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Ceci n'est pas un tumblr

@unesaisonenenfer / unesaisonenenfer.tumblr.com

A.

C’est une sourde rumeur au long des jours. Moi non plus je n’avais pas connu cela. La bouche sèche à certaines images, on souhaite l’averse de la volupté. Toi, partout, ton goût, les corps tordus, soudés, à certains moments c’est une obsession. J’espère que cela passera. Mais en même temps, c’est ta chaleur qui m’accompagne, un peu comme si j’avais ta main sur moi. Et j’aime cette brûlure et cette souffrance. 

Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès, 17 janvier 1950.

Les remous de la mer miroitaient dans ta robe. Ton corps semblait le flot traître qui se dérobe. Tu m’attirais vers toi comme l’abîme et l’eau ; Tes souples mains avaient le charme du réseau, Et tes vagues cheveux flottaient sur ta poitrine, Fluides et subtils comme l’algue marine.

Cet attrait décevant qui pare le danger Rendait encor plus doux ton sourire léger ; Ton front me rappelait les profondeurs sereines, Et tes yeux me chantaient la chanson des sirènes.

Naïade moderne — Renée Vivien (1901).

To her, there was no touch as instantaneous and intuitive as the gaze. It was close to being the only way of touching without touch. Language, by comparison, is an infinitely more physical way to touch. It moves lungs and throat and tongue and lips, it vibrates the air as it wings its way to the listener. The tongue grows dry, saliva spatters, the lips crack.

Han Kang, translated by Deborah Smith and E. Yaewon, Greek Lessons

La littérature comme seule réalité

Je m'abîmai dans la lecture comme autrefois dans la prière. La littérature prit dans mon existence la place qu'y avait occupée la religion : elle l'envahit tout entière, et la transfigura. Les livre que j'aimais devinrent une Bible où je puisais des conseils et des secours ; j'en copiai de longs extraits ; j'appris par coeur de nouveaux cantiques et de nouvelles litanies, des psaumes, des proverbes, des prophéties et je sanctifiai toutes les circonstances de ma vie en me récitant ces textes sacrés. Mes émotions, mes larmes, mes espoirs n'en étaient pas moins sincères ; les mots et les cadences, les vers, les versets ne me servaient pas à feindre : mais ils sauvaient du silence toutes ces intimes aventures dont je ne pouvais parler à personne ; entre moi et les âmes soeurs qui existaient quelque part, hors d'atteinte, ils créaient une sorte de communion ; au lieu de vivre ma petite histoire particulière, je participais à une grande épopée spirituelle. Pendant des mois je me nourris de littérature : mais c'était alors la seule réalité à laquelle il me fût possible d'accéder.

S. de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée (p. 245)

Mon amour, mon bel et grand amour, je voudrais que tu finisses cette lettre avec une douce chaleur au coeur — avec la certitude de l'amour, avec mes lèvres sur ta nuque et mes bras autour de toi.

Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès, 8 février 1950.

Le vent s'est levé au-dehors et souffle autour de la maison. Mais la pièce est chaude. Je t'imagine. [...] J'aime la nuit, avec toi, les lieux clos, les campagnes retirées, les bouts du monde, mais avec toi. Alors j'attends, avec patience ou avec rage, j'attends ces moments où le monde se dépeuple, où tout se tait, où il n'y a que nous et ces cheveux noirs.

Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès, 16 janvier 1950.

Il me suffisait d’être seul une seconde pour me retrouver dans l’exquise tourmente du désir.  Mon corps se tendait tel un arc; je sentais ses doigts courir sur ma chair, ses caresses pareilles à des morsures rédemptrices se substituer à mes fibres, se muer en frissons, devenir le sang battant à mes tempes.  En fermant les yeux, je percevais jusqu’à son halètement, et mon univers se remplissait de son haleine capiteuse.  La nuit, impossible de renouer avec le sommeil.  Mon lit chargé d’ébats platoniques me tenant en transe jusqu’au matin.   Yasmina Khadra

“Ne me parlent que les choses de la nature : arbres, nuages, cailloux, fossés, chemins ; les animaux aussi qui sont dépouillés de toute nationalité, et les enfants qui, eux, osent encore regarder les choses sans parti pris.”

— Vincent La Soudière, Lettre 118 – 11 mars 1971  

Sometimes I wish I were a cannibal—less for the pleasure of eating someone than for the pleasure of vomiting him.

E. M. Cioran, The Trouble With Being Born, tr. Richard Howard

I have never been able to talk as I think, to anyone. With most people you can only talk about ideas, not the channel through which these ideas pass, the atmosphere in which they bathe, the subtle essence which escapes as one clothes them. Most of the time, I don’t feel like talking about ideas anyway. I am more interested in sensations.

Antonin Artaud

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