morphologie
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Contact : ddoc-theses-contact@univ-lorraine.fr
LIENS
Je tiens à remercier tout d‟abord, Virginie Berland, pour l'intérêt qu'elle a porté à mon
travail, pour le temps qu'elle lui a consacré et pour les précieux conseils qu'elle m‟a
prodigués,
Toutes les personnes qui se sont soumises à cette étude : population témoin et
population aphasique,
Mme Pointreau, Amélie Vignaud et Julie Pomiès pour m‟avoir proposé certains de leurs
patients,
INTRODUCTION ................................................................................................................................ 8
1
A. PHENOMENES DE FLEXION, DERIVATION ET COMPOSITION .......................................................... 22
1. Flexion.................................................................................................................................................... 22
2. Dérivation ............................................................................................................................................... 23
3. Composition ........................................................................................................................................... 25
B. AUTRES TYPES DE MOTS CONSTRUITS .......................................................................................... 27
1. Mot-valise............................................................................................................................................... 27
2. Abréviation ou troncation ....................................................................................................................... 27
3. Réduplication/redoublement ................................................................................................................... 27
4. Siglaison et acronymisation .................................................................................................................... 28
5. Emprunt .................................................................................................................................................. 28
6. Formation hypocoristique et diminutif ................................................................................................... 28
7. Verlan ..................................................................................................................................................... 29
A. DEFINITION .................................................................................................................................. 31
B. DIFFERENTS TYPES DE RELATION................................................................................................. 31
1. Relations intrinsèques............................................................................................................................. 31
2. Relations associatives ............................................................................................................................ 32
ETALONNAGE COMPLEMENTAIRE........................................................................................... 71
A. AGE ............................................................................................................................................. 72
B. SEXE ............................................................................................................................................ 73
C. NIVEAU SOCIOPROFESSIONNEL .................................................................................................... 73
3
D. CRITERES D‟EXCLUSION ET D‟INCLUSION .................................................................................... 74
E. LA PASSATION ............................................................................................................................. 74
5
V. SYNTHESE DES RESULTATS QUALITATIFS ................................................................. 160
VI. LES PATIENTS QUI N’ONT QUE DES TROUBLES EN LANGAGE ELABORE ........... 166
6
IV. INTERETS DE L’ETUDE ..................................................................................................... 180
7
INTRODUCTION
8
Certains patients aphasiques qui saturent les tests de langage classiques, composés
surtout de mots simples, gardent toujours un accès au lexique perturbé avec une réduction
qualitative du langage qui peut s‟avérer gênante sur le plan fonctionnel et social. V. Berland,
en 2007, lors de son mémoire de fin d‟études, est ainsi partie du constat que les protocoles
aphasiologiques qui permettent d‟évaluer l‟accès au lexique, donnent des pistes précises au
thérapeute mais ces tests se révèlent peu sensibles pour apprécier une aphasie modérée ou en
cours d‟évolution. Comment alors évaluer et mettre en évidence ces troubles de manière
quantitative et qualitative ?
Etant donné qu‟il n‟existe pas de test à l‟heure actuelle qui permette l‟évaluation du
lexique de mots complexes, plurimorphémiques, V. Berland a eu l‟idée de créer un test de
morphologie lexicale. Puis elle l‟a étalonné auprès d‟une population de 72 sujets.
Nous avons ainsi repris ce mémoire en augmentant le nombre de personnes saines afin
d‟avoir un étalonnage le plus valide possible. Puis nous avons proposé ce test à 10 patients
aphasiques pour voir quel était, pour chacun d‟eux, leur profil face à une personne saine de
même sexe, même âge et même niveau socio-professionnel.
Nous avons donc sélectionné 5 patients qui saturaient les tests de langage de mots
simples ainsi que 5 autres qui ne les saturaient pas et leur avons proposé ce protocole.
Au préalable, des tests préliminaires leur ont été soumis afin de dégager leur profil
d‟aphasie et leurs éventuels troubles cognitifs associés.
Nous avons essayé de voir si l‟accès aux mots complexes était plus difficile pour les
personnes qui saturaient les tests de langage de mots simples ou au contraire plus simple pour
ceux qui ne saturaient pas les tests. En effet, la construction de ces mots complexes pourrait
être soit une aide à la production et à la compréhension soit une difficulté supplémentaire.
Une partie théorique permettra de mieux comprendre l‟organisation lexicale d‟un point
de vue linguistique et psycholinguistique puis nous évoquerons la morphologie chez l‟enfant
et chez l‟adulte sous ses aspects normaux et pathologiques. Ensuite nous présenterons les
résultats de l‟étalonnage complémentaire, les résultats quantitatifs et qualitatifs de la
population aphasique et dégagerons des réponses face à notre questionnement.
9
MORPHOLOGIE ET LINGUISTIQUE
10
I. Les morphèmes
Selon la théorie de la morphologie basée sur les morphèmes, le morphème est la plus
petite unité minimale de signification segmentale. C‟est une entité linguistique réunissant à la
fois un signifiant et un signifié (une forme et un sens), en-deçà de laquelle il est impossible de
descendre sauf passer à un niveau d‟analyse où ne se rencontrent que des unités dépourvues
de signifiés (les phonèmes). Une autre approche part du principe que les morphèmes ne sont
pas des signes linguistiques, un assemblage de forme et de sens, mais que le signe linguistique
minimal est le mot.
La description d‟un processus de formation lexicale s‟appuie sur l‟identification
préalable des morphèmes constitutifs du mot construit. Cette identification est réalisée à l‟aide
de la procédure de segmentation et du principe de commutation. Ils permettent d‟isoler les
différents morphèmes par une analyse associant sens et forme et de les caractériser selon les
oppositions morphème lexical/morphème grammatical, morphème libre/morphème lié et
morphème flexionnel/morphème dérivationnel tout en leur adjoignant une catégorie
grammaticale. L‟identification de ces unités permet de comprendre des mots que l‟on n‟a
jamais entendus ou de construire des combinaisons lorsqu‟aucun signe n‟est disponible pour
désigner une réalité. Ce sont ces différents morphèmes que nous allons présenter.
1. Morphèmes lexicaux
11
2. Morphèmes grammaticaux
Les morphèmes grammaticaux correspondent aux préfixes et aux suffixes qui s‟ajoutent
à la racine. Parmi eux, on distingue les affixes flexionnels (grammèmes) et dérivationnels
(lexèmes). Ils contribuent à l‟organisation grammaticale de la phrase. Ils forment une liste
limitée et fermée en synchronie car en tant que morphèmes liés, ils ne sont pas susceptibles de
faire l‟objet d‟une création lexicale particulière.
Selon D. Amiot et G. Dal (2009), les grammèmes qui se sont affixés sont
principalement des prépositions et/ou des adverbes et dans une perspective diachronique, les
lexèmes susceptibles de s‟affixer sont le nom, l‟adjectif et le verbe.
Selon B. Fradin (2009), les unités concrètes correspondant aux lexèmes (unités
abstraites), celles qui figurent dans les textes et les discours, sont les mots-formes. Par
exemple, figurent est un mot-forme qui correspond au lexème figurer et indique que ce verbe
est à la troisième personne du pluriel du présent de l‟indicatif. On parlera de mot-forme en
morphologie flexionnelle.
1. Morphèmes liés
Un morphème lié est un morphème qui n‟apparaît jamais isolément et ne peut constituer
par lui-même un énoncé. Un grammème lié regroupe les désinences de nombre, de genre, de
personne et de cas. Dans le mot stupidement par exemple, -ment est un morphème lié (lexème
lié) car on ne peut le trouver qu‟à l‟intérieur d‟un mot.
Pour J. Rey-Debove (1984), un morphème lié a une fréquence dans le lexique, qui est le
nombre de mots dans lequel il figure.
D‟après G. Booij (2009), les morphèmes liés font partie de schèmes morphologiques et
leur contribution au sens n‟est accessible que par le sens de la construction morphologique de
laquelle ils font partie.
12
2. Morphèmes libres
Un morphème libre peut à lui seul constituer un énoncé. C‟est le mot stupide par
exemple. Il existe aussi les grammèmes libres (déterminants, pronoms, adverbes,
conjonctions, prépositions) qui forment ce que l‟on appelle les mots grammaticaux.
1. Morphèmes flexionnels
2. Morphèmes dérivationnels
Les affixes (morphèmes liés) sont quant à eux les marques de la dérivation. Les affixes
dérivationnels permettent de créer par dérivation (par adjonction d‟affixes) des mots
nouveaux selon la place qu‟ils occupent par rapport à la base. Ces sont les préfixes et les
suffixes. Ils peuvent entraîner une recatégorisation grammaticale de la base qui s‟accompagne
d‟une modification des propriétés syntaxiques du dérivé par rapport à celles de la base. Mais
leur apport est surtout d‟ordre sémantique. Les morphèmes dérivationnels ne présentent pas la
prévisibilité de combinaison qu‟offrent les morphèmes flexionnels. Ils servent à former des
mots différents et leur emploi laisse place à l‟arbitraire de l‟usage. Les morphèmes
dérivationnels permettent d‟enrichir le lexique, de construire de nouveaux mots.
13
D. Autres types de morphèmes
1. Morphèmes allomorphes
Les morphèmes allomorphes sont les différentes formes d‟un même morphème réalisées
dans des contextes différents. Ils véhiculent la même information sémantique mais présentent
un signifiant (une forme) qui varie selon l‟environnement.
Selon M. Plénat (2009), ce conditionnement de l‟allomorphie du radical peut être
multiple : par les contraintes universelles, les correspondances morphophonologiques ou
encore par l‟analogie lexicale (chasser/chasseur, chanter/…). Le morphème apparaît comme
une unité abstraite et les allomorphes comme des réalisations effectives de ce morphème dans
un environnement donné. C‟est le cas de salé qui est dérivé du mot sel par exemple (le e
devient a).
2. Morphèmes homonymes
A une même forme peuvent correspondre plusieurs morphèmes qui sont alors
homonymes. Le suffixe -age par exemple peut exprimer un état, une action ou un collectif
(codage) (D. Zemmour, 2004).
1. Racine
La racine est une forme virtuelle qui se réalise sous la forme de divers radicaux.
L‟ensemble des mots fleur, fleurir, floral par exemple a en commun une même racine par
laquelle on peut constituer une famille de mots (famille morphosémantique, paradigme). La
racine, en synchronie, pourrait désigner ce qu‟on appelle le « primitif », c‟est-à-dire le point
de départ, non construit et toujours vivant comme lexème autonome d‟une chaîne de
dérivation.
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2. Base
Sur un plan lexical, la base est le lexème qui sert de point de départ à la dérivation, objet
complexe (forme, sens et catégorie) souvent polysémique et polymorphe selon M. Roché
(2009). Par exemple, tousser est la base de toussoter. La base sert à désigner le morphème
lexical et/ou le mot sur lequel est formé un mot dérivé. C‟est le mot d‟où vient le dérivé.
3. Radical
Selon M. Roché (2009), le radical est une forme particulière que prend la base pour
entrer dans une opération constructionnelle donnée.
H. Huot (2001) indique que le radical peut tout aussi bien être constitut- dans le mot
constitution que constitution dans le mot constitutionnel. Le radical peut disposer d‟une
autonomie lexicale, être un mot à lui seul.
4. Thème
Après avoir appréhendé la notion de morphème, nous allons à présent traiter de cette
partie intégrante de la linguistique : la morphologie.
15
II. Morphologie
A. Définition générale
B. Diachronie et synchronie
16
et non syntaxique, nous nous intéresserons plus particulièrement à la morphologie lexicale
mais nous présenterons ici aussi la morphologie flexionnelle.
C. La morphologie lexicale
l‟importance de travailler sur des corpus étendus, sur des bases de données
extensives comme voie d‟accès au lexique car l‟intuition du locuteur est
insuffisante et souvent trompeuse. Le système phonologique d‟un individu
contient tout le système phonologique d‟une langue et d‟un locuteur à l‟autre, il
y a très peu de variations. En revanche, son lexique mental ne représente qu‟une
partie du lexique. De plus, pour accéder au lexique, le locuteur mobilise la
mémoire mais elle est peu fiable. Quant aux automatismes propres au lexique
construit, il faut s‟en méfier également.
l‟hétérogénéité du lexique. On distingue alors le lexique diachronique et le
lexique synchronique, avec des éléments hérités d‟époques diverses et qui
continuent à fonctionner comme des mots construits dans le lexique.
l‟inadaptation de la notion de règle de construction des mots. On parle plutôt de
« modèles constructionnels » pour classer les mots du lexique.
l‟importance de la dimension paradigmatique dans la formation des
mots construits :
17
Paradigme dérivationnel : c‟est l‟ensemble des mots construits sur une même
base (national, nationaliser, nationalité).
D. La morphologie constructionnelle
1. Définition
2. Trois théories
Pour cet auteur, l‟emploi de la notion de construction est la plus appropriée pour
analyser les patrons de formation des mots.
18
3. Deux approches
Un mot complexe est conçu comme une concaténation de morphèmes. C‟est l‟approche
linguistique post-Bloomfieldienne aux Etats-Unis. Elle est appelée « morphologie
morphématique » car elle considère que le morphème est la plus petite unité son/sens
grammaticalement pertinente.
Elle est appelée « morphologie lexématique » car elle fait l‟hypothèse que l‟unité de
base du lexique est le lexème et elle n‟accorde aucun rôle particulier à la notion de morphème.
Pour G. Booij (2009), les processus morphologiques dans la morphologie
constructionnelle sont décrits comme des constructions au niveau du mot. L‟analyse se fait en
comparant des ensembles de mots. La comparaison de ces ensembles de mots aboutit à l‟idée
que les patrons de morphologie lexicale peuvent être conçus comme des abstractions. Ce
courant de pensée admet que lorsqu‟on apprend une langue, on commence par apprendre des
mots individuels et des formes de mots. Puis petit à petit on se détache des mots concrets
appris et ainsi on peut créer des mots nouveaux et des formes de mots selon des schèmes
abstraits. Cela permet au locuteur d‟être créatif en morphologie lexicale.
Comme de tels schèmes dépendent des relations entre les mots dans le lexique, ce
modèle morphologique a été appelé « modèle en réseau » (Bybee cité par G. Booij, 2009).
Cette approche peut aussi être qualifiée d‟ « abstractive » (Blevins, cité par G. Booij) parce
que la construction de nouveaux mots dépend d‟une abstraction à partir des ensembles de
mots et de formes de mots attestés dans le lexique d‟une langue. Les mots complexes, une
fois créés, seront stockés dans le lexique d‟une langue s‟ils ont des propriétés
idiosyncrasiques (propriétés imprédictibles qui doivent être apprises et mémorisées par le
locuteur) et/ou font l‟objet d‟une conventionnalisation.
19
Les schèmes (structures de données destinées à représenter les concepts génériques
stockés en mémoire) morphologiques ont donc deux fonctions :
Les schèmes sont orientés vers l‟output. Les règles au contraire sont toujours orientées
vers l‟input c‟est-à-dire que l‟on prend un mot de base et que l‟on effectue une opération
morphologique sur ce mot de base. Nous pouvons avoir ainsi des schèmes dans lesquels les
formes des mots de base ne jouent aucun rôle.
Les patrons de formation des mots sont interprétés comme des schèmes constructionnels
qui expriment des généralisations sur des ensembles de mots complexes existants et ils
formulent des instructions pour former de nouveaux mots.
4. Opération constructionnelle
Formelle
Sémantique
Catégorielle
Dissocier ces trois opérations dans l‟analyse est aussi un moyen de rendre compte de
certaines formations complexes qui mobilisent simultanément deux opérations formelles
(rat/dératiser) ou deux opérations sémantiques (vinaigre/vinaigrette : « sauce comportant du
vinaigre » et « sauce facile à réaliser avec des ingrédients bon marché », on ajoute ici une
dimension évaluative).
20
E. La morphologie flexionnelle
1. Motivation relative
21
2. Démotivation
De nombreux mots ont subi pendant leur évolution des changements sémantiques et
référentiels. On ne peut plus les interpréter en analysant leur structure interne. Ils sont donc
démotivés. C‟est le cas des mots simples. Leur construction est arbitraire.
Une étude de J. Rey Debove en 1984 a montré que 80% des mots répertoriés dans le
Robert Méthodique sont morphologiquement complexes, c‟est-à-dire composés au moins de
deux morphèmes. Nous sommes donc amenés à rencontrer régulièrement ces mots
polymorphémiques.
Le français comprend à la fois des mots héréditaires qui proviennent de langues
anciennes (latin, francique, gaulois) et des mots qui ont été empruntés à la fois aux langues
anciennes et modernes et qui ont subi quelques modifications pour s‟adapter au système
français. Ces mots héréditaires et empruntés sont analysés et leurs éléments réemployés dans
de nouvelles combinaisons, selon un certain nombre de procédés de formation, de
construction. C‟est ce qu‟on appelle « les mots construits ». Ce sont des unités lexicales et ils
s‟opposent aux mots simples.
1. Flexion
La flexion consiste à adjoindre à la base (ou radical) d‟un mot, des désinences qui
expriment les fonctions syntaxiques c‟est-à-dire les catégories du genre (substantifs, adjectifs,
pronoms), de la personne, du temps, du mode, de l‟aspect et de la voix (verbes). La catégorie
du nombre est commune à la flexion nominale (déclinaison) et à la flexion verbale
(conjugaison). Elle constitue une série de mots à radical commun et à terminaison variable.
22
Les mots fléchis sont des formes d‟un même mot au sein d‟un paradigme flexionnel. La
flexion possède la caractéristique d‟être systématique et donc prévisible, productive et elle ne
modifie pas la catégorie syntaxique du mot.
2. Dérivation
La dérivation produit au contraire un mot nouveau à partir d‟un seul mot préexistant et
modifie la forme (ajout d‟affixes), le sens (peu systématique) et la catégorie grammaticale du
mot (pas toujours). En effet, au niveau catégoriel, cette dérivation peut être translative
(change la catégorie grammaticale) comme jouer/joueur ou non translative (ne change pas la
catégorie mais apporte une nuance sémantique ou stylistique) comme rêver/rêvasser. La
dérivation construit une unité complexe à partir d‟un morphème libre, la base et d‟un
morphème lié, l‟affixe. La dérivation constitue, comme la flexion, des séries de mots à radical
commun et à terminaison variable. Elle relève de la morphologie lexicale seulement si elle
met en jeu un morphème dérivationnel, c‟est-à-dire un morphème qui entraîne la création
d‟une unité distincte de la base. Dans le domaine de la dérivation, on part du lexique pour
aboutir au lexique.
Dérivation affixale
La dérivation affixale est un procédé qui consiste à former un nouveau mot par l‟ajout
d‟un affixe dérivationnel à une base selon Apothéloz (2002). C‟est ce que l‟on appelle la
dérivation propre. Cette dérivation typique peut être préfixale, suffixale ou parasynthétique.
Préfixation/Suffixation
Parasynthèse
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Dérivation non affixale
La dérivation régressive consiste à obtenir à partir d‟un verbe, une unité nominale plus
courte par suppression de la désinence. L‟identification d‟une dérivation inverse participe
d‟une approche diachronique. Ce n‟est pas une dérivation par affixation mais un fait de
recatégorisation grammaticale de la base. Par exemple somnoler a été créé par suppression
des affixes -ent et -ence des mots somnolent et somnolence.
3. Composition
Définition
25
Composition « ordinaire », « populaire »
Les unités entrant dans la composition ordinaire sont des unités lexicales autonomes
créant une unité complexe de la même catégorie grammaticale (endocentrique) que l‟une des
bases ou d‟une autre catégorie grammaticale (exocentrique). La composition produit une
nouvelle unité lexicale dont le sens, dit non compositionnel, ne se réduit pas simplement à la
somme du sens de chaque morphème. Par exemple, le plus important dans rouge-gorge n‟est
pas la « composition » mais le transfert sémantique qui consiste à dénommer un animal
d‟après une caractéristique physique. Cependant, ce qui est compliqué, c‟est de trouver la
base du mot : est-ce rouge? est-ce gorge?, quel est le lexème à partir duquel on en construit
un autre ? Pour les composés additifs c‟est le même principe, car il est difficile de désigner le
lexème primitif dans le mot porte-fenêtre par exemple (M. Roché, 2009).
Ajoutons que les unités composées peuvent représenter différentes configurations
graphiques. La composition se matérialise par une soudure ou la liaison avec un séparateur,
qu‟il s‟agisse d‟un trait d‟union ou d‟un simple blanc graphique. Ces derniers exposent
l‟analyse à un risque de confusion entre un potentiel mot composé ou une simple association
libre de morphèmes, appelée syntagme, ne relevant pas de la construction morphématique.
Pour atteindre le statut de mot composé, l‟association morphématique étudiée doit avoir subi,
au gré de l‟usage, un certain degré de figement qui lui confère une stabilité dans le système et
avoir démuni ses composants de leur autonomie syntaxique et sémantique. Différentes
manipulations permettent de tester le degré de figement d‟une unité : l‟insertion (chaise très
longue au lieu de chaise longue), la coordination (chaise longue et confortable) et la
commutation (chaise longue différent sémantiquement de chaise haute).
26
Les morphèmes lexicaux constitutifs, appelés interfixes, sont en fait des calques de bases
latines ou grecques, lesquelles, en passant en français ont perdu leur autonomie et ont subi
une modification morphophonologique. Les éléments de composition savante sont liés
comme les affixes et se rapprochent des mots lexicaux et des radicaux par leur sémantisme.
Leur place dans le mot n‟est pas fixe contrairement aux préfixes et aux suffixes.
1. Mot-valise
2. Abréviation ou troncation
L‟abréviation est la réduction d‟un mot par troncation de la fin (apocope) ou du début
(aphérèse). D‟après M.H. Coté (2005), il existe trois types de troncation :
3. Réduplication/redoublement
Le redoublement est la répétition d‟une voyelle, d‟une consonne ou d‟une syllabe d‟un
mot au début de celui-ci. Selon M.H. Coté (2005), les formes rédupliquées en français sont
soit des mots composés, soit des formes onomatopéiques. Par exemple ce sont les mots
27
foufou, baballe. Il existe aussi un cas particulier : « le mot-écho ». Ce sont des mots composés
dans lesquels les deux éléments ne diffèrent que par un phonème : zig-zag, pêle-mêle.
4. Siglaison et acronymisation
Les acronymes sont formés des débuts de deux ou plusieurs mots (sitcom : situation/
comedy). Ce terme est appliqué aussi aux sigles (suite d‟initiales) oralisés comme ONU
prononcé /onu/ avec les lettres de l‟alphabet et aux suites de lettres et syllabes initiales comme
radar (Radio Detecting And Ranging) prononcé comme s‟il constituait un mot. Tous ces
éléments réduits peuvent servir de base à la formation de nouvelles entités lexicales
(cégétiste : CGT).
5. Emprunt
L‟emprunt est l‟intégration à une langue d‟un élément d‟une langue étrangère. Il se pose
alors des problèmes linguistiques tels que :
Selon M.H. Coté (2005), les hypocoristiques sont des diminutifs affectueux, surtout
utilisés pour les prénoms. Leur formation implique la troncation, la réduplication, la
suffixation ou la combinaison des trois. Par exemple Manu pour Emmanuelle.
D‟après W.U. Dressler (2009), les diminutifs français sont des représentants
prototypiques de la dérivation, donc de la formation des mots. Ajoutons que le sens construit
des diminutifs français est seulement morphosémantique et pas morphopragmatique. Les
diminutifs et les hypocoristiques se superposent fréquemment.
28
7. Verlan
Le verlan est une forme d'argot français qui consiste en l'inversion des syllabes d'un
mot, parfois accompagnée d'élision, un type d'apocope, afin d'éviter certaines impossibilités
phonologiques. La formation d'un mot en verlan est essentiellement phonétique. Le verlan
étant une langue orale on peut donc trouver de nombreuses exceptions. Néanmoins, la grande
majorité des formations se décompose en quatre opérations :
Seule l‟inversion est présente dans tous les mots de verlan. Elle est caractéristique de cet
argot. Il peut y avoir également une dérivation du sens et des mots en verlan finissent par
avoir un sens qui leur est propre. Par exemple chanmé qui vient de méchant mais signifie
plutôt « incroyable, vraiment bien ».
29
LEXIQUE ET PSYCHOLINGUISTIQUE
30
Nous allons à présent traiter du lexique sous un aspect psycholinguistique. Cette
discipline utilise les descriptions linguistiques pour émettre des hypothèses sur le
fonctionnement et les représentations mentales mises en jeu dans les activités linguistiques de
production et de réception.
A. Définition
Le lexique interne est l‟ensemble des représentations abstraites que l‟on garde en
mémoire ou l‟ensemble des représentations lexicales (orthographiques, phonologiques,
morphologiques, syntaxiques et/ou sémantiques) à propos des mots connus de sa langue.
C‟est l‟accès à ce lexique interne qui est sollicité lors de l‟identification des mots écrits par la
voie lexicale. Il est également utilisé en modalité auditive mais la démarche est différente.
En effet, face à un mot polymorphémique entendu par exemple, seules les
représentations morphémiques sont activées. En modalité visuelle, les représentations
morphémiques sont activées ainsi que les représentations globales (orthographiques).
L‟organisation des mots polymorphémiques d‟une même famille morphologique diffère donc
entre les lexiques orthographique et phonologique (D. Fabre, 2006).
D‟après H. Giraudo (2005), le lexique interne regroupe les représentations des formes
complexes ainsi que les règles morphologiques.
1. Relations intrinsèques
Nous pouvons donc accéder à notre lexique et le consulter selon différentes sortes
d‟informations linguistiques.
2. Relations associatives
32
II. Le traitement des mots simples
1. Modèle de Forster
Dans ce modèle de 1979 (cité par P. Marquer, 2005), l‟information est traitée de
manière séquentielle par des processus autonomes (lexicaux, syntaxiques puis sémantiques)
qui permettent la reconnaissance d‟un mot. Pour qu‟un lecteur puisse atteindre la
représentation du mot dans le lexique, il doit accéder à un code d‟accès (orthographique ou
phonologique) puis à l‟adresse de ce code.
étape pré-lexicale
Cette première étape consiste en l‟extraction des traits formels pertinents du mot lu,
c‟est-à-dire en l‟extraction des caractéristiques graphiques permettant d‟opposer entre elles les
lettres constitutives d‟un mot.
Après construction, le code du mot est comparé à l‟ensemble des codes contenus dans le
fichier d‟accès orthographique. Le code sélectionné au sein de ce fichier agit dès lors comme
un « pointeur » et permet d‟accéder à l‟information lexicale contenue dans le fichier central.
la vérification post-accès
Dans ce cadre théorique, le lecteur traite une suite de lettres (une forme) et non un mot
(une forme et un sens) afin de déterminer à quel élément de son lexique mental cette suite de
lettres correspond.
33
Schéma 1 : conception modulaire de l'accès au lexique selon Forster
2. Modèle de Morton
Le modèle de Morton (1969, cité par P. Marquer, 2005) est un modèle qui permet de
faire la différence entre identification et production de mots isolés. Il introduit aussi la
possibilité de lire ou répéter des non-mots. Il utilise le principe d‟amorçage pour voir si les
logogènes représentent des mots ou des morphèmes et si les mots parlés et écrits utilisent le
même ensemble de logogènes. Un logogène est un détecteur de mot ou un accumulateur de
données, qui reçoit différents types d‟informations relatives au mot perçu. Il propose un
modèle qui postule l‟existence d‟un lexique mental, correspondant à l‟ensemble des
représentations lexicales disponibles en mémoire à long terme. A l‟intérieur de ce lexique,
chaque mot connu serait associé à un logogène. Si la stimulation est assez forte, le seuil
d‟activation est dépassé et le logogène activé. Le mot est alors reconnu et peut être compris
et/ou prononcé. L‟activation est d‟autant plus facile que le mot est fréquent dans la langue.
34
modèle est dit connexionniste, c'est-à-dire qu'il existe des connexions non seulement entre les
différentes unités mais également à l‟intérieur d‟un même niveau. Les connexions peuvent
être activatrices ou inhibitrices. Ce modèle a une architecture localiste et symbolique c‟est-à-
dire que chaque lettre va être représentée mentalement par une unité ainsi que chaque mot.
Nous distinguons deux types de connexion (qui ont pour but de faire communiquer les unités
entre elles au sein du modèle).
Elles se situent entre les traits et les lettres, les lettres et les mots et entre les mots et les
lettres. Les connexions peuvent être excitatrices, dans ce cas la connexion produit davantage
d'activation de l'unité à laquelle elle est connectée. Nous sommes obligés de passer par la
lettre pour atteindre le mot. Les connexions peuvent être également inhibitrices, dans ce cas la
connexion réduit l'activation de l'unité à laquelle elle est connectée.
Les connexions intra-niveau sont forcément inhibitrices et toujours au sein d'un même
niveau car un seul mot peut être reconnu.
Le jeu des activations/inhibitions se poursuit jusqu'à ce que le mot soit reconnu, jusqu'à
atteindre un seuil d‟identification.
35
Schéma 2 : modèle Interactive Activation de Rumelhart et Mc Clelland
4. Modèle de Marslen-Wilson
Le modèle Cohort (cité par P. Marquer, 2005) permet d‟identifier des mots présentés
auditivement. Il est le premier à introduire la notion de reconnaissance d‟un mot (ou d‟accès
au lexique) comme un processus de sélection progressive parmi un ensemble de candidats
lexicaux possibles. Trois étapes sont alors nécessaires :
Si nous prenons le mot éléphant par exemple, un auditeur sélectionne à l‟aide des
premiers phonèmes du signal acoustique une cohorte de candidats alignés avec les sons
initiaux de ce mot, une cohorte de mots possibles. C‟est à ce moment là que se produit
l‟activation lexicale. Cette cohorte regroupe les unités de reconnaissance correspondant à tous
36
les mots du lexique qui commencent par ces phonèmes. Puis elle se réduit de manière active
et progressive lors de la présentation des phonèmes suivants. /f/ est alors vu comme le point
d‟unicité, le point de reconnaissance du mot éléphant, c'est-à-dire le point où ce mot diffère
de tous les autres mots du français qui commencent par /ele /. C‟est le moment à partir duquel
un mot reste l‟unique candidat à être activé et où le signal acoustique fournit une information
qui permet d‟identifier sans ambiguïté le mot prononcé. Le mot éléphant est donc reconnu
après que l‟on a entendu le /f/ (le 4ème phonème).
Le modèle Cohort apporte une solution au problème de la localisation des frontières
lexicales dans un signal de la parole continue par le biais du processus même d‟accès au
lexique. Il permet d‟identifier un mot avant sa fin acoustique mais on ne sait pas exactement
où se situe cette frontière. Ce modèle apporte en partie une solution à ce problème en
introduisant la notion de « niveau d‟activation » et en faisant appel à la fréquence des mots
pour moduler l‟activation des candidats. Le processus de sélection de la réponse appropriée
prend appui sur la fréquence relative des différents candidats activés et favorise les plus
fréquents. Dans l‟exemple précédent, éléphant est beaucoup plus fréquent que les mots
éléphanteau et éléphantiasis. Ce mot aura donc plus tendance à se maintenir dans la cohorte.
On peut alors envisager que le modèle déclenche l‟activation d‟une cohorte sur le phonème
avant même de pouvoir prédire que c‟est effectivement le bon choix avec 100% de certitude.
B. L‟accès sémantique
La théorie de Collins et Quillian (1969-1970, cité par P. Marquer, 2005) repose sur
l‟idée que le sens des mots est stocké ailleurs que dans son unité lexicale. Cette théorie repose
sur deux principes :
37
bec », « a des ailes », etc. sont classées avec le concept d‟oiseau. Des expériences
indiquent clairement que le temps de réaction augmente avec la distance sémantique,
ce qui reflète une classification hiérarchique en mémoire sémantique pour les
catégories. De même, le temps de réaction augmente pour les propriétés. La phrase
« un canari respire » est plus longue à être jugée vraie que « un canari vole ». Cela
semble indiquer une économie cognitive. A l‟inverse, si la même propriété « vole »
était stockée à la fois au nœud « oiseau » et au nœud « canari », il n‟y aurait pas
d‟augmentation de temps.
La mémoire sémantique est donc vue comme un réseau organisé de concepts. Ainsi la
compréhension se fait selon deux modes :
Nous allons à présent nous intéresser aux mots plurimorphémiques qui est le cœur
même de notre sujet. Quelles bases théoriques sous-tendent leur construction et leur accès ?
Ces auteurs, en 1975, postulent une organisation lexicale sous forme de morphèmes et
non sous forme de mots. C‟est ce qu‟ils nomment : hypothèse dérivationnelle. Elle part du
38
principe que seule la racine du mot morphologiquement complexe possède une entrée lexicale
propre et est donc représentée dans le lexique. Les informations liées à une dérivation
morphologique sont également stockées à l‟intérieur de la représentation lexicale de la racine.
Ainsi les mots qui appartiennent à la même famille morphologique bénéficient d‟une
représentation commune de leur racine dans le lexique, partagent une même entrée dans le
lexique mental. Les morphèmes sont ensuite combinables avec d‟autres.
Cette hypothèse d‟organisation lexicale sous forme morphologique explique notamment
l‟apparition de certaines erreurs de « généralisations » morphologiques produites et qui
résulteraient d‟une combinaison illégale de morphèmes existants (par exemple mangible au
lieu de mangeable) (Elbro et Arnbak, cité par A. Mauren, 2009). La combinaison de la racine
et de l‟affixe n‟est pas représentée dans le lexique interne. L‟entrée racine possède néanmoins
toutes les informations concernant les affixes avec lesquels elle peut se combiner pour donner
lieu à un mot morphologiquement complexe.
Cette hypothèse dérivationnelle conduit à envisager les procédures d‟accès aux mots
morphologiquement complexes comme étant de nature « décompositionnelle ».
39
B. Théorie connexionniste de l‟organisation du lexique mental
Il existe aussi, à l‟inverse, une théorie de l‟accès lexical par le mot. Les mots entiers
enregistrés dans le lexique mental sont inscrits indépendamment des autres dérivés de la
même famille, sans décomposition morphologique. C‟est un modèle non compositionnel.
Les mots peuvent être reconnus sans avoir recours à la morphologie, dans la mesure où
l‟orthographe et la phonologie fournissent assez d‟informations (M. Raveh, 2002).
40
MORPHOLOGIE CHEZ L’ENFANT : ASPECTS
NORMAUX ET PATHOLOGIQUES
41
Peu de recherches se sont intéressées au développement de la morphologie lexicale et
notamment dérivationnelle dans l‟apprentissage de la langue française. En effet, les études
portent principalement sur la langue anglaise et sur l‟acquisition des marques flexionnelles.
De plus, il existe peu d‟études qui traitent de l‟accès lexical des mots
morphologiquement complexes chez l‟adulte mais de nombreuses études traitent du
développement de la morphologie sur les mots complexes chez l‟enfant et notamment en
lecture. Il nous a donc semblé intéressant de développer dans un premier temps une partie sur
la morphologie chez l‟enfant.
La sensibilité morphologique porte sur les connaissances implicites, qui ne sont pas
contrôlées consciemment par le sujet et qu‟il est incapable de verbaliser (N. Marec, 2003).
La conscience morphologique est l‟habileté à réfléchir sur la structure des mots et à la
manipuler explicitement (Carlisle, cité par M. Labelle et C. Roy, 2007).
Ces deux notions facilitent de nombreux domaines que nous allons développer.
2. La compréhension
L‟apprenti lecteur serait susceptible d‟exploiter les informations sémantiques que lui
fournissent les morphèmes. Décomposer le mot en morphèmes l‟aide à comprendre la
signification d‟un mot inconnu (P. Colé et coll, 2004). Carlisle (cité par M. Labelle et C. Roy,
2007) ajoute que c‟est la capacité de dérivation qui contribue le plus à trouver la définition de
mots complexes puisque pour comprendre ces mots, il faut connaître le sens et la fonction des
affixes ainsi que la signification de la base. Pour lui, en CM2, on observe une corrélation
entre le niveau morphologique et le niveau de compréhension écrite. De plus, la connaissance
des suffixes permet notamment de distinguer les verbes des adjectifs, des noms et des
adverbes, ce qui facilite la compréhension de textes.
3. La lecture, le décodage
P. Colé et coll. (2004) ont postulé que les connaissances morphologiques implicites
sollicitées au cours de l‟acquisition du langage oral étaient susceptibles d‟être utilisées par
l‟enfant lors de l‟apprentissage de la lecture. La fréquence des mots dérivés dans les manuels
scolaires pourrait ainsi rapidement conduire l‟apprenti lecteur à développer une analyse
morphologique plus ou moins explicite selon F. Meunier et W.D. Marslen-Wilson (2004).
Par ailleurs, les graphèmes ne ramènent pas systématiquement à une réalité orale. Ils
peuvent correspondre à des lettres muettes, porteuses de marques grammaticales et
43
sémantiques (le d dans le mot grand > grandeur, grandir). C‟est ce qu‟on appelle les
morphogrammes et ils font office d‟indices pour se pencher sur la structure interne des mots.
4. L‟orthographe
La morphologie agit donc à la fois sur la sphère orale mais également sur la sphère
écrite sur le versant expressif et réceptif. Une sensibilité à la morphologie des mots oraux
existe donc avant l‟apprentissage de la lecture et l‟apprentissage de l‟écrit accroît cette
sensibilité puis provoque l‟apparition de connaissances morphologiques conscientes.
L‟analyse morphologique est donc vue comme une stratégie efficace pour reconnaître,
interpréter et retenir la signification des nombreux mots plurimorphémiques de la langue
française étant donné que les formes dérivées représentent une proportion très importante des
nouveaux mots appris par les élèves de primaire.
44
Par exemple, lors d‟une tâche d‟apprentissage lexical, l‟enfant isole du discours le mot
inconnu pour l‟identifier. Puis il identifie le sens potentiel du mot selon l‟appartenance à des
catégories d‟objets, d‟actions ou d‟événements. Il compare alors le sens possible aux formes
linguistiques préalablement identifiées. Au départ, sa comparaison s‟élabore en fonction du
principe de sur-extension ou de sous-extension1. L‟enfant devra alors opérer un réajustement
du mot afin qu‟il soit conforme à celui utilisé par les adultes.
Cette approche prédit que l‟enfant inventera de nouveaux mots pour convenir aux
nouveaux sens. En effet, lors de la production des premiers mots, on retrouve des mots
inventés qui n‟existent pas dans la langue maternelle de l‟enfant. Il s‟agit d‟un certains
nombres de cas de généralisation inadéquates de règles de formation des mots. C. Chevrie
Muller et J. Narbona (2007) parlent de « surgénéralisation ».
Au niveau syntaxique, ayant appris, par exemple, l‟emploi du suffixe -é pour indiquer le
participe passé des verbes en -er, l‟enfant appliquera cette règle en la généralisant aux verbes
des autres groupes. Il produira alors des structures comme « il a dormé » pour « il a dormi ».
Il substitue un morphème dans cet exemple. Inversement, il se produit des cas où l‟enfant
applique une règle exceptionnelle à des structures linguistiques stables. Il sera donc possible
de l‟entendre dire « il a envoi » pour « il a envoyé ». C‟est une erreur sans doute formée par
analogie à des structures irrégulières comme « il a écrit » ou encore il pourra dire « il
dormra » pour « il dormira ». Dans ces cas là, il simplifie les productions.
Au niveau lexical, on observe le même phénomène. En effet, lorsque l‟enfant crée de
nouveaux mots, il a tendance à les concevoir à partir de structures déjà existantes. Par
exemple, il pourra dire « la chambre de nuit » par analogie avec « la chemise de nuit ». Au
cours du développement lexical, il étendra son vocabulaire disponible en utilisant la forme
linguistique appropriée. Cette forme linguistique, comme les structures morphologiques et
syntaxiques, aide à comprendre la signification de mots non familiers.
1
Sous-extension : l‟emploi d‟un mot de façon restreinte. Le mot est alors uniquement employé dans
une situation spécifique (voiture pour la voiture de la famille et non pour les autres voitures).
Sur-extension : l‟emploi d‟un terme de façon trop large (le terme utilisé est le plus proche du mot-
cible : chat pour désigner tous les animaux à 4 pattes).
45
C. Développement progressif et complexité de la morphologie
dérivationnelle
Morphologie dérivationnelle
Dès la maternelle, les enfants trouvent que les mots composés d‟une pseudo-base et
d‟un véritable affixe (biveur) ressemblent plus à des vrais mots du français que des pseudo-
mots n‟ayant pas de structure morphologique (veuribe) d‟après une étude de N. Marec (2003).
Dans une tâche d‟isolement de la syllabe initiale de mots comme fleuriste, Costermans
et Giurgea (cités par M. Labelle et C. Roy, 2007) ont trouvé que les enfants pré-lecteurs
tendent à répondre fleur, segmentant le mot en unités significatives, plutôt que la syllabe
attendue fleu.
Selon une étude de N. Marec-Breton et coll. (2005), l‟enfant est capable dès le CP (60%
de réussite) de produire des néologismes par suffixation en utilisant des règles de construction
morphologique. Le taux de réussite passe à 83% en CE1. Il apparaît quand même que le fait
de demander de produire des mots n‟ayant pas de sens, constitue un obstacle à la bonne
réalisation de la tâche et notamment les néologismes de type préfixés que ceux de type
suffixés. En effet, les préfixes sont plus signifiants, fréquemment accolés à une syllabe et plus
46
facilement isolables au sein du mot donc ils donnent plus précocement lieu à un traitement
morphologique que les mots suffixés (P. Colé et coll., 2004).
S. Casalis et M.F. Louis Alexandre (2000) ont évalué la capacité des enfants de la GS
au CE1 à segmenter des mots dérivés en morphèmes et inversement à produire un mot
complexe en synthétisant les deux parties données. Leurs résultats révèlent une augmentation
des performances avec le niveau scolaire, la segmentation passe de 50% de réussite en GS à
75% au CE1 et la synthèse de 80% en GS à 94% au CE1.
Des études menées dans plusieurs langues s‟accordent pour dire que l‟acquisition des
règles flexionnelles est plus rapide et plus précoce que les connaissances dérivationnelles (L.
J. Kuo et R.C. Anderson, 2006). En effet, les enfants d‟âge préscolaire ont de meilleures
performances lorsqu‟il s‟agit de retrouver la racine d‟un mot fléchi par suffixation que
lorsqu‟il s‟agit d‟un mot dérivé. De plus, les enfants maîtriseraient la dérivation suffixale
après la morphologie flexionnelle et la composition pour deux raisons (Derwing et Baker,
cités par N. Marec-Breton, 2005) :
- les suffixes dérivationnels (-able, -ment) sont plus nombreux mais les formes dérivées
sont relativement de faible fréquence à l‟oral. Elles sont peu systématiques (par
exemple -anti est un préfixe qui signifie opposé à dans anticonstitutionnel mais pas
dans antimoine) et partiellement productives. En effet, un nouveau mot ne va pas
nécessairement subir les mêmes dérivations que les autres mots de sa classe (le mot
centrage existe mais pas décentrage alors que centrement n‟existe pas mais
décentrement existe) (G. Dal, 2009). Le traitement automatique des dérivations sera
plus complexe que celui des flexions à cause de sa moindre fréquence car il est
important d‟être exposé régulièrement aux caractéristiques morphologiques des
langues afin de maîtriser ces connaissances selon L.D. Jarmulowicz (2002). Plus le
matériel linguistique est multiplié et diversifié, plus les connaissances en morphologie
dérivationnelle augmentent. Selon Carlisle (cité par M. Labelle et C. Roy, 2007), la
47
fréquence et la productivité sont deux éléments essentiels pour la compréhension et
l‟acquisition des formes complexes. Cela est toutefois différent dans chaque langue.
Les morphèmes flexionnels, quant à eux, mobilisent un nombre limité de
suffixes mais ils sont de fréquence élevée. Les mots obtenus par flexion sont très
réguliers, ils ont la propriété d‟être systématiques (l‟ajout du suffixe -s indique
toujours une marque du pluriel) et productifs.
Le seul modèle existant des connaissances dérivationnelles est celui de Tyler et Nagy
(M. Labelle et C. Roy, 2007) en 1989 pour la langue anglaise. Ils traitent de 3 connaissances :
relationnelle, syntaxique et distributionnelle. M. Labelle et C. Roy (2007) ajoutent la
connaissance réceptive.
1. Connaissance réceptive
C‟est la capacité à reconnaître les terminaisons des mots correspondant à des suffixes
assez courants en français. C‟est le fait de savoir que -age par exemple est une terminaison
courante du français tandis que -upe ne l‟est pas.
2. Connaissance relationnelle
C‟est la capacité de reconnaître que deux mots partagent une même base. C‟est la
connaissance du fait que fumer et fumeur sont liés mais pas lait et laitue. Cela concerne les
familles de mots. Les tâches sont soit des jugements de relation de mots, soit des
identifications morphologiques, soit des productions de mots de la même famille
morphologique. Cependant, il faut faire attention à ce que les résultats d‟une tâche de
jugement de liens morphologiques ne soient pas confondus avec le niveau de vocabulaire ou
de connaissances générales des mots (L.J. Kuo et R.C Anderson, 2006) et que l‟enfant fasse
seulement des liens morphologiques et non sémantiques.
48
3. Connaissance syntaxique
4. Connaissance distributionnelle
49
II. Opacité phonologique et sémantique
Items fléchis
Dérivés transparents
Dérivés opaques
50
Finalement quelle que soit la tâche, l‟ensemble des recherches montrent que les mots
plurimorphémiques transparents sur les plans formel et sémantique sont traités plus
facilement et plus précocement que les dérivés opaques formellement et sémantiquement.
Développer sa propre langue pour un enfant peut être corrélé à l‟enfant qui découvre
une seconde langue.
Plusieurs études ont révélé que les habiletés linguistiques et métalinguistiques des
élèves scolarisés dans une langue seconde sont déficientes. Il semble que les capacités
métalinguistiques tendent à se développer très lentement chez les enfants bilingues ayant peu
ou pas d‟expérience scolaire dans leur langue maternelle. Les allophones (personnes dont la
langue maternelle est différente de celle de la communauté dans laquelle elles vivent) sont
désavantagés sur le plan des connaissances lexicales ou morphosyntaxiques d‟après une étude
de Morris et Simard (cités par M. Labelle et C. Roy, 2007). Droop et Verhoeven (cités par les
mêmes auteurs) ont trouvé également que les apprenants d‟une langue seconde ont non
seulement un vocabulaire moins étendu que celui de leur langue maternelle mais également
font moins de liens associatifs entre les mots. Cela suggère qu‟ils auront de moins bonnes
connaissances morphologiques puisque celles-ci se développent en établissant des liens
formels entre les mots.
51
Ci-dessous, les trois épreuves et résultats pour chaque épreuve :
Cette épreuve évalue la connaissance relationnelle avec des mots reliés transparents
(fille/fillette), mots reliés opaques (sel/salé), mots non reliés transparents (heure/heureux) et
mots non reliés opaques (fer/farine). La tâche a été nettement moins bien réussie pour les
paires de mots reliés opaques que pour les items reliés transparents. En moyenne pour les
paires de mots reliés transparents et non reliés transparents les enfants ne se sont pas laissé
berner par les ressemblances phonologiques et orthographiques. Les enfants ont dans
l‟ensemble intégré l‟idée que la relation morphologique repose à la fois sur des critères
formels et sémantiques.
Cette épreuve évalue la connaissance syntaxique (Kim a hâte d’utilisable ses nouveaux
crayons / Kim a hâte d’utilisateur ses nouveaux crayons / Kim a hâte d’utiliser ses nouveaux
crayons). Les enfants ont une connaissance implicite des propriétés syntaxiques des suffixes
et ceci indépendamment de la connaissance des mots.
Conclusion
Cette recherche démontre que les connaissances morphologiques implicites des élèves
de CP et de CE1 sont bien développées chez les enfants parlant français à la maison ou
non. Puisque ces connaissances implicites reflètent la sensibilité morphologique, on peut dire
52
que la sensibilité morphologique des non-francophones rejoint même celle des francophones
sur certains points. On peut donc dire que la sensibilité morphologique en langue seconde
peut se développer assez rapidement malgré un contact restreint à cette langue. L‟aspect
innovant de cette recherche est de démontrer que le retard lexical des non-francophones a un
impact moins important que prévu sur le développement de leurs connaissances
morphologiques.
Une étude de S. Casalis, P. Colé et C. Royer (2003) avait pour but l‟évaluation du
niveau d‟analyse morphologique à l‟oral d‟un groupe d‟enfants dyslexiques. Leur hypothèse
est que si ces enfants avaient réussi à développer des compétences morphologiques malgré
leur déficit phonologique, leurs performances devaient s‟inscrire dans un profil spécifique
qu‟elles ont cherché à définir. Il en ressort que d‟un point de vue général, les enfants
dyslexiques obtiennent quasi-systématiquement des scores inférieurs aux enfants
normolecteurs de même âge réel moyen. Le niveau de lecture conditionnerait les habiletés
métalinguistiques. Les compétences morphologiques du groupe de dyslexiques ont évolué de
façon beaucoup plus favorable que leurs compétences phonologiques. Cette conscience
morphologique est donc moins corrélée à la conscience phonologique comme c‟est le cas chez
les normolecteurs. L‟analyse morphologique étant liée à la fois à l‟analyse phonologique et à
l‟analyse sémantique, les trois auteurs considèrent qu‟en la matière, l‟enfant dyslexique
compense ses déficits phonologiques par « une exploitation efficace de l’information
sémantique véhiculée par les morphèmes ».
Une autre étude de P. Colé, S. Casalis et C. Leuwers (2004) sur des adultes dyslexiques
a mis en évidence que l‟effet d‟amorçage morphologique (laitage/laitier) donne lieu à un taux
de réussite plus élevé que chez les normolecteurs. Le temps de lecture est plus court que
l‟amorçage orthographique (laitue/laitier) ou neutre. Cet effet d‟amorçage se limite cependant
aux mots suffixés. Le recours au traitement morphologique du mot écrit pourrait donc faire
partie de stratégies compensatoires des déficits phonologiques puisqu‟en travaillant la
morphologie, on observe peu d‟impact sur la phonologie. La morphologie dérivationnelle
constitue donc un axe de rééducation de la dyslexie développementale à exploiter.
53
MORPHOLOGIE CHEZ L’ADULTE : ASPECTS
NORMAUX ET PATHOLOGIQUES
54
C‟est une population adulte qui a répondu au test de morphologie lexicale, utilisé pour
cette étude, c‟est pourquoi nous allons à présent traiter de la morphologie chez l‟adulte. Les
données théoriques sur la morphologie lexicale chez l‟adulte sont peu nombreuses alors que
c‟est la population qui nous intéresse. Elles permettent tout de même de dégager certains
éléments à la fois sur les personnes saines et sur les personnes aphasiques.
A. Morphologie flexionnelle
J.L. Nespoulous s‟intéresse, dans une étude de 2006, à la morphologie sous un aspect
neuropsycholinguistique, c‟est-à-dire qu‟il étudie à la fois la manifestation pathologique de
surface mais aussi ce qui sous-tend cette manifestation. Il essaie d‟identifier à partir
d‟observations auprès d‟adultes cérébro-lésés, la zone cérébrale responsable de la gestion des
propriétés structurales des langues. Il s‟aide du modèle de l‟aphasie agrammatique.
Depuis la fin du 19e siècle, les aphasiologues ont découvert l‟existence de certaines
perturbations spécifiques qui touchent la gestion des « propriétés grammaticales » du langage.
Ils distinguent alors l‟agrammatisme qui porterait plutôt sur l‟ordre des mots et l‟akataphasie
qui toucherait l‟inflexion des mots (Tissot, Mounin et Lhermitte, cité par J.L. Nespoulous,
2006). Ces chercheurs différencient donc déjà la syntaxe de la morphologie. Plus récemment,
on différencie l‟agrammatisme, observé chez certains aphasiques de Broca, du
paragrammatisme (dyssyntaxie) qui concernerait les aphasiques de Wernicke.
55
L‟agrammatisme :
2. Difficulté d‟acquisition
B. La morphologie dérivationnelle
56
sémantique et syntaxique). Elles sont fréquemment associées à d‟autres types d‟erreurs. (B.
Lechevalier et coll., 2008).
Il n‟existe pas de cas, dans la littérature, de patient aphasique qui ne présenterait que des
paraphasies morphologiques pures (Badecker et Caramazza, cités par B. Lechevalier et coll.,
2008).
57
Les résultats montrent que :
1er test :
Paires de mots dont les dérivés ont un lien sémantiquement
transparent avec la base
Paires de mots dont les dérivés ont un lien sémantiquement
opaque avec la base
On retrouve pour ces deux paires de mots, ayant une relation morphologique et
sémantique, une réduction de l‟activation de la région frontale gauche.
2nd test :
Paires de mots partageant seulement la même forme
Paires de mots partageant seulement le même sens
Pour ces deux paires de mots il n‟y a eu aucun effet retrouvé au niveau cérébral.
58
Une autre étude de Hoeksema (citée par G. Booij, 2009) montre qu‟au niveau
sémantique, le principe le plus général pour la relation entre la structure morphologique d‟un
mot et son sémantisme est le principe de compositionnalité. Le sens d‟un mot complexe est
une fonction compositionnnelle de la contribution sémantique de chacun de ses constituants et
de la structure de ce mot. La forme et le sens sont donc indissociables pour comprendre un
mot.
Mots monomorphémiques
59
Mots polymorphémiques
Certaines études relèvent des patterns de performance, dont le(s) trouble(s) sous-
jacent(s) est (sont) sans doute lié(s) à un traitement morphologique perturbé par la lésion.
Ceci paraît particulièrement évident dans des cas de compositions morphologiques non
attestées dans la langue mais proches du mot cible phonologiquement. Comment en effet,
expliquer les néologismes tels que dratier pour tablier ou accoudeur pour accoudoir dans
une épreuve de dénomination (Pillon cité par B. Lechevalier et coll., 2008) ? Pillon propose
que ces mots soient considérés comme une composition active de deux morphèmes
disponibles dans le lexique (une base et un suffixe). Etant donné que ces compositions ne
peuvent être listées en tant que telles dans le lexique car elles contiennent une base combinée
avec un affixe, tous deux existant dans la langue, mais n‟étant pas attestés dans cette
combinaison, il s‟avère nécessaire de postuler l‟existence d‟un processus de concaténation
active entre ces deux morphèmes existants. Une concaténation conduisant à l‟engendrement
d‟un mot « non attesté » dans le lexique de la communauté linguistique de référence, un
néologisme.
De telles erreurs portant sur les affixes (accoudeur) comme sur les radicaux (dratier)
peuvent aussi être interprétées comme étant d‟origine phonologique « pure » sur un
morphème et non d‟origine morphologique.
60
D. Lien avec la compréhension orale
Contrairement aux types d‟erreurs relevant des autres composantes linguistiques telles
que les perturbations aux niveaux phonétique, lexical, syntaxique ou sémantique, les
paraphasies verbales morphologiques observées en production orale ne semblent pas avoir
leur équivalent en compréhension orale. En effet, il n‟existe pas de cas d‟aphasie qui relève
clairement d‟un trouble spécifique de la compréhension des structures morphologiques en
modalité auditive. Si on observe chez certains patients aphasiques des perturbations
concernant la compréhension des mots polymorphémiques, ces troubles s‟inscrivent
généralement dans un déficit de compréhension lexicale, sémantique et/ou syntaxique, ou de
réduction des ressources computationnelles (traitement automatique des langues naturelles,
formalisation d‟un ensemble de mécanismes de la langue qui permet d‟arriver à la
compréhension intégrale par un système informatique, de tout énoncé compréhensible par un
être humain) mais cela ne relève pas d‟un trouble de compréhension morphologique selon
Jakubowicz et Goldblum (cités par B. Lechevalier et coll., 2008).
Des travaux menés par J.P. Babin (1998) en compréhension écrite de mots
morphologiquement complexes, semblent clairement indiquer qu‟un traitement
morphologique est nécessaire en compréhension. Il peut faire l‟objet de perturbations
clairement identifiables dans le contexte des troubles du langage consécutifs à une lésion
cérébrale.
Dans son mémoire de fin d‟études, M.G. Hertz-Wintenberger (2004) est partie du
constat que certains aphasiques commettaient des erreurs de lecture sur la fin des mots. Elle
émet trois hypothèses pour expliquer ce phénomène. Ce serait dû à un déficit attentionnel
61
global ou un trouble linguistique lié à la dérivation ou encore à des éléments liés à une
héminégligence droite. Pour répondre à son questionnement elle a alors créé un protocole de
140 mots et non-mots à lire. Pour les critères morphologiques, elle a choisi des mots
composés, des mots dérivés et des mots monomorphémiques. D‟après K. O‟Reagan (cité par
Hertz-Wintenberger, 2004), la position optimale du regard se trouve au centre pour les mots
monomorphémiques et déviés à gauche ou à droite en fonction de la localisation de la racine
pour les mots dérivés. La composante morphologique peut donc se surajouter à des
phénomènes de négligence dans le cas d‟erreurs sur la fin des mots.
Elle a comparé les performances des sujets entre les listes de mots dérivés et les listes
de mots monomorphémiques. Pour 3 patients sur 5 les mots simples sont bien lus alors que les
mots dérivés donnent lieu à des erreurs comme enlaideur au lieu d‟enlaidir. Le suffixe est
plausible (-eur), la racine conservée (laid) mais le mot produit est un non-mot. Ce trouble
spécifique lié à la dérivation suffixale n‟est pas exclusif et des phénomènes de négligence
peuvent se surajouter, entraînant une troncation puis une substitution du suffixe (idéaliser >
idéalisme).
Les erreurs peuvent affecter le mot dans son ensemble ou se situer au début, au milieu
ou à la fin du mot. La négligence visuelle droite touche quant à elle exclusivement la fin des
mots.
L‟erreur la plus spécifique d‟une négligence est la troncation du mot. Elle est facilitée
lorsque le mot est dérivé de façon transparente. Cette troncation est majorée lorsque la partie
du mot constitue un mot du lexique, même si ce n‟est pas la racine du mot (sous-marinier >
sous-mari). Il existe aussi une troncation compensée. Le patient produit alors un autre mot
que celui attendu mais de longueur semblable (prélavage > prélasser). D‟après Ellis et Young
(cités par Hertz-Wintenberger, 2004), les patients négligents ont tendance à conserver la
longueur du mot cible dans leurs réponses. Le patient substitue toute la partie finale du mot
par une autre. Le mot obtenu appartient ou non au lexique.
62
Le protocole permet de dégager quelques tendances et reflète très probablement une
négligence droite chez certains patients, même résiduelle.
Définition
Une paraphasie est un processus que l‟on rencontre dans l‟aphasie et qui consiste pour
le patient à émettre un mot pour un autre ou un son pour un autre.
Paraphasies phonémiques
Néologismes
63
mot est trop éloignée du mot cible (- de 50% de phonèmes en commun), sa valeur
informative est perdue et l‟on parle alors de néologisme.
- Ce mot ne figure dans aucun dictionnaire, ne ressemble pas à un mot connu, pas
plus au plan de sa forme que de son sens.
- Néologisme de forme
Un néologisme de forme est une forme lexicale employée pour la première fois. Par
exemple le terme hoax utilisé en informatique.
- Néologisme de sens
Un néologisme de sens est une production qui existe déjà dans le lexique, mais le sens
qui lui est associé est inédit. Par exemple le terme virus employé au départ en biologie est
maintenant aussi employé en informatique.
Selon R. Gil (2006), si la substitution d‟un mot, produit un autre mot appartenant au
lexique, on parle de paraphasie verbale. Il existe cinq types de paraphasies verbales qui sont
les paraphasies verbales morphologiques, sémantiques, morpholexicales, indifférenciées et
monémiques.
Certaines fois, le patient peut produire un mot dont la forme sonore ou orthographique
est phonétiquement proche du mot cible (par exemple : tulipe produit /tyil/ ou encore mouton
produit /buton/). Il s‟agit alors de paraphasies verbales morphologiques. C‟est une
transformation aphasique dans laquelle le mot substituant et le mot substitué se ressemblent
quant à leurs formes, c'est-à-dire qu'ils appartiennent à un même champ de signifiants. On
entend par paraphasie verbale morphologique l‟omission, la substitution ou l‟addition de
morphèmes à l‟intérieur d‟une unité lexicale, d‟un mot.
64
Au niveau du monème : 1ère articulation
Lorsque le mot émis a un lien conceptuel avec le mot recherché (par exemple pour
table le sujet produira le mot chaise), on parle de paraphasies verbales sémantiques. Elles
concernent le choix des mots. Selon la classification de Kremin (cité par R. Gil, 2006), ces
paraphasies verbales sémantiques peuvent témoigner de deux types de relation avec le mot
cible ; classificatoire (1er : catégoriel : coordonné (abeille/papillon) ou superordonné
(insecte/papillon) ou 2e : associatif (fleur/papillon)) ou propositionnelle (verbe d‟action ou
attribut). La paraphasie verbale sémantique est une transformation aphasique dans laquelle le
mot substitué et le mot substituant sont liés quant à leur sens, c'est-à-dire qu'ils appartiennent
à un même champ de signifiés. La paraphasie sémantique est le plus souvent la manifestation
d‟un problème d‟accès à la forme lexicale (« le manque du mot » au sens strict) et non celle
d‟un problème sémantique plus profond.
Lorsque les substitutions sont très éloignées au niveau du sens et de la forme, ce sont
des paraphasies verbales indifférenciées. Par exemple, le patient produira pour cheval, le mot
crayon.
Paraphasies monémiques
65
même langue. On parle de paraphasie monémique si les transformations du mot-cible ont lieu
au niveau de plusieurs phonèmes constituant un monème. Par exemple pour factrice, le sujet
pourrait produire facteuse. Ces transformations aboutissent à des associations de monèmes
formant des néologismes. On les rencontre le plus souvent dans le langage conversationnel.
Ce type de paraphasie est le sujet de notre étude.
Paraphasies syntagmiques
Elles concernent des transformations de l‟ordre de la phrase. Par exemple le patient dira
éclairage intime pour lumière tamisée.
Nous allons maintenant présenter le test de morphologie lexicale qui nous a servi pour
notre étude.
Présentation de l‟étude
En 2007, dans le cadre de son mémoire de fin d‟études, V. Berland est partie du constat
que l‟évaluation du lexique dans les tests d‟aphasie est basée principalement sur des mots
simples et ne permet pas d‟évaluer précisément les difficultés rencontrées face aux mots
complexes. Elle a donc élaboré un test de morphologie lexicale de mots complexes à
destination des patients qui auraient peu de trouble d‟évocation sur les tests d‟aphasie
classiques. Elle a étalonné ce test sur une population saine de 72 sujets.
Présentation du test
66
termes sont présentés soit isolément soit au sein d‟une phrase. Ce test est présenté en modalité
écrite et auditive. L‟examinateur lit les items au patient qui les lit en même temps. Cela
permet de limiter la surcharge cognitive, de pallier d‟éventuels troubles de la compréhension
orale ou écrite, un trouble majeur de mémoire de travail et des troubles de lecture (paralexies
et compréhension).
- Critères morphologiques
Les termes proposés sont des mots dérivés, des mots tronqués, des sigles et des mots
composés. Dans les épreuves de dérivation, on propose un radical qu‟il faut dériver selon une
consigne donnée.
- La lexicalité
- L‟opacité
Rappelons d‟abord ce que sont l‟opacité et la transparence. Ces variables sont présentes
au niveau sémantique, phonologique et orthographique. Il existe plusieurs types de relation
entre les morphèmes du mot dérivé :
o relation sémantiquement transparente : le sens est déduit du sens de la racine
(gaufre/gaufrette : petite gaufre)
o relation sémantiquement opaque : le sens n‟est plus déduit du sens de la racine mais
l‟a été à un moment de son histoire (rideau/ride)
o relation phonologiquement opaque : la racine n‟est pas identique phonologiquement à
la base (camion/camionneur). On perd la nasalisation.
o relation phonologiquement transparente : la racine est phonologiquement identique à
la base (chat/chaton).
o relation orthographiquement et phonologiquement opaque (sel/salé)
Dans ce test plusieurs types de mots concernés par ces variables sont proposés.
67
- La complexité
Cette variable reflète la longueur et la position de l‟affixe. La longueur correspond au
nombre de morphèmes qui composent un mot (1, 2 ou 3 morphèmes dans ce test) et la
position de l‟affixe correspond à la place des affixes dans le dérivé. Quatre types de position
sont proposés : Préfixe+Radical (PR), Racine+Suffixe (RS), Préfixe+Radical+Suffixe (PRS)
et Radical+Suffixe+Suffixe (RSS).
- La fréquence
La fréquence d‟usage des mots a été contrôlée au préalable car plus un mot est fréquent,
plus rapidement il est reconnu mais cette variable n‟intervient pas dans l‟analyse.
Au niveau du protocole
L‟épreuve d‟abréviation a été la plus difficile alors que la dérivation a obtenu les
meilleurs résultats.
- Modalité
Les épreuves de production ont engendré plus de difficultés que les épreuves de
réception.
- Contexte
En épreuve de fluence, les évocations ont été moins nombreuses à partir du préfixe.
68
Ajoutons que du plus réussi au moins réussi, on retrouve au niveau de la position des
affixes, des mots construits de :
La construction d‟un mot de deux morphèmes entraîne moins d‟erreurs que celle de
trois morphèmes. Le processus de « déconstruction » visant à obtenir un mot d‟un seul
morphème à partir d‟un mot construit (parental > parent) entraîne quant à lui davantage
d‟erreurs.
L‟épreuve est facilitée quand le dérivé est transparent, quand l‟on ne retrouve pas de
modifications morphologiques (orthographiques et/ou phonologiques).
- Distracteurs
- Temps
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble des épreuves de ce protocole est d‟environ 30
minutes.
69
Au niveau des sujets
- Variable sexe
Aucune différence significative n‟a été observée entre les hommes et les femmes.
- Variable âge
La répartition en âge est la suivante : 20-34 ans, 35-49 ans, 50-64 ans et ≥ 65 ans.
o 35-49 ans / 50-64 ans : ils ont les meilleurs taux de réussite à l‟intégralité
du protocole.
- Variable socio-professionnelle
70
ETALONNAGE COMPLEMENTAIRE
71
Dans un premier temps, nous avons poursuivi l‟étalonnage du test de morphologie
lexicale, créé en 2007 dans le cadre du mémoire de V. Berland, afin d‟affiner les résultats et
ainsi pouvoir dans un deuxième temps le valider auprès d‟une population aphasique.
Ainsi, nous avons dû reprendre les mêmes critères utilisés lors du 1er mémoire, c‟est-à-
dire classer de façon la plus homogène possible la population témoin selon le sexe, l‟âge et le
niveau socio-professionnel. Cette homogénéité n‟a pas tout à fait été respectée face à la
difficulté de trouver des personnes de niveau 1 entre 20 et 34 ans notamment. Cependant, cela
n‟entrave pas la qualité de l‟analyse des 10 patients aphasiques puisque nous n‟avons pas dans
notre étude de patients entre 20 et 34 ans de niveau 1. Le nombre de personnes saines est donc
passé de 72 à 142. Nous allons voir dans ce chapitre si l‟augmentation du nombre de
participants permet de mettre en évidence des différences entre les résultats de 2007 et ceux
de 2011.
A. Age
Le classement en âge est identique à celui du Bachy Langedock (batterie d‟examen des
troubles en dénomination) afin de permettre, si on le souhaite, la comparaison des
performances aux épreuves du Bachy et à ce protocole chez un sujet pathologique. Ainsi,
nous avons quatre tranches d‟âge : 20-34 ans, 35-49 ans, 50-64 ans et ≥ 65 ans. Nous avons
également interrogé des personnes de plus de 80 ans mais pas assez pour en faire une analyse
à part entière (les niveaux 1 et 3 ont été plus difficiles à trouver). Nous comptabilisons 70
sujets de plus par rapport au premier étalonnage soit au total 142 sujets :
72
B. Sexe
C. Niveau socioprofessionnel
Nous restons sur les trois niveaux établis par « la codification des diplômes » de
l‟INSERM unité 69 :
73
Classement de la population témoin :
E. La passation
Nous avons sélectionné les participants dans notre entourage notamment dans la région
nantaise mais certains ont été recrutés en Bretagne ou en Corrèze. La passation se déroulait au
domicile de la personne. Nous avons proposé à chaque participant ce test de morphologie
lexicale dans son intégralité.
74
II. Analyse des résultats quantitatifs
Nous n‟avons pas repris l‟analyse statistique car ce n‟est pas l‟étalonnage qui prime
dans notre étude mais les résultats observés auprès de patients aphasiques. De plus, sans
utiliser de statistiques, le fait d‟augmenter le nombre de personnes saines pour l‟étalonnage
permettra forcément un affinage des résultats.
Moyenne N Ecart-type
Etalonnage 2007 90.13 72 6.53
Etalonnage 2011 89.18 142 6.77
75
Graphique 1 : taux de réussite par mode de formation
En 2007, les modes de formation par dérivation et composition s‟avéraient plus aisés
pour les sujets mais la différence entre les deux n‟était pas significative. La formation par
abréviation engendrait, quant à elle, un taux de réussite inférieur à la moyenne globale du
protocole. De plus, les différences entre dérivation et abréviation d‟une part et entre
composition et abréviation d‟autre part étaient significatives.
En 2011, on ne retrouve pas tout à fait cette même tendance puisque la composition
obtient le meilleur taux de réussite alors que la dérivation ne vient qu‟après. La formation par
abréviation est toujours celle qui engendre le plus de difficultés.
Fluence
76
Graphique 2 : nombre d’évocations aux épreuves de fluence
En 2007, les évocations à partir d‟un préfixe et à partir d‟un radical étaient
significativement moins nombreuses que les évocations à partir d‟un suffixe.
En 2011, on observe la même tendance. A présent, l‟évocation à partir d‟un suffixe
dépasse de presque 3 mots en moyenne l‟évocation préfixale et l‟évocation à partir d‟un
radical. Pourtant le traitement morphologique des mots préfixés se fait de manière plus
précoce au niveau des acquisitions que les mots suffixés mais comme l‟avait déjà mentionné
V. Berland, on rencontre fréquemment le suffixe -erie dans les mots du lexique. C‟est le
suffixe proposé dans ce test. Or, la fréquence et la productivité des affixes permettent une
meilleure compréhension et acquisition des formes complexes. La récurrence de cet affixe
permet ainsi une économie de recherche du mot. Le dérivé est plus « motivé » et donc plus
facile d‟accès.
Effet de la modalité
77
Graphique 3 : taux de réussite en fonction de la modalité
Effet du contexte
Nous présentons dans ce protocole des items de dérivation dans des phrases (situation
contextuée) ou de manière isolée. Le but étant de voir si ce contexte apporte une aide au sujet.
78
Graphique 4 : taux de réussite en fonction de la présentation
En 2007, le contexte phrastique dans les items de dérivation apportait une aide au sujet.
Les items présentés de manière isolée avaient significativement un taux de réussite inférieur à
ceux présentés en contexte. On retrouve le même profil en 2011.
Nous allons à présent nous intéresser aux variables-mots dans les items de dérivation
Longueur de l‟item
L‟item peut être constitué d‟1 morphème : radical simple, de 2 morphèmes : radical +
affixe ou de 3 morphèmes : radical + 2 affixes.
79
Graphique 5 : taux de réussite à la variable longueur
En 2007, plus le terme comporte d‟affixes, plus il donne lieu à un échec. Un effet
longueur significatif est donc relevé pour les termes dérivés d‟une base. Cependant, les termes
à 1 seul morphème sont les moins bien réussis. Les termes à 1 seul morphème dans ce test
sont le produit de déconstructions morphologiques c‟est-à-dire de raisonnements
morphologiques où l‟on extrait la base du dérivé (pacifique > paix). La différence entre terme
simple et construit était significative.
On retrouve ce profil en 2011. Par ailleurs, l‟écart se creuse pour l‟item à 1 morphème,
en ce qui concerne le taux de réussite, par rapport à l‟item à 2 morphèmes.
Position de l‟affixe
80
Graphique 6 : taux de réussite à la variable position
En 2007, parmi les termes à 2 morphèmes, ceux qui posaient le plus de difficultés
étaient construits d‟un radical et d‟un suffixe. Mais la différence n‟était pas significative par
rapport à celui construit d‟un radical et d‟un préfixe. Parmi les termes à 3 morphèmes les plus
difficiles étaient également ceux qui mettaient en jeu des suffixes mais la différence entre
PRS et RSS n‟était pas significative. La différence significative se situait entre les items à 2
morphèmes (préfixe/radical) et 3 morphèmes (radical/2suffixes). On notait donc un effet de la
longueur. Ces résultats se confirment en 2011.
81
Graphique 7 : taux de réussite à la variable opacité
En 2007, les items transparents étaient significativement mieux réussis que les items
opaques. On retrouve ce profil en 2011.
Taux moyen
En 2007, 94,45% des sujets ne se laissaient pas piéger par les distracteurs. En 2011,
94,15 % de la population témoin n‟est pas sensible aux différents distracteurs. Le taux de
réussite est sensiblement identique.
82
Formation du distracteur
En 2007, les différences entre chaque type de distracteurs comparés deux à deux étaient
significatives. Les sujets étaient sensibles aux distracteurs sémantiques et très peu aux
distracteurs morphosémantiques. L‟écart entre les 2 était très important.
En 2011, les participants sont toujours moins sensibles face aux distracteurs
morphosémantiques qu‟aux distracteurs morphologiques et sémantiques. Ils se font piéger par
la forme et le sens dissociés et moins par l‟association des deux. Par ailleurs, les distracteurs
morphologiques gênent moins les participants que les distracteurs sémantiques. Les sujets
sont très sensibles au sens et le privilégient. On observe toujours une très grande différence
concernant le taux de réussite entre l‟aspect sémantique et morphosémantique. Les
distracteurs morphosémantiques sont ceux qui engendrent le moins d‟erreurs et pourtant
comme le soulevait déjà V. Berland, les sujets produisent en majorité des erreurs
morphosémantiques en production.
83
Lexicalité
Moyenne N Ecart-type
Etalonnage 2007 1868 72 499.08
Etalonnage 2011 1903 142 589.62
84
C. Comparaison entre les 65-79 ans et les plus de 80 ans
Nous avons choisi de ne mettre en graphique que les données dans lesquelles on
observait une différence car pour le reste, les résultats sont quasiment identiques entre les
personnes de 65-79 ans et celles de plus de 80 ans.
3000
2624,4
2500
2105,22
2000
65-79 ans
1500
> 80 ans
1000
500
87
86,33
86
85
84 65-79 ans
82
81
80
Nous avons voulu essayer de créer une 5e tranche d‟âge : les plus de 80 ans. Puis nous
avons comparé les résultats des personnes entre 65 et 79 ans et celles de plus de 80 ans. Nous
avons 27 personnes entre 65 et 79 ans et 15 personnes de plus de 80 ans. Le nombre de
personnes n‟est pas tout à fait homogène mais nous constatons que les résultats sont très
proches entre ces deux populations.
85
Cependant, nous relevons deux différences majeures :
quand l‟item n‟est composé que d‟1 morphème, le taux de réussite est meilleur
chez les personnes de plus de 80 ans mais reste le plus chuté par rapport aux
mots à 2 ou 3 morphèmes.
les personnes de plus de 80 ans mettent 9 minutes de plus que les personnes
entre 65 et 79 ans. Cette population met plus de temps à réaliser les épreuves.
Les résultats de 2011 suivent la même tendance que ceux de 2007 à part pour le mode
de formation puisque la composition est l‟épreuve la mieux réussie alors qu‟en 2007 c‟était la
dérivation.
E. Fidélité, reproductibilité
On remarque que les résultats entre ceux de 2007 et ceux de 2011 sont sensiblement les
mêmes. Or, ce test a été utilisé par deux évaluateurs différents. Cela pourrait montrer le
caractère reproductible, sensible de ce test c‟est-à-dire que les résultats obtenus au même test
seraient constants malgré le changement d‟évaluateur. Les résultats seraient réitérables même
si les situations expérimentales changeaient.
C‟est ce qu‟on appelle la reproductibilité inter-observateur c‟est-à-dire que chaque
observateur doit obtenir les mêmes résultats.
Nous allons maintenant présenter une analyse qualitative des erreurs en production en
regroupant les erreurs retrouvées sur l‟ensemble de l‟étalonnage en fluence et en dérivation de
la plus fréquente à la moins fréquente.
86
Fluence :
erreurs sémantiques : le sujet donne un terme répertorié dans la langue française non
composé du morphème considéré (sous > souffler)
néologismes : mots non attestés dans le lexique français (sous-pont)
expressions lexicalisées : expressions qui existent mais qui ne sont pas répertoriées en
tant que telles dans le dictionnaire (sous-curatelle)
Dérivation :
non réponses : pas de production
néologismes : mots non attestés dans le lexique français (dédainement)
erreurs verbales morphosémantiques : mots qui entretiennent un lien formel et
sémantique avec la cible, qui appartiennent à la même famille lexicale (magique >
magicien)
erreurs verbales morphologiques : mots qui entretiennent un lien formel avec la cible
sans être de la même famille lexicale (parent > parallèle)
erreurs verbales lexicales : mots sans aucun rapport manifeste avec le mot-cible mais
qui sont attestés dans la langue (faste > sobre)
erreurs verbales sémantiques : mots qui entretiennent un lien de sens avec le mot-cible
(vent > brise)
Puis nous allons présenter une analyse qualitative des erreurs en composition et en
abréviation (mots tronqués et sigles) :
Composition :
non réponses : pas de production
néologismes : mots plausibles mais non attestés dans le lexique (sans-abri > sous-
abri), expressions lexicalisées
non respect de la consigne : le mot doit être composé de deux mots distincts
évocations partielles : un seul mot est produit (épreuve de dénomination)
87
Troncation :
erreurs morphosémantiques : production d‟un mot attesté dans la langue française,
présentant une relation à la fois sémantique et morphologique avec le mot-cible mais
n‟ayant pas le même signifié que l‟abréviation (photo > photographe)
changement de sens : mot qui n‟a aucun rapport de sens avec l‟abréviation proposée
mais seulement un rapport de forme (colo > colocation)
non réponse : pas de production
néologismes : mot non attestés dans le lexique (cinématographe > cinémateur)
Siglaison :
non réponse : pas de production
évocation partielle : seule une partie de la locution est présente (TVA > Taxe Valeur)
erreur sémantique : le mot produit a un rapport de sens avec le sigle (TV > téléviseur)
erreur lexicale : le sujet produit une association de deux mots attestés dans la langue
mais qui ne correspondent pas au sigle proposé (OVNI > Objet Virtuel Non
Identifiant)
évocation spécifique : le sujet produit un mot provenant d‟un domaine spécifique (PV
> Prix de Vente ). Ce type d‟erreurs n‟est pas retenu car certains sigles sont très
polysémiques.
Nous allons utiliser cette catégorisation pour analyser les productions des sujets
aphasiques.
88
VALIDATION AUPRES D’UNE POPULATION
APHASIQUE
89
I. Choix de la population aphasique
1. Critères d‟inclusion
2. Critères d‟exclusion
trouble dégénératif
patients dont la langue française serait la langue seconde puisque ce test traite de
compétences linguistiques, sur la langue
héminégligence
B. Recrutement
Nous avons recruté ces patients en cabinet libéral ou à l‟hôpital pour leur faire passer ce
test de morphologie lexicale. Ces patients sont au nombre de 10 : 7 hommes entre 53 et 81 ans
et 3 femmes entre 34 et 47 ans. Nous les avons rencontrés à leur domicile pour 3 d‟entre eux,
en milieu hospitalier pour 5 d‟entre eux et en cabinet libéral pour 2 patients. Avant de leur
faire passer ce test, il a été indispensable de leur proposer des tests préliminaires pour mettre
en évidence leurs lacunes et leurs compétences et respecter les critères d‟inclusion et
d‟exclusion. Ces pré-tests ont permis également de faire des liens avec les résultats obtenus au
test de morphologie lexicale.
90
Tableau des 10 patients aphasiques classés par sexe et par âge croissant :
Pour ces pré-tests, nous nous sommes appuyés sur des épreuves neurolinguistiques et
neuropsychologiques :
91
les empans endroits et envers de la WAIS qui permettent de tester la mémoire à court
terme et de travail et voir si cela joue un rôle selon la longueur du mot construit.
Les scores de la 1ère ligne des tableaux présentés ci-dessous représentent la moyenne de
l‟étalonnage, ceux de la 2e ligne, les scores du sujet aphasique en pourcentage, en nombre de
mots pour la fluence et en secondes pour le temps et ceux de la 3e ligne les scores en écarts-
types du sujet aphasique. Les scores pathologiques sont notés en rouge. La pathologie est
considérée à -2 écarts-types comme dans la plupart des tests aphasiologiques. M représente la
moyenne.
Age : 47 ans
Niveau socio-professionnel: 3 (master de faculté de droit)
AVC : ischémique gauche en 2001
Suivie par une orthophoniste
Soucieuse de bien faire et de tout comprendre ce qui entraîne une lenteur dans la
passation
92
Résultats des bilans :
On retrouve des difficultés légères d‟encodage phonologique surtout sur les mots longs
et complexes (1 erreur sur la répétition de mots au BDAE : skélovaquie/Tchécoslovaquie et au
BNT : stéoskope/stéthoscope) et des substitutions (hélécoptère/hélicoptère, castus/cactus).
Elle obtient 3/8 à l‟item répétition de phrases concrètes et 2/8 aux phrases abstraites du
BDAE. La mémoire à court terme semble perturber la répétition. Il a fallu répéter les items.
De plus, quand les phrases s‟allongent, elle ne peut répéter que 1 ou 2 mots. On relève
également 2 paraphasies verbales morphosémantiques (de Chine/chinoise) dans ces items. En
lecture de phrases au BDAE, on retrouve 1 paralexie verbale morphologique (esprit/espion).
Elle est légèrement perturbée avec 9/12 à l‟item logique et raisonnement au BDAE. De
plus, il a fallu répéter les phrases pour l‟item exécution d‟ordres où elle obtient 14/15. En ce
qui concerne la compréhension écrite, à l‟item reconnaissance de mots épelés du BDAE, elle
obtient 6/8 mais il a fallu répéter. Cela est probablement lié à son déficit en mémoire à court
terme.
au niveau de l‟évocation
Aux épreuves de dénomination du BDAE, ses scores sont corrects sauf à l‟item
dénomination des parties du corps où elle obtient 22/30 car elle met beaucoup de temps avant
de répondre, a besoin d‟une aide et fait 1 erreur. On relève un trouble majeur d‟évocation dans
les autres tests (en dénomination et en fluence). L‟aide phonémique peut être efficace. On
note 1 paraphasie verbale morphologique au BNT (trépas/trépied) et 1 paraphasie verbale
sémantique (équerre/rapporteur).
Sa mémoire à court terme est déficitaire. On le retrouve dans les empans (empan endroit
à 3) et au MMS elle obtient 2/3 en rappel avec 1 intrusion (cigarette/cigare). Notons que sa
mémoire de travail est faible. On remarque également un éventuel défaut attentionnel. En
93
effet, l‟item attention au MMS a été très laborieux mais elle obtient quand même 4/5. Elle est
lente mais reste précise. Elle fait des erreurs au TMT B mais le temps reste correct.
Analyse quantitative
Les épreuves de fluence ne sont pas pathologiques contrairement à celles des pré-tests
mais le score avec le radical reste limite. La stratégie d‟ébauche morphologique semble
l‟aider contrairement à l‟ébauche phonémique. Elle donne plus d‟évocations à partir d‟un
suffixe, comme la population saine.
Les épreuves de dérivation et de composition donnent des scores pathologiques. Cette
patiente a rencontré de grosses difficultés face aux épreuves de dérivation.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble du protocole est pathologique. Elle met 1 heure
12 minutes de plus que la population saine.
Comme la population saine, elle réussit mieux quand les items sont composés de 2
morphèmes par rapport à ceux composés de 1 ou 3 morphèmes mais l‟écart se creuse et ses
scores sont pathologiques. Elle est sensible à l‟effet longueur. Ce phénomène peut s‟expliquer
par son déficit en mémoire à court terme et sa faiblesse en mémoire de travail. De plus, ses
94
scores sont tous pathologiques sauf RS au niveau de la position de l‟affixe. Voici son profil :
RS>PR>PRS-R>RSS.
Son score en production est chuté par rapport à son score en réception, comme la
population saine, mais son taux de réussite en production est pathologique. Il est très éloigné
du score de la population saine.
Pour cette patiente, plus l‟item est opaque, plus elle a de difficultés. On retrouve cela
dans la population saine mais ses scores en opacité et en transparence sont pathologiques.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
99 95 100 97,66 100
98 60 95 85,33 95
-0,60 -6,39 -5 -5,27 -5
Elle est très sensible aux distracteurs sémantiques, comme la population saine mais son
score est pathologique comme le score des distracteurs morphosémantiques. Elle se laisse
piéger par le sens et moins par la forme seule. Elle procède plus d‟une démarche sémantique
que d‟une démarche morphologique pour allier un mot à un mot-cible. De plus, elle choisit
plus de distracteurs lexicaux que néologiques, comme la population saine, mais ses scores
sont pathologiques.
Analyse qualitative
8,64%
9,88%
Réponses correctes
95
Graphique 12 : paraphasies
14,29%
Paraphasies
morphologiques
14,29% Paraphasies sémantiques
Paraphasies
71,43% morphosémantiques
Graphique 13 : fluence
Evocations exactes
Néologismes
13
Elle produit de nombreux néologismes (aussi en 1ère intention). Les mots évoqués sont
plausibles sous-régiment, sous-cadre, sous-magistrat puisqu‟ils sont composés du préfixe
sous et d‟un mot attesté dans le lexique mais les deux réunis ne forment pas un mot
appartenant au lexique français. Elle fait des liens sémantiques de métiers avec le préfixe
-sous. Sa stratégie de recherche est intéressante au niveau de la forme mais cela ne respecte
pas la lexicalité. De plus, elle peut parfois se corriger quand elle se rend compte que cela ne
convient pas comme le mot sous-professeur.
96
Graphique 14 : composition
3,33%
3,33%
3,33%
Evocations exactes
Non réponses
23,33% Néologismes
Graphique 15 : troncation
5%
5% Evocations correctes
5%
Non réponses
Erreurs
morphosémantiques
Néologismes
85%
Graphique 16 : siglaison
10%
Evocations exactes
Evocations partielles
90%
97
On retrouve dans ses différentes ébauches :
98
Graphique 17 : réception (dérivation)
1,42%
7,14%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
91,44%
Parmi les distracteurs, cette patiente choisit plus de distracteurs sémantiques que
morphologiques ou morphosémantiques et aucun néologisme alors qu‟elle en produit. Elle se
fait piéger par le sens seul, comme les sujets sains, alors qu‟en production elle produit plus de
paraphasies morphosémantiques.
Age : 53 ans
Niveau socio-professionnel: 3 (archiviste)
AVC : en 2000 (AVC hémorragique au niveau du noyau caudé), en 2002 (AVC
ischémique), en 2004 (occlusion anévrysme) et en 2007 (hématome intra
parenchymateux fronto-pariétal gauche)
Suivi par une orthophoniste 2 fois par semaine
Personne très nerveuse qui est dans le souci de bien faire
99
Résultats des bilans :
au niveau de l‟évocation
100
3. Notre protocole : résultats et analyses
Analyse quantitative
Il obtient les meilleurs résultats avec des items composés d‟1 morphème. Plus il y a de
morphèmes, plus le mot est construit et plus c‟est difficile pour lui. Il existe un effet longueur.
La population saine, quant à elle, est plus performante quand les items sont composés de 2
morphèmes et moins performante quand il n‟y a qu‟1 ou 3 morphèmes.
Voici son profil : PR-R>PRS>RS>RSS. Il a plus de facilité avec des mots préfixés que
suffixés. Tous ses scores sont corrects hormis RSS qui est pathologique. C‟est le seul score
pathologique de ce patient. Ce type de mot serait intéressant à travailler en séance de
rééducation.
Ce patient est plus performant en réception qu‟en production, comme la population
saine.
101
En ce qui concerne, le caractère opaque ou transparent du dérivé, il obtient le même
taux de réussite pour les deux donc il ne semble pas sensible à cette variable.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
98,29 94,29 86,43 96,95 99,29
98 100 100 98,66 100
-0,21 0,50 0,40 0,41 0,38
Ce patient est légèrement sensible aux distracteurs morphologiques et pas du tout aux
distracteurs sémantiques et morphosémantiques. Il se fait piéger par la forme seule du mot.
Dans la population saine les personnes sont plus sensibles aux distracteurs
morphosémantiques et beaucoup moins aux distracteurs morphologiques. De plus, il peut
choisir des distracteurs lexicaux mais jamais néologiques.
Analyse qualitative
2,5
7,5
Réponses correctes
Non réponses
Paraphasies
90
102
Graphique 19 : fluence
Evocations exactes
Erreurs sémantiques
14
Graphique
2 20 : troncation
3% 3%
Erreurs
Erreurs sémant
morphosémantiques
Changements de sens
94% 14
1,42% 1,42%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
97,16%
Age : 81 ans
Niveau socio-professionnel : 2 (CAP boulanger)
AVC : accident vasculaire ischémique sylvien gauche en mai 2009
Hémiplégie droite
Atteinte faciale prédominant nettement en inférieur
Suivi par une orthophoniste depuis juin 2009
Soucieux de bien faire d‟où une lenteur dans la passation
104
Résultats des bilans :
au niveau de l‟évocation
105
3. Notre protocole : résultats et analyses
Analyse quantitative
106
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
95,67 70 99,17 86 100
83,5 70 85 80,66 82,5
-3,32 M -6,94 -0,60 -17,5
Analyse qualitative
15,0%
Réponses correctes
7,5%
Non réponses
12,5% Néologismes
65,0% Paraphasies
107
Graphique 23 : paraphasies
25,00% Paraphasies
morphologiques
Paraphasies sémantiques
8,33%
66,67% Paraphasies
morphosémantiques
Graphique 24 : composition
Non réponses
6,66%
Néologismes
En 1ère intention, il peut ne pas respecter la consigne : fer à repasser (faire-…), bambou
(…-boue) ou donner des néologismes : haut de meuble, seul-abri, appareil vapeur/sèche-
cheveux. Il peut produire aussi des néologismes comme lève-matin, pare-boue qu‟il admet
comme correct.
108
Graphique 25 : troncation
10
Evocations correctes
15
Non réponses
5 Erreurs
morphosémantiques
70 Changements de sens
Graphique 26 : siglaison
30%
40% Evocations exactes
Non réponses
Erreurs lexicales
30%
une définition du mot (OVNI > c’est quelque chose qui passe dans le ciel le
soir ou le matin)
des synonymes (excessivement > surplus, supplément)
des paraphasies lexicales (anarchiquement >convenable, courageux > matinal)
des paraphasies syntagmiques (estivales > s’accommodant à la tenue d’été)
des paraphasies morphosémantiques (douloureusement > douloureux,
enchaînements > déchaînés)
des paraphasies morphologiques (obsession > obsèques)
des paraphasies sémantiques (découragement > lassitude)
109
des néologismes (insuffisant > suffisé)
un mot qui n‟a aucun lien avec le mot-cible mais qui ressemble à un
automatisme comme âme en peine pour âme charitable.
2,85%
4,28% 10,00%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
Paraphasies
82,87%
110
D. Etude de cas n°4 : Mme D.
Age : 34 ans
Niveau socio-professionnel: 3
AVC : gauche en 2002
Soucieuse de bien faire
On retrouve un trouble de la compréhension orale sur des textes courts et plus longs (au
BDAE, à l‟item logique et raisonnement, elle obtient 9/12) et sur des mots car elle obtient
16/20 à la désignation des parties du corps du BDAE. Elle se répète l‟énoncé à voix haute
avant de désigner la partie du corps. Au niveau de la compréhension écrite, elle obtient 8/10
en compréhension de phrases et de textes. Plus le texte s‟allonge, plus elle éprouve des
difficultés.
111
au niveau de l‟évocation
Sa mémoire à court terme est plutôt faible (empan à 4). Au niveau attentionnel, elle est
à 4/5 au MMS mais l‟épreuve lui a demandé beaucoup d‟efforts (elle compte sur ses doigts).
De plus, on retrouve un trouble de la flexibilité et une grande lenteur cognitive. Il a fallu
répéter à plusieurs reprises les énoncés.
Analyse quantitative
Cette patiente produit plus de mots suffixés que de mots avec radical ou préfixe, comme
la population saine. Ses scores avec radicaux et préfixes sont pathologiques. Son score avec
préfixe (1 morphème) est plus faible que son score avec phonème, ce qui montre que
l‟ébauche morphémique est plus complexe que l‟ébauche phonémique pour cette patiente.
Elle est plus performante en épreuve de dérivation qu‟en épreuve de composition ou
abréviation, comme la population saine, mais ses scores sont tous pathologiques.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble du protocole est pathologique puisque cette
patiente met 1 heure de plus que la population saine.
112
Elle est plus en réussite face à un mot comprenant 2 affixes que face à un mot
comprenant 1 ou 3 affixes mais ses scores sont tous pathologiques. Elle est sensible à l‟effet
longueur probablement à cause de son déficit en mémoire à court terme et sa faiblesse de
mémoire de travail. Voici ses résultats : RS>PR>PRS>R>RSS. Tous ses scores sont
pathologiques.
Elle est plus performante en épreuve de réception qu‟en épreuve de production mais ses
scores sont pathologiques.
La transparence d‟un mot dérivé lui permet d‟être plus en réussite mais son score est
pathologique ainsi que celui de l‟opacité.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
99 98,33 100 98,78 100
98 90 95 92 100
-0,60 -2,04 -5 -4,55 0
Elle se laisse plus facilement piéger par des distracteurs sémantiques que
morphologiques ou morphosémantiques, comme la population saine. Ses scores face aux
distracteurs sémantiques et morphosémantiques sont pathologiques. De plus, elle ne choisit
aucun distracteur néologique mais choisit quelques distracteurs lexicaux. Son score de
distracteurs lexicaux est pathologique.
Analyse qualitative
11,11%
113
Graphique 29 : paraphasies
Paraphasies
44,44% morphologiques
Paraphasies
55,56%
morphosémantiques
Graphique 30 : fluence
1
1
Evocations exactes
Néologismes
Erreurs sémantiques
10
Cette patiente épelle l‟alphabet pour trouver les mots avec préfixe (sous-b…, sous-c…).
En ce qui concerne les mots en –erie, elle cherche des noms de magasins en s‟aidant de noms
d‟aliments (avec les légumes ? avec le lait ?) et verbalise beaucoup pour aider à la production.
Pour la production de mots avec le radical -main, elle peut donner le mot mincir, manifique
mais verbalise que cela ne convient pas.
114
Graphique 31 : composition
6,66%
Evocations exactes
10,00%
Non réponses
Néologismes
26,67% 56,67%
Non respect de la
consigne
Graphique 32 : troncation
10%
Evocations correctes
5%
5%
Non réponses
Erreurs
morphosémantiques
Changements de sens
80%
115
Graphique 33 : siglaison
20%
30%
Evocations exactes
Non réponses
Evocations partielles
50%
Elle donne plus de non-réponses que d‟évocations exactes. Cette patiente préfère ne rien
répondre que de se tromper.
de difficultés avec les 3 transformations nom > adjectif > adverbe (métodiquement >
méthodement, excessivement > excessement, exemplairement > exemplement). Dans
ses productions, elle omet souvent le 2e suffixe.
d‟omission du préfixe (encerclement > cerclement)
d‟erreur dans le choix du préfixe (arythmique > inrythmique)
d‟erreur dans le choix du suffixe (créature > créativé)
116
de 2 mots mis ensembles qui forment un mot non attesté dans le lexique (sous-cassé,
haut-plat, sous-abri)
d‟un mauvais choix du mot de base (presserie)
d‟un amalgame (réfrigérateur > frigirateur : frigidaire + réfrigérateur)
de difficultés phonologiques (porte-manteau > pormanteau, faire-part > far part).
4,28% 1,42%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
94,30%
Age : 76 ans
Niveau socio-professionnel: 3 (professeur de français/inspecteur d‟académie)
AVC : gauche en 2004
Semble être un peu dans le déni de ses difficultés
117
Résultats des bilans :
Elle est touchée notamment en compréhension écrite. Il obtient 9/12 à l‟item logique et
raisonnement du BDAE pour la compréhension orale et 1/8 à l‟item reconnaissance de mots
épelés pour la compréhension écrite. Il est incapable de réaliser cet exercice probablement dû
à son déficit de mémoire à court terme et de travail.
au niveau de l‟évocation
118
3. Notre protocole : résultats et analyses
Analyse quantitative
Il produit plus d‟évocations à partir d‟un radical alors que la population saine produit
plus d‟évocations suffixales. Comme la population saine, les évocations préfixales sont
moindres. Son score en évocation suffixale et préfixale est pathologique. En fluence
phonologique, il avait déjà un score pathologique. L‟ébauche morphémique comme l‟ébauche
phonémique ne l‟aident pas à produire.
Il est autant performant en épreuve de composition et de dérivation et il est le moins
performant en épreuve d‟abréviation. Ses scores de dérivation et d‟abréviation sont
pathologiques.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble des épreuves du protocole est correct.
Plus l‟item est composé de morphèmes et plus cela est compliqué pour le patient. Cela
est différent dans la population saine qui est le plus en réussite à 2 morphèmes. Il est sensible
à l‟effet longueur. Son déficit en mémoire à court terme et de travail est probablement un frein
pour construire des mots à plusieurs morphèmes. Ses scores à 2 et 3 morphèmes sont
pathologiques ainsi que ses scores PR, RSS et PRS. On remarque qu‟il est plus performant
avec les items suffixés que préfixés.
Ce patient est plus performant en épreuves de réception mais son score en production
est pathologique.
119
Il est plus performant quand l‟item est transparent que lorsque l‟item est opaque mais
les résultats sont proches. Il semble peu sensible à cette variable. Son score en transparence
est pathologique.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
96 93,33 99,38 94,55 100
98 100 95 95,33 100
0,79 0,82 -2,04 0,16 0
Analyse qualitative
6,25%
2,50%
Réponses correctes
18,75%
Non réponses
Néologismes
Paraphasies
72,50%
120
Graphique 36 : fluence
Evocations exactes
Néologismes
Pour cette épreuve, il s‟arrête au bout d‟une minute environ pour chaque affixe car il est
en difficulté.
Graphique 37 : composition
6,66% 3,33%
3,33%
Evocations exactes
10,00% Non réponses
Néologismes
Non respect de la consigne
76,68% Evocations partielles
121
Graphique 38 : troncation
5%
5%
Evocations correctes
Erreurs
morphosémantiques
Changements de sens
90%
Graphique 39 : siglaison
30%
Evocations exactes
50% Non réponses
Evocations partielles
20%
122
En ce qui concerne sa production de néologismes, ses erreurs sont :
des difficultés avec la double suffixation nom > adjectif > adverbe
(méthodiquement > méthodement) probablement dû à son déficit de mémoire à
court terme et de mémoire de travail
dans le choix du préfixe (malsain > désain)
des difficultés arthriques (spiritualité > espirituel)
1,42% 1,42%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
97,16%
Age : 61 ans
Niveau socio-professionnel: 2 (CAP menuisier)
AVC : en décembre 2008, thrombose de la carotide interne gauche
Suivi par une orthophoniste depuis avril 2009 deux fois par semaine actuellement
123
2. Bilan d‟aphasie et autres troubles cognitifs
au niveau de l‟évocation
On observe un manque du mot lorsqu‟il doit décrire une image. Il peut se bloquer au
milieu d‟une phrase notamment quand il utilise un terme peu approprié. La suite est plus
difficile à produire. Il ne trouve pas de moyens efficaces pour pallier ce manque du mot.
Aux épreuves de dénomination du BDAE, on retrouve 1 paraphasie sémantique
(hanche/épaule) et 1 paraphasie lexicale (anneau/poignet). Au BNT, il produit quelques
néologismes (hippocante/hippocampe, cacté/cactus), paraphasies verbales morphologiques
(portillon/porte-manteau) ou syntagmiques (voiture pour se tenir assis/fauteuil roulant). La
dénomination d‟images est correcte mais la fluence phonologique et sémantique donne des
scores un peu faibles.
124
au niveau des fonctions cognitives
Analyse quantitative
Il évoque plus de mots préfixés que de mots avec radical et suffixes. C‟est l‟inverse
dans la population saine. Son score de mots suffixés est pathologique. L‟ébauche
morphémique (préfixale) semble l‟aider car son score est correct contrairement à son score en
fluence phonologique qui est assez faible.
Il est plus performant en composition qu‟en dérivation et abréviation. Ces derniers
modes de formation lui donnent des scores pathologiques.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble du protocole est pathologique puisque ce patient
met 54 minutes de plus que la population saine.
Pour ce patient, plus le mot est construit, plus il est composé de morphèmes et plus c‟est
compliqué. Il est sensible à l‟effet longueur. Sa mémoire à court terme, déficitaire, ne doit pas
l‟aider face à un mot construit de plusieurs morphèmes. Tous ses scores à 2 et 3 morphèmes
sont pathologiques.
125
Ce patient est plus performant en réception qu‟en production mais ses scores sont
pathologiques.
Il est plus aisé pour ce patient de traiter des items transparents que des items opaques
mais son score en transparence est pathologique.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
94,58 91,67 99,17 93,89 98,75
87 70 95 81,33 95
-2,99 -2,20 -2,04 -5,79 -1,79
Analyse qualitative
6,25% 10,00%
Réponses correctes
Non réponses
18,75%
Néologismes
65,00% Paraphasies
126
Graphique 42 : paraphasies
12,50%
Paraphasies
morphologiques
12,50%
Paraphasies sémantiques
Paraphasies
75,00% morphosémantiques
Graphique 43 : fluence
1
Evocations exactes
Erreurs sémantiques
Néologismes
127
Graphique 44 : composition
23,33%
Evocations exactes
Non réponses
76,67%
Graphique 45 : troncation
15%
Evocations correctes
Non réponses
20%
Erreurs
65%
morphosémantiques
Graphique 46 : siglaison
10%
Evocations exactes
20% 40%
Non réponses
Evocations partielles
Néologismes
30%
128
On retrouve dans ses différentes productions :
4,28% 2,85%
129
G. Etude de cas n°7 : M. D.
Age : 75 ans
Niveau socio-professionnel: 3 (professeur de SVT)
AVC : gauche en 2000
au niveau de l‟évocation
Sa mémoire à court terme est déficitaire (empan endroit à 3 et il obtient 2/3 au MMS à
l‟item apprentissage) ainsi que sa mémoire de travail (empan envers à 2). Ce patient obtient
2/3 à l‟item rappel du MMS. Il peut oublier la consigne aussi en cours d‟exercice. On note
également un trouble de la flexibilité et une lenteur cognitive.
Analyse quantitative
En épreuve de fluence, il évoque plus de mots formés d‟un radical (mots suffixés pour
la population saine). Les mots formés d‟un préfixe sont les moins évoqués. Ses scores en
fluence dans les pré-tests étaient pathologiques et dans le test de morphologie lexicale
également sauf pour la fluence avec radical. L‟ébauche morphémique préfixale semble
légèrement l‟aider par rapport à l‟ébauche phonémique mais son score reste pathologique.
Il obtient le meilleur taux de réussite en épreuve d‟abréviation et le moins bon taux de
réussite en dérivation. Tous ses scores de modes de formation sont pathologiques.
131
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble du protocole est pathologique puisque ce patient
met 52 minutes de plus que la population saine.
Les items composés de 2 morphèmes sont les mieux réussis et il a plus de difficultés à 3
morphèmes qu‟à 1 morphème, comme dans la population saine. Ses scores à 1, 2 et 3
morphèmes sont pathologiques. Il est sensible à l‟effet longueur. Ses scores pathologiques en
mémoire à court terme et de travail pourraient être une des explications à ces résultats.
Ce patient est plus performant en réception qu‟en production mais ses scores restent
pathologiques.
Il est plus performant avec des items transparents que des items opaques mais ses
scores sont pathologiques.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
96 93,33 99,17 94,55 100
95,5 100 85 95,33 87,5
-0,20 0,82 -6,94 0,16 -12,5
Ce patient n‟est pas du tout sensible aux distracteurs sémantiques mais plus aux
distracteurs morphologiques et morphosémantiques. Il se fait piéger par l‟association de la
forme et du sens. C‟est l‟inverse dans la population saine. De plus, il est très sensible aux
distracteurs néologiques puisqu‟il les privilégie par rapport aux distracteurs lexicaux. C‟est le
seul patient qui a ce type de comportement. Son score est très pathologique puisque dans la
population saine personne ne sélectionne de distracteurs néologiques.
132
Analyse qualitative
5,00%
2,50%
Réponses correctes
Non réponses
38,75% 53,75% Néologismes
Paraphasies
Graphique 49 : paraphasies
25% Paraphasies
morphologiques
Paraphasies sémantiques
50%
Paraphasies
morphosémantiques
25%
133
Graphique 50 : composition
13,33%
Evocations exactes
23,33% Non réponses
Non respect de la consigne
63,34%
En 1ère intention, il peut proposer des mots qui ne respectent pas la consigne comme par
exemple tailleur (taille-…), tirelire (tire-…), haut de forme car il donne 1 ou 3 mots mais pas
2 mots comme ce qui est indiqué dans la consigne.
Graphique 51 : troncation
10%
5%
Evocations correctes
Non réponses
Erreurs
morphosémantiques
85%
134
Graphique 52 : siglaison
30%
40% Evocations exactes
Non réponses
Evocations partielles
30%
135
Graphique 53 : réception (dérivation)
7,14%
7,14%
Réponses correctes
Non réponses
Choix de distracteurs
85,72%
Age : 38 ans
Niveau socioprofessionel : 2 (diplôme d‟aide-soignante)
AVC : août 2010, AVC thrombophlébite à gauche
Suivie par une orthophoniste
136
Résultats des bilans :
Elle est de bonne qualité. Cette patiente n‟a seulement pas pu répéter le mot
Tchécoslovaquie, qui est un mot long et complexe, à l‟item répétition de mots du BDAE.
La compréhension est de bonne qualité mais elle obtient 12/15 à l‟item exécution
d‟ordres du BDAE. Elle a plus de difficultés quand la phrase s‟allonge.
au niveau de l‟évocation
Au MMS, elle obtient 2/3 en rappel. Cependant, sa mémoire à court terme et de travail
est correcte. De plus, la patiente nous parle d‟un défaut attentionnel qui la gêne dans le
quotidien et d‟une importante fatigabilité. Sa flexibilité est correcte.
Analyse quantitative
Elle a plus de facilité avec un item composé de 2 morphèmes qu‟avec un item composé
de 1 ou 3 morphèmes. Elle est sensible à l‟effet longueur. On retrouve ce profil dans la
population saine. Cependant, son score à 2 et 3 morphèmes est pathologique ainsi que RS et
PRS.
Elle est plus performante en réception qu‟en production.
En ce qui concerne le caractère opaque, elle est plus performante quand l‟item est
transparent.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
95,25 96,67 98,33 95,44 98,75
98 100 95 95,33 97,5
0,35 0,41 -1,29 -0,02 -0,60
Cette patiente n‟est pas du tout sensible aux distracteurs sémantiques mais se laisse
piéger par les distracteurs morphologiques et morphosémantiques. De plus, elle n‟est pas du
tout sensible aux distracteurs néologiques mais plus aux distracteurs lexicaux.
138
Analyse qualitative
2,50%
8,75%
Graphique 55 : paraphasies
Paraphasies
28,57%
morphologiques
Paraphasies sémantiques
57,15%
Paraphasies
14,28% morphosémantiques
139
Graphique 56 : fluence
1
1
Evocations exactes
Néologismes
Expressions lexicalisées
17
Graphique 57 : composition
13,33%
Evocations exactes
Non réponses
86,67%
En 1ère intention, elle peut donner des mots qui ne respectent pas la consigne comme
mal de gorge (…-gorge) ou sac à main (…-main) qui sont composés de 3 mots au lieu de 2.
3,78%
1,26%
12,94%
Réponses correctes
Non réponses
Paraphasies
Choix de distracteurs
82,02%
Elle ne choisit qu‟1 paraphasie morphosémantique. Parmi les distracteurs, elle choisit 1
distracteur morphosémantique et 1 distracteur néologique.
Age : 67 ans
Niveau socio-professionnel : 2 (armée puis école hôtelière)
AVC : octobre 2007, AVC gauche
Suivi par une orthophoniste
Hémiplégie de la main droite
141
Résultats des bilans :
au niveau de l‟évocation
Sa mémoire à court terme (empan à 8) et de travail (empan à 7) est tout à fait correcte
mais au MMS, à l‟item rappel, il ne restitue qu‟1 mot et fera 1 intrusion (arbre, chêne/fleur).
On note également des éclipses attentionnelles en situation spontanée. En effet, il peut avoir
une idée puis quand on dévie du sujet de conversation, il se ne souvient plus de son idée
initiale. Il obtient 4/5 au MMS à l‟item attention.
Analyse quantitative
142
En épreuve de fluence, il évoque plus de mots suffixés, comme la population saine,
mais il évoque le moins de mots avec radical alors que la population saine évoque moins de
mots avec préfixe. L‟ébauche morphémique semble l‟aider car son score avec préfixe le situe
dans la moyenne alors que son score en ébauche phonémique est un peu faible.
Il réussit mieux l‟épreuve de composition et obtient le taux de réussite le moins élevé
pour l‟épreuve d‟abréviation, comme les personnes saines.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble des épreuves du protocole est correct. Il met 11
minutes de plus que la population saine.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
95,67 70 99,17 86 100
94 90 100 92,66 100
-0,45 1,05 0,41 0,75 0
Ce patient n‟est pas du tout sensible aux distracteurs morphosémantiques mais plus aux
distracteurs morphologiques et sémantiques, comme la population saine. De plus, il n‟est pas
du tout sensible aux distracteurs néologiques mais plus aux distracteurs lexicaux.
143
Analyse qualitative
1,25%
2,50% 8,75%
Réponses correctes
Non réponses
Néologismes
Paraphasies
87,50%
Graphique 60 : paraphasies
28,57%
Paraphasies sémantiques
Paraphasies
morphosémantiques
71,43%
144
Graphique 61 : fluence
1
Evocations exactes
2 Erreurs sémantiques
Néologismes
Expressions lexicalisées
17
Graphique 62 : composition
3,33%
Evocations exactes
Non respect de la consigne
96,67%
En 1ère intention, ce patient produit des mots qui ne respectent pas la consigne comme
pissenlit (…-lit), garde à vous (…-vous) ou haut de forme (haut-…) car il donne 1 ou 3 mots
mais pas 2 mots comme ce qui est indiqué dans la consigne.
145
Graphique 63 : troncation
15%
Evocations correctes
Erreurs
morphosémantiques
85%
Graphique 64 : siglaison
10%
Evocations exactes
Erreurs lexicales
90%
146
Graphique 65 : réception (dérivation)
5,71% 1,42%
Réponses correctes
Non réponses
Choix du distracteur
92,87%
Age : 57 ans
Niveau socio-professionnel: 2 (CAP mécanique générale)
AVC : 2001, AVC gauche
Suivi par une orthophoniste
147
Résultats des bilans :
Elle est de bonne qualité mais son orthophoniste relève des difficultés en ce qui
concerne le langage élaboré. De plus, on retrouve des erreurs visuo-attentionnelles en lecture
qui entraînent des paralexies (pot/point, intérieur/international) aux items du BDAE. Des
difficultés au niveau du lexique orthographique sont également notées. D‟après le patient il
aurait plus de difficultés qu‟avant son AVC à retrouver l‟orthographe des mots et il se pose
toujours plein de questions pour décider de la lexicalité (phisitien, huite, distrète). La syntaxe
est quant à elle de bonne qualité.
au niveau de l‟évocation
148
3. Notre protocole : résultats et analyses
Analyse quantitative
En épreuve de fluence, ce patient donne plus d‟évocations de mots avec radical que de
mots suffixés et préfixés. Il donne très peu de mots avec suffixe contrairement à la population
saine. Son score est d‟ailleurs un peu faible.
Son meilleur taux de réussite est en épreuve d‟abréviation et le moins bon en dérivation.
Le temps mis pour réaliser l‟ensemble des épreuves du protocole est pathologique. Il
met 22 minutes de plus que la population saine.
En ce qui concerne la longueur de l‟item, son profil est identique à la population saine
c‟est-à-dire 2>3>1. Il est sensible à l‟effet longueur. Au niveau de la position de l‟affixe, voici
son profil PR>RSS>RS>R>PRS. A PRS son score est un peu faible.
Il est plus performant en réception qu‟en production.
Ce patient est plus performant quand l‟item est transparent.
Distracteurs
Morphologique Sémantique Morphosémantique Lexical Néologique
94,58 91,67 99,17 93,89 98,75
98 80 100 92 100
1,35 -1,19 0,41 -0,87 0,60
149
Il n‟est pas du tout sensible aux distracteurs morphosémantiques mais plus aux
distracteurs morphologiques et surtout sémantiques, comme la population saine. De plus, il
n‟est pas du tout sensible aux distracteurs néologiques mais plus aux distracteurs lexicaux.
Analyse qualitative
1,25%
12,50%
5,00%
Réponses correctes
Non réponses
Néologismes
Paraphasies
81,25%
Graphique 67 : paraphasies
30% Paraphasies
morphologiques
Paraphasies sémantiques
60% Paraphasies
10% morphosémantiques
150
Graphique 68 : fluence
Evocations exactes
Erreurs sémantiques
21
Graphique 69 : composition
3,33%
Evocations exactes
Non réponses
96,67%
En 1ère intention, il peut donner un mot qui ne respecte pas la consigne comme fer à
cheval (faire-…) car il donne 3 mots au lieu de 2 comme ce qui est indiqué dans la consigne.
5,71%
Réponses correctes
Non réponses
94,29%
ceux qui saturent les tests de langage (BDAE + BNT) : 5 patients : groupe saturé
ceux qui ne saturent pas les tests de langage : 5 patients : groupe non saturé
Nous allons essayer de voir si les personnes qui saturent les tests composés de mots
simples ont plus de difficultés avec les mots construits et si ceux qui ne saturent pas les tests
de mots simples, ont plus de facilité avec les mots construits ou au contraire plus de
difficultés à les traiter. Nous allons faire ici une synthèse des résultats des sujets aphasiques
par épreuve et par variable linguistique en comparaison à la population saine.
152
A. Par épreuve
1. Modes de formation
Groupe saturé
La majorité de ces patients sont plus performants en épreuves de composition et le
mode de formation le plus échoué en majorité est la dérivation. 1 seul patient a des scores
pathologiques en dérivation et abréviation.
2. Fluence
Groupe saturé
La majorité des patients produisent plus de mots suffixés que préfixés ou avec radical. 1
seul patient a un score pathologique sur les mots suffixés.
153
toucher les 3 épreuves de fluence. 1 patient a des scores faibles pour les 3 épreuves et le
dernier patient a un score faible avec les mots dérivés d‟un radical.
Groupe saturé
Ils ont tous de meilleurs scores en modalité réceptive que productive. 1 seul patient a
des scores pathologiques en réception et en production.
154
en réception soit en production ou les deux. Leur taux de réussite est trop faible par rapport à
la population saine. Le score pathologique est plus lourdement touché en production.
Dans la littérature, on ne relève pas de cas d‟aphasique qui aurait un trouble spécifique
de la compréhension des structures morphologiques à l‟oral. Si un trouble est avéré sur les
mots construits ce serait plutôt dû à un déficit de compréhension lexicale, sémantique,
syntaxique ou une baisse des ressources computationnelles selon Jakubowicz et Goldblum
(cité par B. Lechevalier et coll., 2008).
Parmi les patients qui ont un léger trouble de compréhension sur les épreuves des pré-
tests, tous ont un trouble avec les mots complexes. Il est parfois même plus accentué. Aucun
patient n‟a plus de facilité de compréhension face aux mots complexes. Cela contredit la
théorie qui part du principe que nous comprendrions les mots complexes plus aisément car
décomposer un mot en morphèmes aiderait à mieux comprendre un mot inconnu (J.P. Babin,
1998 et P. Colé et coll., 2004).
4. Distracteurs
Groupe saturé
La majorité de ces patients se font piéger par les distracteurs sémantiques et beaucoup
moins par les distracteurs morphosémantiques. 1 seul patient a des scores pathologiques sur
les 3 distracteurs.
Les patients choisissent plus de distracteurs lexicaux que néologiques. Ils se font piéger
par les mots appartenant au lexique. 1 seul patient a 1 score pathologique sur les distracteurs
lexicaux.
155
Moyenne des deux groupes
Parmi les 6 patients qui ont des scores pathologiques face aux différents distracteurs,
tous ont un score pathologique face aux distracteurs morphosémantiques. Ces derniers sont
les moins choisis par la population aphasique mais beaucoup plus choisis par rapport à la
population saine, ce qui explique les scores pathologiques. Ce sont les distracteurs
sémantiques les plus choisis. La population aphasique se fait piéger par les mots qui
entretiennent un lien unique de sens avec le mot-cible. Elle privilégie la démarche sémantique
à la démarche morphologique.
De plus, 5 patients ont des scores pathologiques soit face aux distracteurs lexicaux, soit
face aux distracteurs néologiques ou les deux. Les scores sont lourdement pathologiques face
aux distracteurs néologiques car la population saine n‟en choisit quasiment pas alors que
certains aphasiques choisissent pratiquement autant de distracteurs lexicaux que néologiques
voire plus pour 1 patient.
5. Temps
Groupe saturé
1 seul patient a un score correct concernant le temps. Tous les autres ont des scores
pathologiques ou faibles.
156
B. Par variable linguistique
1. Opacité du dérivé
Groupe saturé
Tous les patients ont de meilleures performances face aux dérivés transparents. 1 seul
patient a un score pathologique face aux dérivés transparents.
2. Position de l‟affixe
Groupe saturé
La majorité des patients sont plus performants face aux mots composés de
Préfixe+Radical et moins performants face aux mots composés de Préfixe+Radical+Suffixe.
3 patients ont des scores pathologiques sur 1 ou plusieurs types de construction.
157
Moyenne des deux groupes
La position qui entraîne le plus de scores pathologiques est Radical+Suffixe+Suffixe
(7 patients). C‟est la position la moins bien traitée dans la population saine. On retrouve ces
mots doublement suffixés dans l‟épreuve de la Formation d’adverbes suffixés à partir de
noms (douleur > douloureusement) et dans l‟épreuve de Complétion de phrases (loi >
législation). La difficulté réside dans les différentes modifications formelles des dérivés par
rapport à la base. C‟est d‟ailleurs avec ce type de mots qu‟un patient obtient son seul score
pathologique du test aussi bien avec des dérivés opaques que des dérivés transparents. La
difficulté est donc due aux différentes modifications formelles suffixales.
3. Longueur morphémique
Groupe saturé
La majorité des patients sont plus performants quand l‟item est composé de 2
morphèmes et moins performants quand l‟item est composé de 3 morphèmes. Ils sont
sensibles à l‟effet longueur. 2 patients ont des scores pathologiques sur les mots à 2 et 3
morphèmes.
158
donc un rôle dans la construction des mots complexes. Notons qu‟1 patiente, qui n‟a que de
très légères difficultés mnésiques, obtient tout de même un score pathologique sur les items à
2 et 3 morphèmes. La difficulté est donc liée à autre chose qu‟un trouble mnésique pour cette
dernière.
9 patients sur 10 rencontrent des difficultés face à des mots construits. Pour les patients
qui ne saturaient pas les tests de langage, les mots construits aggravent leurs difficultés
lexicales. Pour ceux qui saturaient les tests de langage, les mots construits engendrent
également plus de difficultés.
Nous allons classer tous ces patients selon 4 niveaux de difficultés en fonction du
nombre de scores pathologiques aux différentes variables :
Aucune difficulté
Difficultés légères : 1 seul score pathologique
Difficultés moyennes : entre 1 et 4 scores pathologiques
Difficultés importantes : plus de 4 scores pathologiques
1 1
Aucune difficulté
Difficultés légères
Difficultés moyennes
1
Difficultés importantes
159
Graphique 72 : regroupement des 5 patients qui ne saturent pas les tests de langage
Les mots construits sont donc plus complexes à analyser pour la plupart de ces patients.
Ce test est d‟autant plus intéressant pour les patients qui saturent les tests de langage car il
permet de mettre en évidence des difficultés plus profondes, que l‟on ne peut voir avec les
tests d‟aphasie classiques. Il affine le profil aphasiologique de ces patients et permet de cibler
les difficultés. Ce protocole met aussi en évidence que les mots construits ne facilitent pas la
production chez des patients ayant à la base des difficultés face aux mots simples. Ce test
s‟adapte donc plutôt à des aphasiques modérés et non à des aphasiques sévères. Pour l‟unique
patient chez qui on ne retrouve aucune déviance, le trouble ne se trouve donc pas dans le
domaine morphologique.
Nous allons à présent faire un classement des erreurs retrouvées lors des épreuves de
production en dérivation, fluence, composition, troncation, siglaison et en épreuves de
réception. Les nombres sont en pourcentage. RC : réponses correctes, NR : non réponses,
NEO : néologismes, EL : expressions lexicalisées, EP : évocations partielles, Paraphasies
m.,s., m.s. : morphologiques, sémantiques, morphosémantiques, CS : changements de sens,
CD : choix de distracteurs, NRC : non respect de la consigne.
160
A. Production
Les non-réponses sont plus fréquentes que les réponses erronées et parmi les réponses
erronées, les paraphasies sont majoritaires.
Graphique 74 : paraphasies
80
72,71
68,73
70
60
50
40 Groupe saturé
0
Paraphasies m. Paraphasies s. Paraphasies m. s.
Les erreurs sémantiques sont les moins fréquentes comme chez la population saine. Ce
type d‟erreur s‟éloigne de la parenté morphologique imposée entre le mot-cible et la réponse.
161
Les sujets essaient malgré tout de respecter la contrainte morphologique. Les erreurs
morphologiques et surtout morphosémantiques sont les plus nombreuses.
B. Fluence
18
16 15,25
14
12
10 9,2
8 Réponses correctes
6
4
2
0
Groupe saturé Groupe non saturé
Le groupe saturé produit 6 mots de plus en moyenne que le groupe non saturé.
162
C. Composition
100 91,32
90
80
67,99
70
60
50 Groupe saturé
40 Groupe non saturé
30
17,99
20
7,99 7,99
10 4,66
0 0,66 0 1,33
0
RC NR Néo. EL EP
Les sujets sains totalisent 88,89% de réussite à ces items alors que les sujets
aphasiques totalisent 79,65% de réussite. Les patients produisent plus de non réponses que de
réponses erronées, comme la population saine. Le profil d‟erreurs est le même dans la
population saine.
D. Troncation
163
Les sujets sains totalisent 91,04% de réussite alors que les sujets aphasiques totalisent
84% de réussite. Les sujets aphasiques produisent plus d‟erreurs morphosémantiques que de
non-réponses, comme la population saine.
E. Siglaison
F. Simplifications et substitutions
Simplifications
164
Omission du 2e suffixe –ment : culturellement > culturel, méthodiquement >
méthodique
Omission du joncteur : dédaigneusement > dédaignement
Omission du joncteur et du 1e suffixe : dédaigneusement > dédaiement (le e
pourrait être considéré aussi comme une substitution soit du 1e suffixe, soit du
joncteur), dédainement (ou substitution).
Substitutions
Les substitutions sont les productions les plus retrouvées. Les patients produisent en
général des mots ayant la même longueur morphémique que le mot attendu.
165
G. Réception
VI. Les patients qui n‟ont que des troubles en langage élaboré
Ce test met-il en évidence pour ces personnes une perturbation au sein du système
lexical exclusivement pour les mots construits ?
Le 1er patient, qui a un score un peu faible en fluence phonologique de mots simples
(-1,3 ET) n‟a plus de difficultés face à la fluence de mots complexes. Ces mots sont donc pour
lui plus faciles à produire. L‟ébauche morphémique préfixale est plus aidante que l‟ébauche
phonémique. De plus, le temps mis pour réaliser l‟ensemble des épreuves du protocole donne
un score un peu faible (-1,43ET). Ce patient est donc globalement performant avec les mots
complexes mais a besoin de plus de temps que la population saine. Son trouble en langage
élaboré ne peut donc pas s‟expliquer par une perturbation au sein du système lexical
seulement sur les mots construits.
Le 2nd patient, qui n‟a aucun score pathologique en fluence de mots simples, obtient un
score faible (-1,63ET) en fluence de mots suffixés. De plus, à la position PRS, il obtient le
score de -1,57 ET, ce qui est faible. A l‟effet longueur, il n‟a aucun score pathologique mais
cette combinaison de morphèmes le met en difficultés. Ajoutons qu‟il obtient le score de
-3,78ET concernant le temps. Ce patient est donc très lent face aux épreuves de mots
complexes. Ce test met donc en évidence des lacunes sur les mots complexes chez ce patient.
166
Le profil est finalement assez différent pour ces deux patients. Ils mettent tout deux plus
de temps que la population saine. Le 1er patient est aidé par l‟ébauche morphémique en
fluence préfixale alors que le 2nd patient est plus en difficultés face aux mots complexes.
On peut donc répondre à la question de départ : ce test peut mettre en évidence une
perturbation au sein du système lexical sur les mots construits mais d‟autres troubles semblent
être mis en cause.
167
DISCUSSION
168
I. Difficultés rencontrées
A. Population témoin
3. Comportement
Nous avons observé schématiquement deux types de profils : les personnes intéressées par
ce test, dans le souci de bien faire et les autres, qui ne comprenaient pas bien ce que nous
attendions d‟eux, faisaient les épreuves rapidement et abandonnaient quand la tâche devenait
trop compliquée pour eux. Il a donc été très important d‟expliquer notre démarche et préciser
l‟anonymat afin d‟essayer de les rassurer. Nous avons remarqué que certaines personnes
saines étaient dans la crainte d‟être jugées sur leurs capacités et se dévalorisaient. Les
personnes aphasiques, au contraire, étaient toutes dans le souci de bien faire malgré un déni
des difficultés parfois. Cette population, bénéficiant pour la plupart de rééducation
orthophonique, est habituée à stimuler ses compétences langagières dans un cadre rééducatif
alors que certaines personnes saines ont eu l‟impression « de revenir à l‟école » et de stimuler
leur langage dans un cadre éducatif, scolaire.
B. Population aphasique
170
2. Profils différents
Le projet de départ était d‟interroger uniquement des personnes avec une aphasie
modérée ou ayant une récupération lexicale satisfaisante. Nous avons finalement sélectionné 5
patients qui saturaient les tests de langage du BDAE et du BNT. Puis nous avons ajouté 5
patients, qui eux ne saturaient pas les tests. Le but était de voir si la morphologie lexicale, ses
règles de construction et son lexique relativement motivés, était à l‟origine d‟un processus de
facilitation lors de l‟accès lexical ou au contraire si les mots construits, plus complexes que
les mots simples étaient plus difficiles à traiter. Ces deux groupes de patients n‟ont donc pas
le même profil et même au sein de chaque catégorie le profil d‟aphasie de chaque patient est
évidemment différent. L‟analyse de chaque aphasique combine alors plusieurs éléments et est
donc plus complexe.
Il aurait peut-être été plus pertinent de classer ces patients selon deux ensembles plus
stricts car les tests de langage de mots simples sont les seuls moyens que l‟on a envisagés
pour les départager. Or, certains patients qui saturent les tests de langage du BDAE et du
BNT, présentent d‟autres troubles assez marqués comme un trouble de l‟évocation en fluence,
des troubles de la mémoire à court terme et de travail et/ou des troubles de la flexibilité. Il
aurait peut-être mieux valu choisir d‟un côté, des patients dont les seuls troubles existants
apparaissent lors de la production du langage élaboré et non pas à travers des tests
aphasiologiques classiques et de l‟autre, des patients dont les troubles sont mis en évidence à
travers des tests aphasiologiques. Nous n‟avons que deux patients dans notre étude dont les
troubles ne sont mis en évidence qu‟en langage élaboré. Rappelons que le langage élaboré
regroupe la syntaxe, la pragmatique et ce qui nous intéresse tout particulièrement : le lexique
(synonymes, paronymes, antonymes, polysémie).
171
C. Analyse des résultats
plusieurs catégories comme le terme -ment par exemple qui est à la fois un morphème
dans admirablement, un verbe dans il ment et une suite de lettres dans dément,
plusieurs sens comme dans les morphèmes homonymes (mots en -age),
plusieurs formes : morphèmes allomorphes où un morphème possède différentes
formes suite à un phénomène de dérivation comme dans sel et salé.
Il est également difficile d‟analyser une production qui mêle à la fois un trouble
arthrique et un trouble morphologique car les deux sont parfois difficiles à dissocier.
172
II. Epreuves : résultats et observations
A. Par épreuve
1. Fluence
Préfixes
Le préfixe est perçu avant la racine. Seulement le préfixe est généralement formé d‟une
séquence de phonèmes appartenant à un nombre trop important de mots pour pouvoir être
efficacement analysé. La cohorte (modèle de Marslen-Wilson) est trop élevée donc le choix
lexical est plus large. Par exemple, que ce soit le mot souffler (pseudo-affixé) ou le mot
soulever (base+affixe), l‟analyse est la même c‟est-à-dire que les préfixes sont alors identifiés
comme des mots monomorphémiques. On ne peut donc envisager de décomposition
prélexicale efficace. De plus, les mots préfixés sont toujours transparents (J. Gardes-Tarmine
1990). Notons que l‟ébauche phonémique aide le plus souvent le patient donc on pourrait
envisager que le préfixe, ébauche morphémique, l‟aide aussi. Les préfixes semblent donc plus
faciles d‟accès.
Or, ils sont moins faciles d‟accès que les suffixes (suffixe -erie fréquent dans le
lexique). Les patients évoquent peu de mots préfixés, comme chez la population saine.
Cependant, ils sont plus faciles d‟accès que l‟ébauche phonologique pour certains patients qui
avaient un score pathologique en fluence phonologique.
173
Suffixes
Contrairement aux mots préfixés, pour les mots suffixés, l‟identification de la base se
réalise avant le suffixe et donc une analyse morphologique est nécessaire avant l‟accès à la
forme globale. Il y a un effet conjoint de la fréquence de base et la fréquence de surface. De
plus, les mots suffixés sont souvent opaques avec modification formelle de la base et leur
signification est plus abstraite (N. Marec-Breton et coll., 2005). Le suffixe possède moins de
« sémantisme » que le préfixe puisque le sens est plutôt privilégié dans le radical. Les mots
suffixés semblent alors plus complexes d‟accès.
En effet, ce sont les mots qui engendrent le plus de scores pathologiques mais la
population aphasique produit quand même plus de mots suffixés que préfixés ou avec radical,
comme chez la population saine, car le suffixe -erie est très fréquent dans le lexique. De plus,
pour produire un mot suffixé, la personne peut se servir de séries lexicales déjà constituées
(-erie : noms de magasin). Cela peut être une aide à la production. Par ailleurs, 1 patient qui
ne présente aucun trouble en fluence lors des pré-tests, obtient un score assez faible (-1,63ET)
au niveau des mots suffixés du test. Cela confirme une étude de Berko (cité par M. Labelle et
C. Roy, 2007) qui met en évidence que les items suffixés sont plus difficiles d‟accès.
2. Dérivation
Les résultats face aux épreuves de dérivation montrent que ce processus ne semble pas
être une aide pour le patient aphasique mais une complexité supplémentaire.
Lors de l‟épreuve qui consiste à évoquer des contraires préfixés (sain > malsain), les
patients produisent souvent des mots avec le préfixe –in car c‟est le préfixe par excellence
pour signifier le contraire de et ce préfixe est donné de surcroît dans le mot exemple. Quand
ils ne trouvent pas le bon préfixe en 1ère intention, les patients essaient avec ce préfixe puis le
gardent ou le changent quand ils se rendent compte que cela ne forme pas un mot appartenant
au lexique (faste > infaste). De plus, les patients ont souvent tendance à chercher la définition
du mot-cible. Cela leur apporte parfois une aide pour trouver le contraire. Ils ne procèdent pas
d‟une démarche morphologique mais plutôt d‟une démarche sémantique dans un premier
temps. En effet, selon une étude de L.J. Kuo et R.C. Anderson (2006) le lien sémantique
prime sur la démarche morphologique.
174
La dérivation est un mode de formation complexe car la manipulation des morphèmes,
leur longueur, leur assemblage, leur compréhension et la vérification de la lexicalité
entraînent un effort cognitif important. Le patient doit simultanément prêter attention à la
catégorie, le sens et la forme du mot complexe produit.
3. Famille sémantico-lexicale
Une épreuve du test propose aux patients de choisir des mots de la même famille
lexicale (mots dérivés du même radical, qui ont un élément formel et sémantique commun et
constant) qu‟un mot-cible présenté. Ce mot-cible représente la base des mots de cette famille.
Les termes d‟une même famille doivent être ressentis comme motivés par les locuteurs les
plus novices en morphologie (M.F. Mortureux, 2001).
Le choix réalisé par les patients peut être expliqué par le modèle de Taft et Forster qui
prône une organisation lexicale sous forme morphologique. Ce modèle favorise l‟appariement
mental des mots de même famille. La personne opère d‟abord une décomposition
morphémique entre racine et affixe (chant - eur)/ l‟affixe est maintenu en mémoire (-eur) et la
représentation de la racine (chant) localisée dans le lexique mental/ puis s‟opère une
association de la racine et de l‟affixe qui permet de voir si le mot appartient à la même famille
lexicale que le mot cible.
Selon H. Giraudo (2005), les représentations globales des mots, une fois activées,
permettent l‟activation des représentations morphémiques situées à un niveau supérieur,
imposant une organisation en familles morphologiques. Chaque morphème partage l‟entrée de
leur racine commune dans le lexique mental. Cela évite un problème de redondance d‟une
même information dans différentes représentations lexicales et favorise une économie de
stockage pour la mémoire. Ce processus est rapide mais quand on opère systématiquement
des règles complexes de décomposition, le coût cognitif est important.
De plus, tout mot constitué d‟une séquence de lettres ressemblant à un morphème sera
analysé comme un mot complexe. C‟est le cas du mot chantier par exemple qui est un mot
pseudo-affixé. Ces mots pseudo-affixés nécessitent une étape supplémentaire et un traitement
du mot dans sa forme globale. Le temps mis pour réaliser ces opérations ralentit donc le
processus de traitement.
175
Par ailleurs, lors de cette épreuve, les patients oublient souvent la double consigne
(même forme et même sens) donc ils se font piéger plus facilement par les distracteurs surtout
en fin d‟épreuves. Nous avons dû répéter la consigne la plupart du temps.
Les sujets ont des difficultés aussi à considérer des mots comme étant de la même
famille au niveau sémantique notamment quand le lien est sémantiquement moins évident
comme voie > fourvoiement.
4. Production/réception
Les épreuves de production sont beaucoup plus chutées que les épreuves de réception. Il
s‟agit d‟une tendance qui s‟observe dans tous les tests aphasiologiques. Pour produire un mot
complexe, le sujet doit respecter de manière simultanée le sens, la forme et parfois la
catégorie du mot de base. Tout ceci entraîne un lourd effort cognitif et nécessite une
importante flexibilité mentale.
En réception, les connaissances implicites permettent plus facilement au patient
d‟admettre si le mot est correct ou non, appartient à la même famille lexicale ou est adapté au
contexte phrastique. Notons que 6 patients avaient quelques difficultés de compréhension lors
des pré-tests et elles se confirment avec ce test de morphologie. L‟analyse morphémique
n‟aide donc pas à la compréhension. Les patients aphasiques n‟analysent pas en morphèmes
ce qui pourrait être pourtant une stratégie efficace dans les troubles réceptifs lexicaux.
5. Le temps
6 patients ont des scores pathologiques face au temps mis pour réaliser l‟ensemble des
épreuves du protocole et 2 autres des scores faibles, ce qui montre que la majorité des patients
sont plus lents à accéder aux mots complexes. Leurs difficultés cognitives surajoutées à la
complexité de ces mots construits augmentent cette lenteur cognitive.
176
B. Par variable linguistique
1. Opacité
La transparence entre la base et le dérivé est aidante. Cette notion est confirmée dans
tous les textes de la littérature. Cependant, certains patients ont des résultats quasiment
identiques en transparence et en opacité. La variable opacité semble donc plutôt dépendante
du niveau socio-culturel pour les sujets sains et les sujets aphasiques et non pas dépendante
d‟un accès lexical déficient aux mots opaques.
2. Complexité
Les mots construits engendrent plus d‟erreurs que les mots simples pour les personnes
aphasiques à cause de leur longueur morphémique. Plus le mot est long, plus il est complexe à
produire, à analyser d‟après Dordain et Nespoulous (cités par J.L. Nespoulous, 2006).
Le sujet doit prendre en compte la longueur du mot, soit 1 ou plusieurs morphèmes,
ainsi que la position des affixes. Plusieurs difficultés se combinent simultanément. Etant
donné que la plupart de nos sujets ont des troubles de la mémoire à court terme et de travail,
cette manipulation rend la production plus difficile.
C. Types d‟erreurs
1. Substitutions et simplifications
Les erreurs peuvent porter sur les bases ou les affixes et ce sont plutôt des substitutions
que des simplifications d‟affixes. D‟après J.L. Nespoulous (2006), le plus important pour un
locuteur aphasique est de faire passer un message (aspect sémantique, substitutions de
morphèmes, dyssyntaxie) plutôt que prêter attention à la forme du mot (aspect
177
morphologique, simplifications de morphèmes, agrammatisme). Le locuteur s‟occupe moins
de l‟aspect formel donc il commet des erreurs morphologiques (de forme) mais elles sont
sémantiquement plausibles, interprétables. Ces erreurs forment des mots non existants dans le
lexique français mais que l‟on peut deviner. Cela montre que les savoirs morphologiques
implicites sont préservés. Ces savoirs engendrent des stratégies et une forme de créativité
lexicale.
Le fait de produire en majorité des substitutions à des simplifications engendre des mots
de longueur semblable au mot attendu. Le patient a donc conscience implicitement de la
longueur du mot attendu, de la longueur de la construction à réaliser. De plus, les sujets
substituent des unités en respectant toujours l‟organisation séquentielle des morphèmes dans
le mot construit (les préfixes sont au début du mot et les suffixes à la fin).
2. Paraphasies
3. Néologismes
Les erreurs observées chez les patients aphasiques sont morphologiquement plausibles
car on retrouve des affixes et des bases qui existent dans le lexique français, seulement
l‟association des deux n‟engendre pas toujours un mot existant (sain > désain). Les règles
inconscientes de morphologie n‟ont pas été détériorées par l‟aphasie mais les stratégies
morphologiques sont inadéquates.
En ce qui concerne les expressions non lexicalisées, proches des néologismes,
nombreuses chez les aphasiques, elles sont construites à partir de structures déjà existantes.
C‟est ce qu‟on appelle les erreurs de « surgénéralisation » : appareil-vapeur pour sèche-
cheveux par exemple. La règle est systématisée (mot composé = 2 mots distincts qui
appartiennent au lexique) et le mot est reconstruit.
178
Plusieurs hypothèses expliqueraient ces erreurs de construction qui engendrent des non-
mots :
Un trouble concernant la connaissance relationnelle (relations possibles entre
affixes et base) (Tyler et Nagy, cités par C. Roy et M. Labelle, 2007).
Un stockage erroné dans le lexique mental qui entraîne des erreurs de
conventionnalisation
Notons que les néologismes ne sont retrouvés qu‟en épreuves de production mais
jamais en épreuves de réception. Les patients savent reconnaître un mot qui n‟appartient pas
au lexique mais peuvent en former, car selon eux, leurs mots produits sont
morphologiquement et sémantiquement plausibles donc pouvant de ce fait appartenir au
lexique. Ils peuvent choisir cependant des distracteurs néologiques.
179
IV. Intérêts de l‟étude
A. Population ciblée
180
expressif. On ne retrouve pas de perturbations phonologiques ou syntaxiques mais on
retrouve un léger manque du mot notamment sur les mots les moins fréquents.
La personne produit alors des paraphasies sémantiques et des circonlocutions. Les
mots sont de plus en plus génériques. Ce test pourrait permettre de déceler les troubles
langagiers avant le diagnostic définitif.
Les enfants ayant des troubles du langage écrit et du langage oral. Avant de travailler
sur les manuels de morphologie qui existent, il serait peut-être intéressant de tester
l‟accès aux mots complexes de ces enfants.
V. Limites et perspectives
A. Etudes de cas
Nous avons recruté 10 patients aphasiques pour notre étude. Il aurait fallu
éventuellement augmenter cette population aphasique pour permettre une analyse plus fine car
il est difficile de faire une synthèse de leurs résultats. Ce nombre, quelque peu restreint,
permet tout de même de dégager certaines tendances intéressantes.
B. La rééducation
Ce test de morphologie lexicale peut être utile pour cibler la rééducation à venir si des
troubles sont mis en évidence. Cela va affiner le projet thérapeutique et le travail pourra être
ciblé sur les troubles observés face aux mots construits (opacité, longueur…). En effet, selon
les résultats aux différentes variables, si le sujet a plus de difficultés avec les mots opaques
par exemple, il faudra lui proposer un travail avec ce type de mots en dérivation.
Nous l‟avons vu précédemment, l‟entraînement morphologique est bénéfique aux
enfants ayant des troubles du langage écrit. Plusieurs manuels, jeux et logiciels ont été créés
pour travailler cette notion linguistique. Un manuel intitulé « Entraînement morphologique »
de F. Bois Parriaud et A. James existe à destination de ces enfants avec une partie sur la
stimulation phonologique de la morphologie et autre partie sur la stimulation lexicale de la
morphologie. La dérivation est également travaillée dans le manuel « Des mots pour des
phrases » avec des épreuves de construction de mots et des « déconstructions » et dans le jeu
181
« Le jeu des maisons » de C. Malakpour qui permet de travailler la conscience morphémique
(5 tâches de morphologie dérivationnelle). G. Galibert et S. Pascale-Vella ont créé également
le jeu « Les jeux de morpho ». Il existe aussi des logiciels comme « PAT. De la phrase au
texte. » de M. C. Helloin, M. Lenfant et M.P. Thibault qui travaille la morphologie et la
sémantique et « Sacamo », des mêmes auteurs, qui travaille la morphologie dérivationnelle.
Tous ces supports de prise en charge sont destinés essentiellement à des enfants et des
adolescents. Les épreuves de ces manuels peuvent éventuellement être reprises tout en ciblant
les mots qui pourraient poser problème au patient adulte. Notons que seuls des exercices de
dérivation sont proposés. Les phénomènes de composition et d‟abréviation ne font pas encore
l‟objet de manuels de rééducation. Il serait peut-être intéressant d‟en créer.
C. Travail de métacognition
La métacognition est la connaissance et le contrôle qu‟a une personne sur ses stratégies
cognitives. C‟est un moyen de prendre conscience de ce qu‟elle fait, de réfléchir sur ses
propres mécanismes.
Il serait donc intéressant de faire un travail de métacognition en séance de rééducation
car la plupart des patients recrutés pour notre protocole avaient le souci de bien faire et surtout
de comprendre les mécanismes de construction de ces mots. De plus, la majorité des patients
n‟étaient pas satisfaits de leur niveau lexical et avaient conscience de leurs difficultés. Il n‟a
pas été possible de faire ce travail par manque de temps mais en séance de rééducation il
serait peut-être bénéfique que le patient réfléchisse sur la façon dont il procède pour effectuer
une tâche de construction ou de déconstruction. Des stratégies pourront lui être proposées. Ce
travail permettra aussi au thérapeute de mieux comprendre les mécanismes de son patient et
d‟adapter sa rééducation.
182
CONCLUSION
183
Cette étude, très prenante au niveau de la quantité de travail, m‟a permis à la fois
d‟être au contact de personnes saines et de personnes aphasiques ce qui a été doublement
enrichissant.
Au terme de ce travail, on remarque que 9 patients sur 10 ont rencontré, à des degrés
divers, des troubles face à ce protocole de mots complexes.
Les patients qui ne saturaient pas les tests de langage de mots simples (BDAE, BNT),
ont obtenu des scores profondément pathologiques. Ce test n‟est donc pas adapté à ce type de
population. Une rééducation face aux mots simples doit être la priorité car les mots complexes
ne sont pas une aide à l‟accès au lexique.
En ce qui concerne les personnes qui saturaient les tests de langage, seule 1 personne
n‟a pas rencontré de difficulté. Les 4 autres ont rencontré des difficultés légères (2 patients),
moyennes (1 patient) ou lourdes (1 patient). Ce test est donc adapté pour ces patients puisqu‟il
met en évidence certains troubles face aux mots polymorphémiques, non visibles avec des
tests d‟aphasiologie classiques. Une rééducation sur l‟accès aux mots complexes pourra alors
être envisagée afin de réduire le trouble lexical persistant.
Toutefois, d‟autres critères devraient sélectionner le public concerné car certains
patients saturaient, certes, les tests de langage, mais avaient d‟autres troubles associés
importants. Ce test peut donc également être intéressant face aux personnes n‟ayant que des
troubles concernant le langage élaboré et notamment le lexique élaboré, dont les troubles
linguistiques ne sont pas perceptibles au travers de tests aphasiologiques. En effet, ce test a pu
mettre en évidence des lacunes sur 2 patients qui n‟avaient de troubles qu‟en langage élaboré.
Ce test est donc un outil d‟évaluation qui peut permettre d‟affiner le profil linguistique
de patients aphasiques mais également d‟autres types de patients comme les personnes
atteintes de maladie d‟Alzheimer à un stade précoce, les enfants ayant un trouble du langage
écrit ou oral ou encore des personnes traumatisées crâniennes légères.
184
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