tuer
(Mot repris de tuasses)tuer
v.t. [ du lat. tutare, éteindre [la soif], de tutari, protéger, de tueri, observer, veiller sur ]se tuer
v.pr.tuer
Participe passé: tué
Gérondif: tuant
Indicatif présent |
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je tue |
tu tues |
il/elle tue |
nous tuons |
vous tuez |
ils/elles tuent |
TUER
(tu-é) , je tuais, nous tuions, vous tuiez ; que je tue, que nous tuions, que vous tuiez v. a.PROVERBE
- Tel fiert qui ne tue pas, tous les coups ne sont pas mortels.
REMARQUE
- On ne se sert pas du verbe tuer en parlant des morts violentes par exécution de justice, ni en parlant de ceux qui ont été noyés, étouffés ou empoisonnés
HISTORIQUE
- XIIe s. Icel orage e cel tempiz Lur dura tant que port unt pris En Engleterre, ceo m'est vis, Morz e tuet e esturdiz [BENOIT, I, v. 1874]Si bruit li cox [le coup] com foudre contre oré ; De trente maux [maillets] ne fust il miex tué, Et li chevals par desoz asomé [, Bat. d'Aleschans, v. 5775]E tuout [tuait] à glaive les enfanz e les vielz par tutes les citez [, Rois, p. 19]
- XIIIe s. Paor ai ne vous tue, si me puist Diex aider [, Berte, X]
- XVe s. Or ne fait rien, et si se tue, Fors soy partout faire escharnir [moquer] [E. DESCH., Miroir de mariage. p. 64]Homs qui se marie se tue [ID., Ball.]Item à maistre Jacques James, Qui se tue d'amasser biens [VILLON, Gr test.]Ils trouverent devant St-Mery un nommé Jehan le Prestre qu'ils tuerent [percèrent de coups] plus de dix fois [, Journal de Paris, Paris sous Charles VI et VII, an. 1438]
- XVIe s. Si ma chambriere m'en eust fait autant, je me fusse levée, et lui eusse tué la chandelle sur le nez [MARG., Nouv. LIX.]Ils tuent le feu à une pipe de vinaigre defoncée [D'AUB., Hist. III, 14]L'ambition se tue en se faisant cognoistre [ID., Tragiques, édit. LALANNE, p. 135]De sept tuez sur la terre gisans, Mille en y a les tueurs s'en disans [AMYOT, Galba, 33]Tel tue qui ne pense que blesser, et tel cuide frapper qui tue [COTGRAVE, ]Tuez, il fait bon saler [OUDIN, Curios. franç.]
ÉTYMOLOGIE
- Berry, cuer le feu, cuer la chandelle ; wallon, touwé ; provenç. tuar, tuer ; tudar, éteindre, étouffer ; bas-lat. tutare, éteindre. Du grec, tuer, n'a pu être indiqué que quand on ignorait les règles de l'étymologie ; il faut un mot qui rende compte du t ou d (tutare, tudar). Diez, écartant le germanique (goth. dauthjan, anc. haut-allem. tôtan, qui aurait donné en provençal daudar ou taudar, et en français touer), tire tuer du latin tutari, protéger, recouvrir pour protéger, puis étouffer : tuer le feu, qui serait l'emploi primitif, était, à l'origine le couvrir de cendres pour le maintenir ; d'où le sens d'étouffer qui s'est généralisé dans l'acception tuer. Mais tous les intermédiaires manquent pour appuyer un pareil écart de signification. L'origine est le latin tuditare, frapper, choquer, ou même tudare ; du moins du Cange a tudatus, marteau. Ici la forme et le sens sont d'accord. Le sens fondamental est frapper, assommer. Pour passer à éteindre, on a l'ancien texte qui dit : tenens cannam unam in manu sua, tutat lampadem unam, il frappe une lampe et l'éteint ; du langage ecclésiastiqne tutare a passé au sens d'éteindre dans le parler vulgaire ; de là le tudar, provençal, l'at-tutare, italien, lequel, figurément, a pris le sens d'amortir, apaiser. Enfin frapper est devenu sans peine donner la mort d'une manière violente.
tuer
Il se dit aussi de Toutes les morts violentes qui arrivent par accident, et de toutes les morts naturelles causées par des maladies. Une tuile lui tomba sur la tête et le tua. Il a été tué par la foudre. Un coup de sang l'a tué. Un couvreur tomba du haut du toit et se tua.
Il se dit pareillement de Tout ce qui cause la mort. Ne vous fiez pas à ce charlatan, il vous tuera. La tristesse l'a tué. Ses débauches le tueront.
En termes de l'Écriture, Le péché tue l'âme, Il la dégrade, la souille et lui fait perdre la vie éternelle.
Fig., La lettre tue et l'esprit vivifie, Ce qui importe, ce n'est pas de s'attacher servilement à la lettre d'un précepte, d'un texte, mais d'en pénétrer l'esprit.
TUER se dit, par exagération, des Choses qui fatiguent excessivement le corps, qui peuvent altérer la santé. Le chagrin le tue. Vous exigez trop de votre cheval, vous le tuez. Vous vous tuez à mener une pareille vie. Il se tue à force de travailler, à force de travail. Elliptiquement, Il se tue de travail.
Fam., Se tuer à plaisir, Faire sans nécessité des choses évidemment nuisibles à sa santé.
TUER se dit encore, par exagération, de Tout ce qui incommode, de tout ce qui importune extrêmement. Ce récit est d'une longueur, d'un ennui qui tue. Le grand bruit me tue.
Fam. et par exagération, Se tuer, Se donner beaucoup de peine. On se tue à l'avertir du danger auquel il s'expose. Je me tue à vous répéter toujours la même chose.
Fam. et par exagération, On s'y tue se dit en parlant d'une Grande affluence de monde en quelque endroit. La pièce nouvelle a un succès fou, on s'y tue.
TUER se dit encore en parlant des Animaux que les bouchers égorgent ou assomment. Tuer des boeufs. Tuer des moutons. Absolument, Ce boucher ne tue qu'une fois la semaine.
Il se dit, dans un sens analogue, en parlant d'autres animaux. Tuer des poulets, des pigeons. Tuer des lapins, des perdrix. Nous avons chassé toute la journée, et nous n'avons rien tué.
Il signifie également Faire périr, détruire, en parlant des Insectes, des arbres, des plantes, etc. Le grand froid a tué la plupart des oliviers.
Il signifie figurément Faire disparaître, anéantir. La crise des affaires a tué cette industrie.
Fig. et fam., Tuer le temps, S'amuser à des riens, afin de passer le temps sans ennui.
TUER signifie aussi Détruire l'effet d'une chose. Cela tue l'effet du spectacle. Le voisinage de ce tableau-là tue celui-ci. Votre toilette tue la sienne.
À TUE-TÊTE. Voyez TUE-TÊTE (À).
Le participe passé TUÉ s'emploie adjectivement. Tué à l'ennemi, Qui est mort au combat ou des suites de blessures qu'il y a reçues.
Il s'emploie aussi comme nom masculin. Les tués et les blessés.
tuer
Tuer, Il vien de tuô, id est macto, occido.
Tuer aucun, Aliquem caedere, Occidere, Exanimare, Necare, Abnecare, Enecare, Obtruncare, Perimere, Animam alicui adimere, Vitam adimere, Interimere, Extinguere animam alicui, Mortem inferre, Sanguinem facere, Perdere aliquem capitis, Petere iugulum, Vim corpori facere, Aliquem caede afficere, Expellere aliquem vita, Aliquem interficere, vel vita interficere, Supplicio vel morte mactare, Morte mulctare, Priuare vita, Priuare communi luce, Tollere ferro aut veneno aliquem, De medio aliquem tollere, Ex rerum natura aliquem tollere, Dedere aliquem morti, Auferre spiritum alicui, Vsuram lucis eripere alicui.
Chercher quelqu'un pour le tuer, Quaerere aliquem ad necem.
Tuer cruellement, Trucidare.
Menacer de tuer cruellement, Mortem acerbam proponere.
Menacer de tuer et de brusler, Minitari ferrum et flammam.
Tuer tout d'un coup, Mortem alicui vno ictu afferre.
Tuer tout à fait une troupe, tellement qu'il n'en demeure point un, Internecare, Internecione occidere, Occidione Occidere.
Ne tuer point aucun, Lucis vsuram dare.
Tuer ses enfans, Parricidio maculare partus suos.
Tuer son pere ou sa mere, et autres parens, Obstringere se parricidio.
Tuer les citoyens, Viduare ciuibus vrbem.
On tua plus de gens au combat, Plus sanguinis in ipsa dimicatione factum est.
Se laisser tuer, Dare iugulum. B. ex Cic.
Se tuer, A vita deficere, Manus sibi afferre, Sibi vitam exhaurire, Mortem sibi consciscere,
A peine qu'il ne se tuast, Vix a se manus abstinuit.
Le fait de tuer un tyran, Tyrannicidium.
Le fait d'avoir tué sa mere, Matricidium.
Multitude de gens tuez, Strages.
Qui ne demande qu'à tuer, Plenus sanguinis homo.
Qui cruellement tue un autre, Carnifex.
Qui a tué son pere, Patricida.
Qui a tué sa mere, Matricida.
Qui a tué son pere ou sa mere, ou aucuns de ses parens ou citoyens, Parricida.
¶ Tu me tues, tu me fais mourir, hoc est, Tu mihi est molestissimus, Tu me enecas. B. ex Terent.
Qui est tué, Occisus.
Estre tué, Exturbari ex numero virorum, Ferro vitam reddere, Occidi, Interfici, Morte ab aliquo affici, Perire ab aliquo.
Estre tué par embusches, Ex insidiis interire.
Tuez tout à bout, tout à fait, Occidione occisi. B. ex Liu.
Il s'est tué de boire, Angina vinaria praefocatus est. B.
tuer
TUER, v. act. TUERIE, s. f. TUEUR, s. m. [Tu-é, tûri-e, tu-eur: 2e é fer. au 1er; l' e muet du 2d est si muet qu'il ne se prononce pas, non plus que dans les futurs du verbe: il tuera, tuerait: pron. tûra, tûrè, en deux syllabes.] Tuer est, 1°. au propre, ôter la vie d'une manière violente. "Tuer un homme de sang froid, d'un coup d'épée, de pistolet; en traitre, ou à son corps défendant. Il fut tué d'un coup de canon. = On ne le dit point des morts violentes par exécution de Justice, ni de ceux qui ont été noyés, étoufés ou empoisonés. Acad. = 2°. Il se dit de toutes les morts violentes, arrivées par accident, et quelquefois des morts naturelles, causées par des maladies. "Une tuile lui tomba sur la tête et le tua: il tomba du haut du toit, et se tua. "Il fut tué d'un coup de tonerre. "Un coup de sang l'a tué. = 3°. Il se dit pareillement de tout ce qui caûse la mort. "La tristesse l'a tué: ses débauches le tueront. "Le grand travail tûe bientôt un homme. = 4°. Par exagération, fatiguer excessivement, altérer la santé. "Le chagrin le tûe: vous vous tuez à faire la vie que vous faites. = Se tuer: se doner beaucoup de peine pour réussir. Il régit de ou à: "On se tûe de lui remontrer son devoir. "Il y a donc du plaisir à faire une bonne action... Je me tuois à chercher des moyens de m'amuser et de me réjouir, lorsque j'avois sous la main cette source de bonheur. MARIN, Julie. "Je me tûe à relever les courages abatus. Vaug.
On se tue à vous faire un aveu des plus doux,
Cependant ce n'est pas encore assez pour vous.
Molière.
= 5°. Tuer se dit aussi en parlant des animaux, que les bouchers assoment ou égorgent. Tuer des boeufs, des moutons. — On dit même tuer de la viande. Et neutralement sans régime: "Ce Boucher tûe deux fois la semaine. — On dit encôre, tuer des poulets, des pigeons, des lapins. — Et par métaphôre: le grand froid a tué la plupart des arbres. = Le peuple dit, tuez ce feu: il faut tuer ces chandelles. L'Acad. ne le blâmait pas dabord. — Dans les dernières éditions, elle dit qu'il est bâs et populaire. = Tuer le tems est du style familier. S'amuser pour que le tems ne paraisse pas trop long. = À~ tûe tête, de toute sa force. Crier, disputer à tûe-tête: c'est tout l'emploi de cet adverbe. = On dit figurément d'un homme, qu'il n'est~ pas bien tué, c. à. d. qu'il n'est pas assez bien convaincu, ou assez matté; quand on veut encôre disputer ou plaider contre lui. "Il n'est pas bien tué; je veux encôre lui porter quelques bottes. = On tue tout-à-fait, et non pas à moitié. La Fontaine a pourtant dit:
Prit sa fronde et tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse.
Cela ne peut se dire qu'en plaisantant. = Tuer ne se dit figurément, dans le style sérieux, que dans cette phrâse, le péché tûe l'âme. On dit, plus noblement, done la mort à l'âme. Hors de là, tuer, au figuré, est un néologisme. "Il fait passer sous nos yeux une foule de personages, dont la confusion tûe le peu d'intérêt que ces tableaux auroient pu exciter. L'Ab. Fontenai. = Être tué. — Voy. Il est mort, au mot MOURIR.
TUERIE, carnage, massacre. "La tuerie fut grande dans la déroute. — L'Auteur des Réflexions le trouve bon dans le style simple. Il cite Fléchier. "La tuerie fut grande. "Cette tuerie anima les Hérétiques contre Henri. "La bataille d'Ascalon fut plutôt une fuite d'un côté, et de l'aûtre une tuerie, qu'un combat. Maimb. = Ce mot me parait être que du style famil. L'Acad. n'en distingue point l'usage. Elle l'explique par carnage, massacre. Ceux-ci sont de tous les styles. = Tuerie signifie aussi l'endroit où les Bouchers tuent les animaux. — Suivant le Rich. Port. le vrai mot est Échaudoir. L'Acad. met Tuerie, sans remarque.
TUEUR, celui qui tûe. C'est un de ces mots qu'on forge dans la conversation. "Je ne connois ni le tueur, ni les tués. Mariv. — L'Acad. ne l'admet que dans cette phrâse du style familier et moqueur. "C'est un tueur de gens. On le dit pour se moquer d'un homme qui fait le brâve. = Dans les Lettres Édifiantes, on l'emploie au propre et sérieusement. "Pour mériter, chez les Natchez (Sauvages de l'Amérique Méridionale) le titre de grand tueur d' hommes, il faut avoir fait dix esclaves, ou avoir levé vingt-chevelures.
tuer
tuer (se)
tuer
töten, ermorden, umbringenkill, slay, liquidate, destroy, take life, wastedoden, doodmaken, ombrengen, afmatten, neerschieten, slachten, ziek maken, afmakenהיכה נפש, הרג (פ'), התנקש (התפעל), חיסל (פיעל), קטל (פ'), רצח (פ'), שחט (פ'), הָרַג, הִתְנַקֵּשׁ, קָטַל, רָצַח, שָׁחַטdræbemortigimatardrepauccidere, ammazzare, fare fuoridrepematarубивать, убитьavliva, avrätta, dräpa, dödaöldürmekσκοτώνω, δολοφονώيَقْتُلُzabíttappaaubiti殺す죽이다zabićถูกฆ่าgiết杀死 (tɥe)verbe transitif