Kadisha memoireAB2006
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NOTICE ANALYTIQUE
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Remerciements
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LISTE DES ABREVIATIONS
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TABLE DES ILLUSTRATIONS
(Toutes les photos du rapport ont été prises durant la période de stage de mars à juin 2006)
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TABLE DES TABLEAUX
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SOMMAIRE
Avant-propos .......................................................................................................................... 9
Introduction générale............................................................................................................ 10
1. Contexte ............................................................................................................................... 12
1.1 Les avancées et problèmes généraux du Liban .............................................................. 12
1.1.1 Polarisation de Beyrouth ......................................................................................... 13
1.1.2 Une reconstruction souvent néfaste......................................................................... 13
1.1.3 Impacts sur l’économie libanaise ............................................................................ 14
1.1.4 Services urbains défaillants ..................................................................................... 16
1.1.5 Prolifération des études et inachèvement des projets .............................................. 16
1.2 Les défis libanais ............................................................................................................ 18
1.2.1 La protection des vallées et un littoral à protéger ................................................... 18
1.2.2 La problématique de l’eau au Liban ........................................................................ 19
1.2.2.1 Généralités ........................................................................................................ 19
1.2.2.2 Historique de la politique de l’eau ................................................................... 22
1.2.2.3 La réforme du secteur de l’eau ......................................................................... 23
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4.2 La vallée de la Kadisha .................................................................................................. 54
4.2.1 Aspects socio-économiques .................................................................................... 55
4.2.2 Le potentiel Kadisha, des bases pour un développement économique prospère..... 55
4.2.3 Les caractéristiques de la vallée .............................................................................. 58
4.2.4 L’application de la législation ................................................................................. 70
4.3 Journée de ramassage des déchets et programme de sensibilisation .............................. 71
4.4 Préconisations/orientations............................................................................................. 73
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Avant-propos
Le présent rapport a été élaboré à la veille du nouveau conflit amorcé le 12 juillet 2006
opposant les factions du Hezbollah libanais à l’Etat israélien.
C’est donc dans cette courte période entre le retrait des Syriens du territoire libanais, au
début de l’année 2005, et cette nouvelle invasion israélienne que se sont faites nos
investigations, objet de ce mémoire.
Rappelons qu’après seize années de guerre (de 1975 à 1990) et vingt deux années
d’occupation du Sud (de 1978 à 2000), le Liban a trouvé son nouvel élan par une
normalisation, certes fragile mais tangible, de sa situation. Le tourisme international lié au
développement d’autres activités a permis à ce pays meurtri de retrouver, en partie, son
rayonnement d’avant guerre.
Depuis le départ des troupes syriennes, le Liban s’est organisé sur de nouvelles bases dans
l’objectif d’assurer son redressement économique et structurel. Malheureusement, le récent
conflit a bouleversé le court de l’histoire :
- l’aviation israélienne a pilonné de façon intensive l’ensemble du Sud Liban et détruit les
infrastructures vitales du pays.
- Le réseau routier a été quasi intégralement endommagé, ce qui rend, bien évidemment,
les échanges internes forts délicats.
- Le Liban se retrouve, de nouveau, dans un état de dépendance accrue face aux
financements internationaux.
Les améliorations menées ces quinze dernières années sont, pour la plupart, à redéfinir et
réévaluer. Il faudra plus de cinq années de travaux et plusieurs milliards de dollars pour rétablir
le paysage ravagé par quatre semaines de guerre.
Il ne s’agira pas seulement de reconstruction économique. Les tensions entre partis
politiques et les représentations des diverses obédiences vont se radicaliser. Ceci risque de
constituer une conséquence directe de la détérioration du niveau de vie et de la dette que devra
supporter le pays.
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Introduction générale
Le Liban, unique château d’eau conséquent du Proche-Orient, est confronté aux pénuries
et à la pollution de l’or bleu. Le processus de reconstruction qui dure depuis 1990 au Liban est
orienté sur la remise en état des infrastructures et sur la réorganisation du secteur de l’eau.
Depuis ce moment là, l’Etat Libanais s’est engagé, sous l’impulsion de la Banque Mondiale à
réformer sa politique de l’eau. Aujourd’hui, c’est au travers de la coopération décentralisée que
le Liban Nord s’inspire de la démarche française de « Contrat de Rivière » dans le but
d’améliorer la qualité de l’eau et son accessibilité afin de favoriser le développement
économique de ses régions. La difficulté d’application d’un tel plan réside dans la nature et
l’intensité des problèmes à régler, dans la structure défaillante de l’administration mais aussi et
surtout dans la complexité des relations entre les acteurs libanais concernés. Quels sont ces
problèmes ? Quelles sont les conséquences des activités humaines sur la ressource en eau ?
Quelles en sont les modalités de gestion ? Que font les dirigeants locaux et centraux ?
Comment anticiper l’aggravation de la situation déjà critique ?
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concertation entre tous ses utilisateurs. La finalité du Contrat de Rivière est de protéger la
ressource Eau en minimisant toutes les sources de pollutions et de planifier une répartition
équitable de cette ressource sur un territoire donné, le bassin versant.
Le développement économique d’une région est favorisé dès lors que l’eau n’est plus un
élément de contrainte à la productivité économique. L’intérêt d’une telle démarche porte sur le
fait que l’importance de la gestion l’eau est indiscutable d’autant plus qu’au Liban l’eau
manque à cause du « gaspillage » et des pertes par les fuites. Les financements qui fonts
défauts, les projets rarement réalisés et le manque de conscience écologique individuelle
participent à cette fuite de l’eau.
L’efficacité du Contrat de Rivière n’est plus à remettre en cause sur le territoire français et
européen. Qu’en est-il de son application et au moins de son adaptation au contexte libanais ?
Les recherches seront axées sur la question de l’applicabilité de cette démarche dans le
contexte libanais. Est-ce que le Contrat de Rivière est une porte d’entrée légitime dans une
mission d’aide au développement local Libanais ? Est-il une démarche pertinente pour
contribuer à une telle politique ?
Les investigations ont était réalisées sur place, elles ont débuté par des entretiens (divers
ministères, direction de l’urbanisme libanaise, école d’ingénieur…) permettant de se
familiariser avec les subtilités du pays et de réunir une grande quantité de documents en
rapport avec le projet. Elles ont été poursuivies durant trois mois en totale immersion sur le
terrain chrétien libanais avec pour finalité de retirer le maximum d’informations
caractéristiques du site et d’amorcer diverses actions concrètes sur place. L’immersion permet
alors de confronter les notions théoriques de l’aménagement du territoire et de la gestion de
l’eau aux réalités du terrain. En clair, il s’agit de déterminer les obstacles et les opportunités du
terrain afin d’éviter les freins et au contraire de révéler les leviers permettant l’application
optimum du Contrat de Rivière.
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1. Contexte
Aussi, la plupart des localités libanaises n’ont pas encore retrouvé le niveau de mixité
confessionnelle qu’elles avaient au début des années 1970, et nombre de régions se
caractérisent par une couleur communautaire dominante (Hezbollah, Forces libanaises…).
Cette division territoriale est entretenue par une amorce de déconcentration des services et des
équipements et par la persistance du manque de cohésion dans les rapports sociaux. La
perspective de mettre en place une forme de décentralisation administrative pourrait, si elle est
mal conçue, accentuer cette division du territoire.
A ces facteurs sociaux s’ajoutent des facteurs physiques liés au relief accidenté du Liban.
Un réseau routier performant permettrait de surmonter ce handicap. Mais le réseau routier
libanais est encore peu performant et, même lorsque l’Etat a entrepris la construction de voies
rapides, celles-ci ont été détériorées par les constructions qui se sont édifiées à leurs abords et
par le trafic local qui s’y est développé.
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1.1.1 Polarisation de Beyrouth
L’organisation du territoire libanais se caractérise par le poids centralisateur important de
Beyrouth et de sa région par rapport aux autres pôles urbains du pays. La reconstruction
physique a été davantage marquée à Beyrouth que dans le reste du pays. Dans le même temps,
les agglomérations secondaires éloignées du Grand Beyrouth, qui ont connu une croissance
démographique plus forte que celle de la région capitale durant la guerre, cumulent les
difficultés économiques, sociales et d’équipement. La deuxième ville du pays, Tripoli, connaît
encore aujourd’hui les plus grandes difficultés.
Les disparités entre régions s’expriment également en termes d’opposition
villes/campagnes. Les régions rurales les plus reculées du pays ne peuvent compter que sur les
revenus de l’agriculture et parfois du tourisme auxquels s’ajoutent les salaires des
fonctionnaires et les apports des émigrés.
Les disparités entre le centre et les régions sont accentuées par le tourisme de luxe et
l’hôtellerie qui sont largement responsables du creusement des ces écarts. D’autant plus que les
secteurs de production ne peuvent pas encore assurer des revenus corrects à tous les Libanais.
L’aire urbaine composée par le Grand Beyrouth et les villes touristiques avoisinantes est en
effet le lieu quasi exclusif de concentration des activités financières et de cette forme de
tourisme. Le niveau de vie est, de ce fait, très disproportionné d’une région à l’autre et surtout
entre celle de Beyrouth et le reste du pays, d’autant plus qu’elle est le principal lieu d’habitat et
de consommation des catégories aisées.
Les autres régions bénéficient tant bien que mal de manière indirecte des retombées de ces
deux sources de revenus, sous la forme de redistributions aléatoires opérées par l’Etat. L’enjeu
est alors de permettrent aux autres régions de devenir indépendantes par le biais de ces
redistributions. Comment des régions éloignées de la capitale pourraient-elles accéder à un
développement autonome alors même que les pouvoirs centraux favorisent les grandes
agglomérations littorales?
13
Photo 1 : Constructions sur le littoral libanais
14
spontanément en boulevards urbains, le mitage des zones agricoles et naturelles s’intensifie et
des milliers de constructions ne sont pas achevées.
L’une des manifestations les plus visibles de cette absence de maîtrise est la quantité
considérable de chantiers inachevés que l’on peut observer sur tout le territoire.
15
1.1.4 Services urbains défaillants
La dernière difficulté que connaît le pays, et non la moindre, est le niveau insuffisant des
services urbains de base. A l’exception des moyens de télécommunications, presque tous les
services connaissent encore une situation insatisfaisante. Il s’agit de l’alimentation en eau, de la
distribution d’électricité, de l’assainissement ou de la gestion des déchets ou encore du faible
niveau de développement et d’entretien de la voirie dans la plupart des localités.
Le Liban a porté son effort sur la construction des centrales électriques mais le réseau de
distribution n’a pas encore été suffisamment amélioré, peut-être parce que la moitié de
l’énergie est consommée sans être payée. De fait, l’électricité continue à être rationnée dans la
plupart des régions de manière cyclique et son prix de revient comme son prix de facturation
sont très élevés. Ce prix est aujourd’hui un réel handicap à la compétitivité du pays : le tarif de
l’électricité pour les établissements industriels est parmi les plus chers du monde.
Quant à l’assainissement, et malgré de très lourds investissements, la situation a peu
progressé. Plusieurs agglomérations ont modernisé une partie de leurs réseaux d’égouts mais
les stations de traitement prévues n’ont généralement pas été réalisées et les quelques stations
fonctionnelles ne sont pas raccordées aux réseaux d’égouts eux-mêmes souvent inexistants.
La gestion des déchets a connu une évolution positive en ce qui concerne la collecte et le tri,
à Beyrouth et dans les Cazas (districts composant le Mohafazat lui-même un département)
limitrophes. Dans le reste du pays, la collecte demeure généralement défaillante. Mais le
principal problème de ce secteur reste celui des centres d’enfouissement qui sont saturés dans
le Grand Beyrouth et inexistants pratiquement partout ailleurs. Aussi, les déchets municipaux
hors zone centrale continuent à être déversés dans des décharges sauvages.
16
n’a pas fait l’objet d’une réflexion sur tout le « système » dans lequel il s’inscrit. L’action
ponctuelle est donc favorisée par rapport à celle globale.
Ce type d’équipements réalisés avant que les conditions de leur mise en service ne soient
possibles, ne sont pas des cas isolés : équipements de centrales électriques qui n’ont jamais
fonctionné et dont on sait qu’ils ne fonctionneront pas dans les dix prochaines années, hôpitaux
publics à l’état de bâtiments non équipés et non opérationnels (notamment le Grand hôpital de
Beyrouth), écoles publiques implantées dans des villages comptant très peu d’élèves
scolarisables, ouvrages portuaires surdimensionnés, stations d’épuration non raccordées au
réseau d’égout, etc. A titre d’exemple, la station d’épuration de Batroun a été inaugurée en Mai
2006, elle sera entretenue pendant deux ans par le constructeur puis sera récupérée par l’Etat
libanais. Mais pour le moment aucun égout n’y est connecté puisque le réseau n’existe pas
encore…
Toutes ces dépenses sont une contrainte au développement durable, elles permettent de
palier aux problèmes sur le cours terme mais ne seront pas viables dans le temps.
1
Stratégie de l’état libanais pour compenser le favoritisme et le clientélisme
17
1.2 Les défis libanais
Les grandes vallées libanaises sont quant à elles des éléments majeurs du patrimoine
naturel, touristique, paysager et agricole du Liban.
Elles commandent aussi la qualité des cours d’eau et/ou participent à leur pollution. Il
convient, pour toutes ces vallées, de mettre en place des règlements spécifiques pour
sauvegarder le caractère naturel des vallées elles-mêmes et pour soigner l’urbanisme des
villages qui les entourent. Ces orientations commencent à voir le jour à travers des démarches
partenariales entres les municipalités qui partagent la vie de ces vallées. Le concept de
fédération de municipalités est un outil pour construire ensemble des projets de développement
touristiques, agricoles et environnementaux cohérents et de qualités. Mais jusqu’à aujourd’hui
le regroupement des municipalités en fédération existe trop souvent que sur « papier ».
Le littoral libanais continu d’être fortement dégradé et fragilisé, pourtant sa mise en valeur
est essentielle pour le développement touristique. Elle passe par un ensemble de mesures
réglementaires, le traitement des eaux usées avant leur rejet en mer, l’élimination des
constructions en bord de mer, le rétablissement de la continuité de l’accès aux plages, la
18
réglementation des établissements touristiques, la gestion des effluents provenant des
nombreuses industries, etc.
Il est possible, moyennant des efforts importants, de redonner au Liban une façade littorale
qui devienne réellement un élément d’attraction majeur pour le tourisme, ouvrant ainsi des
opportunités nouvelles pour un tourisme balnéaire de masse.
La maîtrise du développement urbain n’est pas une atteinte à la propriété privée mais plutôt
une forme de combat collectif bénéfique pour tous à long terme. Selon les localités, leurs
vocations, leurs caractéristiques, leur environnement général, les schémas et règlements locaux
d’urbanisme doivent moduler les droits à bâtir et les règles de manière à préserver les atouts
économiques et environnementaux et la qualité de la vie dans les diverses localités.
Parce qu’il dégrade le potentiel agricole et touristique du pays, parce qu’il entraîne des coûts
exorbitants pour les finances publiques, parce qu’il diminue l’efficacité des voies routières
principales, le mitage des terres par les constructions dispersées doit être freiné. Les
possibilités offertes pour y arriver sans léser le droit de propriété sont multiples. Il est possible
de recourir à la dissuasion financière en obligeant les constructeurs d’immeubles éloignés des
quartiers existants et des villages de financer la totalité des infrastructures et des services
induits par leurs projets. L’obligation peut être instituée par simple interdiction à
l’administration de délivrer les permis de construire et de lotir si les conditions ne sont pas
remplies.
Il est également possible d’édicter des règles, dans chaque grande zone (agricole, forestière,
naturelle, etc.) définie par le Schéma Directeur d’Aménagement du Territoire Libanais
(SDATL). Notons cependant que le SDATL (2003) n’a malheureusement pas été approuvé au
parlement pour des raisons, semble-t-il, d’intérêt personnel. Trop contraignant pour certains, il
n’a pu voir le jour ni sa mise en application.
1.2.2.1 Généralités
La répartition de l’eau au Liban est très hétérogène ce qui inflige aux populations des
inégalités d’accès à l’eau très importantes. Des régions désertiques du Sud Liban à celles du
Nord de la plaine de la Bekka est opposée une façade maritime très arrosée. Le Mont Liban,
orienté Nord-Sud, crée une barrière montagneuse conséquente qui est soumise aux vents
19
dominants provenant de l’Ouest. L’association de ces deux phénomènes engendre des
ascensions orographiques génératrices de pluies importantes. Elles s’étalent cependant sur une
période concentrée (75% en 5 mois). De ce fait, les populations de la façade Ouest sont bien
mieux loties que celles des autres régions. Cependant, la géologie du Liban majoritairement
calcaire et faillée (75% de calcaires karstiques) limite beaucoup la « capture » et donc la
mobilisation de l’eau sur tout le territoire.
Les villes littorales concentrent 70% de la population libanaise qui engendre des problèmes
de surconsommation des eaux souterraines automatiquement polluées par les intrusions salines,
à celles-ci s’ajoute une pollution colossale liée aux eaux usées jamais sinon presque collectées
et épurées. Cette constatation permet de considérer que urbanisme et gestion de l’eau sont
indissociables sur ce territoire.
D’autres raisons expliquent ces pertes, les reliefs sont abrupts et favorisent le ruissellement,
l’évapotranspiration est forte et les pays voisins reçoivent 650 Mm3 d’eaux de surface et une
quantité indéterminée d’eaux souterraines en provenance du Liban. Cette dernière explication
sous-tend l’idée que le Liban fait l’objet de toutes les convoitises de la part de ses voisins.
L’eau est la cause des conflits au Proche-Orient depuis 1967 certainement avant.
A ces contraintes d’origine dite « naturelles » s’ajoutent des problèmes « humains » de
gestion de l’eau tant sur le plan écologique que sur les plans structurels, institutionnels et
organisationnels. La détérioration de la distribution de l’eau durant la guerre et la persistance,
2
(Sources: Feasibility studies for the rehabilitation and modernization of small and medium irrigation schemes in
Lebanon, Bcharré region, Council for Development and Reconstruction, 1997, 141 p.)
20
jusqu’à ce jour, de larges périodes de pénurie en dépit des investissements réalisés, ont conduit
la population et les entreprises à rechercher une certaine autonomie vis-à-vis des réseaux
publics par le forage de dizaines de milliers de puits à travers tout le territoire.
Parallèlement, en certains endroits, la multiplication des réseaux d’égouts conjuguée au
retard dans la réalisation des stations de traitement prévues conduit à une concentration des
rejets qui sont déversés dans la nature et qui rejoignent les mêmes nappes souterraines et cours
d’eau sur lesquels sont installés les captages d’eau potable. S’y ajoutent les pollutions d’origine
industrielle, les pollutions par les hydrocarbures et les pollutions liées à l’entreposage sans
traitement de déchets domestiques et autres (industriels, hospitaliers) dans la nature dans la
plupart des régions. Toutes ces formes de pollution dégradent dangereusement la ressource en
eau.
L’importance de la ressource Eau nécessite une politique de mise en valeur globale. Le
Liban est en mesure d’accroître sensiblement les quantités et la qualité des eaux distribuées aux
ménages, à l’agriculture et à l’industrie. Un objectif de réduction du taux des fuites et
déperditions dans les réseaux est de passer de 50% aujourd’hui à 20% dès 2020 (SDATL).
Cela permettrait d’éradiquer les situations critiques des villages non desservis, de distribuer
l’eau correctement y compris en période d’étiage et de doubler les superficies agricoles
irriguées. Elle devrait également permettre de mieux maîtriser les captages, enjeu de santé
publique, et de mettre fin à la privatisation sauvage de la ressource par les particuliers et par le
même temps de la pollution de ces captages.
21
Afin de comprendre l’état actuel du secteur de l’eau, il est essentiel de se donner quelques
éléments historiques et contextuels sur la gestion de l’eau au Liban.
22
plus en plus rare et de plus en plus polluée, l’administration fonctionne mal et les divergences
politiques entre offices et territoires s’accentuent. Le mandat Frangié (1970-1975) ne favorise
pas non plus la baisse des inégalités, les régions lointaines de Beyrouth sont délaissées par les
services publics et les projets de développement. Cependant, avant que la guerre n’éclate, le
projet de loi de 1972 cadre le devenir du secteur de l’eau au Liban, elle propose la constitution
de cinq offices de l’eau. Cette loi et les prérogatives en terme de gestion de l’eau sont oubliées
pendant toute la période de guerre mais sont restées les bases de la réforme politique de l’eau
d’aujourd’hui.
Ce n’est que depuis la fin de la guerre en 1990 que les pouvoirs libanais se penchent à
nouveau sur le problème. Le processus de reconstruction engagé par l’état libanais au sortir de
la guerre fut principalement orienté vers la remise en état des infrastructures et la
réorganisation de secteur de l’eau. L’enjeu est de taille car le système de gestion est totalement
désorganisé et fragmenté. C’est sur fond de conférences sur le développement durable (Rio
1992 jusqu’à Mexico 2006) et du concept de « bonne gouvernance » 3 que le Liban va
entreprendre des réformes dans le secteur de l’eau. La fin de la guerre laisse apparaître des
dégâts considérables en terme d’infrastructures et de pollution bactériologique de l’eau
(environ 70% des réseaux de distribution). C’est dans ce contexte de prise de conscience des
problématiques environnementales que l’Etat tente aujourd’hui de pallier les carences
administratives, institutionnelles et financières qui affectent le secteur de l’eau.
3
La « bonne gouvernance » est la traduction opérationnelle des principes du développement durable
(S.Ghiotti)
23
Carte 1 (S. Ghiotti, 2004)
Même si le nombre d’Offices correspond plus ou moins au nombre de cours d’eau pérennes
du Liban, le découpage retenu ne s’appuie par pour autant sur le concept de bassin versant.
C’est cette multiplication du nombre des offices au sortir de la guerre et le manque de
coordination entres les différents protagonistes qui motivent l’état à chercher des solutions.
En 1992, l’état se dirige vers une logique de transfert en direction du service privé pour la
gestion des services publics de l’eau comme il l’avait fait dans les années cinquante (cette
option s’avérera être un échec). Ainsi, la solution serait d’aller dans le sens du modèle français
de gestion déléguée. Pour cela, les offices seraient transformés en compagnies de l’état puis le
secteur privé interviendrait pour assurer le processus de gestion déléguée.
Les orientations choisies sont très largement inspirées par les nouveaux paradigmes du
développement durable et la Banque Mondiale (BM) subordonne ainsi son aide à la mise en
place d’une nouvelle organisation du secteur de l’eau basée sur le triptyque : un principe,
l’instauration d’un prix pour l’eau – une méthode, la participation et la gestion décentralisée
dans le cadre de la « bonne gouvernance », et enfin un territoire, le bassin versant. (S.Ghiotti)
24
Le découpage retenu pour les Offices répond à des logiques politiques et communautaires et
reste circonscrit dans les limites administratives des Cazas. Ces dernières correspondent aux
limites naturelles délimitées en général par le relief et particulièrement par les bassins des
rivières. La particularité du Liban est que son découpage administratif est certes influencé par
le bassin des rivières, mais ce sont ces dernières qui forment les limites et non le bassin
versant. Ainsi, deux Cazas sont généralement séparés par une rivière qui coupe le bassin
versant en deux zones distinctes. La réforme engagée par l’Etat en 1972 avait pour objectif de
créer cinq offices de l’eau au Liban selon le découpage des Mohafazats. Ce découpage respecte
en fait un certain partage du pouvoir à l’échelle nationale, puisque le nombre de Mohafazats et
donc le nombre de Mohafezs (préfet) correspondent au nombre de communautés
confessionnelles du pays, sunnite, maronite, grec orthodoxe, grec catholique. La communauté
chiite ne sera représentée qu’en 1978.
Sur l’inspiration de la gouvernance à l’échelle du bassin versant prônée par les bailleurs de
fonds, le Liban adopte cette échelle territoriale pour appliquer sa politique de l’eau.
La période qui s’ouvre en 1990 va s’avérer déterminante pour le contenu et la forme de la
nouvelle politique de l’eau au Liban. Le problème perpétuel du financement voit des solutions
25
puisque le CDR (Conseil de Développement et de Reconstruction) qui canalise les fonds
(Banque Mondiale, Banque Islamique…) les affecte à plusieurs programmes. La Lyonnaise des
Eaux fournie une aide en 1993 en terme d’expertise technique dans le cadre d’un Protocole
d’accord Franco-Libanais. Cette dernière reprend pour une très large partie les
recommandations de la Banque Mondiale, c’est-à-dire la réorganisation institutionnelle et le
partage ministériel des compétences, la promulgation d’une loi sur l’eau et une gestion par
bassin versant.
Le transfert de la gestion au secteur privé n’est pas opéré du fait des nombreuses
incertitudes et craintes des responsables. Aujourd’hui, ce transfert semble être un réel échec.
Positionnement temporaire du fait d’un Ministre HEZBOLLAH ou prise de conscience
définitive ? Conséquence des conclusions du « Forum de Mexico » ou conséquence d’une
opération pilote qui se révèle de plus en plus comme un échec (délégation de gestion du
service public de l’eau à Tripoli) ? En tout état de cause, le mot d’ordre de « privatisation des
services publics dans les plus brefs délais » émis dès la fin des années 90 par le Premier
Ministre HARIRI semble aujourd’hui totalement abandonné. Même la privatisation d’EDL
(Électricité du Liban) qui était pourtant la plus avancée, est actuellement totalement stoppée.
Depuis 1995, les choix pris par l’Etat libanais visent d’abord à préparer la remise à niveau,
notamment des infrastructures afin d’éviter tous les troubles potentiels et à terme de retirer le
maximum de bénéfices de la réforme à l’occasion des futurs appels d’offres. Cette stratégie
d’Etat pourra être parfois perçue de la part les bailleurs de fonds internationaux comme
agaçante ou jugée comme une preuve de mauvaise volonté. La Banque Mondiale suspend en
effet son aide en 1999.
Le principe d’un découpage par bassin versant comme le propose le modèle français de
gestion de l’eau semble actuellement difficile à transposer tel quel dans le contexte libanais.
D’autre part, concernant le prix de l’eau, la population paie (pour celle qui peut payer) déjà
l’eau au prix fort depuis la guerre, étant obligée d’assurer son approvisionnement par des
systèmes parallèles extrêmement onéreux (livraison par camion citerne, etc.).
Dans la logique de la réforme telle que définie par les responsables libanais, l’objectif
financier de la rentabilité occupe une place centrale. Le retour sur investissement et le souci de
parvenir à l’équilibre du système, notamment pour les offices, est au centre des réflexions sur
la réforme. La taille et le découpage des offices tentent de répondre à ces problématiques. En
effet, les difficultés à surmonter sont multiples.
Les besoins urbains en eau potable et en assainissement sont considérables. Il est donc
nécessaire de pouvoir soutenir la demande sans rencontrer trop de difficultés techniques ou
envisager des projets « titanesques ». Les Offices doivent regrouper sur leur périmètre une
26
population solvable afin de pouvoir dépasser le recouvrement des salaires de leurs employés et
d’assurer les investissements et la maintenance des infrastructures. Par la réforme, les offices
deviennent véritablement les opérateurs de la distribution de l’eau potable assurant l’ensemble
des tâches, de la réalisation des projets jusqu’à la facturation.
Enfin, pour que les principes du partage du pouvoir soient respectés, ce découpage des
offices assure un relatif équilibre politique. La taille et les limites du découpage des offices
répond aux logiques urbaines, financières et politiques et répondent également à des impératifs
hydrauliques, techniques et financiers.
La loi sur l’eau de 2000 est la réponse à un processus engagé trente ans plus tôt. Afin de
répondre aux multiples problématiques liées à l’alimentation en eau, la dimension territoriale
de la réforme amène à faire correspondre les offices aux limites des Mohafazats. Cette mise en
concordance s’explique aussi par la volonté politique de soustraire la gestion de la ressource
aux Cazas au bénéfice des Mohafezs. La rationalisation du système est ainsi négociée par une
perspective à plus grande échelle qui confère par la même occasion un pouvoir plus important
à l’état libanais en terme de gestion de ces offices. Donc finalement, cette dernière remarque
met en perspective une forme de centralisation du service de l’eau alors que l’ordre général
vise à la totale décentralisation des services.
C’est dans ce contexte de reconstruction de l’Etat ainsi que de réforme du secteur de l’eau
au Liban qu’ont commencé les aides internationales (prêts de la Banque Mondiale et
financements de la communauté européenne…) ainsi que des relations franco-libanaises
parfois construites sur la démarche de la coopération décentralisée.
27
2.1 Les préconisations des bailleurs de fonds, la « bonne gouvernance » et la
décentralisation.
Au Liban, les programmes d’aide internationale destinés au « local » ne constituent qu’une
petite partie des fonds financiers alloués pour la reconstruction. La totalité, sinon presque, des
apports financiers est réservée aux infrastructures principales situées généralement à proximité
des grandes villes notamment Beyrouth.
Le discours qui s’est mis en place chez les grands bailleurs de fonds est basé sur les
principes de la gouvernance et de la démocratie. C’est un discours qui prône un Etat
décentralisé, il privilégie le local comme base d’intervention adéquate car représente une
dimension proche de l’individu qui permet de gouverner démocratiquement et de mieux gérer
économiquement. L’Etat s’est déjà investi dans la décentralisation, il défini le local comme
« l’espace utilitaire et fonctionnel pour la gestion des services, privilégiant cet échelon dans la
vision du développement » (E. Le Bris, 2004). Le développement est aujourd’hui associé à la
participation locale car il se base sur la connaissance locale et non allochtone. « La raison
d’être économique du gouvernement local se résume aux « trois E » : l’efficacité, l’efficience
et l’économie » (E. Le Bris, 2004). En effet, le gouvernement local semble le plus à même à
prendre en compte les requêtes des populations et d’y répondre de manière pertinente.
Dans le texte, ces vérités semblent d’une simplicité éloquente mais la réalité en est toujours
loin. Les bailleurs de fonds savent préconiser l’idéal mais au-delà des écrits il est indispensable
d’agir sur « le terrain », au plus près des élus locaux et de leurs administrés.
28
développement et de reconstruction depuis les années 1990. Bien qu’il obéisse aux
prérogatives qui lui sont attribuées, il ne se contente pas de distribuer simplement les fonds aux
ministères pour que ceux-ci fassent aboutir leurs projets, mais il opère souvent directement en
passant outre. Le manque de personnels et de « compétences » de certains voir de la plupart
des ministères favorise ce genre d’initiatives de la part du CDR. Malgré son rôle de superviseur
des projets ministériels, il semble évident que la planification, la cohérence et la coordination
entre chacune des démarches n’est pas une réalité optimisée. Il est difficile de déterminer avec
exactitude l’entière légitimité et efficacité de ce conseil, car nombreux sont les projets entrepris
par le CDR qui s’arrêtent en cours de réalisation pour des raisons indéterminées. Elles justifient
en tout cas la difficulté des populations à retrouver une certaine confiance en l’action étatique.
29
de 1996 et concernent outre celle de l’alimentation en eau, l’irrigation et le traitement des eaux
usées. Seuls les Offices de la Bekka et du Liban Sud n’ont toujours pas la compétence
irrigation qui relève de l’Office des Eaux du Litani (OEL).
Cependant, ces Etablissements ont toujours eu la compétence de l’exploitation tandis que le
CDR s’octroi la compétence de l’exécution. Aujourd’hui il en est toujours de même alors que
la nouvelle loi 221 de l’année 2000 confère au Etablissements des Eaux les prérogatives
suivantes. Un Etablissement doit selon la loi précisée par le directeur de l’Etablissement des
Eaux du Liban Nord, Mr. Jamal K., « étudier, exécuter, exploiter, maintenir et renouveler les
projets d’eau, de distribution d’eau potable et d’irrigation et de collecter, épurer et évacuer les
eaux usées ». Cette loi 221 votée en 2000 ne voit sont application effective que depuis 2005 à
cause des difficultés rencontrée par l’administration pour s’approprier les principes de la
réforme.
Aujourd’hui encore, l’EELN ne se contente que de l’exploitation mais précise que ses
objectifs pour l’avenir sont : de préserver le niveau de service, l’améliorer, récupérer les
services locaux, s’occuper de l’adduction d’eau potable, de l’assainissement et enfin de
l’irrigation. Tous ces objectifs ne pourront cependant être atteints que grâce à un soutien de
l’administration et des apports financiers.
Le secteur de l’eau est en déficit, les dépenses depuis 1997 s’élève à 1,5 milliards de dollars
juste pour les études de projets et la restructuration de l’administration. Si bien qu’aujourd’hui
le manque d’argent est insurmontable et l’amélioration du secteur difficile à percevoir. Toutes
les difficultés auxquelles faisaient face les multiples offices du Liban Nord sont maintenant
réunies dans un seul Etablissement. La difficulté de la tache pour l’EELN n’en est
qu’amplifiée. Il se contente donc pour le moment de maintenir l’état actuel de la situation.
Par conséquent, les abonnés ne veulent pas payer un service de mauvaise qualité, les
Etablissements ne collectent donc pas assez de fonds pour pouvoir réagir en conséquence.
C’est par l’intermédiaire de ses antennes locales, anciens offices et comités de l’eau, que
l’EELN essaye tant bien que mal de contraindre ses abonnés à honorer leurs factures d’eau.
Lorsque ceux-ci ne payent pas il est simple de couper l’eau jusqu’au règlement des factures
mais pour des raisons politiques et/ou clientélistes il y a certaines zones où l’on ne « stoppe »
jamais l’eau (cas de la vallée de la Kadisha).
Il semble évident que des financements extérieurs sont indispensables si l’on veut apporter
une réponse à l’aphorisme de l’oeuf et de la poule, qui de l’usager ou du service public doit
commencer à payer. L’élaboration d’un plan de gestion de l’eau très « solide » serait la clé
pour accéder aux aides des grands bailleurs de fonds qui serviraient alors de levier.
30
Les antennes locales et/ou comités de l’eau sont d’une importance cruciale pour les
Etablissements. En plus de récolter les factures, ils sont là pour rapporter tous les problèmes
constatés. Ils servent aussi de lien entre les usagers et l’Etablissement auquel ils sont rattachés.
Les usagers ne sont, pour l’instant, pas impliqués et très peu questionnés sur les questions
de l’eau et de l’environnement. Seuls quelques écologistes indépendants sont précautionneux
de leur environnement. Jusqu’alors, les usagers étaient totalement mis à l’écart des activités du
service public, mais sur ce volet, CORAIL a développé une coopération avec l’EELN dans le
but de rapprocher le service public et les usagers de la ville de Tripoli.
Dans une procédure d’élaboration de projet lié à l’eau, il semble inévitable de faire
participer les municipalités (les premières institutions concernées après l’usager) mais
lorsqu’elles sont susceptibles de fonctionner, les fédérations de municipalités représentent une
entité plus pertinente et influente. Les rapports de force dans des décisions face aux institutions
centrales sont alors plus équitables. De plus, la Fédération représente une échelle plus
pertinente et cohérente que la municipalité puisqu’elle est à même d’élaborer des projets plus
globaux. Aussi, les investissements sont partagés et les coûts sont allégés lors des démarches
communes.
31
Les Comités locaux pour l’environnement sont d’autant plus important qu’ils sont
nombreux et se sont souvent imposés comme des municipalités alternatives durant la période
de 1990 à 1998. Aujourd’hui, ils sont encore présents et actifs au sein des conseils municipaux
(Cf. § 2.3.4).
Enfin, les municipalités sont les principales concernées et intéressées dans des projets de
développement puisqu’elles en sont les principales actrices. Dotées d’une multitude de
prérogatives, elles sont en droit d’aspirer à leur autonomie. Malheureusement, elles peinent à
honorer toutes les actions qu’elles se doivent d’accomplir. La totalité des subventions et des
taxes qu’elles perçoivent suffisent à peine à maintenir les services de base sachant qu’ils ne
comportent pas l’assainissement pour le moment. Et pourtant, la municipalité étant la seule
institution locale relayant l’Etat, elle est l’outil « pilier » d’une politique de développement
local et peut donc soutenir une démarche de Contrat de Rivière.
2.3.1 Historique
L’année 1864 marque la création du premier conseil municipal au Liban et dans le monde
arabe. C’est par un ordre du conseil du Mutassarifiah sous l’empire Ottoman qu’est parut cette
commission municipale à Deir-El-Kamar. A la suite de ce firman, en 1867, la municipalité de
Beyrouth est créée. Les municipalités se développent alors et connaissent un essor important
durant la période du mandat français de 1922 à 1943. Pendant et suite à cette période, les lois
municipales sont largement calquées sur celles françaises. Cependant, le rôle des municipalités
n’est réellement reconnu et opérationnel qu’au moment du mandat du général Chéhab. Les
troubles politiques de 1958 annoncent les dernières élections municipales de 1963, jusqu’en
1998 il n’y eu plus aucune élection. Ce hiatus expliqué en grande partie par la longue période
de guerre de 1975 à 1990 n’a fait qu’aggraver la situation économique et politique du Liban en
général et des municipalités en particulier.
Alors que l’expérience municipale date d’il y a un siècle et demi, les premières élections
significatives sont celles de 1963 avec le vote de la nouvelle loi du 29 mai 1963 prévoyant un
mandat de quatre ans pour les conseils municipaux. C’est à l’issue de ce dernier mandat que
des lois prorogatives de mandats se sont succédées tout au long de la guerre et même après
l’arrêt des hostilités de 1990. Pour des raisons et motifs divers et variés mais rarement valables,
ces élections n’ont repris qu’en 1998 après que la dernière prorogation de 1997 eue été votée
anti-constitutionnelle. C’est ainsi et grâce aux requêtes de la société civile que, trente cinq ans
après les dernières municipales, de nouvelles élections sont organisées.
32
Durant les longues années de 1963 à 1998 les municipalités ont perdu toutes capacités de
gouverner correctement. Parallèlement, Mohafezs et Caïmacans, les représentants déconcentrés
de l’administration centrale libanaise, ont vu la multiplication et le renforcement de leurs
pouvoirs, leurs permettant de contraindre énormément les instances municipales. Les élus
municipaux ont été remplacés de force par les autorités déconcentrées du pouvoir central et les
prérogatives ont été réorientées à l’avantage de l’Etat central. Le contrôle administratif a été
rigidifié, les recettes diminuées dans les petites municipalités au détriment des plus grandes et
les ressources humaines sont devenues insuffisantes du fait des salaires trop bas par rapport au
secteur privé.
Ce n’est qu’après la loi de 1977, remplaçante de la loi de 1963 trop rigide, que la législation
permettait une plus grande implication et liberté d’action des municipalités dans la gestion du
local sur un mandat ramené à six ans. Le principe de décentralisation s’en voit valoriser bien
que la réelle application de la loi 1977 semble voir le jour que depuis 1998. Pendant toute la
période précédente, la guerre, la constante prorogation des mandats et l’influence du pouvoir
milicien ont bloqué le système municipal tenu par les « forces » reparties régionalement au
Liban.
Ce n’est que huit ans après la fin de la guerre en 1990 que l’on peut considérer qu’une
véritable dynamique au niveau local s’installe, les nombreuses municipalités dissoutes se
recomposent et de nouvelles se créent redorant ainsi la volonté de décentralisation édictée lors
des accords de Taëf. L’espoir d’un renouveau de l’action locale et donc du développement
33
local n’a de légitimité que dans la relance du pouvoir municipal qui est, en outre, la seule
forme institutionnalisée de décentralisation territoriale au Liban. C’est donc depuis 1998 que la
reprise des textes de la loi de 1977 permet aux municipalités de jouir pleinement, non sans
difficultés, de la gestion des démarches d’utilité publique. Les erreurs sont nombreuses du fait
du manque de compétence et d’expérience municipale mais le désir généralisé dans la société
civile d’intervenir sur son territoire est exemplaire. C’est grâce à la mobilisation et à la
détermination de la population libanaise que les élections de 1998 ont eues lieu. En effet,
quand le gouvernement libanais décide une nouvelle fois en avril 1997 de proroger le mandat
des conseils municipaux les réactions ont été immédiates. L’Association Libanaise pour la
Démocratie des Elections (LADE) initie une campagne anti-prorogation qui rassemble les
Libanais autour d’une même bataille prônant la participation locale. Elle a aussi permis de
motiver les citoyens à reconsidérer la force publique et à relancer un processus démocratique
local par l’intermédiaire de leurs élus.
La réforme entamée à partir de 1998 se démarque de la phase municipale antérieure par la
légitimité de ses acteurs. La loi qui gouverne les municipalités depuis 1977, les ressources et
les moyens techniques et matériels dont disposent les municipalités sont toujours les mêmes,
mais les « gouvernants » locaux ne sont plus les mêmes (Ziyad Baroud, p.12).
Les projets dans les municipalités depuis 1998 sont tous menés dans un but d’amélioration
de la qualité de vie, mais comme les ressources financières propres sont faibles, les
municipalités sont forcement tributaires des financements provenant des grandes institutions.
Cette situation limite l’action municipale alors que la loi de 1977 toujours en vigueur est très
généreuse en terme de compétences et de prérogatives. Cependant, le conseil de fédération de
municipalités ou encore le CDR sont d’autres instances qui peuvent limiter aussi la liberté
d’action du conseil municipal, s’ajoutant ainsi au contrôle administratif drastique et aux
finances déplorables.
Depuis 1998, période qui recouvre presque deux mandats municipaux complets, les
municipalités s’attèlent à la restructuration interne (administration, ressource humaines,
comptabilité…). Cette démarche se doit de montrer au pouvoir central que les municipalités
peuvent reprendre le dessus, elles s’équipent d’ordinateurs, forment leurs fonctionnaires,
achètent des équipements et se dotent d’une police redorée. Une deuxième phase, celle du
mandat qui a débuté en 2004, permet aux municipalités qui ont gagné en expérience de rétablir
pour partie les infrastructures publiques (égouts, voies publiques, écoles…). C’est toujours
sous l’impulsion et le contrôle des grands bailleurs de fond (Banque Mondiale, Union
Européenne, Nations Unies…) que ces projets ont été entrepris, ils ont parfois aboutis mais ont
souvent été abandonnés en cours de réalisation.
34
2.3.3 Les barrières institutionnelles et politiques
Les rapports de forces et la hiérarchie sont des éléments très importants et contraignants
pour la vie municipale. Les relations tendues et les divergences politiques entre les préfets de
régions et les présidents de municipalités ou encore avec les présidents de fédérations sont
fréquentes au Liban. Les présidents de municipalités ayant obtenu des pouvoirs autrefois aux
mains du Mohafez et/ou du Caïmacan, ces derniers déchus de quelques fonctions se sentent
moins influents. Ils gardent tout de même un droit de regard.
Nombreux sont les obstacles institutionnels auxquels se confrontent les municipalités
libanaises. Malgré les efforts du gouvernement pour l’allégement des contrôles administratifs,
(principaux obstacles à l’action municipale) et la diversification des prérogatives, les
municipalités sont freinées dans leur marge de manœuvre. En ce qui a trait au contrôle
administratif, le ministre de l’intérieur et des municipalités, le Mohafez ou le Caïmacan ont un
droit de regard exacerbé sur les démarches municipales, l’autonomie des municipalités est tout
de même respectée au maximum.
Au sortir de la guerre, prés de la moitié des municipalités étaient quand même sous l’égide
du pouvoir central. Par ailleurs, le contrôle s’effectue par le simple fait que les municipalités ne
peuvent faire des projets de plus de 3 000 000 de Livres Libanaises (soit environ 1700 Euros)
sans demander une autorisation au pouvoir de tutelle. La limite était fixée à 350 000 L.L
jusqu’en 1999 alourdissant et bloquant alors tous projets. De ce fait, la liberté d’action
municipale et l’autonomie sont régies par cette nouvelle limite. Une autre carence provient du
fait que le conseil des ministres a interdit aux municipalités de recruter elles-mêmes leurs
fonctionnaires. Au personnel déjà numériquement trop bas s’ajoute le problème des
compétences. Une étude a montré que deux tiers des fonctionnaires municipaux étaient
d’éducation primaire au début de la guerre. Le fait qu’un fonctionnaire municipal a au mieux
un salaire deux fois plus bas qu’un salarié du secteur privé engendre une fuite du personnel. En
terme des recettes des municipalités on constate que la grande quantité de prérogatives allouées
aux municipalités est inversement proportionnelle aux moyens financiers disponibles. C’est
pour cette raison que les recettes suffisent à peine à couvrir un fonctionnement plus que
minimum des conseils municipaux.
De plus, la perception de ces taxes est plus ou moins efficace et suffisante selon les régions
et l’autorité des élus. Les difficultés économiques du pays sont la principale cause de
l’incapacité de la majorité des individus à honorer ces taxes. Les municipalités perçoivent bien
une aide de la Caisse Municipale Autonome (CAM) émanant de l’Etat mais le manque de
régularité de distribution de ces subventions empêche toutes projections et planifications
financières. On peut alors se demander comment les municipalités pourraient être en mesure
d’assurer des services de bases de qualité.
35
2.3.4 L’environnement dans les municipalités libanaises.
L’« écologie » dans les municipalités libanaises s’est développée depuis la fin de la guerre
en 1990. Les questions écologiques ont été et sont encore prisent en charge par des associations
ainsi que par le secteur privé. Cet élan d’écologie s’inspire généralement des discours des
organisations internationales et des bailleurs de fonds, il est un véritable atout pour la mise en
place d’un Contrat de Rivière.
A la sortie de la guerre, les ministères en charge de l’environnement et de l’eau sont
démunis et les municipalités sont incapables de développer l’idée d’une quelconque écologie
tellement elles sont occupées à redresser leur situation catastrophique. Seuls quelques
écologistes essaient d’imposer au sein des municipalités ou de manière indépendante une
philosophie écologique de base. Ainsi, ce sont les écologistes qui « tiennent » en partie le rôle
des municipalités durant la période de 1990 à 1998.
En 1998, les élections municipales sont de nouveau organisées après plus de trente années
d’inexistence. Les mouvements écologistes sont alors relativement déstructurés mais
finalement mis en avant lors des campagnes. En effet, ils renforcent la légitimité des élections
de conseils municipaux en mettant en avant que l’écologie fait partie de l’avenir des
collectivités locales. Par la suite, les municipalités, toutes déchues de leurs compétences,
s’inspirent de l’action associative pour tout ce qui concerne les services de ramassage des
ordures, de reboisement, de réfections des égouts et canalisations, la pollution et même le
tourisme. « Les municipalités apparaissent comme les héritières des associations écologiques
au niveau de la prise en charge de ces services » (E. Le Bris, p.177). La « concurrence » entre
les acteurs municipaux et associatifs se traduit par des négociations des rôles de chacun faisant
apparaître une forme nouvelle de gestion de l’espace communautaire. Malgré quelques conflits,
ce mode de gestion amène les protagonistes municipaux et « écologistes » à trouver des
terrains d’entente pour une gestion collective de l’environnement.
Afin d’améliorer sa situation difficile et ses problèmes chroniques, le Liban entreprend des
coopérations décentralisées en plus des démarches opérées par le gouvernement libanais grâce
aux grands bailleurs de fonds. Ne pouvant plus faire face aux difficultés, la plupart des
« régions » libanaises sont demandeuses d’aides de la part des pays étrangers.
3. La Coopération Décentralisée
La faible capacité d’action des acteurs locaux est l’un des principaux obstacles au
développement local. Or, dans ce domaine, la coopération décentralisée peut apporter un
savoir-faire particulier, que ce soit pour renforcer les acteurs décentralisés (municipalités) ou
36
encore les services déconcentrés de l’État lorsqu’ils exercent une compétence spécialisée sur
un territoire (ex : Établissements des Eaux ).
Depuis plus de dix ans maintenant, des collectivités, notamment françaises, mettent en place
de multiples coopérations décentralisées avec le Liban. Certaines sont plutôt centrées sur le
renforcement des capacités des services municipaux sur le plan social tel que l’appui à
l’insertion sociale (Ville d’Eybens), d’autres construisent des projets de gestion globale et
durable des résidus urbains (Lille Métropole), enfin la Région Rhône-Alpes (RRA) et la
Communauté d’Agglomération du Grand Lyon se sont engagées dans une coopération
décentralisée en appui au secteur de l’eau depuis 1998.
Pour soutenir la réforme du secteur de l’eau engagée par le gouvernement libanais en 2000,
le Ministère des Affaires Etrangères français (MAE) a signé une convention avec le Ministère
de l’Eau et de l’Energie libanais. Par cette dernière, le France procure une assistance technique
financée sur le Fond de Solidarité Prioritaire (FSP).
37
Les collectivités françaises mènent chacune leur coopération de manière indépendante, mais
afin d’optimiser leurs démarches, elles affirment la volonté de rechercher l’efficacité au travers
de la complémentarité des champs de compétences de chaque type de collectivité française (loi
de 92) et de poursuivre les échanges d’informations et de méthodologies avec les autres
collectivités impliquées au Liban.
Dans ce texte nous nous concentrerons sur l’un des thèmes de la coopération décentralisée
menée par la RRA au Liban Nord bien qu’il s’inscrive au sein d’un vaste programme d’appui
au service public de l’eau. Ce programme est subdivisé en plusieurs parties toutes inter reliées
entre elles et dépendante l’une de l’autre.
En 2005, la RRA et l’Etablissement des Eaux du Liban Nord (EELN) ont signé
officiellement une convention les reliant et ont défini le cadre de cette coopération.
- Appui au développement la région du Akkar, sur le "modèle" d'un parc naturel régional.
- Appui à la gestion de la rivière Kadisha, sur le modèle d'un Contrat de Rivière (CR).
38
Parmi tous ces projets, le thème qui nous concerne est l’appui à la gestion de la rivière
Kadisha, sur le modèle d'un « Contrat de Rivière » que nous expliciterons par la suite.
¾ CORAIL
Considérée comme une structure d’appui aux acteurs du développement durable, CORAIL
est une association Loi 1901 fondée en 1999 dans le but de participer au renforcement des
capacités des services publics. Ceci consiste en l’accompagnement dans la conception de
projets depuis la phase d’émergence à l’aboutissement dans une optique d’autonomisation des
requérants. L’association est dotée d’une longue expérience dans la gestion des réformes
institutionnelles dans le domaine de l’eau sur le pourtour Méditerranéen.
Les principes de fonctionnement de CORAIL s’appuient tout d’abord sur une démarche
inductive, c'est-à-dire que l’association répond à un besoin formulé par les acteurs locaux. Son
rôle est d’apporter un soutien pour le renforcement des capacités des acteurs publics et privés
du pays qui l’a mobilisé pour un projet. Contrairement à la pratique des grandes institutions
telles que les Nations Unies (U.N), cet Organisme de Solidarité Internationale (OSI) intervient
selon le principe de « down top », du bas vers le haut. Autrement dit, CORAIL réfléchit avec
les acteurs locaux aux réponses potentielles à apporter aux problèmes sans jamais imposer des
idées allochtones.
Cet OSI coordonne donc la coopération décentralisée initiée par la Région Rhône Alpes.
Avec l’aide de ses représentants permanents répartis dans les différents pays, il mène les
projets de coopération décentralisée en rapprochant les acteurs publics et privés de la Région
Rhône-Alpes et de la Communauté d’Agglomération du Grand Lyon avec les acteurs
homologues des pays demandeurs. Les pays demandeurs accèdent alors une aide au
renforcement des capacités de leurs secteurs public et privé selon un échange d’expériences
avec les secteurs Rhône Alpins.
CORAIL coordonne tous ces projets de coopération, elle relie tous les acteurs sur place au
Liban, l’objectif étant de mettre en place avec les locaux des projets « solides » permettant
favoriser l’autonomisation des structures par un échange d’expériences dans un premier temps
et de solliciter des fonds auprès des bailleurs de fond dans un second temps.
39
Dans la démarche de CR, décrite plus loin, qui a débutée au début de l’année 2006,
CORAIL organise des ateliers de travail à intervalles réguliers réunissant tous les acteurs
concernés. Des restitutions des travaux préalables sont effectuées, des réactions sont alors
discutées et des recherches de solutions sont entreprises. Entre chaque atelier de travail les
partenaires travaillent selon les directives déterminées ensemble afin de passer aux étapes
suivantes lors des restitutions successives.
40
C’est pour cette raison qu’il espère voir des changements rapides. Le poids politique que
représente cet acteur, surtout au sein du « Comité de Protection de la Kadisha » 4 , oblige son
intégration totale dans le processus de Contrat de Rivière. L’une des idées maîtresses du CR
étant de générer du développement, principalement grâce au tourisme dans la cas de la
Kadisha, il y aura de rudes négociations avec l’Ordre Maronite qui à plutôt des idées orientées
vers la conservation de la vallée. Conservation qu’il associe plus particulièrement à l’idée
d’interdiction de la fréquentation de la vallée.
Afin de traiter la seconde requête, le choix était alors de mettre en place un projet de gestion
de l’eau s’inspirant du « Contrat de Rivière » sur le bassin versant du Nahr 5 Abou Ali,
principal fleuve de la région Nord.
4
Ce comité réélu il y a dix mois est composé de 3 Maires du Caza de Zghorta, 5 Maires du Caza de Bcharré, le
Patriarcat, 2 prêtres locaux et de 4 ingénieurs de qualifications différentes.
5
Equivalent du fleuve
41
était de démarrer un projet « pilote » d’une démarche s’apparentant au Contrat de Rivière sur
cette partie amont du bassin versant du Nahr Abou Ali.
Le constat sur place est clair, la pollution est « omniprésente » et tous les habitants en
subissent les conséquences. Ces atteintes au cadre de vie influent sur tout un système
économique. La grande quantité de détritus jetés à terre, les engrais et les eaux usées rejetées
sans traitement, polluent l’eau et le paysage. Le résultat en est alors que les populations locales
détruisent le potentiel touristique, altèrent leur productivité agricole et mettent leur vie danger.
Tout ce « problème » ne relève pas, bien entendu, d’un comportement désinvolte, il est
certes lié à un manque de financements et un manque de conscience « environnementale »,
mais il est surtout fortement entretenu par l’inexistence de concertation entre les divers
protagonistes locaux.
42
projets touchant à l’eau puis peut-être à d’autres secteurs. L’objectif est donc bien de
promouvoir le concept de concertation autour du consensus afin qu’il devienne à terme une
habitude commune à tous les « utilisateurs » d’un même cours d’eau. Dès lors, l’EELN,
principal acteur demandeur et initiateur du projet, et les municipalités sont maintenant les
partenaires et interlocuteurs clés de CORAIL pour l’aboutissement de cette démarche.
Les protagonistes français et libanais veulent chercher, dans une finalité commune, à
contribuer au fait que les populations du Caza disposent durablement d’une eau potable de
qualité et en quantité suffisante, à contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des
populations du Caza et pour cela au développement économique de la vallée, à préserver et
valoriser cette vallée connue dans le monde entier pour son patrimoine historique et religieux.
Bien qu’elle paraisse simple et directement applicable, cette démarche importée regorge de
subtilités et doit être adaptée au contexte local et aux contraintes très souvent dissuasives.
Sur le plan économique, il est évident qu’à l’échelle du Liban en général et du Nord Liban
en particulier, les financements manquent. Mais dans un projet d’ampleur quel qu’il soit, les
financements sont souvent une des dernières choses à laquelle il faut penser. Un projet bien
« ficelé » et la démonstration de la motivation des instigateurs sont généralement les clés pour
obtenir, finalement, des financements de la part des bailleurs de fonds.
Malgré tout, il faut bien admettre qu’en terme économique, l’EELN ne peut honorer
facilement ses objectifs et qu’il arrive juste à maintenir l’état actuel des choses. A cela s’ajoute
des complications administratives, l’impossibilité de recruter du personnel oblige l’EELN à
fonctionner avec moins de cinq employés pour un territoire correspondant au quart du Liban.
Dans la Kadisha, les difficultés de mise en place de projets résulteraient dans les multiples
« petits » conflits entre les présidents de municipalités. Le Caza de Bcharré compte pourtant
seulement onze villages dotés de municipalités et donc de onze présidents. Les onze autres
villages, plus petits, sont sous la tutelle des municipalités les plus proches.
Le rassemblement en une Fédération de Municipalités, il y a un peu plus de deux ans, va
dans le sens du partage et de la planification commune des projets. Mais de l’aveu du Président
de la Fédération des Municipalités du Caza de Bcharré, Mr. Naufel C., « il faut faire trois pas
en arrière avant de pouvoir en faire un vers l’avant ». Ceci pour des raisons internes de jeux de
pouvoirs mais aussi et surtout à cause du contrôle trop lourd et trop lent de l’administration
43
centrale qui bloque tout sans raison toujours valable. Le président admet être ravi de sa double
réélection à l’unanimité mais laisse paraître son désarroi quant à la liberté trop restreinte qui lui
est offerte et qui limite l’anticipation et la fluidité dans la gestion du territoire
(L’administration est très méfiante à cause des dérives trop fréquemment observées lorsque la
totale liberté était donnée à certains individus).
La seconde difficulté que l’on doit prendre en compte, c’est la multitude d’acteurs présents
sur un territoire aussi restreint (élus, comités de l’environnement, ordre maronite…).
La vallée appartient à l’Ordre Maronite et le pourtour est parsemé de villages.
L’interrelation qui existe entre ces entités, notamment en terme de tourisme, de qualité des
eaux et de pollution, impose des rapports entre le Patriarcat et les municipalités. Or, la
classification par l’UNESCO 6 en 1998 à l’initiative du Patriarcat a crée des relations
incendiaires avec les municipalités. Aujourd’hui encore les tensions sont vives et constituent
une réelle contrainte pour l’évolution du projet de gestion de l’eau. D’autant plus que chacun
reste campé sur ses positions et ne semble pas être réellement en mesure d’entamer calmement
des discussions constructives. Notons cependant que les municipalités et le patriarcat sont les
membres principaux du comité de protection de la vallée.
Enfin, il y a aussi des freins que l’on pourrait considérer comme étant issus du
comportement et des perceptions individuels libanais. La caractéristique libanaise est que les
individus n’ont pas une conscience soutenue de l’intérêt collectif. En ce sens que chacun tente
de satisfaire ses besoins, certes vitaux, indépendamment des interférences et des impacts que
cette satisfaction personnelle peut engendrer sur les autres. Dans la Kadisha, l’exemple des
rejets de déchets solides dans la rivière et qui affectent beaucoup les exploitants
d’hydroélectricité est éloquent. L’agissement n’est certainement pas fait par malveillance
intentionnelle mais plutôt par ignorance des impacts d’un tel geste.
Cette attitude s’explique, ou du moins est souvent expliquée, comme étant le résultat de
l’inaptitude du peuple libanais à se projeter dans l’avenir et que donc il ne se pose pas de
question sur les conséquences de ses actes sur le futur (sur le plan environnemental). En effet,
beaucoup disent vivre au jour le jour « car demain une nouvelle guerre peut éclater, on ne sais
jamais ». À cela, s’ajoute que les jeunes ont le « rêve » de l’occident en tête. Souvent, ils
espèrent finir rapidement leurs études et partir à l’étranger. Peut-être est-ce une raison du
manque d’attention qu’ils portent à leur pays. Il existe cependant des personnes adorant leur
terre, dans la Kadisha tout au moins, qui croient en un avenir prospère pour le Liban. Ces
personnes donnent beaucoup pour faire évoluer cette lueur d’espoir et attendent énormément
du projet de Contrat de Rivière.
6
Cf. § 3.3.1
44
3.3 Le Contrat de Rivière
C’est dans un but de protection de la richesse culturelle, patrimoniale et environnementale
que la vallée de la Kadisha s’est vue décerner le titre de Patrimoine de l’Humanité. Cette
démarche ne faisant pas l’unanimité il a fallu définir un projet, en l’occurrence un « Contrat de
Rivière », susceptible de rallier et satisfaire tout le monde.
45
- Tyr, ancienne ville phénicienne, inscrite en 1984.
- La vallée de la Kadisha, espace de concentration de lieux de culte et refuge de
nombreuses communautés, inscrite en 1998.
- La Cédraie de Dieu, citée dans les livres saints, ancien lieu de pèlerinage, témoin de la
couverture du Liban par les cèdres, inscrite en 1998.
Cette inscription entraîne des obligations de préservation et de mise en valeur. Certains des
sites classés sont effectivement protégés et valorisés tels que les ruines de Baalbek ou la ville
de Byblos d’autres sont laissés quasiment à l’abandon, c’est le cas de la Vallée de la Kadisha…
Le classement au patrimoine est un titre qui peut être remis en cause en cas de non-respect de
la Convention passée avec l’UNESCO. Cette dernière menace effectivement les municipalités
de la Kadisha de revoir ce classement si la pollution (déchets solides et rejets des eaux usées) et
les constructions n’étaient pas stoppées rapidement. Cette vallée classée au patrimoine mondial
de l’humanité depuis 1998 pour ses ressources patrimoniales et paysagères requiert une
attention particulière notamment pour garder ce statut qui est un atout pour le développement
économique de ce site.
Les préventions et protection préconisées par l’UNESCO sont rarement établies ni
respectées. La vallée de la Kadisha a tous les atouts favorables à un avenir prospère mais le
manque de conscience entraîne des résultats inverses. La volonté des municipalités de la vallée
de profiter de ce classement pour en faire un levier du développement local est contrée par les
instigateurs du classement, l’ordre Maronite, qui espère non pas l’effet inverse mais éviter la
fréquentation du site. Il est donc urgent de trouver des solutions qui pourraient mettre tout le
monde d’accord.
3.3.2 Le Contrat de Rivière : rassembler les acteurs autour des problématiques de l’or
bleu
Démarche contractuelle à l'échelle locale, la procédure tire sa force de sa capacité à
constituer un lieu de débat entre l'ensemble des acteurs du milieu aquatique et à en animer la
réflexion pour aboutir à des objectifs partagés. Mais si la définition des objectifs est essentielle,
46
la mise en place des modalités de fonctionnement propre pour assurer la réalisation l'est tout
autant. Il convient également de bien communiquer sur la gestion de la ressource pour mieux
sensibiliser l'ensemble des usagers à cette nécessité.
Par cette méthode tous les acteurs concernés par l’eau, gestionnaires et pollueurs, sont
mobilisés afin d’opter pour une démarche commune de protection et de gestion de l’eau et
donc des pollutions qui l’affectent. En fin de compte tous les acteurs, du Ministère de l’Eau et
de l’Energie aux usagers, sont concernés et sollicités.
Le Contrat de Rivière se défini comme l’outil de gestion concertée de l’eau entre tous les
acteurs, c’est un outil territorial de gestion de l’eau et de programmation des actions sur une
période donnée. Afin de débuter une telle démarche, le principe est de trouver des élus
déterminés et une structure porteuse fédératrice d’un bassin versant. La suite est basée sur la
mobilisation et la concertation de tous les acteurs locaux, élus, usagers, industriels, agriculteurs
sur un projet commun, la protection de l’eau.
La difficulté réside dans l’adaptation du processus de Contrat de Rivière à un pays comme
le Liban car il n’a pas de réelle expérience en la matière et il est surtout ralenti par de grandes
lacunes en terme de communication et de coopération entre les instances locales et centrales. Il
en résulte que le travail de la part du Liban doit s’orienter vers la prise de conscience de
l’intérêt collectif au dépend de celui individuel. Par conséquent, la question fondamentale
réside dans la méthode à adopter pour faire évoluer une attitude confortée par trente années de
47
guerre. La gestion de l’eau basée sur le concept du bassin versant est une des adaptions à
entreprendre mais elle n’est pas sans difficultés. Avant de mesurer toutes les contraintes, il est
nécessaire de s’approprier la notion de bassin versant.
Près des trois quarts de ces villages appartiennent au Caza de Bcharré (17 villages et 1
station de villégiature) :
48
- Hasroun - Bane
- Kfarsaroun - Blaouza
- El Dimane-Brissat - Hadchit
- Haret el Qam
Les autres font parties des Cazas de Koura à l’Est (Kousba et Rechdibbine) et de Zghorta au
Nord (Karm Saddé, Seraal, Aarbet Qozhaiya, Edhen, Aintourine, Kfar Sqhab).
Ces trois Cazas limitrophes ont donc des limites administratives sur un même bassin ou sous
bassin versant mais ils sont aussi et surtout de confessions et de bords politiques différents. Et
ce bassin ne fait que 35 km² de superficie. Les divergences s’en ressentent déjà mais lorsqu’il
faudra intégrer les populations du bassin versant dans sa globalité, ce seront musulmans,
chrétiens maronites ou encore grecs orthodoxes qui décideront des objectifs communs en terme
de gestion d’eau.
Effectivement, cette vallée ne constitue pas la totalité du bassin versant de la rivière
Kadisha. La rivière devient le Nahr Abou Ali à l’aval. Il est en réalité le fleuve principal de la
région et du bassin versant. Pour cette raison on devrait parler du bassin versant du Nahr Abou
Ali, qui est bien plus conséquent et porteur de sources de pollutions d’autant plus diverses et
volumineuses qu’elles proviennent de multiples activités (station de villégiature, cultures
maraîchères, industries alimentaires, industries du bois et du papier, production d’huile…). A
cela s’ajoute une forte population (principalement dans la plaine) qui utilise des réseaux et des
traitements d’eaux usées défectueux voir inexistants.
Compte tenu de la superficie du bassin versant du Nahr Abou Ali (env. 400km²) et du
« poids » des populations (>60 000 hab. sans compter Tripoli), il était nécessaire dans un
premier temps de le subdiviser en aux moins deux entités, le bassin versant de la rivière
Kadisha et la plaine de Tripoli et ses alentours.
De cette manière on peut obtenir une meilleure lisibilité du terrain. La vallée de la Kadisha
n’est que la principale partie amont de ce bassin mais pour des facilités d’action nous avons
décidé, sur préconisation du président de l’EELN, prendre la vallée comme projet pilote. Ce
projet sera en suite étendu sur la partie aval puis à tout le Liban s’il fait ses preuves (il durera
quatre ans minimum sur la Kadisha).
Dans le contexte de la Kadisha, la gestion concertée de l’eau doit forcement passer par la
coopération des acteurs principaux que sont les Municipalités du Caza de Bcharré, l’EELN, les
ministères concernés (MEE et ME), Electricité Du Liban et le Patriarcat Maronite. Viennent
ensuite les associations de protections de l’environnement, les agriculteurs et les usagers. Les
49
principaux problèmes auxquels doivent s’attacher les acteurs pour une gestion plus rationnelle
de l’eau sont l’absence d’infrastructures de collecte et de traitement des eaux usées et des
déchets solides domestiques.
La méthode de contrat de rivière serait peut-être une solution pour pallier à tous ces
problèmes, encore faut-il avoir toutes les cartes en mains pour pouvoir optimiser cette option.
Pour cela il faut procéder par étapes successives régulièrement réajustées suivant le contexte
ainsi que les possibilités et compétences offertes par les protagonistes libanais.
Les étapes à suivre débutent par un état des lieux exhaustif du bassin versant pour pouvoir
ensuite définir les problématiques. On définit alors les objectifs et les ordres de priorité puis les
coûts que leur réalisation engendrerait. La recherche de la structure porteuse et le choix
d’un « chargé de mission » sont les étapes suivantes pour rendre opérationnel le calendrier des
actions à entreprendre.
Les phases de travail successives suivantes ont été recommandées par l’Agence :
Afin d’honorer l’étape numéro un de la démarche de Contrat de Rivière nous avons procédé
à l’élaboration d’un état des lieux 7 qui met en évidence les caractéristiques de la vallée, toutes
les atteintes à la ressource eau et les aspects institutionnels qui régissent le domaine de l’eau.
Cette première étape fut retranscrite lors du premier atelier de travail (16 Mai 2006) 8 organisé
7
Cf. § 4.2
8
Cf. Annexe 1 (Discours d’introduction du président de l’EELN pour cet atelier)
50
pour établir les bases du projet et son déroulement entre l’EELN, CORAIL et les municipalités,
premières entités concernées.
Elle a aussi permis de solliciter l’attention sur le besoin impérieux de déterminer une
structure porteuse du projet et de rechercher un chargé de mission.
¾ La structure porteuse
Elle est une entité administrative capable de porter le projet de Contrat de Rivière d’une
manière efficace, de le représenter avec vigueur et de lui donner tous les moyens d’aboutir. Le
Contrat de Rivière est une démarche commune à tous les utilisateurs de l’eau sur un même
bassin versant, il concerne donc toutes les municipalités qui y sont contenues.
La complexité du choix de la structure relève d’une question de choix d’échelle. La
préoccupation étant de satisfaire le maximum d’individus d’un même bassin versant, il semble
naturel de solliciter la structure porteuse dont l’influence recouvre la plus grande superficie
possible. Cependant, la gestion d’une « région » trop grande est difficile à honorer au regard de
l’accroissement et de la multiplication des problèmes d’ordres physiques, techniques,
administratif et confessionnels dans le cas du Liban.
Ainsi, les instances locales sont à privilégier, elles connaissent parfaitement les difficultés
qui les freinent dans leur développement et sont, avec des financements, les acteurs les plus
pertinents pour agir sur le territoire.
Le projet pilote de Contrat de Rivière sur la Kadisha incite finalement à solliciter le soutien
de la Fédération des Municipalités du Caza de Bcharré, non seulement pour des questions
51
d’échelle mais surtout parce que la Fédération constitue la totalité ou presque du sous bassin
versant décrit plus haut.
¾ Le chargé de mission
Sans un chargé de mission, le projet n’est rien. Après avoir posé les premiers jalons de la
démarche, après avoir réglé certains aspects administratifs et rendue intelligible le CR, il faut
passer à l’action. Pour cela, le recrutement et la formation d’une personne qui mènera le projet
de bout en bout doivent être entrepris avec soin et discernement.
Le chargé de mission réalise le projet de Contrat de Rivière. Il a un rôle de coordination, de
gestion et de suivi des études et des actions inscrites au contrat, de communication sur ces
actions et d’animation du contrat. Après la réalisation du projet, il veille au respect des
objectifs du contrat et en assure le bon fonctionnement. Il est l’interlocuteur pour tout projet
sur le périmètre défini dans le contrat.
Communication :
- mettre en œuvre le plan de communication,
- participer, organiser et animer l’information (élus, scolaires, population…).
Pour mener à bien toutes les préconisations précédentes, le chargé de mission doit
répondre à plusieurs compétences tant en terme de management et communication qu’en terme
52
de connaissances techniques transversales (à définir pour le cas du Liban) et de connaissances
techniques spécifiques aux milieux aquatiques (lois sur l’eau, écosystèmes, acteurs de l’eau…).
- de concevoir et mettre en place une organisation sur laquelle nous pourrions nous
appuyer pour développer des campagnes de sensibilisation scolaires à la préservation de
la nature en général et de l’environnement de la vallée en particulier.
La mission du stagiaire dans une mission telle qu’elle apparaît ici a deux composantes. La
première relève d’une démarche officielle de recueil de données basées sur des chiffres, des
réalités et des faits tangibles et observables. Elle se caractérise aussi, sur le plan opérationnel,
de quelques actions ponctuelles nécessaires à la poursuite du projet de Contrat de Rivière. La
seconde est plutôt d’ordre officieux, c’est-à-dire issue de perceptions, d’anecdotes relevées sur
le terrain, de l’observation du degré de sensibilité des individus aux questions
environnementales, du niveau de motivation à agir sur leur cadre de vie…
Dans un premier temps, la mission nous a amener à parfaire notre connaissance du terrain
par une démarche auprès des Ministères (ME et MEE), des Etablissements des Eaux, de
professeurs d’hydrogéologie et d’acteurs opérationnels sur la Kadisha ainsi que par la création
d’un corpus bibliographique. Dans un second temps, nous avons organisé une journée de
53
ramassage des déchets et démontré l’importance de la sensibilisation auprès des populations.
Enfin, les trois mois de totale immersion nous permettent de donner quelques orientations
quant à l’attitude à adopter pour poursuivre le Projet de CR.
Avant la guerre, cette vallée était non seulement l’objet d’un tourisme important (tourisme
religieux et station de ski), mais également le lieu de résidence estivale de tous les habitants
aisés de Tripoli fuyant les fortes chaleurs côtières. Ces deux formes de « tourisme » ont été
totalement annihilées par la guerre.
54
4.2.1 Aspects socio-économiques
Le Caza de Bcharré est l’entité administrative la plus étendue sur la vallée de la Kadisha.
En effet, il couvre plus des 3/4 de la superficie du bassin versant défini plus haut. Il rassemble
22 villages disséminés pour la majeure partie le long des falaises qui délimitent la vallée. La
population du Caza est approximativement composée de 20 000 âmes résidentes permanentes
et de la même proportion d’habitants vivants à l’étranger.
Pendant les périodes estivales, le nombre d’habitants du Caza fait plus que doubler et peut
atteindre les 50 000 personnes. Cependant, toute la population ne vit pas sur le bassin versant,
six villages (5 000 habitants environ) surplombent le Caza de Koura vers l’Ouest et ne sont
donc pas comptabilisés comme appartenant au bassin versant. Ce point sera à éclaircir pour
savoir si le Contrat de Rivière s’en tient à la définition stricto sensu du bassin ou si ces villages
peuvent être intégrés à la démarche.
Dans la vallée et donc sur le bassin versant de la Kadisha s’ajoutent à la population du Caza
de Bcharré, les populations des villages du Caza de Zghorta et de Koura. Ainsi, le nombre
d’habitants sur tout le bassin versant de la rivière Kadisha atteint facilement les 60 000
individus lors des périodes de vacances notamment celles d’été. Le village de Edhen, l’un des
trois plus important du bassin, est très particulier du fait qu’il est une sorte de maison
secondaire de la ville de Zghorta située dans la plaine côtière. En clair, le village est déserté
pendant la semaine et bondé les week-ends d’été et pendant les vacances. Il en résulte une
difficulté d’évaluation du nombre d’habitants au regard du rythme des fluctuations.
La distribution de la population active au sein du Caza de Bcharré peut être divisée en trois
groupes, les travailleurs rémunérés (34,1%), ceux non rémunérés en devise (26,5%) et les non
travailleurs (enfants, étudiants et chômeurs) qui représentent 39,4% de la population totale.
Parmi les 34,1% de la population qui gagne un salaire, on compte 43,5% d’agriculteurs, 37,9%
d’employés dans le secteur du tourisme principalement, 11,9% de commerces (55 petit
détaillants au total) et enfin 7,3% de personnes qui travaillent « occasionnellement ».
L’agriculture représente 60% des activités économiques de la région dont 40%
correspondent à la culture de pommes, les manufactures (principalement la literie) constituent
8,9% des activités locales et l’industrie en rapport à la construction équivaut à 31,8%
(Sources : JICA).
55
C’est donc pour des activités touristiques que la vallée est intéressante et c’est autour de
cela qu’elle s’organise. Du fond de la vallée aux sommets des montagnes la région attire les
populations libanaises et étrangères. Parmi les activités culturelles priorisées se distingue la
visite des nombreux couvents et ermitages vieux de dix siècles que l’on observe « accrochés »
dans des falaises majestueuses. Aujourd’hui quelques uns d’entre eux sont encore habités.
Le tourisme se concentre aussi autour des activités récréatives de montagne aussi bien
hivernales qu’estivales. Celles-ci se attirent de plus en plus mais ne constituent pas encore
l’attraction prioritaire de la vallée.
L’hiver régulièrement très neigeux offre aux amateurs de ski des opportunités dignes des
grandes chaînes Alpines. Les infrastructures (remontes pentes) sont certes minimes mais elles
sont récentes et en voie de développement. Le site, un cirque grandiose, présente les meilleures
conditions imaginables pour l’implantation d’une station d’hiver de grande ampleur. Une étude
est en cours pour la réalisation de cette opportunité choquante pour certains mais appréciée par
la plupart.
En période estivale, les randonnées sont la principale activité de montagne, les hauts
sommets (2300 en moyenne) offrent des panoramas sur la mer à l’Ouest et sur la plaine de la
Bekka à l’Est sur fond de limite entre la Syrie et le Liban, la chaîne montagneuse de l’Anti-
Liban. Les autres activités de plein air sont le parapente, les randonnées en moto et quatre
roues ou encore l’incontournable forêt des Cèdres qui demeure l’attraction far de la vallée, elle
concentre les plus vieux Cèdres du monde parfois âgés de 3000 ans. Les amateurs de botanique
découvriront, ici, un large panel de fleurs endémiques.
56
Vallée de la Kadisha Cirque de la forêt des Cèdres
Photo 6
La difficulté pour le secteur du tourisme de cette vallée relève aussi du fait qu’il n’est pas
continu entre les saisons. Le tourisme a lieu pendant les vacances et les week-ends, pour le ski
l’hiver et les randonnées l’été, mais entre ces deux saisons il n’y presque pas de touristes.
L’enjeu est de diversifier les activités afin d’arriver à attirer les populations tout au long de
l’année.
57
Tableau 1 : Estimation de la fréquentation touristique annuelle dans le Caza de Bcharré
153 38
Visiteurs/jours à à
220 55
380 95
Visiteurs/week-ends à à
540 135
(Sources : JICA)
En dehors de ces activités florissantes et parfois trop destructrices depuis une dizaine
d’année, la vallée ne concentre que très peu d’activités productives permettant des revenus
intéressants. Seule l’activité agricole peut encore générer des revenus honorables pour les
travailleurs de la région de Bcharré.
Bien que cette vallée soit d’une valeur patrimoniale et paysagère exceptionnelle, les
problèmes chroniques du Liban n’en sont pas plus pris en compte pour préserver ce site.
D’autant plus que l’éloignement et les oppositions politiques ont accentué le phénomène de
délaissement de la part de l’état. Au final, toutes les sources de pollution de l’eau et leurs
impacts dans la vallée de la Kadisha sont les mêmes que partout au Liban.
¾ L’eau
Dans la vallée de la Kadisha il est impératif d’associer l’hydrologie et l’hydrogéologie, de
considérer les eaux de surface et les eaux souterraines. Le réseau hydrographique est ramifié en
Nahrs (cours d’eaux permanents) et Ouadis (cours d’eaux temporaires). Le Nahr Kadisha qui
prend sa source à la grotte Kadisha est rejoint par de nombreux affluents (Ouadis en majorité).
58
Tous ces affluents se caractérisent par un débit relativement soutenu, lié semble t-il à la fonte
des neiges, mais en période d’étiage la majorité finissent par s’assécher.
La région Karstique implique, comme presque partout au Liban, une infiltration des eaux
qui ressortent dans le fond de la vallée privant d’eau les villages qui n’ont pu capter les sources
d’altitude (les villages se situent pour la majorité entre 1400m et 1500m d’alt.). En effet, ces
infiltrations réapparaissent souvent à des hauteurs des niveaux de base (horizons géologiques
imperméables ou la mer).
Si la pollution affecte l’eau de cette région, ci-elle est susceptible de réapparaître très loin
dans le pays. La légende maintien qu’un traçage de l’eau à partir du sommet du Liban aurait
réapparu près de la frontière israélienne à quelques centaines de kilomètre plus au Sud. Cette
légende depuis longtemps mise en doute ne remet pas en cause le fait que l’eau qui s’infiltre
dans les montagnes libanaises ressort très rapidement dans la mer quelques 40km plus loin.
Une étude actuelle essaye de mettre en évidence qu’une source partirait de la Kadisha pour
réapparaître à Chekka (ville littorale) sous forme d’une résurgence sous marine. Cette anecdote
veut simplement montrer l’interrelation forte qu’il y a entre les usagers de l’eau sur un
territoire tout entier
Dans le Caza de Bcharré on compte sept villages qui n’ont pas d’eau provenant des réseaux
d’adduction. Quatre sont reliés à des sources et sept autres sont reliés au réseau « légal », ils
sont donc les seuls soumis à une tarification de l’eau. Tous les réseaux datent de 1950, faute de
moyens ils n’ont été partiellement rénovés que 45ans plus tard entre 1995 et 1998. Outre les
nombreuses fuites, les coupures d’eau dans la majorité des villages du plateau qui bordent la
vallée de la Kadisha sont liées aux besoins d’irrigation et à la monopolisation de l’eau vers
d’autres lieux. En effet, certains villages de la vallée Kadisha sont soumis à des restrictions
d’eau en été comme en hiver et les coupures peuvent parfois durer plus de douze heures.
Un des problèmes majeur en ce qui concerne l’économie de l’eau est la manière dont l’eau
est acheminée aux maisons ou aux terrains agricoles. Beaucoup de petits tuyaux collectent
l’eau en de multiples sources. Tous ces tuyaux comportent des fuites plus ou moins grosses ce
qui entraîne une perte d’eau colossale.
59
Une collecte et une dispersion plus réfléchie pourraient générer des économies importantes.
À ces fuites, s’ajoute un comportement classique des régions montagnardes à savoir que les
habitants laisse couler l’eau en permanence l’hiver pour éviter que le gel ne casse les
canalisations.
Enfin, l’eau est délivrée selon une tarification forfaitaire calculée sur l’année et pour
1m³/jour/maison. C’est une des causes du manque de conscience quand à l’importance de
l’économie de l’eau. En été, il semble que la majorité des personnes laisse les robinets ouverts
afin que l’eau reste toujours fraîche. Cette tarification s’élevait jusqu’à cette année à 68
000LL/an dans le Caza de Bcharré, entre 55% à 65% des personnes raccordées au réseau
payaient leurs factures en 2005.
En 2006, la tarification de l’eau est devenue unique au Liban est équivaut à 210 000 LL/an.
Ce nouveau prix de l’eau incite beaucoup de monde à ne pas et ne plus payer l’eau, surtout
dans les zones où l’eau n’était pas chère. A Bcharré, le prix de l’eau a plus que triplé alors qu’à
Koura il n’a même pas doublé. Effectivement, les Cazas de Koura et de Zgharta situés sur la
partie la plus aval du bassin versant payaient respectivement 158 000 LL/an et 166
000LL/an et 75% des abonnés honorent leurs factures d’eau.
En réalité tous les villageois du Caza de Bcharré ne paient pas uniformément leur eau.
Bcharré 20
Hadchit 40
Beka Kafra 20
Bazaoun 80
Hasroun 70
Hadath El Joubbeh 60
Qnat 70
(Données de l’office de l’eau de Bcharré, 2006)
Au total, 3 776 maisons s’alimentent avec 4 433 m³/j sur le réseau municipal du Caza. Afin
d’alimenter tous ces villages il existe de nombreuses sources répertoriées avec leurs
caractéristiques hydrodynamiques dans « Etude de faisabilité pour la réhabilitation et la
modernisation de l’irrigation au Liban, Bcharré et les alentours, CDR et Ministère de l’eau et
de l’énergie, 1997». Les deux principales sources de la vallée sont situées prés de Bcharré,
quelques centaines de mètres en amont. Le débit de la source Kadisha (Nabaa Qadisha) est de
57 830m³/jour en Juin, 37 056m³ en Juillet et 29 305m³ en Août. Celui de la source St Simon
60
(Nabaa Mar Semaane) est respectivement 8 307m³/jour, 4 128m³ et 3 653m³ (Mesures de
Jouzy & Haskoning, 1996).
Logements m³/j
Bcharré 1239 1774
Hadchit 568 595
Beka Kafra 293 299
Bazaoun 208 214
Hasroun 638 725
Hadath El Joubbeh 609 625
Qnat 221 228
(Données de l’office de l’eau de Bcharré, 2006)
En 1997, le bureau technique pour le développement a produit une étude et des plans pour
l’adduction d’eau potable et l’évacuation des eaux usées sur tout le territoire du Caza de
Bcharré, soit les onze municipalités. Ces plans ont été élaborés pour le compte du Ministère de
l’Hydraulique et de l’Energie (MHE) mais ils n’ont jamais été mis en œuvre sur le terrain.
La qualité de l’eau des sources du Caza de Bcharré est mesurée régulièrement à la fontaine
centrale du village de Bcharré et à la source Kadisha mais des relevés d’eau à différents lieux
tout au long de la rivière datent de 2003 (Cf. Etude pour le développement touristique de la
Japan International Coopération Agency (JICA), volume 2 (Master Plan Report), Annexes 30
à 40, 2003). Tous ces résultats ne semblent pas alarmants malgré l’intense pollution provenant
des villages et surtout des hôtels de la station de villégiature situés à quelques dizaines de
mètres juste à l’aplomb. De nombreuses études sur la qualité de l’eau sont indispensables ne
serait-ce que pour avertir les personnes locales et le gouvernement qu’une pollution existe
probablement. Il parait improbable que l’eau soit de bonne qualité dans la plupart des sources
et cours d’eau aux vues de la géologie locale et de la nature et quantité de la pollution qui
pénètre les eaux de surface et certainement celles souterraines. Cependant, la région est très
certainement favorisée et épargnée par rapport à de nombreuses autres zones du Liban. Dans la
61
vallée, il n’existe pas d’industries polluantes, l’eau est relativement abondante hiver comme été
et les quelques pollutions émises quittent probablement la vallée pour gagner les zones côtières
planes où elles s’accumulent.
¾ L’urbanisation
Les 6 892 maisons individuelles du Caza de Bcharré constituent une bande urbanisée
continue le long d’une route de 30 km environ (Etude de faisabilité pour la réhabilitation et la
modernisation de l’irrigation au Liban, Bcharré et les alentours, CDR et Ministère de l’Eau et
de l’Energie 1998, p.140)
L’urbanisation se développe de plus en plus haut sur les flancs des montagnes et de plus en
plus près des falaises qui surplombent la vallée de la Kadisha. Le caractère attractif, sur le plan
touristique du terme, de la Kadisha s’est fait aussi sur les atouts esthétiques des constructions et
sur l’aspect rural des villages. Ces deux remarques ont de moins en moins lieu d’être du fait du
manque de précaution à l’égard de l’aspect visuel. Les constructions d’antan restaient
concentrées et possédaient des toits rouges qui offraient un caractère typique de la vallée.
Aujourd’hui elles sont parfois des vestiges de la guerre mais la plupart ne sont que des
bâtiments inachevés. Bien que les financements sont une cause du non achèvement, il réside
une culture propre de l’esthétisme. La majorité des habitants du Liban et de la vallée ne sont
pas forcement « choqués » du caractère non fini de leur demeure, à cela s’ajoutent que les
préoccupations sont autres et que les salaires sont affectés à d’autres choses prioritaires.
62
mesure de précaution. La géologie très faillée et la pédologie très inefficace en terme
d’autoépuration des eaux usées sont deux choses qui facilitent l’écoulement souterrain d’eau
polluée. Ainsi, une eau polluée en montagne se retrouve très rapidement dans la mer.
Finalement, ces contraintes visuelles ou de santé publique ne sont qu’une infime partie des
difficultés auxquelles les municipalités seront confrontées lorsque des infrastructures pour
l’épuration des eaux seront construites. En effet, la mise en place des réseaux d’égouts coûtera
bien plus chère que si elles avait été faites en même temps que la construction.
Finalement, il semble essentiel, non pas de contredire ce plan, mais de pointer les risques
qui pourraient affecter l’espace montagnard très fragile, de faire pendre conscience de ces
63
risques aux protagonistes de la démarche afin qu’ils intègrent, dans leur plan, les données sur
l’eau. D’autant plus que depuis quelques mois un état du « golfe », Dubaï, envisage d’investir
500 millions de dollars pour un projet touristique dans tout le cirque des Cèdres. Cet
investissement semble n’être qu’une petite partie de ce que Dubaï sera en mesure d’investir
ensuite. Le projet consistera en un développement d’activités touristiques diversifiées devant
être attractives toute l’année. Pour ce faire, toute sorte de loisir est envisagé : centre équestre,
golf…
Un tel projet, s’il abouti, serait certainement une opportunité pour le développement
économique de la vallée mais sans un plan global et une concertation de tous les « locaux », il
semble peu probable qu’il ne s’accompagnent pas de conséquences dramatiques pour
l’environnement en premier lieu et pour l’économique et le social de la vallée ensuite.
L’agriculture anciennement rémunératrice est mise à mal, soit à cause de la concurrence des
grandes industries agricoles du littorale, soit à cause d’une mauvaise gestion dans les cultures
notamment la gestion de l’eau et des engrais.
Une des causes de ce déclin relatif provient de la démarche des agriculteurs. Ils utilisent une
quantité excessive et irraisonnée d’engrais chimiques, pesticides, herbicides et fongicides
(principalement des substances organochlorées). L’utilisation de ces produits limite alors
beaucoup l’exportation des fruits et légumes car seuls les pays « pauvres » qui n’ont pas
64
développés de normes répressives les achètent. Ainsi la vallée et le Liban perdent de grands
marchés avec les pays « riches » du golfe.
L’importante source de pollution que représente l’agriculture de la vallée est liée à la
concentration conséquente des produits utilisés. Sous l’incitation presque forcée des grandes
industries qui fabriquent tous ces engrais et pesticides, les agriculteurs achètent beaucoup de
produits sans vraiment savoir ce qu’ils achètent. Parfois ils utilisent deux fois le même agent
actif en pensant répandre deux produits différents. De plus, ils traitent de manière aléatoire les
cultures en multipliant 4 à 7 fois les pulvérisations et l’amendement de la terre sans réelle
nécessité. Il semble cependant que la condition de la région de Bcharré est bien raisonnable
par rapport à des régions telles que la Bekka où la culture maraîchère est généralisée. Il faut
noter que les entreprises productrices d’engrais semblent avoir un pouvoir très important.
Sous l’oppression Syrienne et de leurs firmes agrochimiques, les agriculteurs ont été habitués
à surconsommer tous ces produits « imposés » (Sources : Ingénieur agronome de
Worldvision).
Depuis, l’habitude de la modération est difficile à acquérir. Il semble important de se
concentrer sur une modification des pratiques d’amendement des terres et d’entretien chimique
des plantations pour parvenir à un mode de culture rationnel et raisonné. Sur place,
l’organisation internationale « Worlvision » financée par « l’église » américaine et canadienne
en partenariat avec USAID travaille déjà à ce changement de comportement vis-à-vis des
engrais. Cette organisation développe l’agriculture biologique à Bcharré, aide les agriculteurs
locaux à modifier leurs pratiques d’utilisation des engrais, accueille des enfants pour les initier
aux vertus du biologique, diffuse les produits biologiques locaux, aide et finances parfois les
associations locales de préservation de l’environnement.
L’irrigation et la pollution par les engrais sont les principales composantes qui agissent
directement sur la dynamique, la quantité et la qualité de l’eau des cours d’eau de la vallée. Il
va de soit que la réduction des pollutions liée à l’agriculture doit être endiguée mais il faut
aussi se concentrer sur les modalités d’irrigation.
La conservation généralisée des canaux datant de la période Ottomane permet aujourd’hui
encore d’irriguer les terres. Ces réseaux de canaux sont efficaces en terme d’arrosage mais
engendrent un gaspillage certain. La modernisation jouant, certains agriculteurs se sont munis
de tuyaux en « plastique » voir de goutte à goutte pour irriguer localement. Mais ces dernières
techniques sont encore très peu usitées.
Il existe cependant des gardiens de l’eau qui décident des priorités d’arrosage et des
quantités allouées afin de rationaliser la distribution de l’eau.
65
¾ Les stations essences
Elles doivent faire l’objet d’une attention particulière car elles sont très polluantes.
Principalement du fait qu’elles soient aussi des garages automobiles. La gestion des huiles de
vidange est rationalisée à Bcharré depuis environ 6 ans. Le Comité de Sauvegarde de
l’Environnement de Bcharré (CSEB, Dr. Youssef T.) avait pris en charge la collecte des huiles
des stations et des particuliers (l’armée est autonome) pour ensuite les acheminer vers la seule
usine de traitement située à Chekka. L’achat (≈15$ le baril de 200litres) et la collecte étaient en
partie financés par la municipalité. Depuis un an environ le comité ne s’occupe plus de cette
activité. Le prix du fuel domestique augmentant, les usines du Liban ont commencé à faire
fonctionner leurs machines avec l’huile de vidange. Ainsi, les gérants de stations essences et
les particuliers peuvent vendre leurs huiles beaucoup plus chères aux usines. Ce sont les usines
qui les collectent elles-mêmes.
Cependant, la plupart des stations essence pratiquent des vidanges peu soignées et répandent
au sol une quantité relativement importante de liquides sans en connaître les conséquences.
Pour permettre aux intéressés d’exploiter au mieux les possibilités offertes par cet appel à
manifestation d’intérêt, une campagne nationale d’information a été organisée en janvier 2004.
Elle avait pour objectifs de sensibiliser les élus municipaux sur les différents systèmes de
66
gestion des déchets solides, les options techniques disponibles et leurs avantages et
inconvénients, les normes et règlements à respecter, les contraintes financières, etc.
Cependant, il n’y a pas eu beaucoup de suites, parfois à cause du changement des
municipalités en 2004, ce qui fut le cas dans la vallée de la Kadisha. Certains Maires n’étaient
pas même au courant de ces démarches initiées par ARAL.
Dans la Caza de Bcharré, certaines municipalités collectent les déchets et les envoient vers
les décharges de Tripoli et de Chekka sur la façade maritime. Mais le coût d’une telle opération
représente une somme non négligeable pour les municipalités libanaises. Bcharré est une des
rares municipalités à évacuer ses ordures vers la décharge de Chekka. Cette opération coûte, à
elle seule, la somme de 1 500 000LL/mois (environ 1 000€). Pour des raisons économiques, les
autres municipalités déversent les déchets dans la vallée, parfois même directement dans la
rivière, ou les brûlent à ciel ouvert. Non seulement, ces déchets polluent directement l’eau, soit
parce qu’ils gagnent le lit de la rivière dans sa totalité par flottaison, soit parce qu’ils rejettent
du lixiviat 9 qui regagne l’eau et en pollue une quantité énorme.
Lorsque l’on brûle les déchets, solution interdite en France depuis longtemps, il faut les
incinérer à très haute température pour minimiser les risques de pollution mais surtout ceux de
toxicité. En effet, des déchets brûlés à même le sol à des températures basses (600 à 800°c)
produisent des particules très nocives qui s’envolent et retombent lentement sur de grandes
superficies. Elles sont alors inhalées ou se mêlent à la terre pour repartir dans le cycle de l’eau.
Inodores et invisibles, ces particules ne produisent pas de maladie à court terme mais affectent
grièvement les individus avec le temps. Et la « tradition » de brûler les déchets persiste depuis
bien longtemps…
Aussi les carcasses provenant des abattoirs sont déposées sur les flancs de la montagne près
des villages et des cours d’eau. Il n’existe pas au Liban de structures en charge de ce domaine.
9
Liquide ou « jus » provenant des déchets, il est extrêmement polluant et nocif pour l’homme comme pour
le monde animal et végétal.
67
Toutes ces carcasses sont traitées sur place de façon rudimentaire avec de la chaux ou des
bactéries.
Un projet avait quasiment abouti en 2004, le village de Tourza situé dans la partie la plus
aval de la vallée de la Kadisha possédait un terrain sur lequel tout était prés pour traiter les
déchets de la fédération de municipalités de Bcharré, il ne manquait que les machines. Mais
lors du changement de municipalité en 2004, le nouveau maire de Tourza a fait avorter le
projet selon la loi universelle du « je veux bien tant que ce n’est pas chez moi ». Depuis, des
pourparlers ont vu le jour entre la fédération des municipalités du Caza de Bcharré et celle de
Zgharta (ville situé dans la plaine de Tripoli) pour trouver une entente commune de gestion des
déchets. Il n’y a pour le moment aucune concrétisation du fait des conditions financières et
peut-être aussi politiques. Il est bien difficile à ce jour de pronostiquer une quelconque solution
rapide pour endiguer ce secteur défaillant.
L’Etat à céder la collecte des déchets à des opérateurs privés dans les plus grandes villes
(Sukleen à Beyrouth) mais ne peut assurer la gestion dans les régions reculées. Peut-être serait-
il utile de commencer par des alternatives telles que le tri des déchets organiques et ceux
inorganiques, enterrer les uns, brûler certains autres et évacuer le reste. Mais la situation
semble bien difficile malgré les efforts des comités locaux de protection de l’environnement.
Bien que les municipalités locales ne s’opposent pas directement à ces comités elles ne
semblent pas pour autant favoriser ou au moins soutenir véritablement leurs actions. (Le simple
tri du métal, matériau encombrant, faciliterait le travail des « récupérateurs » qui vont vendre le
métal après une journée à le trier dans les décharges. L’activité n’est pas légale mais
finalement très efficace et utile. Toutes les alternatives devraient être prises en compte pour
améliorer la situation). A cela, s’ajoute l’inconscience des individus locaux ou étrangers qui
jettent leurs déchets à même le sol.
La sensibilisation est une des composantes clé d’un projet de gestion des déchets. Dans la
vallée de la Kadisha, nous avons su mettre en place une journée de ramassage des déchets en
collaboration avec les municipalités et les écoles locales. Cette journée très favorable à permis
de démontrer aux yeux des maires l’importance d’une telle action et surtout de constater
l’engouement de chacun dés lors qu’ils ont été sollicités pour agir sur leur territoire et lieu de
vie. Il est important de se concentrer sur les problèmes environnementaux par le biais de cours
dispensés à l’école. La quasi-totalité des écoles du Caza de Bcharré affirment ne pas s’attarder
sur ces questions.
68
conséquent pour offrir cette opportunité et trop peu d’individus payent leur facture pour que
EDL (Electricité Du Liban) puisse augmenter ses capacités de production.
10
Quantité minimum d’eau qu’il faut laisser circuler pour ne pas perturber la « vie » des cours d’eau.
69
Afin d’éviter ces entraves, la protection et la préservation des conditions environnementales
sont régies par une multitude de lois libanaises susceptibles de « sauver » le territoire si elles
étaient appliquées. Mais en plus de cette non application, ces lois ne sont pas respectées du fait
des carences dans la culture environnementale commune.
11
Toutes les lois libanaises sont sur www.lebaneselaws.org
12
La protection de la vallée de la Kadisha est régie par une liste de loi concernant l’eau, la forêt,
l’environnement, l’urbanisation, les stations de villégiatures, les déchets… Ces lois sont d’ordre général pour
une partie et certaines sont plus spécifiques à la vallée. Par exemple, la vallée de la Qadisha étant sur la liste
des sites naturels selon l’arrêté du Ministère de l’Environnement n°1/151 du 17/10/1997, tout projet de
construction est interdit dans un périmètre de 500m de chaque coté de la rivière Kadisha et toute installation
de carrière et usine est interdite à moins de 1500m.
70
Selon les priorités d’action définies par l’AE RM&C et suite à l’état des lieux constaté sur
place et exposé plus haut, nous avons élaboré une proposition de programme de sensibilisation
aux problèmes des déchets et organisé une sortie sur le terrain afin de d’en collecter le
maximum.
Le principe serait de fonder une équipe qui, rémunérée par la Fédération des municipalités
du Caza, étudierait, organiserait et coordonnerait des actions de sensibilisation de manière
continue dans le temps et sur une période indéfinie. Les actions de sensibilisation à proprement
dites sont à définir. Elles peuvent apparaître sous forme d’affiches (Cf. Annexe 3 et 4)
disposées dans les écoles et les lieux publics, mais aussi sous formes de cours dispensés à
l’école ou bien pendant des « week-end » de classe verte 13 .
Après avoir soumis cette ébauche de programme aux Comités locaux (Comité des Amis des
Cèdres, Comité du Tourisme, Comité pour la Sauvegarde de l’Environnement de Bcharré) à la
quasi-totalité des écoles et aux 11 présidents des municipalités du Caza, nous avons pu
constater l’engouement de chacun pour cette idée. Les plus pessimistes considéraient le projet
comme vital mais difficile à mettre en place surtout pour des raisons de financement, les autres
pensent qu’il faut simplement trouver une personne motrice et obtenir le soutien total des
municipalités, chose faisable.
Finalement, ce programme peut voir le jour à travers la démarche du Contrat de Rivière car
il en est une partie constituante. Il faut certes, mener des actions « techniques » pour la
préservation de l’eau, mais le volet éducatif est inévitable.
71
Une journée de ramassage des déchets était, quant à elle, une des prérogatives initiale émise
par l’AE RM&C pour débuter le projet. Nous avons pu organiser une journée de ramassage des
déchets dans la vallée avec les enfants de tous les villages du Caza de Bcharré avec accord
unanime et l’encouragement de toutes les municipalités de la Fédération.
Pour atteindre cet objectif, il a fallu démarcher au sein des écoles, convaincre les dirigeants
et soumettre l’idée de cette journée à chaque classe afin de comptabiliser le nombre de
participants potentiels. Nous avons pu constater la motivation de chacun à participer au
ramassage des déchets de leur vallée mais nous avons aussi mis en évidence que tous ne
connaissaient pas la nécessité d’une telle action. Le réflexe de jeter les déchets au sol était bien
ancré. Au point même qu’au repas de la mi-journée, après trois heures de ramassage, des
enfants et adolescents jetaient les emballages de leur repas dans la rivière alors que les sacs
poubelles se trouvaient à un mètre devant eux.
Ce comportement nous a offert une bonne opportunité pour dispenser de brèves notions sur
l’environnement et les agressions que l’homme peut lui faire subir. Il a surtout renforcé l’idée
qu’il fallait absolument continuer par une démarche de sensibilisation.
Une journée comme celle-ci ne pouvait avoir lieu sans la participation financière et humaine
offerte par les municipalités. L’encadrement par les policiers locaux, les scouts et certaines
personnes du Comité de Sauvegarde de l’Environnement de Bcharré ont facilité le déroulement
de cette démarche. A l’avenir, ce genre d’action, très efficace, devra être entrepris avec plus de
soin en ce qui concerne la définition des taches et la durée de la collecte. Cette première
programmation a permis de mettre en lueur les difficultés pour conserver une organisation
rationnelle d’un groupe de jeunes dès lors qu’ils ne sont pas occupés de manière continue.
Aussi, aurions nous pu raccourcir le temps d’action à une « longue » demi journée si
l’attribution des taches à accomplir était mieux planifiée. Il en résulterait une meilleure
efficacité du travail et l’enthousiasme individuel serait maintenu jusqu’à la fin de cette courte
période.
Finalement, cette journée serait à réitérer sur ce site commun à tous les villages mais il
faudrait élargir cette action à tout le Caza et surtout arriver à impliquer le soutien spontané de
toutes les Municipalités. Au commencement de l’idée d’une journée de ramassage, les
présidents des municipalités les plus grandes proposaient des services (repas, bus, …) qui
devaient être à la charge de chacun. Leur participation était alors fonction du nombre d’écolier
qu’il pouvait mobiliser. Finalement, le projet commun de ramassage des déchets dans la vallée
sainte a été pris en charge en totalité par la Fédération des municipalités du Caza.
72
Au delà du simple fait que cette mission permet d’éclaircir la lisibilité du terrain et de
débuter quelques actions concrètes, elle permet de positionner une personne supplémentaire
qui relie les différents protagonistes et maintien l’idée du projet d’une manière continue. En
effet, la présence permanente d’un stagiaire sur place est une façon satisfaisante pour répandre
la « rumeur » d’une action provenant des institutions publiques (en l’occurrence l’EELN et les
municipalités). Dans un pays où la confiance en l’état et la communication entre institutions
sont tout à fait relatives, il est important qu’une personne extérieure « favorise » les relations.
Ceci ne veut pas dire que l’on réussit à effacer les tensions entre chacun des acteurs en
organisant un dîner de courtoisie, mais le fait de rapporter, à l’un et à l’autre, les faits et gestes
de chacun permet une mise en confiance et une transparence tangible. Car même si la
coopération décentralisée sous-tend l’idée que ce sont les locaux qui prennent en charge le
projet avec un simple appui de la part du coopérant, il est nécessaire de prouver, par une
présence, la continuité du projet.
Dans le cas du projet Kadisha, les maires ne connaissaient que partiellement l’EELN,
parfois que le nom, et ne soupçonnaient même pas les prérogatives dont il bénéficie. Le projet
de Contrat de Rivière que l’EELN expérimente aujourd’hui et la démarche de coopération dans
laquelle le projet s’inscrit se devaient d’être explicités à chacun et rappelé au fur et à mesure
que les étapes avançaient.
L’élaboration de cet état des lieux et les actions entreprises permettent de déterminer
quelques orientations préalables qui sont peut-être fondamentales pour renforcer les bases
nécessaires au lancement du projet de Contrat de Rivière. Avant de penser aux investissements
les plus pertinents à faire, avant de définir les infrastructures qui seraient les mieux adaptées, il
est indispensable de remédier aux problèmes « simples » et peu coûteux que sont la
sensibilisation, la coordination et la communication.
4.4 Préconisations/orientations
En conclusion d’un travail tel que celui que nous avons accompli, nous sommes en mesure
d’apporter quelques éléments simples et préliminaires à toute action onéreuse. Ces orientations
sont de deux ordres principaux. Les premières portent surtout sur un aspect technique, la
manière de gérer localement les déchets, l’étude approfondie des risques sur l’environnement
lors de délivrance de permis de construire (importance du périmètre de sécurité), l’application
de sanctions pour les pollueurs indélicats, etc. Les autres préconisations sont liées à la
philosophie du Contrat de Rivière qui est de favoriser la communication et la concertation
autour de projets communs sur le bassin versant.
73
L’agence de l’eau a émis, dès le début du projet, des orientations pour les actions habituelles
à mener dans le processus de Contrat de Rivière. Certaines ont été déjà réalisées, d’autres plus
complexes doivent être entreprises :
74
- Multiplier les journées de ramassages avec les enfants.
- Favoriser l’action des Comités pour l’environnement qui tentent d’imposer la pratique du
tri sélectif.
- Déléguer plus de pouvoirs aux gardes de la vallée pour qu’ils puissent faire respecter les
lois environnementales.
- Augmenter le nombre de poubelles et rationaliser leur localisation.
- Sensibiliser les populations à la dégradation de l’environnement par les déchets.
- Interdire les permis de construire s’il n’y a pas de système de traitement des eaux (projet
à l’étude à Bcharré)
75
point, il semble évident que des démarches de concertation de la DGU auprès des présidents
de municipalités seraient légitimes. La contre proposition de la Fédération est une réaction
honorable, démontrant une réelle implication des acteurs locaux, mais elle est faite, semble t-
il, dans un état d’esprit d’opposition et non de construction avec la DGU.
76
Conclusion générale
Le Liban possède une quantité d’eau très importante mais il n’est pas en mesure d’endiguer
le gaspillage et la pollution qui la concerne. Les fuites d’eaux et la mauvaise gestion de la
pollution sont le fruit du défaut de financements et de planifications des projets.
L’inachèvement chronique des projets qu’il faut reprendre ou supprimer génère un cercle
vicieux de l’endettement qui se généralise au Liban et se perpétue encore par la multiplication
des infrastructures jamais utilisées ni utilisables. Le pays concentre une multitude de personnes
qualifiées et un nombre indéfini d’études de toutes sortes mais la déstructuration de
l’administration, le communautarisme et parfois le clientélisme annihilent tous ces potentiels.
De plus, un projet même mené de manière légale et efficace du début à la fin peut péricliter sur
simple défaut d’humeur de la hiérarchie centrale.
77
fédération, les élus sont motivés pour changer le cadre de vie de leurs administrés, les comités
pour l’environnement attendent, tous, le feu vert pour faire part de leurs expériences et les
usagers commencent à faire entendre leur mécontentement. La démarche semble faire
l’unanimité, nous pouvons d’ores déjà féliciter la motivation de chacun à ce stade du projet,
les élus ont fait part de leur détermination et de leur désir de poursuivre immédiatement.
Malheureusement, pour les raisons de conflits entre le Hezbollah et Israël, cet atelier qui
devait avoir lieu en septembre sera reporté à une date ultérieure. Une fois de plus le Liban a
subit les humeurs de la guerre. Cet été 2006 l’a de nouveau contraint à la reconstruction et aux
tensions entres les communautés. L’unité du pays est une fois encore fragmentée. Quelles
seront les nouvelles priorités de l’état ? Quelles seront les affectations prioritaires des
financements ? Quelles devront être les adaptations des projets déjà en cours ?
Dans sa course au développement, le Liban doit demeurer conscient du handicap majeur que
constitue, pour lui, la persistance du conflit du Proche-Orient et l’incertitude quant à un
aboutissement plus ou moins lointain à une paix durable dans la région. Le Liban peut-il
s’engager dans un projet fondé sur l’hypothèse d’une paix durable au Proche-Orient tout en
adaptant ce projet, en première phase, aux contraintes du conflit ?
78
Bibliographie :
- Guide de la coopération décentralisée, Echanges et partenariats internationaux des
collectivités territoriales, Commission Nationale de la Coopération Décentralisation,
2006, 178 p.
- Schéma D’Aménagement du Territoire Libanais (SDATL), 2003, Conseil du
Développement et de la Reconstruction.
- BAROUD Z., 2004, Gouvernance locale et réforme institutionnelle au Liban, Les
municipalités, un outil d’innovation ? 23 p.
- Feasibility studies for the rehabilitation and modernization of small and medium
irrigation schemes in Lebanon, Bcharré region, Council for Development and
Reconstruction, 1997, 141 p.
- GHIOTTI S., 2004, La réforme de la politique de l’eau au Liban, Les enjeux territoriaux
de la réorganisation institutionnelle, 61 p.
- LE BRIS E. (dir.), 2004, Les municipalités dans le champ politique local, Pouvoirs
locaux et décentralisation en période de reconstruction étatique, le cas du Liban, 208 p.
Sites Internet :
79
Annexes
80
Annexe 1 : Introduction du président de l’Etablissement des Eaux du Liban Nord sur
l’opération pilote de protection et valorisation de l’eau dans la vallée Kadisha
A l’OPÉRATION PILOTE
D’APPUI A LA PROTECTION ET LA VALORISATION DES RESSOURCES EN EAU
DE LA VALLEE KADISHA
Forts de vos indications, nous nous étions alors engagés, avec nos partenaires Rhône alpins, à
travailler concrètement, avec votre participation, au développement de ces trois thématiques, et
à la mise en application des résultats de ces travaux.
Le fait que nous soyons réunis aujourd’hui à BECHARREH, montre que vous comme nous,
tenons nos engagements et entrons ensemble dans la phase concrètes de mise en œuvre de nos
travaux communs.
Mais j’irai plus loin, pour vous montrer que nous tenons nos engagements sur les trois
domaines de travail que vous avez sélectionnés lors de la Conférence de Tripoli:
- peut-être certains d’entre vous ont ils participé à l’atelier de travail organisé début avril avec
la Direction de l’Eau du Grand Lyon, concernant l’assainissement. Pour ceux qui n’y étaient
pas, sachez qu’au cours de cet atelier, nous avons commencé à travailler sur la présentation de
solutions alternatives de développement de l’assainissement, qui permettront peut être aux
petites collectivités de commencer se doter d’équipements d’assainissement sans attendre des
financements internationaux qui risqueraient de tarder. Sachez également qu’un deuxième
81
atelier, prévu fin juin ou début juillet, développera cette thématique en travaillant à la mise au
point d’un guide qui permettra aux élus des petites collectivités de définir si ces solutions
alternatives sont applicables et sont avantageuses ou non à leur municipalité.
- Toujours pour répondre à votre demande de fin janvier, nous avons organisé, hier, à Tripoli,
le premier atelier de travail concernant l’instauration d’un dialogue entre les usagers et le
service public de l’eau. Cette journée de travail, nous a permis de comprendre comment les
populations ressentaient et comprenaient les efforts consacrés à l’amélioration du service de
l’eau à Tripoli : ainsi nous pourrons de la manière la plus efficace combler nos lacunes de
communication et améliorer nos relations avec le consommateur. En outre, cette journée de
travail nous a amenés à définir avec les participants, les méthodes et les dispositifs qui nous
permettront d’entrer en contact avec les usagers de l’eau, de les sensibiliser aux logiques qui
justifient nos programmes, mais également de comprendre quelles sont leurs propres priorités
pour pouvoir les prendre en compte dans l’élaboration de nos programmes. Ces dispositifs
expérimentaux seront mis en œuvre dans les plus brefs délais.
- Enfin nous sommes réunis aujourd’hui pour tenir nos engagements et répondre à la troisième
préoccupation que vous nous avez désignée comme prioritaire : la nécessité de protéger et de
valoriser nos ressources en eau.
********************
Puisque vous me faites l’honneur d’entamer cette journée de travail, permettez moi de
commencer par vous faire part d’une réflexion personnelle qui me semble être un fondement
de la démarche que nous démarrons aujourd’hui ensembles.
Il m’apparaît que nous avons tous tendance à penser que si nous ne parvenons pas à améliorer
l’efficacité de nos services aux populations, et notamment la protection de nos ressources en
eau, c’est principalement à cause de l’insuffisance de moyens financiers. Nous invoquons
toujours l’absence de moyens financiers, or je pense que nous nous trompons.
Je ne veux pas dire que la mobilisation de moyens financiers n’est pas nécessaire. Ces
investissements sont indispensables bien entendu ! Mais il m’apparaît qu’ils ne sont pas
forcément suffisants, et que ce n’est pas forcément par là qu’il faut commencer.
Peut être faut-il commencer par agir sur d’autres plans, qui ne nécessitent pas des dépenses
faramineuses, mais qui permettront d’amorcer les solutions à nos problèmes, qui permettront
de préparer le terrain pour faire en sorte que les investissements futurs soient aussi efficaces et
durables que possible.
Nous savons tous que nos ressources en eau sont aujourd’hui en danger.
Nous savons que, chacun pour des raisons différentes, nous avons besoin de cette eau, nous
avons besoin qu’elle soit économisée, nous avons besoin qu’elle soit protégée :
- les populations des villages du Caza ont besoin d’eau potable ;
- les agriculteurs ont besoin d’eau pour irriguer ;
- les hôtels de la station des cèdres ont besoin d’eau pour leurs clients ;
- EDL a besoin d’eau pour faire tourner ses turbines ;
- enfin quel serait l’attrait touristique de la vallée sainte si la rivière qui la rafraîchit était à
sec et son lit jonché d’ordures ?
82
Or quel constat peut on faire ?
On constate que chacun se préoccupe de l’eau sous la forme qui l’intéresse directement, mais
que rares sont les personnes qui se préoccupent de l’eau sous la forme qui intéresse les
autres utilisateurs:
- celui qui a besoin d’eau potable pour la boire est susceptible de jeter ses ordures au fond
de la vallée, sans se rendre compte qu’ainsi il empêche le développement touristique de la
KADISHA ;
- l’agriculteur qui a besoin d’une eau propre pour irriguer ses cultures ne sait pas forcément
que les quantités d’herbicide ou de pesticide qu’il emploie détériorent gravement la qualité de
la ressource en eau qu’il va boire ;
- l’hôtel qui a tellement besoin d’eau potable pour ses clients rejette ses eaux usées sans
traitement dans le sol, abîmant de ce fait, non seulement l’eau qu’il pourrait proposer à ses
clients, mais détériorant également les stalactites de la grotte KADISHA qui justement attirent
ses clients ;
- et peut être que les habitants de la Kadisha préfèreraient disposer d’un peu moins
d’électricité, mais par contre d’un peu plus d’eau dans la rivière qui séduirait ainsi les touristes
et les inciterait à revenir plus souvent, contribuant ainsi au développement économique de la
vallée.
Entendons nous, il n’est pas question pour moi de faire ici le procès de quiconque.
Je suis bien certain que personne n’agit ainsi par malveillance intentionnelle.
Par contre, je pense que nous agissons tous ainsi le plus souvent par ignorance.
Et c’est sur ce point, que je reviens au type d’actions, peu coûteuses mais tellement efficaces,
que nous pourrions développer.
Parce qu’en définitive, que cherchons nous tous ? Je pense qu’on peut déjà se mettre d’accord
sur le fait que tous nous poursuivons trois objectifs complémentaires :
- nous souhaitons tous que les populations du Caza puissent disposer durablement d’une
eau potable de qualité et en quantité suffisante ;
83
- nous souhaitons tous contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des populations du
Caza et pour cela au développement économique de la vallée ;
- enfin nous souhaitons tous préserver et valoriser cette vallée, connue dans le monde
entier pour son patrimoine historique et religieux.
Alors mettons nous tous autour d’une table et commençons à travailler ensembles à la
définition de nos objectifs communs et à la définition d’une démarche qui nous permettra de
les atteindre.
C’est bien sûr facile de le dire et probablement beaucoup moins facile à réaliser.
C’est pour cela que vous, Présidents des Municipalités du Caza de BECHARREH et moi
même, avons fait appel à nos amis français.
Ils vont nous expliquer au cours de la journée, que les mêmes problèmes se posent en France.
Ils vont nous expliquer que pour faire face à ces problèmes liés aux intérêts souvent
contradictoires des utilisateurs de l’eau, ils ont essayé de mettre au point une méthode de
travail qu’ils appellent « contrat de rivière » et qui a déjà donné des résultats probants sur une
centaines de cours d’eau. Ils vous diront, j’en suis sûr, que cette méthode n’est pas parfaite et
qu’elle n’est probablement pas directement applicable, tel quel, au cas de figure libanais. Il
vous proposerons que nous travaillions avec eux à améliorer cette démarche.
Cette méthode du « contrat de rivière » n’est pas parfaite et elle n’est pas directement
applicable au contexte libanais, mais au moins disposerons nous, au travers de l’expérience
qu’ils proposent de partager avec nous, d’une base de travail, d’une sorte de « guide line » à
laquelle nous pourrons nous référer tout au long du travail de concertation que nous réaliserons
ensembles.
Monsieur Bruno R. est le représentant de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, mais je
sais qu’il est également Président d’une Municipalité de la Région lyonnaise, il est donc en
mesure de comprendre vos préoccupations d’élus. Monsieur R., nous présentera cette méthode
au cours de la journée, il nous en expliquera les phases successives, mais également les
difficultés et les contraintes. Monsieur R. est bien placé pour nous accompagner dans la mise
en œuvre d’une telles démarche : il anime des contrats de rivière sur le quart sud-est de la
France depuis bientôt une vingtaine d’années.
Enfin Monsieur Adrian B., détaché à BECHARREH par CORAIL, poursuit depuis deux mois
une mission de collecte de données, une sorte d’état des lieux à partir duquel ont été définies,
avec Monsieur R., différentes actions prioritaires à mener. Il vous fera une synthèse de ses
travaux, vous exposera les actions prioritaires et les efforts déployés pour commencer à les
mettre en œuvre.
84
Sur ces bases, la parole vous reviendra, pour que vous puissiez poser toutes les questions que
vous souhaitez à ces experts qui se sont engagés à nous accompagner et soutenir nos efforts sur
les années qui viennent.
En fin de journée, un débat s’ouvrira, destiné à commencer à bâtir un plan de travail commun
qui nous rapprochera progressivement des objectifs que nous aurons fixés. Dans ce programme
de travail, qui s’étalera probablement sur plusieurs années, chacun aura sa place, chacun pourra
exprimer son point de vue, mais chacun aura aussi sa charge de travail .
Et si nous nous engageons totalement aux côtés de nos amis français, il n’y a aucune raison que
nous ne parvenions pas aux résultats qu’ils obtiennent en France, il n’y a aucune raison pour
que nous ne parvenions pas à atteindre les objectifs communs que nous aurons fixés.
Si nous ne nous dérobons pas à nos engagements, si nous sommes capables de soutenir nos
efforts sur les années qui viennent, nous ferons ensembles un exemple pour le Liban : nous
ferons de la vallée KADISHA un phare auquel pourront se référer les autres régions libanaises.
Enfin, parce que je me suis déjà imprégné de cette démarche qu’ont bien voulu m’expliquer
nos amis français, je sais que si nous l’adoptons, nous saurons, avec leur appui, sélectionner
avec discernement, les investissements les plus pertinents, les procédés et les infrastructures les
mieux adaptées aux spécificités de la KADISHA, nous saurons réaliser les investissements qui
sont indispensables et éviter ceux qui sont peu efficaces. Et j’ai reçu l’assurance que les experts
de la Région Rhône Alpes comme les experts de l’Agence de l’Eau nous renforceront de leurs
conseils pour réaliser les bons choix pour la KADISHA.
Je finirai donc cette introduction en remerciant une fois encore, en votre nom à tous, nos ami
Rhône Alpins pour leur soutien continu et sans faille depuis deux ans, et en souhaitant que
cette collaboration leur soit aussi profitable qu’elle l’est d’ores et déjà pour nous.
Merci à tous de votre attention, et je vous souhaite bon courage pour la suite de cette journée
de travail.
85
Annexe 2 : Proposition de programme de sensibilisation aux problèmes des déchets.
Elaboration :
Charbel Hsein T. : Ingénieur Agronome (Worlvision/Bcharré)
Adrian B. : Stagiaire CORAIL
Avec la participation de :
Aline T. : Comité de Sauvegarde de l’Environnement de Bcharré
Joe R. : Comité de Sauvegarde de l’Environnement de Bcharré
Diffusion :
Les municipalités du Caza de Bcharré par l’intermédiaire du Dr. Georges GEAGEA
(municipalité de Bcharré)
Alain T. (Directeur de CORAIL)
Bruno R. (Chargé de mission Liban, agence de l’eau RM&C)
Joëlle P. (Chargée de mission CORAIL permanente au Liban)
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La pénurie de l’eau annoncée sur la planète impose une réflexion globale sur la protection
et la valorisation de l’or bleu. Gestion et protection de l’eau passent bien sur par l’amélioration
de l’adduction de la source au robinet et par le traitement des eaux usées avant le rejet dans
l’environnement mais aussi et surtout par une sensibilisation des usagers aux impacts des
déchets solides et produits toxiques disposés dans la nature. Il est nécessaire de faire prendre
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conscience aux individus que les rejets de déchets (concentrés ou dispersés), l’utilisation
excessive de produits agricoles (pesticides, engrais…) et ménagers (liquides vaisselle…)
engendrent des conséquences irréversibles et à long terme sur les ressources en eau.
Les sources de pollution de l’eau sont multiples dans le Caza de Bcharré, les eaux usées
non traitées qui sont directement rejetées dans l’environnement naturel, les décharges « non
contrôlées » ou « sauvages » qui polluent l’air et l’eau, les huiles de vidange parfois répandues
sur le sol, les engrais et pesticides agricoles qui saturent le sol et les fruits, les carcasses
d’animaux entassées en plein air et enfin les déchets que les touristes et les populations locales
jettent chaque jour à même le sol.
Il est difficile de changer son propre comportement vis-à-vis de la nature surtout lorsque les
habitudes sont encrées depuis des décennies. C’est pour cela que des actions de sensibilisation
aux problèmes de la pollution sont bien plus efficaces sur les jeunes (enfants et étudiants) que
les adultes.
Dans cette optique, il serait judicieux de développer un programme durable de
sensibilisation tout au long de l’année au sein des écoles en priorité mais aussi des paroisses et
des populations directement.
OBJECTIF GENERAL
Sensibilisation des populations aux effets nocifs de la pollution des déchets solides sur
l’environnement et de l’impact sur le développement local ; aboutir à une prise de conscience
généralisée à tout le Caza ; amélioration concrète de la propreté de la vallée et du Caza dans sa
globalité.
PROPOSITION DE METHODE
Constituer une équipe dirigée par une personne qualifiée qui sera en charge de mener des
activités de sensibilisation dans tout le Caza de Bcharré et ce tout au long de l’année. Une
action unique et ponctuelle serait inefficace voire inutile. Cette équipe aura aussi la tache de
relier les acteurs concernés pour permettre une cohérence et un bon déroulement des
opérations. Le statut de cette équipe doit être éclairci et « institutionnalisé » afin de rendre la
démarche légale et durable dans le temps.
S’entretenir avec certains professeurs de chaque école afin de voir comment ils
pourraient adapter quelques heures de cours aux questions de la préservation de
l’environnement, donc de l’eau. Voir aussi, si les professeurs peuvent aménager la structure de
leurs cours dans le but de proposer des travaux pratiques et des sorties de terrain orientés sur le
thème de la protection de l’environnement et de l’eau.
Actualiser les messages à faire passer par les « églises » selon les démarches
entreprises sur le moment. Pour ce faire, elle contactera régulièrement les évêques, les
prêtres…
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Organiser deux campagnes par an (au minimum) de ramassage des déchets dans le
Caza de Bcharré. Lors de ces campagnes, l’équipe pourrait apporter des notions de bonne
conduite du « citoyen moderne ». Car faire ramasser des déchets doit être accompagné
d’explications de l’utilité et de la nécessité de ce geste. « Ne plus jeter de déchets c’est ne plus
avoir besoin de les ramasser ». Les périodes proposées sont la fin du printemps et le début de
l’automne.
Participer à l’organisation des activités et sorties de terrain suscitées par les écoles. Si
certains professeurs sont motivés pour entreprendre des sorties de terrain avec leurs élèves,
l’équipe peut aider au déroulement de la journée, permettre de réunir plusieurs classes de
différentes écoles, et ce dans une finalité multiple :
- Réduire les coûts de transport
- Sensibiliser le maximum d’enfants
- Permettre aux enfants de se rencontrer (favoriser les échanges
d’expériences et les activités communes, engendrer ou favoriser une réflexion commune sur le
sujet du « civisme » ; une personne qui jette un papier au sol impose aux personnes suivantes la
vue du déchet)
Organiser des mini-conférences dans les écoles des différents villages et peut-être
même des conférences destinées directement aux populations locales.
Elaborer des affiches éducatives rappelant les dangers de rejets de déchets sur la
qualité de l’eau potable.
Municipalités :
- Nommer une personne de la municipalité qui sera l’interlocuteur permanent de l’équipe.
- Soutien juridique, financier et matériel.
Ecoles :
- Favoriser l’intervention de l’équipe (liens entre les professeurs, élèves et équipe).
- Favoriser la diffusion des informations.
- Inciter les professeurs à adapter certains travaux scolaires et certaines heures de cours.
ACTEURS/PARTENAIRES COMPLEMENTAIRES
Comités :
- Comite de sauvegarde de l’environnement de Bcharré
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- Comité des amis de la forêt des Cèdres
- Comité du développement touristique
- Comite de protection de la vallée
- Comité de Gibran
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Annexe 3 et 4 : Exemple d’affiches éducatives proposées aux écoles
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Annexe 5 : Compte rendu de la journée de ramassage des déchets solides dans la vallée de la
KADISHA le 21 Mai 2006
OBJET : Compte rendu de la journée de ramassage des déchets solides dans la vallée
de la KADISHA le 21 Mai 2006.
Afin d’amorcer la mise en place du « contrat de rivière » par une action concrète, Corail à
voulu organiser cette journée de ramassage dans la vallée de la Kadisha. Plus qu’une action
symbolique, cette démarche s’inscrit dans un processus à long terme de protection de la
ressource « eau ». L’organisation, la participation, l’engagement et la motivation de chacun ont
été les clés du bon déroulement de la journée et la preuve de la volonté de chacun d’agir en
faveur de son environnement et de la protection de l’eau.
Le site de la vallée a été choisi pour la valeur patrimoniale et religieuse qu’il représente aux
yeux de chacun des habitants de la région du Caza de Bcharré et parce qu’il est une zone
commune à presque tous les villages du Caza. Ceci met bien en évidence le rôle collectif que
les municipalités ont à jouer dans la mise en place, le soutien et le suivi du « contrat de
rivière ».
Organisation préliminaire:
‐ La réussite de la collecte ne pouvait être totale sans la présence de nombreux jeunes du
Caza. C’est pourquoi il a fallu préalablement démarcher dans les écoles pour connaître la
motivation et le nombre des participants potentiels. Le projet a toujours été très bien accueilli
par les directeurs et directrices des écoles, ils ont montré tout leur enthousiasme et leur
implication en diffusant le programme et en sollicitant les enfants de leurs écoles. Des listes de
noms ont été très rapidement fournies à Corail, facilitant ainsi la suite de l’organisation de ce
dimanche 21 Mai.
‐ La suite s’est déroulée avec les municipalités afin de prévoir et négocier toutes les
modalités de la démarche. Les municipalités ont montré leur engagement et leur motivation en
mobilisant du personnel, du matériel, des pick-up et des bus pour le transport, certains
présidents n’ont pas hésité à se déplacer pour encourager les jeunes bénévoles (Un
remerciement particulier au Muktar de Bcharré et aux Présidents des municipalités de Bcharré,
Bqerqacha et Hadchit présents dans la vallée ce 21 Mai). Les déjeuners (sandwichs, jus de
fruits, fruits…) ont été financés et distribués par les municipalités.
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‐ La Croix Rouge a fait part de ses services dès notre première requête, elle a ainsi
mobilisé un camion dans la vallée.
Déroulement de la journée :
Le départ était prévu à 8h30, à partir de chaque village participant, pour aller au point de
rendez-vous au fond de la vallée. Cinquante jeunes étaient présents, à 9h30 des groupes de 13
personnes ont été formés, le matériel distribué à chaque groupe et les sites à nettoyer attribués
aux 4 groupes. Chaque groupe s’est alors rendu sur les lieux pour commencer la collecte. Les
jeunes ont permis le ramassage d’une quantité importante de déchets le long de la route, de la
rivière et sur les places très fréquentées par les touristes. Le nettoyage des places de « pique-
nique » et des abords de la route à montré son utilité, une réelle différence dans le paysage peut
dés lors être perçue par les promeneurs. Après 3h de ramassage tous les jeunes et le personnel
des municipalités ont déjeuné au bord de la rivière.
L’importance de sensibiliser les jeunes aux problèmes des déchets a pris tout son sens lorsque,
à la fin du repas, des jeunes ont jeté par « réflexe » les papiers de sandwich et les boîtes de jus
de fruit. Pourtant des poubelles étaient devant eux à ce moment là et depuis 3h nous ramassions
les déchets les plus sales. Cette aventure a tout de même eu l’effet positif de pouvoir leur faire
prendre conscience de ce geste absurde.
Après le déjeuner, tous les déchets ont été déversés dans les pick-up de la municipalité de
Bcharré pour être évacués, les jeunes en ont profité pour vider les poubelles de la fédération
des municipalités placées tout le long de la route en terre de la vallée. Même si l’action fut
efficace et utile, il reste des déchets et en particulier dans le lit de la rivière. Des moyens
« professionnels » sont requis pour pouvoir les extraire.
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(Les déchets dans l’un des 2 pick-up mobilisés pour la journée)
Avant de terminer cette journée de ramassage, Joe R. (Ecoclub) a expliquer aux enfants
pourquoi une telle démarche est importante pour les inciter à réfléchir avant de jeter les
déchets dans la nature.
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