JDJ 330 0058 PDF
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Attendu qu’en l’état de ces éléments, force est de constater que en l’occurrence est demandeur de protection - mais la mainlevée
la décision du juge des enfants crée, au détriment du requérant, de la mesure généralement décidée sur base d’une radiographie
une situation dommageable qu’il est, par hypothèse, en cas d’in- osseuse dont il n’est plus besoin de convaincre que ses résultats
firmation de cette décision, impossible à faire disparaître rétroac- sont plus que douteux, d’autant que dans l’espèce commentée,
tivement; que l’exécution provisoire génère donc un risque de l’authenticité de l’acte de naissance du jeune n’était pas remise
conséquences manifestement excessives; qu’il convient en consé- en cause.
quence de l’arrêter; Bien que les conséquences d’une telle décision soient dramatiques
Attendu dès lors qu’en date du 23 octobre 2013, monsieur S. a - le jeune est envoyé à la rue, face à tous les dangers - il est rare
formé une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle, il n’a pas qu’elle soit prise après avoir convoqué et entendu la personne sur
encore été statué, il y a lieu de l’admettre à titre provisoire, au les moyens de défense, notamment l’authenticité des documents
bénéfice de cette aide; d’identité établissant son âge.
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lui paraît utile. Il peut dispenser le mineur de se présenter ou or- Et pour cause ! Il s’agit d’un jeune qui a fait l’objet d’une mesure
donner qu’il se retire pendant tout ou partie de la suite des débats. le confiant à l’Aide sociale à l’enfance de Meurthe-et-Moselle le
Les conseils des parties sont entendus en leurs observations». 22 juillet 2013, levée le 27 septembre alors que cet enfant était
La dispense au mineur «de se présenter» ou l’ordre «qu’il se re- parvenu à être mis hors de danger et à se stabiliser, notamment
tire» ne peut s’entendre que moyennant une motivation sérieuse en entreprenant une scolarité. Il s’agit d’une décision particuliè-
quant à la délicatesse du dossier, notamment quand il s’agit rement violente que nous définissons comme une «maltraitance
d’évoquer dans le cabinet du juge des éléments particulièrement institutionnelle», dès lors que par l’effet de cette mainlevée, il se
sensibles, susceptibles d’être traumatisants pour l’enfant s’ils retrouve «en situation d’isolement et n’a pas de domicile fixe et
viennent à sa connaissance... ce qui n’est pas le cas s’agissant du de lui faire perdre le bénéfice de la prise en charge instituée à son
retrait d’une mesure de protection pour cause de contestation sur profit», comme l’indique la décision commentée.
l’âge du MIE. La décision fustige également un des moyens de défense du dé-
L’article 1193 concerne la procédure devant la Cour d’appel, sans partement de Meurthe-et-Moselle s’agissant de l’alternative pré-
qu’une dérogation à l’audition des parties soit prévue : «L’ap- sentée dans le cadre de l’aide aux jeunes majeurs, alors que l’on
pel est instruit et jugé par priorité en chambre du conseil par la sait parfaitement que les conseils généraux entreprennent toutes
chambre de la cour d’appel chargée des affaires de mineurs sui- les stratégies pour en accorder de moins en moins le bénéfice aux
vant la procédure applicable devant le juge des enfants». MIE atteignant l’âge de la majorité. Alors, qui eût pu croire qu’un
On ne peut donc conclure, comme le fait le magistrat, que l’audi- jeune «viré de l’ASE» pour une tromperie sur son âge puisse bé-
tion est «facultative». Elle est plutôt «de droit» sauf si un élément, néficier de ce dispositif accordé avec parcimonie ?
tenant notamment à l’intérêt de l’enfant s’y oppose, ce qui n’est C’est à juste titre que l’ordonnance du premier président souligne
pas le cas dans l’espèce commentée.. que, dès lors que la suspension provisoire ne serait pas accordée,
On peut également relever que l’absence d’audition préalable, l’affaire venant à l’examen de la Cour d’appel «en cas d’infir-
contraire à une règle élémentaire des droits de la défense, consti- mation de cette décision, [il est] impossible à faire disparaître
tue un moyen prévu par la loi pour solliciter la suspension de rétroactivement [une situation dommageable]; que l’exécution
l’exécution provisoire attachée de plein droit aux ordonnances provisoire génère donc un risque de conséquences manifestement
prises dans le cadre de l’article 375, al. 1 du Code civil : «Le excessives; qu’il convient en conséquence de l’arrêter».
premier président peut arrêter l’exécution provisoire de droit en
cas de violation manifeste du principe du contradictoire ou de
l’article 12» (art. 524 CPC), la disposition citée prévoyant : «Le OVNI judicaire
juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui
sont applicables».
Parquet du procureur de la République de Paris –
En l’espèce, la décision du juge des enfants ordonnant la main-
2 octobre 2013 - Mainlevée d’ordonnance aux fins de
levée d’une OPP sans avoir entendu l’enfant pourvu de discer-
nement constitue une double violation des règles : l’absence de placement provisoire (assistance éducative)
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en le confiant à un service d’aide sociale à l’enfance ou à un éta- prérogative ne fait pas partie des dispositions accordant le «même
blissement habilité à accueillir des mineurs d’âge. pouvoir» au procureur. Et pour cause...
La seconde limite : le parquet est tenu de saisir «dans les huit
Art. 375-5 du Code civil : «À titre provisoire mais à charge jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera
d’appel, le juge peut, pendant l’instance, soit ordonner la remise la mesure». Le texte est portant bien clair : seul le juge dispose
provisoire du mineur à un centre d’accueil ou d’observation, soit de la compétence de modifier la mesure prise en urgence par le
prendre l’une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. parquet.
En cas d’urgence, le procureur de la République du lieu où le D’une certaine manière, dès que le parquet a pris la décision de
mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans placer l’enfant, il est dessaisi du dossier, même si la mesure qu’il
les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou a prise perdure jusqu’à l’intervention de la décision du juge dans
rapportera la mesure. Si la situation de l’enfant le permet, le pro- la quinzaine de sa saisine : «il convoque les parties et statue dans
cureur de la République fixe la nature et la fréquence du droit de un délai qui ne peut excéder quinze jours à compter de sa saisine,
correspondance, de visite et d’hébergement des parents, sauf à les faute de quoi le mineur est remis, sur leur demande, à ses parents
réserver si l’intérêt de l’enfant l’exige». ou tuteur, ou à la personne ou au service à qui il était confié».
La disposition accordant au parquet l’exercice de ce pouvoir exor- Il est donc tout à fait exclu que le parquet dispose du pouvoir de
bitant repose sur une condition et deux limites. prononcer la mainlevée de la mesure qu’il a prise. S’il se rend
compte qu’il a commis une bourde, en plaçant un enfant qui ne
La condition : l’urgence. C’est un pouvoir dont le parquet ne peut devait pas l’être, en se trompant de personne, en se trompant sur
user à sa guise. L’urgence suppose qu’il convient d’agir immédia- l’âge... il ne peut que se précipiter dans le bureau du juge pour
tement à l’égard d’un enfant en danger alors que le (ou les) juge(s) le convaincre de modifier la mesure. La saisine «dans les huit
des enfants ne sont pas disponibles. La loi ne prévoit pas, comme jours» ne lui interdit nullement de solliciter l’intervention du juge
le voudrait la circulaire du 31 mai 2013 sur la répartition des mi- dans un laps de temps plus court et le juge dispose des moyens de
neurs isolés étrangers (MIE) sur le territoire national, d’accorder statuer avant l’expiration de la quinzaine, puisqu’il dispose en sus
cette prérogative au parquet à n’importe quel moment quand il du pouvoir de modifier la mesure «à tout moment» (art. 375-6).
s’agit de statuer sur le lieu où va être hébergé un MIE (voy. le pro-
tocole et la circulaire du 31/05/13 et notre article «L’État et l’As- Dernière question : le magistrat qui a signé ce document qu’il
semblée des départements de France redessinent le parcours de appelle «mainlevée d’ordonnance aux fins de placement pro-
protection des mineurs isolés étrangers», JDJ n° 326, juin 2013, visoire», est pourtant indiqué comme substitut «spécialement
p. 9-16 et 17-20).. chargé des affaires des mineurs». Où a-t-il suivi sa formation ?
Ou s’agirait-il d’une nouvel OVNI judiciaire comme le parquet
La première limite : le parquet dispose du «même pouvoir» que et la juridiction parisienne ont le loisir d’inventer quand il s’agit
le juge des enfants, pouvoir qui est lui-même limité par la dis- de déroger aux règles à l’égard des mineurs isolés étrangers sans
position du premier alinéa, à savoir que le procureur, comme le être gênés de s’asseoir sur les codes et les principes élémentaires
juge, a la faculté d’«ordonner la remise provisoire du mineur à un
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