèque, mot d’origine arabe, alors inconnu en
occident, est inventé et fréquemment utilisé dans les transactions, conjointement à la
découverte et à l’utilisation du papier. Le taux d’intérêt est cependant condamné, tout
comme dans le monde chrétien à la même époque. L’or en provenance d’Afrique
circule en abondance dans tout le monde musulman et jusqu’à la Chine. Les arabes
contrôlent aussi, à cette époque, la totalité du commerce des esclaves sur les trois
continents. La richesse économique aura pour conséquence le développement de la
vie artistique, culturelle, littéraire (Les mille et une nuits), philosophique (la
bibliothèque de Cordoue compte 400 000 volumes), religieuse et technique (de
nombreuses inventions arabes et chinoises seront transmises à l’occident par le biais
des réseaux de caravanes, comme la poudre et le papier).
77
Bagdad : un des carrefours des échanges sur la route de la soie
Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/aa/Silk_road.jpg
78
2) La reprise progressive des flux d’échange
Dès le Xème siècle, les invasions barbares cessent et c’est l’action pacificatrice de
l’Eglise qui va permettre un essor économique. Parallèlement, les domaines se
regroupent en seigneurie et en féodalité, reliées entre elle par la foi chrétienne. Cette
période, parfois qualifiée de période d’expansion médiévale (de l’an Mil à la
Renaissance) est aussi caractérisée par un essor des activités commerciales, tant
locales qu’internationales. Les hommes d’affaires qui sont au centre de cette activité
commerciale vont largement concourir à faire évoluer l’Europe occidentale « de
l’intérieur » (par opposition au choc « extérieur » qu’à constitué la découverte de
l’Amérique).
L’amélioration de la productivité agricole permet aux serfs les mieux lotis de quitter la
campagne pour les villes. Les autres, une fois l’impôt seigneurial payé, conservent
pour eux l’excédent de leur production. Ils peuvent ainsi : améliorer leur alimentation,
accroître le nombre de leurs enfants, échanger sur les petits marchés villageois
de proximité.
Cette nouvelle source d’énergie, jointe à la division du travail permise par les surplus
agricoles provoque un essor de la métallurgie, tant civile que militaire : socs de
charrues, fers à cheval, serrures et clés, clous, chaînes, armatures de construction,
mais aussi épées, poignards, casques, cottes de mailles, armures, pièces
d’arbalètes.
79
c) Développement des villes
Les villes attirent aussi les classes riches de la société : haut clergé et grands
seigneurs viennent y résider. C’est aussi l’époque de l’édification des cathédrales et
de la construction de vastes remparts destinés à assurer la sécurité des villes. Cela
attire une main-d’œuvre itinérante nombreuse et qualifiée : les artisans compagnons.
Les villes accueillent aussi les représentants de l’administration royale.
C’est à cette époque que se constituent des dynasties familiales qui ouvrent des
comptoirs ou des succursales situés dans les régions les plus actives, et passent
entre elles des accords qui facilitent les transactions.
23
Le mot « lendit « vient du latin « indictus » qui donna « l'endice » en ancien français et qui signifie
« ce qui est fixé » ou « lieu fixé de rencontre ». La foire a disparu en 1793, mais l'emplacement sert
toujours de marché à la ville de Saint-Denis
80
Les villes flamandes sont spécialisées dans l’industrie lainière. Elles
s’approvisionnent en Angleterre, pays spécialisé dans l’élevage du mouton. La
Flandre est à cette époque le cœur industriel de l’Europe du Nord-Ouest.
f) La ligue hanséatique
Les villes se regroupent dans des « hanses », qui sont des associations de
marchands au départ, mais s’organisent par la suite en entités politiques. A leurs
apogées, les villes de la ligue hanséatique s’étendent de Londres à Novgorod (voir
Carte), couvrant ainsi le commerce de la mer du Nord et de la Baltique. Les villes
qui appartiennent à ces « hanses » constituent les unes pour les autres des
débouchés. Leurs marchands entretiennent un réseau de correspondants qui se
renseignent entre eux sur les différents droits de péage et sur les meilleurs moyens
d’optimiser les trajets, ainsi que sur la nature, la qualité et le prix des marchandises
disponibles.
Un axe se constitue entre l’Italie du Nord et la Flandre, avec pour points de passage
Lyon, Auxerre, les foires de Champagne, d’Île de France et de Paris. Il se prolonge
vers l’Angleterre, la mer du Nord et la Baltique.
L’apogée des villes de la ligue hanséatique se situe aux 14ème et 15ème siècles, donc
à la fin du moyen-âge.
Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Haupthandelsroute_Hanse.png
81
g) l’Insuffisance chronique de numéraire, source d’innovation financière
Les grands marchands des ligues hanséatiques sont les seuls à pouvoir prêter de
l’argent. Ils tiennent à leur merci les grands seigneurs et l’église (qui par ailleurs
condamne le prêt à intérêt) par les prêts qu’ils consentent. La fonction bancaire est
ainsi un sous produit de l’activité marchande et est assurée par les mêmes agents
économiques.
82
Schéma simplifié de la lettre de change
La lettre de change et le billet à ordre comme mécanismes de contournement de l’interdiction du prêt à intérêt
84
D - Des grandes découvertes géographiques à la constitution de blocs
coloniaux et commerciaux
Au cours des 15ème et 16ème siècles, les progrès de la navigation maritime ont permis
aux empires portugais et espagnols de se constituer autour du commerce avec
l’amérique, mais aussi tout autour des côtes de l’Afrique jusqu’à l’Asie en créant des
comptoirs comme Macao.
L’exemple de Macao est typique car c’est le plus ancien comptoir européen en
Chine. Cette enclave portugaise fut fondée en 1557 par des missionnaires et
marchands Portugais. Macao avait été donné au Portugal en échange de l’aide qu’il
apportait à la Chine dans la lutte contre la piraterie. Au milieu du 18ème siècle, la
population de Macao était d'environ 40 000 habitants et Macao demeura une plaque
tournante du commerce d’Extrême-Orient jusqu’au début du XIXe siècle. Macao a
finalement été rétrocédé à la Chine en 1999, soit il y a à peine 10 ans.
Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Iberian_Union_Empires.png
a) L’obsession de l’or
Au lieu de seulement contenter les espagnols, cet énorme afflux d'or engendre aussi
une obsession : comment conserver l’or, l'empêcher de s'écouler au dehors. Tous les
moyens sont mis en œuvre pour défendre l'or qui est considéré comme le symbole
de la puissance et de la prospérité. C'est ainsi que l'on développe des doctrines
défensives et thésaurisatrices. Thésauriser, c'est amasser des valeurs pour elles-
mêmes. La thésaurisation s'oppose à l'épargne. La thésaurisation est stérile tandis
que l'épargne est productive car celui qui épargne permet à d'autres d'investir. Celui
qui thésaurise prive au contraire les autres des ressources qu'il accumule.
86
Pour parvenir à ce but, l'Espagne a recours à l'interdiction des sorties d’or, puis à
l’interdiction des importations et des exportations :
• Interdiction des sorties d’or : Dans un premier temps, les sorties d’or sous
quelque forme que ce soit sont prohibées. Or, comme la quantité d'or à
l'intérieur de l'Espagne ne cesse d'augmenter et qu'il y a surabondance de
pièces, les prix augmentent. Comme les prix sont élevés, cela attire des
marchandises étrangères.
87
Afin de protéger leurs intérêts économiques et protéger leur monopole commercial
sur l’Amérique du sud, les Espagnols mirent en œuvre les moyens mercantilistes
suivants :
• Interdiction aux navires étrangers d’entrer dans les ports espagnols et, plus
généralement, interdiction aux commerçants étrangers d’exporter vers
l’Amérique du sud.
Pour mieux contrôler les flux commerciaux, ceux-ci devaient passer par un seul port :
celui de Séville jusqu’en 1720 ; puis celui de Cadix. Ce n’est qu’à partir de 1765 que
le commerce international pu être étendu aux autres ports espagnol.
Ce furent d’abord les Pays-Bas, avec L’empire néerlandais, nom donné aux
territoires sous contrôle des Pays-Bas du XVIIe siècle au XXe siècle.
Les possessions coloniales hollandaises ont été créées par des compagnies
maritimes coloniales privées fédérée sous la houlette de la Compagnie
néerlandaise des Indes orientales. Ces initiatives privées furent par la suite
encouragée par l’Etat hollandais qui y vit l’occasion de créer un empire colonial. Les
noms de nombreux navigateurs et commerçants hollandais ou soutenus par la
Hollande sont alors associés à la découverte des territoires nouveaux aux XVIe et
XVIIe siècles :
88
• Henry HUDSON (1570-1611) : explorateur anglais mais qui fut soutenu par la
Compagnie Néerlandises des Indes Orientales dans ses tentatives de trouver
un passage vers l’Asie à travers l’Océan arctique et le pôle nord (passage dit
« du Nord-est »). On pense qu’il est mort dans la baie qui porte son nom , la
Baie d’HUDSON située entre le Québec et l’Ontario.
24
Le Commonwealth of Nations est l'association, créée après la Première Guerre mondiale, des pays
ayant fait partie de l'ancien Empire britannique (anciennes colonies ou protectorats). Le souverain du
Royaume-Uni dirige le Commonwealth. L'originalité du Commonwealth provient de son organisation :
les pays membres sont unis par leurs intérêts communs, mais sont souverains. Ils ne sont liés par
aucun traité et peuvent rester neutres lorsqu'un conflit engage un ou plusieurs d'entre eux. À ce jour,
le Commonwealth compte 54 États membres. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Commonwealth (voir
la suite sur Wikipedia, notamment l’anecdote selon laquelle Guy MOLLET aurait proposé à Anthony
EDEN un projet qui prévoyait l’intégration de la France dans le Commonwealth !!!)
5) L’empire colonial français
Il ne reste plus aujourd’hui que des populations peu nombreuses qui bénéficient de
divers degrés d'autonomie :
Ce qui est important à souligner, c’est que cet empire colonial a longtemps servi à la
fois de fournisseur et de client à la France qui effectuait avec lui la très grande
majorité de ses échanges dans un cadre protégé et exclusif. La France y plaçait ses
capitaux et en importait toutes les produits que l’empire pouvait lui fournir,
généralement des matières premières et des produits tropicaux. L’exploitation des
productions coloniales étaient confiées à des compagnies françaises, tout comme
leur transport. C’est l’époque de l’apogée de Marseille qui est alors une des plaques
tournantes du commerce mondial. La France exporte également ses surplus de
produits finis vers les colonies.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Vue_de_l%27Hotel_de_ville_de_Marseille_en_1820.PNG
25
La France a perdu la côté Est du Mississippi en 1713 (traités d'Utrecht), puis le côté Ouest ainsi
que le Canada (traité de Paris en 1763). Elle a ensuite repris la côte Ouest du Mississippi, puis
conquis la Louisiane ouest grâce à Napoléon qui revendit le tout aux États-Unis en 1803, la France
ne gardant plus que des îles et quelques comptoirs. L'Amérique du Nord devint alors majoritairement
anglophone.
90
6) Le commerce triangulaire
Pendant toute la période que nous venons de couvrir des grandes découvertes à la
constitution des empires coloniaux (c’est-à-dire du 15ème au 18ème siècle et pendant
une partie du 19ème siècle, l’une des grandes caractéristiques du commerce
internationale fut le « commerce triangulaire », , c’est-à-dire les échanges entre
l'Europe, l'Afrique et les Amériques, qui consistait à réduire en esclavage des
population d’Afrique pour les transporter dans les colonies d’Amérique du Nord et du
sud, ceci afin d‘approvisionner l'Europe en produits de ces colonies.
91
b) La version élaborée du commerce triangulaire
En fait, le commerce triangulaire n’était pas si triangulaire que cela ; il passait par de
multiples routes. Ainsi que l’explique Olivier PETRE-GRENOUILLEAU dans son
ouvrage sur l’histoire de la traite négrière26 « l'Europe s'activait, en amont de la
traite, afin de réunir les capitaux, les marchandises, les hommes et les navires
nécessaires, ainsi que de trouver des alibis pour justifier ce trafic ; tandis qu'en aval,
elle s'occupait de la transformation des denrées coloniales. […] Et l'on sait
aujourd'hui que Rio de Janeiro, et non Liverpool, fut le premier port négrier de la
planète. Outre les traites orientales et internes à l'Afrique, on oublie enfin les trafics
océaniques ne s'inscrivant nullement dans un triangle. Celui reliant le Brésil à
l'Afrique, et notamment à l'Angola, fut essentiel car il fit transiter la plus grande partie
des captifs de la traite atlantique. Celui mettant en contact l'Afrique orientale et les
Mascareignes27 ne fut pas négligeable, de même que celui reliant l'Afrique aux
Caraïbes ».
Jusqu'en 1550, la plupart des esclaves étaient expédiés vers l’Espagne et le Portugal
ou à Madère, à Sao Tome et à Principe. Ce n’est qu’à de partir de 1550 que
commencèrent les échanges avec l’Amérique du sud, notamment dans les
plantations de sucre.
26
Olivier PETRE-GRENOUILLEA U, Les traites négrières, Essai d'histoire globale , éditions
Gallimard, p. 127 et 128.
27
Les Mascareignes sont les trois îles du sud-ouest de l'océan Indien au large de la côte est de
Madagascar et qui doivent leur nom au navigateur portugais Pedro de MASCARENHAS (1484-1555)
qui les a découvertes en 1513. Elles comprennent l’île de La Réunion, l'île Maurice et l'île Rodrigues
forment ensemble, depuis le 12 mars 1968, une République de Maurice complètement indépendante
du Royaume-Uni, bien que membre du Commonwealth. Cette République contrôlant les îlots Agalega
et les écueils des Cargados Carajos, situés assez loin plus au nord, on les rattache souvent aux
Mascareignes par habitude (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mascareignes )
92
En Angleterre, Londres, Bristol et Liverpool furent d’importants ports négriers Le
monopole de ce commerce était concédé à la Royal African Company
28
Keynes, J.M. (1919), Les conséquences économiques de la paix. Traduction française de Paul
Frank, 1920. Paris Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1920, onzième édition, 237 pages.
29
Voir aussi le livre de S. Berger, Notre première mondialisation. Leçons d’un échec oublié, La
République des idées, Paris, Le Seuil, 2003. Ainsi que l’écrit Thierry de MONTBRIAL dans sa préface
au rapport RAMSES 2008 (page 14) : « C’est l’hétérogénéité du monde qui cassa la première
mondialisation, il y a un siècle. Ce fut le drame de la Grande Guerre. Indépendamment de la
93
2) Conséquences commerciales de la révolution industrielle anglaise
technologie, il fallut attendre plus de 70 ans la chute de l’Union soviétique, en 1989-1991, pour que
soient réunies les conditions politiques d’une nouvelle mondialisation ».
30
La clause de la nation la plus favorisée est une clause fréquente des traités de commerce
international. Une nation (A) offrant la clause de la nation la plus favorisée à la nation (B) s'engage,
sur la gamme de marchandises concernées par le traité, à ne pas imposer de droits de douane plus
élevés sur les exportations de B qu'elle n'en impose à tout autre partenaire commercial. Elle garantit
ainsi à B qu'aucune de ses marchandises exportées ne sera défavorisée par rapport aux exportations
d'une autre nation par un droit de douane plus élevé. (Source : Wikipedia)
94
voyagent sont accueillis par d’autres européens. C’est l’époque où il est
possible de faire le tour du monde, non seulement en quatre-vingt jours, mais
encore sans se faire arrêter et sans le moindre passeport.
1) L’avantage du pionnier
La livre sterling était la monnaie la plus largement utilisée et acceptée dans le monde
et le Royaume-Uni était le pays qui avait le plus gros stock d’investissements à
l’étranger. La monnaie britannique et la place financière de Londres étaient les
piliers du système de l’étalon-or, qui s’est rapidement imposé à partir de 1872.
Entre 1872 et 1879, neuf pays ont commencé à appliquer et garantir la parité or de
leur monnaie : Allemagne (1872) ; Danemark, Norvège et Suède (1873) ; Pays-Bas
(1875) ; Belgique, France et Suisse (1876) et États-Unis (1879).
Avec son industrie compétitive, il cherchait des marchés d’exportation et était prêt à
accepter en retour de grandes quantités de produits agricoles et de matières
premières. Le développement de sources d’approvisionnement étrangères a été
favorisé, dans une large mesure, par les exportations de capitaux et l’immigration.
95
Le Royaume-Uni représentait alors à lui seul près du cinquième du commerce
mondial (voir le tableau ci-après) :
Source : Parties de deux tableaux publiés par l’OMC, Rapport sur le commerce mondial en 2007,
pages 50 et 51.
96
Le traité COBDEN-CHEVALIER est un traité de libre—échange qui fut signé entre le
Royaume-Uni et la France le 23 janvier 1860. Il doit son nom à ses deux principaux
instigateurs, l’anglais Richard COBDEN (1804-1865) et le français Michel
CHEVALIER (1806-1879).
• Dans les autres pays européens : les pays européens plus petits ont conclu
des accords commerciaux avec la France, améliorant ainsi l’accès de leurs
producteurs au marché français (où il subsistait d’importants obstacles au
commerce) et contribuant à la création en Europe d’une zone où les droits de
douane étaient faibles.
97
D – Un libre-échange qui demeure limité
31
S’agissant des Etats-Unis, c’est notamment le commodore de l'US Navy Matthew Calbraith PERRY
(1794-1858) qui fut envoyé en 1852 au Japon, au large d'Uraga, porteur d'une lettre du président
américain Millard FILLMORE (1800-1874), avec pour mission d'ouvrir les routes commerciales que le
Japon gardait jusque-là résolument fermées. PERRY et ses canonnières à vapeur firent une
impression telle que le gouvernement militaire japonais (le « Bakufu »), céda et que le Japon s'ouvrit
progressivement au commerce avec l'Occident, en signant la convention de Kanagawa (31 mars
1854).
32
La première guerre de l'opium fut un conflit motivé par des raisons commerciales entre le
Royaume-Uni et l'empire Qing en Chine de 1839 à 1842. Il est souvent considéré comme le début de
l'hégémonie impériale de l'Occident sur la Chine et qui ne prendra vraiment fin qu'avec la
proclamation de la République populaire de Chine en 1949. Sur les origines commerciales de la
première guerre de l’Opium voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l'opium_(1840-1842)
33
La seconde guerre de l'opium dura de 1856 à 1860 et opposa la France et le Royaume-Uni à la
Chine. Cette guerre peut être vue comme le prolongement de la première guerre de l'opium, d'où le
nom que l'on lui a attribué. Sur la seconde guerre de l’opium, voir
http://fr.wikipedia.org/wiki/Seconde_guerre_de_l'opium
98
E – Un libre-échange controversé dès le début
Dès le départ, les avantages du libre échange, pourtant développés par Adam
SMITH puis surtout David RICARDO, étaient loin de faire l’unanimité et de
nombreux arguments en faveur du protectionnisme furent élaborés. Beaucoup de
ces arguments étaient cependant plus élaborés que le protectionnisme « primaire »
des mercantilistes.
Dans son Rapport sur les manufactures (1791), le Secrétaire au Trésor américain
Alexander HAMILTON (1757-1804) développe un nouvel argument : malgré
l’indépendance, l'industrie américaine n'est pas en mesure de concurrencer sur son
propre territoire l'industrie britannique, en raison de son manque d'expérience et de
savoir-faire. Il propose donc de protéger temporairement les industries naissantes,
de préférence par des subventions.
4) Le protectionnisme à la française
Malgré les efforts déployés par Frédéric BASTIAT (1801-1850), la France aussi
reste réticente au libre-échange. On assiste d’abord à une avancée du libre
échange, avec le traité de libre-échange franco anglais (23 janvier 1860) destiné
à abolir les taxes douanières sur les matières premières et la majorité des produits
alimentaires. Une taxe de 30% est fixée pour les produits manufacturés. Ce
rapprochement franco-britannique a été voulu par la reine VICTORIA (1819-1901) et
Napoléon III (1808-1873), afin de confirmer la volonté d'alliance et de coopération
entre les deux ennemis héréditaires.
99
Mais la France reste très protectionniste en matière agricole, protectionnisme qui
connaît sous point d’orgue avec Jules MELINE (1838-1925). MELINE exerça de
nombreuses fonctions ministérielles (dont celle de ministre de l’agriculture) sous la
IIIème république et fut même président du Conseil de 1896 à 1998. MELINE conçoit
l’économie française comme un arbre où l'industrie représente les branches et les
feuilles, et où l'agriculture représente le tronc et les racines. Le Mélinisme est donc
une sorte de retour à la physiocratie.
MELINE est surtout connu pour avoir donné son nom aux "tarifs Méline" de 1892, loi
protectionniste visant à protéger l'agriculture française de la concurrence
internationale, et marquant la fin de la politique de libre-échange entamée sous le
Second Empire.
Ainsi, la dépression européenne de 1873 à 1896 s’est notamment traduite par une
baisse des prix des produits échangés de près de 33%. Certes, le Royaume-Uni
demeurait très attaché aux principes du libre-échange mais les pays européens
continentaux, qui craignaient pour leur secteur agricole et n’avaient pas l’avantage
technologique et commercial de l’Angleterre en matière industrielle, firent fi des
enseignements de RICARDO et commencèrent à relever leurs droits de douane.
Ensuite, le progrès technique vint s’en mêler et aggraver la crise. En effet, c’est à
cette époque que les techniques de réfrigération ont commencé à se diffuser,
engendrant une baisse du prix des importations de viande.
Les agriculteurs européens subirent alors une baisse de leur revenu qui aboutit à
une diminution de leur demande de biens de consommation et d’équipement. Un
effet d’entrainement négatif s’en est alors suivi sur les autres branches de
production. Dans des pays comme la France, les agriculteurs étaient nombreux et
bien représentés sur le plan politique. Ils n’eurent aucun mal à faire adopter des lois
protectionnistes. Les autres secteurs de l’économie se sont alors engouffrés dans la
brèche et réclamés à leur tout des mesures de relèvement des droits de douane.
100
en espérant que le relèvement des droits de douane allait augmenter les recettes du
gouvernement central.
Dès lors, les puissances coloniales européennes ont recentré leurs relations
commerciales avec les zones sous leur contrôle.
Par ailleurs, un nouveau concurrent de poids venait de faire son appariation dans le
commerce international : les États-Unis. Come le montre le tableau précédent, la
part des États-Unis dans les exportations mondiales est passée de 7,9 pour cent en
1870 à 14,1 pour cent en 1900.
Après la guerre de 1870, la France et l’Allemagne étaient devenus des pires ennemis
et il était évident qu’une nouvelle guerre aurait un jour lieu, la France n’acceptant pas
la perte de l’Alsace et de la Lorraine après la guerre de 1870-1871.
En ce qui concerne la France, les conflits sur les échanges commerciaux se sont
également multipliés avec l’Italie (1887-1910) et la Suisse (1893-1895).
101
En conclusion, et malgré la montée du protectionnisme, le commerce mondial a
continué à croître rapidement jusqu’à la Première Guerre Mondiale. En effet, les
conséquences négatives de la montée du protectionnisme ont été notamment
compensée par la stabilité monétaire due à l’a généralisation de l’étalon-or les
progrès technologiques rapides, qui réduisaient les coûts de transport.
En 1916 les alliés ont tenu une conférence économique durant laquelle le Royaume-
Uni, la France et l’Italie se sont mis d’accord pour exclure l’Allemagne de toutes
concessions tarifaire et au contraire de s’accorder entre sur des réductions
importantes de leurs droits de douane bilatéraux.
102
L’Allemagne avait perdu des atouts économiques considérables :
• A l’est des provinces agricoles qui auparavant l’approvisionnaient en céréales
et étaient des débouchés pour ses produits industriels (partie de la Pologne
et de la Tchécoslovaquie).
• À l’ouest, l’Alsace et la Lorraine, les deux grandes régions productrices de
charbon et d’acier, qui furent rendues à la France.
i) L’Europe en 1914
103
Quant à la Russie, à la suite de la guerre civile et de la révolution, elle avait perdu
de nombreux territoires à l’ouest (reconstitution de la Pologne, Finlande, Estonie,
Lettonie, Lituanie). Par ailleurs, l’Union Soviétique de Staline était devenue une
planifiée et autocentrée, et la place du commerce extérieur y était faible, voire
inexistante en dehors des accords de troc.
Malgré les espoirs suscités par la création de la Société des Nations en 1920, les
diverses conférences internationales qui se tinrent sous son égide, n’eurent guère
d’effets sur l’amélioration des relations commerciales internationales34.
Comme l’a souligné l’économiste John Maynard KEYNES dans un livre demeuré
célèbre, " Les conséquences économiques de la paix" qui paru au mois de décembre
1919, et qui eut un retentissement immédiat, il critiquait le montant trop élevé des
réparations qui avaient été imposées aux allemands par le traité. Il préconisait en fait
de réduire le montant de ces réparations et même de les annuler. Il développait l'idée
que l’obligation de payer ces réparations allait empêcher l'Allemagne de se relever et
risquait de provoquer un second conflit. Alors que si on suspendait les réparations,
l'Allemagne connaîtrait un développement économique qui lui permettrait alors de
rembourser sa dette. Mais la France ne voulait pas entendre parler du redressement
allemand. Il y eut bien deux plans successifs (plan DAWES [1865–1951] et Plan
YOUNG [1874-1962]) qui eurent pour conséquence de réduire le montant des
réparations, mais c'est finalement avec l'avènement d’HITLER (1889-1945) que
l'Allemagne cessa de payer.
La guerre avait déjà absorbé une grosse des ressources intérieures de l’Allemagne
(mais aussi de la Franc et des autres pays belligérants) . Une fois la paix revenue, il
n’y avait pas grand-chose à exporter et de plus les flux commerciaux traditionnels
avaient été désorganisés ou réorientés dans les zones qui ne participaient pas au
conflit. Les conditions même de la division internationale du travail s’en trouvaient
définitivement bouleversées. Dans de nombreux pays, on été revenu à l’autarcie.
Seules les économies non européennes ont tiré profit de la Première Guerre
Mondiale. En effet, pendant le conflit, ils ont fourni les exportations de matières
premières et de produits agricoles dont l’Europe en guerre avait besoin et ont ainsi
accru leur potentiel productif en matière de produits manufacturés.
2) L’isolationnisme américain
Bien qu’ayant participé au conflit, les Etats-Unis est sans doute le seul pays a en
avoir profit sur le plan économique, car c’est à cette occasion que les Etats-Unis se
sont imposés comme la première puissance économique du globe, détrônant
34
Les principales conférences qui eurent lieu furent :
• la Conférence financière internationale de Bruxelles (1922),
• la Conférence de Gênes (1922),
• la Conférence économique internationale de Genève (1927)
104
définitivement le Royaume-Uni. Les États-Unis sont devenus le principal créancier et
l’économie la plus puissante du monde, mais n’étaient cependant pas disposés à
jouer un rôle international à la mesure de leur puissance économique.
Aucun système monétaire international viable ne fut remis en place, aucune aide ne
fut apportée aux pays pour leur reconstruction. Ainsi, après quelques années, un
climat de méfiance s’instaura entre les nations. Jusqu’à 1929, la bonne santé de
l’économie américaine semblaient un gage de la certitude que le monde allait vers un
avenir meilleur et dissimulait en partie l’existence des difficultés économiques réelles
de la reconstruction en Europe, tout en entretenant l’illusion d’un retour avant la
situation d’avant 1914. Jamais la Franc et l’Angleterre n’avait par exemple autant
misé sur leurs empire coloniaux respectifs comme source de solutions à leurs
difficultés économiques, cela même alors que la guerre avait déjà largement
contribué à faire de ces colonies de futurs ennemis bien plus que des partenaires.
105
pays cherchaient au contraire à stimuler leurs économies en protégeant certains
secteurs de la concurrence extérieure.
Selon les calculs effectués vers 1925 par la société des Nations de la Société des
Nations, en 1925, les droits de douane sur les produits manufacturés étaient plus
élevés qu’avant la guerre dans la plupart des pays (voir le tableau ci-après).
1) La loi SMOOT-HAWLEY
106
nombreux économistes américains, mais en vain. Dans tous les pays du monde, à
peine connue la nouvelle du vote de cette loi, et avant même qu’elle soit mise en
application, de nombreux pays ont adopté des mesures de rétorsion, paralysant le
commerce international et aggravant la crise économique.
la Loi SMOOT-HAWLEY s’est traduite par une augmentation moyenne des tarifs
douaniers des États-Unis d’environ 20 pour cent au niveau mondial, mais
l’augmentation moyenne concernant l’Europe fut de 50 pour cent entre 1927 et 1931.
107
inquiété pendant plusieurs années après la guerre mais sera finalement relaxé en
1950, tout en étant à partir de cette date tenu à l’écart du pouvoir.
Durant les années 1932-1933, le monde connaît la période la plus protectionniste qui
ait jamais existé. Le graphique ci-après montre clairement que les échanges
internationaux atteignent leur point le plus bas de tout le 20 ème siècle.
Lorsqu’il fut devenu évident que la loi SMOOT-HAWLEY n’avait résolu ni la crise
agricole ni la crise économique aux Etats-Unis, et n’avait pas permis le
redressement des prix des produits agricoles sur les marchés mondiaux, ni
augmenté l’emploi dans le pays, les États-Unis ont commencé à revenir sur cette
politique dans le cadre du New Deal, politique économique d’inspiration keynésienne
108
avant la lettre, menée par le Président ROOSEVELT à partir de son élection en
1934.
Mais ce timide retour vers une plus grande liberté des échanges ne remplaçait pas
une négociation multilatérale qui seule aurait permis une reprise des échanges à
l’échelle mondiale.
109
Chapitre 3
1948- 2008 : Du GATT à l'OMC
110
3 – 1979-1995 : Des difficultés de L’Uruguay round à la naissance de l'OMC
A – Les travaux préparatoires à l'Uruguay Round (1979-1986)
1) Le retour au protectionnisme de l’après Tokyo Round
2) Le projet d’élargir le champ des négociations traditionnelles
3) Les tentations régionalistes des Etats-Unis
B – L'Uruguay Round (1986 - 1995)
1) La déclaration de Punta del Este
2) Le difficile déblocage des négociations
3) Les résultats
a) La charte de l’OMC
b) Les droits de douane
c) Les produits agricoles
d) La fin des quotas sur les textiles et les vêtements
e) Les mesures commerciales correctives
f) L’accord sur le commerce des services
g) L’accord sur les droits de propriété intellectuelle
111
Les 60 ans années d’existence du GATT/OMC peuvent se diviser en 4 périodes,
découpage qui est fonction des différents problèmes et des évolutions dans la
situation mondiale.
Bien avant la fin de la guerre, dès 1941, les Etats-Unis et le Royaume-Uni avaient
débuté des négociations et jeté les bases du nouvel ordre économique de l’après
guerre.
1) La charte de l’Atlantique
La Charte de l’Atlantique est une déclaration solennelle, datant du 14 août 1941, lors
d’une rencontre entre le président américain Franklin D. ROOSEVELT et le Premier
ministre britannique Winston CHURCHILL, le 14 août 1941, à bord du navire
« Prince of Wales » américain au large de Terre-neuve.
112
Cependant, sur la question du commerce, deux désaccords majeurs sont apparus :
• le principe fut admis que les systèmes de préférences existant à une date
donnée seraient exemptés de la règle générale de non-discrimination qui
serait la base de la nouvelle organisation du commerce.
• il fut également décidé que les membres de la future organisation ne
pourraient pas augmenter les faveurs existantes et même qu’ils devraient les
réduire progressivement jusqu’à les faire disparaître totalement.
• Enfin, il fut admis que des restrictions commerciales pourraient être imposées
en cas de difficultés de balance des paiements.
Ce fut l’un des organes de l’ONU, le Conseil économique et social (voir le schéma
d’ensemble du système de l’ONU) qui organisa une conférence en vue de la
création de l’Organisation internationale du commerce (OIC) basées sur le
compromis négocié lors de la Charte de l’Atlantique. Cette conférence nécessita
deux ans de travaux préparatoire (d’octobre 1946 à mars 1948) et aboutit à la
rédaction de la Charte de l’OIC, plus connue sous l’appellation de « Charte de la
Havane » car la dernière réunion fut tenue de novembre 1947 à mars 1948 à La
Havane35.
35
En 1948, Cuba était encore largement dominé par l’influence américaine. Cette influence remontait
à l'intervention des États-Unis dans la guerre d'indépendance aux côtés des insurgés cubains contre
l'Espagne. C’est dans ce contexte qu’en 1901, que le sénateur Orville S. PLATT fit adopter par le
Congrès un texte instaurant des liens particuliers entre Cuba et les États-Unis, texte qui revenait de
facto à faire de Cuba un protectorat des États-Unis . Le texte fut intégré dans la constitution cubaine
et ne fut abrogé qu'en 1934, par un nouveau traité qui se limitait à la création d’une base militaire
américaine perpétuelle sur l’île : la base de Guantánamo. Au moment de la Charte de la Havane, le
pays était alors dirigé par le général Rubén Fulgencio BATISTA y Zaldívar (1901-1973), qui ne fut
renversé par Fidel CASTRO qu’en 1959. EN 1961, eut lieu une tentative de débarquement à la Baie
des Cochons de 1 400 réfugiés, recrutés, payés et entraînés par la CIA américaine, qui se solda par
un échec. Fidel CASTRO s’aligna ensuite sur la politique soviétique, lesquels installèrent peu après
des missiles nucléaires sur l’île. À la suite d’une crise dont le paroxysme fut atteint en octobre 1962,
KHROUCHTCHEV promit de démanteler les bases de missiles russe de Cuba en échange du retrait
des missiles américains installés en Turquie et pointant sur Moscou. L’intégralité des étapes de la
crise de montée aux extrêmes lors de la crise de CUBA n’est connue que depuis 2001. Source :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_missiles_de_Cuba
113
53 pays ont signé la Charte de l’Organisation internationale du commerce (OIC).
Malheureusement, comme en 1919, le Congrès des États-Unis était en majorité
hostile à la Charte, sous la pression de lobbies intérieurs. Certains lobbies trouvaient
que la Charte n’était pas assez cantonnée aux questions commerciales (elle
abordait les questions d’emploi et de lutte contre les cartels, entre autres). D’autres
lobbies trouvaient qu’elle ne protégeait pas suffisamment les investissements
étrangers.
La Charte de la Havane
36
Harry S. TRUMAN (8 mai 1884 - 26 décembre 1972) fut le trente-troisième président des États-
Unis d'Amérique. Après avoir été élu vice-président élu en 1944 avec Franklin Delano ROOSEVELT il
lui succéda à son décès le 12 avril 1945. Il fut réélu pour un second mandat jusqu'en 1953. Sa
présidence a été marquée par de nombreux événements majeurs : bombardements atomiques de
Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945), début de la guerre froide, naissance de l'ONU et guerre de
Corée.
114
B – Le GATT, structure provisoire au départ
1) La création du GATT
Le GATT (de l’acronyme37 anglais General Agreement on Tarifs and Trade) était
moyen différent et temporaire d’arriver au même résultat essentiel que ce qui était
prévu par l’OIC. Car ce que voulaient les négociateurs, c’était la création d’une
institution au sein de laquelle les questions commerciales pourraient être abordées
sur une base multilatérale.
Il était entendu que le GATT devait expirer automatiquement dès que la Charte de
l’OIC entrerait en vigueur. La signature de l’accord eut lieu le 30 octobre 1947 et le
GATT entra en vigueur le 1er janvier 1948 . Son siège fut fixé à Genève en Suisse.
Les 23 pays fondateurs étaient : l’Afrique du Sud, l’Australie, la Belgique, la
Birmanie, le Brésil, le Canada, Ceylan, le Chili, la Chine, Cuba, les États-Unis, la
France, l’Inde, le Liban, le Luxembourg, Norvège, le Nouvelle-Zélande, le Pakistan,
les Pays-Bas, la Rhodésie du Sud, le Royaume-Uni, Syrie et Tchécoslovaquie.
Certains ont disparu depuis, comme la Tchécoslovaquie ou la Rhodésie du Sud,
d’autres se sont retirés comme la Chine, puis ont adhéré beaucoup plus tard à
l’OMC, comme la Chine, d’autres n’en font plus partie comme la Syrie.
a) Objectifs
37
L'acronymie est l’abréviation d'un groupe de mots formée par la ou les premières lettres de ces
mots dont le résultat, nommé acronyme, se prononce comme un mot normal — on parle aussi de
« lexicalisation ». Exemples : laser, ovni, Otan… Il diffère en ce point de l'abréviation dont les lettres
sont épelées (SNCF) et de l'abréviation prononcée en long (etc.). Wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acronyme
115
La clause NPF est sans doute l’élément le plus fondamental du système du GATT.
C’est ce qui en fait aussi la base du multilatéralisme par rapport au régionalisme, le
régionalisme étant par définition discriminatoire vis-à-vis des pays tiers.
Le principe de non-discrimination
38
Par exemple dans un traité de 1231 entre la République de Venise et le Bey de Tunis (préfet
représentant l'Empire ottoman à Tunis), Abu Zakariya YAHYA (1420-1448).
116
Les accords préférentiels avec des pays en développements prévoient souvent une
clause de non réciprocité (c’est le cas des ACP)
Dès le départ, l’accord du GATT prévoyait des exceptions, des clauses dérogatoires
telles que « mesures correctives », exceptions et « mesures de sauvegarde » :
Les résultats furent importants : 123 accords de réductions portant sur 15 000
produits, soit environ 40 pour cent du commerce mondial des produits
manufacturés.
117
Elle illustre l’efficacité du principe de non-discrimination. En effet, les
négociations tarifaires ont été menées sur une base bilatérale et par produit.
Chaque pays établissait des listes de « demandes » de réductions tarifaires pour
les différents produits de chacun de leurs partenaires commerciaux. Ensuite, chaque
pays prenait connaissance de ces demandes. Enfin, lorsqu’un un pays acceptait de
réduire un droit de douane avec un autre pays (généralement en échange de
l’obtention d’une autre réduction), ces réductions s’étendaient immédiatement à
tous les pays membres en vertu du principe de non discrimination.
Dans cette négociation, ce sont les États-Unis qui ont fait les réductions les
plus généreuses, ce comportement « ouvert » étant à contraster avec celui qui fut
le leur pendant l’entre deux-guerres. De plus, cette ouverture était dans la suite
logique du plan MARSHALL qui consistait à offrir des crédits au pays d’Europe pour
qu’ils puissent acheter sur le marché américain les machines et autres biens
d’équipement nécessaires à leur reconstruction.
Les négociations d’Annecy ont donc permis de bons résultats pour les pays
européens qui ont vu leur commerce réciproque augmenter fortement, ce qui fut une
des causes de l’enthousiasme avec lequel ils créèrent e marché commun.
Un nouveau pas fut franchi en 1950 lors de la Torquay (station balnéaire anglaise en
face de Cherbourg).
118
renégocié sauf à la baisse. Par la suite, le terme de « droits consolidés »
désignés toutes les réductions qui ne peuvent plus faire l’objet d’une
augmentation ultérieure.
• 6 nouveaux pays accédèrent au GATT à cette occasion, en particulier
l’Allemagne fédérale.
• Des réductions furent négociées sur 8700 nouveaux produits.
Le succès des 3 premières négociations dans le cadre du GATT avaient fait oublier
que celui-ci n’était qu’un accord provisoire destiné à être remplacé par une
organisation. Mais laquelle ? La Charte de l’OIC ayant été enterrée, une session
extraordinaire eu lieu en 1954 afin d’examiner l’avenir à long terme du GATT.
La seconde négociation de Genève eut lieu alors que le conflit dit « guerre froide »
entre les Etats-Unis et l’URSS allait croissant. L’URSS recrutait en effet de plus en
plus d’alliés dans le camp des pays en développement récemment décolonisés ou
en voie de l’être. De plus, même en Europe, des pays comme la France et l’Italie
vivaient sous la pression d’un parti communiste puissant qui restait inféodé à
Moscou.
La seconde négociation a donc traité de deux problèmes que cette actualité
internationale mondiale rendait urgents :
119
1) La reconnaissance des spécificités des pays en développement
Lorsque les anciens pays coloniaux ont accédé à leur indépendance politique, le
problème de leur indépendance économique s’est posé avec une acuité croissante.
En particulier, ces pays étaient essentiellement exportateurs de matières premières.
Or le prix de ces matières premières ne cessait de diminuer (on parlait alors de
« dégradation des termes de l’échange ») et malgré le traitement plus favorable
accordé a ces pays dans le cadre du GATT, la part de ces pays dans le commerce
mondial a diminué. Certains de ces pays ont donc commencé à appliquer diverses
politiques, connues sous l’appellation de « développement autocentré », « politiques
de remplacement des importations », sans résultat qu’une dégradation plus grande
encore.
D’autres (pays d’Asie) se sont lancés dans une politique active de promotion de
leurs exportations, avec beaucoup de succès, mais au détriment de pans entiers des
économies des pays dits « développés ».
Dans le cadre du GATT, les pays en développement ayant des difficultés ont
recouru de plus en plus fréquemment :
L’attitude des pays développés face au problèmes que connaissaient les pays en
développement fut mitigée et largement dominée par des préoccupation
idéologiques :
Selon la conclusion de ce rapport : « Ce n’est pas sans raison, selon nous, que les
producteurs de produits de base s’inquiètent de ce que les règles et conventions
120
actuelles en matière de politiques commerciales leur sont relativement
défavorables.».
Depuis le début des années 50, six pays européens (Belgique, Luxembourg, France,
République fédérale d’Allemagne, Italie et Pays-Bas) avaient considérablement
progressé sur le plan économique et sur le plan de leur intégration (voir chapitre 1).
121
1) La prise en compte du Tarif extérieur commun
Les membres de la CEE pouvaient déroger cette règle, mais seulement à condition
de proposer des réductions de droits de douane pour d’autres produits.
2) L’agriculture
Jusqu’aux négociations Dillon, seuls les produits industriels avaient fait l’objet de
négociation, pas l’agriculture ni les services. Les négociations avaient donc
progressé, sauf dans l’agriculture (les services n’étaient pas encore un thème
d’actualité).
C’est au cours de la négociation DILLON que l’Accord sur les textiles de coton fut
adopté. Il s’agissait de faire du commerce des textiles de coton une exception aux
règles du GATT en permettant de négocier des restrictions contingentaires avec
les pays exportateurs de coton.
Cet accord a duré jusqu’à l’entrée en vigueur de l’Accord multifibres en 1974 (dit
« accord AMF ») .
Afin que les américains ne soient pas exclus du marché européen, l’administration
américaine allait lancer une nouvelle offensive au début des années 1960. EN 1962,
122
le Président John F. KENNEDY39 a demandé et obtenu du Congrès américain la
possibilité de renégocier de la politique commerciale antérieure des États-Unis
pour parer à 5 sources potentielles de difficultés pour les Etats-Unis :
KENNEDY fut habilité par le Congrès, au terme d’une loi votée en 1962, à mener des
négociations pendant 2 ans. Il était autorisé à proposer des abaissements de droits
de douane allant jusqu’à 50% pour la plupart des produits. La loi excluait cependant
toute négociation avec les pays du bloc soviétique.
39
John Fitzgerald KENNEDY (1917 - 1963) fut le 35e président des États-Unis. Entré en fonction le
20 janvier 1961, à l'âge de 43 ans, plus jeune président américain élu, il fut assassiné le 22
novembre 1963.
123
3) La prise en compte explicite des pays en développement
Dans cet esprit l’économiste argentin Raoul PREBISCH, premier Secrétaire général
de la CNUCED, proposa que les pays développés accordent un accès préférentiel à
tous les pays en développement : cette proposition allait se concrétiser en 1968 dans
le cadre d’un système appelé « Système Généralisé de Préférences » (SGP).
Dans le cadre du SGP, il fut alors admis que les pays en développement puisse
bénéficier d’un traitement préférentiel (droits de douane réduits ou nuls pour leurs
exportations, sans obligation de réciprocité pour leurs importations) pour certains
produits).
Les Etats-Unis, ainsi que certains pays alliés hors CEE ont cependant difficilement
admis ce principe de non réciprocité qui était contraire à l’une des bases
fondamentales du GATT. L’Europe, en revanche, a réagit positivement, ce qui
explique par la suite le développement des ACP (conventions de LOME I, II et III,
puis accords de Cotonou).
124
avec laquelle les pays s’arrachent des concessions réciproques durant ces
négociations.
Alors que le KENNEDY Round s’achevait, l’économie mondiale n’allait pas tarder à
être bouleversée par deux événements fondamentaux qui allaient faire passer au
second plan l’organisation d’un nouveau cycle de négociation.
Depuis le milieu des années 1960, les Etats-Unis accumulaient des déficits de plus
en plus importants de balance de paiements. Les réductions de droits de douane
liées au KENNEDY Round avaient certes facilité les exportations américaines, mais
n’avaient pas inversé la tendance structurelle au déficit du commerce et des
paiements de ce pays. Or, dans le système de Bretton-Woods, le dollar était la seule
monnaie convertible en or. L’accumulation des balances dollars faisaient peser des
menaces sur le système et les Etats-Unis craignaient de de devoir faire face à des
demandes de remboursements massives en or de la part de banques centrales
détenant des dollars. De ce fait, le 15 août 1971, le président NIXON (1913-1994)
annonce-t-il la fin de la convertibilité du dollar en or. On passait ainsi d’un système
d’étalon de change-or à un système d’étalon de change dollar.
Pour comprendre les implications de cette hausse, il faut rappeler que depuis la fin
de la seconde guerre mondiale et jusqu’à 1973, le prix du baril de pétrole est resté
inférieur à 20 dollars (en nominal). Mais c’est la hausse brutale d’octobre 1973, date
à laquelle il dépasse les 40 dollars alors que son prix moyen tournait autour de 10
dollars (quadruplement), puis celle de 1979-80, où il dépasse 80 dollars
(doublement), qui allait réveiller les marchés (voir graphique).
Le 1er janvier 1973, le Danemark et l’Irlande ont adhéré à la CEE, en même temps
que le Royaume-Uni, renforçant les inquiétudes américaines qui craignaient pour
leurs parts de marchés sur ces 3 pays, et en particulier au Royaume-Uni et en
Irlande, pays vers lesquels les exportations américaines étaient importantes
notamment, mais pas seulement, en ce qui concerne les produits agricoles et agro-
alimentaires. L’entrée de ces pays dans la CEE allait engendrer un phénomène
classique de détournement des échanges au détriment des Etats-Unis.
125
Evolution du prix du pétrole de 1861 à 2006
Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/42/Oil_Prices_1861_2006.jpg
De plus, les Etats-Unis craignaient aussi que l’élargissement de la CEE ait un effet
négatif sur leurs investissement au Royaume-Uni et en Irlande (les trois quart du
stock d’IDE américain en Europe était concentré au Royaume-Uni).
Désorientés par la disparition du système des taux de change fixe, les pays
européens sont entrés dans ce nouveau cycle de négociation avec l’idée de
contraindre les Etats-Unis à négocier les termes d’un nouveau système monétaire
international basé sur des changes fixes.
Tokyo fut choisit comme lieu de négociation pour consacrer l’arrivée du Japon parmi
les 5 premières puissances économiques mondiales. Sa montée rapide dans le
commerce international durant les années 1960 n’a fait que s’amplifier au cours des
années 1970 et 1980. De même, plusieurs pays asiatiques (Corée du Sud, Hong-
Kong, Singapour, Taïwan) avaient déjà développé une capacité d’exportation très
importante et on allait bientôt (dans les années 1980) leur accoler le qualificatif de
« Nouveaux pays industriels » (NPI)40.
40
Parmi les NPI, on trouve :
• les « Dragons asiatiques »: Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong
• les « Tigres asiatiques » : Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Philippines
• les « jaguars » : Mexique, Brésil
• Les pays émergents (en tant que grandes puissances) : Chine, Inde, Russie
économique ». Il était fait mention des besoins spéciaux des pays les moins
avancés. Les principaux protagonistes du cycle étaient, une fois encore, les pays
développés, en particulier les États-Unis, la CEE et le Japon.
Enfin, une centaine de pays en développement ont été invités à participer aux
négociations.
a) L’agriculture
Les négociations sur l’agriculture ont vite tourné court en raison des oppositions
tranchées entres les Etats-Unis, partisans du libre-échange et des subventions
directes à leurs agriculteurs, et la CEE, dont les agriculteurs étaient désormais
protégés par le système de la Politique Agricole Commune (PAC) et entendaient
bien le rester. Dès 1977, il fut convenu que les négociations sur les questions
agricoles entre la CEE et les Etats-Unis seraient ajournées pour permettre aux
autres négociations d’avancer (un accord sur la viande bovine et les produits laitiers
a cependant pu aboutir).
Pour ce qui est des échanges de produits industriels, la réduction moyenne des
droits de douane est donnée dans le tableau ci-après.
Le Tokyo Round a permis de conclure plusieurs accords sur les obstacles non
tarifaires aux échanges internationaux
128
• l’Accord sur l’évaluation en douane : il s’agissait d’uniformiser les
méthodes de calcul de la valeur des marchandises. IL s’agissait de limiter
l’arbitraire dans cette évaluation, de façon à ce que les exportateurs puissent
calculer de façon fiable leurs prix de vente.
• l’Accord sur les procédures d’octroi de licences d’importation : il
s’agissait de simplifier et d’uniformise les procédures d’octroi de licences
d’importations pour qu’elles ne constituent plus un obstacle aux échanges.
• l’Accord sur l’accès aux marchés publics : il s’agissait d’ouvrir les marchés
publics aux entreprises étrangères (seuls les marchés supérieurs à un
montant assez élevé étaient concernés).
• l’Accord sur les subventions et les mesures compensatoires : il s’agissait
de contrôler le recours aux subventions à l’exportation de façon à limiter leur
impact anticoncurrentiel. Par ailleurs, des règles plus précises ont été fixées
pour l’application des mesures compensatoires afin qu’elles ne soient pas
utilisées comme une barrière aux échanges.
• l’Accord sur les obstacles techniques au commerce : Il s’agissait de fixer
des règles pour s’assurer que les gouvernements ne puissent pas établir des
normes dont le but caché serait d’empêcher l’entrée de produits étranger et
non de satisfaire à des exigences techniques, sanitaires ou autres. Cet accord
encourageait les pays à adopter les normes internationales existantes et à
promouvoir des normes internationales là où elles n’existaient pas encore.
• L’Accord antidumping : le dumping est le fait de vendre un produit moins
cher à l’exportation que dans son propre pays. La mise en évidence du
dumping est souvent délicate et nécessite des expertises longues et multiples.
Si le dumping est prouvé, le GATT autorise le pays victime à mettre en place
un droit de douane compensateur (maigre consolation).
Dès le début des années 1980, l’Etat providence recule un peu partout dans le
monde, à la suite de la contre-révolution conservatrice. Il s’ensuit alors une forte
réduction de l’intervention de l’Etat dans la vie économique dans ces deux pays.
Parallèlement, à partir de 1989, on assiste au passage à l’économie de marché de
l’ex-Union soviétique et de ses pays satellites. Puis c’est la Chine et l’Inde, ainsi que
plusieurs pays d’Amérique latine qui engagent d’importantes réformes économiques
et entrent de plein pied dans la mondialisation libérale.
REAGAN était pour les réductions d'impôts, pour un État minimal (sauf en matière
de défense), pour une déréglementation en matière de droit des sociétés et il
soutenait vivement la libre-entreprise. On parlait de supply-side economics
129
(économie de l’offre) et même parfois de « Reaganomics » pour qualifier ces
politiques.
Dans ce contexte, une réunion eu lieu en 1982 entre les membres du GATT. La
discussion fit émerger plusieurs thèmes parmi lesquels :
Contesté dans leur proposition d’ouverture, les Etats-Unis ont renoncé à se faire les
défenseurs du multilatéralisme et ont opté pour une plus grande dose de
régionalisme.
130
• 1982 : Initiative REAGAN en faveur de la création d’un bassin des Caraïbes.
• 1983 : Initiative pour a création d’une zone de libre-échange avec Israël.
• Projet de création de l’ALENA (voir chapitre 1) qui devait déboucher sur la
signature d’un accord en 1992
• droits de douane,
• mesures non tarifaires,
• produits tropicaux,
• produits provenant des ressources naturelles,
• textiles et vêtements,
• agriculture,
• articles de l’Accord général,
• clause de sauvegarde,
• subventions et mesures compensatoires,
• procédures de règlement des différends,
• aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce,
• mesures concernant les investissements et liées au commerce,
• fonctionnement du système du GATT création de l’OMC
• commerce des services
La question de la remise en question de la PAC fit dès le départ l’objet d’une vive
opposition de la part des agriculteurs notamment français. A tel point qu’on
envisagea de renoncer à ce nouveau cycle, en particulier parce que le mandat de
négociation confié par le congrès américain à son administration touchait à sa fin.
131
Sur le plan intérieur américain, l’investiture de Bill CLINTON (président des Etats-
Unis de 1993 à 2001) allait cependant relancer les négociations de l’Uruguay
Round. Le pouvoir de négociation, désormais confié à l’administration du nouveau
président fut prolongé jusqu’en avril 1994. Ce délai supplémentaire allait permette
aux négociations d’aboutir.
3) Les résultats
a) La charte de l’OMC
La charte comprend quatre annexes qui contiennent tous les autres textes négociés
pendant le Cycle. Les annexes 1 à 3 font partie de l’« engagement unique » et sont
donc contraignantes pour tous les Membres.
• L’annexe 1 contient les trois principaux Accords, à savoir l’Accord sur les
marchandises (GATT de 1994 et 18 accords connexes), l’Accord sur les
services (AGCS et annexe 1 B) et l’Accord sur les aspects des droits de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce.
• L’annexe 2 contient Mémorandum d’accord sur le règlement des
différends
• L’annexe 3 définit le Mécanisme d’examen des politiques commerciales.
• L’annexe 4 contient quatre accords plurilatéraux qui ne s’appliquent qu’aux
Membres qui les ont signés.
• Les pays développés ont accepté de ramener leurs droits sur les produits
industriels de 6,3 à 3,8 pour cent en moyenne, la plupart des réductions
devant être échelonnées sur cinq ans à compter du 1er janvier 1995.
• La proportion des droits de douane consolidés est passée :
o de 78 à 99 pour cent pour les pays développés,
o de 73 à 98 pour cent pour les pays en transition
o de 21 à 73 pour cent pour les pays en développement (cette
augmentation s’explique en partie par le fait que tous les tarifs sur les
produits agricoles ont été consolidés).
132
c) Les produits agricoles
En 2008, des progrès ont été faits dans la mise en place de ces accords, mais ils
sont lents et difficiles, et l’agriculture reste encore un secteur assez protégé de la
concurrence internationale.
L’Accord sur les textiles et les vêtements a mis fin au traitement exceptionnel
accordé à ce secteur dans le cadre de l’Accord Multifibres (dit « Accord AMF »). Pour
rappel, l'accord multifibres (AMF) fut signé en 1974 entre les pays en
développement et les pays développés visait à protéger les industries textiles des
pays développés de la concurrence des pays à bas salaires. Il succédait à l’accord
sur les fibres de textiles et le coton de 1963 et fixait des quotas d'exportations, par
pays et par produits, dans le domaine du textile et de l'habillement. De fait, à la suite
de l’Uruguay Round, ces accords sont arrivés à échéance en 2005. Peu de temps
après, devant l’invasion des textiles chinois en Europe des mesures de sauvegarde
durent cependant être adoptées pour éviter à l’industrie européenne de sombrer
corps et biens.
• Les dispositions relatives aux subventions ont établi pour la première fois une
définition des subventions et ont énoncé des règles et des procédures plus
claires.
133
• mécanisme d’examen des politiques commerciales, qui devait servir à
examiner les politiques et pratiques commerciales des Membres de l’OMC et
contribuer ainsi à améliorer le respect des règles de l’OMC grâce à une plus
grande transparence. Les examens doivent avoir lieu régulièrement
i) Objectifs et portée
L’Accord général sur le commerce des services (AGCS) vise à transposer aux
services ce qui a été réalisé pour la libéralisation du commerce des marchandises.
Pourtant, le commerce des services ne peut qu’augmenter dans les années a venir
et cette tendance a déjà commencé. Ainsi, de nombreux services, autrefois
complètement isolés de la concurrence internationale peuvent aujourd’hui être
rendus et donc vendus de n’importe où grâce aux nouvelles technologies de
transmission. Deux exemples parmi d’autres.
À noter que la culture et les biens et services culturels restent considérés comme
des cas particuliers pouvant justifier une protection particulière. La question se
complique ici du fait que l’on ne peut pas toujours très facilement distinguer l’aspect
« marchandises » et l’aspect « service » dans un produit culturel.
134
(services bancaires ou architecturaux transmis par télécommunication ou par
courrier, par exemple).
• La consommation à l’étranger : elle désigne les cas où un consommateur
de service (touriste ou patient, par exemple) se rend sur le territoire d’un autre
Membre pour y obtenir un service.
• La présence commerciale : La présence commerciale signifie qu’un
fournisseur de services d’un Membre établit une présence sur le territoire d’un
autre Membre, notamment par l’achat ou la location de locaux, afin de fournir
un service (filiales nationales de compagnies d’assurance étrangères ou de
chaînes d’hôtel, par exemple).
• La présence de personnes physiques : La présence de personnes
physiques consiste en l’entrée de personnes physiques d’un Membre sur le
territoire d’un autre Membre pour fournir un service (comptables, médecins ou
enseignants, par exemple).
Les pays peuvent adapter comme ils le souhaitent la portée sectorielle de l’AGCS.
Certains pays n’ont inscrit dans leur liste que quelques services tandis que d’autres
ont pris des engagements en matière d’accès aux marchés et de traitement national
pour plus de 120 services sur un total d’environ 160.
Chaque Membre de l’OMC est tenu d’établir une liste d’engagements spécifiques
indiquant les services pour lesquels il garantit l’accès au marché et le traitement
national et toute limitation pouvant s’y rapporter.
135
g) L’accord sur les droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce
i) Portée de l’accord
• le droit d’auteur et les droits connexes (c’est-à-dire les droits des artistes
interprètes ou exécutants, des producteurs d’enregistrements sonores et des
organismes de radiodiffusion) ;
• les marques de fabrique ou de commerce, y compris les marques de services
• les indications géographiques, y compris les appellations d’origine
• les dessins et modèles industriels
• les brevets, y compris la protection des obtentions végétales
• les schémas de configuration de circuits intégrés
• les renseignements non divulgués, y compris les secrets commerciaux et les
résultats d’essais.
ii) Contenu
Des normes de protection minimales sont définies par l’ADPIC. En particulier, les
principaux éléments de la protection sont définis :
• objet à protéger,
• droits conférés exceptions possibles à ces droits,
• durée minimale de la protection.
L’ADPIC est aligné sur les obligations fondamentales énoncées dans les principales
conventions de l’Organisation Mondiale de la Protection Intellectuelle (OMPI)42 à
savoir :
41
Voir http://www.wto.org/french/tratop_f/trips_f/intel2_f.htm
42
L'organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) est une institution spécialisée des
Nations Unies. Sa mission consiste à élaborer un système international équilibré et accessible de
propriété intellectuelle qui récompense la créativité, stimule l'innovation et contribue au
développement économique tout en préservant l'intérêt général. L'OMPI a été créée en 1967 par la
Convention instituant l'OMPI, en vertu de laquelle ses États membres lui ont donné pour mission de
promouvoir la protection de la propriété intellectuelle à travers le monde grâce à la coopération entre
États et en collaboration avec d'autres organisations internationales. Elle a son siège à Genève
(Suisse). Source : http://www.wipo.int/portal/index.html.fr
43
Cette convention remonte à 1883 et a été amendée plusieurs fois dont la dernière fois en 1979. Le
texte est disponible sur internet : http://www.wipo.int/treaties/fr/ip/paris/trtdocs_wo020.html .
136
• la Convention de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques
(Convention de Berne)44
L’ADPIC énonce des principes généraux visant à faire respecter les DPI, ainsi que
certains principes de base, comme le traitement national et le traitement de la nation
la plus favorisée
C’est un cadre minimal qui permet aux membres de l’OMC qui le souhaitent d’élargir
la protection de la propriété intellectuelle, s’ils le souhaitent.
A - De nouvelles propositions
B - La question du régionalisme
44
La convention de Berne date de 1886 et a été amendée plusieurs fois dont la dernière fois en 1979.
Le texte est disponible sur internet : http://www.wipo.int/treaties/fr/ip/berne/trtdocs_wo001.html
137
D - La mise en place du nouveau cycle de DOHA
45
Le groupe de Cairns a été créé en août 1986 à Cairns en Australie. Il réunit la plupart des pays en
développement qui sont agro-exportateurs (exportateurs de biens agricoles). Il s'agit d'un groupe
hétéroclite aussi bien au niveau géographique qu'au niveau économique. Le Groupe de Cairns se
compose de 19 pays : Australie, Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Colombie, Costa Rica, Bolivie,
Canada, Chili, Indonésie, Malaisie, Guatemala, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Paraguay, Pérou,
Philippines, Thaïlande, Uruguay. Suite au protectionnisme persistant de la part de l'Union européenne
(Politique agricole commune) et des États-Unis, ces pays se sont donc réunis pour réussir à libéraliser
le marché agricole mondial. Ils se sont illustrés notamment lors de l'Uruguay Round (1986-1994) du
GATT et continuent à travailler ensemble lors des conférences ministérielles de l'OMC, notamment
sur le cycle de Doha. Le gouvernement australien préside cette union et coordonne les différentes
activités du groupe telles que leurs réunions. Les membres du groupe de Cairns ont tenu 26 réunions
à l'échelon ministériel depuis 1986. Les réunions ministérielles les plus récentes sont celle de San
Jose au Costa Rica, du 23 au 25 février 2004 et celle de Cancun aux Mexique, en septembre 2003
pour préparer la conférence ministérielle de Cancun de l'OMC.
(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_de_Cairns )
138
Deuxième partie
Théories du commerce
et
de l’investissement international
139
Chapitre 4
Théories du commerce international : RICARDO et HECKSCHER-OHLIN
2 – Le modèle d’HECKSCHER-OHLIN-SAMUELSON
A – Introduction
B - Le modèle en économie fermée
1) Hypothèses, définitions
2) De la courbe des possibilités de production (CPP) à la courbe d'offre
a) Le taux marginal de transformation
b) La courbe d’offre
c) La détermination des termes de l'échange en autarcie
d) Le théorème de RYBCZYNSKI
C - Le modèle HOS en économie ouverte
1) Le théorème d'HECKSCHER-OHLIN
2) Les gains de l'échange dans le modèle HOS
3) Le théorème de STOLPER-SAMUELSON
D - Les vérifications empiriques du modèle HOS
1) Le paradoxe de LEONTIEF
2) Les analyses ultérieures
140
1 - La théorie des avantages comparatifs
David RICARDO (1772-1823) a joué un rôle décisif dans l'élaboration des théories
du commerce international en exposant le concept d'avantage comparatif.
L’apport de RICARDO étant plus fondamental que celui d’Adam SMITH, il est
néanmoins préférable de commencer par exposer l’approche de RICARDO afin de
faire apparaître les limites du raisonnement d’ADAM SMITH
1) Les hypothèses
RICARDO raisonne sur deux pays (l'Angleterre et le Portugal), deux produits (le vin
et le drap) et un seul facteur de production (le travail). On peut donc parler de
modèle, c'est-à-dire de représentation simplifiée de la réalité.
Soit aLV le nombre d'heures de travail nécessaires pour produire un hectolitre (hl) de
vin en Angleterre et aLD le nombre d'heures de travail nécessaires pour produire un
mètre carré (m2) de drap en Angleterre. Ces coefficients sont constants, c'est-à-dire
qu'ils sont indépendants du volume de production et du temps. Pour le Portugal, les
coefficients correspondants sont dénotés pax a*LV et al a*LD . De plus aLV ≠ a*LV et aLD
≠ a*LD, c'est-à-dire que le nombre d'heures nécessaires pour produire une unité de
bien (drap ou vin) n'est pas identique pour les deux pays. On interprète souvent cette
hypothèse comme voulant dire que les technologies de production sont différentes.
141
L’exemple du Drap et du vin chez RICARDO
Il apparaît que :
Autrement dit, tant dans le vin que dans le drap, il faut moins d'heures aux Portugais
qu'aux anglais pour produire des unités (ici supposées identiques en qualité) de
chaque bien. Cela semble s'opposer à toute spécialisation internationale. Or
RICARDO montre que non.
2) L’intérêt du Portugal
L’intérêt du Portugal est de ne produire que du vin et d’en exporter une partie en
échange de drap
Supposons que le Portugal souhaite obtenir une unité de drap. Il a le choix entre :
142
• l'importer en échange d'une unité de vin qu’il va produire pour un coût 80
heures.
Ainsi, avec 90 heures, il peut obtenir plus qu’une unité de drap, il peut en fait en
obtenir 90/80 = 1,125 unités. Il pourra vendre une unité de vin contre une unité de
drap anglais et il lui restera encore 0,125 unités de vin (ou le temps de travail
correspondant).
Le Portugal a donc intérêt à produire du vin plutôt que du drap et à échanger une
partie de ce vin contre du drap.
3) L’intérêt de l’Angleterre
L’intérêt de l’Angleterre est de ne produire que du drap et d’en exporter une partie en
échange de vin
Supposons que l'Angleterre souhaite obtenir une unité de vin. Elle peut choisir entre :
Ainsi, avec ces 120 heures, elle peut obtenir plus qu’une unité de vin, elle peut en fait
obtenir 120/100 = 1,2 unités de vin. Elle peut donc vendre une unité de drap contre
une unité de vin portugais et il lui restera encore 0,2 unités de drap (ou le temps de
travail équivalent).
L’Angleterre a donc intérêt à produire du drap plutôt que du vin et à échanger une
partie de ce drap contre du vin.
Angleterre Portugal
Vin aLV =100 a*LV=60
Drap aLD =80 a*LD=100
143
On observe que le Portugal est plus productif que l'Angleterre dans la production du
vin puisque a*LV=60 < aLV =100. Inversement, l'Angleterre est plus productive que le
Portugal pour ce qui est du drap puisque aLD =80 < a*LD=100. Chaque pays possède
un avantage absolu de productivité sur son partenaire. Il est donc mutuellement
avantageux que chaque pays concentre toutes ses ressources à produire le bien
pour lequel il a un avantage absolu. Le Portugal utilisera donc tout son travail à
produire du vin et l'Angleterre ne produira que du drap. C'est ce que l'on appelle la
spécialisation internationale. Cette spécialisation ne peut avoir lieu que si les deux
pays ont des échanges commerciaux. Grâce à ces échanges, les deux pays pourront
consommer les deux biens. L'Angleterre importera du vin en échange de ses
exportations de drap et le Portugal importera du drap en échange de ses
exportations de vin.
• Chaque pays renonce à produire un des deux biens pour produire davantage
de l'autre. Ici, la réallocation des ressources concerne le travail.
• Cela signifie qu'en Angleterre, les individus qui travaillaient dans la
production du vin sont réemployés dans la production du drap.
• De même, les individus qui travaillaient dans la production du drap au
Portugal sont réemployés dans la production du vin.
144
Adam SMITH fut fasciné par le gain prodigieux de productivité qu'entraînaient la
division et la spécialisation des tâches dans une simple usine produisant des
aiguilles46 : «
J’ai vu une manufacture de cette espèce, qui employait seulement dix hommes, dont
quelques-uns accomplissaient donc deux ou trois opérations distinctes. Quoique très
pauvres, donc peu familiarisés avec les machines, ils étaient capables, en produisant
un effort, de fabriquer à eux seuls jusqu'à douze livres d'aiguilles [d’épingles] par
jour. Mais s'ils les avaient forgées chacun indépendamment l'un de l'autre, aucun
n'aurait pu en fabriquer vingt et peut-être même pas une par jour. »
Mais en fait cette idée de division du travail remonte à PLATON, car on la retrouve
très clairement posée dans un des dialogues de La République.
Platon
( -428 à -347 av. J.-C.)
46
L’expression anglaise est « pins », ce qui peut se traduire par « aiguilles » comme le fait par
exemple le traducteur de l’ouvrage de HEILBRONNER (« Les grands économistes », page 61-62), ou
par « épingles», comme c’est plus probablement le cas.
145
parce que les individus, poussés par leur intérêt individuel, voient dans la division du
travail le moyen d’augmenter leur bien-être.
SOCRATE : « Mais quand un homme donne et reçoit, il agit dans la pensée que
l’échange se fait à son avantage ».
ADIMANTE : « Sans doute ».
SOCRATE : « Eh bien donc, jetons par la pensée les fondements d’une cité, ces
fondements seront, apparemment, nos besoins. » ADIMANTE : sans contredit.
SOCRATE : « Mais voyons, comment une cité suffira-t-elle à fournir tant de choses ?
Ne faudra-t-il pas que l’un soit agriculteur, l’autre maçon, l’autre tisserand ? »
SOCRATE : « Mais quoi ? Faut-il que chacun remplisse sa propre fonction pour toute
la communauté […] ou bien, ne s’occupant que de lui seul, faut-il qu’il produise le
quart de cette nourriture dans le quart du temps que les trois autres emploient l’un à
se pourvoir d’habitation, l’autre de vêtements, l’autre de chaussures, et, sans se
donner du tracas pour la communauté, fasse lui-même ses propres affaires ? »
146
On peut illustrer le raisonnement de SOCRATE par l’exemple ci-dessous (on a
ajouté le potier, qui n’est pas mentionné, pour avoir quatre individus, et l’on a
supposé que chaque individu travaille 8 heures et qu’on a en tout 32 heures de
travail à répartir :
Dans notre exemple, cela signifie que les 32 heures permettent d’obtenir plus quand
elles sont spécialisées c’est-à-dire quand chacun ne fait qu’un seul métier.
147
1) Les termes de l’échange
On peut montrer que ces échanges sont mutuellement bénéfiques. Pour cela
posons :
2) Raisonnement général
• Combien le pays considéré peut-il obtenir du bien qu'il envisage d'importer s'il
le fabrique lui-même, en renonçant à la production d'une unité de l'autre
bien ?
• S'il accepte d'importer le bien plutôt que de le produire lui-même, combien le
pays peut-il en obtenir en échange de l'exportation d'une unité de l'autre
bien ?
• Comparaison des quantités respectivement obtenues par la production
autarcique et par l'échange.
3) L’avantage du Portugal
• S'il accepte d'importer le drap plutôt que de le produire lui-même, une heure
de travail sera consacrée à fabriquer du vin, vin qui lui permettra alors
d'obtenir :
148
(1.3)
4) L’avantage de l’Angleterre
En comparant (1.4) et (1.5), nous voyons que pour l'Angleterre le libre-échange est
plus intéressant que la production autarcique si et seulement si :
(1.6)
(1.7)
149
Si nous appliquons cette condition à l'exemple numérique du tableau de RICARDO
(reproduit ci-après) , nous obtenons :
Quel est le rôle joué par les différences de salaires entre les deux pays ?
150
Le principe de base de fixation des termes de l'échange sur le marché mondial (qui
est ici limité à deux pays) est simple. C'est l'interaction de l'offre et de la demande
relative des deux biens qui détermine leur prix relatif (c'est-à-dire les termes de
l'échange). Il faut donc construire successivement les courbes d'offre et de demande
mondiales.
La courbe d'offre mondiale indique dans quels rapports les quantités de vin et de
drap sont offertes sur le marché mondial en fonction de la valeur des termes de
l'échange. Nous allons construire cette courbe à partir de l'exemple numérique du
tableau utilisé pour la démonstration de RICARDO, en ajoutant une donnée
supplémentaire: la quantité totale de travail disponible dans chaque pays (afin de
pouvoir calculer les capacités maximales de production et les différentes façons de
répartir la quantité de travail disponible entre les productions des deux biens quand
la technologie, c'est-à-dire les coefficients aLi et a*Li [i = 1, 2] sont donnés). Soit donc :
Avec en plus :
L = 11250 et L* = 9000,
151
Déterminons le rapport des quantités vin/drap offertes sur le marché mondial en
fonction des différentes valeurs possibles des termes de l'échange P :
• Lorsque les termes de l'échange sont compris dans l'intervalle défini par le
rapport des coûts de production des deux pays, c'est-à-dire quand :
• Lorsque les termes de l'échange sont égaux au rapport des coûts du Portugal
c'est-à-dire quand :
Le Portugal n'a pas de raison de produire plus de vin et moins de drap qu'en
l'absence d'échange. Combien produisait-il de vin et de drap en l'absence
d'échange ? Combien produira-t-il de ces biens en libre-échange ? À ce stade
du raisonnement, on ne peut pas répondre à ces questions, mais seulement
définir l'éventail des combinaisons de production possibles, lequel est
déterminé par la quantité de travail disponible ( L* ) et les coefficients
techniques de production ( a*LV et a*LD ). Le Portugal peut produire une
quantité de vin allant de 0 à L*/a*LV = 9000/80 = 112,5. Réciproquement, la
quantité de drap qu'il peut produire varie entre L*/a*LD = 9000/90 = 100 et 0.
• Lorsque P = a*LV/a*LD = 0,88, on a P < aLV/aLD = 1,2, ce qui signifie que les
termes de l'échange sont inférieurs au coût relatif de production du vin
anglais. Les anglais n'ont donc pas intérêt à produire du vin. Réciproquement,
ils ont intérêt à consacrer toutes leurs ressources à la production du drap.
Quelle que soit la quantité de drap offerte par le Portugal, qui varie entre 0 et
112,5, il faudra ajouter la quantité anglaise, soit L/aLD = 11250/100 = 112,5.
Par conséquent, quand, P = a*LV/a*LD = 0,89, l'offre mondiale de vin varie entre
0 et 112,5, l'offre mondiale de drap varie entre 0 et 225 et le rapport des
quantité vin/drap varie entre 0 et 1
152
• Lorsque les termes de l'échange sont égaux au rapport des coûts de
l'Angleterre c'est-à-dire quand :
Cette courbe indique quel est le rapport des quantités offertes en fonction des différentes valeurs
possibles des termes de l'échange. Lorsque les termes de l'échange sont strictement situés dans
l'intervalle défini par les rapports de coûts, chaque pays consacre toutes ses ressources à la
production du bien pour lequel il possède un avantage comparatif et, par conséquent, l'offre mondiale
vin/drap est inélastique.
La courbe de demande mondiale indique dans quels rapports les quantités de vin
et de drap sont demandées sur le marché mondial en fonction de la valeur des
termes de l'échange. Cette courbe dépend des revenus et des préférences des
individus des deux pays. Nous supposons que les préférences sont indépendantes
des revenus et identiques dans les deux pays.
153
Pour simplifier, nous supposons que la fonction d'utilité collective est donnée par :
(1.8)
(1.9)
Les fonctions de demande de chaque pays s'obtiennent par résolution d'un problème
de maximisation sous contrainte de la fonction d'utilité. dans le cas de l'Angleterre, le
problème est donc de maximiser :
sous la contrainte :
où pV et pD sont les prix respectifs du vin et du drap et où w.L est le revenu anglais
(masse salariale). Le Lagrangien de ce problème s'écrit :
154
En les combinant on obtient la fonction de demande inverse suivante :
(1.10)
sous la contrainte
155
En les combinant on obtient la fonction de demande inverse suivante :
(1.10)
156
c) Les termes de l’échange
157
2) Termes de l'échange et différences de salaires
Le lien entre les termes de l'échange et l'écart des salaires entre l'Angleterre et le
Portugal a été mis en évidence par William Nassau SENIOR (1790-1864), un
contemporain de RICARDO. Son raisonnement peut être résumé ainsi : l'avantage
absolu du Portugal dans la production du vin et du drap implique que le salaire
moyen dans ce pays est plus élevé qu'en Angleterre. C'est parce que le salaire
moyen est plus bas en Angleterre, que ce pays peut compenser son infériorité
absolue dans la production du drap.
158
Si nous introduisons cette expression dans l'équation (1.7), nous obtenons :
c'est-à-dire :
(1.11)
159
be reflected in a decline in the labor share of income -- and therefore why the stability
of that share in practice is a crucial piece of evidence. Eventually I was reduced
nearly to baby-talk ("suppose the factory produces 10 tons of cheese, and pays out
wages equal in value to 6 tons; now suppose that the workers become more
productive and turn out 12 tons of cheese, but that wages haven't changed ..."). This
was not a successful conversation: he wanted to talk about global trends, and
instead I was teaching him first-grade arithmetic" ( Ricardo 's difficult idea,
http://www.pkarchive.org/trade/ricardo.html ).
3) L'optimalité du libre-échange
a) Autarcie
Le pouvoir d'achat du salaire portugais est donc plus élevé que le pouvoir d'achat du
salaire anglais.
b) Libre-échange
160
c) Comparaison entre l'autarcie et le libre-échange
Voyons comment le test se rattache à l'exemple de Ricardo étudié dans les sections
précédentes. D'après l'équation (1.12) on a :
(1.12)
Cette équation signifie premièrement qu'un pays exporte le bien pour lequel le
rapport de son salaire moyen à celui du partenaire commercial est inférieur au
rapport correspondant des productivités du travail. Par exemple, le Portugal exporte
le vin parce que w*/w est inférieur à aLV/a*LV = (1/a*LV)/(1/aLV). De même, l'Angleterre
exporte du drap parce que aLD /a*LD est inférieur à w*/w, ce qui est équivalent à w/w*
< (1/aLD)/(1/a*LD). Mac DOUGALL teste cette équation (mais les États-Unis
remplacent le Portugal dans notre notation).
(1.13)
On voit alors que le Portugal exporte à la fois le vin et le blé, puisque le rapport des
salaires est inférieur au rapport des productivités de ces deux biens. Le test de Mac
161
DOUGALL a pour objectif de vérifier que l'Angleterre (respectivement : les États-
Unis) exporte vers les États-Unis (respectivement : l'Angleterre) les biens pour
lesquels le rapport des salaires, comparé au rapport des productivités, lui est
favorable.
Les résultats du test de Mac DOUGALL sont résumés dans le tableau ci-après. Ils
révèlent que les exportations des deux pays sont conformes aux prévisions du
modèle du Ricardo. En effet, lorsque que le rapport des productivités (productivité
US/productivité UK) est supérieur au rapport des salaires (salaire US/salaire UK), les
pourcentages d'exportations américains sont supérieurs aux pourcentages
d'exportations anglais. Inversement, lorsque le rapport des productivités est inférieur
au rapport des salaires, les pourcentages d'exportations américains sont inférieurs
aux pourcentages anglais.
162
Test de Mac DOUGALL
Un autre test très connu du modèle de RICARDO est celui de Bela BALASSA47
(1963) qui porte également sur les exportations américaines et anglaises. Le test de
Balassa est effectué avec des données de 1950 et concerne 28 produits. Les
résultats de Balassa confirment l'existence d'une corrélation entre le rapport des
productivités du travail et les performances relatives à l'exportation.
47
Bela BALASSA (1928-1991) est un économiste hongrois qui enseigna à la John HOPKINS
University. Très connu pour avoir travail avec Paul A. SAMUELSON et mis en évidence l’effet
BALASSA-SAMUELSON (aussi appelé l’effet HARROD-BALASSA-SAMUELSON ou même effet
RICARDO-VINER-HARROD-BALASSA-SAMUELSON-PENN-BHAGWATI et qui énonce [dans sa
version la plus sommaire] que le niveau des prix à la consommation est systématiquement plus élevé
dans les pays riches que dans les pays pauvres et que les comparaisons internationales de valeurs
doivent être exprimées en « parités pouvoir d’achat ». Pour plus de détails,
voir http://en.wikipedia.org/wiki/Balassa-Samuelson_effect .
163
d'échanges entre les pays. En effet, il est également possible de formuler le modèle
heckscher-ohlinien de façon à faire apparaître une relation positive entre les écarts
de productivité du travail et les performances à l'exportation.
2 – Le modèle d’HECKSCHER-OHLIN-SAMUELSON
A – Introduction
Ce modèle porte le nom de ses trois artisans principaux : les économistes suédois
Eli HECKSCHER (1919) et Bertil OHLIN (1939) et l'économiste américain Paul
SAMUELSON (1941, 1948). De ce fait, il est fréquemment désigné par l’expression
« modèle HOS ». Mais le nom de Wassily LEONTIEF (1954, 1956) doit aussi être
associé à ce modèle en raison du test empirique que cet auteur a effectué.
Deux autres différences importantes par rapport au modèle de Ricardo sont à noter :
164
exploitation commerciale par une autre entreprise. En fait, les brevets
n'empêchent pas la diffusion d'une innovation. Ils permettent simplement,
dans certaines limites, d'assurer une rémunération décente à l'innovateur, ce
qui est déjà énorme. De façon plus théorique, la diffusion massive du progrès
technique découle de deux caractéristiques spécifiques à la technologie. La
première est l'absence de rivalité liée à son utilisation, c'est-à-dire le fait que
son emploi par un agent n'empêche pas son emploi par d'autres. La seconde,
qui est une conséquence de la première, est la difficulté d'assurer
l'exclusivité d'usage d'une technologie, c'est-à-dire d'empêcher qu'un agent
qui s'est procuré la technologie sur le marché ne la divulgue gratuitement ou à
bon compte à d'autres (un exemple simple de bien dont il est difficile d'assurer
l'utilisation exclusive est celui du magazine, acheté une fois, mais dont le
contenu sera lu par plusieurs personnes).
1) Hypothèses, définitions
Nous supposons, comme pour le modèle de RICARDO, qu'il existe deux pays, h
(pays domestique) et f (pays étranger). Chaque pays produit deux biens (1 et 2),
avec deux facteurs de production (K et L) disponibles en quantités fixes.
Afin de distinguer les variables relatives à chaque pays, celles du pays f sont
repérées par un astérisque. Comme nous étudions les propriétés du modèle en
économie fermée, nous nous concentrons sur l'équilibre du pays h, mais les
raisonnements et les conclusions sont transposables au pays f.
(2.1)
165
où K = K1+K2 et L=L1+L2. Remarquons que :
c'est-à-dire :
166
2) De la courbe des possibilités de production (CPP) à la courbe d'offre
La courbe de possibilité de production du pays h dans le modèle HOS. La courbe AL représente les
différentes combinaisons de quantités X1 et X2 pouvant être produites lorsque le capital et le travail
sont pleinement employés et que les fonctions de production des biens 1 et 2 sont données.
Le signe « - » est placé devant le rapport afin d'avoir une expression positive. Plus
généralement, le TMT de 1 en 2 est égal au rapport de la diminution de X1, à
l'augmentation de X2, affecté du signe « -». Dès lors, on écrira :
167
Ce rapport correspond au coût d'opportunité du bien 2, un concept déjà rencontré
lors de l'analyse du modèle de RICARDO. Il existe cependant une différence
importance entre le modèle de RICARDO et le modèle HOS en ce qui concerne le
coût d'opportunité. En effet, dans le modèle de Ricardo, le coût d'opportunité anglais
du drap (mesuré en vin) est égal à aLD/aLV, soit 0,83 unités de vin quelle que soit la
quantité de drap déjà produite. Autrement dit, le coût d'opportunité du drap est
constant. En revanche, dans le modèle HOS, le coût d'opportunité du bien 2 ne
cesse d'augmenter à mesure que la production du bien 2 s'élève : plus on veut
produire de bien 2, plus il faut renoncer à produire de bien 1. Pour produire la
première unité de bien 2 (quantité BC), il faut renoncer à une quantité AB de bien 1.
Mais pour produire par exemple la cinquième unité de bien 2 (JK), il faut renoncer à
une quantité IJ de bien 1. Or IJ est supérieur à AB, ce qui signifie que le TMT de 1 en
2 (ou coût d'opportunité du bien 2) est croissant. Dans l'expression « taux marginal
de transformation», le terme « marginal » indique qu'il s'agit du coût de
transformation de la dernière unité, non du coût de transformation des unités
précédentes. D'ailleurs, comme nous allons le montrer maintenant, le TMT de 1 en 2,
où coût d'opportunité du bien 2, est égal au rapport du coût marginal du bien 2 à
celui du bien 1. La démonstration est très simple. Le coût marginal de production de
la cinquième unité de bien 2, par exemple, est égal à IJ unités de bien 1. Donc
Cm2=IJ. De même, comme il faut renoncer à la quantité JK de bien 2 pour obtenir IJ
de bien 1, c'est que Cm1 =JK. Par conséquent :
De plus, nous savons qu'en concurrence pure et parfaite, le prix d'un bien est égal à
son coût marginal. Dès lors, puisque Cm2=p2 et que Cm1=p1 :
168
Donc, le TMT de 1 en 2 (ou coût d'opportunité du bien 2) en un point quelconque de
la CPP est donné par :
(2.2)
b) La courbe d’offre
La courbe d'offre indique quel est le rapport des quantités X2/X1 offertes pour les
différentes valeurs possibles de P. On peut donc la déduire de la CPP. Pour cela, à
chacun des points situés sur la CPP, nous devons associer à la valeur de P=p2/p1 --
donnée par la pente de la tangente au point considéré -- le rapport des valeurs
correspondantes de X2 et X1 -- données respectivement par par les coordonnées
d'abscisse (pour X2) et d'ordonnée (pour X1) -- de ce point. Par exemple, sur la figure
2.2, le point A de la CPP à une tangente plus faible que le point B. De plus, au point
A, l'offre de bien 2 est moins importante qu'au point B (0XA2< 0XB2), tandis que l'offre
de bien 1 est plus importante (0XA1> 0XB1).
Au point A, le prix relatif du bien 2 est plus faible qu'au point B. En effet, la pente de la tangente au
point A est moins forte que la pente de la tangente au point B. De même, au point A, le rapport des
quantités offertes X2/X1 est plus faible qu'au point B. Par conséquent, puisque la courbe d'offre indique
quel est le rapport des quantités offertes pour les différentes valeurs possibles de P, le point A' de la
courbe d'offre correspond au point A de la CPP et le point B' correspond au point B.
169
Par conséquent, le point A de la CPP est associé au point A' de la courbe d'offre et
le point B est associé au point B'. Les autres points de la courbe s'obtiennent de la
même manière. Rappelons que la courbe d'offre du modèle HOS est croissante et
dérivable en tout point et qu'il s'agit de la courbe d'offre du pays h, non de la courbe
d'offre mondiale.
Pour une valeur donnée de P (donc un rapport des prix de facteurs donné), l'augmentation du rapport
K/L engendre une augmentation du rapport X2/X1. Inversement, la diminution du rapport K/L engendre
une diminution du rapport X2/X1.
170
Pour démontrer ce théorème, il convient de revenir à l'analyse du choix de la
combinaison optimale de production dans chaque secteur (voir la figure ci-après).
171
Par conséquent, le capital et le travail sont pleinement employés. Le diagramme de
LERNER-PEARCE va nous permettre d'analyser l'effet d'une modification du rapport
K/L sur les quantités produites (voir la figure ci-après). Supposons que le stock de
capital de l'économie augmente, de sorte que la dotation de l'économie passe du
point E au point E'. Comment cette augmentation de capital va-t-elle être absorbée
par l'économie et quel sera son effet sur les quantités produites des biens 1 et 2 ?
Pour répondre à cette question, il faut rappeler que les termes de l'échange et le
rapport des prix de facteurs, w/r, sont constants. Le graphique ci-après révèle que la
seule combinaison de quantités compatible avec le plein emploi des ressources
disponibles est donnée par (X'1, X'2). Or, en comparant avec la combinaison initiale
(X1, X2), on voit que X'2 > X2 et que X'1 > X1. On vérifie ainsi que l'augmentation de la
quantité d'un facteur quand l'autre facteur, les termes de l'échange et le rapport des
prix de facteurs sont constants, se traduit par une augmentation de la production du
bien qui utilise ce facteur de façon relativement intensive et par une diminution de la
production du bien qui utilise l'autre facteur de façon relativement intensive. Dans
l'exemple illustré par la figure ci-après, l'augmentation de K accroît la production du
bien 2, car ce bien est relativement plus intensif en capital que le bien 1 (k2 > k1).
L'effet d'une augmentation de K sur les quantités produites en plein emploi quand P
est constant. L'augmentation de K se traduit par un accroissement de la production
du bien 2 qui est relativement intensive en capital et par une diminution de la
production du bien 1 qui est relativement intensive en travail.
172
De façon plus générale, si K et L varient simultanément, il faut raisonner sur
l'évolution de K/L et on constate alors que X2/X1, est une fonction croissante de K/L
quand k2 > k1.
La figure ci-après illustre l'effet d'une hausse de K sur la CPP et sur la courbe d'offre.
La courbe d'offre se « déplace » de AB à CD sous l'effet de l'accumulation du capital.
On peut vérifier le théorème de RYBCZYNSKI en remarquant que pour une valeur
de P donnée (la pente de la tangente aux points E et E' est identique), le rapport
X2/X1, est plus élevé au point E' qu'au point E. Le trait qui joint ces deux points est
appelé « droite de RYBCZYNSKI ». Le même exercice peut être effectué pour toutes
les valeurs de P. On constate alors que l'augmentation de K accroît X2/X1, quel que
soit P. De ce fait, l'augmentation de K a pour effet de déplacer la courbe d'offre vers
la droite. Plus généralement, plus K/L est élevé, plus la courbe d'offre est décalée
vers la droite.
L'effet d'une augmentation de K sur la CPP et la courbe d'offre. L'accroissement de K déplace la CPP
vers la droite (partie [a]). Si l'on compare l'équilibre E avec l'équilibre E', on constate que pour P
donné, l'accroissement de K augmente la production du bien 2 et réduit celle du bien 1. La droite EE'
est appelée « droite de RYBCZYNSKI ». Sur le graphique (b), l'augmentation de X2/X1 pour P donné,
implique le déplacement de la courbe d'offre vers la droite. L'exercice peut être renouvelé pour les
différentes valeurs de P, afin de vérifier que l'augmentation de K/L déplace la courbe d'offre vers la
droite.
173
C - Le modèle HOS en économie ouverte
1) Le théorème d'HECKSCHER-OHLIN
174
Illustration graphique du théorème d'HECKSCHER-OHLIN
Mise en évidence de l'avantage comparatif. La courbe d'offre de h est à droite de celle de f, car h est
relativement plus abondant en capital que f. Les deux fonctions de demande se confondent.
L'équilibre offre/demande interne révèle que le pays h a un avantage comparatif dans le bien 2 (P <
P*) et le pays f un avantage comparatif dans le bien 1 (1/P* > 1/P).
Si les deux pays s'ouvrent à l'échange, les termes de l'échange ne seront plus
déterminés de façon autarcique dans chaque pays. Ils seront déterminés sur une
marché mondial, à l'intersection de l'offre et de la demande mondiales. La courbe
d'offre mondiale est donnée par la somme horizontale des courbes d'offre de h et de
f (3) et la courbe de demande mondiale s'obtient également en effectuant la somme
horizontale des courbes de demande de h et de f. Une valeur unique, P, se
substituera donc aux valeurs autarciques P et P*.
Pour que chaque pays se spécialise en fonction de son avantage comparatif, il faut
cependant que la nouvelle valeur P soit telle que
175
P < PLE < P*
En effet, dans ce cas, h à intérêt à exporter du bien 2 (puisque le prix relatif du bien 2
en libre échange est plus élevé qu'en autarcie [PLE > P]) et à importer du bien 1
(puisque le prix relatif du bien 1 en libre-échange est moins élevé qu'en autarcie
[1/ PLE < 1/P]). Inversement, f à intérêt à importer du bien 2 (puisque le prix relatif du
bien 2 en libre échange est moins élevé qu'en autarcie [PLE < P*]) et à exporter du
bien 1 (puisque le prix relatif du bien 1 en libre échange est plus élevé qu'en autarcie
[1/ PLE > I/P*]).
176
qui est vérifié par les propriétés du triangle LFE. On peut donc vérifier que les
échanges sont équilibrés. Le triangle LFE est parfois appelé triangle des échanges.
Le même raisonnement peut être développé dans le cas du pays f afin de montrer
que f exporte du bien 1 et importe du bien 2. De même que pour le pays h, l'échange
bénéficie à f dont le niveau d'utilité augmente par rapport à l'autarcie.
177
La figure ci-après illustre ce cas. L'isoquant du secteur 1 correspond à une
production égale à 1 et celui du secteur 2, à une production égale à 1/P. La
contrainte de coût associée à ces productions est la même pour les deux secteurs.
En effet, puisque 1 = X1= P. X2 on a également :
Or w.L1 + r.K1=1 implique K1=1/r lorsque L1=0 et L1=1/w lorsque K1=0. De même,
K2=1/r lorsque L2=0 et L2=1/w lorsque K2=0. Par conséquent, sur la figure ci-après,
l'ordonnée du point A et l'abscisse du point B sont respectivement données par 1/r et
1/w.
Quel est l'effet d'une modification de P = p2/p1 sur W = w/r ? Supposons que p2
augmente. Dans ce cas, P = p2/p1 et donc 1/P baisse. Dès lors, l'isoquant 1/P est
déplacé vers l'origine. Pour que l'égalité p1.X1 = p2.X2 reste vraie, il faut que la
nouvelle contrainte de coût soit tangente au nouvel isoquant de production du bien 2
et à l'isoquant de production du bien 1 qui n'a pas changé, ce qui est le cas de la
droite A'B'. Or le point A' est situé en dessous du point A, ce qui signifie 1/r'<1/r et
donc que r'>r. Inversement B' est à droite de B, ce qui signifie que 1/w'>1/w et donc
que w>w'. par conséquent, l'augmentation de P engendre bien une baisse de W. En
envisageant d'autres modifications, il est facile de se convaincre que P et W varient
en sens inverse.
Le théorème de STOLPER-SAMUELSON
La figure illustre le cas où les deux secteurs produisent une valeur égale et où X1=1. Une
augmentation de P provoque un déplacement vers la droite de l'isoquant de production du secteur 2,
mais laisse inchangé celui du secteur 1. la pente de la nouvelle droite d'iso coût est moins inclinée
que la précédente, ce qui traduit la baisse de W = w/r.
178
La figure ci-après illustre la relation de STOLPER-SAMUELSON dans le cas où
k2>k1. La partie (b) de la figure reprend la détermination de l'offre et de la demande
dans le pays h. L'étude de ces deux figures permet de mettre en évidence les effets
de l'échange international sur la répartition nationale des revenus. Nous avons vu
que l'ouverture à l'échange se traduisait pour h par des termes de l'échange
international supérieurs aux termes de l'échange autarciques (P > P). Sur la partie
(b) de la figure 2.10, on voit que cela engendre un "excès d'offre" du bien 2 (et donc
un excès de demande du bien 1) qui conduit h a exporter le bien 2 et à importer le
bien 1. En autarcie, la valeur de P sur l'axe des ordonnées est associée à la valeur
W sur l'axe des abscisses de la partie (a) de la figure, du fait de la relation unique qui
existe entre P et W. Comme l'ouverture à l'échange augmente P (PLE > P), il s'ensuit
une baisse de W (WLE < W). Autrement dit, l'ouverture à l'échange réduit les salaires
et augmente les profits dans les pays relativement abondant en capital.
La partie (b) de la figure illustre les courbes d'offre et de demande du pays h. En autarcie, le prix relatif
est égal à P, alors qu'en libre échange, il est donné par P. Sur la Partie (b), la relation de STOLPER-
SAMUELSON associe une valeur unique de W = w/r à chaque valeur de P. Comme l'ouverture au
commerce international augmente les termes de l'échange de P à PLE, il s'ensuit que W baisse de W
à WLE.
179
• Les ménages n'appartiennent pas à une seule catégorie. Une partie plus ou
moins grande de leurs revenus est composée des revenus du capital. L'effet
net de l'échange sur le revenu d'un ménage dépend donc de la part du profit
dans son revenu.
• On voit parfois le « grand capital » se rallier aux thèses protectionnistes bien
qu'a priori le capital ait intérêt au libre échange dans un pays relativement
abondant en capital. Certains économistes expliquent cette contradiction en
soutenant qu'il faut employer un modèle différent du modèle HOS pour
analyser la répartition des revenus. Il est nécessaire en effet tenir compte de
l'existence de facteurs spécifiques propres à chaque industrie et non
seulement de facteurs génériques, utilisables dans les deux secteurs.
Lorsqu'on s'appuie sur un modèle à facteurs spécifiques, on peut facilement
mettre en évidence la solidarité objective qui existe entre des groupes
habituellement opposés. On peut par exemple montrer que les salariés et les
propriétaires de capital ont simultanément intérêt à promouvoir le libre
échange dans certains secteurs et le protectionnisme dans d'autres secteurs
La partie (b) de la figure illustre les courbes d'offre et de demande des pays h et f. En autarcie, le prix
relatif est égal à P dans le pays h et à P* dans le pays f. La partie (b) de la figure indique que les
valeurs correspondantes du rapport des prix de facteurs sont Q et Q*. En libre-échange, le prix relatif
est égal à PLE et le rapport des prix de facteurs correspondant est WLE
180
Sur la partie (b), on voit que P* < PLE < P provoque des échanges bilatéraux entre h
et f. Ces échanges sont fondés sur l'abondance relative de ces deux pays : h exporte
le bien relativement intensif en capital et f exporte le bien relativement intensif en
travail. Sur la partie (b) du graphique, on voit que la convergence de P et de P* vers
un prix mondial unique P engendre un rapprochement du rapport des prix de facteurs
de ces deux pays vers une valeur WLE unique. Dans le pays h, ainsi que nous
l'avons déjà vu, la rémunération relative du travail baisse, car ce pays est
relativement abondant en capital. Inversement, comme le pays f est relativement
abondant en travail, l'ouverture à l'échange valorise ce facteur, ce qui a pour effet
d'en augmenter la rémunération relative. En définitive, l'instauration de termes de
l'échange unique aboutit à l'égalité du rapport des prix de facteurs dans les deux
pays.
181
l'absence d’obstacles artificiels aux échanges, l'identité internationale des
technologies et l'immobilité internationale des facteurs de production.
1) Le paradoxe de LEONTIEF
Dans les années 1950, Wassily LEONTIEF (1905-1999) a testé la validité empirique
du théorème d’HECKSCHER-OHLIN qui prévoit qu'un pays devrait exporter les biens
dont la production requiert l'utilisation intensive du facteur disponible en abondance
dans le pays. Dans le cas des États-Unis, cela signifiait que les exportations
américaines vers le reste du monde auraient dû être plus intensives en capital que
les importations américaines en provenance du reste du monde, car ce pays était
réputé pour la rareté de sa main-d’œuvre et donc l'abondance relative de son capital.
Pour vérifier cette hypothèse, LEONTIEF a calculé les valeurs moyennes de capital
et de travail nécessaires pour produire respectivement un million de dollars
d'exportations et un millions de dollars d'importations.
Les premiers résultats, qui concernent l'année 1947, ont révélé que l'intensité en
capital des exportations (14 010 dollars par travailleurs) était inférieure à celle des
importations (18 180 dollars par travailleurs). Autrement dit, si l'on assimile les États-
Unis au pays h et le reste du monde au pays f, on obtient le résultat inverse de celui
prévu par le modèle HOS puisque le pays relativement abondant en capital exporte
des biens intensifs en main-d’œuvre alors qu'il devrait exporter des biens intensifs en
capital. C'est la raison pour laquelle on parle du paradoxe de LEONTIEF. Des
résultats ultérieurs, portant sur l'année 1958, ont confirmé le paradoxe.
Plusieurs économistes, dont Peter KENEN (1965) ont souligné qu'une des raisons du
paradoxe de LEONTIEF tenait sans doute à l'imprécision avec laquelle la notion de
qualification du travail avait été abordée. À l'évidence, le fait de traiter une heure de
travail de plombier sur le même plan qu'une heure de travail d'ingénieur ou de
chercheur risque de conduire à des conclusions erronées. Pour KENEN (1965),
182
l'éducation, la formation et l'apprentissage par la pratique engendrent l'accumulation
d'un capital humain qui doit être mesuré puis additionné au capital physique si l'on
veut avoir une idée réelle du stock de capital. Selon cette idée, quelqu'un qui passe
six mois à se former crée un capital au même titre que quelqu'un qui passe six mois
à concevoir une machine. Les calculs de KENEN ont montré que si l'on ajoute le
capital humain au capital physique, les exportations américaines sont plus intensives
en capital que les importations, supprimant ainsi le paradoxe de Leontief.
183
Chapitre 5
Théories du commerce international : Modèles de concurrence imparfaite
184
1 – Les modèles fondés sur les économies d’échelle externes
A – Introduction
La notion d'avantage comparatif est l'élément central des deux modèles de base de
la théorie du commerce que nous avons étudiés dans le chapitre précédent : le
modèle de RICARDO et celui d'HECKSCHER-OHLIN.
185
comparatif dans la production et l'exportation du bien 2. C'est donc h et lui
seul qui a intérêt à se spécialiser dans la production et l'exportation du bien 2
pour importer en échange le bien 1. Réciproquement, c'est f et lui seul qui à
intérêt à se spécialiser dans la production et l'exportation du bien 2 pour
importer le bien 1. L'exemple le plus fréquemment cité pour illustrer le
caractère déterministe de l'exploitation d'un avantage comparatif est celui des
spécialisations des pays abondants en main-d’œuvre.
186
effet pro concurrentiel. On montre par exemple (voir la section 3) que
l'échange international a pour effet de réduire le pouvoir de marché des
monopoles et des oligopoles.
• L'échange international accroît la diversité des produits disponibles.
Dans les modèles ricardien et heckscher-ohlinien, le nombre de produits est
donné au départ et ne change pas du fait de l'échange. En revanche, dans les
modèles avec rendements croissants (voir le modèle de concurrence
monopolistique du chapitre 4), ce nombre augmente.
Les rendements d'échelle sont externes à l'entreprise lorsqu'ils trouvent leur origine à
l'extérieur de l'entreprise, qu'ils bénéficient de la même façon à toutes les entreprises
du secteur et qu'ils se manifestent avec l'augmentation de la production de la
branche. Les rendements sont constants au niveau de l'entreprise mais croissants au
niveau de la branche. Dans ce cas, si une entreprise augmente sa production, son
coût moyen reste constant. Pour que le coût moyen baisse, il faut que la production
de l'ensemble de la branche augmente48. Pourquoi l'augmentation de la production
du secteur a-t-il pour effet de diminuer le coût moyen de production de toutes les
entreprises ? On l'explique généralement par la présence d'effets externes positifs
(ou « externalités positives») : plus la production d'un secteur devient importante,
plus les infrastructures liées à cette production sont performantes (moyens de
communication, écoles, fournisseurs, etc.). Par exemple, l'augmentation de la
48
On suppose donc que l'augmentation de production de l'entreprise n'a pas d'impact sur la
production totale de la branche ou en tous cas que l'entreprise n'intègre pas cet impact dans sa
décision.
187
production de l'ensemble du secteur permet aux fournisseurs de proposer des rabais
aux entreprises. De même, s'il y a beaucoup d'entreprises dans un secteur, le
personnel travaillant dans ce secteur augmentera et le niveau de qualification aussi.
L'augmentation de la productivité de la main-d’œuvre permettra de réduire la quantité
de travail par unité de production dans toutes les entreprises.
Les rendements d'échelle sont internes à l'entreprise lorsqu'ils sont croissants avec
la production de l'entreprise elle-même. Dans ce cas, plus une entreprise produit et
plus son coût moyen baisse.
La prise en compte des économies d'échelle internes dans les modèles de l'échange
international est très ancienne (GRAHAM, 1923), mais a récemment été reprise par
les modélisations de HELPMAN (1984) et HELPMAN et KRUGMAN (1985). La
présentation qui suit reprend la démarche proposée par KRUGMAN et OBSTFELD
dans la première édition américaine de leur manuel (1988).
Soit un modèle à deux pays (h et f) deux biens (le poisson et les microprocesseurs)
et un seul facteur de production (L, le travail). Le travail est disponible en quantité
fixe, homogène et pleinement employé. La quantité *de travail disponible et la
fonction d'utilité sont identiques dans les deux pays. Les technologies de production
du poisson et des microprocesseurs sont également accessibles à h et f. Nous
supposons que la production du poisson se fait à rendements constants : quel que
soit le niveau de production, le coût unitaire de production demeure constant et
identique en h et f. En revanche, la production des microprocesseurs bénéficie de
rendements croissants : quand la production du secteur augmente, le coût moyen de
production de toutes les entreprises des deux pays baisse de la même façon. Pour
simplifier, on néglige les coûts de transport et de communication liés aux échanges
entre les deux pays. Nous supposons également qu'il n'y a pas de droits de douane
ni de barrières non tarifaires aux échanges.
Comme les deux pays sont identiques, ils ont interchangeables. C'est comme si l'on
inversait les étiquettes h et f apposées sur deux boîtes ayant même apparence et
même contenu : cela n'aurait aucune importance.
188
Spécialisation et économies d'échelle externes
Ces six derniers cas de figure peuvent être classés en fonction de l'importance de la
demande mondiale de microprocesseurs (relativement à celle de poisson) :
189
occupée à produire du poisson. Le pays qui ne produit que du poisson en
exporte une partie et importe des microprocesseurs en échange.
• La demande de microprocesseurs est juste suffisante pour occuper tout
l'emploi dans un pays. Dans ce cas, un seul pays, sans que l'on puisse prévoir
lequel, ne produit que des microprocesseurs. L'autre pays ne produit que du
poisson. Le pays qui ne produit que du poisson en exporte une partie en
échange de microprocesseurs exportés par le pays qui ne produit que des
microprocesseurs.
• La demande mondiale est relativement forte. Autrement dit, les ressources
d'un seul pays ne suffisent pas pour produire l'ensemble- des
microprocesseurs. On doit donc faire appel à la main-d’œuvre de l'autre pays.
Comme nous supposons que le travail ne peut pas être déplacé d'un pays à
l'autre, on aboutit à une situation où un pays, sans qu'on puisse dire lequel, ne
produit que des microprocesseurs et où l'autre pays produit les deux biens.
Notons que l'impossibilité de déplacer le travail, à cause des frontières,
engendre ici une inefficience que l'échange ne peut pas réparer. En effet, si le
travail pouvait être déplacé sur un seul site jusqu'à satiation des besoins
solvables en microprocesseurs, les gains de la spécialisation fondée sur les
économies d'échelle seraient encore plus importants. Dans ce cas, comme la
demande mondiale de microprocesseurs est relativement forte, le prix relatif
des microprocesseurs est suffisamment élevé pour couvrir le coût moyen
d'une production peu élevée de microprocesseurs dans le pays qui produit
également du poisson. L'unique pays qui produit du poisson en exporte une
partie en échange du complément de microprocesseurs dont il a besoin.
Notons que le coût de production des microprocesseurs importés est alors
inférieur au coût des microprocesseurs fabriqués localement. Les deux
catégories de microprocesseurs sont cependant de qualité identique (quand
ils sont mélangés, on ne peut pas dire s'ils sont produits localement ou
importés) et vendus au même prix.
190
1) L'autarcie
Soient deux pays h et f identiques en tout point. En autarcie, ils produisent chacun
deux biens : le bien 1 (microprocesseurs) est soumis à des rendements d'échelle
externes. Au niveau d'une entreprise i, la fonction de production est de la forme :
(1.1)
(1.2)
(1.3)
où
(1.4)
49
Voir l'annexe pour une démonstration.
191
En effet, d'après l'équation (1.3), on a :
(1.5)
Dans l'industrie du bien 2 (poisson), il n'y a pas d'effets externes, donc pas de
confusion entre la productivité marginale perçue et la productivité marginale
effective. Les entreprises égalisent donc classiquement la productivité marginale
effective au taux de salaire réel. Comme la fonction de production du secteur 2 est
linéaire, la productivité moyenne est égale à la productivité marginale. On a donc :
(1.6)
La quantité totale de travail L, supposée égale à 1, doit satisfaire les demandes des
deux secteurs soit :
(CPP)
(1.7)
L'équation (1.7) donne la fonction d'offre. Cette fonction d'offre paradoxale nous
indique que le prix relatif du bien 1 est une fonction décroissante de la quantité de
bien 1 produite. Cette relation s'explique ainsi : plus la quantité de bien 1 augmente
plus le coût moyen diminue au niveau de la branche toute entière. Or, la liberté
d'entrée dans le secteur 1 implique que le prix du bien 1 est égal au coût moyen. Dès
lors, le prix du bien 1 suit l'évolution du coût moyen.
192
Équilibre autarcique en présence de rendements d'échelle externes
La fonction d'utilité est la même que celle employée dans les chapitres précédents.
L'égalité du TMS et du rapport des prix implique donc :
(1.8)
(1.9)
2) Le libre-échange
193
Equilibre de libre-échange et rendements d'échelle externes
3) Annexe
Pour montrer que l'équilibre d'autarcie n'est pas un optimum, il faut calculer l'équilibre
qui prévaudrait si l'allocation des ressources était planifiée centralement. dans ce
cas, l'organisme de planification internalise l'effet externe lié à l'augmentation de la
production du secteur 1, c'est-à-dire qu'il égalise la productivité marginale effective
de chaque entreprise du secteur 1 au taux de salaire réel. Au niveau de la branche
on a donc :
(1.10)
(1.11)
(3.12)
194
L'équation (1.19) s'écrit donc maintenant :
(3-9-
bis)
195
2 - Economies d'échelle internes - monopole et oligopole
L'idée que le commerce international accroît la concurrence et, par conséquent, que
la protection réduit la concurrence, remonte au moins à Adam SMITH. Pour le
montrer, étudions le cas très simple d'une entreprise domestique dont le pouvoir de
marché est limité par la concurrence réelle ou potentielle des importations. Cette
analyse a été élaborée par BHAGWATI (1965). Notre présentation s'inspire de celle
de HELPMAN et KRUGMAN (1989). La figure ci-après illustre le cas d'un monopole
dont la courbe de coût marginal, Cm, est croissante. Ceci est compatible avec le fait
50
To « dump » signifie « déverser ». Le dumping consiste à vendre moins cher sur le marché
étranger que sur le marché national et, plus précisément, à « déverser» la quantité suffisante pour
que le prix pratiqué à l'étranger baisse au-dessous de celui pratiqué sur le marché national
196
que le coût moyen soit décroissant. Ce dernier n'est pas tracé sur la figure pour ne
pas la surcharger. La demande domestique est représentée par la droite
décroissante D, à laquelle la recette marginale Rm est associée.
Lorsque le prix est égal à PLE, la quantité demandée (et donc offerte) est égale à QLE.
Par conséquent, la différence entre QLE et QLEM correspond aux importations.
197
Les implications de cette analyse méritent d'être notées. D'une part, l'effet net sur le
bien-être est positif, car on passe d'une situation sous optimale avec un prix
supérieur au coût marginal à une situation où le prix du marché est égal au coût
marginal. Par ailleurs, les consommateurs consomment plus et paient un prix moins
élevé.
Le monopole vend AB au prix PMLE sur le marché intérieur et exporte BC au prix PLE. Il y a dumping
car le prix à l'exportation est inférieur au prix pratiqué sur le marché intérieur.
198
Si les deux marchés sont cloisonnés, le monopole peut discriminer, c'est-à-dire
pratiquer un prix différent sur les deux marchés. Rappelons qu'il existe trois formes
de discrimination par le prix51 :
Pour maximiser son profit, le monopole discriminant doit faire en sorte que la recette
procurée par la dernière unité vendue soit la même sur les deux marchés.
C'est le cas lorsque le monopole vend AB au prix PMLE sur le marché national et BC
au prix PLE sur le marché étranger. Il s'agit bien de dumping puisque le prix étranger
est plus faible que le prix national. S'il en est ainsi, c'est parce que la demande est
beaucoup plus élastique sur le marché étranger que sur le marché national. Le
monopole exploite cette différence entre l'élasticité de la demande nationale et
l'élasticité de la demande étrangère.
3) L'extraction de rente
51
On doit cette classification à A.C. PIGOU (1877-1959)
199
B - Oligopole et commerce international
Dans cette section, nous allons étudier deux modèles d'oligopole appliqués au
commerce international. Le premier est le modèle de BRANDER et SPENCER et
(1981), dit du « rent shifting » ou modèle du déplacement de rente. Ce modèle a
pour but de montrer qu'une politique de soutien à l'exportation des grandes
entreprises peut être bénéfique pour le pays qui la pratique, dans certaines limites
cependant. Ce résultat est d'une portée empirique très grande, car les exportations
d'un pays comme la France sont très largement le fait de grandes entreprises
nationales.
52
La version que nous présentons correspond en fait à une variante particulière de l'oligopole: le
duopole.
200
Pour introduire ce modèle, nous allons prendre l'exemple classique d'Airbus et de
Boeing. Nous supposons que ces deux entreprises sont en concurrence pour
l'obtention d'un segment du marché aéronautique d'un pays tiers. Dans le pays tiers,
la demande est donnée par :
(2.1)
(2.2)
(2.3)
Lorsque qi = 0, le coût total est égal à 500, ce qui correspond aux coûts fixes.
Chaque entreprise a le choix de produire ou de ne pas produire la quantité qui
maximise son profit. Si une seule entreprise, A ou B, décide de produire, on a un
monopole et la fonction de profit s'écrit :
(2.4)
ce qui implique un profit p = (100 - 30) x 30 - (40 x 30) - 500 = 400. Lorsque les deux
entreprises décident simultanément de produire la quantité qui maximise leur profit,
on a un duopole de COURNOT Le profit de chaque entreprise s'écrit
respectivement :
(2.5)
(2.6)
201
D'après l'hypothèse de COURNOT, chaque entreprise va choisir la quantité qui
maximise son profit, en tenant le choix symétrique de l'autre entreprise pour donné.
Ainsi, le problème de la maximisation du profit de l'entreprise devient-il
respectivement pour A et B :
(2.7)
(2.8)
Airbus
Produire Ne pas produire
Nous avons donc quatre situations: soit une seule entreprise (Airbus ou Boeing)
reste sur le marché et son profit est égal à 400, soit les deux entreprises restent sur
le marché et chacune subit une perte de 100, soit aucune des deux entreprises
n'entre sur le marché et il n'y a ni profit ni perte. La matrice du tableau 4.2 représente
les quatre situations possibles. Le premier chiffre de chaque case correspond au
profit de Boeing et le second à celui d'Airbus.
202
Chaque entreprise mène donc en parallèle le raisonnement suivant :
• Si je m'en vais, l'autre à intérêt à rester car 400 (son profit si elle reste) est
supérieur à 0 (son profit si elle me suit).
• Si je reste, l'autre à intérêt à s'en aller car 0 (son profit si elle s'en va) > -100
(sa perte si elle reste).
• Donc je reste.
Airbus
Produire Ne pas produire
203
chose en échange de ce qu'il donne). D'autre part, même s'il s'agit d'une aide,
elle concerne d'autres créneaux que ceux où Airbus et Boeing sont en
concurrence directe.
(2.9)
(2.10)
(2.11)
(2.12)
(2.13)
204
L'optimum est atteint lorsque la recette marginale est égal au coût marginal, soit c.
L'équation (2.13) peut aussi s'écrire ainsi :
(2.14)
b) Exemples numériques
Exemple 1. Soit p(z) = a - bz. La recette totale est alors égale à p(z)z = az-bz2 et la
recette marginale à a - 2bz. Par conséquent, l'équation (4.13) s'écrit a - bz = c, ce qui
implique z = (a - c)/2b et p = a - b[(a - c)/2b] = (a + c)/2. La figure 4.3 illustre la
maximisation du profit en monopole. Afin d'effectuer le tracé, nous avons pris a =
100, b = 1 et c = 20. Par conséquent, à l'équilibre, p = 60, z = 40 et le profit par unité
est égal à p - c = 40. 53 Si l'économie était ouverte aux échanges, l'existence de ce
profit attirerait une ou plusieurs autres entreprises. C'est donc cette possibilité que
nous allons maintenant étudier.
L'égalité du coût marginal et de la recette marginale implique un prix de 60 et une quantité de 40.
53
En réalité, ce n'est que la dernière unité qui rapporte un profit de 40. En effet, pour F = 100, par
exemple, nous avons CM = 20 + 100/40 = 22,5 > c = 20. Le vrai profit par unité est donc égal à 60 -
22, 5 = 37,5 et non à 40. Cependant, nous supposons qu'à l'équilibre le coût moyen est
approximativement égal au coût marginal, c'est-à-dire que c + F/z --> c. Cette approximation de CM
par c est d'autant plus précise que l'échelle de production est grande et que les coûts fixes sont peu
importants. L'usage que nous en faisons ici et plus loin a seulement pour but de simplifier l'analyse.
205
Le passage à l'économie ouverte consiste à introduire un second pays, dans lequel
un autre monopole produit le même bien dans des conditions de coût et de demande
identiques à celles du pays h. L'équilibre du monopole du pays f aura donc
exactement les mêmes caractéristiques que celui du pays h.
Chaque monopole national observe que son concurrent étranger réalise un profit. Il
est donc tenté d'empiéter sur le marché de son voisin pour s'emparer d'une partie de
ce profit. BRANDER et KRUGMAN postulent qu'il existe un coût de transport g tel
que 0 < g < 1, de sorte que1/g > 1 et donc que c/g > c, ce qui signifie que le coût
marginal d'une unité exportée, c/g, est supérieur au coût marginal de production
d'une unité vendue sur le marché national. Si c/g < p, chaque unité exportée rapporte
un profit. De plus, contrairement aux unités vendues sur le marché intérieur, les
unités exportées n'ont pas d'effet dépressif sur le prix national (la recette marginale
ne diminue pas à mesure que les exportations augmentent). Il est donc intéressant
d'exporter. Comme les deux entreprises ont un comportement symétrique, il va se
créer un flux bidirectionnel d'échanges entre les deux pays. Du point de vue de la
théorie traditionnelle de l'échange, ce résultat est surprenant car les échanges ainsi
créés le sont en dehors de toute notion d'avantage comparatif.
(2.15)
(2.16)
(2.17)
54
L'introduction d'un coût de transport g a pour effet de segmenter le marché. Dès lors, là où il ne
devrait plus y avoir qu'un seul marché commun aux deux pays, composé des deux entreprises et des
consommateurs des deux pays, il y a deux marchés. Cette situation est à rapprocher de celle du
monopole discriminant de la section précédente. La différence est qu'il s'agit ici d'un « duopole
réciproquement discriminant ».
206
Symétriquement, l'entreprise du pays f choisit y* et y de façon à maximiser son profit,
soit :
(2.18)
(2.19)
(2.20)
Les équations (2.16), (2.17), (2.19) et (2.20) forment un système qui peut être résolu
en x, x*, y* et y. Ce système est formé de deux sous-systèmes indépendants. En
effet, les équations (2.16) et (2.20) impliquent seulement les variables x et y, dont la
somme, z, correspond à la quantité totale vendue sur le marché du pays h. La
solution du sous-système formé par les équations (2.16) et (2.20) est totalement
indépendante des équations (2.17) et (2.19). Les équations (2.17) et (2.19) forment
le second sous-système indépendant, qui fait seulement intervenir les variables y* et
x*, dont la somme, z*, correspond à la quantité vendue sur le marché du pays f.
Comme les fonctions de coût des deux entreprises et les fonctions de demande de
chaque pays sont identiques, les deux sous-systèmes indépendants ont la même
solution. Il suffit donc d'étudier l'équilibre sur l'un des deux marchés. On peut par
exemple calculer x, y et p et en déduire que x = x*, y = y* et p = P*.55
55
Il est facile d'imaginer des variantes de ce modèle dans lesquelles les deux sous-systèmes
indépendants n'ont pas la même solution. C'est le cas notamment si c est différent pour h et f.
L'identité des fonctions de coût et de demande, rappelons-le, est une hypothèse dont le but est de
faire apparaître les conditions de l'échange entre pays identiques.
207
Étudions l'équilibre d'économie ouverte du marché du pays h. Pour résoudre les
équations (2.16) et (2.20), effectuons les transformations suivantes. Puisque z = x +
y, on a dz/dx = 1 et dz/dy = 1. D'autre part, remplaçons x par z - y dans l'équation
(4.16) et divisons les deux équations par p :
(2.21)
(2.22)
(2.23)
(2.24)
Soit s = y/z, la part des importations, c'est à dire la part du marché h alimentée par
l'entreprise du pays f. Remplaçons y/z par (dp/dz)(z/p) par -1/e dans les équation
(2.21) et (2.23), puis ré agençons les termes de façon à isoler p dans chaque
équation. On obtient alors :
(2.25)
(2.26)
Le système formé par les équations (2.25) et (2.26) peut être résolu de façon à
obtenir les valeurs de p et de s à l'équilibre. Egalisons les membres de droite des
équations (2.25) et (2.26) et résolvons en s :
(2.27)
(2.28)
208
Exemple 2. Reprenons les données de l'exemple 1, c'est-à-dire p = 100- z, c=20 et
posons g=1/2. Dans ce cas, e= p/(100-p). Dès lors :
et
Par conséquent :
et donc :
209
Comparaison entre l'autarcie et le libre-échange
De plus, , et
. On en déduit les valeurs de ces variables pour le pays f, soit:
, , , et
.
Reportons les résultats des exemples un et deux sur un même graphique (figure ci-
dessus) afin de comparer la situation d'autarcie avec celle d'économie ouverte pour
le pays h (il suffira ensuite de redéfinir les variables pour que la comparaison
s'applique au pays f). On voit que l'ouverture à l'échange fait baisser le prix de 60 à
53,3. Cette baisse s'accompagne d'un accroissement de la quantité d'équilibre de 40
à 46,6. Les ventes de l'entreprise sur son marché intérieur diminuent (de 40 à 33,3),
mais cette baisse est compensée par les exportations (celles-ci sont égales aux
importations de l'entreprise du pays f, soit 13,3). Au total, les ventes de l'entreprise
du pays h sont plus élevées en économie ouverte qu'en autarcie (33, 3 + 13,3 = 46,6
> 40). Pris ensemble, les deux pays produisent 46, 7 x 2 = 93, 3 en économie
ouverte au lieu de 40 x 2 = 80 en économie fermée. L'ouverture réciproque des
marchés se traduit par une augmentation de la quantité du produit à la disposition
des consommateurs des deux pays. Ce résultat découle de la mise en concurrence
des monopoles. On retrouve l'effet pro-concurrentiel de l'échange déjà évoqué. Cet
effet constitue la base théorique des politiques de déréglementation des marchés
traditionnellement contrôlés par un monopole national (transports aériens,
télécommunications, etc.)
210
c) Le dumping réciproque
La recette par unité est égale à 160/3 quelle que soit la destination du produit
(marché intérieur ou exportations). Par conséquent, comme le coût à l'exportation est
plus élevé que le coût national (à cause du coût de transport), la marge de profit à
l'exportation est réduite d'un montant égal au coût de transport (soit 20). Le prix Free
on Board (FOB), c'est-à-dire hors coût de transport (soit 53,3 - 20 = 33,3) est donc
inférieur au prix intérieur (53,3). Chaque entreprise pratique ainsi un «dumping à
l'exportation». Remarquons qu'il s'agit d'un dumping où le prix (33,3) reste supérieur
au coût de production (20). Ce n'est donc pas un dumping prédateur. Remarquons
également que ce n'est pas non plus un dumping discriminatoire classique, car le
dumping discriminatoire classique se fonde, comme on l'a vu, sur l'exploitation de
différences entre les élasticités prix des biens. Or l'élasticité prix est ici la même sur
les deux marchés.
Le commerce intra branche est la partie des échanges qui a lieu à l'intérieur d'une
même branche. Dans le cas présent, un même produit est à la fois exporté et
importé par chaque pays. De plus, chaque pays exporte la même quantité qu'il
importe, ce qui nous amène à souligner l'inefficience d'avoir à payer deux fois des
coûts de transports là où il suffirait d'affecter les exportations nationales aux
importations nationales. En tout cas, du point de vue de l'indicateur de GRUBEL et
LLOYD, le commerce intra-branche est maximum, soit 100% :
56
Nous avons vu dans le chapitre précédent que lorsque les termes de l'échange sont égaux au
rapport des coûts de l'un des deux pays, ce pays peut être incomplètement spécialisé, c'est-à-dire
produire le bien qu'il importe.
57
Lorsque les deux pays ont des rapports capital/travail très différents, l'impossibilité de trouver un
rapport des prix de facteurs commun implique une spécialisation complète de l'un des deux pays.
211
Dès le départ, cette vision optimiste de l'échange a été critiquée et soumise à des
restrictions importantes. Toutefois, si les restrictions étaient bien connues et
pouvaient être introduites dans le cadre formel des modèles de base, ce n'était pas
le cas des critiques radicales de ces modèles. Or, jusqu'aux années 1980, il n'existait
pas de modèle alternatif susceptible de recueillir ces critiques dans un cadre
cohérent.
D'une façon plus générale, ces critiques peuvent être regroupées sous l'appellation
de mercantilistes ou « néo-mercantilistes » si l'on souhaite distinguer les critiques
contemporaines des critiques historiques. Dans la vision mercantiliste, le libre-
échange est au mieux un jeu à somme nulle: ce qu'un pays gagne, l'autre le perd.
L'échange peut même être un jeu à somme négative, c'est-à-dire se traduire par une
perte pour les deux pays58.Dans ces conditions, l'échange international est source de
conflits entre les pays. En effet, pour éviter que le commerce international ne
devienne pour eux un facteur d'appauvrissement, les pays se lancent dans une
politique commerciale active qui se ramène le plus souvent à du protectionnisme.
Dans ce modèle, il n'y a que deux catégories d'agents : les entreprises et les
consommateurs. Par conséquent, dans un pays donné, le bien-être se mesure en
additionnant le profit du monopole et le surplus des consommateurs. La figure ci-
après permet d'étudier les effets de l'échange sur le bien-être du pays h. Comme les
deux pays sont symétriques, les conclusions sont immédiatement transposables au
pays f.
Deux effets contraires exercent une action sur le bien-être lors du passage de
l'autarcie au libre-échange. Premièrement, une partie des exportations de chaque
pays vient augmenter la quantité disponible sur le marché étranger. Sur la figure ci-
après, cela correspond au passage de zA à zLE. Comme l'accroissement de la
quantité provoque une baisse du prix (passage de PA à PLE), il s'ensuit une
augmentation du bien-être : c'est l'effet pro concurrentiel.
58
Il se peut également que l'échange soit un jeu à somme positive et se traduise néanmoins par une
perte pour l'un des deux pays.
212
Effets du libre-échange sur le bien-être
213
Effets de l'échange sur le bien-être
En autarcie, le surplus des consommateurs est donné par la surface H, alors qu'en
libre-échange, il est donné par la surface H+C+F. Par conséquent, le passage de
l'autarcie au libre-échange se traduit par une augmentation du surplus des
consommateurs égale à la surface C+F (voir la deuxième ligne du tableau).
Si l'on élimine la surface C, qui est une perte pour l'entreprise mais un gain pour les
consommateurs, on voit qu'il reste un gain de G et une perte de E+F. Par
conséquent, le libre-échange est bénéfique si G>E+F et néfaste si G<E+F.
Le modèle que nous allons étudier (KRUGMAN [1979, 1981]) se fonde sur une
notion « horizontale » de la diversité, c'est-à-dire qu'il considère que les différentes
variétés d'un bien ont une qualité identique. Mais il existe aussi des modèles
(LANCASTER [1980]) qui aboutissent aux mêmes conclusions en se fondant sur une
notion « verticale » de la diversité, dans lesquels les variétés d'un bien se
différencient par leur degré de qualité.
214
A - Le modèle en économie fermée
1) La demande
(3.1)
(3.2)
(3.3)
où 0<q <1 est un paramètre dont la signification apparaîtra un peu loin. Afin de
déterminer l'optimum du consommateur, posons :
(3.4)
(3.5)
(3.6)
215
L'équation (3.5) peut se reformuler ainsi :
(3.7)
(3.8)
(3.9)
(3.10)
Egalisons les deux expressions de l données par les équations (3.7) et (3.10) et
isolons ci de façon à obtenir la demande du bien i par le consommateur représentatif,
en fonction du prix du bien i, du prix de tous les autres biens et de son revenu w (le
salaire est l'unique revenu de ce modèle) :
(3.11)
216
La connaissance de la demande du bien i nous permet de calculer l'élasticité prix
directe. Commençons par calculer la dérivée de ci, par rapport à pi :
Multiplions par -pi/ci afin d'obtenir l'élasticité prix de la demande du bien i. Après
simplification, on obtient :
(3.13)
Nous voyons que e tend vers 1/(1 - q) quand n tend vers l'infini. Ainsi, plus il y a de
produits, plus l'élasticité de la demande tend à être constante.
2) L'offre
(3.14)
217
La fonction de coût total (mesuré en travail) s'obtient en exprimant li en fonction de
xi :
(3.15)
Pour maximiser son profit, l'entreprise doit choisir le prix qui égalise le coût marginal
à la recette marginale. En monopole, la recette marginale est donnée par
(3.16)
(3.17)
(3.13)
218
Cette équation peut se simplifier en remplaçant pi par p :
(3.18)
Dans l'équation (3.18), le second terme situé à droite de l'égalité tend vers 0 quand n
augmente.
(3.19)
(3.20)
Ce résultat indique que le prix fixé par chaque entreprise est égal au coût marginal,
multiplié par 1/0. Comme 0 < 0 < 1, 1/0 > 1. Par conséquent, le prix est supérieur au
coût marginal, ce qui implique que le prix d'équilibre n'est pas un optimum. La
signification de 0 apparaît clairement ici : plus 0 tend vers 0, plus l'élasticité de la
demande diminue (voir l'équation [3.12] ou [3.18]) et plus l'écart entre le prix et le
coût marginal augmente.
À long terme, aucune entreprise ne fait de profit, ce qui signifie que le prix est égal
au coût moyen :
C'est-à-dire :
(3.21)
219
La contrainte d'équilibre de production de chaque entreprise nous permet de calculer
le nombre d'entreprises qui peuvent coexister compte tenu de la contrainte de
ressources :
Ce qui implique :
(3.22)
(3.23)
puisque ci=c et que w=1 (le travail sert de numéraire). la demande totale pour
chaque variété, C, est égale à c multiplié par le nombre de consommateurs, L :
ce qui implique :
(5.24)
220
La courbe de coût moyen a pour équation :
Enfin, le coût moyen est égal à 1. D'après l'équation (3.22), le nombre d'entreprises,
n, est égal à :
Enfin, le prix est donné par l'équation (3.20), soit ici p=b/q=2. On peut également
déduire le prix à partir de la demande, soit p=L/nx=100/(50 x 1) =2.
L'égalité entre le prix et le coût marginal au point E implique une production égale à 1. Pour écouler
cette production, l'entreprise doit pratiquer un prix égal à 2, ce qui couvre juste le coût moyen de
production. La rente de l'entreprise est nulle.
221
La figure ci-dessus illustre l'équilibre de concurrence monopolistique à long terme
pour les données numériques choisies. L'intersection de la courbe de recette
marginale perçue avec celle du coût marginal au point E détermine une quantité
produite égale à 1 et correspond à l'intersection de la courbe de demande avec la
courbe de coût moyen au point E' pour un prix d'équilibre égal à 2. Le prix d'équilibre
est égal au coût moyen (ce qui implique un profit nul pour chacune des 50
entreprises), mais il est supérieur au coût marginal. Par conséquent, cet équilibre
n'est pas un optimum.
Une production égale à 2. Pour écouler cette production, l'entreprise doit pratiquer un prix égal à 2, ce
qui permet de dégager un profit par unité de 0,5, puisque le coût moyen de production est égal à 1,5.
La rente de l'entreprise est donc égale à 1 (surface hachurée).
222
L'équilibre de concurrence monopolistique à court terme est illustré par la figure ci-
dessus. L'intersection de la courbe de recette marginale perçue avec celle du coût
marginal (point E) détermine une quantité égale à 2 et correspond au point E' sur la
courbe de demande, ce qui implique un prix d'équilibre égal à 2. La surface hachurée
représente le profit de l'entreprise à court terme.
223
En revanche, le nombre de produits disponibles en libre-échange est deux fois plus
élevé qu'en autarcie, ce dont bénéficient les consommateurs de l'union économique
formée par h et f :
(3.25)
Chaque consommateur dispose d'une plus grande diversité de biens, mais comme le
nombre de consommateurs a doublé, que chaque consommateur consomme autant
que les autres et dans les mêmes proportions, que la quantité totale de chaque
variété n'a pas changé, il s'ensuit que la quantité de chaque variété consommée par
un consommateur donné a baissé. Dès lors, pour savoir si le libre échange a
augmenté le bien-être par rapport à l'autarcie, il faut déterminer si l'accroissement de
diversité élève davantage l'utilité que la réduction des quantités consommées ne la
réduit. C'est ce que nous allons faire maintenant.
224
En libre-échange, la part de la dépense totale consacrée par un consommateur de h
ou de f à un bien quelconque est égale à 1/(n + n*). Dans le pays h, la part
consacrée aux biens importés est égale à n*/(n + n*), alors que celle consacrée aux
biens produits nationalement; est égale à n*/(n + n*). Dans le pays f, c'est
évidemment l'inverse : la part consacrée aux biens importés est égale à n/(n + n*),
alors que celle consacrée aux biens produits nationalement est égale à n* / (n + n*).
Comme le libre-échange n'exerce aucun effet sur les producteurs (même quantité
produite, même prix et profit nul à long terme), l'effet net du libre-échange est positif
puisqu'il se ramène à l'effet sur les consommateurs. Naturellement, le raisonnement
est identique pour le pays f, qui gagne donc aussi au libre échange.
La part des importations de h dans sa consommation est égale à n*/(n + n*). Donc
les importations en valeurs sont égales à :
225
Rappelons que wL représente la masse salariale totale et donc le revenu. De plus,
comme w = 1, le revenu est égal à L. Remplaçons n et n* par (1 - q)L/a dans
l'équation (3.27) :
Puisque la valeur des importations de h est égale à L/2, il s'ensuit qu'à l'équilibre les
exportations sont aussi égales à L/2. Par le même raisonnement, on montre que h
exporte L/2 (et que f importe L/2).
226
Chapitre 6
Théories de l'Investissement international et de la firme multinationale
227
a) Le modèle HOS et la mobilité internationale du capital
b) Quelques exemples d’investissements de contournement directs et indirects
4) Le désir de renforcer la compétitivité globale de l'entreprise
228
Depuis les années 1980 on assiste à l’internationalisation croissante de tous les
aspects de la vie économique :
Les entreprises multinationales sont l’un des principaux vecteurs de propagation des
investissements internationaux et du progrès technique dans le monde.
La multinationale « réseau »
229
Ce réseau n’est pas fixe. Il évolue dans le temps, avec la stratégie de l’entreprise et
les contraintes qui s'exercent sur elle. Ce réseau n'est pas isolé, Il existe également
de multiples points de contacts/passerelles avec d’autres entreprises multinationales.
L’entreprise qui exerce le contrôle sur les actifs étrangers est qualifiée de société
mère ou de maison mère. Le terme maison mère est plus général que celui de
société mère. Il faut en effet prévoir l’éventualité que l’investisseur étranger ne soit
pas constitué en société. L'entreprise dont les actifs sont soumis (en tout ou en
partie) au contrôle d’une société mère, est qualifiée de filiale. L’ensemble constitué
par la société mère et la (ou les) filiale(s) étrangère(s) est qualifiée de groupe
multinational, d’entreprise multinationale ou encore de société transnationale.
Cette dernière expression est la traduction de l’expression américaine « transnational
corporation ». Elle est retenue par la CNUCED. Plus généralement, on rencontre
également les expressions « multinationale » ou « firme multinationale » pour
qualifier la même réalité. Le schéma de la figure ci-après illustre ces définitions.
Le groupe multinational
59
Jean-Louis MUCCHIELLI (1998), Multinationales et Mondialisation, éditions du Seuil, page 18.
60
CNUCED (2004), World Investment Report, page 375.
230
2) Filiales, entreprises affiliées, établissements stables, succursales et co-
entreprises
Deux critères servent à définir la nature du contrôle exercé sur l'entité étrangère (voir
le schéma de la figure ci-après):
• Le degré de contrôle exercé par la maison mère sur les actifs d’une
l’entreprise située à l’étranger, qui peut être variable
• La nature juridique de l’entreprise située à l’étranger
Note : « personnalité morale » signifie « aptitude à être sujet de droit » c’est-à-dire « posséder des
droits et encourir des obligations ». Cela concerne les personnes humaines mais aussi d’autres
« personnes » telles que : entités administratives (Etat, communes, Etablissements publics),
groupements (associations, sociétés) ou masses de biens dotés d’une certaine affectation
(fondations). Pour désigner ces personnes « non humaines » ayant cependant des droits et des
obligations, on parle de personnes morales. La division fondamentale du tableau ci-dessus est
basée sur ce concept. L’établissement stable n’a pas de personnalité morale. En revanche la
société a une personnalité morale : elle a des droits et des obligations (voir « droit des sociétés » sur
Wikipedia et choisir le pays désiré, car le droit des sociétés varie selon les pays.). N’ayant pas de
personnalité morale, l’établissement stable n’est que la simple prolongation en territoire étrangers
d’une société étrangère. Les règles qu’on lui appliquent dépendent du pays considéré et des
conventions fiscales bilatérales entre le pays de la société étrangère et le pays où est situé
l’établissement stable. Sur les droit strictement français des sociétés, voir : http://www.juridix.net/dsoc/
ou bien Droits des sociétés en France sur Wikipedia.
Lorsque la société mère contrôle plus de 50% des droits de vote d’une entreprise
étrangère constituée en société, donc dotée d’une autonomie juridique, alors c’est le
terme de filiale qui est employé.
231
Lorsque la société mère contrôle plus de 10% mais moins de 50% d’une entreprise
étrangère constituée en société, donc dotée d’une autonomie juridique, alors c’est le
terme de société affiliée qui est employé.
Lorsque l’entreprise située à l’étranger n’a pas d’autonomie juridique, c'est une
succursale ou, plus précisément, un établissement stable, terme utilisé par l'OCDE
pour désigner les entités n’ayant pas de personnalité morale (non constituées en
sociétés) telles que : sièges de direction régionale, bureaux de représentation,
usines, terrains et lieu d’extraction de ressources naturelles. Dans son modèle de
Convention fiscale internationale, l’OCDE définit ainsi l’établissement stable : « Une
installation fixe d'affaires par l'intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou
partie de son activité »61.
La figure ci-dessous illustre le cas d’une filiale A située en Espagne, qui est contrôlée
à 80 % par une société mère B, située en France. Il s’agit donc d’un contrôle direct.
Mais A est elle-même contrôlée à 70% par une entreprise C située en Allemagne. C
exerce ainsi un contrôle indirect sur A. Dans ce cas, on peut calculer que C
contrôle indirectement A par l’intermédiaire de B à (0,7 x 0,8) x 100 = 56 %.
Source : OCDE (2005), Manuel de l’OCDE sur les indicateurs de la mondialisation économique, page
113.
Lorsqu’il existe des contrôles indirects, les notions de filiale, de société affiliée et de
succursale retenues par la CNUCED et l’OCDE ne sont plus seulement liées aux
pourcentages de contrôle exercés par les entreprises parentes, mais aussi à des
règles précises dites de consolidation intégrale. Le schéma ci-après, proposé par
l'OCDE, regroupe les différents cas de figure possibles.
61
Pour plus de détails, se rapporter aux pages du site Internet de l’OCDE consacrées à la fiscalité. On
y trouve notamment les dernières mises à jour du modèle de convention fiscale (rubrique : Fiscalité).
232
Dans le schéma de la figure ci-dessous, la société N contrôle directement la société
A à 60% qui est donc sa filiale. Par ailleurs A contrôle directement la société B à
55%. B est donc filiale de A, mais aussi de N. Et cela malgré le fait que N ne contrôle
indirectement que (0,6 x 0,55) x 100 = 33 % de B. Finalement B contrôle directement
C à 12%. C est une société affiliée de B. Par conséquent, elle est également une
société affiliée de N. Et cela malgré le fait que N ne contrôle indirectement que (0,6 x
0,55 x 0,12) x 100 = 3,96% de C.
Source : OCDE (2005), Manuel de l’OCDE sur les indicateurs de la mondialisation économique, page
53.
La société H est filiale de N puisqu’elle est directement contrôlée par N à 60%. J est
affilié à H. Donc J est aussi une société affiliée de H.
Le cas de L est différent : c’est une succursale de K, mais K, qui est filiale de N est
majoritaire dans L. Donc L est aussi une succursale de N. Que signifie contrôler 70%
d’une succursale, sachant que celle-ci n’est pas une société et que l’on ne peut pas
répartir des actions et des droits de vote ? On doit supposer ici que le système de
répartition des pouvoirs est proportionnel à l’apport de capitaux, mais cela pose de
nombreux problèmes dans la réalité.
233
4) Contrôles multiples et frontières de la firme multinationale
Lorsque certaines entreprises nationales et/ou étrangères sont contrôlées par deux
ou plusieurs entreprises nationales et/ou étrangères, les frontières du groupe
multinational deviennent difficiles à préciser. Il faut alors recourir à des critères
arbitraires. L’exemple de la figure ci-après illustre la manière pragmatique que
l’OCDE et la CNUCED préconisent d’employer pour délimiter les frontières d’une
multinationale.
Source : OCDE (2005), Manuel de l’OCDE sur les indicateurs de la mondialisation économique, page
134.
Dans le pays 2, D et E font partie du groupe. D est une filiale directe de X et E est
une filiale indirecte. F et G, bien qu’étant des sociétés affiliées, ne sont pas
comprises dans le périmètre strict du groupe, car tout comme C, elles peuvent être
majoritairement contrôlées par un autre groupe.
234
Dans le pays 3, les firmes H, I, J et K font toutes partie du groupe. En effet, J est
contrôlée par I et K à hauteur de 60% et ne peut donc pas être contrôlée
majoritairement par un autre groupe.
Pour certains auteurs comme Mathias LEFEVRE62 , les firmes multinationales sont
un acteur non étatique central au sein de l’économie politique internationale. Selon
cet auteur, les Etats sont aujourd’hui réduits à un rôle de séduction des investisseurs
internationaux. Ils se font la concurrence entre eux pour attirer sur leur sol des
multinationales de plus en plus capricieuses et difficile à satisfaire. Dans ces
conditions, l’autorité souveraine des États ne serait plus qu’une illusion et le véritable
ressort du pouvoir et de la politique internationale serait aux mains des
multinationales. Les plus puissantes seraient évidemment les firmes multinationales
américaines, notamment dans des secteurs comme le pétrole ou les industries
extractrices.
John PERKINS, qui a écrit un livre dénonçant le pouvoir occulte des firmes
multinationales63, soutient qu'il existe un lien entre les grandes firmes multinationales
américaines, l'Etat Américain et en particulier les services secrets comme la CIA, et
les organisations internationales comme la Banque Mondiale. Selon lui, les prêts que
la Banque Mondiale consent aux pays en développement ne sont octroyés qu'à la
condition qu'ils servent à payer des contrats passés avec des entreprises
multinationales américaines. Les pays qui reçoivent ces prêts doivent donc redonner
cet argent à des firmes multinationales, mais en plus rembourser les prêts. En fait, ce
système aboutit à l’endettement croissant de ces pays qui les rend complètement
dépendant de la politique extérieure américaine. De nombreux assassinats politiques
et des coups d'Etats auraient ainsi été initiés par la CIA afin de préserver les intérêts
des multinationales américaines sur tous les continents et en particulier en Amérique
latine et du Sud.
62
LEFEVRE, M. (2004), Les firmes multinationales face au risque climatique : Sauver le capital en
sauvant la terre, VertigO, Vol 5 numéro 2, septembre,
http://www.vertigo.uqam.ca/vol5no2/art6vol5no2/mathias_lefevre.html
63
PERKINS, John (2004), Confessions of an Economic Hit Man, Berrett-Koehler Publishers.
64
Président du Burkina Faso (ex Haute-Volta, pays enclavé et dépendant de la Côte d’Ivoire pour son
accès à la mer) de 1983 à 1987 (date de son assassinat), il a tenté de sortir son pays de la
domination économique française. Voir la suite sur Wikipedia. Pour des données économiques,
politique et sociales sur ce pays, consulter : https://www.cia.gov/library/publications/the-world-
factbook/geos/uv.html
235
b) Une puissance modérée par la concurrence et les résistances culturelles
Les multinationales ne sont puissantes que si on les compare aux PME. Si on les
compare entre elles, on s'aperçoit qu'elles se livrent une concurrence féroce, pour le
plus grand bien du progrès technique et de la croissance au niveau mondial.
Par ailleurs, 52 % des entreprises qui figuraient dans les 25 premières en 1990 n’y
sont plus en 2002. Naturellement, cela ne signifie pas qu’elles ont disparu, mais
seulement qu'elles ont reculé dans le classement. Néanmoins, on a là une assez
bonne indication de la fragilité relative des multinationales. En réalité, ces
entreprises, peuvent facilement perdre des parts de marché, connaître des difficultés
et être rachetées ou fusionner et ceci d’autant qu’elles sont soumises à une très forte
concurrence.
236
réduction des coûts de transport et de communication (Internet) a permis d'étendre
au monde entier la recherche de fournisseurs de produits et de services au moindre
coût et de meilleure qualité.
Le terme « création de valeur » est rarement défini de façon précise. Déjà le terme
valeur suscite la réflexion. La question a été débattue pendant des siècles par les
plus grands économistes avant d’être partiellement résolue dans la synthèse néo-
classique telle qu’on l’enseigne dans les cours de microéconomie. Mais c'est d'une
toute approche de la valeur qu'il convient de s'imprégner ici. En lisant les
encyclopédies de gestion, on apprend en effet que le concept de création de valeur
a été introduit par Michael PORTER, professeur de gestion à l’Université de Harvard,
dans ces différents ouvrages (pour une vue d’ensemble actualisée des concepts
développés par M. PORTER, voir son site Internet http://www.isc.hbs.edu/ ). La
« chaîne de valeur » de PORTER est une façon de décomposer le processus de
production de l’entreprise afin d’isoler la contribution de chaque élément à la «
valeur » du produit final. le mot valeur est ici à prendre au sens littéral de "valeur
monétaire", "valeur en euros ou en dollars". Cette valeur monétaire se décline sous
ces trois formes habituelles : coût, prix et profit. Cette décomposition du processus
de création de valeur, dans sa forme originale, comprend es étapes suivantes :
Conception, Achats, Production, Logistique, Ventes, Services.
Cependant, cette version due à PORTER est relativement théorique et ne colle pas
forcément à toutes les situations. Un schéma plus complet ressemblerait davantage
à celui représenté sur la figure ci-après.
Remarques :
237
Il est fréquent d’observer que les entreprises multinationales possèdent des filiales
étrangères qui sont spécialisées dans un seul des stades du processus de
production (la recherche, l’assemblage, la commercialisation, etc.) : C’est ce que l’on
appelle, depuis les travaux en 1985 de Bernard LASSUDRIE-DUCHENE, la
décomposition internationale des processus productifs ou DIPP65. Ce
phénomène a connu une croissance très forte à partir des années quatre-vingt, du
fait des facteurs évoqués dans l'introduction.
Des entreprises qui pour la plupart assuraient jusque-là l’ensemble de leur processus
de production, se sont recomposées, fragmentées, au sein d’un système où les
étapes du processus de production sont beaucoup mieux délimitées et désormais
assurées par des entités distinctes (y compris juridiquement) mais cependant
techniquement liées.
Deux remarques :
65
Bernard LASSUDRIE-DUCHENE, 1985, « L’échange international avec segmentation de produits :
une approche par la théorie classique des coûts comparés », in Bernard LASSUDRIE-DUCHENE et
Jean-Louis REIFFERS, Le Protectionnisme, Paris, Economica.
238
Traduction des principaux termes anglo-saxons pour désigner
l’externalisation des activités
239
productions nécessaires à l’A380, sont soumises à des spécifications très précises et
régulièrement contrôlées par des ingénieurs et des techniciens d’Airbus.
Selon une étude réalisée par le Service des études et des statistiques industrielles66
(SESSI), le recours des groupes français à la sous-traitance internationale a doublé
entre 1985 et 2003, passant de 5 % de la production industrielle à 10 % . Une
entreprise industrielle française sur huit entretient au moins une relation jugée
importante avec un sous-traitant étranger L’étude révèle que le recours à la sous-
traitance internationale varie selon les secteurs, les deux industries les plus
concernées par la sous-traitance internationale étant l’industrie biens de
consommation (habillement, pharmacie, parfumerie, équipement du foyer) et celle
des composants électriques et électroniques que dans les autres activités
industrielles.
La sous-traitance internationale peut prendre diverses formes dont les trois plus
importantes sont :
Nous avons vu que les entreprises ont la possibilité de choisir leurs sous-traitants à
l’étranger. Mais il est aussi intéressant de savoir pourquoi elles veulent le faire. De
leur propre aveu (voir l'étude du SESSI précédemment mentionnée), ce n’est pas
seulement un objectif de réduction ou de maîtrise des coûts. C’est aussi, très
largement, pour disposer de compétences ou d’investissements dont elles sont
dépourvues en interne.
66
Voir SESSI (2005), « La sous-traitance internationale, l’Europe, partenaire privilégié », Les 4 pages
des statistiques industrielles, n°205, juin.
240
2) La production internationale sous licence
On a donc le schéma suivant : une entreprise d’un pays A conclut un contrat avec
une entreprise d’un pays B, pour fabriquer ses produits. L’entreprise qui concède la
licence (entreprise du pays A) fournit fréquemment des données techniques ou des
copies des produits à fabriquer à l’entreprise qui fabrique sous licence (entreprise du
pays B). Dans certains cas, elle fournit aussi des machines, ainsi qu’une aide
technique. La production sous licence est souvent associée à des accords de
coproduction ou de partage de production, ainsi qu’à des accords de transfert de
technologie.
On identifie trois types de licences (ceci est valable pour la production, mais aussi
pour la vente, etc.) :
La production internationale sous licence est très utilisée pour le matériel de haute
technologie. Toutefois, des produits moins technologiques, comme les jouets, sont
également et fréquemment produits à l’étranger sous licence. Il est également assez
fréquent que l’accord de licence se double d’un accord de commercialisation du
produit sur une certaine zone. Ainsi, par exemple, la moto VESPA fut longtemps
produite sous licence dans différents pays à différents constructeurs qui avaient à la
fois une licence de production et un droit de commercialiser sur un territoire défini
dans l’accord.
241
Dans la production internationale sous licence, le lien qui unit les firmes productrices
à la multinationale donneuse d’ordre et/ou détentrice des brevets de fabrication est
un lien de contrôle parfois aussi étroit que celui qui peut exister entre une maison
mère et sa filiale.
3) La franchise internationale
242
de certaines formules, impossibilité d’être servi aux heures creuses, réticences du
personnel à développer la formule des petits déjeuners chez Mac Donald’s dans
certaines villes du sud de la France, etc.
Pourquoi coopérer dans une économie de marché mondialisée ? Il semble que cela
réponde à différents besoins : pallier un manque de compétences, rechercher de
nouveaux marchés ou davantage de flexibilité.
67
Les Echos (2006), Alliance AREVA-MITSUBSHI en vue dans les centrales nucléaires, 17 octobre
2006.
243
2) Les accords de transferts de technologie
Mais il existe aussi dans d’autres relations plus spécifiques, en particulier dans le cas
de la fourniture d’équipements de haute technologie dite « clé en main ». Ces
accords prévoient non seulement la vente et l’installation de ces équipements (qui
nécessitent parfois des constructions de type génie civil comme pour des
infrastructures routières, portuaires, de télécommunication, etc.). Ils prévoient aussi
des relations à long terme d’assistance technique, de formation, etc.
a) Définition
Une Joint Venture (JV) est une entité légale formée par deux ou plusieurs parties
dans le but d'entreprendre une activité économique commune. Les parties
s'accordent pour créer une nouvelle entité en contribuant au capital, puis en
partageant les recettes, les dépenses et le contrôle de la JV. La JV peut être formée
pour réaliser un seul projet ou aux fins de poursuivre une coopération durable,
comme dans le cas de la JV entre Sony et Ericsson. La JV doit être distinguée de
l'alliance stratégique, laquelle n'implique pas de mise en commun de capital au sein
d’une structure juridique est de plus beaucoup plus souple (il n'y a pas de création de
structure juridique du type société mais il y a parfois des échanges de participation
croisée).
Lorsque la JV est une entreprise de même nationalité que les entités (souvent des
entreprises elles-mêmes) qui décident de la créer, elle ne se distingue pas, sur un
plan formel, de la société. C'est uniquement pour souligner le caractère "coopératif"
244
que l'on parlera de Joint-venture, terme d'origine américaine, qui en français est
souvent utilisé tel quel ou alors traduit par l'expression "co-entreprise".
Lorsque la Joint-venture est internationale, cela signifie que l'opération implique des
entreprises de nationalités différentes. La différence de nationalité peut concerner les
entreprises qui forment la JVI, mais on ne peut exclure que deux entreprises de
même nationalité forme une JVI dans un pays différent du leur. C'est ce que les
schémas ci-après entendent expliciter.
245
Typologie des JVI
246
• Création d'unités plus puissantes face à la concurrence
• Mettre plus rapidement le produit sur le marché (time to market)
• Accroître la flexibilité
• Profiter de synergies
• Profiter de transferts de technologies ou de compétences
• Diversification
Sources : http://en.wikipedia.org/wiki/Joint_venture
d) Exemples de JVI
Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Joint_venture
La JVI entre Thomson et TCL pour regrouper leurs activités d'électronique grand
public et notamment la fabrication de téléviseurs à écrans plats.
L'américain ViewSonic, fait quand à lui cavalier seul. Sa page "company info" est
intéressante comme exemple de définition de sa vision, mission et valeurs.
e) De la JV à la Spin-off venture
La spin off venture est l'opération inverse de la fusion. Autrefois, on disait, une
scission, maintenant on dit plutôt une spin off (venture est facultatif). Elle consiste à
séparer une partie de l'entreprise pour en faire une entreprise indépendante. La
spin-off peut se faire selon diverses modalités, dont les trois plus importantes sont le
split up (on dissout la société mère et on remet aux actionnaires des actions des
filiales créées selon une parité définie), le split-off ou filialisation (la société mère se
247
sépare d'une de ses parties qu'elle filialise et dans ce cas ce sont seulement les
actionnaires qui le veulent qui peuvent échanger leurs actions de la maison mère
contre celle de la filiale) et l'equity carve-out ou filialisation par émission d'actions
nouvelles.
Il est important de bien distinguer les flux internationaux de capitaux des stocks de
capitaux étranger. Cette distinction une fois réalisée, il nous sera possible d’étudier
les formes d’investissements internationaux.
D’un point de vue comptable, la croissance du stock de capital, qu’il soit national ou
étranger, résulte de deux facteurs : l’appréciation ou la dépréciation du stock
existant et l’investissement brut.
248
La variation du stock de capital national d’une année sur l’autre
249
b) Le capital contrôlé à l'étranger
Une autre distinction doit être faite s’agissant de la nationalité du capital. On doit en
fait distinguer le stock capital d’un pays sous contrôle étranger et le stock de capital
que ce pays possède éventuellement à l’étranger. Supposons, pour simplifier, que
l’on ait seulement deux pays : la France et le reste du monde (que l’on désignera par
« pays étranger »).
Même si les IDE représentent une bonne part des investissements transfrontières,
tous les investissements étrangers ne se font pas sous la forme d’investissements
directs.
250
Le tableau ci-après propose une typologie des différents types de capitaux qui
franchissent les frontières, afin de repérer parmi eux, ceux dont la motivation est
l’acquisition d’un intérêt durable dans la gestion d’une entreprise étrangère. C’est
seulement cette dernière catégorie -- les capitaux investis ayant pour motivation
l'acquisition d'un intérêt durable dans une entreprise -- que la CNUCED répertorie en
tant qu'investissements directs étrangers.
Les trois principales formes de l’IDE répertoriés grâce aux statistiques de balance
des paiements et aux obligations déclaratives des pays membres des principales
organisations économiques internationales sont :
La figure ci-après illustre l’importance respective de ces trois formes d’IED dans
l’investissement étranger mondial total de 1995 à 2004.
On voit que ce sont les prises de participation étrangères ainsi que la création
d’entreprises nouvelles (« greenfields investments ») qui tiennent la place principale
(entre 60% et 70% du total de l’IED mondial), le reste se partageant entre les
bénéficies réinvestis et les prêts entre filiales. Depuis 2001, la part des prêts entre
filiales a diminué en pourcentage au profit des bénéfices réinvestis.
Au-delà de ces trois flux d’IDE, il existe d’autres formes de contrôle étranger, déjà
évoquées dans la section précédente, qui ne sont pas comptabilisées dans les flux
d’IDE. Nous les rappelons seulement ici pour mémoire (à noter qu'en revanche que
la constitution et l'augmentation du capital des JVI sont inclus dans les 3
composantes de l'IDE) : la sous-traitance internationale, le franchising international,
251
la production internationale sous licence (la balance des paiements permet de
retracer en partie les flux financiers liés à l’exploitation internationale des brevets),
les contrats de gestion et de fourniture d’équipements « clés en main » (transferts de
technologie), les accords de partage de production.
On voit que ce sont les prises de participation étrangères ainsi que la création
d’entreprises nouvelles (« greenfields investments ») qui tiennent la place principale
(entre 60% et 70% du total de l’IED mondial), le reste se partageant entre les
bénéficies réinvestis et les prêts entre filiales. Depuis 2001, la part des prêts entre
filiales a diminué en pourcentage au profit des bénéfices réinvestis.
252
3 - Les déterminants de la multinationalisation des entreprises
253
compétitif » est parfois utilisé aussi. Notons aussi que l’expression « competitive
advantage », introduite par Michael PORTER68 est aussi traduite par « avantage
concurrentiel ». Pour notre part, nous utilisons ces deux expressions de façon
équivalente pour désigner l’ensemble des avantages spécifiques d’une entreprise
multinationale.
Ce qui frappait dans les années 1960, c’était l’avantage éclatant que ces firmes
possédaient sur les entreprises locales qui n’avaient pourtant aucun frais de
transport international à supporter, ni aucun obstacle linguistique, culturel,
administratif ou institutionnel à surmonter pour dominer des marchés qui paraissaient
leur appartenir naturellement. L’arrivée des produits américains sur les marchés
européens et l’avidité avec laquelle les consommateurs et les entreprises allaient
s’empresser de les adopter, devait pourtant modifier largement cette perception.
Il est à noter que l’avantage spécifique est parfois protégé par un ou plusieurs
brevets, lorsqu’il s’agit d’une technologie. Il peut aussi être protégé par des
appellations déposées ou des noms de marque lorsqu’il s’agit d’une marque.
68
Voir son ouvrage, Competitive Strategy (The Free Press, 1980), puis reprise en titre dans son livre
Competitive Advantage publié en 1998 (The Free Press).
254
a) L'avantage spécifique lié à la technologie ou au savoir faire
C’est sans doute le plus manifeste. Rares sont parmi les plus grandes
multinationales du monde celles qui n’ont pas un ou plusieurs leadership(s)
technologique(s) dans leur domaine. Après la seconde guerre mondiale, puis dans
les années 1950 et 1960, les multinationales américaines apportaient le plus souvent
les technologies nouvelles à l’Europe, que ce soit dans les domaines de l’automobile,
dans les techniques d’exploration et de forage pétrolier et minier, dans les produits
chimiques et pharmaceutiques ou dans les machines outils. Elles ont joué un rôle
pionnier dans la diffusion du progrès technique puis, grâce aux effets de diffusion,
dans la réduction du « gap » technologique, d’abord entre l’Europe et les Etats-Unis,
puis entre les Etats-Unis et le Japon, puis maintenant entre les pays développés et la
Chine ou l’Inde.
Il n’était pas alors nécessaire de produire sur place pour pénétrer les marchés. Aussi
beaucoup de multinationales américaines se contentaient-elles alors d’exporter ou
de proposer à des entreprises locales de produire sous licence moyennant le
versement de royalties. Mais d’autres, prévoyantes et soucieuses de maintenir leur
avantage technologique, avaient déjà commencé à tisser leur réseau de filiales et de
succursales en Europe et dans le monde. Certaines d’entre elles existent toujours :
ce sont les multinationales de l’automobile. D’autres ont été dépassées par de
nouvelles concurrentes, comme certaines compagnies aériennes comme TWA.
255
biais d’un réseau d’importation ou par celui de l’implantation d’une filiale de
production. On imagine la joie des consommateurs des pays d’Europe de l’Est ou
d’Inde quand ils ont enfin pu se procurer d’autres véhicules que les Lada, Tata et
Trabant.
C’est sans conteste l’avantage lié à la taille (mesuré de diverses manières : chiffre
d’affaires, emploi total, actifs possédés, etc.) qui constitue l’avantage spécifique le
plus énorme. En voici les principales raisons :
La taille peut parfois être un handicap car elle conduit à négliger les « petits »
marchés. Or tout marché porteur est au début, par définition, petit. C’est ce qui
explique qu’une start-up, qui n’a pas besoin d’un « gros » marché pour débuter, est
souvent plus habile à commercialiser des produits innovants69. En effet, à mesure
qu’une entreprise croît en taille (la taille étant mesurée par le chiffre d’affaires), il lui
devient plus difficile de s’intéresser à des marchés dont l’importance initiale est
faible. Les petites entreprises ont donc un avantage sur les grosses, car le chiffre
d’affaires promis par un marché émergent reste suffisamment important pour les
passionner.
69
Voir Clayton M. CHRISTENSEN (2000), The Innovators Dilemna, HarperBusiness et Clayton M.
CHRISTENSEN & Michael E. RAYNOR (2003), The Innovators Solution, Harvard Business School
Press.
256
Supposons qu’une entreprise dont le chiffre d’affaire est de 400 millions d’euros cette
année se fixe un taux de croissance de 20%. Pour réaliser son objectif, elle aura
besoin d’un chiffre d’affaires supplémentaire de 80 millions d’euros l’année
prochaine. Les nouveaux marchés qui procurent autant de revenu dès la première
année sont rares, voire inexistants. En revanche, une entreprise dont le chiffre
d’affaire est de 4 millions d’euros aura « seulement » besoin d’un chiffre d’affaires
supplémentaire de 400 000 euros. Un chiffre qui est proportionné à la taille des
marchés émergents.
Nous étudierons donc successivement les deux situations dans lesquelles les EMN
peuvent se trouver, à savoir être sur des marchés de monopole ou d’oligopole, ainsi
que leurs implications sur la décision de produire à l’étranger.
C’est l’économiste Raymond VERNON71 qui, dans les années 1960, a développé la
théorie du cycle de vie du produit pour lui permettre de rendre compte des
comportements d’implantation à l’étranger des entreprises multinationales
américaines. Sa théorie décrit les choix d’exportation et de multinationalisation en
fonction des différents stades du cycle de vie d’un produit qui sont la naissance, la
maturité et le déclin.
Soit une entreprise qui possède un monopole fondé sur sa capacité d’innovation.
Après avoir exploité son monopole sur le marché national, la firme innovatrice va
tenter de l’exploiter à l’exportation, puis en produisant à l’étranger. Rappelons les
trois phases qui suivent la naissance d’un produit dans la théorie du cycle :
croissance, maturité et déclin. L’entreprise qui conçoit un produit nouveau dépose un
brevet et exploite son invention dans une quiétude relative, car ses concurrents sont
70
Voir Clayton M. CHRISTENSEN (2000), déjà cité et aussi notre article (2002), Integrating Fiscal
and Investment Decisions : The Example of New Activities, Publié dans Tax Planning International -
Financing, en collaboration avec Hervé ISRAEL, pages 8 à 13.
71
Raymond VERNON (1966), “International Investment and International Trade in the Product Cycle”,
Quarterly Journal of Economics, mai.
257
empêchés de pénétrer sur son marché par les lois qui protègent la propriété
intellectuelle. L’entreprise est en position de monopole légal.
Mais l’imitation progresse car les brevets, même là où ils sont respectés, ne
parviennent que rarement à protéger efficacement contre l’imitation. Bientôt des
produits similaires commencent à apparaître. Selon VERNON, l’entreprise tente alors
de compenser la diminution prévisible de ses parts de marché nationales en
exportant le produit à l’étranger. De ce fait, quand ses concurrents parviennent à
prendre pied sur son marché, elle est déjà en position de force sur les marchés
d’exportation.
Bientôt, ce sont les imitateurs étrangers que l’entreprise doit craindre. D’autant que
tous les pays étrangers ne respectent pas les lois sur les brevets américains. Dès
lors elle n’a pas d’autre choix, explique VERNON, que de venir produire sur le
marché étranger (ou d’accorder des licences de production à des entreprises
étrangères), afin de réduire ses coûts de transports et de rester compétitive par
rapport aux producteurs étrangers. De plus, le fait de produire sur place lui permet de
mieux adapter son produit aux spécificités de la demande locale. En s’implantant
localement elle va créer son propre réseau de sous-traitants et de fournisseurs,
limitant du même coup les velléités d'imitation. Comme l’explique Jean-Louis
MUCCHIELLI « Toute cette stratégie consiste à remplacer l'avantage technologique
absolu perdu, ou en passe de l'être, par des avantages relatifs de coûts et de
différenciation, afin de conserver une place de leader dans les pays d'accueil. »
Cette théorie a pu s’appliquer jusqu’aux années 1990, bien que le cycle de vie des
produits a eu tendance à s’accélérer même avant le début des années 1990.
L’industrie des disques durs nous servira à illustrer cette théorie dans un contexte
d’accélération du progrès technique. En revanche, les progrès techniques
génériques dont ont bénéficié les moyens de transport et de télécommunication
semblent avoir largement réduit le pouvoir explicatif de la théorie du cycle, du moins
pour expliquer l’internationalisation des activités des entreprises multinationales.
72
Voir Frederick. T. KNICKERBOCKER (1973), Oligopolistic Reaction and Multinational Enterprise,
Harvard University Press
258
a) Le mécanisme de la réaction oligopolistique
Phase 2 : Une situation de déséquilibre est créée. Bien que leur part de marché n’ait
pas changé, les entreprises E2, E3 et E4 se sentent agressées par l’augmentation de
la part de marché de E1. Après une période de confusion, elles réagissent à leur tour
(sans nécessairement se consulter) pour tenter de rétablir la situation initiale. Ainsi,
par exemple, E2 créera des partenariats avec des petites entreprises locales du pays
259
B. L’entreprise E3 préférera racheter des entreprises locales de B. Enfin, l’entreprise
E4 fera fabriquer sous licence ses produits par des entreprises de B. Au bout de
quelque temps, chacune des entreprises E2, E3 et E4 aura augmenté sa part de
marché de 5% et la situation initiale sera rétablie, toutes ayant maintenant 20% du
marché au lieu des 15% initiaux. L’augmentation des parts de marché s’est faite au
détriment de la frange concurrentielle de B dont la part de marché sera passée de
40% à 20%. Au total, il y aura eu une concentration du secteur mais sans
modification des positions relatives des quatre entreprises oligopolistique. Il s’agit
évidemment d’un scénario simplifié à l’extrême et il est facile de l’élaborer pour le
rendre plus réaliste. Là encore, pour ne pas compliquer le schéma, nous supposons
que l’IDE des entreprises E2, E3 et E4 ne se fait pas par création de capacités de
production nouvelles. Mais le lecteur peut facilement se convaincre que les
conclusions seraient qualitativement identiques.
Ce n’est pas toujours le cas. Il peut arriver aussi bien que l’action de l’entreprise E1
ait été soigneusement préparée et que l’avantage ainsi acquis par elle se transforme
en leadership. L’écart continuera alors à se creuser et, fréquemment, le secteur
connaîtra une période de fusions acquisitions, nationales et internationales, au terme
de laquelle la structure du marché sera profondément transformée. Au bout de
quelques années, le paysage sera modifié et le nombre d’entreprises du secteur
aura diminué. À supposer naturellement que les autorités chargées de réglementer
la concurrence aient autorisé le processus. Selon Jean-Louis MUCCHIELLI73, « Plus
les secteurs seront oligopolistiques, […], et plus ce phénomène aura de l’importance.
De nombreux exemples peuvent être cités : en s’implantant aux Etats-Unis,
Bouygues imite son concurrent direct, Spie Batignolles, tout comme Peugeot imite
Volskwagen en s’implantant en Chine ; de même, le mouvement de délocalisation
accélérée de certaines multinationales dans les pays de l'Est ou du Mercosur peut
faire penser aux mêmes déterminants ».
73
J.-L. MUCCHIELLI (1998), Multinationales et mondialisation, déjà cité, page 79.
260
Phase 2 : Voyant cela, l’entreprise 2 prend la décision de réagir et annonce sa
décision de s’implanter dans le pays A. Ce faisant, elle tente de rétablir la situation
initiale.
261
On se retrouve ainsi dans une situation telle que les deux entreprises ont une
implantation dans le pays étranger. Il se peut fort bien, comme l’illustre la figure, que
les parts de marché globales demeurent inchangées. Seule la répartition
géographique de la production sera alors modifiée.
Cette étude, qui porte sur l’industrie manufacturière, indique que les réductions de
coûts unitaires peuvent être substantielles mais varient beaucoup : de 10% à 75%
selon le cas. Le coût du travail représente près de 60% de l’avantage que les
entreprises manufacturières vont rechercher dans la production délocalisée..
Ainsi, en 2004, aux Etats-Unis et en Europe occidentale, le coût horaire d’un ouvrier
varie entre 15 et 30 dollars selon le taux de syndicalisation et de couverture sociale
du secteur et/ou du pays. En Inde ou en Chine, à productivité équivalente, le coût est
50 à 60% pour cent plus faible. En Europe de l’Est, même si la productivité est
parfois moindre, l’avantage de coût est encore plus substantiel.
Cette étude confirme aussi que pour bien profiter de l’avantage de coût salarial,
l’entreprise doit consentir d’importants investissements préalables tant dans des
équipements, que dans l’organisation et la formation. Ainsi, une entreprise qui ouvre
actuellement une usine en Chine, apporte le matériel, et forme correctement la main-
d’œuvre, peut s’attendre à capter d’importants bénéfices en termes de coûts
salariaux. De plus, si elle veut bénéficier d’économies d’échelle, elle aura ensuite
intérêt à amortir ses coûts initiaux par la création de plusieurs autres unités de
production.
74
Georges STALK et Dave YOUNG (2004), “Anatomy of a Cost Advantage : it’ more than Cheap
Labor”, Manufacturing Today, Boston Consulting Group, Mai.
262
2) La recherche de nouveaux marchés
Plus généralement, nombreux sont les produits qui, ayant connu un succès sur leurs
marchés d’origine, ont cependant été boudés par la clientèle internationale par
méconnaissance de ses goûts particuliers. Le tableau ci-dessous en donne trois
exemples.
75
Voir SOPEXA, 2003, http://www.sopexa.com/spip/IMG/pdf/doc-206.pdf .
76
Robert A. MUNDELL, 1957, « International Trade and Factor Mobility », American Economic
Review.
77
Voir le chapitre 4.
263
a) Le modèle d’HECKSCHER-OHLIN et la mobilité internationale du capital
Pour MUNDELL, les échanges de produits entre les pays sont des échanges
indirects de facteurs de production. Quand un pays exporte des biens intensifs en
capital et importe des biens intensifs en travail, il exporte indirectement du capital,
dont il dispose en abondance relative, et importe du travail, qui lui fait relativement
défaut. MUNDELL souligne que ce résultat n’est obtenu que grâce à l’hypothèse,
généralement erronée, selon laquelle les facteurs de production, et en particulier le
capital, sont immobiles internationalement.
Or la mobilité internationale du capital est réelle dans les faits, et MUNDELL souligne
au contraire que ce sont les produits et les services qui souvent sont empêchés de
franchir les frontières (à cause des obstacles tarifaires et non tarifaires aux
échanges). Si l’on tient compte de ces deux réalités dans le fonctionnement de
certains marchés (mobilité internationale du capital, faibles possibilités d’exportations
ou d’importations), on obtient alors un modèle dont les conclusions sont inverses du
modèle HOS habituel.
En effet, supposons qu’un marché soit difficile à conquérir par les exportations parce
qu’il y a des barrières tarifaires ou non tarifaires aux échanges, mais où la
rémunération du capital est élevée parce que les opportunités d’investissement y
sont nombreuses. Dans ce contexte, on conçoit que les entreprises ne pouvant
entrer sur le marché de façon classique, par l’exportation, vont y entrer par des
investissements directs étrangers (implantations d’unité d’assemblage, de
production, prises de participation dans des entreprises locales, etc.).
Certains investissements étrangers ont pour but majeur de contourner les barrières à
l’échange comme les tarifs douaniers ou les barrières non tarifaires. Les deux
exemples les plus flagrants, sont ceux des investissements américains en Europe
264
dans les années 1950 et 1960, puis les investissements japonais en Europe et aux
Etats-Unis dans les années 1970 et 1980 (et même 1990).
Dans les deux cas, les investisseurs souhaitent être présents sur un marché qui tend
à se protéger de la concurrence extérieure. Une entreprise comme OPEL, filiale de
GENERAL MOTORS est l’exemple presque parfait de ce type d’IDE. Pendant
longtemps, beaucoup de français achetaient des « Opel » en croyant de bonne foi
qu’ils s’agissaient de voitures de marque Allemande. Or en fait OPEL a été rachetée
par GENERAL MOTORS dès 1929 (l’entreprise a été nationalisée par HITLER par la
suite, mais rendue à GM en 1945 et les usines de production ont été remises en
fonctionnement dès 1948).
Les stratégies sont parfois plus complexes, comme dans le cas des investissements
de contournement indirects. En effet, certains marchés sont ouverts à quelques pays
seulement. C’est le cas du marché européen, ouvert aux pays européens (Royaume-
Uni, en particulier), mais plus fermé aux produis japonais et asiatiques par exemple.
En revanche, tous les pays européens n’ont pas la même politique face aux IDE
étrangers. Le Royaume-Uni, traditionnellement, a toujours été très ouvert aux
investissements américains et japonais. On sait d’ailleurs que dans les années 1970,
l’industrie automobile anglaise a pratiquement disparu, rachetée par des entreprises
japonaises comme HONDA. Le Royaume-Uni, après avoir été la « tête de pont » des
investissements américains en Europe est alors devenu celle des investissements
japonais. De nombreuses entreprises japonaises, puis coréennes, ont implanté dans
ce pays des usines de montage, à seule fin de pouvoir exporter vers le reste de
l’Europe sans être inquiétées par les droits de douane. Cette politique a été
largement encouragée par le gouvernement de Margaret THATCHER dans les
années 1980.
Mais elle est loin d’être valable dans tous les cas. Pour les praticiens, c'est souvent
la relation inverse qui s'impose à savoir que l’investissement direct international est
un excellent moyen de consolider une part de marché à l’exportation.
265
4 - La localisation des entreprises multinationales
Mais où, l’entreprise va-t-elle décider d’implanter, par exemple, sa nouvelle usine ?
Sur quel continent ? Dans quel pays, quelle région, quelle zone industrielle ? C’est à
l’étude des déterminants de ce choix que le présent chapitre est consacré.
• des contraintes qui s’exercent sur la localisation de son activité. Nous allons
d’abord passer en revue les contraintes qui s’exercent sur la localisation des
entreprises, puis faire le point sur les théories qui éclairent les choix
d’implantation géographique des entreprises multinationales en prenant ces
contraintes en compte.
• de l’attractivité des territoires d’accueil potentiels. L’attractivité des pays au
regard de l’IDE à travers suscite trois questions :
o Qu’est-ce qui fait l’attractivité d’un pays ou d'une région ?
o Quels sont les pays les plus attractifs ?
o Comment la France se positionne-t-elle en termes d’attractivité ?
78
Nous renvoyons le lecteur à l’excellente synthèse de MUCCHIELLI (1998), Multinationales et
Mondialisation, pages 157 et suivantes : « Où la firme multinationale s’implante-t-elle ? ». Le début du
chapitre expose les apports théoriques des théories de la localisation.
79
Nous conseillons l’ouvrage de Paul KRUMAN (1998), L’économie auto-organistarice, de Boeck,
ainsi que l’ouvrage de Paul KRUGMAN, Antony VENABLES et Masahisa FUJITA (2001), The Spatial
Economy, MIT Press.
266
entreprises, au profit d’une seule qui tend à dominer : la contrainte
d’agglomération fondée sur l’existence d’externalités diverses.
Les contraintes traditionnelles, que nous allons tout d’abord évoquer, pèsent
parfois sur l’offre, parfois sur la demande, parfois sur les deux, avec une force
différente.
Ainsi, dans la sidérurgie, les premières localisations se sont faites à proximité des
sources d’énergie et des matières premières, mais leur développement a également
été favorisé par l’existence de carrefours de communication. L’exemple de la région
des Grands Lacs (côté américain et côté canadien), berceau de la sidérurgie nord-
américaine, puis foyer de l’industrie automobile, constitue un bon exemple. Non loin
des Grand Lacs, le second pôle de ce type est constitué par la région des
Appalaches. On note dans ces deux cas le rôle prédominant exercé par les
contraintes productives sur la localisation.
Dans ces exemples, c’est la main-d’œuvre et la population qui ont été attirées et
fixées là où les contraintes productives dictaient la localisation des entreprises.
Actuellement, 70% des grandes entreprises américaines ont leur siège et au moins
une implantation dans ces deux régions. À ces chiffres, il convient d’ajouter les
multinationales japonaises et européennes qui se sont aussi localisées dans cette
zone. Ces entreprises sont attirées là par l’existence d’une main d’œuvre qualifiée et
la proximité d’un marché ; mais au départ, ce sont des considérations de matières
premières qui ont généré le phénomène de concentration.
Les régions qui ont des atouts naturels en matière de voies de communication ont
généralement attiré de nombreuses entreprises, même si la cause initiale de cette
concentration a parfois presque entièrement disparu. Par exemple, la région de
Marseille s’est développée grâce à son port. La région parisienne doit une partie de
sa force d’attraction initiale à sa position de port sur la Seine, même si aujourd’hui les
péniches ne servent plus qu’à alimenter le tourisme.
267
Une entreprise qui cherche une localisation sera évidemment très attentive aux coûts
de transport et aux coûts de communication. Les zones qui bénéficient d’une
infrastructure de transport moderne seront privilégiées, tout comme la présence
d’équipements et de réseaux de télécommunication sera déterminant. Il est ainsi
évident que si une zone d’activité n’est pas équipée du très haut débit, elle exercera
un effet repoussoir sur les entreprises qui auraient désiré s’y implanter.
Une entreprise étrangère qui envisage de s’implanter sur un marché étranger le fera
d’autant plus volontiers que ce marché est important. Il lui sera en effet plus facile de
bénéficier ainsi d’économies d’échelle dans la production et, par conséquent,
d’amortir les coûts fixes d’implantation.
Si l'on veut préciser le choix d'un pays par rapport à un autre dans un arbitrage entre
territoires qui sont relativement comparables du point de vue des grands
déterminants économiques précédemment évoqués, on ajoutera des considérations
linguistiques et culturelles (auxquelles il faut s’adapter, ce qui engendre des coûts).
Ainsi, ce n'est pas un hasard si la plate-forme des investissements américains en
Europe a été le Royaume-Uni. Ce n’est pas un hasard non plus si le Royaume-Uni a
été la plate-forme d'entrée, 10 ans plus tard, des investissements japonais en
Europe. Cela s’explique déjà par une communauté de langue. Mais c’est aussi, dans
268
le cas des entreprises japonaises, la possibilité pour les enfants des cadres, de
pouvoir suivre des cours dans des écoles où l'enseignement est, sinon en japonais,
du moins en anglais.
Cependant, ce type de facteurs secondaires peut faire basculer une décision entre
par exemple l’Angleterre et la France, mais il y a peu de chances que cela mette en
balance des pays comme Madagascar et la France.
En outre, s’il existe des différences culturelles, elles ne sont pas forcément une
cause d'échec, comme en témoigne le succès de Carlos GHOSN, français d’origine
libanaise, d'abord à la tête de l’entreprise japonaise NISSAN, puis maintenant du
groupe RENAULT-NISSAN.
a) La fiscalité
Les différences entre les pays concernant la fiscalité, notamment la fiscalité des
profits, sont reconnues comme ayant une influence « de second rang », sur les choix
de localisation des entreprises. Elles interviennent au même titre que les contraintes
linguistiques et culturelles, c’est-à-dire de façon discriminante, lorsqu’il s’agit de
choisir par exemple entre deux localisations qui ont été retenues pour des causes
plus fondamentales. Elles ne sont pas le facteur déterminant d’une localisation
géographique.
Ainsi, par exemple, lorsqu’une entreprise décide d’implanter une unité de production
en Irlande, elle bénéficiera certes d’une fiscalité attractive, ce qui n’est pas
négligeable, mais la cause première de l’implantation sera plutôt à rechercher dans
la contrainte d’agglomération (voir plus loin).
Les progrès sociaux sont des acquis dans les pays développés, mais ils sont loin de
l’être dans les pays en développement. Le dumping social, c’est-à-dire le fait de se
délocaliser pour profiter de manière abusive du manque de protection sociale dans
les pays en développement a malheureusement pu constituer une tentation pour
certaines entreprises. Mais il est généralement admis aujourd’hui, par les
multinationales elles-mêmes, que ce n’est pas un moyen durable de conserver ou de
construire un avantage spécifique. La main-d’œuvre est en effet d’autant plus
productive qu’elle bénéficie de conditions de vie décente (en termes de revenu,
d’heures de travail, de droits syndicaux, etc.) et, au-delà, de perspectives de
développement et d’épanouissement personnel.
Les études réalisées par la CNUCED ont montré que les salariés des multinationales
des pays en développement étaient nettement mieux payés et mieux traités que
leurs homologues travaillant dans des entreprises locales, tout en étant très souvent
moins bien payés que leurs homologues des pays en développement, à
productivité intrinsèque égale. Rappelons que la productivité intrinsèque d’un
facteur est la productivité qui est directement attribuable à ce facteur. Supposons
269
que l’on compare un ingénieur indien et un ingénieur français qui ont la même
productivité intrinsèque mais des salaires différents à niveau d’ancienneté équivalent
(on les suppose en début de carrière). Le second sera mieux payé car sa
productivité globale (que l’on appelle « productivité apparente ») sera plus
grande. Il bénéficiera en effet d’un plus grand nombre d’externalités positives :
celles-là mêmes qui font qu’aujourd’hui encore, la France est, en matière
d’attractivité des IDE, mieux placée que l’Inde dans les classements internationaux.
Pour des précisions sur les notions d’externalités et d’attractivité des pays, voir la
suite de ce chapitre.
Depuis les années 1990, dans tous les pays développés, les contraintes
environnementales se sont durcies. Par ailleurs, la pression exercée par les
consommateurs, mais surtout celle exercées par les citoyens, les ONG et certains
médias, empêche aujourd’hui la réalisation d’implantations dont les conséquences
sont par trop néfastes à l’environnement de vie local, mais également national et
international.
D’un point de vue international, le Protocole de Kyoto, signé en 1997, puis ratifié
par un nombre suffisant de pays depuis 2005, est maintenant en vigueur depuis
2006.
Les engagements de Kyoto prévoient que chaque pays se voit attribuer un quota
d’émission qui sera ensuite réparti entre les entreprises par le jeu d'un marché des
droits d’émission ou « permis de polluer ». En outre, deux mécanismes qui
intéressent au premier chef les multinationales viennent compléter le dispositif :
• le mécanisme de la " mise en œuvre conjointe " (MOC) permet entre pays
développés de procéder à des investissements visant à réduire les émissions
de gaz à effet de serre en dehors de leur territoire national et de bénéficier
des crédits d'émission générés par les réductions ainsi obtenues.
270
• Le " mécanisme de développement propre " (MDP), proche du dispositif
précédent, à la différence que les investissements sont effectués par un pays
développé, dans un pays en développement.
271
Ces regroupements sont expliqués par plusieurs facteurs :
Ainsi que nous l’avons déjà évoqué, l’agglomération est une contrainte qui s’exerce
sur la localisation des entreprises. Ou plutôt, c’est un facteur d’attraction : les
entreprises attirent les entreprises.
Bien sûr, chaque pays possède des caractéristiques naturelles et immuables qui
attirent ou repoussent les entreprises : ressources naturelles, ouverture sur la mer,
climat. Ces facteurs jouent un rôle important dans l’agglomération des entreprises en
un lieu.
Mais en revanche elles ne permettent pas d’expliquer l'essor de régions que rien ne
prédisposait à devenir des centres d'attraction économiques importants. Pour
l’expliquer, la nouvelle économie géographique va en fait répondre successivement à
trois questions pertinentes à cette réflexion :
272
a) Les motivations de l’entreprise pionnière
Pour expliquer les motivations du pionnier, deux types de théories ont été avancées :
celle de l’accident historique due à Paul KRUGMAN et celle de l’aménité
territoriale, due à Jean-Louis MUCCHIELLI 80.
i) L’accident historique
Pour développer cette théorie de l’accident historique, KRUGMAN se fonde sur les
développements récents de la théorie des catastrophes, popularisée par l’exemple
célèbre du papillon de Pékin qui provoque un raz de marée à San Francisco. Un fait
initial bénin provoque une succession d’événements qui parfois ne provoquent
aucune conséquence majeure mais qui, sans raison nécessaire, quand un seuil de
déclanchement à préciser est dépassé, se transforme en un phénomène majeur.
Ainsi, pour peu qu’une entreprise, puis quelque autres, décident de s’implanter en un
lieu, pour peu aussi que ces implantions prospèrent, et un bassin industriel se
développera bientôt.
L'exemple cité par KRUGMAN est aujourd’hui largement connu. Dans son ouvrage,
Geography and Trade81, il explique que dans une petite ville des Etats-Unis, à
DALTON, il y a 70% au moins de l'activité de fabrication de tapis de tous les Etats-
Unis. L'implantation de cette activité dans ce lieu précis s'explique au départ par le
fait qu'une jeune fille au 19ème siècle avait reçu en cadeau un couvre-lit. Ses amis
trouvaient ce couvre-lit formidable et elle avait alors commencé elle-même à tricoter
un couvre lit (imitation liée à l'admiration) et elle est devenue le centre d'un cercle
d'amies qui ont fait la même chose et puis elles se sont acquis une petite réputation,
des gens de l'extérieur sont venus se surajouter jusqu'à constituer ce que l'on
appelle aux Etats-Unis un district industriel. C'est donc un événement anodin -- le
cadeau d'un couvre lit -- qui est dans cet exemple à l'origine de la localisation de la
production des tapis à DALTON. Des fabricants sont venus, ils ont commandé des
machines, ils ont développé la technologie et puis il y a eu des externalités
positives à partir d'une étincelle qui aurait pu se produire ailleurs (et qui peut-être
s'est produite ailleurs mais n'a pas été amplifiée).
80
Paul KRUGMAN, Geography and Trade, 1992, Cambridge University Press, chapitre 2 et Jean-
Louis MUCCHIELLI, 1998, Multinationales et Mondialisation, page 166.
81
Paul KRUGMAN (1992), Geography and Trade , Cambridge University Press, chapitre 2
82
Voir G. BERNARDI, dans l’édition, marseillaise de Métro du 12 juillet 2005, rubrique « La question
du parisien », l’article intitulé «Pourquoi y a- t- il tant de magasins de motos sur le cours Lieutaud ? » ,
qui mérite d’être reproduit ici : « Temple indiscuté du deux roues à Marseille, le cours Lieutaud
regroupe près de 37 enseignes où l’on trouve la panoplie complète du biker. Une concentration
273
ii) L’aménité territoriale
b) Le phénomène d’agglomération
Une fois la première entreprise installée (le « first mover »), d’autres suivent (on les
appelle pour cette raison les « suiveuses »). Mais les entreprises ne suivent pas
toujours. Mais quand c’est le cas, pourquoi ? Là encore, on peut distinguer deux
étapes :
thématique de commerces unique à Marseille, dont l’explication remonterait à la fin du XIX e siècle :
lorsque l’Automobile Club de Marseille y installe son premier siège, plusieurs grands garages et
magasins de cycles lui emboîtent le pas. Les vélos laisseront peu à peu la place aux motos.
Aujourd’hui, la plupart des enseignes sont concentrées sur la deuxième moitié de l’artère, le centre
d’attraction variant en fonction des marques à la mode. Un rassemblement qui favorise plutôt le
commerce : que l’on soit profane ou motard averti, le cours est une étape quasi- obligatoire. Reste le
plus difficile : s’y garer. A moins d’y aller en métro… »
83
Jean-Louis MUCCHIELLI, 1998, Multinationales et Mondialisation, page 166, déjà cité, page 166 .
84
Voir Malcom GLADWELL, 2002, The Tipping Point: How Little Things Can Make a Big Difference,
Back Bay Books, traduit en français sous le titre : Le Point de bascule : Comment faire une grande
différence avec de très petites choses, 2003 , éditions transcontinental.
274
réussite : "Voyez, je me suis implanté là et ça marche. C'est sans doute que c'est le
meilleur endroit du coin85".
Et d'ajouter : « La première entreprise qui s'implante dans une zone n'a pas
d'externalités, elle ne profite pas dans un premier temps d'effets d'agglomération.
Elle est toute seule, elle essuie les plâtres. Ce qui veut dire dans une stratégie
d'entreprise multinationale qu'elle a des coûts de recherche d'implantation car si la
zone est vierge, il n'y a pas d'informations qui lui sont révélées par des implantations
pré existantes. Elle a des coûts de recherche de territoire optimal. Elle a des coûts
de négociation avec les autorités territoriales locales. Cela passe, on le voit dans les
études de cas, par la négociation pour agrandir la piste d'aviation de Brest afin que
des gros porteurs puissent atterrir pour amener des pièces détachées du Japon dans
le cadre de l'activité d'assemblage qui va se faire par exemple dans une nouvelle
unité de télécopieurs. Les coûts de négociation représentent du temps, de l'argent,
de l'énergie, des compétences de persuasion. Il y a aussi les coûts de recherche des
sous-traitants, de recherche de partenaires. Il faut rechercher dans le tissu local des
entreprises capables et désireuses de fabriquer à des coûts intéressants et une
fiabilité maximale, la rondelle de caoutchouc qui va rentrer dans fabrication de la
poignée de porte laquelle va rentrer ensuite dans la fabrication d'une automobile.
C'est très important. Ces coûts sont très élevés et la première entreprise qui s'installe
en supporte une part disproportionnée par rapport à celles qui, du même secteur,
vont venir s'implanter après. Ainsi, pour poursuivre l'exemple précédent, les pistes de
l'aéroport auront été agrandies quand elles arriveront, les sous-traitants seront
connus, etc. »
275
Les externalités positives sont de sont de plusieurs types :
Les citadins le savent bien : l’agglomération n’a pas que des avantages. Elle a aussi
des inconvénients, qui deviennent parfois insupportables : ce sont les phénomènes
de congestion. Ces phénomènes expliquent qu’à un moment donné les
agglomérations soient saturées et que, plutôt que de continuer à s’agglomérer en un
lieu, certaines entreprises, parfois même des entreprises pionnières, décident de «
prendre le large ».
Si pour entrer dans Paris ou Marseille, il faut deux heures ou plus, ces villes vont
connaître (ou connaissent déjà) un processus de « désagglomération » et on va voir
des pôles multiples se développer à l’extérieur comme à Los Angeles, ville « linéaire
», et multipolaire dont les centres sont reliés par des highways.
En outre, il ne faut pas perdre de vue que les entreprises qui s'agglomèrent sont des
entreprises concurrentes qui ne se rapprochent que pour bénéficier d’un bien
commun pour lequel elles ont besoin des autres : un réseau de sous-traitance, des
retombées technologiques, des consommateurs s'il s'agit d'un grand marché.
276
2) La concordance entre l'avantage compétitif et l'avantage comparatif
Des travaux plus anciens86 ont révélé que les choix de localisation pouvaient aussi
s’expliquer par la dynamique qui s’instaure entre l’avantage compétitif de la firme et
l’avantage comparatif du pays, suivant qu’il existe une concordance ou une
discordance entre les deux.
L’analyse de cette figure fait apparaître les choix de localisation de l’entreprise qui
résulte de la mise en concordance de son avantage spécifique avec l’avantage
comparatif du territoire.
• L’entreprise dispose d’un avantage spécifique qui repose sur l’utilisation d’un
type de main-d’œuvre qui ne fait pas partie de la panoplie des avantages
comparatifs du territoire ou, si l’on préfère, de son attractivité. Dans ce cas,
l’entreprise a intérêt à choisir une autre localisation où elle pourra trouver le
type de main-d’œuvre dont elle a besoin.
• L’entreprise offre des biens et des services qui n’intéressent pas le territoire.
La demande pour ses produits est faible. En d’autres termes, le territoire n’est
pas demandeur de son avantage spécifique. C’est le cas de SONY dans les
86
Jean-Louis MUCCHIELLI, 1985, Les firmes multinationales, Mutations et nouvelles perspectives,
paris, Economica.
277
années 1950, qui a du se tourner vers les Etats-Unis pour vendre ses produits
« bruns » car ils n’intéressaient pas les japonais, dont le niveau de vie, à
l’époque, était insuffisant. Dans ce cas, là encore, l’entreprise a intérêt à
choisir une autre localisation, si elle le peut.
• L’entreprise dispose d’un avantage spécifique qui repose sur l’utilisation d’un
type de main-d’œuvre qui ne fait pas partie de la panoplie des avantages
comparatifs du territoire et, de plus, l’entreprise offre des biens et des services
qui n’intéressent pas le territoire. L’entreprise est alors doublement incitée à
se localiser ailleurs.
En effet, il est peu vraisemblable et sans doute peu rationnel, par exemple pour une
entreprise japonaise qui souhaite implanter une filiale de production en Europe, de
mettre en balance directement les avantages et les inconvénients de toutes les villes
d’Europe. En fait, si l’entreprise hésite entre deux villes, c’est souvent qu’au
préalable elle a choisi une région, et précédemment un pays et un continent. Le
schéma de la figure ci-après illustre le caractère hiérarchique de la décision
d’implantation géographique.
Note : Dans l’exemple illustré ci-dessus, l’entreprise choisit d’abord entre la France et les Îles
Britanniques. Ensuite, elle préfère le sud à la région parisienne (on la comprend), puis Sofia Antipolis
près de Nice de préférence au plateau de l’Arbois, près d’Aix-en-Provence.
Cette hypothèse a été testée récemment avec succès en ce qui concerne les choix
d’implantation des entreprises japonaises en Europe, par MUCCHIELLI et MAYER,
dont l’étude conclue que « Les entreprises multinationales ont tendance à se
278
localiser dans les mêmes pays et dans les mêmes régions que leurs concurrentes.
Cette tendance est plus forte à l’échelon régional qu’à l’échelon national. L’analyse
des effets d’agglomération serait donc plus pertinente à une échelle géographique
fine. L’influence des coûts du travail sur la décision de localisation est plus marquée
au niveau régional. De plus, la concurrence entre les régions sur le plan des salaires
joue plus à l’intérieur des pays qu’entre régions de pays différents »87.
87
Thierry MAYER et Jean-Louis MUCCHIELLI (1999), « La localisation à l’étranger des entreprises
multinationales. Une approche d’économie géographique hiérarchisée appliquée aux entreprises
japonaises en Europe », Economie et Statistique numéro 326-7.
88
Jean-Louis MUCCHIELLI et Florence PUECH (2003), « Internationalisation et localisation des
firmes multinationales : l’exemple des entreprises françaises en Europe », Economie et Statistique,
n°363-364-365.
279
Cet indicateur reflète la mesure dans laquelle un pays reçoit des IDE
comparativement à sa taille économique. Si par exemple un pays représente 10%
du PIB mondial, il peut recevoir 10% des investissements mondiaux, plus de 10% ou
moins de 10%. S’il reçoit 10% de l’investissement mondial, l’indice IPIE sera égal à
100. S’il reçoit plus de 10% de l’IDE mondial, l’indice sera supérieur à 100. Si le pays
reçoit moins de 10%, l’indice sera inférieur à 100.
89
Ces 12 variables sont énumérées sur le site Internet de la CNUCED consacré au Rapport sur
l’investissement mondial, dans la rubrique « The inward FDI potential index – Methodology »
: http://www.unctad.org/Templates/WebFlyer.asp?intItemID=2470&lang=1 :
280
l’intégration du pays dans la décomposition internationale des processus
productifs.
• La part de marché du pays dans les exportations mondiales de services,
pour mesurer l’attractivité du pays par rapport aux IDE orientés dans les
services.
• La part du pays dans le stock mondial d’IDE entrants. C’est un indicateur
de l’attractivité passée et présente, ainsi que du climat général par rapport à
l’investissement.
Source : CNUCED,
http://www.unctad.org/Templates/Page.asp?intItemID=2468&lang=1
-- Les pays du peloton de tête (« Les bons élèves »). Ce sont les pays qui ont à la
fois un potentiel et des résultats élevés en termes d’entrées effectives d’IED.
-- Les pays du peloton de queue (« les mauvais élèves »). Ce sont les pays qui
ont un faible potentiel d’attractivité et qui enregistrent des entrées effectives faibles.
-- Les pays dont les résultats sont inférieurs à leur potentiel. Ce sont les pays
qui n’utilisent pas pleinement leur potentiel d’attractivité. Ils ont un indice d’entrées
potentielles élevé, mais des entrées effectives faibles.
-- Les pays au dessus de leur potentiel : ce sont les pays qui ont un faible
potentiel, mais qui réussissent néanmoins à attirer plus d’investissements étrangers
que la moyenne.
281
Ce classement sert en principe aux pays à se positionner et à élaborer les politiques
appropriées à améliorer leur position dans le classement (certains pays mal notés
préfèrent souvent, cependant, contester la validité du classement). Ces politiques
seront étudiées dans le chapitre 6, consacré aux impacts de l’IDE et aux politiques
nationales destinées à promouvoir les IDE, avec une attention particulière au cas de
la France. Cette matrice croisée est établie chaque année par la CNUCED qui publie
en outre les données détaillées90.
B - L'attractivité de la France
Attirer des investissements étrangers est devenu une priorité politique qui s’est
concrétisée en 2001 par la création de l’Agence Française pour les
Investissement Internationaux (AFII), chargée de la promotion, de la prospection
et de l’accueil des investissements internationaux.
Ces tableaux ont pour but d’éclairer les pouvoirs publics dans le pilotage de la
politique en faveur de l’attractivité. Le premier est un tableau constitué de neuf
indicateurs de résultats, quantifiant les investissements et talents attirés en France.
À l’instar du benchmarking de plus en plus utilisé par les entreprises pour connaître
leur compétitivité par rapport à leur concurrentes avant que ne tombe la sanction du
marché, ce second tableau compare la performance de la France à celles de neuf
pays parmi les plus importants sur le marché des investissements internationaux :
États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Japon, Belgique, Italie et
Pologne. Les performances françaises y sont aussi systématiquement comparées
aux moyennes européennes. En fait, avec la France, 10 pays composent le « panel
de référence ». On peut se demander ce que la Pologne vient faire dans ce choix,
alors même que des attracteurs puissants d’IDE, tels que la Chine, n’y figurent pas.
C’est qu’en fait il ne sert à rien de se comparer à la Chine, les facteurs de son
succès en matière d’IDE étant trop différents et ne pouvant pas servir de modèle.
Ainsi le benchmarking consiste-t-il plus précisément à se comparer aux meilleurs de
sa catégorie.
90
Voir : http://www.unctad.org/Templates/Page.asp?intItemID=1485&lang=2
282
Attractivité de la France – Indicateurs de résultats
Source : AFII (2006), Tableau de bord de l’attractivité de la France, mai, 3ème édition.
283
Attractivité de la France – 20 déterminants
Source : AFII (2006), Tableau de bord de l’attractivité de la France, mai, 3ème édition.
284
C – L’attractivité de la France selon diverses institutions indépendantes
Source : AFII (2006), Tableau de bord de l’attractivité de la France, mai, 3ème édition.
285
Certains indices, comme celui calculé par la banque Mondiale, l’indice « Doing
Business in … », n’est pas répertorié dans le tableau ci-dessus. Ce classement
concerne lui aussi à la fois la compétitivité et l’attractivité. Le tableau 6, ci-dessous,
s’arête à la France qui occupe en 2006 la 36ème position.
286
Les 10 critères de la Banque Mondiale
Ainsi, le magazine Business Week publiait-il dans sa rubrique des « Meilleures idées
de l’année 2005 », un article intitulé « Geography is So Twentieth Century » , dans
lequel on peut lire : « S’agissant du travail, la géographie n’a plus d’importance.
Même dans les petites entreprises, un nombre croissant de personnes travaille
désormais au sein d’équipes dispersées sur plusieurs continents. Elles profitent de la
standardisation des technologies de l’information pour communiquer par e-mail, avec
leurs ordinateurs portables ou leurs téléphones mobiles. Elles peuvent, partout où
elles se trouvent, accéder à l’intranet de leur entreprise. Travailler à Singapour ou à
Sunnyvale (Californie) n’a plus d’importance. En outre, depuis que le téléphone
portable s’est généralisé, il est devenu très difficile de savoir où sont réellement les
personnes avec qui l’on communique.91 »
91
Source : Business Week, http://images.businessweek.com/ss/05/12/bestideas/source/2.htm
287
Troisième partie
Théories des politiques commerciales
288
Chapitre 7
Fondements des politiques de coopération commerciales internationales
289
1 – Dilemme du prisonnier et coopération commerciale
En termes plus alambiqués, cela revient à dire qu'un pays non coopératif peu
chercher à améliorer les "termes de l’échange" (prix relatif de ses exportations par
rapport à ses importations) en sa faveur. Mais, que ce pays soit puissant ou non,
cela risque d'engendrer chez ses partenaires une hostilité qui se traduira bien
souvent par des mesures de rétorsion. On le sait pour l'avoir étudié dans la seconde
partie (modèle de BRANDER et KRUGMAN), il s'ensuivra une situation sous-
optimale au plan mondial, qui finalement réduira le bien-être de tous les
coéchangistes sauf dans des cas particuliers et rares de domination économique
intégrale d'un pays sur un autre.
Ainsi, au plan des relations économiques internationales, la théorie des jeux sert-elle
de point de référence pour justifier la supériorité de la coopération sur non
coopération. Le « dilemme du prisonnier », dont l’essence a été dévoilée par le
célèbre économiste John Forbes NASH et que nous avons déjà évoqué dans un
contexte quelque peu différent déjà évoqué dans le chapitre 5 (modèle du dumping
réciproque) est à la théorie de la coopération commerciale internationale ce que le
théorème des avantages comparatifs de RICARDO est à la théorie pure du
commerce internationale.
290
B – Négociations versus libre échange
La libéralisation du commerce qui s’est produite depuis 1948 a été le fruit d’un long
processus de négociations et non le fruit d’un désir des gouvernements d’obtenir
pour leurs gouvernés les bénéfices du libre-échange.
Premièrement, si cela avait été le cas, il aurait suffit que chaque pays s’ouvre
unilatéralement au libre-échange. Or les pays ne se sont ouverts que partiellement et
toujours moyennant des contreparties.
Deuxièmement, la libéralisation des échanges ne s’est pas faite sous la pression des
consommateurs soucieux de voir leur pouvoir d’achat augmenter par le biais
d’importations moins coûteuses ou d’une plus grande variété de choix. Elle s’est faite
comme la contrepartie de la pression des exportateurs nationaux souhaitant
conquérir des marchés extérieurs et insistant auprès de leurs gouvernements pour
que des concessions soient faites sur le plan des importations afin qu’eux puissent
en obtenir pour leurs propres entreprises.
En fait, c’est le désir d’échanger des accès aux marchés des uns et des autres qui a
motivé les négociations et non la foi naïve dans les bienfaits du libre-échange. Ceci
peut se théoriser de la manière suivante : si chaque pays fixe ses droits de douane
sans s’occuper des répercussions de ses choix sur le comportement des autres
pays, il a tôt fait de s’apercevoir qu’il subit en retour le protectionnisme des autres
pays, comme un boomerang parfois amplifié.
Inversement, chaque pays conçoit aisément que par la négociation, il peut obtenir
l’accès aux marchés des autres pays, ce qui conduit à une ouverture réciproque et
limitée, mais source de bénéfices supérieurs pour l’ensemble des coéchangistes
impliqués dans une négociation multilatérale (rappelons qu’à l’origine le GATT ne
comptait que 23 pays contre plus de 180 aujourd’hui).
• libre-échange
• protectionnisme (droit de douane qui augmentera son bien-être, mais réduira
celui de son partenaire commercial).
291
On suppose aussi que les variations de bien-être selon la politique suivie par chaque
pays peuvent être chiffrées.
292
Remarques :
• chacun des deux pays peut augmenter son bien-être par rapport à une
situation de libre-échange aux dépens de son partenaire. Ceci correspond à
l’argument dit « des termes de l’échange » : un pays peut, en appliquant un
droit de douane, parvenir à faire baisser le prix de ses importations et obtenir
ainsi un avantage sur le plan des termes de l’échange. Pour cela, il doit par
l’importance de sa demande, être en mesure d’influencer l’offre de son
partenaire. Le mécanisme est le suivant : Lorsqu’un grand pays instaure un
droit sur les importations d’un produit, il réduit la demande mondiale et cela de
façon suffisante pour en faire baisser le prix sur le marché mondial. Résultat :
le pays importe ainsi le produit à un prix inférieur à ce que serait le prix sans
droit de douane. Ce raisonnement peut être mis en parallèle avec le cas d’une
taxe intérieure de type TVA. Si la TVA augmente, les producteurs peuvent
être amenés à réduire leurs prix pour compenser la hausse. Dans ce cas, ce
ne sont pas les consommateurs qui paient intégralement la hausse, mais
aussi les producteurs. Ainsi, l’argument des termes de l’échange se résume-t-
il en définitive à l’exploitation d’un rapport de force favorable au pays
importateur pour obtenir des gains au détriment du pays partenaire.
• Chaque pays va supposer que l’autre agit en fonction de son intérêt qui est
d’opter pour la protection quoique fasse le partenaire. En effet, c’est la seule
stratégie qui permet d’exclure le risque d’avoir une perte tandis que l’autre
obtient un gain. On aboutira ainsi à une solution sous-optimale où les deux
pays perdront (-10, -10). Il s’agit d’un équilibre stable, mais sous-optimal. La
solution « guerre commerciale » est aussi appelée « équilibre de NASH », en
hommage à John Forbes NASH (1928-), prix NOBEL 1994. Une fois entré
dans le « cercle vicieux » de la protection, aucun des deux pays n’est incité à
réduire de façon unilatérale ses droits de douane. Il pense en effet que s’il agit
le premier l’autre partenaire ne le suivra pas et qu’il sera encore plus
désavantagé. Pour sortir de ce piège, il faudrait que les deux pays négocient
le passage dans la case gagnant/gagnant (20,20) et adoptent simultanément
le « libre-échange ». La connaissance de ce dilemme et sa solution
prévisible est donc une incitation rationnelle à coopérer.
293
A – La demande de politique commerciale
La prise en compte des groupes de pression conduit à insister sur trois éléments :
• Les choix qui sont faits par les gouvernements déjà élus et dont le souci
est d’assurer leur réélection : certaines négociations sont ainsi menées en
début de mandat, afin que leurs effets positifs soient manifestes en fin de
mandat et leurs effets négatifs atténués par le temps. D’autres négociations
sont menées en fin de mandat, laissant le soin de leur application au
gouvernement suivant …..
294
• La diversité des groupes de pression : non seulement les intérêts des
groupes de pression sont différents si on assimile ces groupes à des
catégories traditionnelles (les producteurs nationaux sont favorables à la
protection du marché intérieur, les exportateurs sont favorables au libre
échange sur le marché intérieur si cela peut leur permettre d’obtenir de plus
grandes facilités d’accès aux marchés étrangers) mais en outre, il y a des
divisions au sein même des différents secteurs :
o selon la taille des entreprises (les grandes entreprises sont plus
favorables au libre-échange car elles sont mieux armées que les
petites pour conquérir les marchés étrangers tout en conservant de
bonnes positions sur le marché national).
o Au sein des entreprises, les oppositions entre la direction (favorable à
une délocalisation dans un contexte d’accords de libre-échange) et les
salariés, favorables au maintien sur place de l’activité.
295
2) Application à la politique commerciale
Soit un modèle très simple dans lequel 2 candidats A et B se disputent les voix des
électeurs. Pour simplifier, nous supposons que le seul enjeu de la campagne soit un
choix entre deux politiques commerciales possibles : le protectionnisme et le libre-
échange.
Pour simplifier, on suppose qu’il n’y a que 20 électeurs, dont les opinions à l’égard
de la politique commerciale sont reflétées par leur classement de 1 (pour le plus
protectionniste) à 20 (pour le plus favorable au libre-échange).
En effet, on suppose que les électeurs vont voter pour le candidat qui a la position la
plus proche de la leur. Dans le cas du candidat A, il est clair que tous les électeurs
plus favorable au libre-échange que lui (électeurs 1 à 5) voteront pour lui. S’agissant
des électeurs 6 et 7, on peut penser qu’ils sont plus proches de A que de B92.
Quoiqu’il en soit, les électeurs qui sont à droite de B voteront pour B. Donc B à
intérêt à se placer aussi près de A que possible, tout en se différenciant légèrement.
Mais ce qui est vrai pour B est vrai pour A. On a donc une fois de plus une structure
de type « dilemme du prisonnier », où le seul équilibre possible est un équilibre de
NASH. Dans notre exemple, cela se traduit par le fait que A et B vont calquer leur
position sur celle de l’électeur médian. Ici, puisqu’il y a 20 électeurs, cela signifie que
la médiane est entre 10 et 11.
92
Ce n’est pas certain cependant, sauf à supposer (ce que nous faisons ici) que notre échelle est
quantitative et pas seulement ordinale.
296
On aura donc un positionnement comme celui-ci (A et B sont interchangeables) :
• une position calquée sur celle de l’électeur médian (si celui-ci est un
imbécile, tant pis !)
• des divergences de vues minimes.
Ainsi, un des bénéfices de la création de la zone euro pour certains pays est de
pouvoir se défausser sur la Banque Centrale Européenne de la responsabilité des
conséquences défavorables de la politique monétaires pour certains agents
économiques et/ou groupes de pression.
297
A – Crédibilité et cohérence temporelle
Ils prennent l’exemple d’un gouvernement qui s’engage à réduire l’inflation par une
politique monétaire restrictive. En 1977, beaucoup des pays qui désormais sont dans
la zone Euro étaient concernés…. Ce gouvernement a beau promettre de maîtriser
l’inflation écrivent-ils, il renoncera à le faire le moment venu. Or les agents
économiques sont rationnels et savent que le gouvernement ne tiendra pas ses
engagements et s’attendent donc, au contraire, à ce que l’inflation soit élevée …
C’est une des raisons qui plaident en faveur de l’existence d’une banque centrale
indépendante car jamais un gouvernement ne pourra être crédible en matière de
politique monétaire. De fait, depuis que la politique monétaire n’est plus du ressort
des gouvernements de la zone euro et que la Banque Centrale Européenne est
indépendante, ce problème de crédibilité ne se pose plus. Il s’ensuit que la politique
monétaire est devenue plus cohérente dans le temps.
Dans le même ordre d’idées, un pays peut se lier les mains par un accord
commercial international pour échapper à des problèmes de crédibilité et
d’incohérence temporelle.
Imaginons par exemple qu’un pays se soit engagé de longue date dans la protection
d’un secteur d’activité qui a pu se maintenir et même se développer grâce à
d’importantes barrières le protégeant de la concurrence étrangère. Le cas est
fréquent et les exemples abondent.
93
Article intitulé : « Rules Rather Than Discretion : The Inconsistency of Optimal Plans » et publié
dans le Journal of Political Economy en juin 1977.
298
Sous la pression d’une partie de l’opinion, le gouvernement annonce alors qu’il va
ouvrir le secteur à la concurrence internationale, mais progressivement ou bien
seulement à partir d’une certaine date.
Deux évolutions sont alors possibles selon que le gouvernement est crédible ou qu’il
ne l’est pas.
Si le gouvernement est crédible, les déclarations seront prises au sérieux par les
milieux économique du secteur concerné. Les entreprises du secteur mettront alors
en œuvre une série de restructuration : concentration, rationalisation, délocalisations,
investissements, recherche-développement, etc. Les coûts et les prix baisseront. La
qualité et la diversité augmenteront. Et le moment venu, les barrières à la
concurrence étrangère disparaîtront. Ce scénario idyllique est en fait totalement
improbable.
A un niveau plus élaboré, le gouvernement pourra aussi faire valoir que s’il ne tient
pas ses engagements, le pays sera victime de représailles de la part des partenaires
commerciaux.
299
4 – Vue d’ensemble des théories du choix des politiques commerciales
Dans les trois sections précédentes, les choix de politiques commerciales ont été
présentés comme le résultat exclusif d’interaction entres agents économiques, qui
plus est supposés rationnels et soucieux de maximiser (généralement sous
contrainte) une fonction d’utilité, une fonction de production, ou un objectif
quelconque.
Le Rapport sur le commerce mondial 2007 publié par l’OMC dresse un tableau
détaillé de ces approches (voir pages 69 et suivantes du rapport) Le lecteur intéressé
peut s’y reporter. Voici les trois principales d’entre elles.
Il existe d’autres approches hormis les trois que nous allons présenter, mais elles
sont difficilement compréhensibles pour l’économiste (approche « constructiviste »
et approche « connectiviste ») à qui elles apparaissent davantage comme une
logorrhée verbale que comme une réflexion sur la coopération commerciale. Le
lecteur néanmoins intéressé peut se reporter directement à la description qui en est
donnée dans le Rapport sur le commerce mondial 2007 publié par l’OMC (pages
69 et suivantes du rapport)
A – L’institutionnalisme néolibéral
Dans cette approche, les pays négocient entre eux des accords commerciaux
internationaux au sein d’institutions internationales (OMC) dans le but principal
d’augmenter l’efficience mutuelle. Les accords commerciaux sont jugés satisfaisants
dès lors que ce but est atteint et cela de diverses manières parmi lesquelles :
300
Voici des exemples de biens collectifs : La qualité de l'air, le contrôle des
épidémies. Avec la mondialisation, l’attention s’est portée sur les biens publics
mondiaux : préservation de la biodiversité, lutte contre le réchauffement
global, sécurité collective internationale, etc.
Les biens collectifs publics sont appelés « biens publics » et les biens
collectifs privés sont parfois appelés « biens de clubs ».
301
B – L’approche néo marxiste
Dans cette approche, la primauté est donnée aux relations de pouvoir économique.
Dans cette perspective, il n’y aurait que deux sortes de pays : les pays dominants (le
centre) et les pays dominés (la périphérie). C’est l’interaction du centre et de la
périphérie qui crée la dynamique du système. On aboutit alors aux principales
conclusions suivantes :
Selon l’approche réaliste, le pouvoir est une fin en soi. Les pays cherchent à
maximiser leur pouvoir dans les relations internationales en général et dans les
relations commerciales en particulier.
Dans cette approche, les accords commerciaux sont subordonnés aux relations
de pouvoir.
302
Comme cette approche est aussi vieille que le monde, on la qualifie parfois de
néo-réaliste pour en distinguer les tenants modernes.
Les accords commerciaux ne sont conçus que comme des alliances, toujours
provisoires et fragiles, que l’évolution des intérêts propres du pays peut conduire
à dénoncer par la suite.
303
Chapitre 8
Les principaux instruments de politique commerciale
1 – Le droit de douane
A – Droit de douane spécifique et droit de douane ad valorem
1) Droit de douane spécifique
2) Droit de douane ad valorem
3) Analyse graphique
a) Comparaison des montants prélevés
b) Comparaison des pourcentages prélevés
c) Comparaison des prix après imposition des droits
d) Conclusion
B - Analyse des effets du droit de douane en équilibre partiel
1) Représentation de l’équilibre sur un marché ouvert aux échanges
2) L’effet du droit de douane sur le prix et les quantités échangées
3) L’effet du droit de douane sur le bien être
a) L’effet négatif sur le surplus du consommateur
b) L’effet positif sur le surplus du producteur
c) L’effet net sur le bien-être
C – Le cas du petit pays
2 – Le quota
3 – La subvention
A – Analyse graphique
B – L’exemple de la PAC
304
1 – Le droit de douane
Le droit de douane spécifique est exprimé en valeur absolue et ne varie pas quand le
prix du produit varie. Par exemple, si un droit de douane spécifique de 2 euro par
unité est prélevé sur un produit qui entre dans l’UE à 27 au titre du Tarif Extérieur
Commun (TEC) ce chiffre ne changera pas si le prix du produit augmente ou
diminue. Le tableau ci-après donne l’exemple d’un droit de douane spécifique de 2
euros par unité. Dans l’exemple du tableau, le prix du produit (sa valeur en douane
pour être précis) varie de 4 à 19 euros (première colonne). Le droit spécifique de 2
euros s’applique quel que soit la valeur en douane. La troisième colonne du tableau
montre comment évolue le prix du produit après imposition du droit spécifique et la
quatrième colonne indique ce que le droit spécifique représente en % de la valeur en
douane. On voit que :
305
2) Droit de douane ad valorem
306
3) Analyse graphique
307
b) Comparaison des pourcentages prélevés
308
c) Comparaison des prix après imposition des droits
Le graphique ci-après compare l’évolution du prix par unité de produit suivant que
l’on impose un droit spécifique de 2 euros ou un droit ad valorem de 20%. On voit
que plus la valeur en douane augmente et plus le prix du produit auquel on a
appliqué un droit de douane ad valorem augmente.
d) Conclusion
Ceci ressort clairement des trois graphiques. Dans notre exemple, il existe un point
d’intersection, un prix seuil au-delà duquel la protection assurée par le droit ad
valorem devient plus importante que la protection assurée par le droit spécifique.
Remarquons que pour cette comparaison entre les deux droits ait un sens, il faut
qu’il y ait au moins un point commun entre les deux types de droit. Dans notre
exemple particulier, lorsque la valeur en douane est égale à 10 euros, les deux
droits assurent la même protection et rapportent le même montant.
309
B - Analyse des effets du droit de douane en équilibre partiel
Lorsque le prix est égal à Pf, l’offre et la demande sont équilibrées dans le pays h et il
n’y a pas besoin d’importer. En revanche, dans le pays f, l’offre est supérieure à la
demande. La distance en pointillés verts correspond à ce que le pays f est prêt à
exporter (son excès d’offre au prix Pf). Comme le prix est trop élevé pour absorber
les exportations potentielles de f, il y a une pression à la baisse (flèche rouge).
310
Lorsque le prix est égal à Ph, il y a un excès de demande sur le marché du pays h et
donc celui-ci est disposé à importer une quantité égale à la distance en pointillés
verts. Cependant,, à ce prix, le marché du pays f est équilibré et il n’y a pas
d’exportations disponible pour satisfaire la demande d’importations de h. Comme le
prix est trop bas pour satisfaire la demande d’importations de h, il y a une pression à
la hausse (flèche rouge).
311
Cas de l’équilibre entre la demande d’importations et l’offre d’exportations
L’effet d’un droit de douane sur le prix et les quantités importées et exportées
312
Cependant, du fait de l’existence d’un droit de douane T, le prix qui équilibre l’offre
d’exportation et la demande d’importation va changer. Une partie du droit de douane
va être absorbée par les exportateurs sous forme d’une baisse de leur prix avant
droit de douane (Pf) et l’autre partie se reflètera dans un prix Ph plus élevé. Pour
comprendre ce mécanisme, on peut se référer à l’effet d’une taxe intérieure sur le
prix d’un bien. Pour amortir l’effet de la taxe sur leurs ventes les producteurs vont
consentir une baisse de leur prix. En d’autres termes, le « fardeau » du droit de
douane va être supporté en partie par les exportateurs et en partie par les
importateurs. La répartition exacte dépend des conditions spécifiques du marché.
Ainsi, le droit de douane exerce bien un effet protecteur sur l’industrie domestique en
réduisant les quantités importées et en augmentant les quantités produites
localement.
La figure ci-après illustre l’effet négatif sur le surplus du consommateur entraîné par
la hausse du prix intérieur elle-même due à l’instauration du droit de douane. De
façon générale, le surplus du consommateur (ou « des consommateurs ») est ce que
les consommateurs gagne du fait qu’ils paient un prix différent du prix qu’ils étaient
prêts à payer.
En l’absence de droit de douane, tous les consommateurs qui étaient prêts à payer
plus que Pm, ont réalisé un gain. Ce gain est égal à la somme des surfaces A et B,
soit A+B, sur la figure ci-après. Lorsque le prix passe à PT du fait de l’instauration du
droit de douane, le surplus du consommateur devient égal à A. Il y a donc une
réduction du surplus du consommateur. Cette réduction est donnée par la surface B.
313
Effet du droit de douane sur le surplus du consommateur
La figure ci-après illustre l’effet positif sur le surplus du producteur entraîné par la
hausse du prix intérieur elle-même due à l’instauration du droit de douane. Par
analogie avec le surplus du consommateur, le surplus du producteur (ou surplus
« des producteurs ») est égal au prix que le producteur reçoit, moins le prix auquel il
était prêt à vendre le produit.
314
Lorsque le prix du produit est donné par PM, le surplus du producteur est donné par
la surface C. Si le droit de douane fait passer le prix du produit à PT, le surplus du
producteur devient égal à la surface C+D. En d’autres termes, l’instauration d’un droit
de douane augmente le surplus du producteur d’un montant donné par la surface D.
La figure ci-après illustre l’effet global du droit de douane sur le « bien-être » du pays
h. Comme le prix passe de Pm à PT, la quantité offerte par les producteurs
domestiques augmente de Om à OT et la quantité demandée par les consommateur
du pays h passe de Dm à DT.
315
Bien que cela soit contestable, on peut dans une analyse préliminaire, faire la
somme des gains et des pertes afin d’évaluer l’effet net du droit de douane sur le
« bien-être » du pays. Cet effet net est donné par :
Sur le graphique ci-dessus, il est évident que b+d < e. Cependant, il est facile
d’imaginer une situation inverse, comme celle décrite par le graphique ci-après, où la
somme b+d est supérieure au rectangle e.
316
Les deux triangles b+d représentent la « perte d’efficience » qui résulte du fait que
l’instauration d’un droit de douane modifie artificiellement les incitations à
consommer et à produire.
Le rectangle e représente le « gain des termes de l’échange » qui est dû au fait que
l’instauration du droit de douane oblige le pays exportateur à réduire son prix pour
compenser partiellement le droit de douane.
Finalement, plus un pays est en mesure de peser sur le prix de son partenaire, plus il
est probable que la surface e l’emporte sur la somme des surfaces b+d.
Cependant dans le cas dit du « petit pays », l’effet net du droit de douane est
nécessairement négatif, car la surface e disparait
Un petit pays est défini par le fait qu’il n’est pas en mesure d’influencer le prix
mondial. En d’autres termes, le droit de douane qu’il instaure ne fait que s’ajouter au
prix mondial, sans aucunement faire baisser ce dernier. On a donc le graphique ci-
après.
Lorsque qu’un pays n’est pas en mesure de modifier les termes de l’échange en sa
faveur par l’instauration d’un droit de douane, il en résulte une perte nette de bien-
être (la réduction du surplus du consommateur l’emporte sur les gains conjugués des
producteurs et du gouvernement). Cette perte nette est représentée par les deux
surfaces b et d.
317
2 – Le quota
Le quota est une restriction quantitative sur les quantités importées, généralement
renouvelée de période en période. Ainsi un gouvernement pourra-t-il instaurer un
quota de 100 000 voitures par an en provenance d’un certain pays. Ce quota de
100 000 voitures sera réparti entre les titulaires de licences d’importations selon
diverses modalités.
Analyse graphique des effets d’un quota dans le cas d’un « petit » pays
L’instauration d’une restriction quantitative signifie que le pays peut ajouter à son
offre intérieure (courbe O) une quantité fixe qui déplace en fait la courbe d’offre vers
la droite. La courbe désignée par O+quota représente en fait l’offre totale.
L’intersection avec la demande intérieure se fait au point EQ. Il en résulte un montant
d’importations évidemment égales au contingent fixé. Mais le prix, au lieu d’être égal
à Pm, est maintenant égal à PQ. On a donc un effet strictement équivalent à celui d’un
droit de douane spécifique d’un montant égal à {PQ-Pm}.
318
3 - La subvention
A – Analyse graphique
Prenons l’exemple d’une subvention spécifique d’un montant S octroyée par unité
exportée. Le graphique ci-après illustre les effets d’une subvention spécifique dans le
cas du « grand » pays..
Le prix du produit dans le pays exportateur passe alors de Pm à PS. Cependant, dans
la mesure où le pays exportateur est un grand pays, la subvention exerce un effet
dépressif sur le pays importateur où le prix passe à P*S.
319
Dans le pays exportateur :
Pour le pays qui subventionne ses exportations, le coût net est positif. Pour le pays
importateur, la subvention est une « bénédiction » !
But : Il s’agissait de garantir aux agriculteurs européens un prix pour chaque produit,
prix qui soit indépendant des fluctuations des prix agricoles sur les marchés
mondiaux.
Moyens :
• lorsque le prix mondial passait sous le prix fixé par la PAC, la communauté
s’engageait à acheter le produit aux agriculteurs, au prix fixé.
• Pour éviter que ce prix élevé attire des importations, un droit de douane d’un
montant équivalent à la différence entre le prix garanti et le prix mondial était
instauré.
Le graphique ci-après illustre l’effet de cette politique pour un produit particulier (le
même graphique vaut pour chacun des produits agricoles protégés dans le cadre de
la PAC).
Le prix garanti (Pg) par la PAC est égal au prix mondial (Pms) augmenté de la
subvention (S). Le prix mondial Pms doit être distingué du prix mondial Pm car la
subvention a pour effet de faire baisser le prix mondial encore plus qu’en libre-
échange.
Les produits achetés par la CEE dans le cadre de la PAC au prix Pg sont revendus
sur le marché mondial au prix Pms.
320
Le coût net est énorme, mais le système fonctionne à la grande satisfaction des
agriculteurs européens et en particulier français. Le prix des produits alimentaires est
cependant beaucoup plus élevé qu’il ne le serait en situation de libre-échange.
L’exemple de la PAC
321
Conseils bibliographiques et liens internet utiles
Les ouvrages et les liens internet ci-après sont classés par ordre alphabétique.
322
CIA World Facts (très pratique et très à jour, le premier site à visiter pour avoir des
statistiques macroéconomiques fiables, y compris sur l’économie internationale).
DEARDORFF, A.V. 1985. « Testing Trade Theories and Predicting Trade Flows », in
R. JONES et P. KENEN, éditeurs, Handbook of Intemational Economics,
Amsterdam : North Holland. Volume 2, pages 467-518.
Divers 1 : Sources des données utilisées pour les graphiques et les cartographies
générées par Mathematica 6
323
Fond Monétaire International, Rapport sur la stabilité financière dans le monde,
septembre 2007, http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/gfsr/2007/02/sumf.pdf
FRIEDMAN, Thomas, The lexus and the olive tree, première édition en 1999, réédité
en 2000.
FRIEDMAN Thomas, The world is flat, première édition en 2005, réédité en 2007.
HELPMAN, Elhanan et Paul KRUGMAN. 1985. Market Structure and Foreign Trade.
MIT Press.
Douglas A. IRWIN, Against the Tide : An Intellectual History of Free Trade, 1996.
324
Paul KRUGMAN & Maurice OBSTFELD, Economie internationale , 7ème édition.
KENEN, Peter, B., 1965. « Nature , Capital and Trade », Journal of Political
Economy, 73, octobre, pages 437-60.
LEONTIEF, Wassily W., 1954. « Domestic Production and Foreign Trade the
American Capital Position Re-examined», Economia Internationale, n°1, février,
pages 3-32.
LEONTIEF, Wassily W., 1956. « Factor Proportions and the Structure of American
Trade : Further Theoretical and Empirical Analysis», The Review of Economic and
Statistics, novembre, pages 386-- 407.
LINDER, Stephan. 1961. An Essay on Trade and Transformation. New York, John
WILEY and Sons.
Mac DOUGALL, G.D.A. 1951. «British and American Exports : A Study Suggested by
the Theory of Comparative Costs, part 1 ». Economic Journal. Volume 61, décembre,
pages 697-724.
Mac DOUGALL, G.D.A. 1952. « British and American Exports : A Study Suggested
by the Theory of Comparative Costs, part 2». Economic Journal . Volume 62,
septembre, pages 487-521.
John Stuart MILL, 1848. Principles of Political Economy. Londres: Longmans, Green
325
M
OHLIN, B., 1933. Interregional and International Trade, Harvard : Harvard University
Press.
326
OCDE (2001), Principes directeurs pour les entreprises multinationales. Le texte des
principes et des études sur les différents aspects de la nouvelle gouvernance sont
disponibles sur le site Internet de l’OCDE, www.ocde.org , rubrique « Gouvernance
d’entreprise ».
SAMUELSON, Paul, A., 1948, « International Trade and the Equalization of Factor
Prices », The Economic Journal , juin, pages 181-97.
Adam SMITH, 1776. Recherche sur la nature et les causes de la richesse des
nations. Paris : Gallimard, 1976.
327