labeur
labeur
n.m. [ lat. labor ]LABEUR
(la-beur) s. m.REMARQUE
- Chateaubriand, au lieu de travail en parlant d'une femme qui enfante, a dit labeurs, en imitation du latin labores qui a ce sens : Adam, témoin des labeurs de son épouse, et recevant dans ses bras Caïn, l'éleva vers le ciel, Génie, I, III, 2.
HISTORIQUE
- XIIe s. De tribulaciun apelai le segnor, e exoït [entendit] mei en laür li sire [, Liber psalm. p. 179]Jà n'iert perie ma labours, Se fins cuers puet d'amors joïr [CHRESTIEN DE TROIES, dans HOLLAND, p. 234]Ne vus metez en eire [voyage] ne en si grant labur [, Th. le mart. 85]
- XIIIe s. À cix [ceux] qui se doivent vivre de lor labor [BEAUMANOIR, XXIV, 13]
- XIVe s. [Il] Aroit fait à vo gré et paiet ma labour [, Baud. de Seb. VII, 651]Mais, se Dieu plaist, par mon labeur pourra estre mieux entendue ceste noble science [ORESME, Prol.]C'est très grascieuse labeurs [J. DE CONDET, p. 173]
- XVe s. Et faut que de nous [paysans] vienne et de nostre labour ce dont ils [les nobles] tiennent les estats [FROISS., II, II, 106]Voult de rechef Bouciquaut aller au labeur d'armes en frontieres au pays de Picardie [, Bouciq. I, 13]Les nobles hommes, citadins, mechaniques, gens de labeur et de toutes autres conditions [, Perceforest, t. IV, f° 3]
- XVIe s. Jouir du fruit de son labeur [AMYOT, Arist. et Caton comp. 8]Qui aime labeur parvient à honneur [LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 382]
ÉTYMOLOGIE
- Provenç. labor, laor ; espagn. labor ; ital. lavoro ; du lat. laborem, labeur. Labor tient au radical sanscrit rabh, désirer, agir violemment ; il s'y rapporte lettre pour lettre, l'r du sanscrit se changeant en l dans le latin (voy. le radical sanscrit ruc, lat. lucere) ; le sanscrit â-rabh, agir avec vigueur, a donné l'ancien haut allem. arapeit, d'où l'allemand moderne Arbeit, travail. Dans les meilleurs textes, labeur, labor, labour est du féminin, comme c'est la règle quand un nom latin en or se transforme en mot français ; mais on le trouve aussi masculin de bonne heure ; c'est cette irrégularité qui s'est implantée dans la langue moderne. On remarquera laür, fait suivant les règles de l'ancienne langue, qui laisse tomber les consonnes latines intermédiaires.
labeur
LABEUR, en termes d'Imprimerie, se dit des Travaux de composition et de tirage importants, par opposition aux travaux de moindre importance, dits Ouvrages de ville. Cette imprimerie ne fait que le labeur. Il désigne aussi les Caractères typographiques employés pour des travaux et qui s'opposent aux caractères de fantaisie. Ce labeur est du corps dix.
labeur
Labeur, Opera, Labor.
Labeur qu'une personne prend d'elle mesme, Verus labor.
Labeur et travail, Industria.
Labeur plus fortuné, Industria foelicior.
Continuel labeur, Labor continens.
Labeur vain, Labor ineptus.
Labeur qui n'est point penible ne difficile, Leuis labor.
Labeur plus aisé, Expeditior labor.
Labeur qui ne fasche ou ennuye point, où on prend plaisir, Blandus labor.
Relaschement de labeur, Laxamentum.
Un labeur extreme, Summus labor.
Chose de grand labeur, et difficile, ou penible, Res operosa.
Ce labeur est grand, et requiert beaucoup de gens et grand aide, Manus multas poscit hoc opus.
¶ Accroistre d'un an le labeur, Annum addere labori.
Achever son labeur ordonné, Iusta operum peragere.
Alleger et diminuer le labeur, Laborem leuare, vel releuare.
Defaillir au labeur, Labori succumbere.
Employer son labeur et sa peine, Operam insumere.
Fuir le labeur, Se labori subtrahere, Laborem fugere.
Promettre son labeur à aucun, Operam suam profiteri.
Vaincre le labeur, Superesse labori.
¶ Le labeur et travail de la guerre, Graue Martis opus.
Labeurs qui se font de jour, Labores diurni.
Ton labeur est prolongé d'un an, Additus est annus tuo labori.
Par mon labeur et diligence, Opera mea.
Le labeur endurcit une douleur, Labor callum dolori obducit.
Ils sont marris de nostre labeur, Offendit eos noster labor.
labeur
LABEUR, s. m. Travail. La Touche le trouvait très-beau en Poésie et dans le style relevé: il ne conseillait pas de s'en servir ailleurs. Il ajoute qu'on le dit encôre dans certaines phrâses: Vivre de son labeur; ouvrage d'un grand labeur; une terre en labeur; c. à. d. en bon labourage, bien cultivée. — Ce mot en est toujours au même point, un peu vieux, peu usité, employé par quelques Auteurs, n'étant ni proscrit, ni adopté par l'usage. "Il pensoit que c'étoit un labeur au-dessus de mes forces. Mme. Dacier, Odyss. "Un domestique, dont Dieu a béni le labeur. Ibid. "Le travail de limer et de polir ses propres vers est encôre ennuyeux... J'en apelle à témoins les Poètes, à qui la persévérance dans ce labeur a manqué. L'Abé Du Bos. "Dieu a dit à l'homme... Transmets à tes enfans le fruit de ton labeur. Moreau. = Plusieurs condamnent terres en labeur, et veulent qu'on dise, en labour. Ils se trompent: ces deux locutions ont des sens diférens. Une terre en labeur, est une terre cultivée, qui n'est pas en friche. Une pièce de terre en labour, est celle qui est préparée pour recevoir la semence.