tuer

(Mot repris de tuasses)

tuer

v.t. [ du lat. tutare, éteindre [la soif], de tutari, protéger, de tueri, observer, veiller sur ]
1. Causer la mort de qqn de manière violente : Il l'a tué de plusieurs coups de couteau assassiner, exécuter emporter
2. (Sans compl.) Ôter volontairement et violemment la vie à un être vivant : Tu ne tueras point l'un des dix commandements de Dieu selon la Bible
3. Faire mourir un animal volontairement : Tuer un cerf abattre
4. Causer la destruction de : Cette maladie tue la vigne attaquer, détruire
5. Fam. Épuiser physiquement ou moralement : Cette marche l'a tué éreinter, exténuer assommer
6. Faire cesser ou disparaître qqch : Cette mesure risque de tuer l'initiative locale étouffer
Être à tuer,
Fam. être assommant, insupportable.
Tuer le temps,
faire n'importe quoi pour éviter de s'ennuyer.

se tuer

v.pr.
1. Mourir accidentellement : Elle s'est tuée en tombant d'une échelle.
2. Se donner la mort : Elle s'est tuée par pendaison se suicider
3. S'épuiser de fatigue : Nous nous sommes tués à la tâche s'user
4. (à) Se donner beaucoup de mal pour : Je me tue à vous le répéter s'escrimer, s'évertuer
Maxipoche 2014 © Larousse 2013

tuer


Participe passé: tué
Gérondif: tuant

Indicatif présent
je tue
tu tues
il/elle tue
nous tuons
vous tuez
ils/elles tuent
Passé simple
je tuai
tu tuas
il/elle tua
nous tuâmes
vous tuâtes
ils/elles tuèrent
Imparfait
je tuais
tu tuais
il/elle tuait
nous tuions
vous tuiez
ils/elles tuaient
Futur
je tuerai
tu tueras
il/elle tuera
nous tuerons
vous tuerez
ils/elles tueront
Conditionnel présent
je tuerais
tu tuerais
il/elle tuerait
nous tuerions
vous tueriez
ils/elles tueraient
Subjonctif imparfait
je tuasse
tu tuasses
il/elle tuât
nous tuassions
vous tuassiez
ils/elles tuassent
Subjonctif présent
je tue
tu tues
il/elle tue
nous tuions
vous tuiez
ils/elles tuent
Impératif
tue (tu)
tuons (nous)
tuez (vous)
Plus-que-parfait
j'avais tué
tu avais tué
il/elle avait tué
nous avions tué
vous aviez tué
ils/elles avaient tué
Futur antérieur
j'aurai tué
tu auras tué
il/elle aura tué
nous aurons tué
vous aurez tué
ils/elles auront tué
Passé composé
j'ai tué
tu as tué
il/elle a tué
nous avons tué
vous avez tué
ils/elles ont tué
Conditionnel passé
j'aurais tué
tu aurais tué
il/elle aurait tué
nous aurions tué
vous auriez tué
ils/elles auraient tué
Passé antérieur
j'eus tué
tu eus tué
il/elle eut tué
nous eûmes tué
vous eûtes tué
ils/elles eurent tué
Subjonctif passé
j'aie tué
tu aies tué
il/elle ait tué
nous ayons tué
vous ayez tué
ils/elles aient tué
Subjonctif plus-que-parfait
j'eusse tué
tu eusses tué
il/elle eût tué
nous eussions tué
vous eussiez tué
ils/elles eussent tué
Collins French Verb Tables © HarperCollins Publishers 2011

TUER

(tu-é) , je tuais, nous tuions, vous tuiez ; que je tue, que nous tuions, que vous tuiez v. a.
Frapper, assommer ; sens primitif, aujourd'hui tout à fait oublié.
Éteindre (voy. à l'étymologie comment frapper a passé au sens d'éteindre). Tuer le feu, la chandelle.
On doute pour quelle raison Les destins si hors de saison De ce monde l'ont appelée ; Mais leur prétexte le plus beau, C'est que la terre était brûlée, S'ils n'eussent tué ce flambeau [MALH., VI, 14]
Terme d'alchimie. Tuer l'eau philosophale, la fixer en continuant toujours le feu. L'un tue l'autre, le fixe et le volatil se détruisent l'un l'autre.
Par généralisation de l'idée de frapper, d'assommer, ôter la vie d'une manière violente.
Tant que personne ne leur résiste [aux Espagnols qui avaient pris Corbie], ils tiennent courageusement la campagne, ils tuent nos paysans et brûlent nos villages [VOIT., Lett. 74]
Les gens que vous tuez se portent assez bien [CORN., Ment. IV, 2]
Le voyage de Fontainebleau est rompu par une des plus cruelles nouvelles du monde qui vient d'arriver ce soir : un coup de canon a tué M. de Turenne le 27, sur les neuf heures du matin [PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 379]
Il [Abimélech] appela son écuyer, et lui dit : Tirez votre épée et tuez-moi, de peur qu'on ne dise que j'ai été tué par une femme ; l'écuyer, faisant ce qu'il lui avait commandé, le tua [SACI, Bible, Juges, IX, 54]
C'est un de ces braves de profession, de ces gens qui sont tout coups d'épée.... qui ne font non plus de conscience de tuer un homme que d'avaler un verre de vin [MOL., Scapin, II, 8]
Pourquoi me tuez-vous ? Eh quoi ! ne demeurez-vous pas de l'autre côté de l'eau ? mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuer de la sorte ; mais, puisque vous demeurez de l'autre côté, je suis un brave, et cela est juste [PASC., Pens. VI, 3, édit. HAVET.]
Quand il est question de juger si on doit faire la guerre et tuer tant d'hommes, condamner tant d'Espagnols à la mort, c'est un homme seul qui en juge, et encore intéressé ; ce devrait être un tiers indifférent [ID., ib. VI, 9]
Au passage de l'Issel, sous les ordres de M. le Prince, M. de Longueville a été tué ; cette nouvelle accable [SÉV., 147]
On tue beaucoup de fanatiques [protestants] et on espère en purger le Languedoc [MAINTENON, Lett. au duc de Noailles, 14 mai]
Ou qu'il voit la justice en grosse compagnie Mener tuer un homme avec cérémonie [BOILEAU, Sat. VIII]
Tuer un homme à terre, le tuer quand il est abattu.
N'avez-vous pas reçu ma lettre où je vous donnais la vie [dans le duel entre Mme de Sévigné et Bussy], et ne voulais pas vous tuer à terre ? [ID., à Bussy, 4 déc. 1668]
Se faire tuer, périr dans un combat.
Il se fera tuer comme mon frère ; il vaudrait bien mieux qu'il fût sous-diacre [VOLT., l'Ingénu, 7]
Se faire tuer signifie aussi chercher la mort, de propos délibéré. Il s'est fait tuer plutôt que de se rendre.Impersonnellement, au passif. Il fut tué beaucoup de gens dans la dernière bataille.Absolument.
Il [l'homme] tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer [J. DE MAISTRE, Soirées de St-Pétersbourg, Entretien 7]
Sommes-nous des soldats qui tuent et se font tuer pour des intérêts qu'ils ignorent ? [BEAUMARCH., Mar. de Fig. v, 12]
Tue, tue, exclamation de gens qui en attaquent d'autres et ne veulent en épargner aucun.
M. de Longueville et ceux qui le suivirent de plus près, croyant avoir trouvé un chemin pour forcer la barrière, commencèrent à crier : Tue, tue, sans quartier [PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 143]
Substantivement.
Au premier bruit qu'ils firent d'un tue, tue, on leur répondit si bien par de grands cris de Vive le roi, qu'ils ne passèrent pas plus avant [ID., ib. t. III, p. 172]
Fig. À tuer chiens, s'est dit de prétextes, comme quand on veut tuer son chien.
Des objections à tuer chiens [D'ARGENSON, Mém. t. II, p. 299]
Faire périr d'une manière quelconque, de mort violente ou par maladie. Une tuile lancée du haut d'un toit tua Pyrrhus.C'est une apoplexie qui l'a tué.
La faim [dans Jérusalem assiégée] en tuait plus que la guerre, et les mères mangeaient leurs enfants [BOSSUET, Hist. II, 8]
Dieu veuille que quelque gelée ne me tue pas à Berlin, comme le froid de Stockholm tua Descartes ! [VOLT., Lett. Thiriot, 27 nov. 1736]
Elle aimait trop le bal, c'est ce qui l'a tuée [V. HUGO, Orient. 33]
Fig.En termes de l'Écriture, tuer l'âme, la souiller, lui faire perdre le bonheur éternel.
Je sais que le trouble intérieur est la peine de tout péché qui tue l'âme [MASS., Carême, Enf. prod.]
Causer la mort.
Le bruit qui a couru de ma mort ne m'a point tué [BALZ., liv. IX, lett. 34]
J'approuve extrêmement le dessein que vous faites de vous désabuser de la fortune, et de la quitter comme une dangereuse maîtresse ; ses caresses et ses mépris sont également à craindre ; d'une façon ou d'autre, elle tue tous ses amants [VOIT., Lett. 44]
Ma vengeance est perdue, S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue [RAC., Andr. IV, 4]
Il se dit d'un médecin qui, par inhabileté, cause la mort du malade.
Le frère de Mme de Coulanges est mort ; on dit que c'est le cordelier qui l'a tué ; et moi, je dis que c'est la mort [SÉV., 466]
Il se dit des animaux qu'on met à mort. La cuisinière a tué le poulet.Tuer des perdrix.Nous avons chassé toute la journée sans rien tuer.
Non, j'ai tué fort peu, tout au plus trois levrauts, Autant de cailles, oui, peut-être dix perdreaux [COLLIN D'HARLEVILLE, M. de Crac, sc. 9]
Il se dit des bouchers qui égorgent ou assomment les animaux. Tuer des bœufs, des moutons.Dans le langage familier. Ce boucher tue de meilleure viande que tel autre.Les bouchers, en été, tuent leur viande pendant la nuit.Absolument. Ce boucher ne tue qu'une fois par semaine.
Faire périr, en parlant des arbres, des plantes ou des insectes. Le grand froid a tué les oliviers.Il est recommandé de tuer les chenilles.Populairement. Tuer le ver, voy. VER.
Par exagération, causer une fatigue, une peine excessive, compromettre la santé, la vie. Il porte de trop grands fardeaux, cela le tue.Vous tuez votre cheval de le mener toujours au grand galop.
Albe vous a choisi, je ne vous connais plus. - Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue [CORN., Hor. II, 3]
Deux heures durant, dans une posture qui tue la poitrine [SÉV., 5 nov. 1684]
Elle [ma tante] me fait des caresses qui me tuent ; elle parle de sa mort comme d'un voyage [ID., 20 avr. 1672]
Vous n'y êtes pas [auprès de moi], et c'est ce qui me tue ; vous faites du bien où vous êtes, et c'est ce qui me console [MAINTENON, Lett. au duc de Noailles, 27 déc. 1710]
Mais ne différez point : chaque moment vous tue, Réparez promptement votre force abattue [RAC., Phèdre, I, 3]
On sent le vide du plaisir ; il est des moments de réflexion qui vous tuent [MASS., Mystères, Visitation.]
Son âme tuait son corps [VOLT., l'Ingénu, 19]
Abrégeons cet entretien ; malgré tout le charme que j'y trouve, il me tue [GENLIS, Théât. d'éduc. la Curieuse, IV, 7]
Absolument.
Cette vie me tourmente trop, il est trop question de moi, on ne se peut cacher, cela tue [SÉV., 24 juill. 1689]
Se tuer le corps et l'âme, se donner beaucoup de peine.
Il se dit des peines mortelles que cause l'amour Fuyez un ennemi qui sait votre défaut, Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue, Et dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue [CORN., Poly. I, 1]
10° Fig. Importuner, incommoder. Le grand bruit me tue.
Adieu, mon très cher comte, je vous tue par la longueur de mes lettres [SÉV., 13]
11° Compromettre causer la chute, la ruine. Les acteurs ont tué l'ouvrage.
On pourra regarder comme une espèce de paradoxe ce que nous venons de dire, que les Lettres Provinciales, publiées en 1656, ont tué les jésuites cent ans après, en 1760 [D'ALEMB., Élog. Bossuet. note 14]
C'est en France qu'on a dit ce mot : la légalité nous tue [LAUGEL, Rev. des Deux-Mond. 15 mai 1872, p. 300]
Tuer un auteur, tuer son original, son modèle, le surpasser au point de le faire oublier.
12° Fig. Faire disparaître, annuler, écarter.
Tuez ce qui vous tue, armez-vous de constance [ROTR., Bélis. II, 2]
Cela tue l'effet du spectacle, cela tue tout le plaisir de la partie, cela le contrarie, le détruit, l'anéantit.
Payer jusqu'aux sourires des femmes ! c'est tuer le plaisir, et non le temps [P. DE MUSSET, Rev. des Deux-Mond. 1er déc. 1854, p. 963]
Tuer un poëte, ôter, en le traduisant, tout éclat poétique.
Hic gelidi fontes... traduisez ave l'abbé Desfontaines : Que ces clairs ruisseaux, etc. et vantez-vous d'avoir tué un poëte [DIDER., sur Térence.]
Tuer le temps, s'occuper de choses futiles pour échapper à l'ennui.
[Des vers] Que, pour tuer le temps, je m'efforce d'écrire [RÉGNIER, Sat. VIII]
On dit aussi quelquefois : tuons le temps qui nous tue.
13° Terme de peinture. Se dit quelquefois de l'effet d'une couleur, d'une lumière, qui en détruit, en affaiblit une autre. On dit de même qu'une figure en tue une autre. Se dit aussi dans le langage ordinaire. Si vous mettez votre robe bleue, je ne mettrai pas la mienne ; la vôtre est d'un bleu plus vif et tue la mienne complétement.
14° Absolument. La lettre tue, quand on s'attache servilement aux mots, on ne saisit pas la pensée.
La lettre tue : tout arrivait en figures, il fallait que le Christ souffrît [PASC., Pens. XVI, 8 bis, éd. HAVET.]
Répétez souvent que la lettre tue, et que c'est l'esprit qui vivifie [FÉN., t. XVII, p. 70]
Cela se dit aussi d'un traducteur servile.
15° Se tuer, v. réfl. Se donner la mort, par accident ou volontairement. Il s'est tué en tombant de cheval.
Brutus et Cassius se tuèrent avec une précipitation qui n'est pas excusable [MONTESQ., Rom. 12]
Il n'y avait point de loi civile à Rome contre ceux qui se tuaient eux-mêmes [ID., Esp. XXIX, 9]
Il y a une loi de Marc-Aurèle qui ordonne de ne point confisquer les biens de ceux qui se sont tués [VOLT., Lett. Thibouville, 10 nov. 1777]
On ne se tue point pour les douleurs de la goutte ; il n'y a guère que celles de l'âme qui produisent le désespoir [J. J. ROUSS., Ém. I]
Se donner la mort l'un à l'autre. Les deux adversaires, tirant en même temps, se tuèrent l'un l'autre.Par exagération,on s'y tue, se dit d'un endroit où l'affluence est excessive.
16° Nuire au corps, à la santé. Vous vous tuez à mener une pareille vie.Il se tue à boire.
Je vous demande la grâce de ne vous point tuer pour moi, et que je n'aie point la douleur de contribuer à détruire une vie pour laquelle je donnerais la mienne [SÉV., 378]
J'ai pensé me tuer depuis trois mois, afin d'achever un morceau que je veux y mettre [dans l'Esprit des lois].... je vous jure que cela m'a coûté tant de travail, que mes cheveux en ont blanchi [MONTESQ., Lett. à Mgr Cerati, 18 mars 1748]
Faudra-t-il que M. le marquis se tue à calculer une éclipse, quand il la trouve à point nommé dans l'almanach ? [VOLT., Jeannot et Colin.]
Se tuer à plaisir, faire sans nécessité des choses qui nuisent à la santé.
17° Se donner beaucoup de peine.
Les autres [les érudits] se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu'ils les savent [PASC., Pens. IV, 2, éd. HAVET]
On dit ordinairement se tuer à.
On se tue à vous faire un aveu des plus doux [MOL., Tart. IV, 5]
Pour moi, je ne me tue point à écrire ; je lis, je travaille, je me promène, je ne fais rien [SÉV., 224]
Il [Chapelain] se tue à rimer : que n'écrit-il en prose ? [BOILEAU, Sat. IX]
Montesquieu, dans ses Lettres persanes, se tue à rabaisser les poëtes [VOLT., Lett. Saurin, 28 déc. 1768]
Figurez-vous ce que c'est que de faire imprimer à la fois son Siècle et une nouvelle édition de ses pauvres œuvres ; de se tuer du soir au matin à tâcher de plaire à ce public ingrat [ID., Lett. d'Argental, 28 août 1751]
Pour moi, quand je me tuerais par mes travaux, le nom de Durand n'en deviendrait pas plus célèbre [GENLIS, Théât. d'éduc. le Magistrat, II, 4]
18° Se tuer de, faire incessamment.
Je me tuais moi-même à tous coups de lui dire Que mon âme pour lui n'a que de la froideur [CORN., Veuve, III, 4]
Le bruit est grand autour d'elle [une dame à qui on prétendait que Monsieur faisait la cour] ; Monsieur en est au désespoir ; il se tue de dire qu'elle ne prétend à rien [SÉV., t. x, p. 148, dans POUGENS]
Son ami [de Matha] se tuait de lui dire, qu'ils [ses procédés de galanterie] étaient insolents plutôt que familiers [HAMILT., Gram. 4]
Je me tue de vous faire signe que j'ai quelque chose à vous dire [BRUEYS, Muet, IV, 7]
19° Ces deux nuances se tuent mutuellement, elles se ternissent l'une l'autre.
20° On dit que le cidre se tue ou est tué, lorsque, restant en vidange, il prend une teinte brune et perd de sa saveur.
21° À tue-tête, loc. adv. Très fort, en parlant de la voix (si fort que l'on tue, casse la tête).
Ils parlent tous à tue-tête [SCARR., Virg. VI]
Un jour d'audience, où se trouvaient les ambassadeurs et nombre de gens distingués, le cardinal [Dubois], importuné par quelqu'un, l'envoya promener en termes grenadiers, jurant et criant à tue-tête [DUCLOS, Œuv. t. VI, p. 135]
Dans l'instant, nous avons commencé un duo que nous avons chanté un peu faux, mais à tue-tête [GENLIS, Ad. et Th. t. II, p. 284, dans POUGENS]

PROVERBE

    Tel fiert qui ne tue pas, tous les coups ne sont pas mortels.

REMARQUE

  • On ne se sert pas du verbe tuer en parlant des morts violentes par exécution de justice, ni en parlant de ceux qui ont été noyés, étouffés ou empoisonnés

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Icel orage e cel tempiz Lur dura tant que port unt pris En Engleterre, ceo m'est vis, Morz e tuet e esturdiz [BENOIT, I, v. 1874]
    Si bruit li cox [le coup] com foudre contre oré ; De trente maux [maillets] ne fust il miex tué, Et li chevals par desoz asomé [, Bat. d'Aleschans, v. 5775]
    E tuout [tuait] à glaive les enfanz e les vielz par tutes les citez [, Rois, p. 19]
  • XIIIe s.
    Paor ai ne vous tue, si me puist Diex aider [, Berte, X]
  • XVe s.
    Or ne fait rien, et si se tue, Fors soy partout faire escharnir [moquer] [E. DESCH., Miroir de mariage. p. 64]
    Homs qui se marie se tue [ID., Ball.]
    Item à maistre Jacques James, Qui se tue d'amasser biens [VILLON, Gr test.]
    Ils trouverent devant St-Mery un nommé Jehan le Prestre qu'ils tuerent [percèrent de coups] plus de dix fois [, Journal de Paris, Paris sous Charles VI et VII, an. 1438]
  • XVIe s.
    Si ma chambriere m'en eust fait autant, je me fusse levée, et lui eusse tué la chandelle sur le nez [MARG., Nouv. LIX.]
    Ils tuent le feu à une pipe de vinaigre defoncée [D'AUB., Hist. III, 14]
    L'ambition se tue en se faisant cognoistre [ID., Tragiques, édit. LALANNE, p. 135]
    De sept tuez sur la terre gisans, Mille en y a les tueurs s'en disans [AMYOT, Galba, 33]
    Tel tue qui ne pense que blesser, et tel cuide frapper qui tue [COTGRAVE, ]
    Tuez, il fait bon saler [OUDIN, Curios. franç.]

ÉTYMOLOGIE

  • Berry, cuer le feu, cuer la chandelle ; wallon, touwé ; provenç. tuar, tuer ; tudar, éteindre, étouffer ; bas-lat. tutare, éteindre. Du grec, tuer, n'a pu être indiqué que quand on ignorait les règles de l'étymologie ; il faut un mot qui rende compte du t ou d (tutare, tudar). Diez, écartant le germanique (goth. dauthjan, anc. haut-allem. tôtan, qui aurait donné en provençal daudar ou taudar, et en français touer), tire tuer du latin tutari, protéger, recouvrir pour protéger, puis étouffer : tuer le feu, qui serait l'emploi primitif, était, à l'origine le couvrir de cendres pour le maintenir ; d'où le sens d'étouffer qui s'est généralisé dans l'acception tuer. Mais tous les intermédiaires manquent pour appuyer un pareil écart de signification. L'origine est le latin tuditare, frapper, choquer, ou même tudare ; du moins du Cange a tudatus, marteau. Ici la forme et le sens sont d'accord. Le sens fondamental est frapper, assommer. Pour passer à éteindre, on a l'ancien texte qui dit : tenens cannam unam in manu sua, tutat lampadem unam, il frappe une lampe et l'éteint ; du langage ecclésiastiqne tutare a passé au sens d'éteindre dans le parler vulgaire ; de là le tudar, provençal, l'at-tutare, italien, lequel, figurément, a pris le sens d'amortir, apaiser. Enfin frapper est devenu sans peine donner la mort d'une manière violente.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877

tuer

TUER. v. tr. Ôter la vie d'une manière violente; il ne se dit pas quand il s'agit soit d'une exécution de justice, soit d'une mort par noyade, étouffement ou empoisonnement. Tuer d'un coup d'épée, d'un coup de pistolet, à coups de couteau, à coups de bâton. Tuer un homme de sang-froid, le tuer raide. Il a été tué à la guerre. Il se fit tuer dans la première bataille. Il se fit tuer plutôt que de se rendre. Il s'est tué d'un coup de pistolet. Les deux adversaires ont tiré en même temps et se sont tués l'un l'autre.

Il se dit aussi de Toutes les morts violentes qui arrivent par accident, et de toutes les morts naturelles causées par des maladies. Une tuile lui tomba sur la tête et le tua. Il a été tué par la foudre. Un coup de sang l'a tué. Un couvreur tomba du haut du toit et se tua.

Il se dit pareillement de Tout ce qui cause la mort. Ne vous fiez pas à ce charlatan, il vous tuera. La tristesse l'a tué. Ses débauches le tueront.

En termes de l'Écriture, Le péché tue l'âme, Il la dégrade, la souille et lui fait perdre la vie éternelle.

Fig., La lettre tue et l'esprit vivifie, Ce qui importe, ce n'est pas de s'attacher servilement à la lettre d'un précepte, d'un texte, mais d'en pénétrer l'esprit.

TUER se dit, par exagération, des Choses qui fatiguent excessivement le corps, qui peuvent altérer la santé. Le chagrin le tue. Vous exigez trop de votre cheval, vous le tuez. Vous vous tuez à mener une pareille vie. Il se tue à force de travailler, à force de travail. Elliptiquement, Il se tue de travail.

Fam., Se tuer à plaisir, Faire sans nécessité des choses évidemment nuisibles à sa santé.

TUER se dit encore, par exagération, de Tout ce qui incommode, de tout ce qui importune extrêmement. Ce récit est d'une longueur, d'un ennui qui tue. Le grand bruit me tue.

Fam. et par exagération, Se tuer, Se donner beaucoup de peine. On se tue à l'avertir du danger auquel il s'expose. Je me tue à vous répéter toujours la même chose.

Fam. et par exagération, On s'y tue se dit en parlant d'une Grande affluence de monde en quelque endroit. La pièce nouvelle a un succès fou, on s'y tue.

TUER se dit encore en parlant des Animaux que les bouchers égorgent ou assomment. Tuer des boeufs. Tuer des moutons. Absolument, Ce boucher ne tue qu'une fois la semaine.

Il se dit, dans un sens analogue, en parlant d'autres animaux. Tuer des poulets, des pigeons. Tuer des lapins, des perdrix. Nous avons chassé toute la journée, et nous n'avons rien tué.

Il signifie également Faire périr, détruire, en parlant des Insectes, des arbres, des plantes, etc. Le grand froid a tué la plupart des oliviers.

Il signifie figurément Faire disparaître, anéantir. La crise des affaires a tué cette industrie.

Fig. et fam., Tuer le temps, S'amuser à des riens, afin de passer le temps sans ennui.

TUER signifie aussi Détruire l'effet d'une chose. Cela tue l'effet du spectacle. Le voisinage de ce tableau-là tue celui-ci. Votre toilette tue la sienne.

À TUE-TÊTE. Voyez TUE-TÊTE (À).

Le participe passé TUÉ s'emploie adjectivement. Tué à l'ennemi, Qui est mort au combat ou des suites de blessures qu'il y a reçues.

Il s'emploie aussi comme nom masculin. Les tués et les blessés.

Dictionnaire de L'Académie française 8th Edition © 1932-5

tuer

Tuer, Il vien de tuô, id est macto, occido.

Tuer aucun, Aliquem caedere, Occidere, Exanimare, Necare, Abnecare, Enecare, Obtruncare, Perimere, Animam alicui adimere, Vitam adimere, Interimere, Extinguere animam alicui, Mortem inferre, Sanguinem facere, Perdere aliquem capitis, Petere iugulum, Vim corpori facere, Aliquem caede afficere, Expellere aliquem vita, Aliquem interficere, vel vita interficere, Supplicio vel morte mactare, Morte mulctare, Priuare vita, Priuare communi luce, Tollere ferro aut veneno aliquem, De medio aliquem tollere, Ex rerum natura aliquem tollere, Dedere aliquem morti, Auferre spiritum alicui, Vsuram lucis eripere alicui.

Chercher quelqu'un pour le tuer, Quaerere aliquem ad necem.

Tuer cruellement, Trucidare.

Menacer de tuer cruellement, Mortem acerbam proponere.

Menacer de tuer et de brusler, Minitari ferrum et flammam.

Tuer tout d'un coup, Mortem alicui vno ictu afferre.

Tuer tout à fait une troupe, tellement qu'il n'en demeure point un, Internecare, Internecione occidere, Occidione Occidere.

Ne tuer point aucun, Lucis vsuram dare.

Tuer ses enfans, Parricidio maculare partus suos.

Tuer son pere ou sa mere, et autres parens, Obstringere se parricidio.

Tuer les citoyens, Viduare ciuibus vrbem.

On tua plus de gens au combat, Plus sanguinis in ipsa dimicatione factum est.

Se laisser tuer, Dare iugulum. B. ex Cic.

Se tuer, A vita deficere, Manus sibi afferre, Sibi vitam exhaurire, Mortem sibi consciscere,

A peine qu'il ne se tuast, Vix a se manus abstinuit.

Le fait de tuer un tyran, Tyrannicidium.

Le fait d'avoir tué sa mere, Matricidium.

Multitude de gens tuez, Strages.

Qui ne demande qu'à tuer, Plenus sanguinis homo.

Qui cruellement tue un autre, Carnifex.

Qui a tué son pere, Patricida.

Qui a tué sa mere, Matricida.

Qui a tué son pere ou sa mere, ou aucuns de ses parens ou citoyens, Parricida.

¶ Tu me tues, tu me fais mourir, hoc est, Tu mihi est molestissimus, Tu me enecas. B. ex Terent.

Qui est tué, Occisus.

Estre tué, Exturbari ex numero virorum, Ferro vitam reddere, Occidi, Interfici, Morte ab aliquo affici, Perire ab aliquo.

Estre tué par embusches, Ex insidiis interire.

Tuez tout à bout, tout à fait, Occidione occisi. B. ex Liu.

Il s'est tué de boire, Angina vinaria praefocatus est. B.

Jean Nicot's Thresor de la langue française © 1606

tuer


TUER, v. act. TUERIE, s. f. TUEUR, s. m. [Tu-é, tûri-e, tu-eur: 2e é fer. au 1er; l' e muet du 2d est si muet qu'il ne se prononce pas, non plus que dans les futurs du verbe: il tuera, tuerait: pron. tûra, tûrè, en deux syllabes.] Tuer est, 1°. au propre, ôter la vie d'une manière violente. "Tuer un homme de sang froid, d'un coup d'épée, de pistolet; en traitre, ou à son corps défendant. Il fut tué d'un coup de canon. = On ne le dit point des morts violentes par exécution de Justice, ni de ceux qui ont été noyés, étoufés ou empoisonés. Acad. = 2°. Il se dit de toutes les morts violentes, arrivées par accident, et quelquefois des morts naturelles, causées par des maladies. "Une tuile lui tomba sur la tête et le tua: il tomba du haut du toit, et se tua. "Il fut tué d'un coup de tonerre. "Un coup de sang l'a tué. = 3°. Il se dit pareillement de tout ce qui caûse la mort. "La tristesse l'a tué: ses débauches le tueront. "Le grand travail tûe bientôt un homme. = 4°. Par exagération, fatiguer excessivement, altérer la santé. "Le chagrin le tûe: vous vous tuez à faire la vie que vous faites. = Se tuer: se doner beaucoup de peine pour réussir. Il régit de ou à: "On se tûe de lui remontrer son devoir. "Il y a donc du plaisir à faire une bonne action... Je me tuois à chercher des moyens de m'amuser et de me réjouir, lorsque j'avois sous la main cette source de bonheur. MARIN, Julie. "Je me tûe à relever les courages abatus. Vaug.
   On se tue à vous faire un aveu des plus doux,
   Cependant ce n'est pas encore assez pour vous.
       Molière.
= 5°. Tuer se dit aussi en parlant des animaux, que les bouchers assoment ou égorgent. Tuer des boeufs, des moutons. — On dit même tuer de la viande. Et neutralement sans régime: "Ce Boucher tûe deux fois la semaine. — On dit encôre, tuer des poulets, des pigeons, des lapins. — Et par métaphôre: le grand froid a tué la plupart des arbres. = Le peuple dit, tuez ce feu: il faut tuer ces chandelles. L'Acad. ne le blâmait pas dabord. — Dans les dernières éditions, elle dit qu'il est bâs et populaire. = Tuer le tems est du style familier. S'amuser pour que le tems ne paraisse pas trop long. = À~ tûe tête, de toute sa force. Crier, disputer à tûe-tête: c'est tout l'emploi de cet adverbe. = On dit figurément d'un homme, qu'il n'est~ pas bien tué, c. à. d. qu'il n'est pas assez bien convaincu, ou assez matté; quand on veut encôre disputer ou plaider contre lui. "Il n'est pas bien tué; je veux encôre lui porter quelques bottes. = On tue tout-à-fait, et non pas à moitié. La Fontaine a pourtant dit:
   Prit sa fronde et tua plus d'à moitié
   La volatile malheureuse.
Cela ne peut se dire qu'en plaisantant. = Tuer ne se dit figurément, dans le style sérieux, que dans cette phrâse, le péché tûe l'âme. On dit, plus noblement, done la mort à l'âme. Hors de là, tuer, au figuré, est un néologisme. "Il fait passer sous nos yeux une foule de personages, dont la confusion tûe le peu d'intérêt que ces tableaux auroient pu exciter. L'Ab. Fontenai. = Être tué. — Voy. Il est mort, au mot MOURIR.
   TUERIE, carnage, massacre. "La tuerie fut grande dans la déroute. — L'Auteur des Réflexions le trouve bon dans le style simple. Il cite Fléchier. "La tuerie fut grande. "Cette tuerie anima les Hérétiques contre Henri. "La bataille d'Ascalon fut plutôt une fuite d'un côté, et de l'aûtre une tuerie, qu'un combat. Maimb. = Ce mot me parait être que du style famil. L'Acad. n'en distingue point l'usage. Elle l'explique par carnage, massacre. Ceux-ci sont de tous les styles. = Tuerie signifie aussi l'endroit où les Bouchers tuent les animaux. — Suivant le Rich. Port. le vrai mot est Échaudoir. L'Acad. met Tuerie, sans remarque.
   TUEUR, celui qui tûe. C'est un de ces mots qu'on forge dans la conversation. "Je ne connois ni le tueur, ni les tués. Mariv. — L'Acad. ne l'admet que dans cette phrâse du style familier et moqueur. "C'est un tueur de gens. On le dit pour se moquer d'un homme qui fait le brâve. = Dans les Lettres Édifiantes, on l'emploie au propre et sérieusement. "Pour mériter, chez les Natchez (Sauvages de l'Amérique Méridionale) le titre de grand tueur d' hommes, il faut avoir fait dix esclaves, ou avoir levé vingt-chevelures.

Jean-François Féraud's Dictionaire critique de la langue française © 1787-1788
Synonymes et Contraires

tuer

verbe tuer
3.  Faire cesser quelque chose.
4.  Être la cause de la mort de.

tuer (se)

Le Grand Dictionnaire des Synonymes et Contraires © Larousse 2004
Traductions

tuer

töten, ermorden, umbringenkill, slay, liquidate, destroy, take life, wastedoden, doodmaken, ombrengen, afmatten, neerschieten, slachten, ziek maken, afmakenהיכה נפש, הרג (פ'), התנקש (התפעל), חיסל (פיעל), קטל (פ'), רצח (פ'), שחט (פ'), הָרַג, הִתְנַקֵּשׁ, קָטַל, רָצַח, שָׁחַטdræbemortigimatardrepauccidere, ammazzare, fare fuoridrepematarубивать, убитьavliva, avrätta, dräpa, dödaöldürmekσκοτώνω, δολοφονώيَقْتُلُzabíttappaaubiti殺す죽이다zabićถูกฆ่าgiết杀死 (tɥe)
verbe transitif
faire mourir
Kernerman English Multilingual Dictionary © 2006-2013 K Dictionaries Ltd.

tuer

[tɥe]
vt
→ to kill
qui tue [détail, mot, sourire] → killer >
vi
tu ne tueras point → thou shalt not kill [tɥe]
vpr/vi
(dans un accident) → to be killed
Il s'est tué dans un accident de voiture → He was killed in a car accident.
(fig) se tuer au travail → to work o.s. to death
vpr/réfl (= se suicider) → to kill o.s.
Collins English/French Electronic Resource. © HarperCollins Publishers 2005