Conducteur À L Équilibre
Conducteur À L Équilibre
Conducteur À L Équilibre
Conducteurs à l’équilibre.
Joël SORNETTE met ce cours à votre disposition selon les termes de la licence Creative Commons :
– Pas de communication à autrui sans citer son nom, ni en suggérant son autorisation.
1
RÉSUMÉ :
2
Table des matières
3
5.d Symétrie de la matrice capacité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
5.e Localisation de l’énergie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
5.f Déterminant de la matrice capacité. . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
5.g Calcul des actions subies par un conducteur. . . . . . . . . . . . . 40
6 Condensateurs et électromètres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
6.a Capacité d’un condensateur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
6.b Considérations énergétiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
6.c Condensateurs usuels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
6.d Electromètres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4
1 Propriétés du conducteur à l’équilibre.
1.a Définition.
Dans la matière, on appelle charge libre une charge que son interaction avec son envi-
ronnement ne peut empêcher de se déplacer si elle est soumise à une force.
Cette définition est floue, précisons.
En pratique, les charges libres sont soit des ions dans une solution ionique, soit des
électrons sur des orbitales délocalisées dans un solide, soit des ions et des électrons dans
un gaz partiellement ou totalement ionisé (un plasma).
Les forces qui peuvent les mettre en mouvement sont, bien sûr, les forces électromagné-
→
− − →
→ − → −
tiques (force de Lorentz F = q ( E + v ∧ B )) car on sait que pour des entités chargées
à l’échelle moléculaire, les forces de gravitation sont de très loin négligeables par rapport
aux forces électromagnétiques et sont donc hors-jeu.
Quelles sont les forces qui pourraient s’y opposer ? Des interactions avec les proches
voisins qui seraient assimilables avec des forces de type frottement solide (suivant la loi de
Coulomb, cf chapitre B-IX, à ne pas confondre avec le théorème de Coulomb qui apparaît
un peu plus loin). On sait que ces forces de frottement solide peuvent contrecarrer une force
motrice pas trop grande et empêcher le mouvement. C’est ce qui est exclu dans le modèle
de la charge libre.
Par contre une force de type frottement fluide proportionnelle à la vitesse 1 n’empêche
pas le mouvement, tout au plus lui donne-t-elle une vitesse limite. C’est du reste le modèle
couramment utilisé pour expliquer la conduction électrique.
Bien sûr, à cette échelle, seule une explication quantique serait pertinente. Il s’agit
ici de donner un modèle classique plus aisé à manipuler, pourvu qu’il rende compte des
résultats expérimentaux.
• Champ électrique.
1. car avec des particules si petites, on a un nombre de Reynolds très petit (voir chapitre B-XIII de
mécanique des fluides).
5
et à un frottement fluide de constante λ est :
d→
−v − →
→ − →
−
m = q (E + v ∧ B ) − λ →
−
v
dt
→
− →
− →
− →
− →
−
Si elle est au repos (→
−
v = 0 ), cette équation devient 0 = q E , d’où E = 0 .
Remarque : Un conducteur est fini, il a une surface. Très près de la surface, la dissy-
métrie entre les deux côtés peut créer un frottement de type solide. Toutefois la symétrie
locale de révolution autour de la direction orthogonale (ou normale) à la surface ne permet
à cette force de ne s’opposer qu’aux forces électromagnétiques normales ; il en résulte qu’en
surface, le champ peut être non nul et normal.
• Potentiel électrique.
−−→ →
−
Par définition le potentiel électrique V est tel que grad V = − E . A l’intérieur du
→
− −−→
conducteur, nous venons de le voir, E donc grad V est nul, soit ∂V ∂V ∂V
∂x = ∂y = ∂z = 0. V ne
dépend ni de x, ni de y, ni de z et puisqu’on est en régime stationnaire (les charges ne se
déplacent pas et le champ ne varie pas) pas non plus de t. Le potentiel électrique est donc
stationnaire et surtout, en ce qui concerne ce chapitre, uniforme au sein 2 du conducteur à
l’équilibre.
Par définition du potentiel, celui-ci est dérivable donc a fortiori continu. Sa valeur à la
surface du conducteur est donc la limite de sa valeur à l’intérieur quand le point tend vers
la surface ; or la limite d’une fonction constante est cette constante : le champ à la surface
a donc la même valeur qu’à l’intérieur.
On rappelle (cf chapitre C-I) que la formulation locale du théorème de Gauss est
→
−
div E = ερ0 . A l’intérieur du conducteur à l’équilibre le champ est partout nul, donc sa
divergence l’est aussi. La densité volumique de charges ρ est donc nulle à l’intérieur du
conducteur.
Par contre, en surface, le champ n’est pas nul et l’on ne peut plus rien affirmer de tel.
Par ailleurs si la charge totale d’un conducteur est non nulle et qu’il ne peut y avoir de
2. Il s’agit de bien comprendre la portée de cette affirmation : normalement un ensemble équipotentiel
dont l’équation est de la forme V (x, y, z) = Cte est une surface. Ici cet ensemble est un volume.
6
charges à l’intérieur, où donc peut être localisée cette charge sinon à la surface ? Cette
charge en surface, pas forcément uniformément répartie, va être décrite par une densité
surfacique de charges, notée σ.
Dans toute la suite de ce chapitre, on supposera que le milieu qui baigne le ou les
conducteurs est le vide. S’ils sont baignés d’air les résultats sont identiques à une très
bonne approximation, sauf si le champ électrique est si intense qu’il provoque l’ionisation
de l’air, nous en reparlerons plus loin.
Si les conducteurs sont baignés par un matériau non conducteur que l’on appelle di-
électrique, dans le meilleur des cas celui-ci sera linéaire et l’on montrera dans le chapitre
C-XII qu’il suffit alors de remplacer dans ce qui suit la constante universelle ε0 par une
constante ε caractéristique du diélectrique linéaire.
• Théorème de Coulomb.
7
même aire dS, au vu des considérations précédentes, et de l’autre par une surface arbitraire
tracée intégralement à l’intérieur du conducteur. Tout ceci est résumé par la figure 1 p. 8,
où la surface de Gauss est en rouge et en gras.
Le flux à travers la surface à l’intérieur du conducteur est nul car le champ y est nul (cf
supra) ; le champ à travers la portion du tube de champ est nul car le champ lui est tangent,
par définition du tube, et le vecteur surface orthogonal, par définition de ce vecteur ; le flux
−→
à travers la portion d’équipotentielle, de vecteur surface dS = dS → −
n où → −n est le vecteur
unitaire normal de la surface, orienté vers l’extérieur et où le champ est normal à la surface
→
−
et s’écrit donc E lim. = En →−n (l’indice « lim. » rappelle que l’on est infiniment proche de
la surface) est En dS.
Quant à la charge intérieure à la surface de Gauss, elle est formée par la charge
intérieure au conducteur, nulle car la densité volumique de charges y est nulle (cf supra),
de celle à l’extérieur, nulle aussi car on est dans le vide et de celle en surface, qui est
dq = σ dS.
L’application du théorème nous apprend donc :
0 + 0 + σ dS
0 + 0 + En dS =
ε0
→
−
donc que E lim. = En →
−
n = σ
ε0
→
−
n , relation connue sous le nom de théorème de Coulomb.
σ →−
A proximité immédiate de la surface d’un conducteur, le champ est n.
ε0
Attention ! Là où la densité surfacique est non nulle, le champ qui est nul à l’intérieur
et qui a cette valeur limite non nulle à l’extérieur est donc discontinu à la traversée de la
surface et l’on ne sait donc rien a priori de sa valeur à la surface.
8
• Pression électrostatique.
En surface, il y a des charges et il existe a priori un champ électrique non nul ; elles
sont donc soumises à des forces que nous nous proposons de calculer.
Soit une surface élémentaire donc quasiment plane, par exemple circulaire de rayon
très petit, et qui porte une charge dq = σ dS. Au niveau de cette surface, on vient de voir
que le champ n’est pas connu mais il ne faut pas s’en chagriner car ce champ est celui
créé par toutes les charges de l’univers y compris dq ; or, quand on calcule la force exercée
→
−
sur le système qu’est la surface élémentaire par son extérieur, il faut utiliser le champ E 00
créé par toutes les charges de l’extérieur, c’est à dire le champ créé par toutes les charges
→
− →
−
de l’univers sauf dq, c’est à dire le champ total E diminué par le champ E 0 créé par dq
lui-même.
Considérons à cet effet deux points infiniment proches de la surface, en vis-à-vis sur son
axe, l’un à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, à une distance de la surface très petite devant
le rayon de dS de sorte de le champ créé par dS y soit assimilable au champ créé par un
plan (cf infra).
→
− →
−
Le champ total est nul à l’intérieur, soit E int. = 0 (cf supra) et à l’extérieur vaut,
→
−
selon le théorème de Coulomb, E ext. = εσ0 → −
n (cf supra).
On a vu dans le chapitre C-I, en exemple de calcul de champ, que le champ sur l’axe
d’un disque uniformément chargé et infiniment près du centre, et de part et d’autre, a pour
expression ± 2σε0 →−
ez . En adaptant la notation, on en déduit, pour notre problème, le champ
→
− →
−
créé par dq ; à l’intérieur E 0 = − σ →
int.
−
n et à l’extérieur E 0 = σ →
2 ε0 ext.
−n.
2 ε0
On en déduit, par différence, le champ créé par la distribution de charges « tout l’univers
→
− →
− →
−
sauf dq » : à l’intérieur, c’est E 00int. = 0 − − 2σε0 →
−
n = 2σε0 →
−
n et à l’extérieur, c’est E 00ext. =
σ →
−
ε0 n − σ →
2 ε0
−
n = σ →
2 ε0
−
n . Ces valeurs égales laissent soupçonner que ce champ est continu
et que cette valeur est aussi celle du champ en surface. Nous montrerons dans le chapitre
C-XIII traitant des « relations de passage » qu’il y a discontinuité quand on traverse une
surface chargée ; or, ici dans le problème du champ créé par « tout l’univers sauf dq », on
ne traverse pas (dq = σ dS n’existe pas dans ce problème) de surface chargée en passant
→
−
du point intérieur au point extérieur et il y a effectivement continuité et E 00surf. = 2σε0 →
−
n.
→
−
Il ne reste plus qu’à conclure : la charge dq = σ dS est soumise au champ E 00surf. = 2σε0 →
−
n
et subit donc la force :
−→ →
− σ2
dF = dq E 00surf. = dS →
−
n
2 ε0
Cette force est normale, dirigée vers l’extérieur et proportionnelle à la surface ce qui
−→
permet d’introduire une pression dite électrostatique pe définie par dF = pe dS → −
n et dont
σ 2
l’expression est donc pe = 2 ε0 .
9
σ2
La surface d’un conducteur à l’équilibre est soumise à la pression électrostatique pe = .
2 ε0
Remarque 1 : attention la densité surfacique de charges n’est pas uniforme, sauf cas
particulier, donc la pression électrostatique non plus.
Remarque 2 : cette étude prouve, de façon marginale, que le champ à la surface d’un
conducteur n’est pas une grandeur pertinente.
→
− →
−
Remarque 3 : avec E 00surf. = 2σε0 →
−n , on peut aussi écrire pe = 2 ε0 k E 00surf. k2 . Or pour
un conducteur dans l’air, le champ ne peut pas dépasser une valeur maximale Emax de
1 à 4 millions de volts par mètre (selon que l’air est humide ou sec) au-delà de laquelle
des étincelles éclatent par ionisation de l’air et le conducteur se décharge alors. La pression
électrostatique ne peut dès lors pas dépasser pmax = 2 ε0 Emax2 , soit avec ε = 8, 85·10−12 SI
0
et pour de l’air sec pmax. ∼ 100 Pa = 1mbar quasiment indiscernable par rapport à la
pression atmosphérique dans ces conditions exceptionnelles.
Dans tout ce qui suit, on suppose qu’il y a dans le vide (ou dans l’air) un ou plusieurs
conducteurs à l’équilibre.
A la surface on a donc :
˛
∂V ˛˛
= 2 a α2 sin2 θ cos2 ϕ + β 2 sin2 θ sin2 ϕ + γ 2 cos2 θ
` ´
Er = −
∂r ˛r=a
Or la parenthèse est toujours positive, Er est positif quelque soient θ et ϕ donc en tout point de la surface.
Ceci pour a assez petit pour que les termes d’ordre 3 soient négligeables.
10
précédent), donc vers l’extérieur à la surface de la sphère. Il en résulte que le flux électrique
→
− − →
Z
Z
O E · dS, somme de termes positif est lui-même positif, donc (théorème de Gauss oblige)
la charge intérieure à cette sphère de centre A de rayon a, entièrement située dans le
vide, est strictement positive, ce qui est absurde : il n’y a rien dans le vide ! A conclusion
absurde, hypothèse impossible. Le potentiel ne peut être extremum entre les conducteurs.
Les seuls extremums possibles sont donc soit les conducteurs, soit l’infini de potentiel nul
par convention.
Remarque : Entre les conducteurs, le champ ne peut pas être nul, sinon le gradient du
potentiel le serait aussi, donc ses dérivées partielles par rapport à x, y et z et donc il serait
extremum.
Rappelons que les lignes de champs sont orientées dans le sens du champ ou dans celui
des potentiels décroissant.
Une ligne de champ ne peut commencer (ou s’arrêter) qu’en un point où le champ
est nul 5 , auquel cas ce point peut être (en pratique, il l’est) point de divergence (ou de
convergence) de lignes de champ qui partent dans (ou arrivent de) toutes les directions.
Nous venons de voir qu’une telle situation ne peut exister entre les conducteurs.
Un ligne de champ ne peut donc partir que d’un conducteur ou de l’infini et arriver à
un conducteur ou à l’infini. Comme elle va dans le sens des potentiels décroissants et avec
la convention d’un potentiel nul à l’infini, si la ligne part d’un conducteur au potentiel V
(rappelons, cf supra, qu’un conducteur a un potentiel uniforme et que l’on peut donc parler
de son potentiel) et va vers l’infini, on peut affirmer que V est positif ; si la ligne part de
l’infini et arrive sur un conducteur au potentiel V , on peut affirmer que V est négatif ; si
la ligne part d’un conducteur au potentiel V1 et arrive sur un conducteur au potentiel V2 ,
on peut affirmer que V1 > V2 .
Inversement, si l’on connaît les potentiels des conducteurs, on peut, avec un peu d’ha-
bitude, donner l’allure plausible des lignes de champ, en respectant les conclusions précé-
dentes. Si par exemple, on a deux conducteurs aux potentiels V1 et V2 , tels que V1 > V2 > 0,
on aura des lignes de champ partant du conducteur à V1 et arrivant soit au conducteur à
V2 soit à l’infini et des lignes de champ partant du conducteur à V2 et arrivant à l’infini
et c’est tout. C’est ce qui est représenté, approximativement 6 , sur la figure 2 p. 12 qui ne
doit pas être lue comme un tracé précis de lignes de champ mais comme un schéma en
donnant l’organisation.
Par ailleurs, le théorème de Coulomb (cf supra) permet d’affirmer qu’en un point
d’un conducteur d’où part une ligne de champ, la densité surfacique est positive et qu’en
un point où il en arrive une, cette densité est négative. Dans le contexte de l’exemple
11
Figure 2 – Tracé de lignes de champ.
précédent, figure à l’appui, la densité sur le conducteur à V1 est partout positive mais celle
sur le conducteur au potentiel V2 et négative par endroit et positive en d’autres selon qu’il
arrive une ligne de champ venant du conducteur à V1 ou qu’il part une ligne de champ vers
l’infini. Sur la figure dq1 est positive et dq2 est négative, par exemple.
• Le théorème.
Plaçons nous dans le cas où des lignes de champ vont d’un conducteur au potentiel V1 à
un conducteur au potentiel V2 (inférieur à V1 , cf supra). Un tube de champ est un ensemble
de lignes de champ partant de tous points du contour d’une surface élémentaire portant
la charge dq1 du premier conducteur et arrivant sur le contour d’une surface élémentaire
portant la charge dq2 du second conducteur, ces deux surfaces ainsi mises en relation étant
qualifiées d’éléments correspondants (voir figure 2 p. 12).
Considérons une surface fermée constituée de ce tube de champ et, pour la fermer,
deux surfaces arbitraires, l’une à l’intérieur du premier conducteur, l’autre à l’intérieur du
−
→ →
−
second. Comme on l’a déjà vu, le flux à travers le tube est nul (dS normal et E tangent)
→
−
ainsi qu’à travers les surfaces à l’intérieur des conducteurs (où E est nul) ; le flux total
est nul, donc la charge totale aussi (théorème de Gauss). Comme les seules charges sont
dq1 et dq2 (pas de charges à l’intérieur de conducteurs, ni dans le vide), on en déduit que
dq1 + dq2 = 0 donc que dq1 et dq2 sont opposées. Cette affirmation constitue le théorème
des éléments correspondants.
12
• Cas du conducteur creux.
Une autre façon, plus rapide, de démonter cette propriété est d’appliquer le théorème
de Gauss à une surface fermée Σ, en rouge sur la même figure, totalement incluse dans le
conducteur (donc le champ est nul et le flux aussi) et entourant la face interne de celui-ci.
La charge intérieure à Σ , constituée de celle de la face interne du conducteur creux et de
celle(s) du/des conducteur(s) intérieur(s) est donc nulle.
Remarque : dans le cas particulier où le conducteur creux ne contient aucun autre
conducteur, on démontre de la même façon que la charge de sa face interne est nulle.
13
part de l’autre qu’une interaction négligeable et se comporte comme si elle était seule ; la
symétrie par isotropie n’est pas remise en question et la charge Q et uniformément répartie.
Rapprochons les sphères ; les charges libres sont mobiles par essence et qu’elles soient
localisées en surface n’y change rien. Les charges, de même signe dans cet exemple, se
repoussent et migrent à la surface : la densité surfacique diminue pour les points des
sphères en vis-à-vis au détriment des points de l’autre côté. On dit qu’il y a influence entre
les conducteurs. Tout ceci est schématisé dans la figure 4 p. 14 où la densité surfacique est
d’autant plus grande que les signes plus sont serrés.
3.b Méthodologie.
• Données du problème.
14
(on parle de conducteur isolé) et sa charge Qi est constante, de répartition inconnue (cf
supra). Si, en plus de la géométrie, on donne, pour chaque générateur, soit Vi , soit Qi , on
parle de problème particulier.
• Formalisation du problème.
L’espace interconducteur est un domaine D limité par les surfaces Σi des conducteurs,
ainsi, formellement que par Σ0 , sphère de rayon infini.
Dans le vide où la densité volumique de charges ρ est nulle, l’équation de Poisson (cf
chapitre précédent), c’est-à-dire ∆V = ερ0 , devient ∆V = 0, appelée équation de Laplace.
Sur chacune des surfaces Σi , V est uniforme, ainsi que Σ0 (où V=0).
Résoudre le problème général consiste à trouver les solutions l’équation de Laplace
avec comme conditions aux limites que le potentiel soit uniforme sur chacune des parties
disjointes Σi de la frontière du domaine d’intégration D.
Résoudre un problème particulier consistera à choisir parmi les solutions du problème
général celle qui convient.
15
aussi.
Sur chaque surface Σi , V1 et V2 sont constants, donc V aussi.
A ce stade, on peut déjà affirmer que V est solution du problème général.
→
− →
− →
−
Si à V1 et V2 correspondent les champs E 1 et E 2 , à V correspond E tel que, puisque
l’opérateur différentiel gradient, comme le laplacien, est linéaire :
→
− −−→ −−→ −−→ →
− →
−
E = − grad V = −λ1 grad V1 − λ2 grad V2 = λ1 E 1 + λ2 E 2
16
par la valeur nulle uniforme à l’infini, ce qui permet de remplacer formellement 9 l’infini par
une sphère de rayon très grand mais fini. Supposons pour fixer les idées que cet extremum
soit un maximum ; nous allons montrer qu’il ne peut exister nulle part.
Ce maximum, non nul, ne peut bien sûr pas se trouver sur un conducteur dont le poten-
tiel est nul, ni de même à l’infini. Il ne peut pas se trouver dans l’espace interconducteur,
cela a été montré plus haut. En adaptant cette démonstration, si le maximum est sur un
conducteur, les lignes de champ divergent à partir de celui-ci, donc (cf supra) la densité
surfacique y est partout positive, donc la charge aussi et le maximum ne peut être sur un
conducteur dont la charge est nulle. Bref, il ne peut être nulle part, donc pas d’extremum,
donc la fonction V (M ) est constamment nulle.
Remarque : Les mathématiciens ont formalisé cette démonstration avec des outils plus
rigoureux mais n’oublions pas que les mêmes savants ont été les pères à la fois de l’électro-
statique et de l’analyse mathématique, en particulierLaplace, dont on vient d’évoquer le
nom.
Remarquons tout d’abord que si la géométrie n’est pas particulièrement simple, il est
inutile d’espérer résoudre mathématiquement le problème. C’est le cas, désespéré donc,
si l’on se donne deux conducteurs de forme complexe et que l’on impose entre eux une
différence de potentiel grâce à une batterie d’accumulateurs, ceux de la figure 5 p. 18 par
exemple.
Pour autant, la résolution de cas simples ne relève pas de calculs purement formels
pour plusieurs raisons :
– Une des démarches nécessaires de la physique est la confrontation entre théorie et
expérience ; elle ne peut être effectuée que dans les cas où l’on peut théoriquement
trouver une solution explicite.
– La physique ne peut aider à concevoir efficacement des dispositifs technologiques que
si l’on peut au préalable les concevoir théoriquement.
– Toujours dans un cadre technologique, il est plus facile d’usiner des formes simples
que compliquées, de creuser un trou de section circulaire qu’elliptique par exemple.
– Dans le cas particulier de l’électrostatique, nous verrons plus loin que plus un conduc-
teur est pointu, plus facilement il se décharge par ionisation de l’air ; la forme optimale
est donc celle qui a partout la même courbure, donc une sphère, la plus simple des
formes.
Je me sens donc autorisé à poursuivre.
9. Mathématiquement, on fait cela plus rigoureusement en complétant R3 par un unique point infini.
17
Figure 5 – Exemple de problème insoluble.
• Symétrie sphérique.
Soit une sphère conductrice, de centre O de rayon R, seule dans l’espace. La symétrie
impose que sa charge Q soit uniformément répartie sur la surface de la sphère d’aire
S = 4 π R2 d’où une densité surfacique de charge uniforme :
Q
σ=
4 π R2
Par symétrie le champ en tout point est radial et son module (sa norme) ne dépend
→
−
que de la distance au centre, que l’on peut exprimer ainsi : E = E(r) →
−
er . L’application du
théorème de Gauss à la sphère de centre O, de rayon r supérieur à R, aboutit classiquement
(cf chapitre précédent) à :
→
− Q →
−
E = er
4 π ε0 r2
Pour r inférieur à R, la charge intérieure à la surface de Gauss est nulle et l’on retrouve
que le champ est nul dans le conducteur.
→
− −−→
Par intégration de E = − grad V , en pratique, vu la symétrie, E(r) = − dV dr et avec V
nul à l’infini, on tire, pour r > R :
Q
V (r) =
4 π ε0 r
de même par intégration d’un champ nul, on retrouve que le potentiel est uniforme
dans le conducteur. Sa valeur U est obtenue par continuité U = lim V (r), soit :
r→R
18
Q
U=
4 π ε0 R
Q = 4 π ε0 R U
UR
V (r) =
r
UR
E(r) = 2
r
ε0 U
σ=
R
Par définition, on appelle capacité de la sphère seule dans l’espace le rapport C = Q/U
qui vaut ici
C = 4 π ε0 R
• Symétrie cylindrique.
QL
σ=
2πR
→
− QL → −
E = er
2 π ε0 r
QL
V (r) = − ln r + Cte
2 π ε0
19
Pour résoudre le problème posé par l’impossibilité d’imposer V = 0 à l’infini, on peut
penser étudier un cylindre fini de longueur L très grande devant son rayon R. La solution
du cylindre infini est une bonne approximation de celle de ce problème, mais uniquement
pour les points loin des extrémités, en pratique dont la distance à l’extrémité la plus proche
est grande devant la distance à l’axe, ce qui exclut, hélas, les points à l’infini et ne permet
pas de conclure.
Ce problème n’a donc que peu d’intérêt. S’il est mentionné ici, c’est qu’un peu plus
loin, on étudiera deux conducteurs cylindriques parallèles et qu’ainsi, il en reprendra.
• Ecran électrique.
20
qe
q2
qi
Q4
!
u4 !
!
!
U2
q1 !
Q3
!
! v3
V0
V1 !
!
!
! Figure 6 – Conducteur creux.
Reste à effectuer la somme des deux solutions, nous symboliserons l’ensemble des don-
nées intérieures (U2 et Q4 ) par « INT » et des données extérieures (V1 et Q3 ) par « EXT »,
21
et laisserons V0 à part.
A l’intérieur, on a :
( →
−
Vint. (M ) = V0 + fonction(INT) E int. (M ) = fonction(INT)
σi , σ2 et σ4 = fonctions(INT) qi et q2 = fonctions(INT)
• Ecran imparfait.
Que se passe-t-il si le fil qui impose au conducteur creux son potentiel est accidentel-
lement, voire par malveillance 10 , arraché ? A priori, il n’y a plus de protection, mais si les
conducteurs intérieurs dont le potentiel est imposé ont, non pas un potentiel absolu par
rapport à l’infini, mais un potentiel relatif par rapport au conducteur creux, c’est à dire
que c’est non Vi mais Ui = Vi − v0 (avec les notations ci-dessus et en notant cette fois que
v0 est une inconnue du problème que l’on a donc écrite en minuscule), alors l’intérieur est
toujours protégé de l’influence de l’extérieur mais plus l’inverse. C’est ce que nous allons
monter ici.
La situation est désormais celle de la figure 7 p. 23.
Le conducteur creux est désormais isolé mais il ne faut pas croire pour autant que sa
charge soit fixe, c’est le piège. En effet par l’intermédiaire du générateur U2 , le conducteur
2 et le conducteur creux peuvent échanger des charges et c’est donc l’ensemble de ces deux
conducteurs qui est isolé et dont la charge QT , donnée de ce nouveau problème, qui est
fixe.
10. De quoi écrire un roman policier au titre-choc : « Crime parfait au Palais de la Découverte » !
Rappelons que dans ce Palais au plein cœur de Paris, pour un droit d’entrée inférieur au prix d’une place
de cinéma, on a accès, entre autres, à de fabuleuses expériences d’électrostatique.
22
qe
q2
qi
Q4
€
u4 €
€
€
U2
q1 €
Q3
€
€ v3
V1 €
€
€
Figure 7 – Conducteur creux isolé.
23
dans un sens ni dans l’autre. La logique veut qu’il suffise d’un seul contre-exemple pour le
prouver. En voici un simple.
Le conducteur creux est limité par deux sphères de même centre O, de rayons R2 et R3 ,
il est isolé et porte la charge Q connue répartie sur ses deux faces de façon inconnue, son
potentiel V est inconnu. Il n’y a qu’un conducteur intérieur, au potentiel V1 , il est sphérique
de même centre O que le conducteur creux, de rayon R1 . Il n’y a qu’un conducteur extérieur,
au potentiel V2 , lui aussi creux limité par deux sphères de centre O (encore) et de rayons
R4 et R5 .
Appelons q la charge inconnue du conducteur intérieur. Par influence totale (cf supra),
la charge interne du conducteur creux est −q et donc puisque sa charge totale et Q, sa
charge externe est Q + q.
Le théorème de Gauss donne une expression du champ entre R1 et R2 , par intégration
du potentiel ; on en déduit, par continuité que la différence de potentiel entre conducteur
creux et conducteur interne est :
q 1 1
V − V1 = −
4 π ε0 R2 R1
Ce qui prouve que q et, par ricochet, les champs dans les deux espaces interconducteurs
dépendent à la fois d’une donnée intérieure V1 et d’une donnée extérieure V2 .
Je n’ai pas cru utile de faire une figure mais si elle vous manque, regardez autour de
vous, vous avez bien du papier et un crayon, non ?
• Principe.
24
bien la fonction potentiel du premier problème vérifie ∆V = 0 là où ρ est nul (cf l’équation
de Poisson), donc partout sauf au niveau des charges, donc dans l’espace interconducteur
du second problème, au vu de la localisation des charges dans le premier et par ailleurs,
elle est, par construction du second problème, constante sur les surfaces des conducteurs.
C’est donc la solution du « problème général » ; en général, en adaptant les données du
premier problème, on arrive à en faire un solution d’un « problème particulier ».
Il existe quelques (ou plutôt peu de) situations où cette démarche est exploitable.
Soit le problème suivant qui sert de référence : Une charge q en un point A et une
charge de signe opposé notée −q 0 avec q 0 6= q en un point B. Le potentiel en tout point M
est donné par :
q0
1 q
V (M ) = −
4 π ε0 AM BM
La forme des surfaces équipotentielles est assez complexe, sauf l’équipotentielle parti-
culière V (M ) = 0 car pour M sur cette équipotentielle, on a :
AM q
= 0
BM q
et l’on sait 11 que l’ensemble des points qui vérifient AM/BM = Cte est une sphère
centrée sur la droite AB.
◦ Le thème : Soit une sphère conductrice de centre O, de rayon R, mise à la masse, donc
au potentiel nul. Si elle est seule dans l’espace (cf supra) sa charge sera nulle et la densité
surfacique sera partout nulle, ce qui n’est guère passionnant. Comme nous nous ennuyons
un peu, il nous prend la fantaisie de placer en un point A extérieur à la sphère, situé à
une distance D de son centre une charge ponctuelle q (en pratique une sphère chargée de
centre A et de rayon négligeable devant R). Que se passe-t-il ?
Commençons par faire en sorte que l’équipotentielle V = 0 du premier problème soit
confondue avec la sphère du second. Avec l’aide de la figure 8 p. 26, cherchons donc à placer
un point B sur la droite OA et à trouver une charge −q 0 tels que q en A et −q 0 en b, s’ils
étaient seuls, créeraient pour surface équipotentielle V = 0 cette sphère.
Comme cette équipotentielle est une sphère centrée sur AB, il suffit de vérifier la
propriété V = 0 en deux points de la sphère sur l’axe, I et J sur la figure. L’équivalence
11. Pour le lecteur qui aurait oublié sa géométrie, si V = 0 alors q 02 AM 2 = q 2 BM 2 . En prenant Ox
confondu avec AB et en notant a et b les abscisses de A et B, les coordonnées x, y et z de M vérifient :
Les termes sont au plus de degré deux, c’est une conique ; les coefficients des termes en x2 , y 2 et z 2 sont
égaux, c’est une sphère ; les seuls termes de degré un sont en x, elle est centrée sur Ox. Pas la peine d’en
dire plus.
25
R
I O B J A
q
D" #q" D
!
! ! ! ! !
! !
! !
Figure 8 – Sphère conductrice et charge ponctuelle.
AM q
entre V = 0 et BM = q0 donne en I et J :
q AI D+R AJ D−R
0
= = 0 = =
q BI D +R BJ R − D0
On obtient d’autres fractions égales à celles-là par combinaison linéaire de même coef-
ficients des numérateurs et des dénominateurs ; ici on en prendra deux, la demi-somme et
la demi-différence. La propriété est classique, mais souvent perdue de vue ; dommage, elle
est bien utile et aisée à démontrer 12 . Nous arrivons donc à :
q D+R D−R D R
0
= 0 = 0
= = 0
q D +R R−D R D
q0
1 q
V (M ) = −
4 π ε0 AM BM
a c
12. Si b
= d
alors pour tout λ et µ (sauf s’ils sont tous deux nuls), on a :
a c λa + µc
= =
b d λb + µd
Il suffit d’appeler k la valeur commune des deux rapports, alors a = k b et c = k d d’où λ a+µ c = k (λ b+µ d)
qui donne une troisième expression de k, égales aux deux autres .
26
où l’on a pas reporté q 0 = q R
D pour préserver la symétrie d’écriture et où B est défini
2
par sa position D0 = RD .
Si l’on fait tendre M vers la surface, on accède à la densité surfacique via le théorème
→
− −−→
de Coulomb sous la forme σ = ε0 E lim. · → −n où, ici, →
−
n = OM
R , d’où :
q0
1 Q q
V (M ) = + −
4 π ε0 OM AM BM
−−→ −−→ −−→ −−→ −−→ −−→ !
1 OM · OM AM · OM 0 BM · OM
σ= Q +q −q
4πR OM 3 AM 3 BM 3
−−→ −−→ −−→ −−→ !
1 1 AM · OM 0 BM · OM
σ= Q +q −q
4πR R AM 3 BM 3
13. Une solution, une fois trouvée, est toujours simple ; ce n’est qu’avant qu’elle est compliquée !
27
où l’on a pas reporté q 0 = q D
R
ni Q = 4 π ε0 R U pour préserver la symétrie d’écriture et
2
où B est défini par sa position D0 = RD . Quant à la charge totale en surface de la sphère,
la même astuce donne Q − q 0 = 4 π ε0 R U − q D R
◦ Seconde variation : On reprend le même problème mais, cette fois, la sphère est isolée
et porte une charge imposée Q0 .
C’est encore plus simple : on adapte la première variation, en choisissant non plus en
fonction de U mais de sorte que Q − q 0 = Q0 ; les résultats précédents, exprimées avec q, q 0
et Q restent valables. Notons que la relation Q = 4 π ε0 R U reste valable mais donne cette
fois le potentiel inconnu de la sphère.
La méthode est d’une grande efficacité, mais (car il y a un mais) elle ne s’applique que
dans peu de cas. Avec deux charges ponctuelles, les surfaces équipotentielles n’ont pas de
forme simple, sauf une qui est sphérique, et avec plus de deux charges, c’est encore pire. On
ne peut donc traiter que le problème d’une sphère conductrice et d’une charge ponctuelle ;
par contre, un problème de deux conducteurs sphériques est insoluble par cette méthode.
Un autre type d’analogie est traité ci-après.
Auparavant, citons une utilisation technologique : le piège de Penning qui est la com-
binaison d’un champ magnétique uniforme selon l’axe des z et créé par un solénoïde d’axe
Oz et d’un champ électrique correspondant à un potentiel dont l’expression en fonction
28
des coordonnées est V (M ) = V0 + 2 a z 2 − a x2 − a y 2 ; ce dispositif permet de piéger 14 une
particule chargée autour du point O. Les surfaces équipotentielles sont des hyperboloïdes
de révolution à une ou deux nappes selon la valeur du potentiel. Eh bien, la façon la plus
simple de réaliser un tel champ est de construire deux surfaces métalliques en forme d’hy-
perboloïdes et de leur donner la bonne différence de potentiel ; le théorème d’unicité fait
le reste. La figure 9 p. 28 en donne un schéma de principe en coupe dans un plan méridien
(le magnétisme en bleu-vert, l’électrostatique en rouge).
Soit le problème classique d’électrocinétique suivant, qui sert de référence : deux fils
infinis parallèles, de diamètre nul, portent l’un une densité linéïque de charges uniforme
λ, l’autre la densité −λ. On traite les fils séparément, le théorème de Gauss donne des
champs radiaux en 1/r et donc des potentiels en − ln(r). Donc si l’on appelle
r1 la distance
λ r2
d’un point M au premier fil et r2 au second, on a V (M ) = ln en choisissant
2 π ε0 r1
le potentiel nul, non à l’infini car ce n’est pas possible, mais dans le plan de symétrie.
L’invariance par translation donne des équipotentielles cylindriques (au sens large, c’est
à dire sans préjuger de la forme de la base du cylindre) ; on se placera donc dans un plan
perpendiculaire aux fils qui le coupent en B (λ) et A (−λ) et où les surfaces équipotentielles
deviennent des courbes d’équation V = Cte, soit rr12 = BMAM
= Cte. Comme précédemment,
il s’agit de cercles centrés sur AB mais cette fois quelque soit la valeur du potentiel choisi.
La figure 10 p. 29 en montre quelques-uns ; les nostalgiques de la géométrie y reconnaîtront
un « faisceau de cercles à points limite » ou points de Poncelet.
Voici maintenant un exemple de problème que l’on peut traiter par analogie : deux
cylindres de révolution, conducteurs, infinis, de même rayon R, à axes parallèles et distants
de D présentent une différence de potentiel U . On veut résoudre ce problème. C’est une
bonne approximation d’une ligne d’alimentation électrique bifilaire et connaître le champ
entre elles permet de savoir de combien les écarter en fonction de l’isolant 15 choisi (on
14. ce qui sera étudié dans le chapitre C-IX (mouvement des charges dans un champ électromagnétique).
15. air, ou autre pour une ligne enfouie
29
rappelle qu’il suffit de remplacer ε0 par un ε caractéristique de l’isolant). Donc c’est un
problème technologiquement pertinent, au contraire du précédent.
On fait une figure dans un plan perpendiculaire, les axes le coupent en A0 et B0 et l’on
va chercher à placer deux fils à diamètre nul, chargés en λ et −λ, le coupant en A et B et
qui donneraient, s’ils étaient seuls, un potentiel qui admettrait les surfaces des cylindres
comme équipotentielles. Pour adapter les deux problèmes, on choisit aussi V = 0 sur la
bissectrice de A0 B0 de sorte que le cylindre de droite a un potentiel U/2 et celui de gauche
−U/2. La figure 11 p. 30 résume tout ceci et précise les notations.
R R
A I B J
A0 a a B0
D
! !
! ! ! !
! ! !! parallèles.
Figure 11 – Cylindres
!
Dans le problème à fils de diamètres nuls, pour M sur le cylindre de droite, quin’est
U λ AM
qu’une équipotentielle dans ce problème, on veut V (M ) = = ln soit
2 2 π ε0 BM
AM π ε0 U
encore = exp et la suite se gère de la même façon que dans le problème
BM λ
précédent, donc nous irons plus vite. On utilise encore les points I et J du cylindre de droite
sur A0 B0 (la symétrie rend inutile l’utilisation de points I 0 et J 0 sur l’autre cylindre). Donc :
π ε0 U AI D−a−R AJ D−a+R D−a R
exp = = = = = =
λ BI R−a BJ R+a R a
L’égalité entre les deux dernières expressions permet le calcul de a, c’est à dire la
position de A et B. On a :
D−a R
=
R a
(D − a) a = R2
a2 − D a + R2 = 0
√
D − D 2 − 4 R2
A0 A = B 0 B = a =
2
√
D− D2 −4 R2
Remarquons que l’autre solution n’en est pas une car a0 = 2 c’est A0 B ou
B0 A, simple conséquence de a + a0 = D.
L’égalité entre la première et dernière expression permet de savoir quelle densité linéïque
choisir pour obtenir la différence de potentiel donnée. En effet :
π ε0 U R
exp =
λ a
30
π ε0 U π ε0 U
λ= R
=
ln a ln D−√D2R
2 −4 R2
Dans l’espace interconducteur, les deux problèmes ont même solution, donc, en ne
reportant pas l’expression de λ, ni celle de a (caché dans la position de A etB), on a :
λ AM λ
V (M ) = ln = (ln AM − ln BM )
2 π ε0 BM 2 π ε0
En raisonnant comme dans le problème précédent, le densité surfacique sur l’un quel-
conque des conducteurs (celui de droite, par exemple) est :
−−−→
→
− →
− →
− B0 M
σ = ε0 E lim. · n = ε0 E (M ) ·
R
31
4.d Pouvoir des pointes.
• Le problème de référence.
Un segment AB porte une charge uniformément répartie avec une densité linéïque λ.
On se propose de calculer le champ en un point M quelconque ; on appelle H la projection
orthogonale de M sur AB et h la distance M H de M à AB. On procède par intégration
des champs créés par les segments élémentaires P P 0 de AB (agrandis sur la figure 12 p. 33
pour la lisibilité). Le point P est repéré par l’angle θ entre M H et M P et P 0 par l’angle
θ + dθ entre M H et M P 0 .
Le segment P P 0 crée un champ de direction P M (car P et P 0 sont quasiment confondus)
et de module (de norme ) :
λPP0
dE =
4 π ε0 P M 2
h h dθ
On a (cf figure) P M = et P P 0 = HP 0 − HP = d(HP ) = d(h tanθ) = , on
cos θ cos2 θ
en tire aisément :
λ h dθ
dE =
4 π ε0 h2
donc formellement, en direction comme en module, le champ que créerait l’arc de cercle
QQ0 , de centre M , de rayon h = M H, Q et Q0 étant les intersections de M P et M P 0 avec
32
!
M E
! !
#
D h
Q" # + d#
Q
!
C
! !
B !P" P A! H
!
Figure 12 – Segment
! uniformément chargé.
! ! ! ! !
le cercle (cf figure) et chargé avec le densité linéïque λ.
Par intégration, le segment P P 0 crée le même champ que celui que créerait l’arc CD, C
et D étant les intersections de M A et M B avec le cercle (cf figure). Par symétrie ce champ
est porté par la bissectrice de l’angle CM D, c’est-à-dire AM B ; la surface équipotentielle
passant par M , orthogonale au champ est donc orthogonale à cette bissectrice. De façon
générale, une surface équipotentielle est donc orthogonale, en chacun de ses points M à la
bissectrice de l’angle AM B. On reconnaît là 17 une propriété caractéristique d’une ellipse
de foyers A et B. Les équipotentielles de ce problème sont donc toutes ces ellipses confocales
de foyers A et B.
• Conducteur ellipsoïdal
Et par ailleurs, la charge du conducteur, égale à celle du segment dans l’autre problème
est Q = λ F 0 F = 2 λ c, ce qui permet de définir, comme pour la sphère seule (cf supra) la
17. Le démonter serait une trop longue digression. Nous admettons.
33
B
! b
a r + dr
A" F" ! P" P F A
c r
! !
! ! ! ! ! !
! !
B"
capacité C de l’ellipsoïde seul dans l’espace (voir aussi plus loin), donné ici par :
Q 8 π ε0 c
C= =
V ln a+c
a−c
ce qui est ici anecdotique, car nous nous intéressons au champ limite à proximité de la
sphère. On peut le calculer aisément en A extrémité du grand axe ; en module :
F0
λPP0 a+c
Z Z
λ dr λ 1 1 λ 2c
lim E(M ) = = = − =
M →A F 4 π ε0 AP 2 a−c 4 π ε0 r2 4 π ε0 a−c a+c 4 π ε0 a2 − c2
soit avec Q = 2 λ c :
Q
lim E(M ) =
M →A 4 π ε0 (a2 − c2 )
A charge Q égale et à grand axe a égal, ce champ est une fonction monotone de c ;
parallèlement, quand c diminue, l’ellipsoïde devient de plus en plus mince entre B et B 0 et
donc de plus en plus pointu en A (on rappelle que b2 = a2 − c2 ). Pour c nul (il s’agit d’une
sphère), il est minimum et pour c tendant vers a, l’ellipsoïde prend la forme d’un bâton
mince et renflé en son centre et très pointu en ses extrémités. La formule montre aisément
que le champ devient alors très grand (il tend vers l’infini). Le pouvoir des pointes est ainsi
illustré. On pourrait poursuivre en calculant le champ en B (attention le champ à intégrer
n’a plus une direction fixe) et exhiber la formule donnant le rayon de courbure d’une ellipse
mais ça ne rajouterait rien au propos.
34
5 Capacités et aspects énergétiques.
On va bien sûr remarquer une structure matricielle, on notera (Q) = (C)(V ) où (Q)
est la matrice colonne des charges et (V ) celle des potentiels et (C) une matrice n × n de
18. On note souvent dans la littérature, pour alléger l’exposé, C la charge quand le potentiel est V = 1
et l’on prend alors λ = V . Ça allège effectivement mais en contrepartie, ça pose un sérieux problème
d’homogénéité. Comme ce cours se veut un regard en arrière pour consolider ses bases, je me dois d’être
rigoureux.
19. avec 4 π1ε0 ≈ 9 109
35
coefficients Cij qu’on appelle matrice capacité. Le terme diagonal Cii est appelée capacité
du conducteur i en présence des autres et le terme non diagonal Cji coefficient d’influence
du conducteur j sur le conducteur i.
Remarque 1 : Il importe de bien comprendre que les valeurs des termes de la matrice
capacité dépendent de la géométrie du système de conducteurs.
Remarque 2 : Les différentes propriétés de la matrice capacité apparaîtront au fil de la
suite du chapitre.
Remarque 3 : Revenons à la situation où le conducteur d’indice j est au potentiel unité
Vu et tous les autres au potentiel nul (celui de l’infini). Les lignes de champ ne peuvent
partir que du conducteur j et ne peuvent arriver qu’à l’un des autres ou à l’infini (voir
propriétés de l’espace interconducteur au paragraphe 2.a p. 10). Il en résulte que sur le
conducteur j, la densité surfacique est partout positive (voir au même endroit), donc la
charge aussi et donc Cjj > 0 ; il en résulte aussi que sur tous les autres, la densité est
négative donc Cij < 0 pour i 6= j. Enfin le théorème des éléments correspondants (voir
paragraphe 2.b p. 12) montre que chaque Cij est l’opposé d’une partie de Cjj , mais qu’il y
a une partie de Cjj qui ne correspond, sauf exception (influence totale), à aucun Cij ; c’est
celle d’où partent les lignes de champ allant à l’infini. En conclusion, pour la matrice
– les termes diagonaux sont strictement positifs (Cii > 0)
– les termes non diagonaux sont strictement négatifs (Cij < 0 si j 6= i)
i=n
X
– la somme des termes d’une même colonne 20 est positive ou nulle ( Cij > 0)
i=1
20. et aussi d’une même ligne : on verra plus loin que la matrice est symétrique.
36
les états x et x + dx, le générateur branché entre l’infini et le conducteur i fournit une
intensité Ii pendant un temps τ tel que Ii τ = dQi = Qi dx, variation de la charge du
conducteur i ; pendant ce temps, sa force électromotrice 21 ne varie quasiment pas et reste
quasiment égale à Ui = x Vi . Il fournit donc la puissance Ui Ii pendant le temps τ donc
l’énergie Ui Ii τ = Ui dQi = Qi Vi x dx. L’ensemble des générateurs fournit donc la somme
de ces expressions et par intégration, l’énergie du système des conducteurs est :
Z 1X Z 1
X 1 X
E= Qi Vi x dx = Qi Vi x dx = Qi Vi
0 0 2
i i i
1t 1
E= (V )(Q) = t (V )(C)(V )
2 2
qui est l’écriture, a priori non canonique d’une forme quadratique 22 .
Remarque 2 : On peut aussi écrire, en faisant intervenir l’inverse de la matrice capacité :
1t 1
E= (Q)(V ) = t (Q)(C)−1 (Q)
2 2
37
Par ailleurs en développant (V ) = (C)−1 (Q), on tire :
X
Vi ({Qj }) = C̃ij Qj
j
∂ 2 Vi
∂Vi ∂ ∂E
C̃ij = = =
∂Qj ∂Qj ∂Qi ∂Qj ∂Qi
∂ 2 Vi ∂ 2 Vi
Le théorème de Schwartz 23 affirme que = , donc que C̃ij = C̃ji ,
∂Qj ∂Qi ∂Qi ∂Qj
c’est-à-dire que (C)−1 est symétrique et donc (C) aussi.
Une utilisation possible de cette propriété est de remplacer le calcul, par exemple, de
C12 qui semblerait complexe par le calcul de C21 s’il est plus simple. Honnêtement, c’est
en magnétostatique que cette approche sera la plus féconde.
On peut raisonnablement considérer que l’énergie est localisée là où sont les charges,
donc à la surface des conducteurs ; mais on peut aussi procéder comme suit.
L’énergie est 21 i Qi Vi . Partant de là si l’on affecte à chaque tube de champ l’énergie
P
élémentaire notée d2 E égale à
– 12 V1 d2 q1 + 21 V2 d2 q2 pour un tube de champ élémentaire qui part du conducteur 1
(par exemple) au potentiel V1 et arrive au conducteur 2 (par exemple) au potentiel
V2 et y découpe respectivement des surfaces élémentaires d2 S1 portant la charge d2 q1
et d2 S2 portant la charge d2 q2 ,
– 12 V2 d2 q2 pour un tube de champ élémentaire qui part du conducteur 2 (par exemple)
au potentiel V2 et arrive l’infini au potentiel nul,
il semble assez clair alors que, par sommation sur tous les tubes, on obtient 12 i Qi Vi
P
qui est bien l’énergie totale. Comme chaque d2 E s’exprime en fonction de grandeurs liées
au tube de champ, il est pertinent de considérer que c’est l’énergie qu’il contient.
Tout ceci est explicité sur la figure 14 p. 39.
Pour l’un de ces tubes (par exemple de la première espèce), après avoir remarqué que
le théorème des éléments correspondant permet la réécriture d2 E = 21 (V1 − V2 ) d2 q1 , on
peut effectuer un découpage en petits tronçons limité par des équipotentielles. A chaque
tronçon (en rouge sur la figure) entre les équipotentielles V + dV et V , dans cet ordre car
le tube de champ est orienté dans le sens des potentiels décroissant, si on affecte l’énergie
23. Le physicien omet souvent de vérifier ses conditions de validité, à savoir que les dérivées secondes
soient continues ; c’est chose aisée ici puisqu’elles sont constantes.
38
V + dV V
! ! ! !
! ! – Localisation de l’énergie.
Figure 14
où E est le module (la norme) du champ qui règne sur l’équipotentielle V donc dans
le tronçon réputé infiniment petit.
→
−
Par ailleurs, si d` est le petit déplacement vectoriel, de longueur d` pour aller de
l’équipotentielle à V + dV à celle à V (attention à l’ordre inhabituel), on sait que V − (V +
−−→ →
− →−
dV ) = grad V · d` = − E · d` = −E d`, donc
dV = E d`
1 1 1 1
d3 E = dV d2 q1 = E d` ε0 E d2 S = ε0 E 2 d` d2 S = ε0 E 2 d3 V
2 2 2 2
résultat qui fait apparaître une densité volumique d’énergie électrique (ou électrosta-
tique), souvent notée uE , de définition puis d’expression :
d3 E 1
uE = = ε0 E 2
d3 V 2
qui lie une densité volumique d’énergie électrique autour d’un point au champ électrique
qui y règne, ce qui, avouons-le n’est pas scandaleux.
Remarque 1 : Cette formule affecte une énergie nulle à l’intérieur des conducteurs où
le champ est nul, ce qui renforce la pertinence de la présentation.
39
Remarque 2 : Il n’y a pas lieu de s’émouvoir que l’énergie puisse être localisée à la surface
des conducteurs ou dans l’espace interconducteur. La notion d’énergie est toujours une
abstraction surajoutée qui donne un autre point de vue à ce que l’on étudie et sa localisation
donne un niveau d’abstraction encore plus haut avec un point de vue supplémentaire. On
peut éclairer une même notion physique de deux façons distinctes ; elles ne s’opposent
pas, elles s’enrichissent mutuellement, un peu comme deux thèses différentes sur un même
auteur en littérature.
On déduit de ce qui précède que, quels que soient les valeurs des Vi , on a :
ZZZ
1t 1
(V )(C)(V ) = ε0 E 2 d3 V
2 2
L’intégrale de la densité volumique qui est positive, au vu de son expression, est donc
positive et ne s’annule que si le champ est partout nul, donc si le potentiel est uniforme
et égal à celui de l’infini, nul donc quand tous les conducteurs sont au potentiel nul. En
notant (0) le vecteur colonne dont tous les terme sont nuls, on a donc :
t
∀(V ) 6= (0) (V )(C)(V ) > 0
Les mathématiciens, qui sont éminemment serviables, nous affirment 24 que dans ce cas
la matrice a un déterminant positif dans le cadre de l’étude des formes quadratiques.
Cela dit, l’exploitation de cette propriété en physique semble rarissime.
Remarquons tout d’abord qu’un système de conducteurs à l’équilibre n’est pas sponta-
nément stable, c’est-à-dire de géométrie fixe. Les conducteurs chargés avec une charge totale
de même signe vont se repousser et de signe contraire, s’attirer. Il est donc sous-entendu
(et c’est toujours le sous-entendu qui induit les mécompréhensions) que chaque conduc-
teur est maintenu en place par un support isolant, censé ne pas perturber les interactions
électriques, ce support exerçant une force opposée au bilan des forces électrostatiques.
24. Impossible de le démonter brièvement dans le cas général. Dans le cas de deux conducteurs, en posant
x = VV12 , on a :
t
(V )(C)(V ) = C11 V12 + 2 C12 V1 V2 + C22 V22 = V22 C11 x2 + 2 C12 x + C22
` ´
Le contenu de la parenthèse est un binôme toujours positif donc sans racines, donc de discriminant négatif ;
2
ce discriminant ∆ = 4 C12 − 4 C11 C22 est quatre fois l’opposé du déterminant de la matrice qui est donc
positif.
40
Pour calculer la force électrostatique subie par le conducteur d’indice i, on a déjà mis
ici en évidence une méthode possible, car on sait que chaque élément de surface de vecteur
−→ −
→
surface dS est soumis à une force pe dS, où la pression électrostatique pe a pour expression
σ 2
2 ε0 . Par intégration, on trouvera la force recherchée mais cette intégration est au mieux
délicate sauf cas exceptionnels et le plus souvent impossible.
Nous allons utiliser une méthode énergétique basée sur la notion de travail virtuel,
notion un peu désuète ce qui est un tort. Par la pensée, déboulonnons le conducteur i, et
lui seul, de son support et remplaçons la force que celui-ci exerçait par une force produite
par n’importe quoi, par exemple les muscles du physicien ou plutôt de son aide, plus
musclé, traditionnellement appelé l’opérateur. Cette force diffère de l’opposé de la force
→
−
électrostatique F e subie par le conducteur i d’une quantité arbitrairement petite ; on notera
→
− →
−
F op. = − F e + →−ε.
Le conducteur i se déplace ; attendons, toujours par la pensée, qu’il se soit déplacé
→
−
d’une longueur vectorielle d` donnée, la force excédentaire →
−
ε étant choisie dans le bon
sens. Le théorème de l’énergie cinétique nous apprend que :
dEcin. = δWint. + δWext.
La force excédentaire →−
ε étant arbitrairement petite, la vitesse acquise par le conduc-
teur i, le seul qui se déplace, est négligeable et son énergie cinétique en v 2 encore plus,
donc dEcin. ≈ 0. Les forces intérieures sont les forces électriques qui dérivent d’une énergie
potentielle qui n’est autre que l’énergie électrostatique E de l’ensemble des conducteurs,
d’où, par définition d’une énergie potentielle δWint. = −dE. Enfin, le travail des forces
extérieures se réduit sans doute (on y revient tout de suite) au travail de la force de
l’opérateur, opposé, en négligeant →−ε , au travail de la force subie par le conducteur, soit
→
− →
− − →
→ −
δWext. = F op. · d` ≈ − F e · d`
Sous réserve que l’on n’ait pas oublié de travaux extérieur, on a donc, par passage à la
→
−
limite →
−
ε → 0 :
− →
→ −
0 = −dE − F e · d`
Quel travail extérieur a-t-on pu oublier ? Eh bien le travail de nature électrique que
fournissent les générateurs maintenant fixes les potentiels d’un ou plusieurs conducteurs.
41
Par la pensée, débranchons-les ; les conducteurs sont isolés et donc leurs charges fixes. On
notera donc pour mémoriser le résultat :
→
− −−→
F e = − grad E
Q
Si les conducteurs ont tous un potentiel imposé (les situations mixtes sont ingérables),
dans le déplacement virtuel, les générateurs fournissent un travail δWgén. et l’étude précé-
dente conduit alors à
− →
→ −
F e · d` = δWgén. − dE
1t 1 P P
La logique de la situation donne E = 2 (V )(C)(V ) = 2 i j Cjk Vj Vk d’où :
1 XX
dE = dCjk Vj Vk
2
i j
P
UnPraisonnement plusieursPfois utilisé dans ce chapitre donne δWgén. = j Vj dQj où
Qj = k Cjk Vk , d’où dQj = k dCjk Vk et :
XX
δWgén. = dCjk Vj Vk = 2 dE
i j
On a donc :
− →
→ − −−→ →
−
F e · d` = δWgén. − dE = 2 dE − dE = dE = grad E · d`
et l’on poursuit comme pour le déplacement à charges constantes pour aboutir au même
type de formule au signe près :
→
− −−→
F e = + grad E
V
Attention aux détestables (ce sont les mathématiciens qui parlent) habitudes des phy-
siciens : les expressions de l’énergie en fonction des charges ou des potentiels, sont deux
25. Attention, c’est un « si concessif ».
42
fonctions différentes que l’on ne devrait pas appeler du même nom ; les physiciens plaident
−−→ −−→
les circonstances atténuantes : les notations grad et grad précisent leur pensée de
Q V
façon suffisante et il n’est donc pas paradoxal d’écrire :
−−→ −−→
+ grad E = − grad E
V Q
dE dE
Mz (O) = − ou +
dθ Q dθ V
6 Condensateurs et électromètres.
43
qe
V2 Q1
qi = "Q1
!
V1
! !
!
U
!
! Q3
V3
!
l’espace interconducteur externe, les conditions aux limites n’ont donc pas changé et la
fonction potentiel non plus. Par continuité, le conducteur creux a donc toujours le même
potentiel V2 et donc le conducteur intérieur aussi puisqu’il ne fait plus qu’un avec le creux.
La matrice capacité permet d’affirmer que dans la première situation, la charge du
conducteur intérieur vérifie :
Q1 = C11 V1 + C12 V2
sans terme en V3 etc., car on connaît la protection assurée par le creux (qui entraîne
donc C13 = 0, etc.).
Dans la seconde situation, on a de même :
0 = C11 V2 + C12 V2
où si l’on avait maladroitement ajouté plus haut des termes en C13 V3 , on aurait ici mis
exactement les mêmes, car à l’extérieur, les potentiels sont inchangés, on vient de le voir.
Par différence, on a donc
La charge du condensateur, définie comme plus haut, est donc proportionnelle à sa dif-
ference de potentiel ; le coefficient de proportionnalité est appelé capacité du condensateur.
C’est le C11 du conducteur interne, on la réécrit en pratique C tout court.
44
Remarque 1 : On a vu que la résolution explicite d’un problème de conducteur est chose
rare ; il faut donc considérer que la capacité d’un condensateur est pratiquement toujours
une donnée expérimentale. La théorie qui vient d’être exposée n’est là que pour justifier la
proportionnalité entre charge et différence de potentiel.
Remarque 2 : Le groupement de condensateurs en série ou en parallèle sera plutôt
étudiée dans une approche électrocinétique.
1 1 1
E1 = Q1 V1 + (qe − Q1 ) V2 + Q3 V3 + · · ·
2 2 2
Dans la seconde (condensateur déchargé), l’énergie, qui sert alors de référence, est :
1 1 1 1 1
E0 = · 0 · V2 + (qe − 0) V2 + Q3 V3 + · · · = qe V2 + Q3 V3 + · · ·
2 2 2 2 2
La différence sera, par définition, l’énergie du condensateur chargé, soit, avec (cf supra)
les notations standards U = V1 − V2 , Q = Q1 et C = C11 :
1 1
E = E1 − E 0 = Q1 (V1 − V2 ) = Q U
2 2
1 1 1 Q2
E= Q U = C U2 =
2 2 2 C
Commençons par le cas d’école suivant : le conducteur creux a une surface interne
sphérique de centre O et de rayon R2 et le conducteur intérieur est une sphère de même
centre O et de rayon R1 . Si Q est la charge du condensateur donc celle du conducteur
intérieur, le théorème de Gauss permet d’affirmer que dans l’espace interconducteur le
→
− →
−
champ est E = 4 π Q e et le potentiel V (r) = 4 πQε0 r , d’où pour la différence de potentiel :
ε0 r 2 r
Q 1 1 Q (R2 − R1 )
U = V (R1 ) − V (R2 ) = − =
4 π ε0 R1 R2 4 π ε0 R1 R2
45
4 π ε0 R1 R2
La capacité est donc C =
(R2 − R1 )
Remarque 1 : Pour obtenir une capacité élevée il faut choisir e = (R2 − R1 ), appelée
épaisseur du condensateur, très petite ; alors R2 ≈ R1 et l’on notera R la valeur approxi-
4 π ε0 R2 ε0 S
mativement commune. L’expression de la capacité devient alors C = = où
e e
S = 4 π R2 est la surface a peu près égale des deux conducteurs en vis-à-vis.
Remarque 2 : Si e R, l’expérience montre que la capacité ne change que de façon
infime s’il manque un bout du conducteur creux ou si le condensateur est cabossé ou
déformé, fût-ce en cylindre avec un fond, bref que la formule C = ε0eS est valable si
l’épaisseur est constante et partout (ou presque) négligeable devant les rayons de courbures
de la surface.
Remarque 3 : Un condensateur tel qu’on l’a décrit jusqu’ici a un défaut de taille : le
conducteur intérieur tombe au fond du conducteur creux sous l’effet de la gravité, ce qui
court-circuite le condensateur ; c’est particulièrement stupide, avouons-le. Dans la pratique,
le vide interconducteur est remplacé par un isolant. On rappelle que l’on remplace alors ε0
par un ε lié à la nature de l’isolant et on choisit celui-ci si possible tel que εε0 soit le plus
grand possible, ce qui augmente d’autant la capacité.
Remarque 4 : Une manière originale mais désormais classique de réaliser une épaisseur
e négligeable donc une grande capacité est le condensateur électrochimique : Il est consti-
tué d’un petit récipient (de l’ordre du centimètre cube) en métal, le plus fréquemment
de l’aluminium, rempli d’un électrolyte gélifié (sinon ça coule partout !) et fermé par un
couvercle isolant dont le rôle est négligeable. A la construction, il n’y a pas d’isolant et le
tout est conducteur. Si on le branche sous une différence de potentiel dans le bon sens 26 ,
il y a électrolyse dans le sens où le métal s’oxyde ; il se recouvre d’une couche d’oxyde qui
devient isolante dès qu’elle a atteint une épaisseur infime. On obtient ainsi une capacité
énorme 27 sous un volume minime. Toutefois, il y a un inconvénient majeur : on ne peut
pas brancher ce condensateur sous une tension de signe opposé à celle qui l’a créé : l’oxyde
se réduit et le condensateur devient brusquement conducteur, s’échauffe par effet Joule,
explose et envoie l’électrolyte partout dans le reste du montage ; c’est apocalyptique et
proprement répugnant 28 .
Soient deux plans conducteurs infinis et parallèles ; dans l’espace qui les sépare, toute
ligne partant de l’un ne peut qu’arriver à l’autre ; ils sont donc en influence totale et, à ce
titre, se conduisent en condensateur, bien qu’il ne s’agisse pas d’un conducteur creux en
contenant un autre. La symétrie de révolution par rapport à tout axe orthogonal aux plans
fait que les lignes de champ leur sont elles aussi orthogonales. L’invariance par translation
26. On vous laisse sournoisement deviner lequel !
27. Au vu de l’application numérique effectuée un peu plus haut, énorme c’est un microfarad.
28. Est-ce un oxymore ?
46
entraîne que les plans sont uniformément chargés. Le théorème des éléments correspondant
indique que les densités volumiques sont opposées ; notons les ±σ, comme sur la figure 16
p.47 (les plans n’y sont pas infinis, on y revient juste après). L’application du théorème de
Gauss à un tube de champ fermé par une surface parallèle aux plans et par une surface
arbitraire contenue dans un conducteur (voir figure) donne un champ uniforme de norme
E = εσ0 et enfin la circulation de ce champ sur une ligne de champ d’un conducteur à
l’autre, égale à la différence de potentiel (cf chapitre précédent), conduit à U = E e = σε0e
où e est la distance entre les plans.
"
!
E
! #"
Figure 16 !
– Condensateur plan et anneau de garde.
!
Ce résultat reste valable si l’on travaille non avec des plans infinis, mais des portions de
plan, par exemple des disques de rayon R, pourvu que R soit grand devant e (condition que
ne respecte pas la figure pour la lisibilité). Les sources d’erreur sont localisées au bord des
disques (on parle d’effet de bords), sur une largeur de quelques fois (peu de fois) l’épaisseur.
Lorsque l’on veut une extrême précision, on entoure l’un des disques d’un anneau entre
un rayon un peu supérieur à R et un rayon de l’ordre de R + 5 e et l’on porte le rayon
du second à R + 5 e, ce qui fabrique deux condensateurs que l’on charge et décharge en
parallèle ; l’anneau concentre les erreurs et le disque se comporte de façon parfaite. C’est
la technique de l’anneau de garde (cf figure).
Si Q = σ S est la charge du disque de surface S, on a en bonne approximation ou
rigoureusement selon qu’il y a ou non un anneau de garde et après quelques calculs élé-
mentaires :
ε0 S
Q= U
e
ε0 S
d’où une capacité C = (cf supra).
e
Remarque : Une façon classique de fabriquer un condensateur d’assez grande capacité
sous un faible volume consiste à superposer quatre longues bandes de longueur de l’ordre
du mètre et de largeur de l’ordre du centimètre (pour avoir un S important), de faible
épaisseur de l’ordre du dixième de millimètre (pour avoir un e minuscule), alternativement
conductrices et isolantes puis d’enrouler le tout comme le suggère la figure 17 p. 48 (que
le lecteur me pardonne d’avoir dessiné des enroulements au carré plutôt que ronds, c’était
plus aisé et plus rapide à faire). Outre le gain de place, on remarquera que chacun des
conducteurs (rouge et bleu) est en vis-à-vis de l’autre (isolant vert intercalé) sur ses deux
faces, ce qui fait que la surface S doit être comptée deux fois ; l’enroulement double la
capacité.
47
Figure 17 – Condensateur enroulé.
6.d Electromètres.
Il s’agit d’instruments conçus pour mesurer une différence de potentiel statique, c’est-
à-dire non liée à la circulation d’un courant électrique. Il s’agit dans la pratique d’un
condensateur étudié pour que l’on puisse mesurer la force subie par l’une des armatures
(autre nom des conducteurs du condensateur).
• Electromètre à plateaux.
C’est un condensateur plan comme celui de la figure 16 p.47. En prenant un axe des
Oz orthogonal aux conducteurs et orienté vers le haut de la figure, l’armature du haut, de
cote z à partir de celui du bas, est soumise à une force que l’on peut calculer ici de trois
façons (on replace partout e par z) :
– par la pression électrostatique liée à sa charge (placée en dessous d’où une force vers
le bas) :
ε0 S 2
U2
σ2 Q2 C2 U 2 z ε0 S U 2
F = −pe S = − S=− S = − =− =−
2 ε0 2 ε0 S 2 2 ε0 S 2 ε0 S 2 z2
→
− −−→
– par la formule F e = + grad E, soit ici
V
C U2
d ε0 S
dE 2 d z U2 ε0 S U 2
F = = = =−
dz U dz dz 2 2 z2
V V
→
− −−→
– par la formule F e = − grad E, soit ici
Q
Q2 z
dE d 2C d ε0 S Q2 Q2
F =− =− =− =−
dz Q dz dz 2 2 ε0 S
V V
ε0 S U ε0 S U 2
soit en y reportant Q = C U = ,F =−
z 2 z2
48
Reste à concevoir la méthode de mesure de la force. L’idée de suspendre l’armature du
haut à un ressort dont on mesurerait l’allongement est mauvaise car on montre qu’il y a
deux positions d’équilibre donc une instable, c’est difficile à gérer expérimentalement. Il y
a d’autres solutions mais encombrantes. Cet électromètre sert surtout de premier exemple
théorique et est en pratique inutilisé.
• Electromètre à quadrants.
C’est un condensateur plan dont les armatures sont deux quarts opposés de disque et
dont l’une peut tourner d’un angle θ par rapport à l’autre autour d’un axe passant par
l’axe. La figure 18 p. 49, vue selon l’axe orthogonal aux plans (dessinés l’un en bleu, l’autre
en rouge en dessous du premier) montre que S passe de 12 π R2 à 0 pour θ variant de 0 à
π
2 ; la variation est manifestement linéaire, d’où :
π
S = R2 −θ
2
ε0 S ε0 R 2 π
C= = −θ
e e 2
1 2 2
ε0 R U π
E = C U2 = −θ
2 2e 2
dE ε0 R 2 U 2
Mz (O) = =−
dθ U 2e
"
49
oublier que les conducteurs sont des portions de plan minces mais d’épaisseur non nulle ; ils
ont donc des arêtes dont les vecteurs surface ont une autre direction et c’est à ce niveau-là et
uniquement là que se trouvent les forces qui contribuent au moment non nul. Curieusement,
ces arêtes n’interviennent pas dans le calcul de l’énergie ; mais ce n’est qu’apparent : elles
interviennent sous forme de termes négligés, les effets de bords, correspondant aux lignes de
champ non orthogonales aux plans conducteurs qui vont des arêtes de l’un des conducteurs
vers l’autre (au plus près, donc là où il est plan) ; comme leur géométrie ne change pas ou
peu avec θ (sauf peut-être pour θ proche de 0 ou de π/2, ce que l’on évitera par quelque
astuce de construction), le terme correctif est constant et disparaît dans les dérivations.
• Inconvénient et amélioration.
ε0 R 2 ε0 R 2
Mz (O) = [(V − V2 )2 − (V − V1 )2 ] = (V1 − V2 ) (2 V − V2 − V1 )
2e 2e
qui donne une réponse linéaire (ou plutôt affine). Le fin du fin est d’imposer quelque
chose comme V1 = −V2 = U20 et alors la relation devient plus simple :
ε0 R 2
Mz (O) = U0 V
e
Il suffit pour cela d’un générateur étalon de force électromotrice U0 , un montage po-
tentiométrique et de commencer toute mesure par un réglage de zéro.
50