10 Les Migrations

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A ) Les migrations internationales : opportunités et défis

Introduction
Les migrations internationales sont une dynamique humaine intrinsèque,
traversant les époques et les civilisations. Depuis les grandes migrations des
populations nomades jusqu’aux mouvements transatlantiques du XIXe siècle,
les déplacements humains ont été moteurs d'échanges économiques,
culturels et sociaux. Aujourd'hui, la mondialisation et les crises structurelles
(climatiques, économiques, politiques) accentuent ce phénomène. Si les
migrations sont souvent perçues comme une source de tension, elles
représentent également une opportunité considérable pour les pays d'origine
comme d'accueil.
1. Les causes structurelles des migrations
1.1. Les causes économiques
L'une des principales motivations des migrants est la quête de meilleures
conditions de vie.

● Facteurs d’attraction : Les économies développées offrent des


opportunités d’emploi, des salaires élevés et un niveau de vie attractif.
o Exemple : L’immigration maghrébine en France durant les
Trente Glorieuses pour répondre aux besoins industriels.
● Facteurs de répulsion : Le chômage, la pauvreté et la stagnation
économique poussent les individus à partir.

o Exemple : La crise économique en Amérique latine a provoqué


des flux migratoires vers les États-Unis.

Les remises migratoires (argent envoyé par les migrants à leurs familles
dans leur pays d’origine) illustrent l’impact positif des migrations sur les
économies d’origine. En 2022, ces transferts ont atteint 630 milliards de
dollars à l’échelle mondiale, devenant une source cruciale de revenus pour
des pays comme le Népal ou les Philippines.
1.2. Les causes politiques
L’instabilité politique est une autre cause majeure.

● Conflits armés : Les guerres civiles, comme en Syrie, en Libye ou au


Yémen, entraînent des déplacements massifs.

o Exemple : Le conflit syrien a déplacé plus de 6 millions de


personnes vers des pays voisins comme la Turquie et l'Europe.

● Persécutions politiques et violations des droits humains : Les


minorités ethniques, religieuses ou politiques fuient les persécutions.

o Exemple : Les Rohingyas persécutés en Birmanie se réfugient


massivement au Bangladesh.
1.3. Les causes climatiques et environnementales
Le changement climatique est devenu une cause émergente majeure.

● Catastrophes naturelles : Cyclones, inondations et sécheresses


aggravent les déplacements.

o Exemple : Le cyclone Idai en 2019 a déplacé des milliers de


familles au Mozambique.

● Phénomènes lents : Désertification, montée des eaux et dégradation


des terres rendent certains territoires inhabitables.

o Exemple : Les îles Tuvalu et Kiribati dans le Pacifique


menacées de disparition.

Les réfugiés climatiques, bien que de plus en plus nombreux, ne bénéficient


pas de reconnaissance juridique spécifique au niveau international.
2. Les cadres juridiques et leur mise en œuvre
2.1. Le cadre juridique international
La Convention de Genève de 1951 définit le statut des réfugiés et instaure
le principe de non-refoulement. Toutefois, elle exclut les migrants
économiques ou climatiques, limitant sa portée.
Le Pacte mondial sur les migrations (2018), bien que non contraignant,
propose une gestion coopérative et ordonnée des migrations. Parmi ses
objectifs figurent :

● Promouvoir des voies légales et sûres pour les migrants.


● Renforcer la protection des droits humains des migrants.

2.2. Les politiques migratoires régionales


Certaines régions ont adopté des approches communes :

● Union Européenne : Le système de Dublin régule les demandes


d’asile, mais ses limites sont apparues durant la crise migratoire.
● Afrique : La CEDEAO promeut la libre circulation entre les États
d'Afrique de l'Ouest.

2.3. Les défis persistants

● Souveraineté vs coopération internationale : Les États privilégient


souvent leurs intérêts nationaux (contrôle des frontières).
● Protection inégale : Les migrants économiques ou climatiques restent
marginalisés par rapport aux réfugiés politiques.
3. Étude de cas : La crise migratoire méditerranéenne et la gestion des
frontières européennes
3.1. Une crise humanitaire persistante
Depuis 2015, la Méditerranée est le principal théâtre des migrations vers
l’Europe. Les raisons sont multiples : conflits au Moyen-Orient, instabilité en
Libye, et pauvreté en Afrique subsaharienne.

● Les routes migratoires :


o Route de l’est (Turquie-Grèce).
o Route centrale (Libye-Italie).
o Route de l’ouest (Maroc-Espagne).

3.2. Les réponses européennes

● Politique d’asile : L’Allemagne a accueilli plus d’1 million de réfugiés


en 2015, tandis que d’autres États, comme la Hongrie, ont fermé leurs
frontières.
● Externalisation des frontières : L’Union européenne collabore avec
des pays tiers comme la Turquie (accord de 2016) ou la Libye.

3.3. Conséquences et enjeux

● Crise humanitaire : Des milliers de migrants meurent chaque année


dans des naufrages.
● Tensions politiques : L’arrivée de migrants a alimenté la montée des
populismes en Europe, fragilisant les institutions européennes.

4. Les migrations : menace ou opportunité ?


4.1. Arguments pour les migrations comme opportunité

● Apport économique : Les migrants participent au marché du travail,


soutiennent les systèmes de sécurité sociale et stimulent l’économie.

o Exemple : Les travailleurs migrants en Espagne jouent un rôle


essentiel dans l’agriculture.

● Innovation et entrepreneuriat : Les diasporas contribuent à la


création d’entreprises.

o Exemple : Aux États-Unis, 40% des entreprises du classement


Fortune 500 ont été fondées par des immigrants ou leurs
descendants.

● Démographie et main-d’œuvre : Les migrants rajeunissent les


populations vieillissantes en Europe ou au Japon.
4.2. Arguments pour les migrations comme menace

● Tensions sociales et identitaires : L'intégration des migrants peut


être source de conflits dans les sociétés d’accueil.
● Pression sur les infrastructures : Santé, logement et éducation
subissent des pressions accrues.
● Exploitation des migrants : Les migrants sont souvent vulnérables à
la précarité et à des conditions de travail dégradées.

5. Le rôle des diasporas et des pays d’origine


Les diasporas jouent un rôle croissant en tant qu’acteurs économiques et
politiques :

● Remises migratoires : Envoi d’argent vers les pays d’origine pour


soutenir les familles et financer des projets locaux.
● Transferts de savoirs : Les migrants qualifiés apportent des
compétences techniques et des réseaux internationaux.

Les États d’origine adoptent également des politiques pour mobiliser leurs
diasporas :

● Exemple : Le Maroc organise des programmes pour renforcer les liens


économiques avec ses expatriés.

6. L’avenir des migrations internationales


Face aux défis croissants, plusieurs pistes d’action se dessinent :

1. Une coopération internationale renforcée : Associer pays d’origine,


de transit et d’accueil pour une gestion coordonnée.
2. Promotion des migrations légales et sûres : Créer des visas de
travail flexibles et encourager les accords bilatéraux.
3. Anticiper les migrations climatiques : Intégrer les réfugiés
climatiques dans les cadres juridiques existants.

Conclusion
Les migrations internationales sont un phénomène complexe, façonné par
des causes multiples et des dynamiques globales. Si elles posent des défis
considérables – économiques, sociaux et politiques – elles représentent aussi
une opportunité pour le développement humain, l’innovation économique et le
rapprochement des cultures. La gestion des migrations repose sur la capacité
des États à concilier souveraineté nationale, respect des droits humains et
coopération internationale. Dans un monde interdépendant, les migrations ne
sont pas une menace mais un levier potentiel pour bâtir des sociétés
inclusives et résilientes.
B ) Les transferts monétaires des migrants : une dimension
économique clé
Les transferts monétaires représentent l’argent envoyé par les travailleurs
migrants vers leurs pays d’origine pour soutenir leurs familles ou financer des
projets économiques. Ces flux financiers sont souvent plus stables et
prévisibles que d'autres sources de financement, comme l’aide publique au
développement ou les investissements étrangers directs.
1. Une importance croissante à l’échelle mondiale
En 2022, les transferts monétaires ont atteint un niveau historique de 630
milliards de dollars, avec une croissance continue malgré les crises
économiques mondiales. La Banque mondiale estime que ces flux
représentent environ 4 % du PIB dans les pays à revenu faible ou
intermédiaire.

● Régions bénéficiaires majeures :


o Asie du Sud : Inde, Pakistan, Bangladesh.
o Afrique : Nigeria, Égypte, Maroc.
o Amérique latine : Mexique, Guatemala, Colombie.

Les trois principaux bénéficiaires mondiaux en termes absolus sont l’Inde


(100 milliards USD en 2022), l’Égypte (32 milliards USD), et le Mexique (58
milliards USD).
2. Le rôle central des transferts pour l’Afrique
En Afrique, les remises migratoires jouent un rôle crucial dans le
développement économique et social. Elles surpassent souvent l’aide
internationale et permettent de financer des secteurs clés :

● Nigeria : Plus de 20 milliards USD envoyés annuellement, ce qui


représente une bouée de sauvetage pour des millions de familles.
● Égypte : Les flux migratoires vers les pays du Golfe génèrent des
transferts considérables, contribuant à stabiliser l’économie.
● Maroc : Les remises des Marocains résidant à l’étranger (MRE) ont
atteint environ 11 milliards USD en 2022, soutenant la consommation
intérieure et l’investissement local.

3. L’impact des transferts sur les pays d’origine


Les transferts monétaires ont des effets multiplicateurs significatifs sur les
économies des pays bénéficiaires :

● Réduction de la pauvreté : Les transferts permettent d’améliorer le


niveau de vie des familles, en couvrant les besoins fondamentaux
comme l’éducation, la santé et le logement.

o Exemple : Au Népal, les remises contribuent à 20 % du PIB,


réduisant considérablement les niveaux de pauvreté.
● Stimulation de la consommation : L’argent envoyé par les migrants
alimente la demande intérieure et dynamise les secteurs comme
l’agriculture, la construction et le commerce.
● Financement des projets locaux : Les remises participent à la
création de petites entreprises, favorisant l’entrepreneuriat et
l’innovation.

● Résilience économique : Pendant les crises économiques ou


climatiques, les transferts constituent une source de revenus stable et
durable.

Exemple du Maroc : Les MRE jouent un rôle stratégique dans le financement


de projets structurants, notamment dans le secteur immobilier, les
infrastructures locales et les petites entreprises familiales.
4. Limites et défis des transferts monétaires
Malgré leurs nombreux avantages, les transferts monétaires ne sont pas une
solution miracle pour le développement économique :

● Dépendance : Certains pays deviennent excessivement dépendants


des transferts, rendant leurs économies vulnérables aux fluctuations
migratoires et aux crises dans les pays d’accueil.
● Coûts de transfert élevés : Les frais appliqués par les institutions
financières restent importants, notamment en Afrique subsaharienne,
où ils atteignent parfois 10 % des montants envoyés.
● Inégalités régionales : Les transferts profitent souvent davantage aux
régions d’émigration qu’aux régions les plus pauvres et isolées.

5. Les transferts face aux crises mondiales


La pandémie de COVID-19 a démontré la résilience des transferts
monétaires. Malgré une baisse anticipée, les migrants ont continué à envoyer
de l’argent à leurs familles, soulignant l’importance des solidarités
transnationales. Les crises économiques et les conflits mondiaux continuent
néanmoins d'affecter ces flux.
6. Les perspectives d’avenir
Pour maximiser l’impact positif des transferts :

1. Réduire les coûts de transfert grâce à des technologies innovantes


(ex : paiements mobiles comme M-Pesa en Afrique).
2. Encourager l’investissement productif des remises dans des
secteurs comme l’éducation, les infrastructures et les énergies
renouvelables.
3. Renforcer les politiques de mobilisation des diasporas pour
canaliser les compétences et les capitaux vers les pays d’origine.
Conclusion : Une opportunité pour le développement
Les transferts monétaires illustrent l’impact positif des migrations
internationales sur les économies des pays d’origine. Pour des pays comme
le Maroc, l’Égypte ou le Nigeria, ils constituent une ressource cruciale pour
réduire la pauvreté, stimuler l’économie et financer des projets structurants.
Toutefois, pour transformer ces flux en leviers de développement durable, il
est essentiel d’adopter des politiques adaptées qui encouragent
l’investissement productif, tout en réduisant les coûts associés.
À l’échelle mondiale, les transferts démontrent que les migrations, loin d’être
une menace, représentent un moteur puissant pour un développement plus
inclusif et résilient.

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