gorge
gorge
n.f. [ du lat. gurges, gouffre ]GORGE
(gor-j') s. f.REMARQUE
- Selon Ménage : " Il faut dire : On lui a fait écrire cela le poignard à la gorge et non pas le poignard sur la gorge comme dit Voiture dans ses lettres. " L'usage a donné raison à Voiture. Il est de fait que sur n'a rien de fautif.
HISTORIQUE
- XIIe s. Del gros del poing li a tele donée, à pou la gorge ne lui a effondrée [, Bat. d'Aleschans, V. 6830]
- XIIIe s. Nois [neige] qui par iver s'apure Est, envers sa gorge [d'une dame], oscure à remirer [BRUNEAU DE TOURS, p. 10]
- XIVe s. Vers lui s'adresce touz iriez, Si avoit haucié le pié destre, Dessus la gorge li volt metre Qui miex l'en cuidoit mestroier [, Ren. 5098]Et cil par la gorge l'aert, à deus poins l'estraint, si l'estrangle [, la Rose, 12568]Et ausi puent à Dieu les gorges où traïson est et mençonge [, Psautier, f. 10]Li essaucement de Dieu sunt en leur gorges [des fidèles] [, ib. f° 179]
- XVe s. Et furent ceux de la garnison d'Ardembourch plus soigneux de garder leur ville.... et honorerent grandement entre eux les quatre dessus dits ; car, si ils n'eussent esté, d'Ardembourch estoit perdue, et ils avoient tous les gorges coupées [FROISS., II, III, 229]Or convient un large colet Es robes de nouvelle forge, Par quoy les tettins et la gorge, Par la façon des entrepans, Puissent estre plus apparans [E. DESCH., Miroir de mariage, p. 27]Et alors le duc ayant en gorge tousjours les mots de l'autre avocat passé [G. CHASTEL., Chron. des ducs de Bourg. III, 32]Et si luy escript qu'il luy feroit gehir [avouer] de sa gorge la desloyauté qu'il avoit fait [FENIN, 1424]C'est un morcel fort amer, Car il me tient fort en gorge [, Resurrect. de N. S. J. C]Incontinent que l'autre ouyt Ce bruit, il me print à la gorge [VILLON, Monol. du franc archer de Bagnolet.]
- XVIe s. Bren, ma plume, n'en parlez plus.... Vous me feriez rendre ma gorge [MAROT, III, 46]Elle a tres bien ceste gorge d'albastre, Ce doux parler, ce cler tainct, ces beaux yeux [ID., III, 78]... S'ils le nient, leur impieté sera desja assez conveincue ; en confessant ils se couperont la gorge [CALV., Instit. 93]Les maulx qui me tiennent à cette heure à la gorge [MONT., III, 205]... Que luy mesme avec ses propres voix logeoit le tyran dedans la forteresse, qui luy mettroit un jour le pied sur la gorge [AMYOT, C. d'Utiq. 45]Il y eut des meschans qui coupperent la gorge à ceulx qu'ils sçavoient avoir de l'or et de l'argent [ID., Anton. 62]Il se prit à japper à pleine gorge [ID., Aratus, 9]Crier à gorge rompue [DESPER., Contes, LXXI]J'ai fait une gorge chaude d'une couple de perdrix [ID., ib. LXXIV]Je dis, madame, que Monsieur que voilà a bien estudié ; mais de payer ses estudes de nos gorges [de notre vie], nous n'en pouvons pas comprendre la raison [D'AUB., Hist. II. 337]Les bandes espagnolles qui tenoient le pied sur la gorge au païs, se r'alierent [ID., ib. II, 385]Je luy appris à rire du coin des dents, à parler de la gorge, à peigner ses cheveux, au moins aux pauses des discours [ID., Conf. II, 1]
ÉTYMOLOGIE
- Provenç. gorga, gorja ; portug. gorja ; ital. gorga, gorgia ; du latin gurges. gouffre ; la gorge ayant été comparée à une ouverture béante. Comp. le sanscr. gargara, tourbillon, radical gar, avaler.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
- GORGE.
- Fig. Sauter à la gorge, se dit de quelque chose qui presse et inquiète. L'embarras de choisir un autre général sautait à la gorge [SAINT-SIMON, t. VIII, p. 343, éd. Chéruel.]
- 2. Il était inacceptable que les citoyens fussent appelés devant des espèces de confesseurs financiers, et que, le pistolet sur la gorge, ils fussent contraints de choisir entre leur intérêt et leur devoir, [, Journ. offic. 4 janv. 1872, p. 38]On disait naturellement le poignard sur ou sous la gorge ; si on remplace poignard par pistolet, comme cela se fait souvent, la locution devient absurde : on égorge avec le poignard, mais non avec le pistolet.
REMARQUE
- Ajoutez :
gorge
Couper la gorge à quelqu'un, L'égorger, le tuer. Se couper la gorge.
Se couper la gorge l'un à l'autre, S'entre-tuer. Si vous n'allez pas apaiser la querelle, ils se couperont la gorge.
Se couper la gorge avec quelqu'un, Se battre en duel avec lui. Il veut se couper la gorge avec son rival.
Gorge-de-pigeon, Couleur composée et mélangée qui parait changer suivant les différents aspects du corps coloré, comme celle de la gorge des pigeons. Du taffetas gorge-de- pigeon. Une robe gorge-de-pigeon.
Fig., Tendre la gorge, Livrer sa vie, sans résistance, à un assassin.
Fig., Tenir quelqu'un à la gorge, Le réduire dans un état à ne pouvoir faire aucune résistance à ce qu'on veut de lui.
Fig., Prendre quelqu'un à la gorge, Le contraindre avec violence à faire quelque chose. S'il n'a point d'argent pour vous payer, le prendrez-vous à la gorge? On dit, dans le même sens, Tenir le pied sur la gorge à quelqu'un; lui mettre, lui tenir le pistolet, le couteau, le poignard sur la gorge; et, dans un sens analogue, Avoir le poignard, le couteau sur la gorge, en parlant de la Personne qui est l'objet d'une violence.
Il désigne spécialement le Cou et le sein d'une femme. Elle a la gorge belle. Elle a la gorge plate. Montrer, découvrir sa gorge. Cacher, couvrir sa gorge. Avoir la gorge découverte.
Il désigne, par extension, la Partie supérieure de la chemise d'une femme.
Il se prend aussi pour le Gosier. Avoir mal à la gorge. Avoir un mal de gorge. Il lui est resté une arête, un os dans la gorge.
En termes de Musique vocale, Chanter de la gorge, se dit d'un Chanteur qui ne sait modifier sa voix qu'en resserrant la gorge avec effort. On dit, dans le même sens, Voix de la gorge.
Rire à gorge déployée, crier à pleine gorge, Rire, crier de toute sa force.
Il a menti par la gorge, se dit pour donner fortement un démenti à quelqu'un. Vous en avez menti par la gorge.
Fig. et fam., Faire rentrer à quelqu'un les paroles dans la gorge, L'obliger à désavouer les propos offensants qu'il a tenus.
Pop., Rendre gorge, Vomir après avoir trop bu ou trop mangé. Il signifie, figurément et familièrement, Restituer par force ce qu'on a pris, ce qu'on a acquis par des voies illicites. Cet intendant s'était scandaleusement enrichi : on lui a fait rendre gorge.
En termes de Fauconnerie, Gorge chaude, La chair des animaux vivants que l'on donne aux oiseaux de proie.
Fig. et fam., Faire des gorges chaudes, Faire des plaisanteries plus ou moins malveillantes sur quelqu'un ou quelque chose. L'accoutrement de cet original parut très ridicule : on en fit des gorges chaudes.
Il désigne, par analogie, l'Entrée, l'ouverture, l'orifice de certaines choses. Arriver à la gorge d'un souterrain.
Il se dit encore d'un Passage entre deux montagnes. Les gorges du Tarn, du Var. L'armée souffrit beaucoup en traversant les gorges étroites de ces montagnes.
En termes d'Architecture, il signifie Moulure concave.
La gorge d'une poulie, La cannelure, le creux demi-circulaire qui règne sur la circonférence d'une poulie. On dit de même La gorge d'une serrure.
GORGE se dit aussi d'un Bâton ou morceau de bois tourné auquel on attache les estampes, les cartes de géographie, etc., pour pouvoir les rouler.
gorgé
Il signifie spécialement, en termes de Blason, Qui a le cou ceint d'une couronne dont l'émail est différent de celui de l'animal, en parlant d'un Lion, d'un cygne ou de quelque autre animal.
gorge
Gorge, Signifie quelquesfois le profond de la bouche, attenant au gosier. Selon ce on dit, Il a menti par sa gorge, Il est pendu par la gorge, On luy a couppé la gorge, on l'a esgorgeté, ou esgosillé. Dont aussi Couppegorge, m. penac. Est appelé un vallon qui est pardelà Lysieux, où maint passant est esgorgeté par les voleurs et guetteurs de pas. Quelquesfois la poche de l'oiseau où il met sa viande en serre, dont elle est apres digerée peu à peu, et selon ce les Faulconniers disent, donner raisonnable, bonne, ou grosse gorge, à un oiseau, et l'oiseau a passé, enduit, ou mis à val sa gorge. Ingluuies, Rumen. Quelquesfois la poitrine d'une femme à prendre depuis le col jusques aux tetins du large de la croiseure, et selon ce on dit, Elle va en nuë gorge, Detecto pectore. Elle a belle ou laide gorge, et de cette derniere signification semble que les mots Gorgias, Gorgiase, et Gorgiaseté soient descendus, parce qu'anciennement tant hommes que femmes portoient les habits esgorgetez, et avoient le haut de la poitrine descouvert, lequel pour cette cause ils tenoient lavé, poli et net, avec un collet de chemise esgorgetée, fronsée mignonnement et ouvrée.
Couper la gorge à aucun, Iugulare.
Coupement de gorge, Iugulatio.
Ce qu'on applique à la gorge, Focale focalis.
Rendre sa gorge, Vomere.
Frapper à la gorge, Iugulum petere. B.
On le tenoit à la gorge, Quum faucibus premeretur, expressa est ab eo confessio. B.
gorge
GORGE, s. f. GORGÉE, s. f. GORGER, v. act. [2e e muet au 1er, é fer. aux 2 aûtres; long au 2d.] Gorge, est 1°. la partie du devant du cou. Prendre quelqu'un à la gorge. "Chien qui prend un taureau à la gorge. = Il se prend aussi pour le gosier. "Mal à la gorge ou mal de gorge. On dit en ce sens gorgée pour la quantité de liqueur, qu'on peut avaler à la fois. "Une gorgée de bouillon; et gorger, pour doner à manger avec excès: on les a gorgés de vin et de viandes; Fig. On les a gorgés de biens. "Les soldats se gorgèrent de butin. "Le Néron de l'Angleterre. (Henri VIII.) gorgé de richesses éclésiastiques ne s'en trouva que plus paûvre. Linguet.
2°. GORGE, signifie quelquefois le sein d'une femme. "Elle a trop de gorge. Avoir la gorge découverte. = 3°. Gorge de montagnes, détroit, passage entre deux montagnes. = 4°. Gorge, (n°. 1°.) entre dans {B343b~} beaucoup d'expression figurées, presque toutes du style familier. = Suivant Ménage, on doit dire; on lui a fait écrire cela le poignard à la gorge, et non pas sur la gorge, comme dit Voitûre; mais l' usage est pour le dernier; et l'Acad. dit, mettre, tenir le poignard sur, et non pas à la gorge. = Prendre un homme à la gorge, exiger quelque chôse de lui avec violence. = Couper la gorge à quelqu'un, le ruiner. "Il ne peut parler à M. Colbert: cela nous coupe la gorge. Sév. Se couper la gorge, dire ou faire quelque chôse de nuisible à ses intérêts. — C'est aussi se battre en duel.
Pour de moindres sujets quelquefois on s' égorge.
J'ai vu qu'en cas pareils on se coupoit la gorge.
Barthe.
= Rire sous gorge ou sous cape, (le 2d est le plus usité) rire tout bâs, et sans qu'il y paraisse. "M. de Lavardin rioit sous gorge et contoit tout cela fort plaisamment. Sév. On dit, dans le même sens, d'un ris forcé, qu'il ne pâsse pas le noeud de la gorge. = Rire à gorge déployée, c'est au contraire faire des éclats de rire. = Avoir un noeud à la gorge, être triste au point de pouvoir à peine parler. = Faire rendre gorge, forcer à restituer. Il se dit ordinairement sans régime. d'Avrigni lui fait régir l'ablatif: "Qu'avant six mois, il lui feroit rendre gorge de tout ce qu'il avoit pris. Cette queûe était inutile et rendre gorge sufisait. = Faire gorge chaûde d'une chôse, s'en divertir, en faire son profit.
Elle en fera gorge chaûde et curée.
La Font.
* Mentir par la gorge, vieille expression. "Si vous avez voulu nous charger... que nous ayions fait chose, qu'un gentilhomme aimant son honeur ne doive faire; nous disons que vous avez menti par la gorge. Cartel de François I, à Charles V.
gorge
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gorge
[gɔʀʒ] nfavoir mal à la gorge → to have a sore throat
J'ai mal à la gorge → I've got a sore throat.
avoir la gorge serrée → to have a lump in one's throat